Marivaux, Les Fausses Confidences, Acte III, scène 5.
Comme toujours, il s’agit d’une proposition non exhaustive : à vous de faire l’introduction, et surtout
d’approfondir en insérant d’autres exemples et leur analyse détaillée.
Une scène de conflit comique
Cette scène de dispute comique, qui met en valeur le jeu à l’impromptu. Le conflit permet de faire
ressortir les relations entre classes sociales, l’affirmation du mérite au-delà du range et de la fortune.
Madame Argante se montre immédiatement désagréable avec M. Remy (didascalie, interjection,
renforcement de l’interrogation par donc).
Monsieur Rémy comme à son habitude répond avec une certaine emphase. Il ne se contente pas
d’acquiescer, il ajoute avec insistance « je vous garantis ».
Au reproche que formule Madame Argante sous la forme d’une interrogation oratoire, il répond par une
autre interrogation. Il refuse ainsi de se soumettre à Madame Argante et de lui donner des explications.
Le dialogue bascule donc vers l’affrontement entre deux personnes peu habituées à ce qu’on leur tienne
tête (comique de caractère et comiques de situation).
La dispute a pour motif la personne de Dorante que Mme Aragnte désigne d’abord sans le nommer, par
la périphrase « un intendant de votre façon », puis, comme s’il s’agissait d’un objet, par le mot
« présent ». Madame Argante exprime son mécontentement en impliquant le comte (emploi de la
première personne du pluriel : « nous embarrasser », « nous nous serions bien passés »), Monsieur
Rémy lui répond de manière directe, en suggérant les qualités de Dorante (« vous êtes bien difficile ».
Madame Argante enchaîne par une reprise sur l’idée (« à votre goût » est repris par « un grand plaisir »)
en exigeant qu’on « retire » Dorante, comme s’il s’agissait d’un objet que l’on peut déplacer.
L’injonction (« vous nous ferez un grand plaisir ») ne plaît pas Monsieur Rémy, peu habitué à ce qu’on
le dirige, notamment lorsqu’il se sent dans son bon droit. Son refus s’exprime donc par une précision :
il sert Araminte et non Madame Argante (« ce n’est pas à vous que je l’ai donné) », reprend par le verbe
donner l’idée du don (« présent que vous nous avez fait »).
Madame Argante enchaîne quant à elle sur l’idée du goût (« il déplait ») et précise la valeur de la
première personne du pluriel : le pronom « nous » mis en relief par la séquence « c’est ...que » fait
l’objet d’une reprise par « à moi et à monsieur le comte ». Depuis le début de la scène, elle est la seule
à parler, elle implique désormais le comte.
Monsieur Rémy loin d’être impressionnée par le titre de comte s’emporte au contraire (didascalie,
allongement de la réplique). Sa réplique s’ouvre sur une exclamation peu polie, puisqu’il ne salue pas
le comte et balaie la situation comme s’il s’agissait d’une impertinence. Il poursuit en répétant toujours
la même idée, reprenant les mots qui ont été employés jusque là : répétition de plaire, Dorante réduit à
l’état d’objet donné (« il n’est pas à vous »). Le style est assez redondant : « il n’est pas essentiel »,
« on n’a pas mis dans le marché », « personne n’a songé à celui ». Au comique verbal lié au ton
emphatique et emporté de Monsieur Rémy s’ajoute un comique de situation : M. Rémy ne reconnaît
pas comme légitime les prétentions de ces deux figures de l’autorité (autorité parentale, dignité du rang
social), il y a donc une sorte de retournement de situation.
Madame Argante se montre d’ailleurs surprise par la réaction et le ton que M. Rémy ose adopter
(« rogue » = Qui manifeste envers autrui de la morgue, du dédain, du mépris.)
L’échange prend ici la forme de la stichomythie (les répliques sont brèves, de même longueur, les
constructions et les termes employés se ressemblent).
Le comte qui ose enfin entrer dans la dispute est renvoyé à son tour de manière insultante par Monsieur
Rémy : la formule « je n’ai pas l’honneur de vous connaître » est en général employée par les
personnes d’un rang élevé, comme une marque de refus d’entrer en conversation avec un inconnu,
surtout s’il est d’un rang inférieur. Le comte est donc ici l’objet d’un mépris inattendu pour lui.
Monsieur Rémy s’emporte sans souci des convenances. S’ajoute au comique de situation, sa manière
très caractéristique de se répéter et d’insister avec véhémence sur les points qui n’ont pas besoin d’être
soulignés (« vous savez bien que », « pas la moindre chose »).
L’échange qui s’engage entre Monsieur Rémy et le comte progresse selon le principe de la reprise de
mots. Le comte reprend plusieurs termes prononcés dans les répliques précédentes par les deux autres
personnages, il manifeste ainsi son implication dans le conflit (« connaître », « essentiel », « neveu »,
« plaire »). Il ajoute un nouveau terme qui permet de relancer la dispute et sur lequel réagit Monsieur
Rémy, toujours sur le mode de la redondance (« étrangère, parfaitement étrangère, on ne peut plus
étrangère »).
M. Reméy avance (« au surpus ») un nouvel argument qui permet de nommer enfin l’objet du conflit :
c’est la première fois qu’apparaît le nom de Dorante. Monsieur Rémy prend la défense de son neveu,
affirme ses qualités d’homme d’honneur, justifiant sa colère par le manque d’égards dont a fait preuve
Madame Argante. L’honneur, la dignité sont des valeurs que revendique Monsieur Rémy pour la
bourgeoisie.
En mettant en cause Madame Argante, en la nommant, il déplace la discussion vers cette interlocutrice
et relance la dispute.
Le dialogue reprend donc sur le mode du conflit ouvert. Les répliques s’enchaînent selon la principe de
la reprise et le ton monte jusqu’à la mise en cause personnelle, voire l’insulte (comique verbal). Noter
les types de phrase : exclamations, interrogations oratoires, qui manifestent l’exaspération des deux
personnages. Monsieur Rémy qui parle toujours un peu trop et souvent pour ne rien dire finit même
dans son emportement par souligner les travers de sa personne et sa profession (sa volubilité est
associée à sa fonction de procureur : « m’imposer silence ! à moi, procureur ! » ).
Conclusion
- Une scène comique
- Ouverture : Bien qu’elle ne fasse intervenir que des personnages secondaires, cette scène contribue à
la progression de l’action : elle permet au public d’entendre une nouvelle fois clamer les mérites de
Dorante, elle montre la fragilité des personnes (notamment de l’aristocratie) qui incarnent l’ordre social
et les préjugés. Elle prépare la scène de la lettre : Dorante pourra compter sur le soutien de son oncle
face à l’hostilité de Madame Argante.