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Carnet de Lecture L'etranger Camus

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Carnet de lecture

L’étranger
Albert Camus, 1942
2
Théodore Zarpas
1°5

3
4
Biographie Albert Camus
Albert Camus est un écrivain , philosophe, journaliste et
dramaturge français du XXème siècle né en 1913 à Mondovi
en Algérie et mort en 1960 à Villeblevin dans un accident de
voiture.
Issu d’un milieu modeste, son instituteur Louis Germains
remarque son intelligence et le pousse à poursuivre ses
études au lycée. Il entre ainsi en 1930 en classe de
philosophie. La même année, il subit sa première attaque de
tuberculose, qui le poursuivra jusqu'à la fin de sa vie.
Son premier essai L’hôpital du quartier pauvre est publié en
1933. Il poursuit ses efforts et publie son premier livre
L’Envers et l’Endroit en 1937. Il commence le cycle de
l’absurde avec L’étranger et Le mythe de Sisyphe qui sont
publiés en 1942 et sont complétés par Caligula en 1944. En
1957 son roman La peste est récompensé du prix nobel de
littérature marquant le sommet de sa carrière littéraire. Le 4
Janvier 1960 l'impacte de sa voiture contre un platane
provoque la mort de Camus.

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6
L’étranger
L'étrange est le roman du cycle de l’absurde publié en 1942.
Ce cycle est formé par une pièce de théâtre, un essai
philosophique ainsi qu’un roman, L’étranger. Ce roman en
deux parties a pour narrateur un personnage étrange,
Meursault.
L’action se déroule en Algérie française et est écrite du point
de vue interne. Le récit débute par “aujourd’hui maman est
morte”, cependant cette nouvelle ne semble pas affecter le
narrateur. Durant la plus grande partie du récit, il semble
étrangement dénué de sentiments. Ce roman prend ainsi
pour thème principal le comportement humain que Camus
voit comme absurde par nature.

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Résumé partie 1
Pendant la première partie Meursault est en liberté. Cette
partie est écrite majoritairement au passé composé. Cette
narration au passé composé est proche du langage parlé et
produit un effet de proximité avec le présent.
La partie commence à la mort de la mère de Meursault et
finit par le meutre de l’Arabe. La mort de sa mère ne semble
pas affecter le narrateur, il voit son enterrement avant tout
comme un empêchement qu’une raison au deuil. Sa
froideur et son insensibilité apparente choquent les gens
autour de lui. Il rencontre après l’enterrement Marie une
jeune femme qu’il trouve attirante. Ils vont ensemble au
cinéma voir un film de Fernandel et deviennent amants.
Simultanément, Raymond Sintes (Sintes est aussi le nom de
jeune fille de la mère de Camus) un ami de Meursault,
proxénète, entre en conflit avec la famille de sa maîtresse
arabe. Le caractère étrange de Meursault se traduit par le fait
qu’il ne pense que peu au futur et à ce qu’impliquent les
paroles des gens. Ainsi il dit à Marie qu’il ne pense pas
l’aimer mais accepte de l'épouser.
Finalement, un dimanche, une bagarre éclate sur une plage
entre Raymond, Meursault et deux arabes dont le frère de la

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maîtresse de Raymond durant laquelle Raymond se blesse.
Un peu tard, le même jour, Meursault retourne à la plage,
rencontre à nouveau sur l’Arabe et craque sous la chaleur du
soleil “il me semblait que le ciel s’ouvrait sur toute son
étendue pour laisser pleuvoir du feu” et le tue d’un coup de
revolver puis tire quatre fois sur son “corps inerte”.

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Résumé partie 2
La seconde partie relate l'emprisonnement de Meursault de
son arrestation à l’attente du résultat de son pourvoi après
son procès et sa condamnation à mort.
Le procès de Meursault est très étrange car la question de
savoir s'il a pleuré à l'enterrement de sa mère semble plus
préoccuper le tribunal et son avocat que les véritables faits.
Le caractère étranger de Meursault, qui est illustré par ses
actions de la première partie (il ne pleure pas à l’enterrement
de sa mère, il fume une cigarette lors de la veillée funèbre,...)
est dans la deuxième partie la cause réelle de sa
condamnation à mort.
Le procureur utilise le fait que Meursault ait tiré cinq fois
sur l'Arabe pour en conclure que Meursault “a tué en pleine
connaissance de cause”, avec préméditation . Il va jusqu'à
demander aux jurés sa condamnation pour parricide : “si je
dis que l’homme qui est assis sur ce banc est coupable aussi
du meurtre que cette cour devra juger demain”.
A l'énoncé du verdict, “le président m’a dit dans une forme
bizarre que j’aurais la tête tranchée”, Meursault n'est
apparemment pas ému : “Je ne pensais plus à rien”.

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Durant le dernier chapitre, Meursault est en prison, il attend
le résultat de son pourvoi. Il est ainsi constamment dans le
doute sur son sort et semble pour la première fois s’en
soucier. L’action est partiellement mise de côté au profit
d'une analyse du comportement humain. Camus parle ainsi
de la psychologie du prisonnier et comment le
cerveau s’habitue étrangement à des situations extrêmes. Un
autre phénomène majeur que décrit Camus est le besoin
absurde de l’humain de donner du sens à ce qui n’en a pas,
ce que l’on retrouve avec le personnage de l’aumônier.
Celui-ci croit comprendre chaque humain et se retrouve
confronté à Meursault qui échappe à sa logique. Cette
logique implique qu’au fond de chaque âme réside la fois en
Dieu :
“N’est-ce pas que tu crois et que tu vas te confier à lui ?”
Finalement l’aumônier lui déclare “je prierais pour vous”
malgré le rejet par Meursault de la religion. Il lui impose
donc un soutien divin provoquant la colère de Meursault,
envers la société, envers l'aumônier et envers l'absurdité des
choses.
“Je me suis mis à crier à plein gosier et je l’ai insulté et je lui ai
dit de ne pas prier”. Meursault qui avait jusqu'alors accepté

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l'absurdité du monde se révolte finalement contre celle-ci
malgré qu’il ne peut rien y changer.

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Trois scènes qui m’ont
marquées

1. Dernière visite de l’aumônier

Ce moment est la dernière discussion entre l’aumônier et


Meursault au chapitre cinq ( de “c’est à ce moment précis
que l’aumônier est entré” à “ Je prierai pour vous”). Cette
scène me semble intéressante car elle illustre l’opposition
entre la pensée de l’aumônier et celle de Meursault ainsi que
ce qui rend Meursault étranger. L’aumônier cherche à travers
tout ce dialogue à se rapprocher de Meursault : “nous
mourrons tous un jour”, “mon ami”. L’on remarque au cour
de la discussion que l’aumônier cherche à se montrer patient
alors que son langage corporel renvoie à de l'agacement “il
s’est adossé sur le mur les mains à plat sur les cuisses”, “il s’est
levé”, “il a détourné les yeux”...
Ce qui étonne est que Meursault est dans la position du
condamné à mort derrière les barreaux mais il ne se
comporte pas comme s' il était en position d'infériorité à

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l’aumônier, par exemple il ne l’appelle jamais mon père “je
l’appelais « monsieur » et non pas « mon père »”.

Cette scène est comparable à celle où l’avocat cherche à lui


faire exprimer la peine qu’il aurait éprouvée à la mort de sa
mère. C’est un main tendue par la société qui lui permettrait
de compter Meursault en son sein. Cette fidélité de
Meursault à son étrangeté dérange. L’aumônier est
confronté à quelqu’un qui ne pense pas à son futur après la
mort (avant il ne pensait pas à son futur tout court) et refuse
le salut, ce qui le laisse sans armes et lui fait donc peur :
“non je ne peux pas vous croire”. Cette scène représente le
rejet de la religion par l’absurdisme. La mort annoncée de
Meursault représente finalement la victoire de l’absurdisme
sur les religions, cette mort serait alors, peut être, une
métaphore du sacrifice du Christ et la décapitation de
Meursault rappelle un slogan absurdiste : “ni queue ni tête”.
Plus sérieusement Meursault est peut-être le seul Christ que
nous méritons (préface de l'édition américaine de 1955).

J’ai choisi cette scène car la confrontation de deux


personnages à la pensée opposée, menant à l’impasse a été
pour moi marquante et intéressante. Le comportement de

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l’aumônier, animé par le besoin de convertir face à
Meursault, “monsieur l’antéchrist”, qui refuse la religion
pour accepter une réalité qui serait bien plus terrible, permet
une réflexion sur, le comportement humain incarné par
l’aumônier et sur la réalité de Meursault enchaîné à la vérité :
“on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu”. La
réponse est simple : il refuse de mentir” (préface de l'édition
américaine de 1955).

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2. Dernière rencontre avec vieux
Salamano

Durant cette scène du chapitre cinq de la première partie,


Meursault rencontre devant chez lui de nouveau le vieux
Salamano qui lui apprend qu’il a perdu son chien. Ce qui est
étonnant dans cette scène est que lors de leurs rencontres
précédentes, Salamano ne faisait que frapper et insulter son
chien alors qu’ici il semble souffrir de sa perte. Meursault
n’est pas étonné de son malheur et ne le réconforte pas
vraiment, mais se contente de quelques compliments sur le
chien : “j’ai dit qu’il était de belle race, et Salamano a eu l’air
content”. La façon dont Meursault appréhende des pertes
comme des anecdotes, dont il comprend la signification mais
qui ne semble pas affecter ses émotions, est on ne peut plus
troublante. Ce qui est intéressant dans cette scène est que la
façon dont Salamano maltraitait son chien n’impacte pas
son affection pour lui, mais que ce sont deux choses séparées
qui coexistent. Ce moment de l’histoire nous rappelle que
l’on ne respecte pas toujours les gens qu’on aime car on le
comprend seulement quand il est trop tard. Le personnage
du vieux Salamano et son chien semblent également avoir

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inspiré Pozzo et son valet Lucky dans En attendant Godot
de Samuel Beckett. L’absurde y est poussé plus loin mais
l’idée d'un maître qui aime et maltraite son serviteur est aussi
présente.

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3. La fin du roman
La toute fin du roman, après le départ de l'aumônier (de
“alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a
crevé en moi” à la fin) est un moment pilier du roman.
Comme lors du meurtre de l’Arabe, une force semble
s’emparer de Meurseault, “alors, je ne sais pas pourquoi il y a
quelque chose qui a crevé en moi”, provoquant une
accéleration de l’action. La misanthropie de Meursault
durant son procès est son sacrifice pour rester fidèle à la
vérité et à son étrangeté. Il a refusé le soutien que l'aumônier
cherche à lui imposer : "je me suis mis à crier de plein gosier".
Ce choc et l'agression sur l'aumônier semble ouvrir les yeux
de Meursault : "cette vie absurde". Camus l'a écrit dans ses
carnets "il y au moins dix interprétations possibles de la fin
du roman", pour ma part je vais proposer la mienne. "J'avais
été heureux" est la phrase à retenir de cette fin car elle offre
une réponse à la problématique du mythe de Sisyphe :
Comment vivre en ayant conscience de l'absurde ? Il serait
alors possible de vivre de manière matérialiste comme
Meursault, le bonheur sensuel donnerait alors un sens à une
vie absurde par nature.

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La dernière phrase du livre est tout aussi troublante que la
première : "il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de
spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent
avec des cris de haine." Cette volonté d'être haï, que celui qui
n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère soit un monstre
semble pointer du doigt le besoin d'une cohésion sociale, et
une norme même factice afin de cacher l'absurdité du
monde.
Cette scène qui termine le roman propose une conclusion
inattendue car elle révèle les opinions de l’auteur, jusqu'alors
secrets: “qu’importait si, accusé de meurtre, il était exécuté
pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère ?”
Ce qui m’a paru important est que toutes les scènes
précédentes convergent vers cette fin : les malheurs et
bonheurs de Meursault mais aussi ses rencontres comme
celle de l’avocat et aussi le duel perpétuel entre son étrangeté
et la société qui la condamne.

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Quelques personnages

Marie
Marie Gardona est une jeune femme que Meurseault
rencontre le jour d’apres l’enterrement de sa mère et qui
devient sa maîtresse. Le nom Marie, à forte valeur
catholique, s’oppose étrangement au caractère athée de
Meursault. Leur relation est d’ailleurs déséquilibrée puisque
Meursault la voit comme purement physique “dont j’avais eu
envie à l’époque”. Ce rapport sensuel est d'ailleurs l’une des
rares choses qui lui manque en prison alors que Marie l’aime
“elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans
doute à cause de cela”. Leur relation est absurde puisque
Meursault affirme à Marie qu’aimer “cela ne signifiait rien”
pour lui mais il accepte tout de même de l’épouser.

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Meursault
Protagoniste du roman, il est à la fois son sujet et son
narrateur. Selon Camus, Meursault est seulement un
humain qui accepte de mourir pour la vérité. Meursault est
un Français vivant en Algérie Française. Il se démarque dès
le début du roman par son indifférence apparente envers la
mort de sa mère. Meursault accepte l’absurdité des choses et
ne cherche donc pas à comprendre. Le nom Meursault
rappelle le mot “meurt” et annonce les actions à venir
puisque le roman est séquencé par trois morts : le début est
celle de sa mère, la fin de la première partie celle de l’Arabe et
la fin du roman (probablement) la sienne. Meursault est un
jeune homme d’âge issu de la classe populaire, travaillant
dans un bureau, cette banalité rend étonnant que ce soit lui
l’étranger. Ceci est renforcé par le fait qu’il n’y ait pas dans le
roman de portrait physique de Meursault ni de mention de
son prénom ce qui fait de lui monsieur tout le monde.

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L’aumônier
L’aumônier est un personnage qui apparaît durant la
seconde partie du roman, durant laquelle les personnages
qui apparaissent sont désignés par leur fonction et non par
leur prénom.
L’aumônier mène durant son procès différentes
conversations avec Meursault. Il est convaincu que chaque
homme croit par nature en dieu et ressent donc un désir
profond du salut. Il est incapable d’accepter la non fois de
Meurseault. Son rôle est important car il est une allégorie de
la société, qui condamne celui qui accepte l’absurde et ne
cherche donc pas à comprendre. Cette dualité entre
l’aumônier et Meursault mène à l’incompréhension puis la
révolte. Meursault admet l’absurde et ne recherche donc pas
les certitudes (dans une vision catholique) que lui offre
l’aumônier, au contraire.

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Un thème phare : l’absurde

L’absurde est un mouvement philosophique et littéraire des


années quarante et de l'après-guerre. Ce courant veut que le
monde soit absurde par nature et que l'humain se retrouve
dans un monde dénué de sens. Il y a donc à la fois une
tentative de compréhension du monde, mais aussi l’essai de
proposer un mode de vie cohérent à partir de ce constat.
L'absurde dans L'étranger doit être vue comme une épée à
double tranchant qu'il s'agit d'accepter ou de refuser
catégoriquement. L’accepter peut permettre le bonheur mais
l’absurde exige de renoncer à la morale et à la justice puisqu'
elles sont absurdes par nature. Cette idée est illustrée par le
fait que son amitié avec un proxénète, Raymond, ne pèse pas
sur la conscience de Meursault. L’absurde de Camus doit
être comprise comme l’absence de sens et de logique des
actions.
Une chose qui étonne dans le roman est que Camus montre
l’absurde mais déconseille de l’accepter. Le personnage du
vieux Salamano qui semble comme Meursault agir sans
penser au futur, finit par perdre le chien et en souffrir alors
qu’il le battait sans cesse. De la même manière Meursault

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finit probablement exécuté. Comment l’homme doit-il
accepter l’absurde et trouver le bonheur? Je pense qu’il s’agit
dans ce cas de profiter tant qu’on le peut sans penser au
futur, puisqu' il est incertain par nature comme l’illustre par
exemple la tuberculose de Camus.

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Mon avis sur l’Etranger
L’Etranger a été pour moi un plaisir à lire, l'œuvre a su
m’intriguer et me captiver. Le personnage principal
Meursault et son indifférence apparente m’a plu car elle a
permis un point de vue de lecteur objectif sur les actions du
narrateur écrites à la première personne du singulier. La
scène du meurtre m’a égallement beaucoups marquée car elle
était inatendue et choquante, ce twist littéraire menant à un
nouveau décor (la prison et le procés) et une nouvelle
problématique m’a captivé du point de vue de la création du
decors littéraire et du développement de personnages. Suite
à ma lecture et durant la réalisation de ce carnet, j’ai
également beaucoup réfléchi autour de la thématique de
l’absurde même si je ne partage pas l’avis de Camus à ce sujet.

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