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HISTOIRE DE LA LANGUE FRANCAISE

30heures : 20heures Cours Théorique (CT) ; 10h Travaux Dirigés (TD)

Roland BADIEL

OBJECTIFS DU COURS

OBJECTIFS :
- Aider les étudiants de lettres à mieux comprendre le fonctionnement du français ;
- Leur montrer que le français est un outil de communication en le présentant comme le
résultat d’un long processus de transformation et d’influences diverses ayant débuté
aux 1er et 2e siècles avant Jésus Christ.
- Savoir structurer sa pensée ;
- S’exprimer correctement ;
- Etc.
Repères historiques

Le cours d’histoire de la langue française nécessite la maitrise préalable de notions


historiques fondamentales qu’il faudrait commencer par relever et clarifier avant tout propos.
Cela dit, après la préhistoire, l’histoire est la deuxième grande subdivision du passé de
l’humanité.

La préhistoire va de l’apparition de l’homme sur la terre à l’apparition de l’écriture ;


elle correspond à l’ère quaternaire et dure plus de quatre million d’année. Les âges de la
préhistoire sont le paléolithique (relatif à l’âge de la pierre taillée), le mésolithique (période de
la préhistoire entre le paléolithique et le néolithique) et le néolithique (relatif à l’âge de la
pierre polie) et les hommes qui y ont vécu sont successivement l’australopithèque, l’homo
habilis, et l’homo sapiens.

L’histoire, qui se distingue de la préhistoire par l’apparition de l’écriture, va de 3000


avant J.C. à nos jours. Elle comprend trois époques : l’antiquité, le moyen âge et l’époque
contemporaine.

Récapitulons ces informations par deux schémas :

Schéma 1 : Grande subdivision du passé de l’humanité : préhistoire et histoire

PREHISTOIRE HISTOIRE
Apparition de l’homme apparition de l’écriture Aujourd’hui
(Il y a 4 millions d’années) (3000 av. J.C.) (2020)

Schéma 2 : Subdivisions de l’histoire : Antiquité, moyen-âge et époque contemporaine

Antiquité Moyen-âge Epoq. contem.

3000 2000 1000 500 J.C. 500 1000 1500 2019

L’antiquité est dominée par la civilisation gréco-romaine. Aux cités grecques dont
l’héritage pour l’humanité est indéniable avec de grands mathématiciens (Thalès,
Pythagore…), philosophes (Socrate, Platon, Aristote, etc.), écrivains (Homère, Sophocle,
Eschyle, etc.) a succédé l’empire romain avec ses prodigieuses conquêtes.

Le moyen-âge, qui débute à la chute de l’empire romain en 476 après J.C. très
exactement, est marqué par le christianisme triomphant et la féodalité, mais finit très
exactement en 1492, date de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. C’est donc
par commodité que le repère donne des nombres ronds (500 et 1500) comme début et fin du
moyen-âge.

Les débuts de l’époque contemporaine sont marqués aussi bien par les grandes
découvertes (celle de l’Amérique, de la machine à vapeur et des premiers chemins de fer) que
par l’avènement de la pensée moderne avec de grands noms tels que Copernic, Galilée,
Descartes, Newton. L’on confond assez souvent les temps modernes avec l’époque
contemporaine. Mais ceux qui estiment que la deuxième guerre mondiale marque un tournant
décisif dans l’histoire de l’humanité y font un distinguo. Stricto sensu la modernité est liée au
positivisme, c’est-à-dire à l’idée que le développement de la pensée scientifique fait le
bonheur de l’humanité. Elle va donc de 1492 à 1945, date marquant la fin de la deuxième
guerre mondiale et de l’illusion positiviste. La postmodernité irait donc de 1945 à nos jours et
correspondrait à la période ouverte par la perte de confiance dans les valeurs de progrès, de
science et de rationalité. L’époque contemporaine englobe ainsi modernité et postmodernité.

INTRODUCTION GENERALE

En se fondant sur le vagissement du nouveau-né, il est admis que le langage est la


première activité (action) accomplie par tout homme. Cet état de fait a une incidence sur la
société qui, elle aussi, s’appuie sur le langage pour exister.

Pour se matérialiser, le langage doit se reposer sur la langue bien que dans certains cas,
ces deux notions soient confondues. Et, de ce point de vue, toutes les sociétés en sont dotées.
Le langage, compte tenu de son importance, s’inscrit dans une étroite relation avec l’histoire
de la société dans laquelle elle se manifeste. Pour le cas de la langue française, la relation
langue, société, histoire est assez révélatrice car il faut se rendre à l’évidence qu’une langue
ne change pas du jour au lendemain mais durant des décennies et même des siècles. Par
ailleurs cette transformation évolue, s’effectue de différentes manières à travers la phonétique,
le lexique et la syntaxe.
Après avoir planté ce décor, il faut dire que l’objet du cours est de préciser, dans leur
déroulement, les grandes étapes de cette langue, décrire ces origines jusqu’à sa forme
contemporaine. C’est une étude de l’évolution de la langue française de ses origines à ce
qu’elle est devenue aujourd’hui. Le cours se structure autour de deux parties :

- Les origines du français ;


- Les étapes de la langue française (ancien français, moyen français et français
moderne)

PREMIERE PARTIE : LES ORIGINES DE LA LANGUE FRANCAISE

Cette première partie porte sur l’histoire des conquêtes et sur le mouvement des
peuples qui ont abouti notamment à l’introduction en Gaule du latin, langue dont est issue
pour l’essentiel le français. Un premier chapitre s’intéresse aux notions essentielles de langue,
de famille de langue et de langue latine ; un deuxième, à l’expansion du latin en Gaule et un
troisième, à l’héritage du latin au français.

CHAPITRE 1 : LES LANGUES INDO-EUROPEENNES

La langue française provient en grande partie du latin. Il convient donc de présenter le


latin, langue mère, en définissant au passage les notions de communication, de langage et de
langue.

I- Communication, langage, langue

Au sens que lui donnent aujourd’hui les théoriciens des télécommunications et les
linguistes, la communication du latin ‘’communicare’’ (mettre en commun), désigne le
processus d’échange entre un émetteur et un récepteur. Dans les diverses communautés
humaines, la vie en société est possible parce que l’homme communique avec ses semblables.
Et pour communiquer, il dispose de divers moyens parmi lesquels nous pouvons citer les
gestes, le braille, le code de la route, le tam-tam (dans certaines sociétés traditionnelles) et,
bien entendu, le langage.

Le langage est du reste le moyen de communication le plus courant et le plus élaboré.


Même si par abus on parle souvent du langage des animaux, du langage des fleurs, etc., le
langage qu’étudient les linguistes est prioritairement celui de l’homme. Il désigne la faculté de
celui-ci à communiquer au moyen d’un système de signes vocaux appelés la langue.

Si nous tenons à les distinguer, on définira le langage comme la faculté de parole et la langue
comme sa réalisation concrète. André Martinet est plus explicite dans sa définition de la
langue : « Une langue est un instrument de communication selon lequel l’expérience humaine
s’analyse différemment dans chaque communauté, en unité douée d’un contenu sémantique et
d’une expression phonique, les monèmes. Cette expression phonique s’articule à son tour en
unité distinctives et successives, les phonèmes, en nombre déterminé dans chaque langue,
dont la nature et les rapports mutuels diffèrent eux aussi d’une langue à une autre. » (Elément
de linguistique générale)

Si à travers le monde, on dénombre une diversité de langues en raison justement de la


diversité des communautés et expériences humaines, ces langues sont apparentées les unes
aux autres à travers ce que l’on appelle les familles de langues.

II- Les familles de langues

Quelle est l’origine des langues ? Le langage humain est-il apparu en un seul point du
globe pour se répandre ensuite au gré des migrations, ou bien y a-t-il eu plusieurs foyers
disséminés ? A ces questions, les linguistes comparatistes du 19 e siècle, qui se sont attachés à
étudier les similitudes et les différences entre les langues, ont répondu en regroupant les
langues du monde en familles, chacune de ces familles représentant un groupe de langues
ayant une origine commune. Les mieux identifiées parmi ces familles de langues sont :

- La famille indoeuropéenne, dans laquelle se retrouvent, entre autres, la plupart des


langues parlées en Europe ;
- La famille sémitique, dont les deux représentants majeurs sont l’arabe et le
hébreu ;
- La famille finno-ougrienne (qui comprend le finnois et le hongrois), membre elle-
même d’une possible famille ouralo-altaïque comprenant aussi les langues turques
et mongole.

Les familles des langues africaines, asiatiques, indiennes d’Amérique sont moins bien
établies. En fait ces langues ont très peu été étudiées jusque-là et il existe par ailleurs peu de
traces d’états anciens de ces langues.
III- Aperçu sur les langues indo-européennes

Jean Bouffartigue et Anne-marie Delrieu écrivent dans des racines latines (1981 : 3) : « les
mots d’origine latine constituent près de 80% du vocabulaire français. De plus(…) la majeure
partie des faits grammaticaux de notre langue a son origine dans la grammaire latine. La
réalité historique explique cette présence massive du latin dans le français : le français n’est
pas autre chose que du latin évolué. Vaincus par les Romains, nos ancêtres à longue
moustaches abandonnèrent jadis le gaulois pour le latin. »

En raison de ces liens de parenté forts et directs entre le français et le latin, l’on ne saurait
parler d’histoire de la langue française sans en savoir sur le latin qu’il faudrait d’abord situer
dans la famille indoeuropéenne à laquelle il appartient, comme d’ailleurs le français. Cela dit,
il y a environ 3000 ans, les peuples de langues indoeuropéennes se sont ébranlés pour
conquérir le monde. La famille des langues indoeuropéennes a pour langue mère le proto-
indo-européen, c’est-à-dire l’indoeuropéen primitif.

L’indoeuropéen primitif, outre quelques langues mortes telles que le tokharien et le hittite,
comprend la grande famille indo-iranienne (qui regroupe les langues de l’ouest de l’Asie ainsi
que le tzigane) et, en Europe, l’arménien, l’albanais, la famille hellénique (à laquelle
appartient le grec ancien), la famille balte, la famille slave, la famille celtique (à laquelle
appartient le gaulois), la famille germanique et la famille italique (dont est membre le latin).

Une continuité et une extension géographique caractérisent donc les langues de la famille
indoeuropéenne, puisqu’elles couvrent l’inde, l’Asie occidentale et la presque totalité de
l’Europe. Les principales langues non indoeuropéennes d’Europe sont le finlandais, le lapon
et le hongrois (famille finno-ougrienne), le turc (ouralo-altaïque) et le basque (caucasienne).

IV- Le latin, langue indoeuropéenne

Parmi les langues indoeuropéennes, le latin, petite langue de la famille italique, a connu une
fortune singulière. En raison de la nature conquérante des romains qui le parlaient, le latin
connait une grande expansion et au contact des parlers des peuples dominés, il évolue pour
engendrer un certain nombre de langues dites langues romanes, dont les principales sont
l’espagnole, le catalan, le français, l’italien, le portugais, le romain. Dans le chapitre suivant,
nous verrons comment le latin s’est étendu à la Gaule, puis nous en donnerons une description
sommaire.

CHAPITRE II : LATINISATION DE LA GAULE

I- La gaule avant la conquête romaine


1- Ligures et Ibères

L’histoire de la langue française commence véritablement avec la conquête de la gaule


(territoire de la future France) par les armées romaines à partir de 59 av. J.C. Mais des peuples
s’étaient déjà installés sur le territoire avant les gaulois et avant la conquête romaine : les
ligures et les libères.

Les ligures sont les plus anciennes de ces populations. C’est vers 600 av. J.C. qu’ils occupent
le sud-est du territoire de la France (le bassin du rhône, la franche-comté), la Suisse et les
montagnes du nord de l’Italie (les alpes). C’est à cette époque également (-600) qu’un autre
peuple, les Ibères, remontent l’Espagne jusqu’à la Loire.

Les ligures étaient des agriculteurs et des pirates. Ils parlaient un idiome(langue)
indoeuropéen, le ligure, dont quelques mots sont passés en français : calanque (qui signifie
fjord, baie, vallée glaciaire envahie par la mer) ; avalanche ( effrondement de bloc de neiges) ;
les suffixes de noms de lieux –ascus(dans Venasque, Tarascon), -oscus(Manosque) et –iscus.
Les ibères, eux, ont légué bien peu de mots au français et ceux que l’on cite, comme artigue,
qui signifie champ défriché, ont disparu du vocabulaire français courant.

2- Des colonies grecques

Vers -600 également, des marins grecs venant du phocée (Asie mineur) s’installent sur la côte
méditéranéenne. Les noms de lieux surtout témoignent de leur passage : massilia donne
marseille ; Heracles Monoikos, Hercule le solitaire, donne Monaco, parce que cet heros y
avait un temple ; (Théa) Nikaia, la déesse de la victoire, la belle, donne Nice ; Antipolis, la
ville d’en face, donne Antibes ; Leukas, « la blanche » donne Leucate ; Agathête tuthê « la
bonne fortune » donne Agde. Citons comme autres mots introduits à cette époque et passés du
provençal au français de mots tels que ganse, dôme (maison en grec), enter (« greffer »), biais,
trèfle.
Du reste, la plupart des mots français qui viennent du grec sont passés par le latin. Ils
concernent la navigation dans laquelle excellaient les grecs, mais aussi les arts et la
météorologie : kalos supérieur coin ; gomphos (« cheville », gros clou ») supérieur
gophon(provençal) supérieur gond (français standard) ; amphora supérieur amphore ;
phantasma supérieur fantôme, fantasme. Mais le français contient quantité de mots grecs,
mais d’introduction plus tardive et fréquemment d’origine savante, concernant la médecine, la
biologie, les sciences. Voici quelques-uns de ces éléments :

Eléments grecs Significations Exemples


aéro Air aérodrome
anthropo Homme philanthrope
astro Etoile astronomie
Auto Soi-même automobile
Bio Vie biographie
chrono Temps chronomètre
Crate, cratie Force bureaucratie
Cycle, cyclo Cercle Bicyclette, cyclone
démo Peuple démocratie
dynam Force dynamique
Ergie, urgie Travail, force Energie, métarllurgie
gramme Lettre télégramme
hipp Cheval hippopotame
Homéo, homo Semblable homonyme
Hydr, hydro Eau Hydraulique, hydrogène
Log, logie, logue, logiste Science, discours Sociologie, géologue
Metr, metri, metro Mesure Décimètre, géométrie
micro Petit microscope
mono Seul monologue
mytho Mythe, légende mythologie
néo Nouveau néocolonialisme
Neur, nevro Nerf névralgie
phil Ami francophile
II- La colonisation romaine et son héritage linguistique
1- Généralités

Le latin est la langue des romains. Les débuts de l’empire romain remontent à ROMULUS,
fondateur de l’empire en 753 av. J.C. selon la légende. Romulus et son frère jumeau Remus et
la louve qui les allaita figurent encore aujourd’hui dans les armoiries de la ville de Rome.
Sous Auguste ( mort en 14 après J.C.), l’empire est à son apogée ? Mais son dernier empereur
sera déposé en 476.

Le latin est un dialecte italique de la famille indoeuropéenne. Au départ c’était un idiome


fruste et pauvre parlé essentiellement de pâtres et des agriculteurs. C’est au contact du grec et
de la culture hellénique qu’il s’est par la suite assoupli et enrichi. C’est ce latin assoupli et
enrichi que parlaient les citoyens romains au 1 e siècle av. J.C. A cette époque écrivaient
l’orateur, philosophe et homme politique Cicéron, l’historien Salluste, ainsi que le conquérant
César, qui relata ses campagnes militaires. Le latin atteindra son âge d’or sous le principat
d’Auguste (27 av. J.C. -14 après J.C.) avec des écrivains tels que Virgile, Horace et Tite-Live.
Le prestige de tous ces auteurs fut immense ; on les considéra comme les modèles à suivre du
plus près possible. Ainsi fut mis en place une sorte de latin idéal, le latin classique, qui,
pendant des siècles demeura la langue de l’école, celle du texte écrit et même celle du
discours parlé quand les circonstances exigeaient l’emploi d’un langage soutenu.

Mais rien ne peut empêcher une langue de changer : dans le latin parlé au quotidien, des
transformations intervenaient. Au bout de 5 à 6 siècle, un fossé s’était creusé entre le latin
littéraire ou savant et le latin de tous les jours ou latin vulgaire.

2- Le latin classique et le latin vulgaire

Sur la base de l’emploi de la langue ( langue littéraire ou parler usuel) , on distingue un latin
classique (un parler civilisé par les patriciens et les gens instruits ) et un latin populaire (un
sermo plebeius , vulgaris ou cotidianus parlé par le peuple ) . Le latin vulgaire nous interesse
à plus d’un titre , puisque c’est cette forme de latin qui engendrera le français . Voyons-en
quelques différences majeures qu’il présente par rapport au latin classique .
Au plan phonétique , le latin vulgaire se caractérise par l’augmentation des phonèmes aussi
bien vocaliques que consonantiques . Cela provient d’une part du fait que le système voyelles
courtes / longues du latin classique est remplacé en latin vulgaire par le système voyelles
ouvertes/ fermées : [e] classique superieur [e] vulgaire , et [ee] classique superieur [epsilon]
vulgaire ; [o] classique superieur [o] vulgaire , et [oo] classique superieur [c en lenvers avec
un petit trait en bas] vulgaire . D’une part de nouvelles consonnes apparaissent : [v], [z].
Certes v existait comme lettre en latin, mais se prononcait toujours [w] ( ex : vivere
[wiwere] ) ; et la lettre s se lisait toujours [s] ( ex : rosa [rosa]) . Mais c’est avec le latin
vulgaire que la lettre v se lira [v] et la lettre s [z] en deux voyelles.

Au plan syntaxique , d’abord l’ordre des mots tend à se fixer ; cela cest dû a la réduction des
cas aux seuls nomininatifs et accusatifs . Ainsi, l’épithète et le complément du nom se placent
après le substantif , tandis que le verbe prend une position médiane dans la phrase ( et non
finale, comme un latin classique ) . Ensuite , du fait de la reduction des cas , les prépositions
progressent pour marquer les cas disparus ( ad pour le datif , de pour génitif ) . Enfin , en ce
qui concerne les temps verbaux , le supin , le participe futur , les infinitifs futur et parfait
disparaissent , alors que les temps du passé du subjonctif se confondent et se réduisent .

Au plan lexical , les dimunitifs sont fréquents ( auricula , geniculum pour oreille, genou)
ainsi que les métaphores qui font du latin vulgaire une langue moins abstraite ( ex :
manducare pour mâchouiller, au lieu du classique edere pour manger, essen).

CHAPITRE 3 : DU ROMAN AU FRANÇAIS

L’on a coutume de dire que le francais provient du latin . Il est plus exact de dire qu’il
provient d’avantage du français vulgaire .Le latin vulgaire ou populaire, appelé roman,
designe cette forme de latin non savant exporté par les soldats romains dans les territoires
conquits ( Espagne , Gaule , Italie , etc.)

Mais a la fin du 5e siècle , l’empire romain disparaît sous l’invasion barbare . L’unité politique
et linguistique est alors rompue entre les anciennes colonies d’Espagne de Gaule et
d’Italie.Les communications sont coupées avec les lointains colons romains du Danube , qui
parleront plus tard le romain.Les particularismes linguistiques se developpent rapidement
dans les diverses régions, d’autant plus que les Barbares au pouvoir ne se soucient guère de
maintenir l’école et l’instruction . Bientôt plus personne ne connait le latin classique, à
l’exeption d’une poignée de gens d’église , la bible etant écrite en latin classique . Que parle t-
on alors comme langue dans les anciennes provinces romaines de l’Europe occidentale ? On y
parle du roman, mais un roman coupé de ses racines et éclaté en divers dialectes . Lorsque
l’intercompréhension n’est plus possible entre les locuteurs de plusieurs de ses dialectes, le
roman disparaît et l’on parle desormais d’espagnol, de portugais , de francais , d’italiens , de
romains ,etc.

Sur le territoire de ce qui sera la France , les dialectes romans se sont d’abord regroupés en
deux langues , la langue d’oïl au Nord et langue d’oc au Sud. Un dialecte d’oïl, celui de la
region parisienne , prévaudra peu a peu sur les autres ; après avoir subit des influences
diverses , il deviendra le français .

I.Le substrat gaulois


1.Histoire des Gaulois

Les Gaulois sont un peuple celtique . C’est vers 500 av.J.-C. qu’eut lieu l’invasion de celte .
Venus d’une region correspondant aux territoires actuels de la Bavière ( sud-est de
l’Allemagne ) et de la Bohème (ouest de la Rép.Tchèque) où leur présence est attestée il y a
plus de 3000 ans , ils occupent progressivement la majeure partie de l’Europe de l’Ouest et
parviennent jusqu’à péninsule du bout de l’Europe qui deviendra la France ,puis repartent
partent par le nord de l’Italie jusqu’au Danube et même jusqu’en Asie mineure , au 3 e siècle
av.J .-C. On connait les Celtes sous différents noms : Bretons sur le territoire de l’Angleterre ,
Gaulois sur celui de la France, Celtibères au nord de la péninsule ibérique (Portugal et
Espagne).

2.Traces de gaulois en roman et en français

Une langue dominée et en voie de disparition peut laisser destraces dans la langue dominante
qui la fait reculer. On appelle substrat les traces que laisse une langue dominée dans la langue
dominante qui la remplace peu à peu. Après la conquête romaine, (de 59 à 51 av.J.-C) , les
Gaulois adoptèrent le latin dans sa forme populaire. Mais le Gaulois en disparition laissera ses
traces en roman et par suite en francais.
a.Au plan lexical, le gaulois a laissé de nombreuses traces en français. On estime à 1800
termes les survivances du gaulois . Les Gaulois étaient des agriculteurs et des élveurs et ont
ainsi laissé des termes concernant :

- les travaux champêtres : charrue (carruca), glaner , briser , bercer (bertiare,


balancer , secouer ) , claie (cleta) , javelle (gaella), ruche , sillon , soc (socus),
volcan (volamo , faucille) ;
- la configuration du terrain : bois, boue, bourbier (bawa), breuil ( bois entouré
d’une haie , brogilu ) combe , dru (druto)

- la configuration du terrain : bois , boue , bourbier (bawa) , breuil (bois entouré d’une haie
, brogilu), combe , dru ( druto ) ,galet , grève ( grava ), lande , marne , quai (caio), rêche
(rescos), suie ( suda ), talus (talo) ;

- les plantes : aune (verna) , bouleau (betua) , bruyère (brucus) , if (iuos), chêne (cassanus),
marne (margila) ;

- les animaux : alouette , bec , blaireau (blaros) , bouc , coq , cruel (crodios), jarret, lotte ,
mègue ( mesigum, petit lait) ,mouton, raie (rica) , ruche (rusca ,écorce), saumon ;

- les unités de mesure anciennes : arpent , boisseau (bostia) , lieue (leuca) , pièce (d’étoffe ,
de terrain , de métal , pettia).

Ils etaient en outre connus dans le domaine de la boisson, d’où les mots brasser , brasserie
(brace,malt), cervoise (cervesia , bière), lie (liga , du vin), tonneau , bonde ( récipient en bois
qui servent à la production et à la fermentation des boissons alcoolisées ).

Les Gaulois etaient également d’excellents constructeurs de chariots et certains termes


techniques réfèrent à leur supériorité technique en général : auvent (andebanno), balet ,
balcon (balacon), char , charrue (carruca), charpente ( carpentum), benne (benna, voiture en
osier tressé) , bille (bilia) , jante , tarière (taratrum).
Enfin, ils s’habillaient autrement que les Romains. Au lieu de la toge, ils portaient une
chemise et un pantalon. Ainsi leur camisia (chemise) et leur braca ( braie, baguette) ont-elles
été romanisées et passées en français.

b.Au plan syntaxique et morphologique, le gaulois a laissé des traces :

- l’ordre sujet + verbe en français aujourd’hui était fréquent en gaulois ;

- la numération vigésimale (par vingt) proviendrait du gaulois :quatre-vingts (trois-vingts,


six-vingts, quinze-vingts subsistaient encore au 17e s.) ;

- les suffixes de lieu –ac, -ay , ai ,-y , d’où les noms de villes Cognac, Douai, Tournai ,
Neuilly.

c.Au plan phonétique , on considère généralement comme dû au substrat gaulois , le passage


du /u/ latin ( prononcé comme notre ou) à /y/ (prononcé comme notre u ou comme le ü
allemand), mais ce changement eu lieu très tardivement, au 7 e s., l’influence gauloise est
contestée et d’aucuns y voient plutôt celle du francique . La palatalisation de certaines
consonnes , qui aboutit aux phonèmes /ʃ/ et / / est également d’origine gauloise.

L’influence du gaulois sur le roman est significative au point que des linguistes ont pu parler
de gallo-roman pour désigner cette forme de latin vulgaire tardif fortement imprégnée des
traces du gaulois et quin est intermédiaire entre le roman et le français .

II. Le substrat francique

1. Qui sont les Francs ?

Les Francs sont un peuple germanique. En raison de la fin de l’empire romain (476), la Gaule
subit les incursions Germains. Les Germains vivaient en petites hordes et regroupent des
peuples cogmme Alamans, les Burgondes , les Francs , les Ostogoths , les Saxons , les Suèves
, les Vandales , les Wisigoths etc. Les principales langues germaniques encore parlées
aujourd’hui sont l’allement, l’anglais , le néerlandais, le danois , le norvégien et le suédois .
Les Francs, qui occupaient le territoire de l’actuelle Belgique, envahissent le royaume gallo-
roman en 486 et reunissent le royaume des Burgondes à celui des Francs , se convertit au
Christianisme et adopta le latin. C’est pourquoi, contrairement à ce qui s’était passé lors de la
colonisation romaine, c’est la langue du peuple dominé, le latin, qui demeura langue officielle
sous les Francs. Toutefois , l’influence des Francs sur la langue qu’ils avaient adoptée fut
grande . On appelle superstrat l’ensemble des faits propres à une langue qui, s’étend introduite
sur une nouvelle aire linguistique , disparaît en laissant des traces dans l’autre langue.

2.Influence du francique

a. Au plan phonétique , la langue française doit au francique :

- le renforcement de l’accent tonique d’intensité en milieu de mot , ce qui , d’une part ,


entraîne l’amenuisement ou la chute de la voyelle finale : murus> murs (masc. sing.), murum
> mur ( acc. Sing.) ; máre > maer > mer ; rosa [röze] > rose. Et d’autre part ,
l’assourdissement des consonnes finales :grande > grant ( d’où la prononciation [t] dans
grand homme en français moderne .

- l’introduction des lettres k et w , l’introduction ou la réintroduction du son [ y] (ü) et la


réintroduction du h aspiré (qui avait disparu en latin) et qu’on retrouve dans les mots d’origine
germanique ( les halles, la haine , etc.).

- les minuscules de l’alphabet (a, b , c , d...)sont en fait la variante nord-européenne et


germanique de l’alphabet des Romains qui n’utilisaient que les majuscules (A , B ,C ,D…).

b.Au plan morphologique ,le francais à hérité du francique :

- les suffixes –ard ( francique hard = dur ) de chauffard , trouillard , criard , -aud
( francique wald ) de lourdaud , pataud , -ange ( allemand ung) de boulange , vidange .

- le préfixe négatif mé(s)- de mésentente , mégarde , méfait ( cf. l’allemand


misunterstanden, l’anglais misunterstand , mistake , miscarry ) .

c.Au plan syntaxique

- la présence systématique du pronom personnel avant le verbe , comme dans toute les
langues germaniques : je vois , tu vois , il voit ( alors que le pronom personnel est facultatif en
italien ou en espagnol , comme dans veo , ves , ve ) ;

- le pronom indéfini on pourrait, lui aussi, être une adaptation du germanique mann/man ;
- les articles un, une , des , seraient probablement d’origine germanique ( cf. l’all.ein , eine
, der ) ;

- l’inversion sujet/verbe à l’interrogation directe de registre soutenu , absente de toutes les


langues latines a l’exeption du français , provient du germanique ( es. As-tu… ? < Habst
du ? ) ;

- l’épithète placée avant le substantif provient également du francique (la blanche


colombe). Cet ordre , jugé ridicule ou littéraire en français moderne , est rare dans les autres
langues latines .

d.Au plan lexical , on compte plus de 400mots d’origine francique dans le lexique français.
Ce lexique concerne :

- la vie rurale : gerbe, blé , jardin , haie , aulne , houx , caille , cresson, crapaud , chouette ,
troène , frêne, tilleul , saule , forêt , troupeau , épervier , mésange , hanneton ( Francs étaient
d’avantage agricultreurs et chasseurs que citadins) ;

- l’armement et la guerre : bivouac , cible, épieu , fourreau , hache , heaume ,haubert ,


heurt , guerre , guet , obus , sabre , trêve ;

- les sentiments ou le caractère, le plus souvent en rapport avec la chevalerie : félon , haïr ,
honnir , hante , hardi , laid , maint (angl. : many ), orgueil , sûr ( all. : sauer ; angl. : sore

- les parties du corps : échine ; flanc , téton ; ou l’habillement : écharpe , froc, feutre , gant ,
képi , poche ;

- les couleurs : blanc, bleu , blond, brun , gris ;

- la coexistence de deux aristocraties , gallo-romane et franque, explique le caractère


bilingue de certains termes guerriers et administratifs : épée est gallo-roman , mais brand ( ce
qui signifie épée et sur lequel est formé le verbe brandir ) est francique ; roi , duc , comte sont
gallo-romans, tandis que baron ,chambellan , échanson , maréchal , sénéchal sont francique.

Les prenoms d’origine germanique : Charles , Guillaume , Louis, Richard , Robert…Le mot
France lui-même serait très probablement d’origine franque (all.Franken >
Franconie ,Frankreich (« royaume ou empire des Francs » ).

L’allemand du 20e siècle laisse des mots comme nazi , nazisme , et putsch .
Notonsbpour terminer que certains mots germaniques n’ont pas été introduit en français par
le francique , mais par d’autres langues germaniques :boulevard (du vieu néerlandais bolwerk
), échoppe (du néerlandais , ch. aussi l’anglais shop), nord/sud ( de l’anglais
north/south ),etc.

III.Adstrats arabe et normand

Il y eu en plus du gaulois et du francique d’autres langues qui ont laissé quelques traces au
français naissant . Il s’agit de l’arabe et du normand, pour ce qui est de la période allant de la
fin du 7e siècle au debut du 9e s. Ces deux langues ont été mises en contact avec le français
grâce aux mouvement des peuples qui le parlaient : les Arabes et les Normands.

1.Les Arabes

Après la mort en 632 du prophète Mahomet , les Arabes , poussés par leur désir de répendre
l’islam ,pénétrèrent dans les pays méditerranéens . Ils avaient conquis l’Afrique du nord avant
de mettre le cap sur l’Europe . En 711, ils défont les Wisigoths d’Espagne, occupent tout le
pays en peu de temps, puis progressent vers la France . Mais la victoire que Charles Martel
remporta sur eux en 732 à Poitiers brisa leur offensive . Les Arabes , repoussés, laissèrent
toutefois de nombreux termes de leur civilisarion aux français dans les domaines suivants :

- Les mathématiques : chiffre (sifr) , zéro (adapt. sifr) , les chiffres dit arabes (1, 2, 3,
4, 5, 6…), le calcul décimal ;
- La médécine : soude ( soda , migraine ), musc ( misk , drogue ) , momie (
mumiya ) , sirop ( sarab , boisson ) , nuque (nuha ) , raquette ( rahet , paume de la
main) ;
- L’alchimie : alchimie (al-kîmîyâ), alambic ( al ambîq ) , alcool ( al-khol ,
antimoine ) , khôl (kohl), borax (borak, partie la plus raffinée du vin) ;
- Le goût du luxe et le raffinement : matelas (matrah), alcôve ( alkobba) , guitare
(gîtâra) , magasin (makhâzin) ;
- L’agriculture : sucre (sukkar), coton (kutun), safran (azafran) , artichaut ( harsuf
) , carouge ( harrub ) , orange ( narang ) , nénuphar ( nenufar ) .

2.Les Normands
C’est vers 800 que les Vikings , peuple normand , apparaissent por la première fois dans la
Manche . Ils vivaient surtout de piraterie , débarquaient parfois sur le côtes, remontaient des
fleuves , pillaient riches couvents et villes, dévastaient le pays . Les guerres civilles , qui, à
cette époque, sévissaient en France , affaiblissait la résistance qu’on tâchait de leur opposer .
Le roi Charles le simple eut alors l’idée de céder à ces « hommes du nord » (Normands) le
littoral de la Manche qu’ils occupaient de fait depuis longtemps . La région était désormais à
eux , reçut le nom de Normandie avec pour capitale Rouen et les Normands avaient tout
intérêt à ce qu’elle se relevât de ses ruines . Leur duc Rollo se convertit au christianisme et ses
hommes suivirent son exemple. Ils se romanisèrent, adoptant ainsi le français dont ils furent
les propagateurs dans les autres contrées qu’ils conquirent, notamment l’Angleterre, l’Italie,
méridionale et la Sicile .

Les Normands apportèrent de nombreux éléments normands à la langue française, notamment


dans le domaine de la navigation et de la mer où ils excellaient : crique ( kiri ) , vague ( vagr ),
tillac (thilja), étrave (stafn), étambot (stafnborth) , bitte (bita) , hune (hunn) , tolet (throll) , rif
(ris) , cingler (segl) , turbot (thornbutr), marsouin (marsvin), etc.

Le français comporte bien d’autres adstrats ( italien , espagnol , russe , portugais …), mais
d’introduction plus tardive que ceux de l’arabe et du normand. Ces adstrats seront relevés au
passage dans la deuxième grande partie sur les états du français.

DEUXIÈME PARTIE : LES ÉTATS DE LA LANGUE FRANÇAISE (ANCIEN


FRANÇAIS,MOYEN FRANÇAIS ET FRANÇAIS MODERNE)
CHAPITRE 1 : L’ANCIEN FRANÇAIS (10e – 14e s.)
I. Rappel historique

La dernière invasion de la Gaule est l’œuvre des Francs à partir de 486 . A cette époque, c’est
une forme de latin vulgaire , le gallo-roman, qui est parlé sur le territoire . Il s’y maintiendra
malgré l’invasion Franc ( peuple germanique ) . La raison c’est que Clovis , chef des Francs ,
qui avait besoin du soutien des Gaulois et des Clercs dans sa lutte contre les Wisigoths , se
convertira au christianisme et n’imposera pas le francique , langue des Francs, aux
populations locales.
Les Francs règneront sur la Gaule pendant deux dynasties : Les Mérovingiens et les
Carolingiens . Un grand chef de la dynastie carolingienne , Charlemagne , réunit sous son
sceptre l’Allemagne jusqu’à l’Elbe, l’Italie , une partie de l’Espagne et rétablit ainsi l’empire
d’Occident en 800. Sous lui , le Concile de Tours (813) prescrit aux prêtres d’expliquer la
parole de Dieu dans la langue du peuple , le roman. Mais le premier texte en langue
franchement vulgaire français , ce sont les fameux Serments de Strasbourg, prononcés en
842 . C’est à la mort de Louis le débonnaire (840), fils et successeur de Charlemagne (mort en
814) , qu’une lutte acharnée s’engagea entre ses trois fils : Lothaire, Louis le Germanique et
Charles le Chauve. Les deux plus jeunes s’allièrent contre leur aîné, Lothaire. Ils se donnèrent
rendez-vous à Strasbourg le 14 février 842 et commencèrent à haranguer leurs hommes. Ce
serment de quelques lignes dans un drôle de sabir germano-roman est le premier texte en
langue française. Un an après , les trois frères conclurent le traité de Verdum et l’empire fut
divise en Francia orientalis (Allemagne) , media Francia (Lotharingie) et Francia occidentalis
( France ) . Les premiers textes littérairent apparaissent aussi : la cantilène de saine Eulalie
(880), la passion du Christ ( fin 10 e s.).Au 12e s. , ce sont essentiellement les chansons de
geste et le roman courtois.

II.Les dialectes de l’ancien français

La notion d’ancien français regroupe l’ensemble des langues romanes de la famille des
langues d’oïl parlées approximativement dans la moitié nord du territoire français actuel ,
depuis le 10e s. jusqu’au 14e s. environ. Sous les Capétiens (987-), la cour changeait
fréquemment de lieu et aucune ville n’était reconnue comme capitale. Il y a un morcellement
dialectal du français au nord avec les langues d’oïl( francien ou dialecte de l’Ile de France,
picard , wallon, normand, champenois, lorrain, bourguignon , gallo ou breton ) et au sud avec
les langues d’oc (gascon, languedocien, béarnais, guyennais, auvergnat, limousin, provençal ).
Voici une carte linguistique de la France avec les différents dialectes de l’ancien français.

III.Le dialecte de l’Ile de France, langue nationale

L’apparition d’une langue unique sur le territoire français est très tardive et l’on doit à
plusieurs langues d’oïl anciennes ce qui constitue la langue actuelle. L’Ile de France est la
région où se rejoignent les trois grandes rivières (Seine, Marne, Oise).C’est aussi elle qui
donne au pays sa nouvelle dynastie avec l’installation d’Hugues Capet sur le trône de France
en 987. C’est enfin le centre religieux du pays. Son dialecte gardera de ce fait une sorte de
juste milieu pour devenir a partir de 1802 (abbaye) le modèle auquel se conforme tous les
autres.

IV. Caractéristiques

En ancien français, les noms sont le plus souvent précédés d’articles, les fonctions autres que
sujet et objet sont marqués par des prépositions. L’ordre des mots n’est pas celui du latin,
puisque c’est un ordre plus strict, qui place généralement le verbe an seconde position,
comme en germanique. Il existe en particulier une certaine latitude d’emplois de formes
dialectales dans la langue écrite. L’absence d’homogénéité peut concerner la structure
phonétique du mot ( canter ou chanter, lousignol ou rousignol), mais elle est surtout sensible
dans l’orthographe_le même mot est souvent écrit de façons différentes dans la même page_et
dans la morphologie, au niveau des formes verbales en particulier (un verbe comme aller, par
exemple, a trois formes de subjonctif présent : voise, alge, aille ).

CHAPITRE 3 : LE MOYEN FRANÇAIS (milieu 14e-fin 16e s.)

I.Le contexte politique

1.Affaiblissement des seigneurs

Le règne de Philippe IV le Bel (1268-1314) comme roi de France est marqué par le conflit
l’opposant à la papauté et dû au fait que le roi qui entendait associer la nation à sa politique,
ne consultait plus seulement le clergé et noblesse. Par ailleurs et comme partout à la fin du
Moyen-âge, les seigneurs féodaux sont plus préoccupés et guerroyer entre eux. On assiste dès
lors à un affaiblissement de l’emprise de l’Eglise sur le pouvoir. Cela favorise la renaissance
de l’aristotélisme et des études de droit romain mais surtout la fondation des grands centres
d’étude( Université de Paris en 1220, Université de Montpellier). Une nouvelle organisation
sociale est en cours ,puisque les bourgeois et les artisans constituent une nouvelle force contre
les seigneurs.

Ce développement social nouveau va influencer le développement de la langue, en mettant à


la portée de tous un outil de communication accessible dans sa forme la plus puissante,
l’écriture, restée jusque-là privilège des nobles et du clergé. La popularisation de l’écriture
favorise l’éclosion d’une riche littérature. A l’exaltation de la vie héroïque des croisés (la
chanson de geste, caractéristique du Moyen-âge), succède une course de plus en plus effrénée
vers le succès matériel. Les écrivains cultivent l’esprit critique et l’observation objective de la
réalité sociale, étudiant les contemporains en dépeignant leurs faiblesses, leur égoïsme brutal
et leurs ruses. C’est ainsi que naît la littérature satirique avec Renart et le Roman de la Rose.
La littérature devient surtout dialectique et didactique. C’est l’époque des grands chroniqueurs
tels Joinville et Froissart.

2. La guerre de Cent ans

C’est le conflit qui, de 1337 à 1453, oppose la France à l’Angleterre. En 1328 s’éteint, sans
héritier, Charles IV le Bel, dernier des Capétiens directs sur le trône de France. Les seigneurs
français proclament roi Philippe IV de Valois, un neveu de Philippe le Bel ( père de Charles
IV le Bel). Mais Edouard III, roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère,
revendique le trône capétien et lance la guerre contre la France . Sous le roi Charles VII,
Jeanne d’Arc (1412-1431) réveille le patriotisme du peuple français qui permettra de battre les
envahisseurs anglais et de les chasser du royaume à partir de 1453.

La guerre de cent ans eut pour fruit de créer et de galvaniser une nouvelle forme de sentiment
nationaliste, pénétrant les guerriers, les seigneurs et le peuple tout entier. Ce nationalisme
accélère l’unité linguistique de la France. Après 1400, les dialectes régionaux sont relégués au
rang de patois.

Mais l’influence anglaise sur le français fut relativement tardive. C’est au 18 e s. que la
sympathie de Montesquieu, de Voltaire, des encyclopédistes pour le régime parlementaire
anglais contribua à répandre les termes du lexique politique anglais : budget, comité, jury,
opposition, parlement, vote…Un peu plus tard, l’anglomanie, qui fut une mode dans la société
française, fournit des termes nouveaux tant dans le domaine de la vie quotidienne ( beefsteak,
rosbif, grog…) , que celui de la vie mondaine ( bar, stand, sketch, tourisme…)que sportive
(sport, golf, marche, football, volley-ball, boxe, jockey, hooligan…).

II. Caractéristiques du moyen français


C’est avec le moyen français que se mettent en place de innovations qui donneront les formes
définitives du français. Le moyen français tend à rapprocher les différentes formes d’un même
mot (recul des déclinaisons ) et à créer des outils grammaticaux nouveaux pourindiquer les
fonctions.

- les consonnes finales des syllabes fermées ont tendance a disparaître : septem > sept
- l’e non tonique s’amenuise dans le voisinage de r et l et en syllabe libre :
sacramentu > sairement (12e s.) > serment (14e s.) ; derrenier > dernier ; alebastre >
albâtre
- Les mots accentués sur l’avant-dernière syllabe ( les paroxytons) deviennent des
oxytons : facilis > facile ;
- l’évolution des sons est caractérisée essentiellement par la monophtongaison : eage
> âge ; meür > mûr ; raençon > rançon ; gaagner > gagner ;
- La même concentration se rencontre dans l’histoire des consonnes : ts > s (ciel) ;
tch > ch (charbon).

III. La renaissance de la langue française

La tentative de conquête de l’Italie entre 1495 et 1497 par Charles VIII est un échec. La
France se met donc à l’école de l’Italie avec l’idée d’une vie plus libre, le désir de grands
voyages et la culture artistique. Presque tous ceux qui ont joué un rôle capital dans le
developpement de la civilisation française entre 1520 et 1560 ont fait au moins un séjour dans
la péninsule et fréquenté des universités italiennes. L’importance de ces faits pour la langue
fut double : d’abord l’influence toujours croissante de l’italien et ensuite une renaissance des
études latines

1.Les italianismes

Le français va puiser à deux reprises dans l’italien : d’abord au 16e s. à la suite de la guerre
d’Italie et avec l’entrée des princesses italiennes dans la famille royale française, pui au 18 e s.
avec le succès de la musique italienne. Les italianismes concernent surtout :

- Le domaine de la guerre : escorte, cavalerie, colonel, caporal, redoute, infanterie,


casemate, vedette, embuscade ;
- De nombreux termes maritimes : arborer, accoster, frégate, gondole, boussole,
remorquer ;
- dans le domaine des arts : architrave, balcon, corniche, façade, faïence, mosaïque ;
- en littérature : sonnet, madrigal, cantilène ;
- des termes de la finance : banque, banqueroute, bilan, crédit, escompte, faillite ;
- des termes de l’art vestimentaire : caleçon, camisole, parasol, soutane ;
- des mots désignant des défauts ou des qualités humaines : brave, ingambe, lest,
caprice, poltron, mesquin, brusque, jovial, bouffon, burlesque ;
- des termes de divertissement : ballet, masque, mascarade ;
- des termes de la vie mondaine : ambassade, cortège, courtisan.

C’est à cette époque également qu’on traduisit Le prince de Machiavel , la Bible (1515), la
1re bible calviniste (1535)

2 . Renaissance des études latines

Le contact avec l’Italie à partir de la fin du 15 e s. favorise un certains essor culturel de le


France. Les Français sont nombreux a s’y rendre et le nombre de savants , c’est-à-dire de ceux
qui savent le latin classique se multiplie. Ces savant, pour la plupart des clercs et des
intellectuels, entreprennent une véritable relatinisation de la langue française en enrichissant
le vocabulaire de nombreuses transmissions savantes. Le phénomène, qui atteint son ampleur
aux 15e , 16e et 17e siècles, est à l’origine des doublets.

Ordre Etymon (ancêtre) latin Mots français dérivés


Forme populaire forme savante
1 acer (piquant) aigre âcre
2 apprehendere (saisir apprendre appréhender
physiquement ou par l’esprit)
3 articulus (membre, partie, orteil article
division)
4 Asperitas âpreté aspérité
5 Assopire assoupir assouvir
6 Auscultare écouter Ausculter
7 Bitumen béton bitume
8 Cadentia chance cadence
9 carbo, carbonis charbon carbone
10 Castrare châtrer castrer
11 Coagulare cailler coaguler
12 Communicare communier communiquer
13 computare ( énumérer) conter compter
14 continentia ( contenir/ se contenir) contenance continence
15 copula ( union, lien) couple copule
16 crispare ( friser, rider ) crêper crisper
17 Denudatus dénué dénudé
18 Directus droit direct
19 districtus ( territoire délimité, détroit district
resseré )
20 Dotare douer doter
21 Fabrica forge fabrique
22 Factio façon faction
23 fastidiosus ( rebutant) fâcheux fastidieux
24 Firma ferme firme
25 fragilem, fragilis frêle fragile
26 Frictio frisson friction
27 Frigidus froid frigide
28 fusio, fusionis foison fusion
29 Gemellus jumeau gémeau
30 Gemere geindre gémir
31 gracilem, gracilis grêle gracile
32 hospitalem ( chambre pour hôte ) hôtel hôpital
33 Inclinatio inclinaison inclination
34 inducere ( mener dans, appliquer enduire induire
sur )
35 integer ( non entamé ) entier intègre
36 inversus ( renversé ) envers inverse
37 Legalis loyal légal
38 Luminaria lumière luminaire
39 Masticare mâcher mastiquer
40 Materialis matériau matériel
41 medianus ( du milieu ) moyen médian
42 ministerium ( service ) métier ministère
43 Mobilis meuble mobile
44 modulus ( mesure ) moule (masc.) module
45 mutare (changer) muer muter
46 Navigare nager naviger
47 Originalis original originel
48 Palme paume palme
49 Parabola parole parabole
50 Partialis partial partiel
51 Pastor pâtre pasteur
52 Pietas pitié piété
53 pigmentum (couleur) piment pigment
54 Plicáre plier ployer
55 potio, potionem (boisson) poison potion
56 Primarius premier primaire
57 Prochaien près proche
58 Rationem raison ration
59 recuperare (reprendre) recouvrer récupérer
60 redemptio ( rachat ) rançon rédemption
61 respectus ( regard en arrière, répit respect
regard sur, considération )
62 Rigidus raide rigide
63 rusticus ( de la compagne ) rustre rustique
64 Sacramentum serment sacrement
65 Saecularis séculaire séculier
66 Séior sir seigneur
67 Separer sevrer séparer
68 singularis ( solitaire, peu sanglier singulier
commun )
69 Sollicitare soucier solliciter
70 species ( aspect ) épice espèce
71 strictus ( resserré ) étroit strict
72 Vagina gaine vagin
73 Verbum verve verbe
74 viaticum (d’après via, route, voie ) voyage viatique
75 Vocalis voyelle vocal

Le second terme du doublet, plus récent, a conservé une forme plus proche de l’étymon
( l’ancêtre ) latin. La formr primitive que l’on appelle populaire est plus court. La série
populaire appartient pour l’essentiel à un registre concret et usuel du lexique, tandis que la
série savante contient une forte proportion de termes abstraits ou spécialisés. Les mots dits
savants se sont fixés dans l’usage général mais n’ont pas remplacé, contrairement au souhait
de leurs initiateurs , les mots dits populaires qui ont coexisté.

Mais la régénération du latin, loin de nuire au français, lui est grandement profitable. Au
nom de l’individualisme et de l’humanisme triomphants, le français reprend ses droits .C’est
ainsi qu’il entre dans la juridiction avec la parution le 15 août 1539 de la célèbre ordonnance
de Villers-Cotterêts qui devqit reformer la justice et ordonner que «… tous arrests, ensemble
toutes autres procédures…soient pronocez, enregistrez et délivrez aux parties en langaige
maternel françois et non autrement ». Pour sa part,Du Bellay publie sa Defense et
illustration de la langue française en 1549.

Cette régénération du français ne signe pour autant la fin des emprunts. Pendant les 16 e et 17e
siècles, les mercenaires espagnols traversent la France en tous sens au hasard des guerres de
religion ou des guerres nationalistes, laissant au passage des termes militaires : adjudant,
camarade, guérilla, mirador… Les engouements de la mode à cette époque ont permis de
conserver des mots espagnols comme boléro ( sorte de danse ), cigare, tango… Les produits
importés des colonies espagnoles à partir du 15 e s. ont gardé très souvent leur nom d’origine :
ananas, caramel, vanille… Le lexique français doit aussi au portugais avec des mots comme
acajou, bambou, banane, fétiche, tapioca…
CHAPITRE 3 : LE FRANÇAIS MODERNE ( du 17e s. à nos jours)

I. Contexte sociopolitique

A la fin du Moyent-âge, plus précisément à partir de 1453, la France sous Louis XI


commence à se remettre des ravages de la peste noire (1347-1349) et de la guerre de Cent ans
( 1337-1454). Deux phénomènes nouveaux apparaissent : la Renaissance , venant d’Italie , la
Réforme, venant d’Allemagne. La Renaissance et la Réforme se reconnaissent ennemies et
cela entraîne des guerres de religion (entre catholiques et protestants) qui ne laissèrent que
des ruines. Deux hommes seront d’un apport précieux pour la France : Henri IV ( de Navarre)
(1589-1610) et Richelieu. Henri IV, converti au catholicisme, pacifie et reconstitue la France ,
assure la liberté de culte aux protestants ( édit de Nantes, 1598), restaure avec Sully les
finances et l’économie. Louis XIII, qui lui succède entre 1610 et 1643 , aidé du cardinal
Richelieu, soumet les protestants et les nobles, développe l’absolutisme crée le premier
empire colonial (Canada) et étend son pouvoir sur la langue ce qui aboutit à la création de
l’Académie française en 1634. Louis XIV, qui arrive après la mort de Mazarin en 1661 ,
gouverne en maître absolu. Chel de l’Eglise de France, il exige la même soumission générale.

II. Le classicisme et l’Académie française

Alors qu’au 16e s. la liberté absolue prônée pour l’individu se ressent aussi sur la langue, le
siècle du roi soleil soumet la langue comme tout le reste à une discipline de plus en plus
rigoureuse. C’est l’époque dite classique et le classicisme se veut fondée sur la Raison d’où
découlera la pensée moderne dont les prisonniers sont Descartes et Newton.

La langue classique , soumise à des règles strictes pour des besoins de clarté et de naturel,
semble avoir atteint la perfection, si bien qu’il faudrait l’y maintenir. Le chef d’orchestre pour
cette entreprise délicate est Malherbe . Présenté à la cour en 1605, il fut chargé de purifier la
langue. Ses jugements feront vite autorité. Son programme est assez simple : abandonner les
archaïsmes, les néologismes, les emprunts, les dialectalismes, les expression trop populaires .
En grammaire, il enterdit l’omission du pronom et, face à deux tours de sens analogue, il les
délimite avec netteté. Ainsi « autrefois » s’employait aussi bien avec le passé qu’avec le futur.
Malherbe décide de ne pas l’employer qu’avec le passé et au futur il le remplace par «un
jour » : « il fut autrefois, il sera un jour ».
L’œuvre de Malherbe fut continuée par Vaugelas ( théoricien du bon usage) et par
l’Académie française. L’Académie française est fondée en 1634 et officialisée le 29 janvier
1635 sous l’instigation du cardinal Richelieu. Elle se compose de quarante membres ( appelés
les Immortels), élus par leurs pairs et rassemblant des poètes, des romanciers, des
dramaturges, des critiques littéraires, des philosophes, des historiens et des scientifiques qui
ont illustré la langue française, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes
d’Etat et des dignitaires religieux.

La création de l’Académie française comme institution royale littéraire s’inscrit dans la


continuité de l’édit qui avait fait du français la langue officielle, de la création de l’Imprimerie
nationale, du dépôt légal, et enfin du Collège royal qui avaient valu à François 1 er le titre de
Père des Lettres. L’Académie postule dès les premières délibérations la suprématie de la
langue française sur ses voisines. Farert dit : « Notre langue, plus parfaite déjà que pas
une des autres vivantes, pourroit bien enfin succéder à la latine, comme la latine à la
grecque si l’on prenoit plus soin…de l’élocution. »

La mission assignée à l’Académie dès l’origine, précisée le 29 janvier 1635 par lettres
patentes du roi Louis XIII, est reprise dans l’article 24 des Statuts : « La principale fonction
de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner
des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les
arts et les sciences » . Ainsi , le but de la normalisation, du bon usage d’une langue française
appelée à devenir « le latin des modernes » , universelle et accessible à tous, n’est pas
strictement administratif et juridique, mais aussi de lui donner une rugueur scientifique et
technique.

Cette mission doit se traduire par la rédaction de quatre ouvrages : un dictionnaire, une
grammaire, une rhétorique et une poétique. Mais sur l’ensemble du programme, seul le
dictionnaire sera réalisé (et encore il fallut attendre 54ans de travail, de 1640 à 1694 pour qu’il
apparaisse enfin !)Son but premier est d’enregistrer et d’étudier toutes les variations de
tournures, de prononciation et d’orthographe, puis d’en dégager la forme la plus cohérente qui
puisse servir de norme aux imprimeurs, aux rédacteurs des lois et des documents
administratifs, à l’enseignement. Il comprend 18 000 mots et répond aux principes définis à
l’origine. Les vieux mots , ceux relevant d’un domaine particulier, les mots offensent , trop
populaire ou régionaux en sont généralement exclus. Il témoigne d’un souci de compromis
entre « l’ancienne orthographe », influencée par l’étymologie, et l’orthographe fondée sur la
prononciation, que prônent les réformateurs de ce temps. A sa parution il suscita des
critiques :

- La nomenclature est établie en fonction des familles de mots, ce qui contraint le lecteur à
se reporter aux renvois souvent interminables.

- Les définitions sont dans la majorité des cas médiocres ou risibles ; on s’est gaussé
depuis des siècles de : boîte : espèce de vase à couvercle et de goujon, petit ^poisson qu’on
prend à la ligne.

- Les Académiciens ayant plus ou moins refusé de relire les anciens écrivains français, ils
ne purent illustrer le dictionnaire d’exemples littéraires et préférèrent de loin leurs propres
exemples, ce qui paraissait un défaut pour nombre d’observateurs.

- Alors même qu’il prit soin de noter toutes les classifications sociales des mots recensés
( vulgaire, familier, etc.), le dictionnaire ignora les termes techniques ( relevant des arts), les
néologismes et les mots « qui blessent La pudeur».

Malgré tout, l’Académie française avait entrepris aussi d’établir la Grammaire de


l’Académie, dont la publication sera reportée d’année en année. Après 296 ans et demi
d’attente, cette grammaire est enfin publiée dans une première édition annoncée en 1930, très
rapidement décriée et désavouée, et non renouvelée.

Somme toute, les défenseurs d’une langue française unique et uniforme trouveront sur le site
internet de l’institution des rubriques fort intéressantes telles que le fameux « Dites…Ne dites
pas… »

III. A partir du 17e s.

Au classicisme du 17e s. succèdent le rationalisme philosophique du 18 e s., le romantisme, le


réalisme, le naturalisme , le Parnasse au 19e s., le symbolisme, le surréalisme,
l’existentialisme et le Nouveau roman au 20e s.

Soit dit en passant, à la fin du 19 e s., le succès des romans russes ( de Tolstoï,
Dostoïevski, etc.) traduits en français rendit populaire des termes comme boyard,
mammouth, steppe, toundra, vodka, etc. devenus aujourd’hui des mots français.
Si depuis le 17e s. les idées et l’organisation sociale ont beaucoup évolué, en revanche l’on
s’accorde à reconnaître que c’est le 17 e s. qui a posé les jalons, dessiné les contours du
français moderne tel que nous le parlons aujourd’hui. Certes le français du 17 e s. se distingue
de celui du 18e s. et plus encore de celui des siècles suivants. Mais on estime que cette
évolution de la langue est insignifiante par rapport à celle qu’a connu la langue avant le 17 e s.
Toutefois, du 17e s. au 21e s. ; la syntaxe tend a se simplifier (phrases de moins en moins
longues) comme d’ailleurs la morphologie (régression du passé simple, du subjonctif
imparfait et plus-que-parfait, du conditionnel passé…), tandis que de nouveaux mots font leur
entrée dans la langue en raison de sa diffusion dans d’autres régions du monde mais
également du fait de nouvelles sciences et techniques qui induisent de nouveaux vocables en
provenance notamment de l’anglais américain (fast-food, hamburger, etc.).

IV. La Francophonie

1. Définitions

La Francophonie désigne un ensemble d’Etats et de gouvernement ayant le français en


commun. On confond parfois la Francophonie (ensemble constitué par les populations
francophones) en tant que concept avec l’Organisation internationale de la Francophonie
(OIF), organisation beaucoup plus politique économique que culturelle, qui regroupe un
certain nombre de pays qui ne sont pas pour autant ceux où le français est fréquemment utilisé
ou reconnu officiellement .

2. Historique

C’est sous la plume de l’explorateur et géographe Onésime Reclus (1837-1916) qu’apparaît le


mot ‘’francophonie’’.

Après être parti à la découverte de l’Europe et de l’Afrique, il publie la France et ses


colonies et invente le terme, francophonie, en 1871 dans le cadre de sa réflexion sur le destin
colonial français. La colonisation lui paraît être la meilleure réponse de la France au jeu des
forces à l’œuvre dans le monde en cette fin du XIXe siècle et dans lequel le facteur
linguistique est pour lui essentiel.
C’est à la fin de la Seconde guerre mondiale et surtout dès les indépendances africaines que le
conscience de la communauté francophone se réveille avec la volonté de s’unir pour défendre
les intérêts culturels communs autour de la langue française. Cette conscience est animée par
cinq chefs d’Etat : Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Charles Hélou du Liban, le prince
Norodom Sihanouk du Cambodge, Habib Bourguiba de la Tunisie et Hamani Diori du Niger.
Ce dernier obtient que se tienne à Niamey le 20 mars 1970 la conférence au cours de laquelle
est créée l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue aujourd’hui
Organisation internationale de la francophonie (OIF). Par suite, le 20 mars est consacré
Journée internationale de lav Francophonie.

Six thèmes constituent les missions et action de l’OIF :

- langue francaise, diversité culturelle et linguistique ;

- paix, démocratie et droits de l’homme ;

- éducation et formation ;

- développement durable et solidarité ;

- technologies numériques ;

- jeunesse, égalité des genres, société civile.

L’OIF compte à ce jour 56 Etats membres de plein droit ou associés et 14 observateur :

Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Belgique, Bénin, Bulgarie, Burkina, Burundi,


Cambodge, Canada-Nouveau-Brunswick, Canada-Québec, Cap-Vert, Centrafrique, Chypre,
Communauté française de Belgique, Comores, Congo, Congo RD, Côte d’Ivoire, Croatie,
Djibouti, Dominique, Egypte, Macédoine, France, Gabon, Géorgie, Ghana, Grèce, Guinée,
Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Haïti, Hongrie, Laos, Lettonie, Liban, Lituanie,
Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Mauritanie, Moldavie, Monaco,
Mozambique, Niger, Pologne, République tchèque, Roumanie, Rwanda, Sainte-Lucie, Sao
Tomé et principe, Sénégal, Serbie, Seychelles, Slovaquie, Slovénie, Suisse, Tchad, Thaïlande,
Togo, Tunisie, Ukraine, Vanuatu, Vietnam.

Cependant, dans les faits, les pays véritablement francophones, c’est-à-dire où le français est
parlé par une importante communauté ou qui ont fait du français une ou la langue officielle,
sont au nombre d’une quarantaine : Belgique, Bénin, Burkina, Burundi, Cambodge, Canada,
Centrafrique, Comores, Congo, Congo RD, Côte d’Ivoire, Djibouti, Dominique, Macédoine,
France, Gabon, Guinée, Haïti, Laos, Liban, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice,
Mauritanie, Monaco, Niger, Rwanda, Sainte-Lucie, Sao-Tomé et principe, Sénégal,
Seychelles, Suisse, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Vietnam.

C’est essentiellement par la colonisation que le français s’est imposé à la majorité de ces pays.
Il est aujourd’hui parlé par environ 300 millions de personnes à travers le monde, ce qui
représente tout au plus 5% de la population mondiale. Mais c’est l’une des deux langues de
travail et l’une des six langues officielles de l’Organisation des Nations unies, et langue
officielle ou de travail de plusieurs organisations internationales ou régionales dont l’union
européenne.

EXERCICES

Université de Koudougou Filière : Lettres


modernes

Unité de formation et de recherche Niveau : 1re année

En Lettres et Sciences humaines (U.F.R.L.S.H.) Matière : Histoire de la langue


française

Année universitaire 2006-2007 Professeur : Sidiki Traoré

Contrôle de connaissances

( Session de juillet, durée : 2 heures )

1. Que recouvre la notion de déclinaison du latin ? Dans l’évolution du latin vers le français,
comment la disparition progressive de la déclinaison nominale a-t-elle été compensée ? (5
points)

2. A côté de la base latine, la langue française a, dès ses origines, connu l’influence d’autres
langues, notamment le gaulois et le francique. Sur le plan lexical, quelles traces le français
garde-t-il encore de ces deux langues aujourd’huii ? (5 points)

3. Qui est Malherbe ? Quelle a été son œuvre dans l’édification de la langue française
moderne ? (5 points)
4. Que désignent les langues d’oïl ? Que désignent les langues d’oc ? Auquel de ces groupes
appartient le dialecte de l’Ile(de-France ? Et comment, face aux autres dialectes, celui de l’Ile-
de-France est-il devenu le modèle unique sur le territoire de France ? (5 points)

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