Le Chemin de la Fortune
Le Chemin
de la
FORTUNE
par
Benjamin Franklin
Traduit et adapt€ par
SUCCESS TRAINING
(c) 2008, SUCCESS TRAINING, tous les droits r€serv€s pour tous pays
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Le Chemin de la Fortune
Qui est Benjamin Franklin ?
Benjamin Franklin est né le 17 janvier 1706 à Boston,
dans le Massachusetts. Il est mort à 84 ans en 1790.
C'est l'homme né pauvre et qui a fait fortune, que vous
avez vu en effigie sur les piles de billets de 100 dollars.
Ces piles de billets symbolisent cette capacité à faire
fortune que possède tout être humain qui veut s'en donner
les moyens.
Mettre Benjamin Franklin en effigie sur ces billets de
100$, est une manière pour les USA, de rendre hommage
à cet homme que rien en apparence ne prédestinait à une
si brillante réussite...
Un homme qui est né pauvre.
Un homme qui est né dans une famille nombreuse.
Un homme qui n'est allé que très peu de temps à l'école.
En effet, Benjamin Franklin ne resta à l'école qu'une
année entière. Malgré les heureuses dispositions qu'il
montrait, son père ne voulut pas le mettre au collège,
parce qu'il ne pouvait pas en supporter les dépenses.
Pourtant, grâce à certaines qualités qu'il a appris à
développer, Benjamin Franklin s'est élevé au rang des
hommes les plus riches et les plus influents que ce monde
ait jamais connu...
Peu de carrières ont été aussi pleinement remplies que
celle de ce fils d'un teinturier de Boston, qui commença
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Le Chemin de la Fortune
La Fortune à 42 ans
A quarante-deux ans, Benjamin Franklin se considéra
comme suffisamment riche.
Il céda alors son imprimerie et son commerce à David
Halle, qui avait travaillé quelque temps avec lui, et qui lui
conserva pendant dix-huit ans une part dans les bénéfices.
Il se livra alors aux travaux et aux actes qui devaient
faire de lui un savant inventif, un patriote glorieux, et le
placeront parmi les grands hommes.
L'un des personnages les plus illustres
de l'histoire américaine.
En effet, il a été à la fois un homme de sciences et de
lettres, un grand inventeur mais aussi le premier
ambassadeur des États-Unis et un des artisans de
l'indépendance américaine.
Mais il avait aussi les vertus puritaines du travail
soigné, de l’auto-examen minutieux et du désir de
s’améliorer.
Grâce à ces qualités, il accéda progressivement à la
richesse, à la respectabilité et aux honneurs.
Jamais égoïste, il essaya toujours d’aider les autres à
réussir en inaugurant un genre bien américain, le manuel
d’auto-apprentissage.
Très jeune, Benjamin Franklin comprit que l’écriture
serait le meilleur moyen de répandre ses idées, aussi
perfectionna-t-il sa prose souple, non pour le principe
mais pour se forger un outil.
« Écris comme les savants,
disait-il, et parle simplement. »
Il se conforma au conseil donné par la Royal Society en
1667 recommandant « une manière de parler naturelle,
sans fioritures ».
En 1729, il fait l'acquisition d'un journal, « la Gazette
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Le Chemin de la Fortune
de Pennsylvanie ». Ceci lui permet de publier
régulièrement des chroniques qui en font bientôt le
quotidien le plus lu de l'Amérique
Il met également en place la première bibliothèque
publique du pays et crée la première compagnie de
pompiers américaine.
Il intervient aussi dans l'amélioration de la police locale
et dans la construction d'un hôpital public et d'une
université, qui deviendra l’Université de Pensylvanie.
De toutes ces activités, il dira qu'il préfère que l'on dise
de lui :
« il a eu une vie utile » plutôt que
« il est mort très riche ».
À partir de 1732, il publie un almanach sous le nom de
Richard Saunders (un astrologue britannique). Il
continuera à le publier annuellement durant 25 ans, sous
le nom de « l'Almanach du Bonhomme Richard ».
Il apprend aussi plusieurs langues étrangères parmi
lesquelles le français, l'allemand, l'espagnol, l'italien.
En 1776, il préside la « Convention Constitutionnelle
de Philadelphie ». Il sera l'un des auteurs de la Déclaration
d’Indépendance.
En octobre 1776, répondant à l'appel au secours d'une
toute nouvelle nation devant lutter contre une coalition
militaire mondiale, Franklin accepte de faire partie de
l'équipe des trois envoyés américains en France, en
compagnie de Silas Deane et Arthur Lee.
Une fois en France, il entreprend une des carrières
diplomatiques les plus réussies.
Porté aux nues par la communauté scientifique et
littéraire parisienne, il est vu comme l'incarnation des
valeurs humanistes des « Lumières ».
À une réunion de l’Académie française, Franklin et
Voltaire se lient d'amitié. Turgot exprime lui aussi son
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Le Chemin de la Fortune
admiration pour le diplomate.
Durant l'été 1782, alors que John Adams et John Jay
prennent le chemin de Paris, Franklin rédige les grandes
lignes du traité qui fera autorité: il réclame l'indépendance
totale.
En 1783, Adams, Jay et Benjamin Franklin, alors âgé
de plus de 70 ans, signent pour les États-Unis, un traité de
paix qui garantit l'Indépendance.
De retour aux États-Unis, sa popularité est à son
comble: il est élu de nouveau Président de l'État de
Pennsylvanie pour trois ans. Durant ses dernières années,
il est un fervent défenseur de l'abolition de l’esclavage.
Il participe aussi à la rédaction de la Constitution
américaine. Il devient ainsi le seul « père fondateurs de
l'Amérique » (founding father) à signer les trois
documents fondateurs des États-Unis d'Amérique : la
Déclaration d’Indépendance, le Traité de Paris, et la
Constitution américaine.
Il mourut à Philadelphie le 17 avril 1790, à l'âge de 84
ans.
Écrivain, imprimeur, éditeur, savant, philanthrope et
diplomate, il fut le personnage le plus célèbre et le plus
respecté de son temps.
Ce démocrate né pauvre à une époque aristocratique
que son exemple contribua à libéraliser fut le premier
grand “self-made-man” de l’Amérique.
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Le Chemin de la Fortune
Les premiers exemplaires de paratonnerre furent
installés sur sa maison, l'Indépendance Hall ainsi que
l'académie de Philadelphie (qui deviendra l'Université de
Pennsylvannie)
On lui doit par exemple des termes aussi courants que
“batterie”, “positif”, “négatif”, “charge”, etc.
Il a été aussi un chercheur pionnier dans le domaine de
la météorologie et même un des premiers hommes à
monter dans une mongolfière.
En 1762, il invente le glassharmonica, instrument à
clavier composé de verres frottés.
Il est aussi l'inventeur des lunettes à double foyer et du
poêle à bois à combustion contrôlée, qui porte encore son
nom et est en usage répandu à la campagne.
L'almanach du Bonhomme Richard
Cet almanach, qu'il commença à publier en 1732, sous
le nom de « Richard Saunders » est resté célèbre sous
celui du « Bonhomme Richard »...
Il fut pour le peuple ce que son journal fut pour les
classes éclairées. Il devint pendant vingt-cinq ans un
bréviaire de morale simple, de savoir utile, d'hygiène
pratique à l'usage des habitants de la campagne.
Franklin y donna, avec une clarté saisissante, toutes les
indications propres à améliorer la culture de la terre,
l'éducation des bestiaux, l'industrie et la santé des
hommes, et il y recommanda, sous les formes de la
sagesse populaire, les règles les plus capables de procurer
le bonheur par la bonne conduite.
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Le Chemin de la Fortune
Histoire du « Chemin de la Fortune »
et autres Secrets de Richesse...
Franklin résuma dans la « Science du Bonhomme
Richard », ou le « Chemin de la Fortune », cette suite de
maximes dictées par le bon sens le plus délicat et
l'honnêteté la plus intelligente.
C'est l'enseignement même du travail, de la vigilance,
de l'économie, de la prudence, de la sobriété, de la
droiture.
Il les conseille par des raisons simples et profondes,
avec des mots justes et fins.
La morale y est prêchée au nom de l'intérêt, et la vérité
économique s'y exprime en sentences si heureuses,
qu'elles sont devenues des proverbes immortels.
Voici quelques-uns de ces proverbes, agréables à lire,
utiles à suivre:
«La paresse va si lentement,
que la pauvreté l'atteint bientôt »
«Il en coûte plus cher pour entretenir un vice
que pour élever deux enfants »
«L'orgueil déjeune avec l'abondance,
dîne avec la pauvreté, et soupe avec la honte »
«Celui qui ne sait pas être conseillé
ne peut pas être secouru »
« Si vous ne voulez pas écouter la raison,
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Le Chemin de la Fortune
elle ne manquera pas de se faire sentir »
« L'expérience tient une école
où les leçons coûtent cher;
mais c'est la seule où les insensés
puissent s'instruire »
Cet almanach, eut un grand succès et une non moins
grande influence sur des dizaines de milliers de personnes.
Ces conseils pour s’enrichir datent de plus de 2
siècles ! Vous leur trouverez peut-être un air peu
« démodé », ou un aspect parfois très rigides - car
Benjamin Franklin était exigeant avec lui-même...
Mais ne vous méprenez pas : vous allez découvrir avec
étonnement que, malgré les années, ils sont pour la plupart
toujours « d’actualité » et surtout pleins de bon sens, pour
celui qui veut s’enrichir en partant de rien...
Et ils ont bel et bien permis à Franklin de faire Fortune
et de lui permettre d'arrêter de travailler à l'âge de 42 ans
alors qu'il était parti de zéro !...
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Le Chemin de la Fortune
LA SCIENCE
DU BONHOMME RICHARD
OU LE CHEMIN DE LA FORTUNE
Tel qu'il est clairement indiqué dans un vieil almanach
de Pensylvanie, intitulé: l'Almanach du bonhomme
Richard.
AMI LECTEUR,
J'ai ouï dire que rien ne fait tant de plaisir à un auteur
que de voir ses ouvrages cités par d'autres avec respect.
Juge d'après cela combien je dus être content de l'aventure
que je vais te raconter.
J'arrêtai dernièrement mon cheval dans un endroit où il
y avait beaucoup de monde assemblé pour une vente à
l'enchère. L'heure n'étant pas encore venue, l'on causait de
la dureté des temps.
Comment nous augmentons
nous-même nos impôts...
Quelqu'un, s'adressant à un bon vieillard en cheveux
blancs et assez bien mis, lui dit :
« Et vous, père Abraham, que pensez-vous de ce temps-
ci ? Ces lourds impôts ne vont-ils pas tout à fait ruiner le
pays ? Comment ferons-nous pour les payer? Que nous
conseilleriez-vous? »
Le père Abraham attendit un instant, puis répondit :
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Le Chemin de la Fortune
« Si vous voulez avoir mon avis, je vais vous le donner
en peu de mots, car, un mot suffit au sage, comme dit le
bonhomme Richard. »
Chacun le priant de s'expliquer, l'on fit cercle autour de
lui, et il poursuivit en ces termes :
« Mes amis, les impôts sont, en vérité, très lourds, et
pourtant, si ceux du gouvernement étaient les seuls à
payer, nous pourrions encore nous tirer d'affaire.
Mais il y en a bien d'autres et de bien plus onéreux pour
quelques-uns de nous. Nous sommes taxés :
pour le double au moins par notre paresse,
pour le triple par notre orgueil,
pour le quadruple par notre étourderie,
et, pour ces impôts-là, le percepteur ne peut nous obtenir
ni diminution ni délai; cependant tout n'est pas désespéré,
si nous sommes gens à suivre un bon conseil :
« Aide-toi, le Ciel t'aidera »,
dit le bonhomme Richard.
Un bien très précieux
que nous dilapidons sans le savoir
On regarderait comme un gouvernement insupportable
celui qui exigerait de ses sujets la dixième partie de leur
temps pour son service.
Mais la paresse est bien plus exigeante chez la plupart
d'entre nous. L'oisiveté, qui amène les maladies,
raccourcit beaucoup la vie.
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Le Chemin de la Fortune
« L'oisiveté, comme la rouille, use plus que le travail;
la clef est claire tant que l'on s'en sert », dit le
bonhomme Richard.
« Vous aimez la vie, dit-il encore : ne perdez donc
pas le temps, car c'est l'étoffe dont la vie est faite.
Combien de temps ne donnons-nous pas au sommeil
au delà du nécessaire, oubliant que renard qui dort ne
prend pas de poule, et que nous aurons le temps de
dormir dans la tombe », comme dit le bonhomme
Richard.
Si le temps est le plus précieux des biens, « La perte
du temps, comme dit le bonhomme Richard, doit être la
plus grande des prodigalités ».
Il nous dit ailleurs : « Le temps perdu ne se retrouve
plus; assez de temps est toujours trop court ». Ainsi
donc, au travail, et pour cause ! De l'activité ! et nous
ferons davantage avec moins de peine.
« L'oisiveté rend tout difficile; le travail rend tout
aisé; celui qui se lève tard traîne tout le jour, et
commence à peine son ouvrage à la nuit ».
« Fainéantise va si lentement, que pauvreté l'atteint
tout de suite ».
« Pousse les affaires, et qu'elles ne te poussent pas ».
« Se coucher tôt, se lever tôt, donnent santé, richesse
et sagesse », comme dit le bonhomme Richard.
Un moyen simple de vous mettre
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Le Chemin de la Fortune
à l’abri des soucis
Et que signifient ces souhaits et cet espoir d'un temps
meilleur ? Nous ferons le temps meilleur, si nous savons
nous remuer nous-mêmes.
Activité n'a que faire de souhaits; qui vit d'espoir
mourra de faim; point de gain sans peine.
Il faut m'aider de mes mains, faute de terres, ou, si j'en
ai, elles sont écrasées d'impôts; un métier est un fonds de
terre, une profession est un emploi qui réunit honneur et
profit ; mais il faut travailler à son métier et suivre sa
profession, sans quoi ni le fonds, ni l'emploi ne nous
mettront en état de payer l'impôt.
Si nous sommes laborieux, nous n'aurons pas à craindre
la disette; car la faim regarde à la porte du travailleur;
mais elle n'ose pas y entrer.
Les commissaires et les huissiers n'y entreront pas non
plus; car l'activité paye les dettes, tandis que le
découragement les augmente.
Il n'est que faire que vous trouviez un trésor ni qu'il
vous arrive un riche héritage. Activité est mère de
prospérité, et Dieu ne refuse rien au travail. Ainsi donc,
labourez profondément pendant que les paresseux
dorment, et vous aurez du blé à vendre et à garder.
Travaillez pendant que c'est aujourd'hui, car vous ne
savez pas combien vous en serez empêché demain. «Un
aujourd'hui, vaut deux demain,» comme dit le
bonhomme Richard, et encore : « Ne remets jamais à
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Le Chemin de la Fortune
demain ce que tu peux faire aujourd'hui ».
Si vous étiez au service d'un bon maître, ne seriez-vous
pas honteux qu'il vous surprît les bras croisés ?
Mais vous êtes votre propre maître.
Rougissez donc de vous surprendre à rien faire, quand il
y a tant à faire, pour vous-même, pour votre famille, pour
votre pays. Prenez vos outils sans mitaines, souvenez-
vous que « chat ganté ne prend pas de souris », comme
dit le bonhomme Richard.
Il est vrai qu'il y a beaucoup de besogne et peut-être avez-
vous le bras faible ? Mais tenez ferme, et vous verrez des
merveilles :
A la longue, les gouttes d'eau percent la pierre.
Avec de l'activité et de la patience, la souris coupe le
câble.
Les petits coups font tomber de grands chênes.
Vous aurez du loisir… à une condition
Je crois entendre quelqu'un de vous me dire : « Mais ne
peut-on se donner un instant de loisir ? »
Je te dirai, mon ami, ce que dit le bonhomme Richard :
« Emploie bien ton temps, si tu songes à gagner du
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Le Chemin de la Fortune
loisir; et puisque tu n'es pas sûr d'une minute, ne
perds pas une heure ».
Le loisir, c'est le moment de faire quelque chose d'utile.
Ce loisir, l'homme actif l'obtiendra, mais le fainéant,
jamais; car une vie de loisir et une vie de fainéantise sont
deux.
Bien des gens voudraient vivre sans travailler, sur leur
seul esprit; mais ils échouent faute de fonds.
Le travail, au contraire, amène à sa suite les aises,
l'abondance, la considération. Fuyez les plaisirs et ils
courront après vous.
La fileuse diligente ne manque pas de chemises; à
présent que j'ai vache et moutons, chacun me donne le
bonjour.
Votre prospérité grandira
si vous respectez une règle essentielle
Mais indépendamment de l'amour du travail, il nous
faut encore de la stabilité, de l'ordre, du soin, et veiller à
nos affaires de nos propres yeux, sans nous en rapporter
tant à ceux des autres; car, comme dit le bonhomme
Richard, « je n'ai jamais vu venir à bien arbre ou
famille changés souvent de place ».
Puis ailleurs: « garde ta boutique et ta boutique te
gardera ». Et ailleurs encore: « si vous voulez que votre
besogne soit faite, allez-y; si vous voulez qu'elle ne soit
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Le Chemin de la Fortune
pas faite, envoyez-y ».
Le bonhomme dit aussi : « Celui qui par la charrue
veut s'enrichir, de sa main doit la tenir »; et ailleurs:
« l'oeil du maître fait plus d'ouvrage que ses deux
mains »; « faute de soin fait plus de tort que faute de
science », « ne pas surveiller vos ouvriers, c'est leur
livrer votre bourse ouverte ».
Le trop de confiance est la ruine de plusieurs : dans les
choses de ce monde, ce n'est pas la foi qui sauve, mais le
doute.
Le soin que l'on prend soi-même est celui qui fructifie le
mieux; car, si vous voulez avoir un serviteur fidèle et qui
vous plaise, servez-vous vous-même.
Grand malheur naît parfois
de petite négligence
Faute d'un clou, le fer du cheval se perd; faute d'un fer,
on perd le cheval; faute d'un cheval, le cavalier est perdu,
parce que son ennemi l'atteint et le tue: le tout, faute
d'attention au clou d'un fer à cheval.
Un grand principe
d'enrichissement
C'en est assez, mes amis, sur l'activité et l'attention à
nos propres affaires; il faut y ajouter l'économie, si nous
voulons assurer le succès de notre travail.
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Le Chemin de la Fortune
Un homme, s'il ne sait pas mettre de côté à mesure qu'il
gagne, aura toute la vie le nez sur la meule et mourra sans
le sou.
A cuisine grasse, testament maigre.
Bien des fonds de terre s'en vont à mesure qu'ils
viennent, depuis que les femmes oublient pour le thé le
rouet et le tricot; depuis que les hommes laissent, pour le
punch, la scie ou le rabot.
Si vous voulez être riche, apprenez à mettre de côté
pour le moins autant qu'à gagner. L'Amérique n'a pas
enrichi l'Espagne, parce que ses dépenses ont toujours
dépassé ses recettes.
Laissez là toutes vos folies dispendieuses, et vous
n'aurez plus tant à vous plaindre de la dureté des temps, de
la pesanteur de l'impôt et des charges du ménage; car les
femmes et le vin, le jeu et la mauvaise foi, font petites les
richesses et grands les besoins; et, comme le dit ailleurs le
bonhomme Richard, « un vice coûte plus à nourrir que
deux enfants ».
Vous pensez peut-être qu'un peu de thé, un peu de
punch de temps à autre, un plat un peu plus recherché, des
habits un peu plus brillants, une partie de plaisir par-ci,
par-là, ne tirent pas à conséquence; mais souvenez-vous
que les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Défiez-vous des petites dépenses
« Il ne faut qu'une petite fente pour couler à fond un
grand navire », dit le bonhomme Richard. Les gens
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Le Chemin de la Fortune
friands seront mendiants; les fous font la noce et les sages
la mangent.
Vous voilà tous assemblés ici pour acheter des
colifichets et des babioles : vous appelez cela des biens;
mais si vous n'y prenez garde, cela pourra être des maux
pour plusieurs d'entre vous.
Vous comptez qu'ils seront vendus bon marché, et peut-
être seront-ils en effet vendus au-dessous du prix courant;
mais si vous n'en avez que faire, ils seront encore trop
chers pour vous.
Rappelez-vous ce que dit le bonhomme Richard :
« Achète ce qui t'est inutile,
et tu vendras sous peu,
ce qui t'est nécessaire »
Etes-vous sûr de faire vraiment
une « bonne affaire » ?
Il dit encore : « Réfléchis bien avant de profiter de ce
qui semble bon marché »; nous faisant entendre que le
bon marché n'est peut-être qu'apparent, ou que l'achat, par
la gêne qu'il amène, nous fera plus de mal que de bien. La
vraie question est : « en avez-vous réellement besoin ? »
Le Bonhomme Richard il dit dans un autre endroit :
« Les bons marchés ont ruiné nombre de gens »; et
ailleurs: « c'est une folie que d'employer son argent à
acheter un repentir ».
Et cependant cette folie se renouvelle chaque jour dans
les ventes, faute de penser à l'Almanach. Combien pour la
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Le Chemin de la Fortune
parure de leurs épaules ont fait jeûner leur ventre, et
presque réduit leur famille à mourir de faim ! « Soie et
satin, écarlate et velours, éteignent le feu de la
cuisine », dit le bonhomme Richard;
Loin d'être les nécessités de la vie, ils en sont à peine
les commodités, et pourtant, parce qu'ils brillent à la vue,
combien de gens s'en font un besoin !
Par ces extravagances et autres semblables, les gens du
bel air sont réduits à la pauvreté et forcés d'emprunter à
ceux qu'ils méprisaient auparavant, mais qui se sont
maintenus par l'activité et l'économie ; ce qui prouve :
« qu'un laboureur sur ses pieds
est plus grand qu'un gentilhomme à genoux »,
comme dit le bonhomme Richard. Peut-être avaient-ils
reçu quelque petit héritage sans savoir comment cette
fortune avait été acquise : « Il est jour, pensaient-ils, il ne
sera jamais nuit; que fait une si mesquine dépense sur une
telle somme ?»
Mais, « à force de puiser à la huche sans y rien
mettre, on en trouve le fond », comme dit le bonhomme
Richard; et c'est alors, « c'est quand le puits est à sec,
que l'on sait le prix de l'eau ».
Un moyen très sûr
de vous rendre dépendant
Mais, direz-vous, c'est ce qu'ils auraient su plus tôt, s'ils
avaient suivi le conseil du bonhomme Richard: «Voulez-
vous savoir le prix de l'argent, allez et essayez d'en
emprunter » Qui va à l'emprunt cherche un affront; et de
fait, il en arrive autant à celui qui prête à certaines gens,
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Le Chemin de la Fortune
quand il veut rentrer dans ses fonds.
Le bonhomme Richard nous avertit et nous dit:
« L'orgueil de vouloir paraître est une vraie
malédiction; avant de consulter votre fantaisie,
consultez votre bourse ».
Il nous dit aussi: « L'orgueil est un mendiant qui crie
aussi haut que le besoin et avec bien plus
d'effronterie ».
Avez-vous fait emplette d'une jolie chose, il vous en
faut acheter dix autres, pour que vos acquisitions
anciennes et nouvelles ne jurent pas entre elles.
Aussi, dit le bonhomme Richard :
« il est plus aisé de réprimer le premier désir
que de contenter tous ceux qui suivent ».
Le pauvre qui singe le riche est véritablement aussi fou
que la grenouille qui s'enfle pour égaler le boeuf en
grosseur. Les grands vaisseaux peuvent risquer davantage,
mais les petits bateaux ne doivent pas s'écarter du rivage.
Au surplus, les folies de cette nature sont assez vite
punies; car, comme dit le bonhomme Richard: « L'orgueil
qui dîne de vanité soupe de mépris ». « L'orgueil
déjeune avec l'abondance, dîne avec la pauvreté, et
soupe avec la honte ».
Et que revient-il, après tout, de cette envie de paraître
pour laquelle on a tant de risques à courir et tant de peines
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Le Chemin de la Fortune
à subir ?
Elle ne peut conserver un jour de plus la santé, ni
adoucir la souffrance. Elle n'ajoute pas un grain au mérite
de la personne; elle éveille la jalousie, elle hâte le
malheur.
Quelle sottise n'est-ce pas de s'endetter pour de telles
superfluités !
Dans cette vente-ci, l'on vous offre six mois de crédit, et
c'est peut-être là ce qui a engagé quelques-uns de nous à
s'y rendre, parce que, n'ayant pas d'argent à débourser,
nous espérons nous parer gratuitement. Mais pensez-vous
à ce que vous faites en vous endettant ?
Vous pouvez éviter
de vous mettre un boulet au pied
Si vous ne payez pas au terme fixé, vous rougirez de
voir votre créancier; vous tremblerez en lui parlant : vous
inventerez de pitoyables excuses, et, par degrés, vous
arriverez à perdre votre franchise, vous tomberez dans les
mensonges les plus tortueux et les plus vils; car :
« mentir n'est que le second vice;
le premier est de s'endetter inutilement »,
dit le bonhomme Richard; « le mensonge monte en
croupe de la dette », dit-il encore à ce sujet.
Un homme né libre ne devrait jamais rougir ni trembler
devant tel homme vivant que ce soit; mais souvent la
pauvreté efface et courage et vertu.
« Il est difficile à un sac vide de se tenir debout »
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Le Chemin de la Fortune
Que penseriez-vous d'un gouvernement qui vous
défendrait par un édit de vous habiller comme un grand
seigneur ou comme une grande dame, sous peine de
prison ou de servitude ?
Ne direz-vous pas que vous êtes libres; que vous avez le
droit de vous habiller comme bon vous semble; qu'un tel
édit est un attentat formel à vos privilèges, qu'un tel
gouvernement est tyrannique ?
Et cependant, vous consentez à vous soumettre à une
tyrannie semblable, dès l'instant où vous vous endettez
inutilement, juste pour briller !
Votre créancier est autorisé à vous priver, selon son bon
plaisir, de votre liberté, en vous confinant pour la vie dans
une prison, ou bien en vous vendant comme esclave si
vous n'êtes pas en état de le payer.
Quand vous avez fait votre marché, peut-être ne
songiez-vous guère au payement; mais, comme dit le
bonhomme Richard, « les créanciers ont meilleure
mémoire que les débiteurs ».
« Les créanciers, dit-il encore, forment une secte
superstitieuse, observatrice des jours et des temps ».
Le jour de l'échéance arrive avant que vous l'ayez vu
venir, et l'on monte chez vous avant que vous soyez en
mesure; ou bien, si votre dette est présente à votre esprit,
le terme, qui vous avait d'abord paru si long, vous paraîtra
bien peu de chose à mesure qu'il s'accourcit.
Vous croirez que le temps s'est mis des ailes aux talons
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Le Chemin de la Fortune
comme aux épaules. « Le carême est bien court pour
qui doit payer à Pâques ».
Peut-être vous croyez-vous à ce moment en position de
faire, sans préjudice, quelques petites extravagances; mais
alors épargnez, pendant que vous le pouvez, pour le temps
de la vieillesse et du besoin. Le soleil du matin ne brille
pas tout le jour.
Le gain est passager et incertain; mais la dépense sera,
toute votre vie, continuelle et certaine; et « il est plus aisé
de bâtir deux cheminées que d'en tenir une chaude »,
comme dit le bonhomme Richard; « ainsi, ajoute-t-il,
allez plutôt vous coucher sans souper que de vous lever
avec une dette ».
Comment transformer le plomb en or
« Gagnez ce que vous pouvez,
et gardez bien ce que vous gagnez »
Voilà la pierre qui changera votre plomb en or !
Et quand vous posséderez cette pierre philosophale,
soyez sûrs que vous ne vous plaindrez plus de la dureté
des temps ni de la difficulté à payer l'impôt.
Cette doctrine, mes amis, est celle de la raison et de la
sagesse; n'allez pas cependant vous confier uniquement à
l'activité, à l'économie, à la prudence, bien que ce soit
d'excellentes choses. Car elles vous seraient tout à fait
inutiles sans la bénédiction du Ciel.
Demandez donc humblement cette bénédiction, et ne
soyez pas sans charité pour ceux qui paraissent en avoir
22
Le Chemin de la Fortune
besoin présentement, mais consolez-les et aidez-les.
N'oubliez pas que Job fut bien misérable, et qu'ensuite
il redevint heureux.
Et maintenant, pour terminer : « l'expérience tient une
école qui coûte cher; mais c'est la seule où les insensés
puissent s'instruire, comme dit le bonhomme Richard,
et encore n'y apprennent-ils pas grand chose ».
Il a bien raison de dire que l'on peut donner un bon
avis, mais non la conduite.
Toutefois, rappelez-vous ceci : «qui ne sait pas être
conseillé, ne peut être secouru »; et puis ces mots
encore: « si vous n'écoutez pas la raison, elle ne
manquera pas de vous taper sur les doigts », comme dit
le bonhomme Richard.
Le Vieillard finit ainsi sa harangue.
On l'avait écouté; on approuva ce qu'il venait de dire et
l'on fit sur-le-champ le contraire...
Précisément comme il arrive, aux sermons ordinaires;
car la vente s'ouvrit et chacun enchérit de la manière la
plus extravagante.
Je vis que ce brave homme avait soigneusement étudié
mes Almanachs et digéré tout ce que j'avais dit sur ces
matières pendant vingt-cinq ans.
Les fréquentes citations qu'il avait faites eussent fatigué
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Le Chemin de la Fortune
tout autre que l'auteur cité; ma vanité en fut
délicieusement affectée, bien que je n'ignorasse pas que,
dans toute cette sagesse, il n'y avait pas la dixième partie
qui m'appartînt et que je n'eusse glanée dans le bon sens
de tous les siècles et de tous les pays.
Quoi qu'il en soit, je résolus de mettre cet écho à profit
pour moi-même; et, bien que d'abord je fusse décidé à
m'acheter un habit neuf, je me retirai, déterminé à faire
durer le vieux.
Ami lecteur, si tu peux en faire autant, tu y gagneras
petit à petit autant que moi : la vraie fortune...
Benjamin Franklin
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