Comment les Républicains cherche t- il à
installer durablement la République en France?
Les années 1879-1880 correspondent aux débuts de la République opportuniste. Les
républicains au pouvoir s’attachent à unir la nation autour des valeurs de 1789. Ils mettent en
œuvre une vaste politique d’acculturation républicaine. Le 14 février 1879, un décret du
ministère de la Guerre fait de La Marseillaise l’hymne national du pays. Le 14 juillet 1880, le
14 Juillet est institué et célébré pour la première fois comme fête nationale. En septembre
1870, la IIIe République naît de la défaite militaire face à la Prusse. Les premières années
sont marquées par la fragilité du régime, dans une France agitée de soubresauts
révolutionnaires. Les royalistes remportent les premières élections sans parvenir à rétablir la
monarchie. Les années 1880 sont celles de la consolidation. Les républicains sont désormais
au pouvoir. Les Français adhèrent progressivement à leur projet fondé sur les principes de
1789. Une culture républicaine se diffuse à travers le pays, même si des résistances
demeurent. Au tournant du XXe siècle, des tensions parcourent la société et le régime doit
faire face à des crises. Celles-ci sont surmontées et l’intégration politique des différentes
classes sociales se poursuit. En 1914, l’adhésion au régime républicain apparaît solide.
I- La difficile naissance d’un régime
républicain
A) Des débuts difficiles
Les Parisiens redoutent un retour à la monarchie. En effet, en janvier 1871,
les Français élisent une nouvelle Assemblée au suffrage universel, et ce
sont les Royalistes, favorables à la paix avec l’Allemagne, qui remportent
la majorité des sièges. Thiers, le nouveau chef du gouvernement, engage
alors des négociations avec l’Allemagne. Les Parisiens refusent cette
nouvelle Assemblée et les négociations de paix parce qu’ils ont beaucoup
souffert du siège de la ville par les Prussiens qui vient juste de se terminer.
Ils n’acceptent pas non plus les premières mesures prises par cette nouvelle
majorité : installation de l’Assemblée à Versailles, suppression de la solde
des gardes nationaux, paiement des dettes et des loyers suspendus pendant
le siège, retrait des canons ayant servi à la défense de la capitale et présence
des Prussiens. Les Parisiens se révoltent et établissent un gouvernement
révolutionnaire le 18 mars 1871 : la Commune de Paris. Les revendications
des Parisiens en 1871 portent donc sur les salaires, les conditions de travail
et le droit de grève. Bien que républicain, Adolphe Thiers décide de
réprimer ce mouvement politique et social. Pire, il demande et obtient
l’aide des Prussiens pour mettre un terme à la Commune de Paris ! La
répression est violente : en mai 1871, on compte plus de 20 000 morts et
des milliers de prisonniers. On appelle cette répression la « semaine
sanglante ».
B) La Commune
L’une vient de la gauche radicale, héritière de la Commune de Paris, l’autre
vient de la droite conservatrice et monarchique. Or, à la fin des années
1880, un homme, le général Boulanger, parvient à rassembler ces formes
d’oppositions a priori contradictoires. Son mouvement s’appelle le
Boulangisme. Sa popularité est telle qu’il manque de peu de renverser la
République. Mais cette dernière résiste et sort même renforcée de cet
épisode.
C) L’Affaire Dreyfus
La deuxième crise, qui est aussi la plus violente, éclate en 1894. C’est l’Affaire Dreyfus. Elle
tire son nom de ce capitaine de l’armée accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne. Cette
affaire déstabilise profondément la République car elle divise la société en deux camps : les
dreyfusards qui défendent l’accusé et les antidreyfusards qui réclament sa condamnation. De
plus, Alfred Dreyfus étant juif, le débat révèle l’antisémitisme en France.
II- L'enracinement de la République
A) Des crises politiques
Plusieurs crises politiques viennent ponctuer les débuts de la IIIe République.
En 1889, le ministre de la guerre, le général Boulanger, soutenu par les opposants à
la République, semble prêt mais renonce finalement à faire un coup d'État. La crise
est révélatrice de la fragilité de la République, mais le régime en sort renforcé. Entre
1892 et 1894, des anarchistes sont à l'origine de plusieurs attentats, ce qui a pour
conséquence de limiter la liberté de la presse (les « lois scélérates »), afin d'éviter la
diffusion des journaux. Enfin, l'affaire Dreyfus, qui éclate en 1894, divise
profondément les Français et surtout révèle l'existence d'un antisémitisme bien ancré
dans la société.
B) La stabilisation
Au début du XXe siècle, la France a finalement trouvé un régime parlementaire
stable : c’est la « Belle Époque ». La France est devenue une grande puissance
économique, le niveau de vie est élevé et elle possède le deuxième empire colonial
du monde.
C) Mise en place et diffusion des symboles
républicains
Après les lois constitutionnelles de 1875, la République s’installe. Le but des républicains est
désormais d’unir les Français en les associant à la République. Cela passe d’abord par
l’adoption de symboles. La Marseillaise est choisie comme hymne national et le drapeau bleu
blanc rouge est officiellement adopté. En 1880, le 14 juillet, date de la prise de la Bastille, est
déclaré fête nationale. Les mesures de la IIIe République ne sont pas uniquement
symboliques. Plus concrètement, le pouvoir garantit et renforce les libertés individuelles.
C’est notamment le cas avec les lois de 1881 qui rendent à La presse a ainsi obtenu sa totale
liberté d’expression. Mais l’État a aussi de grands projets concernant l’éducation : c’est la
construction d’une culture républicaine.
III- L’établissement des lois pour consolider la
République
Au cours de son histoire, la République française a dû surmonter de nombreux défis pour
s'enraciner durablement dans le pays. Parmi les outils les plus puissants utilisés pour
consolider ses fondations figuraient les lois. De la séparation de l'Église et de l'État à la
protection des droits fondamentaux des citoyens, les lois ont façonné le visage de la
République et ont établi les bases d'une société démocratique et égalitaire. Dans cette section,
nous explorerons les principales lois qui ont contribué à l'établissement et à la consolidation
de la République française, en soulignant les dates précises et les acteurs clés qui ont été
impliqués dans ce processus.
A) Loi de Séparation des Églises et de l'État (1905) :
Sous la présidence d'Émile Combes, cette loi affirme le principe de laïcité en France,
garantissant la séparation des institutions religieuses et de l'État, et consolide ainsi les
fondements de la République. Par le Concordat de 1804, la France et l’Église catholique
étaient liées. Sans être religion d’État, le catholicisme est reconnu comme religion majoritaire
et, à ce titre, les prêtres sont rémunérés par l’État, par exemple. Aristide Briand propose à
travers ce texte une loi de raison : partant du principe que tous les Français ne sont pas
catholiques et que la nationalité française ne dépend pas de l’appartenance à la communauté
chrétienne, Briand souligne l’impossibilité de vivre plus longtemps sous le régime du
Concordat. Une loi doit s’appliquer en principe à tous, ce qui n’est pas le cas ici. L’Alsace et
la Moselle n’étant pas françaises au moment de la promulgation de la loi, elles sont toujours
sous régime concordataire, c'est-à-dire qu'un accord est passé avec l'Église catholique pour
déterminer les droits de l'État et des religions reconnues. La loi est votée le 9 décembre 1905
et publiée au Journal officiel le 11 décembre 1905. Elle entre en application au 1er janvier
1906. La loi de séparation de l’Église et de l’État affirme que l’État ne reconnaît ni ne
subventionne aucun culte. L’État s’occupe de la sphère publique et la religion est une affaire
qui relève de la sphère privée ; elle ne doit en aucun cas influer sur la sphère publique, selon
le texte. La loi affirme en retour la liberté de conscience et garantit le libre exercice des
religions. Elle constitue donc une forme de garantie pour les croyants.
B) Lois sur l'éducation laïque, obligatoire et gratuite (1881-1882)
:
Ces lois, initiées sous la Troisième République, établissent un système éducatif laïque,
accessible à tous, renforçant ainsi les valeurs républicaines d'égalité des chances et de
liberté de conscience. L'école, qui est payante, est un privilège réservé aux plus riches.
Cette situation va changer après la défaite contre la Prusse et le début de la IIIe
République. Beaucoup ne savaient ni lire, ni écrire. Seuls les enfants des familles aisées
(les plus riches) avaient la chance d'être instruits. Ils allaient à l'école qui était payante et
souvent tenue par des religieux. En 1870, après la défaite contre les Prussiens, les
nouveaux dirigeants décident de changer le système éducatif. L'objectif était d'instruire la
population pour que la France puisse garder son statut de « grand pays ». Certains
considéraient notamment que le manque d'instruction des soldats français avait entraîné la
défaite contre la Prusse.
C) Au XIXe siècle, la France est encore un pays majoritairement
rural.
Les enfants commencent à travailler très tôt (parfois 5 ans) et leurs parents n'ont pas les
moyens de les envoyer à l'école. C'est Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, qui
lance la grande réforme du système éducatif français. Les « lois Ferry » sont votées en 1880
et 1881 et mettent en place les grands principes du système éducatif français. L'enseignement
devient gratuit dans les écoles publiques. L'instruction devient obligatoire pour tous les
enfants, filles et garçons de 6 à 13 ans. Elle peut se faire à l'école ou au sein de la famille.
L'école devient laïque : elle n'est plus contrôlée par les religieux. Le catéchisme est retiré des
programmes et remplacé par la morale et l'instruction civique.
Réforme constitutionnelle de la Cinquième République (1958) : Sous la présidence de
Charles de Gaulle, cette réforme établit les bases institutionnelles de la Cinquième
République, renforçant le pouvoir exécutif et réaffirmant les principes républicains de
souveraineté populaire et de séparation des pouvoirs.
Conclusion:
Malgré les défis et les soubresauts rencontrés tout au long de son histoire, la République
française a su s'enraciner durablement grâce à des figures emblématiques et des réformes
législatives majeures, consolidant ainsi les principes républicains qui fondent la France
moderne. La IIIe République est une période fondatrice de l’histoire de la France. C’est à ce
jour la République la plus longue puisqu’elle ne disparaîtra qu’en 1940. Durant cette période,
les valeurs républicaines se définissent et se diffusent, notamment grâce à l’école qui forme
les futurs citoyens. C’est aussi la mise en place de symboles républicains, toujours en vigueur
aujourd’hui. Née dans un contexte difficile, la Troisième République résiste aux oppositions,
aux crises et aux épreuves qu’elle traverse. C’est avec un régime fort et stabilisé que la
France entre dans le XXe siècle.