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2024 02:48
Revue internationale P.M.E.
Économie et gestion de la petite et moyenne entreprise
Les déterminants de la structure financière
Comment expliquer le « paradoxe de l’insolvabilité et de
l’endettement » des PMI au Cameroun ?
Jules Roger Feudjo et Jean-Paul Tchankam
Volume 25, numéro 2, 2012 Résumé de l'article
Le paradoxe des entreprises insolvables qui contractent régulièrement de
URI : [Link] nouvelles dettes constitue la motivation principale de cette recherche. Les tests
DOI : [Link] statistiques effectués sur un échantillon de 62 PMI mettent en évidence deux
principaux facteurs explicatifs de ce comportement financier au Cameroun : le
Aller au sommaire du numéro taux des actifs immobilisés et le capital social du dirigeant, c’est-à-dire la
capacité des actifs à servir de garanties, et la possibilité qu’offrent les réseaux
relationnels de contourner les normes ou d’accéder aux sources et circuits
informels alternatifs de financement. Cette étude montre la coexistence au
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Cameroun de deux dimensions parallèles dans l’environnement des affaires. À
Presses de l’Université du Québec côté du formel où le manque de confiance et de lisibilité entre les acteurs
poussent les bailleurs de fonds aux excès prudentiels subsiste un univers
ISSN informel où la confiance, la loyauté et la solidarité semblent constituer le socle
des relations d’affaires.
0776-5436 (imprimé)
1918-9699 (numérique)
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Citer cet article
Feudjo, J. R. & Tchankam, J.-P. (2012). Les déterminants de la structure
financière : comment expliquer le « paradoxe de l’insolvabilité et de
l’endettement » des PMI au Cameroun ? Revue internationale P.M.E., 25(2),
99–128. [Link]
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Les déterminants de la structure financière
Comment expliquer le « paradoxe de l’insolvabilité
et de l’endettement » des PMI au Cameroun ?
Jules Roger FEUDJO
Université de Ngaoundéré
Jean-Paul TCHANKAM
BEM – Bordeaux Management School
MOTS CLÉS
Structure financière – Insolvabilité – Endettement
PMI – Structure de propriété – Capital social
LES AUTEURS
Jules Roger Feudjo est professeur agrégé en sciences de gestion, membre de la société
camerounaise des agrégés et chef de Département de comptabilité–finance de la Faculté
des sciences économiques et de gestion (FSEG) à l’Université de Ngaoundéré au Came-
roun. Il est membre du Laboratoire de recherche en économie et gestion des organisations
(LAREGO), pôle de recherche en comptabilité et gouvernance des entreprises en Afrique
(PRCGEA) de la FSEG de l’Université de Ngaoundéré. Il est auteur de plusieurs publications.
Adresse : B.P. 454 Ngaoundéré – FSEG, Cameroun. Tél. : 237 77 08 53 77 ou 237 96 38 95 82.
Courriel : <jrfeudjodem@[Link]>.
Jean-Paul Tchankam est professeur senior à BEM – Bordeaux Management School
et enseigne le management stratégique et l’entrepreneuriat. Il est membre de l’équipe
de recherche sur l’entrepreneuriat et l’innovation (CREI) et membre associé du CREFF
(Centre de recherche sur l’entreprise familiale (Université Montesquieu-Bordeaux IV).
Adresse : Domaine de Raba, 680, cours de la Libération, 33405 Talence cédex. Tél. 33 5 56 84 22 85.
Courriel : <[Link]@[Link]>.
RÉsumÉ
Le paradoxe des entreprises insolvables qui contractent régulièrement de nou-
velles dettes constitue la motivation principale de cette recherche. Les tests statis-
tiques effectués sur un échantillon de 62 PMI mettent en évidence deux principaux
facteurs explicatifs de ce comportement financier au Cameroun : le taux des actifs
immobilisés et le capital social du dirigeant, c’est-à-dire la capacité des actifs à
servir de garanties, et la possibilité qu’offrent les réseaux relationnels de contourner
les normes ou d’accéder aux sources et circuits informels alternatifs de finan-
cement. Cette étude montre la coexistence au Cameroun de deux dimensions
parallèles dans l’environnement des affaires. À côté du formel où le manque de
100 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
confiance et de lisibilité entre les acteurs poussent les bailleurs de fonds aux excès
prudentiels subsiste un univers informel où la confiance, la loyauté et la solidarité
semblent constituer le socle des relations d’affaires.
Abstract
The paradox of the insolvent enterprises contracting new debts regularly is the
motivation of this research. The statistic tests done on a sample of 62 manufactur-
ing firms show that the financial behaviour of these enterprises is mainly explained
by two factors : the rate of asset immobilization and the manager’s social capital.
The impact of the first factor is due to the asset capacity to serve as guarantee, and
the impact of the second one is inherent to the possibility offered by the relational
networks to get round norms or to reach informal circuits and alternative sources of
financing. This last aspect is a beginning of answer to the insolvency and indebted-
ness paradox. This result denotes the co-existence of two parallel dimensions in
Cameroon environment of business. Beside the formal where the lack of confidence
and legibility between the actors push financial backers to excesses of prudence,
subsist an informal universe where confidence, loyalty and solidarity seem to be
cement of the business relationships.
Resumen
La paradoja de las empresas insolventes que contraen nuevas deudas con regu-
laridad consituye la principal motivación de la presente investigación. Las pruebas
estadísticas realizadas sobre una muestra de 62 PyMEs evidencian dos de los
mayores factores explicativos de tal comportamiento financiero en Camerún : la
tasa de activos inmovilizados y el capital social del dirigente, o sea la capacidad
de los activos para servir como fondos de garantía, y la posibilidad que ofrecen las
redes relacionales para esquivar las normas o acceder a las fuentes y a los circuitos
informales alternativos de financiamiento. Este estudio muestra la coexistencia de
dos dimensiones paralelas en el entorno empresarial camerunés. Junto a un marco
formal donde la inseguridad y la escasa lisibilidad entre los actores favorecen los
excesos prudenciales por parte de los arrendadores, subsiste un universo informal
en el cual la confianza, la lealtad y la solidaridad parecen constituir la base de las
relaciones empresariales.
Introduction
Au Cameroun, comme partout ailleurs en Afrique, où la grande entreprise
publique n’a pas joué son rôle stratégique dans la croissance économique,
les PME du secteur privé, en général, et les petites et moyennes industries
(PMI), en particulier, constituent le socle de la création de valeur. Ces
entreprises, qui se remettent lentement des affres de la crise économique de
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 101
la décennie 1980-1990, représentent aujourd’hui une force sous-régionale1
incontestée. Elles opèrent dans un contexte de surliquidité des banques et
de rationnement des crédits aux PME-PMI. En principe, ces entreprises
insolvables devraient éprouver d’énormes difficultés à contracter de nou-
velles dettes ; paradoxalement, elles y parviennent, et ce, de façon régulière.
Comment ces entreprises font-elles ? Quels sont les facteurs explicatifs du
comportement financier de ces entreprises ? Ces interrogations évoquent,
à la suite des travaux pionniers de Modigliani et Miller (1958) et des déve-
loppements récents sur la structure financière des entreprises, la problé-
matique des déterminants de la structure financière des entreprises dans
un contexte aux caractéristiques particulières.
Rappelons que la littérature existante en la matière est essentielle-
ment anglo-saxonne et occidentale. Elle porte presque exclusivement sur la
grande entreprise, voire sur les sociétés cotées ; faisant ainsi des PME non
cotées un champ de recherche très peu exploré. Pourtant, depuis le début du
xxie siècle, un intérêt croissant pour la structure financière des entreprises
s’est fait sentir. Ces travaux ont porté sur les PME pour les uns (Fathi et Gailly,
2003 ; Gellatly, Riding et Thornhill, 2003 ; Colot et Croquet, 2007a ; Janssen,
2007), sur les entreprises familiales et patrimoniales pour les autres (Poulain-
Rehm, 2005 ; Colot et Croquet, 2007b) ou, enfin, et plus singulièrement, sur
les entreprises industrielles (Achy et Rigar, 2005).
La phase exploratoire de cette recherche a identifié un grand nombre
d’entreprises surendettées ou à structure financière sinistrée2. En outre,
le comportement financier des entrepreneurs de ce secteur ne semble pas
participer d’une stratégie de croissance, ni encore moins d’un objectif de
création de valeur. Plus saisissants, mais surtout paradoxaux, les compor-
tements financiers observés semblent déroger aux normes de l’orthodoxie
financière. Ces entreprises, ainsi que bien d’autres ayant des indicateurs de
solvabilité et de rentabilité défavorables, contractent en effet de nouvelles
dettes. Ce paradoxe de « l’insolvabilité et de l’endettement » nous amène à
nous interroger sur les facteurs qui déterminent la structure financière de
ces entreprises.
1. La production industrielle camerounaise représente 50 % du PIB des pays de la
sous-région d’Afrique centrale.
2. Entreprises à capitaux propres négatifs. C’est le cas, par exemple, lorsque les
reports antérieurs déficitaires finissent par absorber la totalité des capitaux
propres.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
102 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
1. Les déterminants de la structure financière
au Cameroun
La structure financière renvoie à la composition des ressources financières
de l’entreprise, au poids et à l’équilibre entre les ressources propres et les
dettes. En dépit de l’hétérogénéité des approches, des contextes et de la
diversité des éléments pris en compte, elle distingue les fonds propres et les
dettes. Les capitaux propres représentent l’ensemble des ressources finan-
cières internes à l’entreprise, tandis que les dettes et les ressources assimilées
représentent les fonds obtenus auprès des pourvoyeurs externes. Selon les
normes de l’orthodoxie financière, l’entreprise doit, en fonction du coût des
capitaux, de la rentabilité des investissements et de son seuil d’autonomie
préféré, répartir ses ressources durables entre les dettes et les fonds propres.
Pour ce qui est de la détermination du niveau d’endettement optimal,
la dynamique de la théorie financière s’oriente aujourd’hui presque vers une
impasse. En effet, de Modigliani et Miller (1958) à Myers et Majluf (1984),
aucune solution recette n’a été apportée à la problématique de la structure
financière optimale. Dans la conclusion de la quatrième édition de leur
ouvrage, Brealey et Myers (1991, p. 922) soulignent que la problématique
de la structure financière optimale de capital figure parmi les 10 problèmes
non encore résolus en finance. Rifki et Sadq (2001) proposent de classer les
entreprises sur le marché selon un niveau d’endettement critique déterminé
par les investisseurs. Les entreprises de qualité supérieure auront une capacité
d’endettement supérieure au seuil fixé par les investisseurs, tandis que celles
de qualité inférieure en afficheront une en dessous de ce seuil3. La structure
financière des entreprises est ainsi fonction des « facteurs rationnels » ou des
« objectifs rationnels » approuvés par les investisseurs.
De nombreuses théories (la théorie financière classique, la théorie des
droits de propriété, la théorie de l’agence, la théorie de la contingence, etc.)
ont mis en relief les déterminants du comportement financier des entreprises ;
par exemple, les modifications de la structure financière par un accroissement
des dettes ont pour effet d’accroître la valeur perçue de la firme (Ross, 1977).
Ce qui revient à dire que plus la firme se signale par un endettement élevé,
plus le marché lui attribue une valeur élevée. Cela se justifie, entre autres,
par le fait que la banque, avant d’accorder son concours à une entreprise,
procède à une analyse des activités et des flux de liquidité engendrés par
cette dernière. En lien avec cette expertise du banquier, la dette signale la
bonne qualité de l’entreprise (Ross, 1977).
3. Si cette proposition suit une certaine logique, les notions de « seuil d’endettement »
et « d’entreprise de qualité supérieure ou inférieure » restent sujettes à caution.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 103
Parmi les déterminants de la structure financière les plus récurrents
dans la littérature, on peut relever : la taille et l’âge, qui sont respectivement
des indicateurs de l’envergure et de la maturité de l’entreprise, le taux des
actifs immobilisés, la rentabilité, le taux ou les opportunités de croissance,
et le risque économique. Dans le contexte africain, il convient également de
tenir compte des effets modérateurs des caractéristiques de l’entreprise et
de son environnement.
1.1. Les déterminants de contexte
Il est établi dans le contexte africain qu’à côté des institutions formelles
de financement il existe des sources alternatives informelles au sein des-
quelles la confiance, l’esprit communautaire et la solidarité se substituent
aux critères classiques d’analyse de la solvabilité (Lelart, 1990 ; Brenner,
Fouda et Toulouse, 1990). De même, contrairement à l’idée véhiculée dans
la littérature par l’expression « choix de la structure financière », Paranque
et Rivaud-Danset (1998) attirent l’attention sur le fait que la structure
financière observée dans une entreprise n’est pas toujours le résultat d’un
choix délibéré. Ils expliquent en effet qu’elle peut être soit une structure
souhaitée par les dirigeants et donc optimale, soit une structure subie où
l’endettement constitue un complément des fonds propres insuffisants pour
les investissements nécessaires, soit enfin une structure contrainte traduisant
le rationnement du crédit par les prêteurs4.
Parmi les déterminants de contexte les plus récurrents dans la littéra-
ture, on peut citer la taille et l’âge, qui sont des indicateurs de la maturité de
l’entreprise, et le réseau social du dirigeant. Fakhfakh et Ben Atitallah (2004)
de même qu’Achy et Rigar (2005) affirment qu’une grande taille est généra-
lement associée à un niveau d’endettement élevé. En outre, les entreprises
de grande taille peuvent assumer un risque financier plus important et ont
également une plus grande facilité d’accès aux marchés financiers (Colot et
Croquet, 2007b). Un autre atout dont bénéficie la grande entreprise est sa
capacité de diversification des activités qui lui permet de réduire la volatilité
4. Dans le contexte du Cameroun, la surliquidité des banques et le rationnement
des crédits aux PME sont une réalité incontestée. Comme le note Wanda (2007,
p. 94), le rapport de liquidité mesuré par le ratio (disponibilités à moins d’un
mois / exigibilité à moins d’un mois) est supérieur à 100 % dans toutes les banques
camerounaises et pour 31 des 33 banques de la CEMAC. Le taux moyen de
crédits octroyés par les banques est de 9,19 % pour les grandes entreprises,
14 % environ pour les PME et 17,17 % pour les particuliers. Selon le même auteur,
entre 2002 et 2005, moins de 0,4 % des crédits octroyés aux entreprises au
Cameroun étaient de long terme.
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104 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
de ses cash-flows. Toutefois, le sens (positif ou négatif) de cette incidence reste
encore sujet à caution. En effet, de telles divergences peuvent être expliquées
par les différences de contexte d’étude et la diversité des indicateurs utilisés
pour mesurer la taille. On peut, à juste titre, penser que dans un contexte
de grande incertitude, comme au Cameroun, à défaut de pouvoir se fier aux
indicateurs traditionnels de gestion, la taille devrait exercer un effet de leurre
suffisamment convaincant pour motiver les décisions des bailleurs de fonds,
l’idée sous-jacente étant que les grandes entreprises sont trop grandes pour
faillir5. Certains auteurs (Harris et Raviv, 1991 ; Rajan et Zingale, 1995 ; Achy
et Rigar, 2005) établissent une corrélation positive entre la taille et le ratio
de structure financière.
Pour Gellatly, Riding et Thornhill (2003), le capital des jeunes entre-
prises de petite taille provient de sources internes, personnelles et d’inves-
tisseurs officieux. À mesure qu’elles croissent, elles ont besoin de capitaux
supplémentaires et doivent se tourner vers des sources externes.
Pour ce qui est de l’âge, les entreprises les plus anciennes usent moins
intensivement de la dette puisqu’elles sont censées avoir accumulé au cours
de leur existence un montant important de fonds propres grâce à l’autofi-
nancement. Ce postulat de la théorie financière est repris par Achy et Rigar
(2005) pour expliquer l’endettement à long terme des entreprises manufac-
turières marocaines, et par Colot et Croquet (2007a) pour les PME belges.
Toutefois, ces auteurs rappellent que ces résultats ne sont valides que lorsque
la conjoncture économique est relativement stable et sur une longue période.
Dans un environnement instable, les problèmes de financement sont récur-
rents et l’asymétrie informationnelle plus forte. Dans ces conditions, l’âge
de l’entreprise, comme signal de sa maturité et de sa pérennité, devient un
facteur discriminant important.
L’environnement africain est, comme partout ailleurs, source d’incer-
titude. L’accès aux ressources critiques qui y sont disponibles est fonction
de la maîtrise et de la capacité de contrôle de ces sources d’incertitude par
les entreprises. La maîtrise de la relation entreprise-environnement par des
mécanismes informels de coordination semble dorénavant déterminante dans
l’accès aux sources formelles et informelles de financement. En fait, dans
l’observation quotidienne, l’entreprise en Afrique est un réseau intégrant
les fournisseurs, les clients, les salariés et les bailleurs de fonds. Tchankam
(2000) l’observait déjà dans le cas singulier des entreprises familiales. En
France, par exemple, les entreprises sans réseau social sont celles qui ont le
5. Achy et Rigar (2005) utilisent l’expression « too big to fail ».
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Les déterminants de la structure financière 105
plus subi la faillite avec un taux avoisinant 50 %, selon Mustar (1995). Pour
ce même auteur, celles ayant un réseau social large ont enregistré des taux
de faillite presque nuls et un développement considérable.
La notion de capital social trouve ses origines dans la description des
ressources relationnelles encastrées dans les réseaux sociaux (Nkakleu, 2003).
Pour de nombreux auteurs, l’entreprise est un système social qui tourne
autour de l’entrepreneur dont les décisions, notamment celles de financement,
s’insèrent dans cet environnement social. La solidarité, l’affinité, l’amitié et
l’altruisme constituent les principaux ingrédients du développement des
affaires, notamment par un accès privilégié aux ressources spécifiques. Suivant
l’approche sociologique6, le capital social d’un entrepreneur est une notion
qui englobe les caractéristiques de l’organisation sociale, telles que le rapport
de confiance, les normes, la reconnaissance mutuelle, la possibilité d’échanges
ou les réseaux, qui améliorent l’efficacité de la société en facilitant les actions
coordonnées (Fopoussi, 2004).
La littérature sur les réseaux met en évidence trois dimensions qui
peuvent permettre d’en mesurer l’intensité : la taille du réseau relationnel,
la nature et la qualité des liens sociaux (Aydi, 2003). C’est davantage l’aspect
informel des relations qui peut constituer un élément discriminant pertinent.
En général, les bailleurs de fonds n’accordent de crédits qu’aux personnes en
qui ils ont un minimum de confiance ou envers lesquelles ils ont un devoir
psychologique ou moral. Cela suppose l’entretien de liens étroits avec des
personnalités politiques haut placées, des cadres de l’administration, des
dirigeants des institutions financières. L’existence d’affinités ou l’entretien de
liens de fraternité avec des fournisseurs ou des clients, l’appartenance à des
groupes associatifs culturels, traditionnels ou d’affaires, sont susceptibles de
conférer un avantage certain dans la course aux financements (Aydi, 2003)7.
En Afrique, le réseau social constitue la source principale, voire exclu-
sive de financement des activités artisanales et du petit commerce (Labazee,
1995). Dans les relations financières, le capital social permet d’améliorer
l’information sur le risque de l’emprunteur (Baudasse et Montalieu, 2005).
Cela laisse entendre que cette relation particulière contribue à réduire les
coûts d’agence de la dette puisque la relation est basée sur la confiance.
D’ailleurs, il n’est pas nouveau de dire que les relations sociales entre le
banquier et l’entrepreneur ont des effets positifs sur les conditions de crédit
6. L’approche sociologique diffère de l’approche juridique et économique, qui fait
référence aux apports en nature et en numéraires des actionnaires.
7. Cela pourrait être d’autant plus vrai qu’une boutade en passe de devenir une
maxime dans le langage des Camerounais énonce que « l’homme, c’est les rela-
tions ».
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106 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
(Aydi, 2003 ; Janssen, 2007). Plus ce lien sera fort, plus les chances d’obte-
nir des crédits seront grandes8. Le réseau, comme moyen d’acquérir et de
transférer des informations, de partager des connaissances et des expertises,
de diffuser de l’innovation, offre également, dans le temps et dans l’espace,
d’énormes possibilités d’inter-contrôle entre partenaires.
1.2. Les déterminants d’ordre économique et financier
Le xxie siècle, avec notamment la tertiarisation intensive des économies et
le développement exponentiel des technologies de l’information et de la
communication, a connu une dématérialisation plus importante des entre-
prises. La primauté de l’immatériel par rapport aux immeubles et à d’autres
actifs physiques immobilisés reste donc un attribut notable de ce siècle. Mais
dans un contexte de rationnement de crédit aux PME, les actifs physiques
constituent une garantie incontestée pour leur propriétaire à l’égard des
pourvoyeurs de fonds.
Suivant les propositions de Jensen et Meckling (1976), les coûts d’agence
de la dette peuvent être réduits si l’entreprise détient une part importante
de son actif sous forme d’éléments immobilisés ; de cette manière, ils consti-
tuent des garanties pour les créanciers. Par ailleurs, en situation de grande
incertitude, le prêteur cherche à réduire son risque de perte en exigeant des
garanties (Janssen, 2007). Le volume des éléments d’actif immobilisés sera
donc un argument de poids pour les entreprises à forte intensité capitalis-
tique qui peuvent offrir plus de garanties que les autres. L’avantage d’un tel
argument est qu’il peut faire l’objet d’une constatation de visu et qu’il est
par conséquent moins sensible aux habillages financiers. Une forte intensité
capitalistique devrait donc aller de pair avec un niveau d’endettement plus
important (Redis, 2004 ; Ziane, 2004).
Fathi et Gailly (2003), puis Ziane (2004) constatent par ailleurs une
influence positive du taux de croissance de l’entreprise sur la structure finan-
cière. Ils expliquent ce résultat par le fait que les entreprises à forte croissance
ont de plus en plus recours au financement externe. Cela est d’autant plus
vrai que la croissance peut être source d’asphyxie financière si elle n’est pas
financièrement assurée. Pourtant, une forte croissance devrait impliquer une
8. Dans les réseaux alternatifs informels, le capital social devrait être encore plus
déterminant. L’observation des pratiques commerciales au Cameroun montre de
prime abord que la plupart des relations sont strictement basées sur la confiance
mutuelle. Les ventes à crédit, les prêts et autres formes de crédits interentreprises
ou interpersonnels y sont monnaie courante, autant de mécanismes et de sources
qui permettent de contourner le rationnement du crédit réglementé.
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Les déterminants de la structure financière 107
bonne santé financière de l’entreprise, donc une grande capacité d’autofi-
nancement. Cette explication converge avec l’incidence négative observée
par Redis (2004) et Latrous (2007).
En ce qui concerne la rentabilité économique des investissements, les
taux élevés supposent l’accumulation d’une quantité importante de ressources
pour l’autofinancement. Il est certes vrai que, dans le cadre des théories de
l’équilibre général statique, de l’agence et du signal, une incidence positive
de la rentabilité sur le niveau d’endettement est conjecturée ; toutefois, le
contraire a été démontré dans des travaux comme ceux de Ziane (2004) ou
de Redis (2004).
Dans le même ordre d’idées, un degré élevé du risque de l’activité éco-
nomique a un effet défavorable sur le potentiel d’accès à l’endettement ; par
conséquent, une augmentation de la volatilité des flux attendus fait baisser
l’offre de crédit (Bradley, Jarrell et Kim, 1984) puisque dans ce cas, le recou-
vrement de la créance devient problématique. Ainsi, quel que soit le niveau
de rentabilité, un accroissement du risque implique un niveau d’endettement
inférieur (Fathi et Gailly, 2003). Prise isolément, l’incidence de chacune de
ces variables peut être mineure, mais leurs effets simultanés pourraient être
déterminants pour l’accès aux financements.
D’une façon générale, la structure financière observée dans une entre-
prise est donc la résultante d’un certain nombre de variables de nature écono-
mique et financière (le taux d’immobilisation des actifs, le taux de croissance
de l’entreprise, sa rentabilité économique et le niveau de risque économique
que présentent ses activités).
D’autres caractéristiques propres à l’entreprise et au dirigeant peuvent,
elles aussi, être déterminantes, notamment celles liées à la structure de
propriété.
1.3. Les déterminants liés à la structure de propriété
La répartition des droits de propriété détermine l’équilibre des pouvoirs au
sein de l’entreprise (Furuboth et Pejovich, 1974). Ainsi, le degré de diffusion
de l’actionnariat, la présence d’investisseurs institutionnels ou étrangers dans
le capital et le statut du dirigeant influent significativement sur la structure
financière de l’entreprise.
La concentration de la propriété est un gage de l’efficacité du contrôle
du dirigeant et de la gestion de la firme (Shleifer et Vishny, 1997). Dans la
panoplie des mesures nécessaires pour contrecarrer les dérives managé-
riales du dirigeant, l’endettement figure en bonne place. Cette littérature
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108 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
produite dans les contextes où le marché financier joue un rôle actif dans
la gouvernance des entreprises semble difficile à appliquer dans le contexte
des pays en développement. Qu’à cela ne tienne, par leur pouvoir, les action-
naires majoritaires influencent considérablement la politique financière de
l’entreprise, en particulier le choix de sa structure du capital. Les actionnaires
de contrôle sont tiraillés entre deux logiques contradictoires : utiliser plus
de dettes pour limiter la dilution de leur propriété ou limiter leur utilisation
pour réduire le risque de faillite (Latrous, 2007).
Au terme d’une analyse sur les contraintes d’ordre psychosocial,
Makunza (2004) en arrive à la conclusion que les effets de démonstration
sociale ont plus d’importance dans la fonction objectif des entrepreneurs
africains. Cette primauté des besoins d’estime de soi et de privilège, ou
la forte imbrication, voire la confusion entre le patrimoine social et le
patrimoine personnel (Tchankam, 2000) implique qu’en matière de finan-
cement externe les entreprises privilégient la ressource qui ne dilue pas
leur propriété. Dans les entreprises familiales, par exemple, les membres
préfèrent très souvent sauvegarder l’indépendance financière de l’entité
afin d’en conserver le contrôle (Colot et Croquet, 2007a). Il existe une
relation entre le degré de concentration du capital et le niveau d’endet
tement des entreprises.
Dans le même ordre d’idées, la présence d’investisseurs institution-
nels ou étrangers dans le capital laisse présumer un contrôle plus accentué
et plus efficace limitant de fait l’opportunisme des dirigeants (Lapointe,
2000 ; Alexandre et Paquerot, 2000), fussent-ils propriétaires majoritaires.
Une telle présomption favorise, naturellement, l’accès au financement par
endettement. Toutefois, le risque de faillite inhérent à l’endettement et qui
est soutenu par les capitaux propres fait que ces investisseurs n’accepteront
pas des niveaux d’endettement injustifiés. Leur présence limite donc la pro-
pension à un endettement excessif (Romieu et Sassenou, 1996). Il est par
conséquent logique d’envisager une relation significative entre la présence
d’investisseurs institutionnels ou étrangers et le niveau d’endettement dans
les PMI manufacturières au Cameroun.
L’intensité du conflit entre les actionnaires et le dirigeant dépend du
statut de ce dernier et de la nature de la propriété. Si le comportement du
dirigeant propriétaire est tel qu’étayé plus haut, celui du dirigeant salarié
peut être tout autre suivant qu’il est guidé par un objectif d’enracinement
ou de valorisation de son potentiel. La dette peut en effet être utilisée pour
multiplier les investissements idiosyncrasiques et spécifiques qui rendront
coûteuse son éviction dans le premier cas. Elle peut par ailleurs, à travers le
phénomène du levier financier, favoriser une maximisation court-termiste
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 109
de la création de valeur9 dans le deuxième cas. De la sorte, les dirigeants
salariés auront une forte propension à recourir à l’endettement (Charreaux
et Desbrières, 1998)10.
2. Méthodologie de la recherche
Après la procédure d’échantillonnage seront présentées la mesure des
variables et les caractéristiques des entreprises de l’échantillon.
2.1. Choix de l’échantillon et collecte des données
Plusieurs étapes ont été suivies dans le choix de l’échantillon et la collecte
des données. Dans un premier temps, nous avons recouru aux déclarations
statistiques et fiscales (DSF) disponibles à l’Institut national de la statistique
(INS). De ces DSF, nous avons collecté les données nécessaires pour mesurer
la structure financière et les variables quantitatives de l’étude. Il faut noter
que les DSF ne contiennent pas suffisamment d’informations sur la structure
de propriété, et pratiquement pas sur le capital social des dirigeants. Pour
contourner cette difficulté, nous avons utilisé concomitamment les données
secondaires et les données primaires collectées par questionnaires administrés
en face à face aux chefs d’entreprises de l’échantillon.
Seules les entreprises à capitaux privés majoritairement camerounais
ont été retenues. Du fait de l’irrégularité dans le dépôt des DSF au Cameroun,
nous avons dû éliminer les entreprises qui n’avaient pas de DSF à l’INS sur
au moins trois exercices comptables consécutifs. Un premier échantillon de
96 entreprises sur la période allant de 1998 à 2002 a été constitué.
Pour localiser ces entreprises sur le terrain, nous avons eu recours au
fichier de la Division des entreprises de la Direction des impôts du ministère
9. Cela peut s’expliquer par le fait que les retombées positives de la dette peuvent
être immédiates, surtout si elle est utilisée pour financer des actifs à court terme
comme des titres de placement, alors que le risque inhérent à l’endettement ne
se concrétise qu’avec un certain retard.
10. Ce raisonnement doit toutefois être nuancé car suivant les développements des
mêmes auteurs, les dirigeants peuvent aussi préférer l’utilisation des capitaux
propres qui leur assurent une grande latitude discrétionnaire pour la gestion des
revenus et moins de contraintes en termes de résultat et d’échéance de paiement
d’intérêts. La préférence pour l’augmentation des capitaux propres peut aussi
participer du souci d’ouvrir le capital pour diluer le pouvoir des actionnaires de
contrôle et se soustraire à leur emprise. Mais cette dernière éventualité est assez
difficile à mettre en œuvre en l’absence d’un marché financier fonctionnel comme
c’est le cas au Cameroun actuellement.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
110 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
des Finances. En outre, pour tenir compte du décalage entre la période
d’enquête et les exercices comptables de référence, il a fallu s’assurer que
les dirigeants actuellement en poste l’étaient aussi à la période de référence
(1998-2002)11. Pour cela, nous avons prévu une question relative à la durée
au poste du dirigeant. Lors du dépouillement, les entreprises dont l’entrée
en fonction du dirigeant actuel est ultérieure à la période indiquée ont été
éliminées. En définitive, notre échantillon s’est trouvé réduit à 62 PMI.
2.2. La mesure des variables
Tableau 1
Mesure de la structure financière et des variables économico-financières
Variables Unité de mesure
Structure financière (DLMT = dette à long
DLMT
et moyen terme ; KP = capitaux permanents). sf = ________
KP
Taux d’immobilisation des actifs (AI = actif immobilisé
AI
en valeur nette ; AT = actif total en valeur nette). TI = ________
AT
Taux de croissance des actifs (Tc) : actif total de l’exercice
ATn+ – ATn
actuel, moins l’actif total de l’exercice passé, Tc = ___________
divisé par l’actif total de l’exercice passé. KP
Rentabilité des investissements
EBE
(EBE = excédent brut d’exploitation). Ri = ________
AT
Risque d’exploitation
σRi
(coefficient de variation de la rentabilité). CVRI = ________
Ri
11. Les enquêtes par questionnaire ont eu lieu aux mois d’août et septembre 2007. Le
décalage entre les deux périodes est important et nécessite d’être pris en compte
au moment de la collecte d’informations. La période 1998-2002 est, certes, assez
reculée ; ce n’est que pour cette période que nous avions eu au moins trois DSF
consécutives et un échantillon de grande taille. En effet, à l’occasion du passage,
dans les pays membres de l’OHADA, du système comptable OCAM (1970-1999)
au système OHADA et dans le cadre de la réalisation des études économiques et
financières des entreprises camerounaises, une certaine pression avait été exercée
sur les entreprises pour le dépôt régulier de leur DSF. Toutefois, cette discipline
s’est quelque peu relâchée après 2002.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 111
En fonction de la valeur du ratio SF, les entreprises seront classées en
trois groupes : SF = 0 : entreprises non endettées ; 0 < SF ≤ 0,5 entreprises peu
ou moyennement endettées ; SF < 0 ou SF > 0,5 : entreprises surendettées ou
sinistrées12. En ce qui concerne le risque et pour une entreprise donnée, plus
CVRi sera petit, moins elle est risquée.
Pour l’ensemble de ces indicateurs, nous avons procédé par une
analyse en coupe instantanée sur les données moyennes de la période de
l’étude.
Tableau 2
Mesure des variables de contexte
Items Mesure
Taille de l’entreprise Effectif du personnel
Âge de l’entreprise Âge révolu
Mesure du réseau relationnel du dirigeant
Modalités
Nous avons distingué entre la taille et valeurs numériques
et l’importance de réseau relationnel. pour le calcul du score
+1 +2
Taille du réseau relationnel
Existence de liens particuliers avec des hauts
NON OUI
responsables d’institutions bancaires.
Existence de liens particuliers avec des hauts
responsables d’organismes de développement NON OUI
économique.
Existence de liens particuliers avec des hauts
NON OUI
responsables de l’administration publique.
Existence de liens particuliers avec des hauts
NON OUI
responsables d’associations politiques.
Existence de liens particuliers avec des hauts
responsables d’institutions financières non NON OUI
bancaires.
(suite)
12. Le ratio négatif ou égal à l’unité correspond au cas des entreprises à structure
financière sinistrée.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
112 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
Tableau 2
Mesure des variables de contexte (suite)
Taille du réseau relationnel
Existence de liens particuliers
NON OUI
avec les autres personnalités sociales influentes.
Existence de liens particuliers
NON OUI
avec des fournisseurs.
Existence de liens particuliers
NON OUI
avec des clients.
Appartenance à des groupes et associations
NON OUI
traditionnels et religieux.
Appartenance à des associations
NON OUI
et groupes sportifs.
Appartenance à des groupes
NON OUI
et associations de charité.
Appartenance à des cercles
NON OUI
et clubs d’amitié ou d’affaires.
Importance du réseau relationnel
Recours au réseau relationnel
lorsque le dirigeant a des problèmes NON OUI
de financement.
Intensité des liens entretenus
Faible Fort
avec le réseau relationnel.
Importance du réseau relationnel
Sans
des autres partenaires pour le financement Important
importance
de l’entreprise.
Nature
Critère
Arguments privilégiés dans l’octroi des relations
de rentabilité
des financements. avec les bailleurs
et de solvabilité
de fonds
Importance du réseau relationnel
Moins important Important
du dirigeant dans l’accès au financement.
Le score global mesurant l’intensité du capital social du dirigeant
est compris entre 17 et 34. La moyenne des notes extrêmes est de 25,5. La
modalité « faible » sera attribuée aux scores inférieurs à ce seuil et la modalité
« forte » dans le cas contraire. Les scores partiels mesurent respectivement la
taille et l’importance du réseau.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 113
Tableau 3
Items de mesure de la structure de propriété
Items Modalités
Structure du capital de l’entreprise. Concentré Diffus
Nature de la propriété. Familiale Managériale*
Participation d’investisseurs
NON OUI
institutionnels ou étrangers au capital.
Statut managérial du dirigeant. Salarié Propriétaire
Dirigeant Dirigeant
Dirigeant
Propriété managériale. propriétaire propriétaire
salarié
majoritaire minoritaire
Latitude discrétionnaire du dirigeant
dans la prise des décisions Faible Forte
de financement.
* La propriété managériale regroupe les sociétés de capitaux ayant un capital dispersé et
détenu par des personnes n’ayant aucun lien de sang.
La structure du capital est appréciée à travers le pourcentage de capital
détenu par les trois premiers actionnaires. S’il est supérieur à 50 %, on
attribue la modalité « concentré », et « diffus » dans le cas contraire. En ce
qui concerne la latitude discrétionnaire du dirigeant, elle est définie à partir
du score obtenu sur les items suivants.
Tableau 4
Mesure de la latitude discrétionnaire du dirigeant
Valeurs numériques
Variables pour le calcul du score
+1 +2
Latitude discrétionnaire du dirigeant dans
NON OUI
la prise de décisions de gestion quotidienne.
Liberté du dirigeant dans la prise de décisions
NON OUI
d’augmentation du capital.
Liberté du dirigeant dans la prise de décisions
NON OUI
d’endettement à long terme.
Liberté du dirigeant dans la prise de décisions
NON OUI
d’endettement à court terme.
Liberté du dirigeant dans la prise de décisions
NON OUI
de nouveaux investissements.
Liberté du dirigeant dans la prise de décisions
NON OUI
d’utilisation des bénéfices.
Niveau d’influence du dirigeant dans la prise
Faible Élevé
de décisions de financement.
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114 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
Chaque entreprise peut obtenir une note globale allant de 7 à 14. La
moyenne des notes extrêmes est de 10,5 [(7 + 14) / 2]. Cette note mesure le
« seuil de la latitude discrétionnaire du dirigeant dans la prise des décisions
de financement ». Si la note est inférieure à 10,5, le dirigeant a une faible
latitude. Par contre, si elle est supérieure ou égale à 10,5, le dirigeant dispose
d’une grande latitude.
Les données ont été analysées sur le logiciel SPSS à l’aide notamment
du tri à plat, du test du khi deux et de la régression linéaire multiple.
2.3. Caractéristiques des entreprises de l’échantillon
Au départ, nous avons défini la PMI comme toute entreprise industrielle
employant entre 10 et 499 salariés. Cette description comprend les éléments
les plus probants dans la compréhension de cette étude et surtout de ses résul-
tats. Les entreprises de l’échantillon sont toutes des PMI (employant entre 10
et 300 salariés). Elles sont en majorité familiales (66,12 %)13 et dirigées, dans
la plupart des cas, soit par le propriétaire ou l’un des propriétaires, soit par
un salarié ayant des affinités avec le ou les propriétaires. Tous ces dirigeants
sont en poste depuis au moins 10 ans. Ce comportement d’enracinement,
légitime ou non, est une caractéristique bien connue des dirigeants familiaux.
Sur le plan financier, 16 entreprises, soit 25,8 %, sont entièrement
financées par des fonds propres. Dix-neuf entreprises, soit 30,6 %, sont peu
ou moyennement endettées. Au total, 35 entreprises, soit 56,4 %, sont financiè-
rement indépendantes (capitaux propres supérieurs aux dettes) contre 27, soit
43,6 %, qui sont sinistrées ou surendettées. Ce qui confirme le particularisme
de l’entreprise familiale en Afrique. Réticente à l’ouverture du capital et à la
dilution du pouvoir de contrôle, elle préfère conserver sa petite et moyenne
taille et s’autofinancer par ses flux financiers internes ou par les ressources
propres des membres de la famille et des particuliers alliés. Ce schéma de
réflexion sied à l’entrepreneur prudent et rationnel, mais il se trouve qu’il
existe aussi une proportion non négligeable qui adoptent des comportements
peu orthodoxes et s’endettent au-delà du raisonnable. C’est le cas des 43,6 %
des entreprises qui sont surendettées ou sinistrées. L’examen du ratio de
solvabilité de ces entités montre qu’elles sont totalement insolvables. Pis
encore, leur rentabilité des investissements est presque nulle, voire défici-
taire. Pourtant, elles résistent à la crise et ont même, sur la période de l’étude,
contracté de nouvelles dettes.
13. Il s’agit des entreprises appartenant entièrement soit à une seule personne, soit à
une seule famille, soit majoritairement (51 % du capital) à un groupe de personnes
liées par le sang.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 115
Ces trois types de structures financières sont observés à des proportions
presque identiques sur la période de l’étude. Les résultats suivants permettent
de comprendre et d’expliquer les leviers de ces comportements.
3. Résultats et implications
3.1. L’impact des facteurs économico-financiers sur la structure
financière des PMI
L’équation de régression utilisée est de la forme une variable expliquée (SF)
et m variables explicatives (Tc, Ti, Ri, CVri).
SF = a0 + a1tc + a2Ri + a3iCVr + a4ti + ε
a0 et ε représentent respectivement la constante de régression et le
résidu aléatoire ;
aj = coefficient de régression multiple attaché à la variable j (j = 1, 2… 4).
Après avoir vérifié la multicolinéarité entre les variables explicatives,
la méthode pas à pas donne les résultats qui suivent.
Tableau 5
Récapitulatif des résultats de la régression
Modèle
(Constante) – 1,571
Taux d’immobilisation des actifs 6,309
R2 0,534
t de Student 8,300
F de Fisher 68,893
Probabilité 0,000
Variable dépendante : Ratio d’endettement de long terme.
Avec un F de Fisher de 68,893 et une probabilité nulle, le modèle
de régression est valide. Des quatre variables introduites dans le modèle,
une seulement explique significativement la variation de la structure
financière, à savoir le taux d’immobilisation des actifs. La valeur absolue
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
116 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
du t de student et du bêta standardisé (0,731)14 est très élevée et témoigne
de l’importance de cette variable dans l’explication de l’évolution de la
structure financière.
Cette variable est positivement et significativement corrélée au ratio
de structure financière. Autrement dit, plus une entreprise détient une part
importante de ses actifs sous forme d’immobilisations corporelles, plus elle
est crédible. Cela est logique, car le volume des actifs immobilisés réduit les
coûts d’agence de la dette et est, par ailleurs, perçu comme un bon signal par
les investisseurs puisque traduisant un contexte de forte asymétrie informa-
tionnelle, un degré d’engagement et de confiance de l’entrepreneur dans
son affaire. À défaut de pouvoir se fier aux seuls indicateurs classiques de
solvabilité, qui sont susceptibles d’être manipulés, les créanciers accordent
un intérêt capital aux garanties concrètes. Ces résultats sont conformes à
ceux obtenus par Ziane (2004) et Redis (2004) dans le contexte français,
Fakhfakh et Ben Atitallah (2004) pour les entreprises tunisiennes et, enfin,
par Essomba (2004) qui a effectué des enquêtes auprès d’institutions finan-
cières camerounaises. Cependant, on ne devrait pas perdre de vue que la
dette contractée peut être affectée au financement des immobilisations, et
que l’impact ci-dessus pourrait n’être qu’une corrélation triviale.
D’une façon générale, cette variable explique 53,40 % de la variance
de la structure financière, ce qui confirme son importance dans le choix de
la structure financière des entreprises.
3.2. L’incidence de la structure de propriété sur la structure
financière
D’emblée, il faut noter que notre échantillon est dominé par des entre-
prises familiales. Quarante-quatre dirigeants, soit 71 % de l’échantillon, sont
des propriétaires (ou des copropriétaires) détenant la majorité des actions
(entre 16 % et 100 % du capital). Parmi les 44 dirigeants, 35, soit 56,45 % de
l’échantillon, sont majoritaires, détenant plus de 50 % du capital. Cela se
traduit dans la prise de décision par une forte latitude discrétionnaire du
dirigeant. La propriété est fortement concentrée entre les mains des trois
principaux actionnaires. Ces derniers détiennent en moyenne 90 % du capital
dans 93,5 % des entreprises. Les investisseurs institutionnels (établissements
de crédit ou d’assurance, regroupements communautaires ou toutes autres
personnes morales) sont présents dans 38,7 % des entités étudiées. Au vu de
ces statistiques, nous pensons raisonnablement que la structure de propriété
14. Voir à l’annexe I le tableau B relatif aux coefficients de la régression.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 117
sera sans influence sur le comportement financier des entreprises étudiées.
En effet, elles ont des attributs presque identiques pour des comportements
financiers divergents.
Tableau 6
Synthèse des résultats du test du khi deux
Structure financière
Variables
khi2 ddl P Phi C
Structure du capital 4,307 2 0,116 0,264 0,255
Type d’entreprise 2,394 2 0,302 0,197 0,193
Participation d’investisseurs 14,157 2 0,001 0,478 0,431
institutionnels ou étrangers
Statut managérial du dirigeant 0,909 2 0,635 0,121 0,120
Propriété managériale 0,437 2 0,804 0,084 0,084
Latitude discrétionnaire 1,208 2 0,547 0,140 0,138
du dirigeant
Comme on pouvait s’y attendre, seule la participation des investisseurs
institutionnels influence le comportement d’endettement des entreprises. En
effet, sur 24 entreprises ayant ouvert leur capital à cette catégorie d’action-
naires, 18, soit 75 %, sont non endettées ou moyennement endettées. Sur les
38 autres, 17, soit 44,73 %, sont non endettées ou moyennement endettées
contre 55,26 % surendettées. Nous pensons que cette participation limite la
propension à recourir exagérément et sans fondement économique à la dette.
Ces investisseurs institutionnels sont, dans la plupart des cas, représentés soit
dans l’entreprise, soit au conseil d’administration par une ou plusieurs per-
sonnes physiques mandatées. Ces derniers jouent le rôle d’« éclaireur » dans
l’entreprise et de relais d’information auprès de leur institution. Ils repré-
sentent également un mécanisme de contrôle et de surveillance du dirigeant.
Sans pour autant remettre en cause la justesse de notre raisonnement
de départ, la relation attendue entre la structure de propriété et la structure
financière n’est pas observée. Ce résultat provient de la non-hétérogénéité
des structures de propriété des entreprises étudiées. Il ne serait pas exagéré
de dire, dans l’ensemble, que les entreprises étudiées sont familiales. En effet,
lorsqu’on s’intéresse aux personnes physiques qui participent au capital de
ces entreprises, on relève que la proximité de filiation entre elles est une
constante dans la quasi-totalité des cas.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
118 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
Le doute n’est cependant pas levé puisque l’homogénéité des structures
de propriété aurait dû aller de pair avec une homogénéité des comportements
financiers.
3.3. L’impact des variables de contexte sur la structure financière
des PMI
3.1.1. Les variables de maturité et d’envergure
Parmi les facteurs de contexte étudiés, la taille et l’âge sont présentés comme
des indicateurs de la maturité et de l’envergure de l’entreprise. En les introdui-
sant, isolément, dans une régression linéaire, aucun ne s’est révélé e xplicatif
de la structure financière des PMI au Cameroun.
Cependant, en combinant dans une régression unique les facteurs éco-
nomico-financiers et ces deux variables de contexte, on obtient les résultats
qui suivent.
Tableau 7
Synthèse des résultats de la régression multiple
Modèle 1 Modèle 2
(Constante) – 1,571 – 0,819
Taux d’immobilisation des actifs 6,309 6,246
Effectif employé – 7,227E-03
R2 0,534 0,577
t de Student 8,300 8,540
F de Fisher 68,893 40,173
Probabilité 0* 0**
Variable dépendante : ratio d’endettement de long terme.
* Valeurs prédites : (constantes), taux d’immobilisation des actifs.
** Valeurs prédites : (constantes), taux d’immobilisation des actifs, effectif employé.
Avec un F de Fisher de 40,173 et une probabilité nulle (P = 0), cette
régression est valide et explique 57,7 % de la variation de la variable expli-
quée. Comme le montre le tableau précédent, la taille de l’entreprise se
révèle déterminante. Le taux d’immobilisation des actifs reste cependant
le facteur le plus important et explique, dans cette régression, 53,4 % de
la variation de la structure financière, tandis que la taille de l’entreprise,
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 119
qui est amplificatrice de la baisse du niveau d’endettement (bêta standar-
disé = – 0,205)15, n’en explique que 4,3 %16. Cette amplification est margi-
nale, la taille étant une variable contrôlée dans la présente recherche. Qu’à
cela ne tienne, ce résultat corrobore la thèse d’auteurs tels que Bourdieu et
Colin-Sédillot (1993) ou Carpentier et Suret (1999). Selon ces chercheurs,
les grandes entreprises s’endettent moins puisqu’elles bénéficient d’une plus
grande surface financière. Le contexte du Cameroun, avec des coûts de crédits
prohibitifs, peut aussi expliquer ce résultat, tout comme (surtout) l’option de
l’autofinancement des entreprises de taille plus grande.
3.1.2. Réseau relationnel du dirigeant et structure financière
des PMI manufacturières
Les entreprises (56,5 %) ont un réseau relationnel de grande taille et, natu-
rellement, les dirigeants y accordent une grande importance dans leurs
décisions de financement.
Bien que le score indicatif de l’intensité du capital social du dirigeant
soit la résultante de la combinaison de la taille et de l’importance du réseau
relationnel, nous allons, néanmoins, les introduire dans les analyses afin
d’apprécier séparément leur incidence sur les comportements financiers
des entreprises.
Tableau 8
Synthèse des résultats du test du khi deux
Structure financière
Khi2 ddl P Phi C
Taille du réseau relationnel 25,486 2 0 0,641 0,540
L’importance du réseau 22,373 2 0 0,596 0,512
relationnel
Intensité du capital social 28,177 2 0 0,674 0,559
Toutes les variables du tableau sont explicatives de la structure finan-
cière. La taille et l’importance du réseau relationnel sont significativement
associées au type de structure financière. Plus la taille du réseau relationnel de
l’entreprise est importante, plus celle-ci peut bénéficier de concours financiers
15. Voir à l’annexe I le tableau E des coefficients de la régression multiple.
16. (0,577 – 0,534).
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
120 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
divers indépendamment de sa surface financière de sécurité. Naturellement,
l’intensité du capital social, qui est en fait l’indicateur du dynamisme du
réseau social du dirigeant, l’est également. Les coefficients phi (0,674) et de
contingence (0,559) s’écartant significativement de zéro, confirment cette
association de forte intensité. Ce résultat corrobore la thèse développée en
l’espèce par Aydi (2003) et Baudasse et Montalieu (2005) sur le rôle du capital
social, comme un attribut de l’individu dans un contexte social qui peut être
acquis à travers une action délibérée et transformé en gains économiques
conventionnels selon la nature des connexions et des réseaux disponibles
(Bourdieu, 1986).
Tableau 9
Synthèse des analyses sur le type de structure financière
et le capital social du dirigeant
Type de structure financière
Capital Peu ou
social Non endettée moyennement Surendettée Total
endettée
15 8 3 26
Faible (24,2 %)* (12,9 %) (4,8 %) (41,9 %)
[93,8 %]** [42,1 %] [11,1 %]
1 11 24 36
Élevé (1,6 %) (17,7 %) (38,7 %) (58,1 %)
[6,2 %] [57,9 %] [88,9 %]
16 19 27 62
Total (25,8 %) (30,6 %) (43,6 %) (100 %)
[100 %] [100 %] [100 %] [100 %]
* Pourcentage du total des entreprises.
** Pourcentage dans le type de structure financière.
Comme on peut le constater, dans 88,9 % des entreprises surendet-
tées, le dirigeant a un capital social dense, contre 11,1 % qui ont un capital
social de faible intensité. Seize entreprises, soit 25,8 % de l’échantillon, sont
non endettées. Dans la très grande majorité (93,8 %) de ces entreprises, les
dirigeants ont un capital social faible et surtout embryonnaire. Pour celles
qui sont peu endettées ou qui ne le sont que moyennement, 42,1 % des diri-
geants ont un réseau social de petite taille et moins intense, contre 57,9 %
qui justifient d’un réseau plus important. Ces statistiques montrent que le
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 121
réseau social du dirigeant joue un rôle important dans le financement de son
entreprise. Ces financements sont levés, parfois de façon inconditionnelle,
dans des circuits contrôlés par les membres du réseau ou par leurs alliés.
Les financements peuvent être obtenus directement en numéraire, ou en
nature, sous forme de marchandises ou d’actifs immobilisés. Les procédures
d’obtention de ces financements peuvent être formelles ou non. À l’image
des entreprises familiales, la confiance dans le sang, l’altruisme et parfois
l’attachement sentimental aux affaires des partenaires constituent le socle
des relations entre les membres du réseau. On peut donc comprendre que
des entreprises sinistrées, présentant de mauvais indicateurs de rentabilité
et de solvabilité, survivent et s’endettent davantage.
Dans ce contexte, le pouvoir occulte des réseaux relationnels contri-
bue à la clémence ou à la défaillance des mécanismes de contrôles et de
mise en faillite. Dans les réseaux, les marchandises, la monnaie et les
services s’achètent et se règlent parfois sans aucune forme légale ou maté-
rielle de preuve. Cette situation consolide les relations d’affaires entre les
membres du réseau et est parfois associée au sentimentalisme et au vœu
de succès collectif des membres. En fonction de son dynamisme et de ses
alliés dans le réseau, l’entrepreneur ou le dirigeant propriétaire acquiert
une certaine crédibilité qu’il peut capitaliser en termes de confiance, de
pérennité et de solvabilité pour son entreprise. Il peut en jouir à tout
moment par l’obtention des crédits « intuitu personae » accordés ou faci-
lités par les membres du réseau, leurs organismes ou les établissements
financiers qu’ils contrôlent.
Construits sur diverses bases (communauté de caste ou de religion,
communauté d’origine géographique, ethnique, etc.), ces réseaux constituent
de véritables lobbyings d’affaires. À l’intérieur, les clients, les fournisseurs,
les bailleurs de fonds et bien d’autres partenaires s’entraident à partir de ce
dont ils disposent, et unissent leurs ressources pour obtenir ce dont ils ont
besoin.
Conclusion
Dans un contexte de rationnement du crédit bancaire, de forte asymétrie
informationnelle, de réticence des entrepreneurs à l’ouverture du capital
de leur entreprise, où l’esprit communautaire et l’attachement aux valeurs
socioculturelles ont une certaine influence sur le comportement des indi-
vidus, les réseaux sociaux informels ou formels sont d’une importance
cruciale. Dans les PMI au Cameroun, le comportement financier des diri-
geants s’explique conjointement par des facteurs économico-financiers
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
122 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
et contextuels. En effet, la structure financière des PMI est fonction de
l’intensité du capital social du dirigeant, du taux d’immobilisation des actifs
et de la taille de l’entreprise.
La taille de l’entreprise comme déterminant de sa structure financière
tire son importance de la forte possibilité d’autofinancement dont disposent
les entités de taille plus grande. Au Cameroun, par exemple, les dirigeants des
PME sont parfois très réticents à l’extension de la taille de leur entité. Cette
option stratégique participe du souci de ces derniers d’avoir la mainmise sur
le contrôle global de leur affaire. Une fois la taille « optimale » (taille suscep-
tible d’être maîtrisée par le dirigeant) atteinte, le dirigeant ne s’ouvre plus à
l’endettement et utilise ses ressources propres pour se financer. Parlant du
volume des actifs immobilisés, ces derniers constituent, comme nous l’avons
expliqué plus haut, un moyen de garantie pour l’obtention des financements
auprès des bailleurs de fonds. À la question de savoir comment des entreprises
sinistrées restent en activité et, de surcroît s’endettent davantage, on note
que le recours aux réseaux relationnels permet aux dirigeants de contour-
ner les normes orthodoxes et réglementaires pour collecter des fonds dans
des circuits formels de financement. Les mêmes réseaux leur permettent
d’échapper au rationnement du crédit bancaire en leur offrant la possibilité
de se financer dans des circuits alternatifs informels. Les réseaux relation-
nels constituent ainsi pour les membres une source, sans doute pas ration-
nelle, mais qui permet néanmoins d’oxygéner les affaires des partenaires en
détresse. Les études ultérieures vont s’intéresser à la rationalité des acteurs
dans ces réseaux, à la possibilité de formalisation et de légalisation de ce
mode d’organisation et de son fonctionnement, ainsi qu’à leur efficacité dans
le processus de développement des entreprises.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 123
Annexe I
La régression multiple liée aux facteurs économico-financiers
Tableau A
Récapitulatif du modèle
Erreur standard
Modèle R R2 R2 ajusté de l’estimation
1 0,731 0,534 0,527 2,001212
F de Fisher = 68,893 ; Probabilité = 0,000.
Tableau B
Coefficients de la régression
Coefficients Coefficients
Modèle non standardisés standardisés T Significativité
Erreur
Constante B standard Bêta
(Constante) – 1,571 0,381 – 4,121 0,000
Taux d’immo-
bilisation 6,309 0,760 0,731 8,300 0,000
des actifs
Variable dépendante : ratio d’endettement de long terme.
Tableau C
Mise en évidence des variables exclues de l’analyse
Signifi- Corrélation Statistiques
Bêta t
Modèle cation partielle de colinéarité
Tolérance
Taux de
1 rentabilité des 0,013 0,144 0,886 0,019 0,994
investissements
Taux de crois-
– 0,010 – 0,111 0,912 – 0,014 1,000
sance des actifs
Niveau de ris-
– 0,021 – 0,232 0,818 – 0,030 0,994
que d’activité
a. Valeurs prédites dans le modèle : (constantes), taux d’immobilisation des actifs.
b. Variable dépendante : ratio d’endettement de long terme.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
124 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
La régression multiple liée aux variables de contexte
Tableau D
Récapitulatif du modèle de régression
Erreur standard
Modèle R R2 R2 ajusté F de Fisher Signification
de l’estimation
1 0,731 0,534 0,527 68,893 0,000* 2,001212
2 0,759 0,577 0,562 40,173 0,000** 1,924692
* Valeurs prédites : (constantes), taux d’immobilisation des actifs.
** Valeurs prédites : (constantes), taux d’immobilisation des actifs, effectif employé.
Tableau E
Coefficients de la régression
Coefficients non Coefficients t de Signifi-
standardisés standardisés student cation
Modèle
Erreur
B Bêta
standard
1 (constante) – 1,571 0,381 – 4,121 0,000
Taux d’immobi-
6,309 0,760 0,731 8,300 0,000
lisation des actifs
2 (constante) – 0,819 0,481 – 1,704 0,094
Taux d’immobi-
6,246 0,731 0,724 8,540 0,000
lisation des actifs
Effectif employé – 7,227E-03 0,003 – 0,205 – 2,422 0,019
a. Variable dépendante : ratio d’endettement de long terme.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
Les déterminants de la structure financière 125
Tableau F
Mise en évidence des variables exclues de l’analyse
Signifi- Corrélation Statistiques
Bêta t
cation partielle de colinéarité
Modèle
Tolérance
Taux de
1 rentabilité des 0,013 0,144 0,886 0,019 0,994
investissements
Taux de
croissance – 0,010 – 0,111 0,912 – 0,014 1,000
des actifs
Niveau de risque
– 0,021 – 0,232 0,818 – 0,030 0,994
d’activité
Âge de
– 0,023 – 0,259 0,797 – 0,034 0,961
l’entreprise
Effectif
– 0,205 – 2,422 0,019 – 0,301 0,999
employé
Taux de
2 rentabilité des – 0,019 – 0,216 0,830 – 0,028 0,971
investissements
Taux de
croissance des 0,017 0,202 0,840 0,027 0,983
actifs
Niveau de risque
– 0,035 – 0,405 0,687 – 0,053 0,989
d’activité
Âge de
0,075 0,792 0,432 0,103 0,799
l’entreprise
a. Valeurs prédites dans le modèle : (constantes), taux d’immobilisation des actifs.
b. Valeurs prédites dans le modèle : (constantes), taux d’immobilisation des actifs, effectif
employé.
c. Variable dépendante : ratio d’endettement de long terme.
Revue internationale P.M.E., vol. 25, no 2, 2012
126 Jules Roger FEUDJO et Jean-Paul TCHANKAM
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