Conseils pour l’explication de textes philosophiques
Magali Bessone
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Objectifs de l’explication de textes :
-situer le texte : dans un champ de problèmes, de débats théoriques, pour montrer de quoi il
hérite, ce qu’il adopte ou transforme, ce qu’il invente, quelle position théorique propre il affirme.
-expliquer le texte : mettre au jour les présupposés ou les implicites, élucider les concepts
centraux, mettre au jour la structure argumentative générale et les procédés argumentatifs,
dégager les enjeux philosophiques.
Conditions de l’explication de textes :
-connaissances précises en histoire des idées et histoire de la philosophie, toujours au service du
texte.
-compréhension du contenu du texte : dans son enjeu et dans le détail de sa démonstration.
-démontage/dépliage précis de son mécanisme conceptuel et argumentatif.
-saisie des implicites et des conséquences théoriques.
Exigences de l’explication de textes :
Il faut supposer que le texte a du sens et que l’auteur a dit ce qu’il voulait dire comme il voulait le
dire (principe de charité) : l’exercice consiste à expliciter ce sens.
Il faut « entrer » dans la pensée de l’auteur et rendre compte en termes clairs et accessibles des
raisons pour lesquelles et de la manière par laquelle l’auteur s’est posé tel ou tel problème et
quelles sont les conséquences, pour son travail philosophique ou pour la réception postérieure du
problème, de la manière dont il l’a résolu.
Il faut expliquer tout le texte et rien que le texte : tous les concepts doivent être définis, tous les
arguments doivent être analysés ; le texte ne doit pas être un prétexte à l’énoncé de généralités sur
le problème général dont il est question dans le texte ou à un exposé général sur la philosophie de
l’auteur, y compris dans ses dimensions absentes du texte.
Etapes de la rédaction :
• Introduction :
-situer le texte : il s’agit de replacer le texte dans la problématique générale de l’œuvre dont il est
extrait, de la doctrine de l’auteur – est-il central, est-il en tension avec d’autres moments ou
arguments, est-il paradigmatique, est-il singulier ? Eventuellement situer le texte dans une
problématique philosophique plus vaste.
-annoncer la thèse : le problème spécifique que le texte affronte
-annoncer le mouvement de la démonstration effectuée dans le texte (ce qu’on appelle le
« plan ») : quelles sont les étapes successives employées pour prouver la thèse.
• Développement :
-élucider les concepts clés : analyses conceptuelles, sémantiques, définitions ; préciser si
nécessaire les références culturelles, historiques, philosophiques indispensables pour saisir le
problème tel qu’il est posé.
-décomposer les arguments : quelles sont les propositions essentielles, quel est leur mode de
liaison, à quel modèle argumentatif elles se rattachent ; à quelles objections elles répondent
implicitement ou explicitement. Etre attentif à la manière dont se construisent les
démonstrations : questions rhétoriques ; invocation de figures d’autorité pour s’en réclamer ou
pour les réfuter ; démonstration par l’absurde ; hypothèse de pensée ; induction à partir
d’exemples empiriques ; réponse à une objection, etc.
-l’explication est linéaire et suit le texte pas à pas pour en faire ressortir la logique argumentative.
-un paragraphe par idée et une idée par paragraphe ; utilisez les alinéas ; séparez clairement les
grandes parties ou les grands moments de l’explication.
-vous pouvez numéroter les lignes du texte et y renvoyer dans votre explication pour gagner du
temps. Cela n’exclut pas de citer le texte ; mais les citations doivent être courtes et pertinentes,
c’est-à-dire consister en un groupe de mots ou un mot isolé : ne recopiez pas un paragraphe
entier ni même une phrase entière, sauf exception lorsqu’elle est courte et/ou particulièrement
significative.
• Conclusion :
-réitérer brièvement le résultat principal auquel aboutit le texte : ce qui y est démontré.
-énoncer éventuellement les limites de la thèse démontrée, limites énoncées en fonction d’autres
passages de l’œuvre ou de critiques émises par des auteurs avec lequel le texte est en débat ou
dans sa postérité.
-insister sur l’intérêt du texte : intérêt philosophique, mais aussi culturel, historique, etc. Pourquoi
ce texte est-il important ou singulier dans la doctrine de l’auteur et/ou dans l’histoire des idées :
question initiatrice de la problématique propre du système de l’auteur ; difficulté qui donne lieu à
un retournement ; prise de position radicale dans un débat philosophique ; transformation d’un
problème philosophique antérieur classique, etc.
Erreurs à éviter :
-contresens logique : rater la construction argumentative ou le statut des énoncés.
-paraphrase : répéter ce qui est dit dans le texte sans l’interroger ou l’expliciter.
-généralités : énoncer des banalités sur le problème général dans lequel s’inscrit le texte ou faire
un exposé type manuel de philosophie sur la doctrine de l’auteur.
-anachronismes : critiquer le texte en mobilisant des concepts postérieurs et/ou des opinions non
réfléchies et non critiquées de notre propre culture.
-conclusion ouverte sous forme de question non résolue.