4. Ai-je vraiment réussi ou est-ce que je me leurre ?
5. Ai-je revu mes exigences à la baisse pour réussir quelque chose ?
Mes amis, qui gagnent maintenant deux fois plus qu'il y a 3 ans,
sont-ils réellement dans la bonne dynamique ?
6. Pourquoi ne suis-je pas heureux ? Je peux faire tout ce que je veux et
pourtant je ne suis toujours pas heureux. Est-ce que je le mérite
seulement ?
La plupart de ces doutes et interrogations peuvent être surmontés dès lors
que nous les reconnaissons pour ce qu'ils sont : des comparaisons démodées
dictées par les démons mêmes qui nous ont poussés à partir – à commencer
par le culte de l'argent comme symbole de réussite. Cela étant, la question
mérite une remarque plus profonde.
Ces doutes envahissent l'esprit lorsque rien d'autre ne l'occupe. Essayez de
vous souvenir d'une expérience qui vous a totalement captivé, grâce à
laquelle vous vous êtes senti pleinement vivant. Il est probable que vous avez
connu cet état de plénitude alors que vous étiez totalement concentré dans
l'instant sur un « objet » extérieur : quelqu'un ou quelque chose. Le sport et
l'amour en sont de bons exemples. Faute d'un objet extérieur auquel se
consacrer, l'esprit se tourne vers lui-même et se crée des problèmes à
résoudre. Si vous trouvez un but, un objectif ambitieux qui vous oblige à
progressera, ces doutes disparaissent.
Dans le processus de quête de ce nouveau but, les grandes interrogations,
à coup sûr ou presque, pointeront le bout de leur nez. Comment pourrait-il en
être autrement, d'ailleurs, alors que nous sommes cernés par les pseudo-
philosophes qui nous pressent de laisser le trivial de côté pour nous coltiner
aux vrais enjeux… « Quel est le sens de la vie ? » et « À quoi bon ? », par
exemple.
Et il y en a bien d'autres, de l'introspectif à l'ontologique, mais j'ai ma
petite réponse à toutes ces interrogations : je n'y réponds pas, un point c'est
tout.
Je n'ai rien d'un nihiliste. Le fait est que j'ai passé plus de 10 ans à explorer
l'esprit humain et le concept de sens, une quête qui m'a conduit des
laboratoires de neurosciences des plus grandes universités aux institutions
religieuses du monde entier. De cette exploration, je retire une conclusion qui
vous surprendra peut-être.
Je suis convaincu à 100 % que les grandes questions que nous nous
sentons obligés de nous poser – transmises par des siècles de pensée
préoccupée d'elle-même et de traductions erronées – reposent sur des termes
tellement indéfinis qu'essayer d'y répondre est une perte de temps totaleb. Ce
n'est pas déprimant. C'est libérateur.
Prenons par exemple la question des questions : « Quel est le sens de la
vie ? »
J'y consens une réponse et une seule : c'est l'état ou la condition
caractéristique d'un organisme vivant. « Mais ce n'est qu'une définition, me
rétorquera-t-on, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. » Que voulez-vous
dire, alors ? Aussi longtemps que la question n'est pas claire – chacun de ses
termes précisément défini –, cela ne rime à rien d'essayer d'y répondre. On ne
peut apporter de réponse à la question sur le « sens » de la « vie » sans
élaborer davantage.
Donc, avant de vous torturer avec des interrogations grandes ou petites,
passez-les au crible des deux suivantes :
1. Chaque terme de la question revêt-il pour moi une signification
précise ?
2. Si je trouve une réponse à cette question, cela m'aidera-t-il à agir ?
« Quel est le sens de la vie ? » échoue au premier test. Les questions
relatives à des choses sur lesquelles vous ne pouvez pas agir échouent quant à
elles au second et ne méritent donc pas que vous vous les posiez. Si vous ne
pouvez le définir ou si cela ne vous permet pas d'agir, oubliez-le. Retenez
ce seul principe et vous accomplirez mille et une choses… tout en vous
épargnant pas mal d'angoisse philosophique.
Affûter votre boîte à outils mentale logique et pratique n'est pas couper les
ponts avec la spiritualité. Cela n'a rien de barbare ni de superficiel. C'est être
intelligent et diriger vos efforts là où ils peuvent vraiment changer les choses
pour vous et pour les autres.
La clé de toutes choses : roulement de tambour, s'il vous plaît
Ce dont l'homme a réellement besoin, ce n'est pas d'un état sans
tension mais bien plutôt de s'acharner et de se battre pour un objectif
de valeur, une tâche librement choisie
– Viktor E. FRANKEL
Ma conviction est que la vie existe pour qu'on la savoure et que la chose la
plus importante est de se sentir bien avec soi-même.
À chacun de trouver sa voie pour y parvenir, au rythme de son histoire
personnelle. Pour certains, la réponse sera de travailler avec des orphelins et
pour d'autres, de composer de la musique. J'ai moi aussi une réponse – aimer,
être aimé et ne jamais cesser d'apprendre.
La quête de l'amour de soi et du bonheur n'a rien de la démarche égoïste
ou hédoniste qu'y voient certains esprits chagrins. On peut profiter de la vie et
aider les autres, se sentir bien avec soi-même et apporter sa pierre, tout
comme on peut être agnostique et mener une vie de droiture. L'un n'empêche
pas l'autre. Supposons que nous soyons d'accord sur ce point. Une question,
toutefois, demeure : « Que puis-je faire de mon temps pour profiter de la vie
et me sentir bien avec moi-même ? »
Je ne peux, naturellement, formuler une seule réponse qui satisferait tout
le monde mais, si je me réfère aux douzaines de Nouveaux Bienheureux
comblés que j'ai interviewés, je sais que deux éléments sont essentiels :
apprendre et se consacrer aux autres.
L'apprentissage sans fin
Les Américains qui voyagent à l'étranger pour la première fois sont
souvent stupéfaits de découvrir que, malgré tous les progrès
accomplis au cours des 30 dernières années, de nombreux étrangers
continuent à parler des langues étrangères
– Dave BARRY
Vivre c'est apprendre. Je ne vois pas d'autre option. C'est la raison pour
laquelle je n'ai pas traîné mes guêtres plus de 6 mois dans certaines
entreprises. La courbe d'apprentissage s'aplatit et je commence à m'ennuyer.
Il est toujours possible de perfectionner son cerveau sur ses terres natales,
mais le voyage et la vie ailleurs créent des conditions uniques, qui permettent
de progresser beaucoup plus rapidement. Dans cet environnement différent,
qui vous permet de percevoir, et de percevoir autrement vos propres préjugés,
il est beaucoup plus facile de corriger ses faiblesses. Je n'entreprends jamais
un voyage sans avoir au préalable décidé à quelle compétence je vais me
consacrer. Par exemple :
– Connemara, Irlande : gaélique, flûte irlandaise et hurling, sorte
de hockey sur gazon et sport de terrain le plus rapide du monde.
– Rio de Janeiro, Brésil : portugais brésilien et jujistu brésilien.
– Berlin, Allemagne : allemand et locking (une forme de break-
dance).
Généralement, et comme les vagabonds les plus heureux, j'essaye d'allier
mental et physique – en l'occurrence, la langue du pays et une compétence
kinesthésique que je choisis souvent une fois sur place. Notez également que
j'emporte avec moi une activité que je pratique aux États-Unis – les arts
martiaux. Vie sociale et camaraderie garanties. Il n'est pas nécessaire que ce
soit un sport de compétition – la marche, les échecs et tout ce qui d'une
manière générale vous sort de vos bouquins et de votre appartement sont les
bienvenus. Il se trouve juste que le sport est un excellent moyen de passer
outre le trac des langues étrangères et de nouer des amitiés durables tout en
entretenant sa forme physique.
L'apprentissage des langues mérite une mention particulière. C'est sans
conteste la meilleure chose que vous puissiez faire pour aiguiser vos
capacités de raisonnement.
En dehors du fait qu'il est quasiment impossible de comprendre une
culture sans connaître sa langue, acquérir la maîtrise d'une nouvelle langue
vous rend conscient de votre propre langue : vos propres pensées. Parler
couramment une langue étrangère est beaucoup plus enrichissant et beaucoup
moins difficile qu'on ne le dit. Des milliers de linguistes vous affirmeront le
contraire mais je sais, par mes recherches et mon expérimentation personnelle
de plus d'une douzaine de langues que : (1) les adultes peuvent apprendre une
langue beaucoup plus vite que les enfantsc pourvu qu'ils ne soient plus
obligés de travailler tous les jours de 9 h à 19 h et (2) on peut acquérir un bon
niveau de conversation en 6 mois ou moins. Si vous prenez 4 heures de cours
par jour, les 6 mois se ramènent facilement à 3. J'ai appris six langues
étrangères après avoir été nul en espagnol au lycée et vous pouvez faire de
même avec les bons outils.
Apprendre une langue étrangère, c'est acquérir un regard supplémentaire
sur le monde. C'est pas mal non plus pour injurier vos compatriotes une fois
de retour au pays.
Ne manquez pas l'occasion de multiplier par deux ce que vous vivez.
Le bénévolat pour les bonnes raisons : sauver les baleines ou les
tuer pour nourrir des enfants ?
La moralité est l'attitude que nous adoptons à l'égard des personnes
que nous ne pouvons pas sentir
– Oscar WILDE
Les attentes du plus grand nombre ne seront pas déçues : il sera bien
question dans cette section de bénévolat et d'engagement au service des
autres. Mais, comme cela ne vous surprendra pas, dans une perspective un
peu différente.
J'ai une définition très précise de ce type d'engagement : faire quelque
chose qui améliore d'autres vies que la vôtre. C'est différent de la
philanthropie. Celle-ci, en effet, désigne l'amour de l'humanité, le souci du
bien-être de l'humanité – la vie des hommes. Laquelle ne s'est longtemps
préoccupée que d'exclure l'environnement et le reste de la chaîne alimentaire,
d'où notre course actuelle vers une extinction imminente. Bien fait pour nous.
Le monde n'existe pas seulement pour l'amélioration et la multiplication du
genre humain.
Avant de m'enchaîner aux arbres et de sauver les grenouilles
amazoniennes, toutefois, je fais mien ce conseil : ne pas devenir un snob de la
cause.
Comment peut-on aider les enfants qui meurent de faim en Afrique alors
que des enfants meurent au pas de notre porte, dans notre propre pays ?
Comment peut-on sauver les baleines alors que des sans-abri meurent de
froid ? Est-ce qu'il n'y a pas mieux à faire que des recherches sur la
disparition progressive de la barrière de corail quand tant d'êtres humains sont
dans le dénuement le plus complet ?
Allons, les enfants, s'il vous plaît. C'est toute la planète et ses habitants qui
ont besoin d'aide, alors, ne tombez pas tête baissée dans le piège du « ma
cause vaut mieux que la tienne ». Aucune comparaison quantitative ou
qualitative n'a de sens. La vérité ? Les milliers de vies que vous sauverez
contribueront peut-être à une famine qui tuera des millions de personnes ou
cet arbuste que vous protégez en Bolivie détient peut-être le remède contre le
cancer. En la matière, il nous est impossible de connaître d'avance les
conséquences de nos actes. Faites de votre mieux et espérez que le meilleur
arrive. Si vous améliorez le monde – quoi que vous entendiez par là –,
considérez que vous avez fait du bon boulot.
Il y a mille et une façons d'agir pour aider son prochain et la planète.
Rendre plus douce la vie des hommes en est une. Le musicien qui fait naître
un sourire sur le visage de milliers ou de millions de personnes. Le mentor
qui change la vie d'un enfant. Oui, le monde en sera meilleur et l'amélioration
de la vie quotidienne n'est en aucun cas une cause moins noble que de sauver
des vies humaines.
Il n'y a ni dogme ni règles. Seulement une façon d'aborder le monde et
ceux qui nous entourent.
Trouvez votre « cause » et portez-la fièrement.
Q & A : QUESTIONS ET ACTIONS
Les adultes demandent toujours aux enfants ce qu'ils feront quand ils
seront grands parce qu'ils cherchent des idées
– Paula POUNDSTONE
Le miracle, ce n'est pas de marcher sur l'eau. Le miracle, c'est de
marcher sur la terre verte, d'habiter intensément le moment présent et
de se sentir réellement vivant
– Thich NHAT HANH
Voyager, apprendre des langues, me battre pour une cause, d'accord ; mais
je ne peux quand même pas faire ça jusqu'à la fin de mes jours ! Bien
entendu. Ce n'est absolument pas ce que je vous suggère. Ce sont seulement
de bons « carrefours de vie », des points de départ qui vous mèneront vers
des expériences qui autrement n'auraient jamais croisé votre route.
Il n'y a pas de bonne réponse à la question « Que dois-je faire de ma
vie ? » Oubliez le verbe « devoir ». La prochaine étape, et ce n'est rien d'autre
qu'une étape, consiste à vous consacrer à quelque chose – peu importe quoi –
qui vous paraît amusant ou gratifiant. Ne vous précipitez pas pour signer un
engagement à plein temps à long terme. Prenez le temps de batifoler, de
trouver quelque chose qui vous motive réellement, et non un pseudo-substitut
au travail. Cet engagement vous conduira à son tour vers autre chose.
Voici une bonne séquence pour débuter : des douzaines de Nouveaux
Bienheureux l'ont utilisée avec succès.
1. Néant : ne rien faire
Pour échapper aux lutins maléfiques de l'esprit, nous devons les affronter.
Redoutable entre tous est notre addiction à la vitesse. Il est difficile de
recalibrer son horloge interne sans se couper pour un temps de la sur-
sollicitation permanente. Le voyage et l'envie de voir un million de choses
risquent, si l'on n'y prend garde, d'entretenir cette dynamique.
Ralentir ne signifie pas accomplir moins ; cela signifie éliminer les
distractions contre-productives et l'impression que l'on est obligé de courir.
Envisagez de participer à une courte retraite de silence de 3 à 7 jours durant
laquelle médias et paroles sont bannis.
Apprenez à faire la sourde aux oreilles aux parasites de l'esprit et à
savourer avant de dévorer.
2. Faire un don anonyme à l'organisation de votre choix (ONG,
associations caritatives, etc.).
Cela entretient votre motivation… sans les lauriers de la reconnaissance.
C'est encore meilleur lorsque c'est pur.
3. Prendre une miniretraite et faire du bénévolat pour une
association locale.
Prenez une miniretraite – 6 mois ou plus si possible – pour combiner
apprentissage des langues et bénévolat. Plus le séjour sera long, mieux vous
parlerez la langue et plus l'expérience de bénévolat sera enrichissante.
Pendant ce voyage, tenez un journal de vos doutes et états d'âme. Chaque
fois que vous êtes mécontent ou angoissé, demandez-vous « pourquoi » au
moins trois fois et notez vos réponses par écrit. Ce faisant, vous allégez votre
fardeau. En effet, c'est souvent l'incertitude même du doute qui fait le plus
souffrir. L'explorer et le définir avec des mots exige un raisonnement clair,
après quoi la plupart des préoccupations se révèlent généralement sans
fondement. En outre, transférer vos angoisses sur le papier les efface plus ou
moins de votre esprit.
Mais où aller et quoi faire ? Les réponses à ces questions dépendent,
naturellement, de chacun. Inspirez-vous des questions et des ressources ci-
dessous pour trouver des idées :
Qu'est-ce qui vous révolte le plus en ce bas monde ?
De quoi avez-vous le plus peur pour la prochaine génération, que vous
ayez ou non des enfants ?
Qu'est-ce qui vous rend le plus heureux dans votre vie ? Comment aider
les autres à avoir la même chose ?
Rien ne vous oblige à vous limiter à un seul lieu. Vous vous souvenez de
Robin qui a voyagé pendant un an en Amérique du Sud avec son mari et leur
fils de 7 ans ? Ils ont passé un mois ou deux dans chaque pays à faire du
bénévolat : construire des fauteuils roulants à Banos, en équateur,
réintroduire des animaux exotiques dans la forêt tropicale humide bolivienne
et veiller sur des tortues de mer au Surinam.
Que diriez-vous de participer à des fouilles archéologiques en Jordanie ou
d'aider à reconstruire les villages détruits par le tsunami dans les îles de