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L'émancipation du génie féminin

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Texte 5 : « Comment les femmes auraient-elles jamais eu du génie...

», Simone de Beauvoir,

Simone de Beauvoir est une grande figure du féminisme, aussi bien par sa vie que par ses œuvres :
après des études brillantes en lettres et en philosophie, elle est reçue seconde à l’Agrégation de
Philosophie, juste derrière Jean-Paul Sartre dont elle partagera la vie. Après quelques années
d’enseignement, elle entame une carrière littéraire en publiant des romans, des écrits
autobiographiques des essais philosophiques. Elle milite beaucoup pour la cause des femmes (elle
crée la Ligue du Droit des femmes en 1974), et participe à la revue Les Temps Modernes.
Avec pour sous titre « La femme cette inconnue », Le Deuxième sexe, paru en 1949, est un essai
dans lequel la philosophe analyse toutes les formes d’assujettissement dont les femmes ont été
l'objet à son époque mais aussi la nôtre. Elle répond dans ce passage à ceux qui s’étonnent du petit
nombre de génies artistes féminins, en définissant les données d’un problème sociologique.

Je vais procéder à la lecture…

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle.


Œuvre intégrale : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791, Olympe de
Gouges, 1748-1793.

Parcours associé : Écrire et combattre pour l'égalité.

Texte 5 : « Comment les femmes auraient-elles jamais eu du génie... », Simone de Beauvoir,


1908- 1986, Le Deuxième Sexe, 1949.

Comment les femmes auraient-elles jamais eu du génie alors que toute possibilité d'accomplir
une œuvre géniale – ou même une œuvre tout court – leur était refusée ? La vieille Europe a
naguère accablé de son mépris les Américains barbares qui ne possédaient ni artistes ni écrivains
:
« Laissez-nous exister avant de nous demander de justifier notre existence », répondit en
substance 5Jefferson1. Les Noirs font les mêmes réponses aux racistes qui leur reprochent de
n'avoir produit ni un Whitman ni un Melville2. Le prolétariat français ne peut non plus opposer
aucun nom à ceux de Racine ou de Mallarmé. La femme libre est seulement en train de naître ;
quand elle se sera conquise, peut-être justifiera-t-elle la prophétie de Rimbaud : « Les poètes
seront ! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle,
l'homme – jusqu'ici 10abominable – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète elle aussi ! La
femme trouvera l'inconnu ! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des
choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses, nous les prendrons, nous les
comprendrons »3. Il n'est pas sûr que ces « mondes d'idées» soient différents de ceux des hommes
puisque c'est en s'assimilant à eux qu'elle s'affranchira ; pour savoir dans quelle mesure elle
demeurera singulière, dans quelle 15mesure ces singularités garderont de l'importance, il faudrait
se hasarder à des anticipations bien hardies4. Ce qui est certain, c'est que jusqu'ici les possibilités
de la femme ont été étouffées et perdues pour l'humanité et qu'il est grand temps dans son intérêt
et dans celui de tous qu'on lui laisse enfin courir toutes ses chances.
Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949.

Vocabulaire : 1. Thomas Jefferson (1743-1826) : président des États-Unis, qui a contribué à la


rédaction de la Déclaration d’indépendance. 2. Célèbres auteurs contemporains. 3. Lettre à Paul
Demeny. 4. osées.
En quoi ce texte dénonce-t-il l'oppression de la femme sur le plan de la création ?

On peut donc deccouper ce texte en 2 mouvements, tot d’abord le premier mouvement,


La femme assujettie (dominée) qui s’etend de la ligne 1 a , ensuite le deuxieme
mouvement, un avenir meilleur pour la création chez la femme, qui s’etend de la ligne
a

Tout d’abord, on s’interesse au premier mouvement, La femme assujettie


(dominée) qui s’etend de la ligne 1 a

Comment les femmes auraient-elles jamais eu du génie alors que toute possibilité
d'accomplir une œuvre géniale – ou même une œuvre tout court – leur était refusée ? La
vieille Europe a naguère accablé de son mépris les Américains barbares qui ne
possédaient ni artistes ni écrivains :
« Laissez-nous exister avant de nous demander de justifier notre existence », répondit en
substance 5Jefferson1. Les Noirs font les mêmes réponses aux racistes qui leur reprochent
de n'avoir produit ni un Whitman ni un Melville2. Le prolétariat français ne peut non plus
opposer aucun nom à ceux de Racine ou de Mallarmé. La femme libre est seulement en
train de naître ; quand elle se sera conquise, peut-être justifiera-t-elle la prophétie de
Rimbaud : « Les poètes seront ! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle
vivra pour elle et par elle, l'homme – jusqu'ici 10abominable – lui ayant donné son renvoi,
elle sera poète elle aussi ! La femme trouvera l'inconnu ! Ses mondes d'idées
différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes,
délicieuses, nous les prendrons, nous les comprendrons »3.

1. 1ère phrase = thèse du texte sous une forme de question rhétorique : lecteur doit épouser
le point de vue de l'auteure. Le génie féminin existe mais n’a pas pu se développer car il est
étouffé par la société.
Conditionnel passé « auraient-elles » : évocation du passé d’oppression de la femme.
Antithèse « jamais » / « toute » : insistance sur la résistance de la société au génie féminin.

2. Puis, Raisonnement par analogie = référence à 3 exemples d’opprimés de tout temps et


tout lieu, ayant subi le même reproche d’infériorité créatrice :
* Les Américains (oppression liée à la nationalité) : adjectif « barbare » rend compte du
point de vue que la « vieille Europe » portait sur ce nouveau peuple → nouveauté inspire
nécessairement une crainte de l’autre qui devient « barbare » ( S. De Beauvoir emprunte ici
le discours de « vieux européens » pour souligner son absurdité au XXe siècle.). La violence
des Européens à l’égard des Américains est évoquée à travers les termes « accablé » et «
mépris ». L’adjectif « vieille » qualifiant l’Europe suggère, par analogie, l’absence
d’évolution d’une société qui continue à nier la possibilité d’un génie féminin. Simone de
Beauvoir critique donc implicitement le caractère réactionnaire de la société du XXe siècle.
[1. le discours de « vieux européens » = Revoir Textes de 2e sur les Récits de voyage ou
Manuel de 2e ou Internet : Notamment, Le Discours du vieillard dans Supplément au
voyage de Bougainville, Denis Diderot.]
1. * Référence à Jefferson : conclut le 1er exemple en renforçant l’argument par analogie : S.
de B. fait appel à l’autorité du président dont les paroles peuvent être appliquées au sort des
femmes au XXe siècle. La voix de S. de B. se superpose à celle de Jefferson et lance un
appel à la société, l’enjoignant à laisser exister les femmes = Jefferson = figure d'autorité.
* Noirs : oppression liée à la couleur de peau / Prolétariat français : oppression liée au statut
social. Termes génériques : « artistes », « écrivains » ont laissé place à des noms d’auteurs
célèbres (Whitman, Melville, Mallarmé, Racine).
* Raisonnement entier sur la négation : « qui ne possédaient ni artistes, ni écrivains », «
n’avoir produit ni un Whitman, ni un Melville », « ne peut non plus opposer aucun nom » :
comme les exemples du passé, la femme est totalement niée par la société actuelle.
* Phrase suivante : annonce la naissance de la femme, d’un type de femme qui permettra
l’épanouissement du genre féminin qui, jusqu’alors, n’existait pas : « la femme libre ».
3. 1ère partie du texte s’achève sur un argument d’autorité à travers une citation de
Rimbaud illustrant les bienfaits de l’avènement de la femme libre.
Cette citation est annoncée comme une « prophétie » faisant de la femme libre une sorte de
nouveau messie.
Met en avant le génie créateur de la femme : « elle sera poète ».
Force et puissance de son génie sont soulignées par l’énumération d’adjectifs : « étranges,
insondables, repoussantes, délicieuses » :
– étranges et insondables : gradation entre ces deux adjectifs montrant que la femme poète
aura accès à des éléments inexplorées par l’homme ( cf. « elle trouvera l’inconnu ») ; elle ira
plus loin que l’homme dans sa création.
– antithèse entre « repoussantes » / « délicieuses » souligne l’étendue du génie féminin qui
réunira les contraires.
Rimbaud annonce aussi une harmonie future entre homme et femme, permise par
l’émancipation féminine : « nous les prendrons, nous les comprendrons ». Le pronom
personnel « nous » renvoie ici au genre masculin ; Rimbaud montre ainsi que les
découvertes des femmes seront bénéfiques aux hommes qui pourront s’en instruire. Le
verbe « comprendrons » implique l’idée d’un partage et d’une harmonie enfin acquise
entre hommes et femmes.
=> L’autorité Rimbaldienne permet donc à Simone de Beauvoir de montrer non
seulement l’existence d’un génie féminin, mais aussi son bénéfice pour le génie
masculin.

On passe ainsi au deuxieme mouvement, un avenir meilleur pour la création chez la


femme
qui s’etend de la ligne a

Il n'est pas sûr que ces « mondes d'idées» soient différents de ceux des hommes puisque
c'est en s'assimilant à eux qu'elle s'affranchira ; pour savoir dans quelle mesure elle
demeurera singulière, dans quelle 15mesure ces singularités garderont de l'importance, il
faudrait se hasarder à des anticipations bien hardies4. Ce qui est certain, c'est que jusqu'ici
les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l'humanité et qu'il est grand
temps dans son intérêt et dans celui de tous qu'on lui laisse enfin courir toutes ses
chances.

1. Simone de Beauvoir a confiance dans le génie féminin. La femme doit néanmoins


d’abord trouver les moyens de sa liberté (cf. Le verbe pronominal « s’affranchira » montre
que la femme doit conquérir cette liberté // « quand elle se sera conquise » de la première
partie) → indépendance de la femme passe d’abord par cette auto-conquête de sa liberté.
Son objectif premier doit donc être de sortir de l’esclavage à l’égard des hommes. Toutefois,
cette liberté est présentée comme irrépressible, comme le suggère l’emploi des futurs de
l’indicatif à valeur de certitude : « s’affranchira », « demeurera ».
2. Néanmoins la forme du génie féminin reste incertaine et Simone de Beauvoir nuance
ainsi le propos de Rimbaud sur lequel elle s’était précédemment appuyée : « il n’est pas sûr
que ces ''mondes d’idées'' soient différents de ceux des hommes ».
NB : Cette prudence avait déjà été annoncée par l’emploi de l’adverbe « peut-être » avant
la citation rimbaldienne. Simone de Beauvoir n’envisage pas nécessairement une différence
entre génie masculin et féminin car dans un premier temps « c’est en s’assimilant » à
l’homme que la femme « s’affranchira ». La revendication et la certitude sont donc
seulement celles d’une égalité entre homme et femme. Les
« singularités » du genre féminin restent de l’ordre de l’incertitude et des « anticipations
bien hardies ». S. De Beauvoir s’éloigne ainsi de la hardiesse de Rimbaud et affirme sa
prudence.

3. Mais une revendication plus importante que jamais.


Face aux incertitudes quant à la forme du génie féminin et sa singularité, Simone de
Beauvoir réaffirme cependant ses certitudes dans la dernière phrase qui résume avec
force et persuasion sa revendication : « ce qui est certain ». L’utilisation du présent de
vérité générale renforce ici cette certitude.
Simone de Beauvoir montre dans cette dernière phrase son impatience à travers
l’expression « il est grand temps » et l’adverbe « enfin ».
Un avenir meilleur pour la femme apparaît comme nécessaire non seulement pour elle –
« les possibilités de la femme ont été étouffées », le participe passé « étouffées » révélant
l’intérêt vital de laisser la femme exprimer son génie, » dans son intérêt – mais aussi pour
l’humanité entière : « les possibilités de la femme ont été […] perdues pour l’humanité »,
dans celui [ l’intérêt] de tous. Le participe passé « perdues » et le pronom « tous » font
apparaître la femme comme l’avenir de l’homme.

POUR CONCLURE, Si Simone de Beauvoir est sûre que parmi les femmes
libérées naîtront des artistes, comme chez les hommes, elle reste plus réservée
sur les formes de leur production. Le texte a été écrit en 1949, on peut
maintenant se demander si le demi-siècle qui s’est écoulé depuis lui a donné
raison.

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