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Thèmes abordés

  • colonialisme,
  • histoire des contacts culturel…,
  • tradition orale,
  • Mansa Moussa,
  • histoire des guerres,
  • routes caravanières,
  • histoire des institutions,
  • histoire des sociétés,
  • échanges culturels,
  • histoire des arts
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Thèmes abordés

  • colonialisme,
  • histoire des contacts culturel…,
  • tradition orale,
  • Mansa Moussa,
  • histoire des guerres,
  • routes caravanières,
  • histoire des institutions,
  • histoire des sociétés,
  • échanges culturels,
  • histoire des arts

R e t r o u v e r le t e m p s v é c u d e s h o m m e s du S o u -

d a n o c c i d e n t a l d a n s l'Afrique d u M o y e n Age,
celle d e s grands empires — époque de haute
civilisation qui s'épanouit à Tombouctou, à
D j e n n é , à G a o —, tel e s t le p r o j e t r e m a r q u a b l e
q u e Djibril T a m s i r N i a n e s ' e f f o r c e de mener à
b i e n en c e t o u v r a g e .

C e r t e s , il faut d e l o n g s d é t o u r s p o u r r e t r o u v e r
le c o n c r e t l u i - m ê m e , c e s o n t c e u x d e la r e c h e r -
che des sources, de la c r i t i q u e h i s t o r i q u e , du
savoir pluridisciplinaire. Depuis de n o m b r e u s e s
a n n é e s D.T. N i a n e s ' e s t c o n s a c r é à c e s t r a v a u x
ingrats et difficiles ; a u j o u r d ' h u i , cet ouvrage
n o u s p r o p o s e leur s y n t h è s e vivante, fruit d e la
r e c h e r c h e laborieuse, mais aussi de l'indispen-
s a b l e s y m p a t h i e p o u r c e s réalités a n c i e n n e s et
p o u r l e s h o m m e s qui les o n t f a i t e s e t l e s o n t
v é c u e s . Il fallait, e n effet, l ' a l l i a n c e d e s v e r t u s
q u e la s c i e n c e e x i g e e t u n e c o n n a i s s a n c e i n t i m e
d e l'humanité africaine p o u r q u e n o u s soit ren-
d u e s e n s i b l e la t o t a l i t é s o c i o - c u l t u r e l l e d e c e
m o n d e lointain.

D.T. N i a n e a c c o m p l i t c e t t e r e c o n s t r u c t i o n e n
s i t u a n t le c a d r e d e vie : la n a t u r e , l e s villes,
l ' h a b i t a t ; e n d é c r i v a n t les h o m m e s e t l e u r s
comportements : les s o i n s d u c o r p s , la vie e n
c o m m u n , l ' a l i m e n t a t i o n , les v o y a g e s , la vie é c o -
n o m i q u e , t o u t c e q u ' o n a p p e l l e la q u o t i d i e n n e t é
d e s h o m m e s . A un a u t r e n i v e a u , c ' e s t l ' u n i v e r s
c u l t u r e l qui e s t c o n s i d é r é : l'art, les loisirs, le
s a v o i r , la religion.

Œ u v r e e n c o u r s , œ u v r e o u v e r t e — c a r la c o m -
préhension historique n'est jamais achevée —
c e t o u v r a g e , du m o i n s , c o n s t i t u e un m o m e n t
important de l'entreprise de re-connaissance d e
la civilisation négro-africaine.

Djibril T a m s i r NIANE, p r o f e s s e u r d ' h i s t o i r e , h i s -


torien et chercheur, a publié Soundjata ou
l ' é p o p é e m a n d i n g u e , Histoire d e l'Afrique Occi-
d e n t a l e (en c o l l a b o r a t i o n a v e c S u r e t - C a n a l e ) , e t
d i v e r s a r t i c l e s e t e s s a i s t h é â t r a u x . En 1975 e s t
r é é d i t é R e c h e r c h e s s u r l ' E m p i r e d u Mali.
T o u s c e s livres s o n t p a r u s a u x é d i t i o n s P r é -
s e n c e Africaine.
Document de couverture : Le Portulan ou « Atlas Catalan de Charles V ». Frag-
ment du document représenté à la page 32 du livre. C'est l'œuvre des cartographes
de Majorque sous la direction d'Abraham Cresques (1375). Le roi portant cou-
ronne et sceptre est le célèbre Mansa Moussa I qui tient à la main une pépite
d'or. (Cliché Giraudon.)
LE S O U D A N O C C I D E N T A L
AU TEMPS DES GRANDS EMPIRES
DJIBRIL TAMSIR NIANE

LE SOUDAN OCCIDENTAL
AU TEMPS
DES GRANDS EMPIRES
X I - X V I siècle

PRÉSENCE A F R I C A I N E
25 bis rue des Écoles 75005 Paris
© Editions Présence Africaine, 1975
Droits de reproduction, de traduction, d'adaptation réservés
pour tous pays.
La loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2
et 3 de l'article 41, d'une part, que les « copies ou reproduc-
tions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées
à une utilisation collective » et d'autre part, que « les analyses
et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration »,
toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle,
faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou
ayants cause est illicite (alinéa 1 de l'article 40). Cette représen-
tation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, consti-
tuerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et
suivants du code pénal.
Avant-propos

Evoquer la civilisation des grands empires du Soudan occidental semble


une gageure dans l'état actuel de nos connaissances sur cette époque. L'entre-
prise suppose bien des définitions et bien des mises au point qui ne sont pas
faites. Qu'appelle-t-on grands empires soudanais ? Il y a seulement une décade,
seuls quelques spécialistes d'histoire africaine étaient convaincus que l'Afrique
au sud du Sahara avait vu se développer des royaumes et des empires dignes de
ce nom, encore qu'aux yeux de bon nombre de ces spécialistes ces royaumes et
empires devaient tout ou presque aux Arabes. La science historique africaine
a été une science marginale durant toute l'ère coloniale, pratiquée pour l'essentiel
par les administrateurs des colonies, souvent plus ethnologues qu'historiens.
Des productions artistiques de qualité, des chefs-d'œuvre africains, remarqua-
bles par le style et l'inspiration ont été attribués soit à d'énigmatiques Cartha-
ginois, soit à d'hypothétiques initiateurs blancs venus d'on ne sait où.
Pourtant, ce ne fut point manque de preuves et de documents attestant le
caractère tout africain de ces œuvres. Hélas, le préjugé racial si tenace de
l'homme blanc l'empêchait alors de reconnaître du génie à l'homme noir. Or,
toute recherche historique suppose un minimum d'objectivité... et aussi de sym-
pathie. Ce minimum a souvent fait défaut aux colonisateurs.
Ces derniers, pour gouverner, avaient besoin de connaître l'homme africain
et son milieu ; l'exploitation exigeait un minimum de connaissance des êtres et
des choses, ce qui explique l'abondance d'études monographiques sur les peu-
ples, les tribus, les villages africains. Cet effort conduisit naturellement les
administrateurs vers la recherche historique. Ainsi de 1900 (fin de la conquête
coloniale) à 1939 (début de la Seconde Guerre mondiale) naît une véritable
école historique coloniale dont l'organe fut le Bulletin du Comité d'Etudes
Scientifiques et Historiques de l'A.O.F. Une riche et abondante documentation
fut réunie, des problèmes historiques importants furent soulevés souvent de
façon polémique dans le bulletin. Et d'année en année, la bibliographie historique
s'enrichit.
Nous devons une dette de reconnaissance à ces pionniers et dans cette
galerie coloniale il nous plaît de citer entre autres le gouverneur Maurice Dela-
fosse qui, à la suite de nombreuses recherches, tenta une première synthèse
dans son Haut-Sénégal-Niger (1912). Sa tentative eut le grand mérite de donner
une vue générale sur les royaumes et empires qui se sont développés du IV au
XVI siècle dans les pays sénégalo-nigériens. Maurice Delafosse donna une vigou-
reuse impulsion à la recherche historique en lançant plus d'un administrateur
sur le terrain ; il contribua avec plusieurs à éclairer l'épineux problème de
l'emplacement des capitales du Ghana et du Mali. L'œuvre de l'administrateur
Charles Monteil ne fut pas moins importante, sa grande connaissance des tra-
ditions soudanaises nous vaut des œuvres remarquables, telle son étude sur
Djenné, métropole soudanaise, des articles sur le Manding et sur bien d'autres
questions.
Citons également Bonnel de Mézières, l'heureux découvreur du site de
Koumbi, ancienne capitale du Ghana ; Houdas et Gaden, traducteurs des
Tarikhs ; Gaillard et Vidal qui explorèrent les premiers le site de Niani,
ancienne capitale du Mali ; Tauxier, spécialiste des peuples de la Boucle du
Niger, et bien d'autres.
Cependant il s'en fallut de peu que l'œuvre de ces pionniers, bientôt
érigée en « fétiche », ne bloquât la recherche historique.
Mais dans les années 50 de notre siècle, les remous politiques qui secouèrent
l'Afrique redonnèrent de l'intérêt à la science historique. L'entrée en scène de
l'archéologie, le droit de cité reconnu à la tradition orale comme source de
l'histoire africaine préludèrent à un nouveau départ. Le Tableau géographique
de l'Ouest africain au Moyen Age, de R. Mauny, ouvrit de nouvelles pers-
pectives en présentant une synthèse qui tenta de recenser toutes les sources
existantes.
Et surtout, L'Afrique Noire : Géographie — Civilisation — Histoire (1958),
de Jean Suret-Canale, nous a appris à mieux aborder le passé de l'Afrique et à
situer les vrais responsables du retard de l'Afrique. Dès 1956, Nations nègres et
Cultures, de Cheikh Anta Diop, avait donné toute sa dimension historique à
la civilisation du monde noir. Par là, le savant sénégalais réhabilitait le passé
et insufflait de l'audace aux jeunes chercheurs.
Enfin l'accession des pays africains à l'Indépendance, de 1957 à 1960,
et leur irruption sur la scène politique mondiale préluda à ce qu'Alioune Diop
appela, à juste titre, le « Printemps historique africain ».
L'inventaire des sources se poursuit ; l'Unesco apporte d'année en année
Village soudanais type de la zone sahélienne. Toutes les c o n t r i t i o n s sont en banco (argile mêlée de sable
et de gravillons). Au fond, à gauche, les hauts contreforts d'une mosquée ; au premier plan, un troupeau de
zébus. Les habitations sont dominées par les hautes silhouettes des rôniers.
L'Empire du Ghana au XI siècle : A ►
l'ouest de Tékrour, au sud le Bouré, pro-
vince aurifère du Manding, échappaient
déjà au contrôle des maîtres de l'or, ou
Kaya Maghan.

L'Empire du Mali en 1325 : A son apo-


gée en 1325, lors du pèlerinage de Mansa
Moussa, le Mali englobait tout le Soudan
occidental et ses empereurs contrôlaient
une grande partie du Sahara. Dès cette
époque, les Noirs s'étaient assuré la maî-
trise des mines de sel de Teghazza, des
mines de cuivre de Tademekka. Le droit
régalien sur l'or assurait à l'empereur des
revenus considérables, ainsi que le droit
sur le cuivre.
On voit ici les phases successives de l'ex-
tension du Mali.

Situation politique du Soudan aux XV et XVI siècles : A la fin du XV siècle, l'Empire de Gao
était le plus puissant ensemble du Soudan. Il atteignit s o n a p o g é e en 1570, sous le règne
d'Askia Daoud.
Le Mali s'est replié vers l'ouest et, dès le milieu du XV siècle, ses empereurs entrèrent en rela-
tion avec les Portugais, sur les côtes de Gambie.
Fac-similé d'une page du Tarikh es-Soudan, chro-
nique générale du Soudan écrite au début du XVII siè-
cle par Abderrahman Sa'di. L'auteur, mêlé à la vie
politique après la conquête marocaine, donne les plus
précieux renseignements sur les derniers Askia et
sur le gouvernement des pachas marocains. Sa'di est
né le 28 mai 1596 ; il termina son Tarikh en 1655,
peu de temps avant sa mort.

Fac-similé d'une page du Tarikh el-Fettach, œuvre


de trois générations de lettrés. Mahmoud Kati, le
premier auteur, était contemporain d'Askia Moham-
med qu'il accompagna à La Mecque en 1497 ; son
fils et ses petits-neveux reprirent ses manuscrits.
Le Tarikh el-Fettach ne fut achevé qu'en 1556, pres-
que à la même date que le Tarikh es-Soudan. Il
s'appuie aussi essentiellement sur les traditions orales
et quelques écrits arabes des prédécesseurs ou des
contemporains de l'historien.
une aide accrue à la recherche, multiplie colloques et conférences. La noble
organisation internationale préside actuellement la rédaction d'une Histoire
Générale de l'Afrique en huit tomes. Ce monument de notre temps sera une
œuvre africaine et internationale et témoignera de l'universalisme qui carac-
térise notre siècle.
Aujourd'hui, ce sont les Africains eux-mêmes qui écrivent leur histoire
et qui la font. Chaque Etat a son centre de recherches ; partout des chantiers
archéologiques sont ouverts, Koumbi, Aoudaghost surgissent des sables, Niani
se dégage de l'amas de banco ; au Tchad, au Nigéria, les brillantes civilisa-
tions du passé livrent des œuvres d'art qui rehaussent l'éclat des musées afri-
cains. L'Afrique n'est plus « terra incognita ».
Pour en revenir aux grands empires soudanais, on admet généralement,
sur la foi des traditions et des écrits, qu'ils se sont développés entre le IV et le
XVI siècle après J.-C. Grosso modo, ces dates délimitent la période appelée
en Europe Moyen-Age. Cette période correspond au grand développement de la
civilisation musulmane. C'est précisément grâce aux voyageurs et géographes
arabes que le Soudan occidental a fait son entrée dans l'histoire « écrite », en
attendant qu'aux xve et XVI siècles des Soudanais, utilisant la langue et l'écri-
ture arabes, couchent par écrit les traditions orales de leurs ancêtres.
Période à tous égards intéressante : on voit le Soudan évoluer pour son
propre compte et prendre chez l'étranger ce qui s'adapte le mieux à son milieu
et à sa mentalité. Partie intégrante du monde musulman, le Soudan déve-
loppa des institutions et des structures sociales originales.
Du XI au XVI siècle, on vit passer au Caire plus d'un sultan noir et son
cortège se rendant en pélerinage à La Mecque. Négociants et lettrés soudanais
étaient nombreux dans les villes maghrébines car entre le Soudan et le Nord
s'étaient établis de solides liens économiques et culturels. Aussi bien, ceux
du Maghreb venaient nombreux suivre les cours de Soudanais célèbres à
Tombouctou ou à Gao. A la mort d'un souverain malien ou songhoy, les sul-
tans maghrébins décrétaient le deuil à la cour. Echanges de cadeaux et de cor-
respondances étaient alors pratiques courantes entre rois du Soudan et sou-
verains du Maghreb. Il y avait là les promesses d'une évolution heureuse. Mais
les rapports s'altérèrent rapidement à partir du XV siècle. La prospérité du
Soudan aiguisa la convoitise des Maghrébins et des Européens, surtout des
Portugais. Ces derniers, tout au long du XV siècle, s'attachèrent à reconnaître
les côtes africaines en même temps que leurs représentants de commerce ten-
taient de percer le mystère de l'or soudanais dans les marchés sud-maghrébins.
Les Marocains, eux, convoitèrent d'abord les riches salines sahariennes
contrôlées par les Soudanais avant de lancer une armée de conquête sur Tom-
bouctou à la fin du XVI siècle.
Cette double invasion par la mer et par le Sahara fut fatale au Soudan.
Portugais et Marocains détenaient l'arme absolue de l'époque, l'arme à feu.
On connaît la suite. C'est l'instauration de la traite des Noirs sur les côtes
africaines, l'éclatement des grands ensembles soudanais, avec pour corollaire
l'apparition d'un « féodalisme esclavagiste » sous la forme d'une multitude de
principautés, de royaumes, de villages-états vivant dans un état de guerre
permanent. Quatre siècles de « barbarie » avant le drame sanglant des conquêtes
coloniales !
Avec le retour à la souveraineté on comprend l'engouement des Africains
pour la lointaine période pré-coloniale, époque « heureuse » où les Africains
étaient les vrais acteurs de leur histoire.
L'histoire africaine est à la mode ; l' « africanisme » ou connaissance de
l'Afrique, s'est taillé une place de choix dans les sciences sociales et tout ins-
titut culturel qui se respecte abrite dans son sein un département d'études
africanistes. Les raisons de cet engouement sont multiples.
Depuis la cascade des « Indépendances », entre 1956 et 1960, le monde
noir est devenu un sujet d'études qui soulève beaucoup de passion. Les intel-
lectuels et les hommes d'Etat du continent découvrent dans le passé les vertus
topiques qui sous-tendent toute grande entreprise humaine. Dans tous les cas
le poids du passé est là, il pèse et impose de considérer des paramètres qui
naguère n'entraient pas dans le champ d'analyse de ceux qui s'étaient donnés
pour mission de conduire l'Afrique vers les boulevards illuminés de la « Civi-
lisation ». Les noms de vieux empires et royaumes reviennent à l'actualité ;
l'ancien « Soudan français » devient République du Mali ; la « Côte de l'Or »
se couvre du manteau d'or de l'antique Ghana, le « pays de l'or » des Arabes
du Moyen Age. Les noms de rois, jadis connus des seuls spécialistes, historiens
ou griots, volent aujourd'hui sur toutes les lèvres : c'est Kaya Maghan, roi
mystérieux ; Soundjata, le fondateur du Mali ; Mansa Moussa, le grand pèle-
rin ; Sonni Ali, le conquérant ; Askia Mohamed, le roi-calife. Nos grandes écoles,
nos casernes et nos boulevards portent aujourd'hui les noms de ces géants de
notre histoire. Nous ne parlons que de l'époque pré-européenne.
Manifestement, l'histoire devient source d'inspiration aussi bien pour
l'homme d'action que pour le penseur. Souvent, le premier cherche et croit trou-
ver dans l'histoire la justification du pouvoir discrétionnaire qu'il exerce. Il y
découvre la sagesse d'une Afrique « authentique » dont il se veut la seule
expression « autorisée ». Son pouvoir prolongerait le pouvoir « sacro-saint »
des Anciens !
Certains intellectuels (aussi bien noirs que blancs) plus préoccupés d'idées,
découvrent dans le passé une philosophie et un art de vivre seuls capables de
sauver l'homme face aux monstres de la technologie. Mais nous connaissons mal
ce passé dont l'attrait sur nous est fascinant ! Il faut le dire, nous restons encore
bien souvent sur des ouvrages généraux et sur des synthèses qui datent déjà,
et les hommes de culture n'ont pas encore établi entre les lecteurs et les textes
anciens ce dialogue fructueux qui permet de se familiariser avec les écrivains et
les hommes d'une époque, surtout lorsqu'il s'agit de l'époque précoloniale.
Mahmoud Kati, Ahmed Baba, Abderrahman Sa'di sont des noms connus des
seuls spécialistes ; les traditions historiques des villages deviennent matière
d'érudition et le grand public en ignore la saveur toute africaine.
Mais pour comprendre les hommes d'autrefois, pour communier avec eux,
il faut les appréhender dans la banalité quotidienne de tous les jours. Sinon ils
deviennent des archétypes figés dans la brume du passé. Cependant, pour les
villageois « authentiques », il n'y a pas eu rupture avec le passé. Pour eux le
passé reste vivant. Grâce aux traditions dont la vitalité n'est plus à démontrer,
l'« authentique » n'est pas sujet de recherche pour l'homme des campagnes ;
Africanité ou Authenticité ne sont pas matière à élucubrations. Le fil ténu de
l'histoire aboutit jusqu'à lui, il n'est point perdu dans un dédale.

Voici une anecdote significative : j'étais dans un village, après palabre, nous
écoutions la radio à l'ombre du grand arbre.
Un villageois :
— Tiens, un chant d'initiation à la radio... ! On dit des contes à la radio ! Ils
n'ont décidément rien à faire, ces hommes de la ville.
Moi :
— Et comment ça ? Pourquoi dis-tu qu'ils n'ont rien à faire ?
Le villageois :
— Ils peuvent attendre la nuit pour dire les contes et puis... on ne chante
pas les chants de circoncision à propos de tout et de rien.

« Authentique », sans coûter de larmes à personne, ce grand Africain


qui s'ignore tourna le bouton et m'engagea à n'écouter les contes que la nuit, le
jour étant réservé aux choses « sérieuses ».

L'exploitation que nous faisons ici des textes et des traditions est donc
destinée aux citoyens des villes, pour les familiariser avec des sources si souvent
citées mais peu connues du commun de ceux qui lisent.
Nous sommes conscient de nombreuses lacunes imputables, en partie, à
l'insuffisance de la documentation ; la science historique en est à ses premiers
pas ; mais grâce aux recherches, l'horizon historique s'élargit, des formes se
précisent, des portraits surgissent. L'effort quotidien des chercheurs, ainsi, rend
vie au passé : nous avons voulu situer notre tentative dans ce cadre ; en attirant
l'attention du lecteur sur certaines sources fondamentales qu'il serait souhai-
table de rendre accessibles à tous.
Prof. Djibril Tamsir NIANE
Dakar
I

Le cadre géographique

Le Soudan, qui désignait sous la plume des Arabes le « pays des Noirs » —
Bilad es Soudan — s'étendait au sud du Sahara depuis la mer Rouge jusqu'à
l'océan Atlantique. Les Arabes ont, dans une large mesure, fait connaître
l'Afrique Noire médiévale. Cependant ils avaient une idée très vague de la
configuration générale du pays. Longtemps les connaissances géographiques sont
restées au point où les avaient laissées les anciens. C'est bien plus tard, au
XI siècle de notre ère, que les géographes et les voyageurs arabes, siècle
après siècle, viendront combler les lacunes de la carte d'Afrique et mettre
des noms sur certaines parties laissées jusque-là en blanc.
Dans la littérature historico-géographique laissée par les auteurs musul-
mans, le Soudan occidental apparaît avant tout comme un « Eldorado » mer-
veilleux où l'on fait rapidement fortune. Cette littérature, destinée essentiel-
lement au public mondain des cours califales, sacrifie beaucoup à l'exotisme,
quand l'ignorance de l'auteur ne se masque pas derrière des contes fabuleux.
L'exagération est à son comble lorsque les auteurs parlent des peuples non
islamisés. Emerveiller le lecteur ou l'auditoire entre pour une large part dans le
dessein des vulgarisateurs arabes : le beau récit a toujours séduit le Bédouin.
Toutefois, nous ne devons point oublier qu'à côté des nombreuses affabu-
lations, il y a des pages du plus grand sérieux. Le souci de vérité, l'objectivité
qui caractérisent l'historien authentique ou tout simplement l'informateur vala-
ble, auréolent plus d'un nom. C'est d'abord Al Bekri, compilateur andalou, qui,
sans être sorti de son pays, nous a laissé une œuvre de premier choix sur le
Soudan occidental du XI siècle ; c'est Idrisi, grand géographe, qui a fait le point
des connaissances géographiques de son temps au XII siècle ; c'est surtout Ibn
Khaldoun, l'un des pères de la sociologie, dont les pages consacrées au Soudan
ont permis non seulement d'établir la liste dynastique des souverains maliens
du XIV siècle, mais aussi de nous faire une juste idée de l'organisation étatique
et des structures politiques soudanaises de son temps. Ibn Batouta, l'infatigable
voyageur, au bout d'un séjour de huit mois à Niani, nous a laissé le plus sai-
sissant tableau de la cour malienne ; tableau complété par Al Omari, un secré-
taire des sultans mameluks du Caire qui a puisé à bonne source auprès des
gens qui ont approché les pèlerins soudanais lors de leurs passages dans la
capitale égyptienne.
Nous ne citerons pour le moment que ces noms illustres pour montrer
combien l'histoire africaine est redevable aux auteurs arabes.
Mais le Soudan des Arabes, c'est avant tout le pays de l'or, et l'on ima-
gine facilement, dans un cadre de contes des Mille et Une Nuits, un auditoire
écoutant le voyageur qui a fait les pistes sahariennes, raconter comment se fait
« la récolte de l'or » qui naît en plantation dans le sable « comme des
carottes ». L'auditoire reste bouche bée devant la description du peuple « aux
dents pointues » mangeur d'hommes.
Autant de visions insolites, de fausses images et d'exagérations qui font
sourire aujourd'hui l'homme averti. Jusqu'à une date relativement récente,
l'Afrique, et singulièrement le Soudan, a peu changé, aussi bien dans son
paysage que dans ses hommes.
Pas plus exempt de défauts qu'aucun homme, le Soudanais a pourtant ses
qualités et son genre propre qui n'ont pas manqué de séduire nombre de
voyageurs, tant arabes qu'européens. Sa vie quotidienne, certes, a été semée de
difficultés, mais ses facultés d'adaptation et de création lui ont permis d'élaborer
une civilisation originale qui mérite d'être connue dans le détail.
Toutefois avant de considérer les hommes, et afin de mieux saisir la
richesse de leur culture, il convient de les situer dans le cadre tracé par l'aspect
concret du pays, des fleuves, des accidents du sol.

I. LE SAHEL

Au sortir du Sahara, le voyageur venant du Maghreb ou d'Egypte pénètre


dans le Sahel qui constitue la transition entre le Sahara et le Soudan
humide.
On passe insensiblement du Sahara au Sahel, le volume des précipitations
se modifie et la végétation apparaît, çà et là, sous la forme de touffes d'herbes
et d'épineux qui brisent la monotonie du décor saharien. On entre progressi-
vement dans le domaine des grands nomades chameliers, qui vont de pâturage en
pâturage, à la recherche d'herbes et de points d'eau. A partir du parallèle de
Nouakchott, l'âpre Sahara change d'aspect ; plus au sud, apparaissent quelques
mares, points d'eau que visitent lions et girafes. Bien que le sable soit encore
partout présent, l'agriculture devient déjà possible, et au bord de l'Atlantique
l'influence océanique fait du pays des Berbères Sanadja une zone privilégiée.
Plus à l'est, l'Aïr et ses abords forment un autre compartiment privilégié
grâce à la présence des montagnes du Tassili N'Ajjer et du Hoggar ; les 200 à
300 millimètres d'eau qui tombent par an donnent des pâturages assez fournis.
Nous sommes ici dans le domaine des Touaregs, farouches chameliers voilés,
à l'esprit indépendant, et qui souffrent difficilement une autorité étatique.
Au sud du désert libyen, l'ensemble du Tibesti forme un troisième com-
partiment relativement clément. Une population négroïde — les Toubous — a
pu se conserver là, à l'abri des incursions des nomades.
Toute cette bande nord-sahélienne, bien que ne faisant pas partie du Sou-
dan classique, demeure très importante pour l'histoire du Soudan. En effet,
de là sont partis les razzias berbères et touaregs, qui ont porté de rudes coups
aux empires et royaumes du Soudan, où les populations étaient essentiellement
agricoles. Fuyant, insaisissable, le nomade constitue pour le Soudan une sorte
d'épée de Damoclès. Que vienne à faiblir la « force de frappe » des rois du
Soudan, une vague déferle sur les vallées du Sénégal et du Niger, et réduit à
néant l'œuvre de plusieurs générations de rois et de paisibles agriculteurs.
Plus au sud encore, les précipitations se font plus abondantes et quand
elles atteignent ou dépassent 300 millimètres d'eau, de nouvelles espèces végé-
tales apparaissent. Au cram-cram sahélien s'ajoutent le baobab glabre, les aca-
cias, les palmiers et les roniers. L'agriculture cesse bientôt d'être une activité
secondaire, le tapis végétal devient moins discontinu, et la saison des pluies
s'individualise. La pluie tombe de juillet à septembre, en tornades violentes.
C'est dans cette bande méridionale du Sahel que se situent les vallées du
Sénégal et du Niger. L'agriculture y prospère grâce aux inondations. Toutefois,
l'élevage domine encore assez nettement. Nous sommes à la charnière entre le
monde nomade et le monde sédentaire. L'absence de la mouche tsé-tsé fait
de cette bande la terre rêvée de l'éleveur. Cette bordure — tel est le sens du
mot « sahel » — a été le centre de gravitation des grands marchés soudanais du
Ghana, du Songhoy et des Etats haoussa. Le Mali ne fut grand que du jour où
ses souverains dominèrent cette zone. Là se sont développés les grands centres
commerciaux, qui ont fait la gloire et la prospérité de nos empires médiévaux.
Ce sont Koumbi-Ghana, Oualata, Tombouctou et Gao.
Toutes ces villes ont été des points d'aboutissement des pistes caravanières
qui, venant du Maghreb ou d'Egypte, de direction nord-sud, nord-est et sud-
ouest, traversaient les trois compartiments sahéliens déjà notés.
La première piste, la plus ancienne en date et la plus occidentale, abou-
tissait à Koumbi-Ghana. Elle partait de Sidjilmassa dans le Sud marocain, pas-
sait par Aoudaghost et l'Adrar. Au XIII siècle, elle se prolonge de Koumbi-
Ghana à Tombouctou sur le Niger.
La seconde piste traversait le second compartiment, domaine des Touaregs.
Elle allait du Touat au Niger.
La troisième, plus à l'est, prenant le continent de biais, partait de Tripoli
ou d'Egypte, passait par le Fezzan, le Tchad, et atteignait le Niger à Gao.
Le Sahel, pays ouvert, aux communications aisées, ne présente aucun acci-
dent important de terrain. Cependant, les zones de parcours sont bien délimitées.
Chaque groupe de nomades surveille jalousement son domaine.
Il n'y a pas de route, mais l'itinéraire n'en est pas moins précis, car depuis
des millénaires, les caravanes empruntent ces pistes qui vont du Sud maghrébin
ou de l'Egypte jusqu'aux rives du Sénégal et du Niger.
On voit tout de suite pour les hommes les conséquences d'une telle dis-
position naturelle. Le domaine qu'ils choisissent pour se fixer manque de
contour précis ; les royaumes, les Etats soudanais seront constamment sous la
menace de nomades. Ainsi, l'absence de bonnes frontières expliquerait-elle en
partie la fragilité des Etats qu'aucune barrière naturelle ne protège des nomades.
Ce pays ouvert bénéficiera de tous les apports étrangers et entrera de bonne
heure dans le concert du monde musulman médiéval. L'instabilité et la mobilité
s'imposeront aux hommes, et une coexistence, qui ne sera pas toujours paci-
fique, s'élaborera cependant entre le nomade dépourvu et le paysan au grenier
jamais vide. On comprend aussi que les voyages soient favorisés, avec pour
corollaires le développement du négoce et des contacts de civilisation ; les villes
seront les points de rencontre de ceux qui vont à pied, à cheval, à dos d'âne,
à dos de chameau ou en pirogue.
Vienne la belle saison, voici l'homme du Sahel ou de la Savane qui prend
son bâton de pèlerin et court de marché en marché pour échanger ses produits
ou simplement pour occuper ses mois de loisirs et connaître du pays.
II. LE SOUDAN PROPREMENT DIT

La boucle du Sénégal et celle du Niger étaient les limites méridionales rare-


ment dépassées par les chameliers arabes et les Berbères dont les caravanes
rompaient charge dans les villes sahélo-soudanaises comme Oualata, Gao et
Tombouctou.
Au sud, le paysage change franchement, car les précipitations montent
rapidement à 1 000 millimètres et plus. La végétation se présente sous la forme
d'une immense savane herbeuse, roniers et baobabs se multiplient. Le karité,
arbre à beurre, le kapokier, le néré si caractéristique de la savane africaine
apparaissent. L'herbe est dominée par la haute taille des caïlcédrats et des
fromagers. Les nombreux affluents du Sénégal et du Niger se signalent au loin
par la ligne sombre des galeries forestières qui les bordent, derniers vestiges
de l'antique forêt tropicale que la hache du paysan a fait disparaître.
Sur la Côte, à partir de l'embouchure de la Gambie, la mangrove apparaît.
L'agriculture règne en maître dans le Soudan où elle est riche et diversifiée.
Si l'influence du Sahel se fait encore sentir dans l'Entre-Deux-Fleuves Sénégal-
Niger, c'est pour vite disparaître à partir de Bafoulabé.
Alors commence « le vrai Soudan, l'Afrique du juste milieu, une Afrique
modérée et humaine ». L'eau est abondante, mais la présence de la mouche
tsé-tsé et des moustiques fait de la maladie du sommeil et du paludisme des
fléaux contre lesquels le Soudanais est resté impuissant.

1. LA PLAINE

Le Soudan est avant tout un pays de plaines, de plateaux et de collines


de faible hauteur ; la vue porte au loin et les communications sont aisées. Les
agriculteurs noirs ont créé dans ce domaine des royaumes et des empires
bien structurés. Ces derniers tirent leur puissance de l'agriculture, de la pêche,
de la chasse et accessoirement de l'élevage. Au sud de Bamako, la savane
devient plus boisée, le Mali, empire méridional, était directement en contact
avec la Forêt, inconnue des Arabes. Le premier, cet empire réalisa la liaison
entre le Sahel et la Forêt.

1 — L'Afrique Occidentale Française, Robert Delavignette, Société des Editions Mari-


times et Coloniales, Paris, 1931.
L'immense plaine qui va du Sénégal au Tchad a vu cependant s'indivi-
dualiser plusieurs régions. Ces régions ont joué un rôle non négligeable dans
l'histoire et la formation du Soudan. Elles ont constitué de véritables creusets
où se sont fondus des populations anciennes et des nouveaux venus. De véri-
tables îlots se sont constitués où des mœurs et des coutumes se sont conservées,
comme en dehors du temps.
Ainsi la monotonie apparente de la plaine et du paysage soudanais cache
une intense vie régionale qui s'est développée et perpétuée jusqu'à nos jours
dans les noms des anciennes provinces ou cantons créés par les empires et
conservés par la colonisation européenne. Ce sont : le Galam, le Bambouk, le
Fouta-Djallon, le Macina, le Kasso, le Bouré, le Baghena, le Manding, etc.
La facilité des communications n'a pas permis le durcissement de ces par-
ticularismes, et l'on sait que depuis l'époque des empires médiévaux, plusieurs
royaumes ont connu momentanément, en même temps qu'une grande fortune,
une grande extension, regroupant pour un temps des peuples et des régions
bien précises.
Les inconvénients d'un tel particularisme ont donc été limités par l'histoire ;
ce qui nous explique que même le colonisateur blanc a cru nécessaire de pro-
céder à de grands découpages administratifs et politiques en établissant sa domi-
nation sur l'Ouest africain. Il ne faut point chercher ailleurs les fondements
de l'unité africaine, réclamée aujourd'hui par les hommes politiques africains ;
cette unité se trouve d'abord dans la géographie physique et humaine, ensuite
dans l'histoire de cette partie du continent.
La montagne n'apparaît au Soudan que sous forme de pitons interrompant
la monotonie des plateaux ; le Soudan occidental est encadré par les fleuves
Sénégal et Niger et leurs affluents qui sortent pour la plupart des contreforts du
Fouta-Djallon et de la dorsale guinéenne.
Cette dernière montagne participe déjà de l'ensemble forestier et forme
ainsi du côté de l'Ouest la limite entre le pays ouvert du Soudan et la forêt.
Le Haut-Sénégal-Niger apparaît davantage comme une grande plaine mou-
tonnante qui s'élève doucement depuis Kita jusqu'à la dorsale méridionale avec
quelques sommets ou dykes rocheux, tels le Kita-Kourou, Niagassola-Kourou
qui ne dépassent guère 700 mètres. Entre Kouroussa et Kankan, quelques colli-
nes interrompent la monotonie du plateau du Manding. Ce modelé très mono-
tone est entaillé par le réseau des affluents du Niger : Milo, Sankarani, Niandan
et Tinkisso.
Le Fouta-Djallon seul peut être qualifié de région montagneuse bien que
l'altitude ne dépasse guère les 1 500 mètres (mont de Mali en Guinée). Il ne
constitue pas toutefois un obstacle infranchissable puisque la montagne est
largement ouverte vers le nord et le nord-est par le Sénégal, la Gambie, la
Falémé et le Bafing.
Il reste cependant que cette région par son climat et sa végétation tranche
nettement avec les pays ouverts du Nord ; les vastes plateaux herbeux et les
vallées toujours vertes ont fait du Fouta-Djallon un pays d'élevage. Mais avant
de devenir le pays des éleveurs, le Fouta doit aux agriculteurs sa physionomie
actuelle, les défrichements de ces derniers ont largement contribué à la dispa-
rition de la forêt, qui couvrait jadis pentes et sommets, et dont il ne subsiste
aujourd'hui que quelques vestiges.
Les rides montagneuses du Fouta-Djallon se succèdent du nord au sud
en une suite de soulèvements très découpés par les cours d'eau et séparés par
de vastes plateaux latéritiques. L'axe principal est constitué par la ligne Mamou,
Dalaba, Labé, Mali ; l'altitude monte de 800 à 1 400 mètres. Le Fouta-Djallon
est à la limite de la savane boisée.
La boucle du Niger s'appuie sur une série de plateaux et de falaises dont
celles de Bandiagara sont les plus caractéristiques ; les pics de Hombori et de
Douentza s'élèvent de 700 à 800 mètres.
Ces ensembles montagneux sont essentiellement schisteux comportant
quelques cheminées de dolérites ; le granit fait de larges apparitions, les pla-
teaux pour la plupart sont latéritiques. Les montagnes du Fouta-Djallon pré-
sentent des blocs de grès ruiniformes qui sont impressionnants vus des bas-fonds
et des plaines. On leur donnerait une altitude qu'ils n'ont pas.
Le plateau mandingue est latéritique et comporte aussi des apparitions de
grès à partir de Koulikoro.
Ces montagnes, quoique modestes, ont toujours constitué des refuges pour
les populations. Djallonkés et Dogons sont longtemps restés à l'abri des tumultes
de cavaleries qui sillonnaient les plaines du Sahel et du Soudan.
Mais en définitive, au Soudan, la montagne n'est pas un trait dominant
du paysage. L'Afrique occidentale, pays ouvert, n'a cependant jamais connu
les routes comparables à celles du monde méditerranéen d'Europe. Seulement
des pistes et des sentiers, chemins tortueux qui serpentent dans l'immensité
de la plaine et forment un réseau inextricable reliant hameaux, villages et villes.
Au nord, domine, sur les pistes, le chameau ; dans les latitudes tropicales le
cheval et l'âne prennent la relève.
Ici, le sol n'impose aucun particularisme, l'égoïsme est inconnu chez des
populations en constants déplacements, pour lesquelles, par conséquent, l'hos-
pitalité devient un trait dominant du caractère. La nature favorise les ententes
entre les sédentaires au déplacement saisonnier. Sans verser dans un détermi-
nisme qui veut tout expliquer par le milieu physique, il convient cependant de
ne pas minimiser le rôle joué par cette absence de relief.

2. LES FLEUVES

Le Sénégal et le Niger sont les deux fleuves soudanais par excellence. Ils
ont joué un rôle déterminant dans la vie et l'histoire du pays. Les géographes
arabes pendant tout le Moyen Age ont entretenu l'erreur qui consiste à confon-
dre les sources de ces deux fleuves. Ils ne les ont connus que dans les biefs
navigables où s'élevaient les villes marchandes.
Le Fouta-Djallon, pour l'Ouest africain, est le principal centre de dispersion
des eaux ; de ses pentes rapides, l'eau ruisselle presque dans toutes les directions
formant des cours d'eau qui se jettent dans l'Océan après à peine 300 ou
400 kilomètres de course. C'est du moins le cas pour les rivières qui se dirigent
vers l'ouest et le sud-ouest, et se terminent sur les côtes guinéennes ou sierra-
léonnaises après une course d'à peine 300 ou 400 kilomètres. Pour la plupart,
elles sont impropres à la navigation exceptés la Gambie et le Rio Grande.
Le Sénégal et le Niger par une fantaisie curieuse de la nature sortent du
Fouta assez près l'un de l'autre, et prennent des directions opposées, tournent
le dos momentanément à l'Océan comme pour visiter les contrées du centre,
qui sans eux seraient dépourvues de vie. Tous deux décrivent une boucle
marquée, ont un cours supérieur rapide, et se fraient un cours encaissé avant de
s'étaler paresseusement dans l'immense plaine soudanaise.
L'un, le Sénégal, rejoint la mer après 1 700 kilomètres de divagation, et
l'autre, le Niger, après 4 200 kilomètres de parcours. Le premier formé par le
Bafing et le Bakhoy (rivière noire et rivière blanche) traverse le Fouta du sud
au nord. A Bafoulabé (confluent des deux rivières), le fleuve devient imposant,
mais n'acquiert vraiment de l'importance qu'après avoir reçu les eaux de la
Falémé qui, elle aussi, sort du Fouta. Il se dirige vers le nord-ouest, dévale
les rapides de Félou et, après Kaedi, s'oriente franchement vers l'ouest pour se
jeter dans l'Atlantique.
La rive droite est aride, brûlée par le soleil, sans végétation, les cultures
et les pâturages ayant fait disparaître le maigre manteau végétal depuis long-
temps. La rive gauche au contraire est plus riante avec ses arbres et ses cultures
qui s'étagent dans une double vallée.
En fait le fleuve sépare deux mondes : le monde nomade désolé de la
rive droite, le monde des agriculteurs sédentaires de la rive gauche.
Vers son embouchure, le Sénégal s'égare dans les sables et forme un chape-
let enchevêtré de lacs : lac de Kayor, lac Téniaya. Il se jette dans l'Atlantique
en se frayant difficilement un passage dans les sables.
Quant au Niger, il est au Soudan ce qu'est le Nil pour l'Egypte. Il tra-
verse les plateaux herbeux du Manding, rejoint dans son cours par de nombreux
affluents dont le Niandan et le Tinkisso sur la rive gauche, le Milo, le Sankarani
sur la rive droite. A Kouroussa, il a déjà l'allure d'un fleuve. Après les rapides
de Sotuba qu'il franchit à Bamako, le Niger entre dans son cours moyen. C'est
alors une puissante masse d'eau qui s'étale dans l'immensité de la plaine
soudanaise.
Après Ségou, commence le delta intérieur. Un lacis inextricable de bras
et canaux relient le Niger à son dernier affluent de droite, le Bani venu
d'Odienné. Le Pondori, ou plaine basse, commence à partir de Djenné, pays
plat d'où la pierre est absente.
Cette plaine qui s'étend à perte de vue est à la fois domaine de la rizi-
culture et des herbages, car après les récoltes, le paysan cède le terrain au
pasteur. Le delta intérieur constitue le grenier à riz du Soudan en même temps
qu'il est l'un des centres les plus importants d'élevage.
Dès juin, avec les premières pluies, le Pondori prend l'apparence des verts
pâturages. Le riz est semé et l'inondation recouvre toute la plaine. Le sol se
détrempe après les récoltes et l'exode des troupeaux s'annonce.
La série des lacs se termine à Tombouctou. A la hauteur de cette ville, le
fleuve, gêné dans sa course par les sables, prend la direction ouest-est et, à Bou-
rem arrêté par des éperons rocheux, il achève de former sa boucle et s'en-
fonce vers le sud. La rive gauche reste toujours sous la menace des sables et
des vents desséchants, soufflant de l'est et du nord-est. Peu avant Gao, le Niger
s'étale à nouveau, isolant au milieu de ses eaux de verdoyantes îles. Les Sou-
danais se sont peu souciés du destin du fleuve au-delà du pays songhoy. Nous
laisserons aussi le grand fleuve courir vers son destin, non pas à la manière
des vieux Soudanais, mais parce qu'au-delà commence un autre monde qui
n'entre pas dans notre étude.
3. LE CLIMAT

Toute la zone sahélo-soudanaise jouit d'un climat chaud plus ou moins


humide selon la latitude. Essentiellement continental, l'influence océanique y est
pratiquement nulle. Les vents dominants soufflent du continent ; durant les
mois qui correspondent à l'hiver en Europe, souffle l'harmattan, vent sec et
froid qui fendille la peau et lui donne une couleur blanchâtre ou cendrée.
En cette saison dans les pays de la savane, les matins sont souvent bru-
meux et le long des cours d'eau, dès que tombe le soir, un brouillard paresseux
s'accroche aux forêts-galeries. Cet hiver tropical est fortement ressenti par des
populations qui pour le reste du temps vivent presque constamment dehors,
sommairement vêtues. C'est la saison où l'on s'enrhume (moura), c'est aussi
le début de l'abondance ou daboundé. Les premières récoltes d'ignames kou-bo
sont rentrées ; novembre et décembre voient les troupes joyeuses des moisson-
neurs prendre possession des plaines couvertes d'épis d'or. Ce sont les mois
de grands tam-tams.
Pour le nomade, la migration lente au rythme des pas alourdis du troupeau
s'opère alors vers les rives du Sénégal et du Niger. Les longs mois de voyage
commencent, et les rencontres dans les villes et villages qui reprennent de l'acti-
vité après les cultures.
Tout le monde devient commerçant, pour échanger qui ses grains contre
du tissu, qui quelques têtes de bétail contre du grain, du poisson ou du sel.
La chaleur culmine en mars-avril, c'est la canicule. Elle permet, à l'ombre
des cases, ou sous les arbres, une existence en plein air. On écoute les récits
interminables d'un étranger, ou bien on devise tranquillement en croquant de
la kola sans se soucier du temps qui passe. Le grenier est plein. Pour la jeunesse,
ce sont les beaux clairs de lune, les nuits limpides, les tam-tams enivrants. Réu-
nions de groupe d'âge, invitations se multiplient ; mais déjà aux premières
pluies, il faut décrocher la daba et descendre dans la plaine dès le début du
mois de mai.
C'est la fin de la « dolce vita », l'eau se fait rare, le troupeau du nomade
ne quitte guère les abords des mares et des fleuves. La campagne est brûlée par
un soleil implacable et tout semble dormir comme figé dans un immobilisme
général ; mais avec les premières pluies la vie reprend avec intensité.
On comprend dès lors le grand privilège des régions traversées par le
Sénégal, le Niger et leurs affluents où la culture reste possible presque toute
l'année. Le long de ces cours d'eau, les villages se succèdent en ordre serré,
juchés sur des talus jamais inondés. Même en mars-avril, la femme peut entre-
tenir un potager soit dans la plaine soit autour de sa case.
En juin, la chaleur est encore étouffante, mais les eaux commencent à
monter car les pluies débutent plus tôt dans le sud où les fleuves prennent leurs
sources. Les grandes crues d'hivernage s'étalent de juillet à octobre. En même
temps que les cultures la navigation reprend. La chaleur est tempérée par
les pluies qui deviennent de plus en plus fréquentes ; le paysage change, tout
est vert jusque dans le Sahel où le sol se pare d'un fin tapis de verdure parsemé
de fleurs éphémères.
La végétation est intimement liée au climat ; elle devient naturellement
plus riche et plus abondante à mesure qu'on s'enfonce vers le Sud en passant du
cram-cram sahélien à la savane herbeuse puis à la savane arborée. Le baobab
et le fromager, qui tiennent une place si importante dans les légendes et
contes soudanais, dominent de leur masse la savane, tandis que le néré, le linké,
le caïlcédrat et le karité donnent au loin à la campagne l'aspect de forêt.
Pour l'habitant, le Soudan finit où finit le karité ; cet arbre est caracté-
ristique de la savane soudanaise. Quand le voyageur soudanais, venant des
pays du sud, rentre chez lui, la vue du premier karité ou du premier néré lui
arrache infailliblement un cri de joie, « M'bara sé so », s'écrie le Malinké :
« Je suis au pays. »
La mer a joué un rôle insignifiant dans l'histoire du Soudan ; même les
peuples de la Côte sont restés relativement fermés aux choses de la mer. Le
Soudanais n'a pas été un marin. Tout se passe comme si le continent tout
entier tournait le dos à la mer. Bien sûr Ouolofs, Floups, Lébous et Nalous fai-
saient du cabotage sur les côtes, pratiquant la pêche ; mais la mer n'a jamais
suscité de vocation pour de lointaines aventures.
Cela s'explique en partie par la nature même des côtes, presque toujours
rectilignes et constamment assaillies par la barre. Cependant, quiconque a vu
les frêles embarcations des Lébous monter à l'assaut des montagnes d'eau soule-
vées par la mer, mesurera toute l'étendue de leur courage. La mer n'a pas été
ici un trait d'union comme ce fut le cas pour la Grèce. On demandait du poisson
à la mer et l'audace des piroguiers n'a eu d'égale que la nécessité impérieuse de
se procurer un complément de nourriture.
Certes, le goût de l'aventure n'a pas fait défaut. Nous n'en voulons pour
preuve que le récit de Mansa Moussa I sur la fin de son prédécesseur au trône.
En 1325 Mansa Moussa I le fastueux pèlerin, racontait aux courtisans du
Caire que Aboubakar II voulut savoir où finit l'Océan ; il apprêta une flottille
de 200 pirogues qui cinglèrent vers l'ouest avec mission de ne retourner qu'après
avoir « atteint l'extrémité de l'Océan », car cet empereur ne pouvait croire
qu'il fut « impossible de parvenir à l'extrémité de la mer environnante ». Un
seul navire revint : le capitaine dit que la flottille rencontra au milieu de
l'Océan « un fleuve au courant violent » qui engloutit tous les navires qui
osèrent l'affronter. « Mais le sultan ne voulut point le croire. Il équipa deux
mille vaisseaux, mille pour lui et les hommes qui l'accompagnaient, et mille pour
l'eau et les vivres [...], et partit avec ses compagnons sur l ' O c é a n » Il ne devait
plus revenir.
Ce récit, qu'on n'a pas manqué de qualifier de pure fable, montre cepen-
dant que les Soudanais ne sont pas restés complètement indifférents aux choses
de la mer. Ne prouve-t-il pas aussi que nos connaissances sur la navigation
ancienne de l'Afrique occidentale sont incomplètes sinon erronées pour autant
qu'on méprise de semblables récits chez d'autres auteurs arabes. Il serait trop
facile de croire que le Mansa a voulu simplement « étonner » des hôtes égyp-
tiens et se débarrasser de courtisans aux questions gênantes.
On n'ira pas jusqu'à enlever à Colomb le bénéfice de la première décou-
verte de l'Amérique (puisque c'est à cela qu'aurait abouti l'entreprise de Abou-
bakar II), il y a lieu cependant de se pencher sur la question de la navigation
ancienne de l'Afrique de l'Ouest.
Le cabotage, ainsi que l'attestent les navigateurs portugais, était intense
surtout dans les estuaires du Sénégal, de la Gambie et de la Casamance et les
vaisseaux pouvaient prendre jusqu'à 70 personnes.
Pour achever de tracer le cadre du Soudan ancien, il reste à dire que le
Soudanais lui-même considère son pays comme le plus beau et le plus accueil-
lant qui soit.
L'empreinte de l'homme y est profonde et ancienne en dépit des appa-
rences, la science archéologique nous le prouve de jour en jour. La conquête
et la mise en valeur du pays exigèrent des efforts longs et patients. Sous nos
yeux, les défrichements sur les montagnes et sur les plateaux continuent à
taire reculer la savane arborée sinon la forêt elle-même.
A la fin du premier millénaire avant J.-C., le Soudan occidental avait
déjà la physionomie que nous lui connaissons, à quelques détails près. La bor-
dure méridionale du Sahara, avec le reflux des populations, consécutif au dessè-
chement du désert, était alors peuplée ; l'avance des populations noires vers
le sud n'a pas cessé jusqu'à nos jours sous l'effet d'autres causes : appau-
vrissement des terres, menaces et incursions des nomades en quête d'eau et de
pâturages, guerres civiles. Les rives plantureuses du Sénégal et du Niger sont

2 — Masalik el absar fi mamalik el Amsar, Al Omari, Librairie Orientaliste Paul


Geuthner, Paris, 1927, p. 74-78.
toujours restées le domaine des agriculteurs dont le labeur acharné y fait pousser
blé, riz, mil, haricots et bien d'autres plantes alimentaires. La silhouette du
pasteur, le bras replié sur son bâton et poussant devant lui un troupeau efflan-
qué, reste encore associée au paysage sahélien. Le rude paysan penché sur la
terre dès l'aube, les sentiers sinueux allant de village en village ; la ville
grouillante les jours de marchés ; les marchands devisant près de leurs étals
sous des hangars de fortune, le marabout enturbané brandissant une férule
indulgente au-dessus de petits crânes noirs marmonnant des versets du Coran,
voilà le Soudan d'hier. Rien de tout cela n'a fondamentalement changé depuis
le temps des Kaya Maghan.
Pays immense s'ouvrant en éventail vers le nord depuis l'Atlantique jus-
qu'au Tchad, le Soudan occidental est large d'environ 3 000 kilomètres et s'étire
du nord au sud sur 2 000 kilomètres. Pays riche et varié en dépit d'une appa-
rente monotonie, véritable « Eldorado » où les cours d'eau charrient des pail-
lettes d'or, le Soudan doit à ce métal précieux d'avoir été durant le Moyen Age
le Pérou du Vieux Monde.
Quant à savoir dans quelle mesure les traits géographiques sommairement
évoqués ont pu influer sur le Noir du Soudan et déterminer son évolution his-
torique, bon nombre de savants ont disserté sur ce sujet. Les uns ont soutenu
que les Noirs sont le produit de cette terre immensément vaste qui décourage
l'action : les longs mois de sécheresse condamnent le paysan à l'oisiveté et
réduisent au minimum la capacité productrice de l'homme. Les autres ont sou-
tenu que l'homme noir était congénitalement voué à la médiocrité, qu'il redoute
l'effort et ne peut tout au plus que produire pour subsister. Il y a dans ce
deuxième point de vue une volonté délibérée d'expliquer, en se donnant bonne
conscience, la situation d'infériorité dans laquelle le Noir a été placé par le fait
d'une civilisation technicienne avancée.
Mais aujourd'hui, il est établi qu'il n'y a ni race supérieure ni race infé-
rieure ; il y a l'homme évoluant dans un cadre physique et créant les instruments
de son bonheur avec plus ou moins de succès selon les conditions qui lui sont
imposées par la nature. Il y a l'homme se frottant à l'homme et s'enrichissant au
contact de l'autre. Or le Soudan a été par excellence une zone de contacts cul-
turels du fait même de sa situation géographique à proximité de la zone sahé-
lienne où se sont opérées les grandes migrations de l'Afrique noire septem-
trionale.
Maintenant regardons vivre les Soudanais.
II

Aperçu historique

L'époque correspondant au Moyen Age en Europe fut pour l'Afrique occi-


dentale une période de grande stabilité politique, due au développement de
grands empires et d'une civilisation originale sous l'influence de l'Islam. Aujour-
d'hui cette période revêt facilement à nos yeux l'aspect d'un âge d'or, car on
chercherait en vain dans l'histoire du continent période aussi féconde, aussi
prospère. Les noms de Ghana, Mali, Gao, ne sont-ils pas à l'heure actuelle
synonymes de faste, de splendeur ? Que ce soit à Koumbi, la ville aux douze
mosquées, ou à Niani, partout voyageurs et commerçants arabes ont été éblouis
par le faste de la vie de cour. Le passage des pèlerins au Caire a fourni, aux
chroniqueurs des mameluks, matière à mille anecdotes dans lesquelles partout
l'accent est mis sur la richesse et la générosité des sultans noirs. La prospérité
des villes sénégalo-nigériennes a attiré au Soudan poètes, marchands et doc-
teurs musulmans venus du Maghreb et de l'Egypte. Avant la découverte de
l'Amérique et des Indes, c'est le Soudan qui joua le rôle d'Eldorado. Avant
« Cipango », le précieux métal a « mûri » dans les mines du Bouré et de Bitou.
Il ne s'agit pas là de pures légendes, mais de faits que le monde méditerranéen
a vécus du IX au XV siècle.
Jamais dans le Soudan occidental on n'a construit en si grand nombre des
palais, des mosquées et des maisons d'habitation. Jamais la science et la culture
n'ont été portées aussi haut. C'est grâce à une stabilité générale stimulée par
l'introduction de l'islam que tant d'oeuvres ont pu se réaliser. Du IX siècle
au xve siècle, plusieurs générations d'hommes ont poursuivi une œuvre dont les
fruits vont éclore au XVI siècle sous les Askia de Gao.
La paix et la stabilité politiques furent les conditions essentielles du
développement des connaissances et de la culture au Soudan. La durée des
royaumes et empires, la durée des souverains sur le trône furent remarqua-

Common questions

Alimenté par l’IA

During the 15th and 16th centuries, the interaction between the Maghreb and West African empires like Mali and Songhai was marked initially by mutual influence and cultural exchanges, such as shared learning and pilgrimage networks. However, the prosperity of West African empires attracted Maghrebi interest, leading to military interventions like the Moroccan invasion of Timbuktu. This shifted political dynamics, resulting in decreased sovereignty and the fragmentation of empires into smaller states, which were easier to exploit under colonial feudalism .

The geographical landscape of West Africa, characterized by plains, plateaus, and significant river systems like the Niger and Senegal, facilitated the development of trade routes, enhancing the wealth and influence of empires such as Mali and Songhai. These features enabled cultural exchanges and helped in sustaining large populations through agriculture and trade. However, the geographic openness also exposed the region to invasions and conquests by external forces like the Portuguese and Moroccans, whose interventions disrupted these civilizations .

Archaeological discoveries and revised historical accounts have elevated the understanding of West African civilizations, highlighting their advanced social structures, trade networks, and intellectual contributions long before colonial narratives depicted them as primitive. The systematic study of places like Koumbi Saleh and Timbuktu has revealed vibrant cultures and established West Africa as a significant historical player. This modern understanding challenges previously Eurocentric views and portrays these societies as inherently dynamic and interconnected on a global scale .

The historical narrative played a significant role in the rise of 'Africanism' post-independence by creating a renewed interest in pre-colonial African history and its cultural heritage. The decolonization process highlighted African achievements before colonial subjugation and spurred intellectual movements focused on exploring indigenous histories and cultural identities, contributing to a new sense of continental pride and identity .

The revitalization of historical sciences in Africa during the 1950s was influenced by political upheavals, which renewed interest in Africa's historical sciences. The introduction of archaeology and the validation of oral traditions as legitimate historical sources represented a significant shift. Furthermore, works like 'Le Tableau géographique de l'Ouest africain au Moyen Age' by R. Mauny and 'L'Afrique Noire : Géographie — Civilisation — Histoire' by Jean Suret-Canale provided new perspectives, and Cheikh Anta Diop's 'Nations nègres et Cultures' emphasized the historical dimension of African civilizations. The independence movements across Africa between 1957 and 1960 also played a crucial role, heralding what Alioune Diop termed the 'Printemps historique africain' .

The physical geography of Fouta-Djallon, characterized by its mountainous terrain and plateaus, provided a natural refuge that influenced social cohesion and isolation from external threats. Its fertile valleys supported agricultural activities, creating a stable economic base for communities. The geography fostered the development of a structured society, resilient to external pressures while maintaining distinct cultural practices .

The political ambitions of European (notably Portuguese) and Maghrebi powers from the late medieval period onwards critically disrupted indigenous political structures in the Sudan region. They sought control over the rich resources, such as gold and salt mines, leading to the militarization of conquests. The resultant fragmentation into small, feudal principalities weakened indigenous governance and made the region susceptible to further exploitation under colonial rule .

The shift in historiographic methods in African history during the 20th century was significantly influenced by international efforts like those by UNESCO. These efforts emphasized a more comprehensive historical record that integrated oral traditions, archeological findings, and rewritten narratives from African perspectives. Such efforts were aimed at creating an 'Histoire Générale de l'Afrique', which countered colonial narratives and recognized African contributions to global history, reflecting a broader, more inclusive understanding of the continent's past .

Oral traditions in West Africa significantly contributed to history writing as they were the basis for writing important historical works like the 'Tarikh el-Fettach' and 'Tarikh es-Soudan'. These chronicles relied on oral histories to document the political and cultural events, bridging the gap between oral and written traditions in historical scholarship .

The Niger and Senegal rivers were crucial to the cultural and economic life of Sudanese empires by facilitating trade, agriculture, and communication. These rivers enabled the transport of goods and people, supporting vibrant trade networks that connected local and international markets. They also irrigated agricultural lands, sustaining food production and population growth essential for empire stability .

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