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Ex Enterrement de Manon

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Objet d'étude n°2 : Le roman du XVIème siècle au XVIIIème siècle

Parcours 2 : « Personnages en marge, plaisirs du romanesque »

Manon Lescaut , Abbé Prévost, 1731


Explication linéaire n°4: L’enterrement de Manon

Introduction :
L’extrait se situe à la fin du roman et constitue le dénouement de l’histoire d’amour entre le chevalier des
Grieux et Manon Lescaut. Alors qu’ils ont été exilés dans les colonies françaises en Amériques DG pense avoir
blesser à mort le neveu du gouverneur de la Nouvelle Orléans, Synnelet, qui voulait épouser Manon de force. Après
le duel avec Synnelet, le neveu du gouverneur de la Nouvelle Orléans, Manon et Des Grieux n’ont pas d’autre choix
que de fuir, le jeune homme croyant d’avoir tué son adversaire. Ils partent donc à pied, avec seulement quelques
provisions et quelques « liqueurs », à travers un paysage désertique. Ils s’arrêtent dans une plaine, après plusieurs
heures de marche, Manon étant épuisée. La jeune femme meurt au lever du jour. Autant le narrateur évoque très
rapidement cette disparition, autant il s’étend sur les événements qui suivent, en détaillant la manière dont il a
enterré le corps de Manon.
Dans ce passage, DG ne peut, tout d’abord, se résoudre à se séparer de Manon, puis décide d’ensevelir son
corps pour le protéger des prédateurs. Le ton pathétique adopté par Des Grieux traduit l’intensité de sa douleur :
celui-ci aspire à une union, avec sa bien aimée, dans la mort. L’enterrement réalisé par le jeune homme est aussi
l’occasion d’idéaliser une dernière fois Manon et de sublimer leur histoire d’amour.
LECTURE EXPRESSIVE DU TEXTE
Problématique : Nous montrerons que le récit de l'enterrement de Manon est une scène émouvante qui
transmet une image idéalisée de Manon et sublime la passion des 2 jeunes gens.
• Premier mouvement de « Je demeurai... » à « que de mes mains » : Comment Des Grieux se décide-t-
il à enterrer Manon (et donc à se détacher d’elle)

• Deuxième mouvement de « J’ouvris une large fosse » à « avec impatience » : Comment Des Grieux
fait-il de l’enterrement de Manon un hommage à la passion qu’ils ont vécue ?

Texte Procédés d'écriture Interprétation


1er mouvement : Comment Des Grieux se décide-t-il à enterrer Manon (et donc à se détacher d’elle)
DG ne peut se résoudre à la séparation. Le caractère
pathétique de la scène est souligné par l’état de
prostration dans lequel se trouve Des Grieux qui ne
• verbe d’état « je peut se détacher du cadavre de Manon (tableau un
demeurai », placé en peu morbide).
Je demeurai plus de vingt- tête de phrase
quatre heures la bouche • Le verbe d’état « je demeurai », placé en tête de
attachée sur le visage et sur • CCT « plus de 24h » phrase traduit l'immobilité, l'attitude prostrée du
les mains de ma chère « au commencement du 2nd narrateur.
Manon. jour » • Tableau pathétique qui s’inscrit dans la durée,
• Lexique du corps (de comme le montre le CCT « plus de vingt-quatre
DG comme de heures » : le deuil abolit la perception habituelle
Manon) : du temps.
• « bouche », « visage », • le vocabulaire du corps (bouche, visage, mains)
« mains » transforme cette scène de deuil en scène
• participe passé d’un d’amour morbide.
verbe qui exprime le • L’emploi du terme « attaché » traduit
lien/l'union l’incapacité du narrateur à se détacher de la
« attachée » jeune femme.
• L’usage de l'adjectif possessif (ma chère
Manon) marque une volonté dérisoire de
s’approprier l'objet amoureux au-delà de la
• Vocabulaire de la mort.
Mon dessein était d’y volonté : « mon • Des Grieux, désespéré, comme un héros
mourir ; dessein » tragique, envisage la mort comme l'unique issue
• associé au champ à sa souffrance et exprime sa détermination et
lexical de la mort : son désir de mourir pour s'unir à tout jamais à
« mourir », « attendre Manon. Le terme « dessein » met en évidence la
la mort », « trépas », force du désir de mort qui anime le personnage.
« fosse » • Le champ lexical de la mort souligne le
caractère obsessionnel de ce désir + effets de
reprises du vocabulaire.
• registre soutenu de langue auquel appartient le
terme « trépas »: vocabulaire de la tragédie.

mais je fis réflexion, au • Conjonction qui • À ce désir de mort, s'oppose une nécessité
commencement du second exprime l'opposition supérieure : celle d’enterrer dignement Manon.
jour, que son corps serait « Mais » + vocabulaire La conj. « mais » souligne cette opposition.
exposé, après mon trépas , à de la raison « je fis • Le vocabulaire de la raison succède à celui du
devenir la pâture des bêtes réflexion », « je formai sentiment.
sauvages. Je formai la la résolution » • Le projet d’ensevelissement est un acte d’amour
résolution de l’enterrer, et (refus de la dégradation d’un corps qui
d’attendre la mort sur sa deviendrait pâture) : image violente du corps de
fosse. Manon menacé par les charognards.
• Acceptation de l'évidence cruelle de la mort (le
corps est devenu cadavre). Le terme « fosse »
souligne cette évidence cruelle.
• Métaphore du corps • En voulant offrir une sépulture à Manon, il veut
qui devient la « pâture sauvegarder de toute atteinte ce corps si
des bêtes sauvages » précieux. Il se présente lui-même dans un rôle
protecteur vis à vis de Manon même après la
mort.
Des Grieux souligne également la faiblesse physique
et morale qui est la sienne, ce qui rend ce passage
pathétique.
J’étais déjà si proche de ma
fin, par l’affaiblissement que • faiblesse physique : • Des Grieux souligne de manière hyperbolique
le jeûne et la douleur « si proche de ma fin », sa faiblesse physique « le jeûne » et morale « la
m’avaient causé, que j’eus « affaiblissement », douleur ».
besoin de quantité d’efforts « jeûne » • la proposition consécutive « que j’eus
pour me tenir debout. Je fus • sa faiblesse morale : besoin de quantité d’efforts pour me tenir debout » met
obligé de recourir aux « douleur » l’accent sur le caractère héroïque de son effort : porté
liqueurs fortes que j’avais • subordonnée par son amour pour Manon, il se dépasse lui-même et
apportées ; elles me rendirent circonstancielle de devient héroïque.
autant de force qu’il en fallait conséquence : « j’étais • le recours aux « liqueurs fortes » renforce cette
pour le triste office que si proche… que » dimension pathétique : elle rappelle le départ
j’allais exécuter. • hyperboles : « quantité des jeunes amants, avant la mort de Manon, et
d’efforts pour me tenir Des Grieux utilise une forme passive : « Je fus
debout », « autant de obligé d’y recourir », ces « liqueurs »
forces qu’il en fallait » apparaissant comme seules capables de lui
« rendre la force qu’il fallait » et suggérant une
• Connotation sorte d’état second pour le jeune homme.
religieuse : l’emploi du
terme « office » a • l’euphémisme qui évoque l’enterrement de
plusieurs sens : c’est le Manon, « le triste office que j’allais exécuter »,
devoir, la charge que annonce avec solennité ce moment, car le terme
l’on se donne. Mais « office » comporte une connotation religieuse.
dans la religion, c’est L’ensevelissement de Manon revêt le caractère
aussi le service divin d’une mission sacrée.
(messes, prières…)

Il ne m’était pas difficile • CCL « dans le lieu où • Le lieu apparaît aussi comme symbolique :
d’ouvrir la terre dans le lieu je me trouvais » + «désert », « campagne couverte de sable » le
où je me trouvais ; c’était une description du lieu cadre est un lieu de désolation et de dénuement.
campagne couverte de sable. « une campagne
Je rompis mon épée pour couverte de sable » • En brisant son épée, Des Grieux effectue un
m’en servir à creuser, mais • verbe « rompre » : geste très symbolique :il casse l’épée qui
j’en tirai moins de secours « je rompis mon épée pour symbolise son état de noblesse. Il sacrifie donc
que de mes mains. m’en servir à creuser » sa noblesse à Manon.
• l’usage des mains pour creuser implique, de la
part du personnage, ce même renoncement à la
noblesse et traduit sa nouvelle humilité.

2ème mouvement :Comment Des Grieux fait-il de l’enterrement de Manon un hommage à la passion
qu’ils ont vécue ?
J’ouvris une large fosse ; • Succession de verbes Des Grieux fait ensuite le récit de l’enterrement de
j’y plaçai l’idole de mon d’action au passé Manon. Il accomplit une succession d’actes auxquels
cœur, après avoir pris soin de simple présentés dans il donne une portée sacrée, comme dans un rituel
l’envelopper de tous mes leur ordre religieux.
habits pour empêcher le sable chronologique : « j’y • L’enterrement de Manon est évoqué par des
de la toucher. plaçais », je la mis », phrases courtes qui détaillent au passé simple
« je m’assis », « je la les actions de Des Grieux : six phrases se
Je ne la mis dans cet état considérai », succèdent, toutes initiées par le pronom
qu’après l’avoir embrassée « j’ensevelis » personnel « Je ». Les différentes étapes de
mille fois avec toute l’ardeur l’enterrement se succèdent dans une sorte de
du plus parfait amour. • verbes de soin : « avoir rituel. : « J’ouvris », « J’y plaçai », « je ne la
pris soin »/ mis dans cet état », « Je m’assis », « Je la
l'envelopper considérai ».
• De nombreux éléments explicitent la manière
extrêmement précautionneuse avec laquelle le
jeune homme traite Manon : d’abord l’adjectif
« large » qualifie la fosse où doit reposer le
corps, puis Des Grieux parle lui-même du
« soin de l’envelopper de tous mes habits pour
empêcher le sable de la toucher ».

En faisant le récit de cet ensevelissement, le


narrateur rend un ultime hommage à son amante :
on remarque le vocabulaire de l’éloge. Elle est
• Périphrase : « l’idole de comme divinisée.
mon cœur » • .Le terme « d’idole » renvoie à l’adoration
religieuse, tandis que « le cœur » s’inscrit dans
le domaine amoureux.
Je m’assis encore près d’elle ; • l’hyperbole « l’avoir embrassée mille fois »
je la considérai longtemps ; je • périphrase + superlatifs relève du champ lexical amoureux et sensuel,
ne pouvais me résoudre à « ce qu’elle avait porté de plus tandis que la précision « parfait amour »
fermer sa fosse. Enfin, mes parfait et de plus aimable « suggère la pureté et donc une notion plus
forces recommençant à religieuse et divine.
s’affaiblir, et craignant d’en • hyperboles et voc
manquer tout à fait avant la amoureux : • La séparation d’avec Manon est présentée
fin de mon entreprise, « embrassée mille fois comme douloureuse et redouble la dimension
j’ensevelis pour toujours dans avec toute l’ardeur du pathétique. Le rythme des phrases rappelle celui
le sein de la terre ce qu’elle plus parfait amour » de la poésie : deux phrases de 8 syllabes : Je
avait porté de plus parfait et m’assis encore près d’ell(e) ; je la considérai
de plus aimable. • périphrase à valeur longtemps et une phrase de 12 syllabes : Je ne
d'euphémisme « Je ne pouvais me résoudr(e) à fermer la foss(e). A
la mis dans cet état » noter aussi l’allitération en « f » qui va se
développer sur plusieurs phrases, sans doute
• adverbes de temps pour suggérer l’épuisement de Des Grieux.
« encore », • La temporalité insiste sur la durée, marquée par
Je me couchai ensuite sur la les adverbes « encore », « longtemps » et par
« longtemps »,
fosse, le visage tourné vers le l’utilisation de l’imparfait « je ne pouvais ».
« enfin », « pour
sable ; et, fermant les yeux • La détermination finale de Des Grieux se
toujours ».
avec le dessein de ne les développe à l’inverse dans une longue phrase
ouvrir jamais, j’invoquai le qui débute par l’adverbe « Enfin ».
secours du ciel, et j’attendis • Les deux précisions causales « mes forces
la mort avec impatience. recommençant à s’affaiblir », « craignant d’en
manquer tout à fait avant la fin de mon
• voc de la religion : entreprise » précédent la proposition principale
« j'invoquai », « J’ensevelis » dont la solennité est
« secours », « ciel » appuyée par l’expression « pour toujours » (ce qui de
fait n’est pas vrai, puisque Manon sera ensuite enterrée
ailleurs).
• La personnification de la terre, avec l’emploi de
« sein », lui confère une dimension maternelle à
laquelle le narrateur confie Manon. La très
longue périphrase « ce qu’elle avait porté de
plus parfait et de plus aimable » pour désigner
la jeune femme » résonne comme une sorte
d’épitaphe. A noter l’emploi du superlatif et de
la reprise des notions d’amour (« aimable ») et
de perfection (« parfait ») que Des Grieux avait
déjà employés plus tôt.
• La fin du texte revient ensuite à Des Grieux : là
encore ces actions sont évoquées au passé
simple, à la première personne active : « je me
couchai », « j’invoquai », « j’attendis ». Sa
détermination à mourir est réaffirmée à deux
reprises « avec le dessein de ne les ouvrir
jamais », « la mort avec impatience ». Son
attitude témoigne encore de son clivage entre
passion et religion: il demande « le secours du
Ciel », mais reste dans une attitude où il est
totalement lié à Manon : « couché sur la fosse»,
« le visage tourné vers le sable ».

Conclusion :

L’étude de ce passage met en évidence l'aspect émouvant et pathétique de cette scène : En effet, nous assistons à
l’enterrement de Manon par le chevalier lui-même qui devient alors le fossoyeur de son propre amour. Toute la procédure
de l'enterrement est rapportée par le narrateur-personnage, dans un récit à la 1ère personne, ce qui permet au lecteur de
ressentir toute la souffrance de ce dernier. Certains détails sont particulièrement émouvants et traduisent la puissance de
son amour : on voit qu’il aime et désire toujours Manon, bien que son corps ne soit plus qu’un cadavre. Il va jusqu'à briser
son épée, symbole de son appartenance à la noblesse et finit par creuser la terre à mains nues pour l'ensevelir. On trouve
dans le texte un caractère religieux en effet le chevalier est si amoureux qu’il ne voit plus Manon comme une simple
femme mais comme une divinité et il la traite comme une déesse. Leur passion semble ainsi être épurée de tout ce qu’elle
a pu avoir de condamnable.

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