Objet d’étude : la poésie. Œuvre intégrale : Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai (1870) Parcours : émancipations créatrices.
Etudes d’ensemble
Rappel : Le recueil Les Cahiers de Douai comporte vingt-deux poèmes. Quinze poèmes constituent le Premier Cahier et sept
poèmes (« Rêvé pour l’hiver », « Le Dormeur du val », « Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir », « La Maline », « L’éclatante
victoire de Sarrebrück », « Le Buffet », « Ma Bohème ») Le Deuxième Cahier.
I) Les émois sensuels et amoureux
1) « Première soirée »
Comment Rimbaud réussit-il à teinter de légèreté l’érotisme de ce poème ?
2) « Les Reparties de Nina »
a) En quoi l’expression du désir amoureux du personnage désigné par le pronom « LUI » (vers 1) diffère-t-il du désir amoureux
exprimé dans le poème « Première soirée » ? b) Quelle est l’utilité de la description du paysage des vers 53 à 56 ? c) Expliquez
le titre du poème en vous aidant du dernier vers du poème.
3) « Rêvé pour l’hiver » :
a) Montrez que Rimbaud s’émancipe ici d’une partie des contraintes du sonnet. b) Comment ce poème lie-t-il le thème du
voyage à celui du jeu amoureux ? c) Quelles images et quelles expressions donnent à ce poème une naïveté enfantine ? d)
Comment interprétez-vous les points de suspension dans le dernier vers ?
II) Le lyrisme de la nature
1) « Sensation » :
a) Analysez comment le premier quatrain développe et illustre le titre du poème, « Sensation ». b) Quel effet de sens produit la
majuscule avec laquelle est écrit le mot « nature » au vers 8 ? c) Pourquoi peut-on dire que dans ce poème la nature, le rêve
d’amour et l’aspiration à la liberté sont indissociablement liés ?
2) « Soleil et chair » :
a) Rimbaud a adressé dans une lettre ce poème au poète parnassien Théodore de Banville. Lisez au moins ses 3 premières
parties et lisez ensuite l’extrait du poème « L’exil des dieux » (voir documents complémentaires au verso de la feuille). Quels
liens voyez-vous entre les deux textes ? b) A quoi Rimbaud oppose-t-il les temps bénis du paganisme antique ? Explicitez la
critique religieuse que contient le poème. c) Dans la 3ème partie, de quoi rêve le poète ? Justifiez votre réponse.
3) « Ophélie » :
a) Dans la première partie du poème, quelle image est donnée de la nature ? Quelle relation particulière celle-ci entretient-elle
avec la dépouille de la jeune noyée ? Justifiez votre réponse par des analyses précises. b) Lisez attentivement les 2ème et 3èmes
parties : pourquoi peut-on dire que la figure d’Ophélia est un double du poète ? c) Dans la 2ème partie du poème, l’image de la
nature est-elle tout à fait la même que dans la 1ère partie ? d) Lisez « Le Dormeur du val ». Montrez que, dans ce sonnet, la
nature est tout aussi ambivalente que dans « Ophélie ».
III) Le thème de la mort
« Bal des pendus »
Lisez les quatre premières strophes (au moins) du poème de Rimbaud « Bal des pendus » et l’extrait du poème de Villon
« Ballade des pendus » (voir documents complémentaires au verso). En quoi Rimbaud traite-t-il le thème des pendus de manière
originale par rapport au poème de François Villon ? Justifiez.
IV) Les poèmes satiriques et polémiques
1) « Le Mal »
a) Quelles sont les deux cibles de la critique dans le poème « Le Mal » ? b) Comment le sonnet réussit-il à unir la critique de ces
deux cibles ? c) Pourquoi le titre « Le Mal » est-il ambigu ? d) Les deux poèmes « Le Mal » et « Le Dormeur du val » critiquent
la même chose mais de manière différente. Montrez-le en comparant ces deux textes et en vous appuyant sur les procédés
employés.
2) « « L’Eclatante victoire de Sarrebrück » et « Rages de César »
Ces deux poèmes sont consacrés à Napoléon III. Tous deux ont été écrits peu après la capture de Napoléon III par les Prussiens,
le 2 septembre 1870, capture qui amènera la proclamation de la République le 4 septembre 1870.
« L’Eclatante victoire de Sarrebruck » se présente comme la description d’une gravure belge représentant Napoléon III entouré
de soldats lors de la victoire de Sarrebrück, bataille secondaire qui précède la bataille de Sedan. « Rages de César » est un
portrait imaginaire de Napoléon III lors de sa captivité en Allemagne, après la défaite de Sedan.
a) Quel sens le lecteur est-il amené à donner à l’expression « Féroce comme Zeus » au vers 4 du poème « L’Eclatante victoire de
Sarrebrück » ? Justifiez votre réponse en prenant appui sur le premier quatrain. b) Pitou, Dumanet et Boquillon sont des noms
de soldats issus de la littérature populaire. Quelle est leur attitude à l’égard de l’empereur dans ce même poème? c) Pourquoi le
poème « Rages de César » offre-t-il à la fois une satire physique et morale de Napoléon III ?
3) « A la musique »
Dans le poème « A la musique » Rimbaud critique la bourgeoisie de sa ville natale de Charleville. Analysez les procédés de la
satire pour montrer comment il dénigre cette classe sociale dans ce poème.
V) La fugue
« Au Cabaret-Vert, à cinq heures »
Pourquoi les strophes 2 et 3 de ce poème, tant du point de vue formel que du point de vue des sujets traités, sont-elles des provocations
par rapport à la grande poésie traditionnelle ?
Documents complémentaires :
A) « L’exil des dieux », Théodore de Banville
Le premier poème du recueil Les Exilés, intitulé « L’exil des dieux », est représentatif de la poésie parnassienne admirée de Rimbaud
au moment où il écrit « Soleil et chair ». Ce poème imagine le moment où les dieux gréco-romains sont contraints de s’exiler loin de la
Gaule, sous le bas-empire romain (chrétien). Voici la fin du poème. C’est Aphrodite qui parle à l’homme.
[…]
Tout est dit. Ne va plus boire la poésie
Dans l’eau vive ! Les Dieux enivrés d’ambroisie
S’en vont et meurent, mais tu vas agoniser.
Ce doux enivrement des êtres, ce baiser
5 Des choses, qui toujours voltigeait sur tes lèvres,
Ce grand courant de joie et d’amour, tu t’en sèvres !
Ils ne fleuriront plus tes pensers, enchantés
Par l’éblouissement des blanches nudités.
Donc subis la laideur et la douleur. Expie.
10 Nous, cependant, chassés par ta fureur impie,
Nous fuyons, nous tombons dans l’abîme béant,
Et nous sommes la proie horrible du néant.
Hellas, adieu ! forêts, vallons, monts grandioses,
Rocs de marbre, ruisseaux d’eau vive, lauriers-roses !
15 Mais, homme, quand la Nuit reprend nos cheveux d’or
Et nos fronts lumineux, tu sentiras encor
Nos soupirs s’envoler vers ta demeure vide,
Et sur tes mains couler nos pleurs, ô parricide !
C’est ainsi que parla dans son divin courroux
20 La grande Aphroditè. Sur les feuillages roux,
Tout sanglant et vainqueur de l’ombre qui recule,
Le Jour dans un sinistre et sombre crépuscule
S’était levé. Baissant leurs regards éblouis,
Les grands Dieux en pleurs dans la brume évanouis,
25 Formes sous le soleil de feu diminuées,
S’effaçaient tristement dans les vagues nuées
Où leurs fronts désolés apparaissaient encor.
Aphroditè, la reine adorable au front d’or,
Avec son sein de rose et ses blancheurs d’étoile
30 Sembla s’évanouir comme eux sous le long voile
De la brume indécise, en laissant dans ces lieux
Qu’avaient illuminés de leurs feux radieux
Son sein de lys sans tache et sa toison hardie,
Un reflet pâlissant de neige et d’incendie.
Août 1865
Théodore de Banville, Les Exilés, 1890
B) « Ballade des pendus », François Villon
En 1462, Villon est arrêté au cours d’une rixe (= une bagarre) à Paris. Condamné à la pendaison, il ne doit son salut qu’à la
procédure d’appel introduite devant le Parlement qui casse la sentence de mort le 5 janvier 1463. La fameuse ballade se présente
dans les manuscrits originaux comme une épitaphe à inscrire sur la potence du gibet. Voici un extrait de cette épitaphe, nommée
« Ballade des pendus », transcrite en français moderne.
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez vos cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci (1). (1) merci : pitié, miséricorde
5 Vous nous voyez attachés ici, cinq, six :
Quant à notre chair, que trop nous avons nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre malheur, personne ne s'en rie (2), (2) personne ne s’en rie : subjonctif de souhait, « que personne ne s’en
10 Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre (3) ! moque.» (3) absoudre : terme religieux, pardonner une faute.
[…]
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont les yeux crevés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
15 De-ci, de-là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que des dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie (4), (4) de notre confrérie : ici, ensemble des personnes se conduisant mal.
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!