Lecture linéaire n° 2
Objet d’étude 2 er
Préambule + article 1 Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne
Séance 5
* Présentation de l’auteur
Olympe de Gouges femme « humaniste » « politique », « engagée » des Lumières selon l’historien
contemporain Olivier BLANC (cf séance 5 I)
* Présentation de l’oeuvre
DDFC en 1791 = une réécriture de la DDHC de 1789 avec comme objectif d’ accorder l’égalité
homme / femme et de reconnaître les droits de la femme
* Présentation de l’extrait
Tout début de la Déclaration : préambule + article 1. Préambule = introduction du texte juridique
(en latin « ambulare » = marcher / → marcher devant)
Présentation du texte de loi à venir par Olympe de Gouges dans l’intitulé même du document :
- Destinataire : Assemblée nationale, députés
- Identité : proposition de loi ou de décret comme le prouve le champ lexical de la loi composé des
termes « A décréter », « assemblée nationale », « législature » (« lex » en latin = loi), « séances »
* Lecture expressive de l’extrait
* Problématique : Comment est présentée la DDFC ?
* Mouvement du texte en 2 étapes
I) Préambule = introduction, présentation des enjeux du texte de loi, de ses objectifs en 3 temps
- 1er § : Olympe de Gouges, porte-parole des femmes qui revendiquent un rôle politique
- 2ème § : période (= longue phrase) qui établit les causes et buts de cette déclaration
- 3ème § : transition provocatrice vers les articles de loi
II) Article 1er
I) Préambule
1) 1er § : Olympe de Gouges, porte-parole des femmes qui revendiquent un rôle politique
- Réécriture de la DDHC avec le changement de sujet et introduction des femmes comme une
communauté par l’énumération au pluriel en rythme ternaire « mères, filles, soeurs ». Champ
lexical de la famille pour toucher, affecter les députés (tous concernés !).
Absence des « épouses » (qui laisserait une place aux hommes et qui évoquerait le mariage, ce
qu’Olympe de Gouges ne veut pas!) et présence d’une foule féminine qui font partie de la Nation,
mais qui ne sont pas éligibles, qui ne sont pas représentantes du peuple. Olympe de Gouges veut
donner une place politique de citoyennes aux femmes. Écriture au féminin : « représentantes »
- Olympe de Gouges se fait porte-parole de toutes ces femmes comme le prouvent l’absence du
pronom de 1ère personne, l’énumération ligne 1.
- « demandent d’être constituées en Assemblée nationale » : revendication d’un rôle politique →
les femmes doivent devenir députées puisqu’elles appartiennent à la nation.
« demandent » au présent d’énonciation : réclamation immédiate, en urgence
- Polyptote ( = utilisation de plusieurs mots avec la même racine ou de plusieurs formes du même
verbe) nom « nation » et adjectif « nationale » qui met en valeur la légitimité de cette demande
2) 2ème § : période (= longue phrase) qui établit les causes et buts de cette déclaration
- Construction surprenante de la période avec ellipse du sujet ligne 6 « les mères, les filles, les
soeurs » = « elles » sous-entendu pour le verbe « ont résolu » → sans doute une mise en valeur du
sujet présenté dans le 1er §, c’est à dire une mise en évidence des femmes
- Phrase très oratoire, très rhétorique, très solennelle dans le style des déclarations de loi
Schéma de la période lignes 4 à 18
1 situation ou
1 état de fait
Causes Conséquences
Absence de droits des femmes Malheur et corruption de la société et
des gouvernements /
Du négatif pour la société
La déclaration des femmes
(dont Olympe de Gouges se fait la porte-parole)
avec 3 BUTS (anaphore de la conjonction de subordination ou locution
conjonctive « afin que » en rythme ternaire)
Droits Pouvoir Défense légale
et devoirs des femmes et des des femmes
fixés pour tous hommes respecté et progrès
* Lignes 4 à 8 : Constat de ce qui a amené à cette revendication
- Ligne 4 « ignorance, oubli, mépris » : vocabulaire dépréciatif, énumération en rythme ternaire
+ assonance en « i » → trois termes négatifs réunis pour dire la négation des droits de la femme
Olympe de Gouges voit en cette absence de droits une perte, une dégradation de la société validée
par les deux mots négatifs « malheurs », « corruption ».
Elle est convaincue qu’accorder des droits aux femmes serait source de progrès (notion chère aux
Lumières) d’où l’adjectif « seules » à ligne 5 dans l’expression « les seules causes ».
- Mention de l’oeuvre à l’aide de la périphrase « déclaration solennelle » et précision à l’aide de
l’énumération en rythme ternaire, d’adjectifs mélioratifs très forts « naturels, inaliénables et
sacrés » construits en gradation déjà présents dans la Déclaration des Droits de l’homme et du
Citoyen et signifiant ‘intouchables’, ‘fondamentaux’.
Importance pour Olympe de Gouges de l’argument, de la loi de la nature.
- Force des droits de l’homme doit concerner la « femme ». Les DDHC sont déjà écrits et actés
depuis 1789 et ont oublié, omis, rendu invisibles les femmes !!
* Lignes 8 à 18 : énumération de 3 buts
Présentation avec la conjonction de subordination de but « afin que » reprise en anaphore
dans un rythme ternaire / Construction typique et solennelle du texte de loi. + Reprise des
formulations de la DDHC ou hypotexte.
1er but : * écrit qui rappelle, qui fixe avec insistance les droits et les devoirs valables
- tout le temps : adverbe « constamment », locution adverbiale « sans cesse »)
- et pour tout le monde : périphrase « tous les membres du corps social » = la société intégrale +
métaphore filée du corps avec « corps » et « membre » qui donne un sens d’unité à l’ensemble des
individus
* « Droits et devoirs » mis sur le même plan grâce à la conjonction de coordination « et »
2ème but : écrit qui met en valeur le respect des pouvoirs (législatif et exécutif) des hommes et aussi
des femmes. - Olympe de Gouges ajoute au début l’expression « pouvoir des femmes »
→revendication politique forte comme dans les lignes 2, 3.
- Lignes 11, 12 : parallélisme « pouvoir des femmes » // « pouvoir des hommes » qui met en place
une symétrie et relève de l’écriture de l’égalité dans l’hypertexte de la DDHC.
3ème but : écrit qui permet aux femmes « citoyennes » de se défendre en s’appuyant sur des lois
(lexique : « principes incontestables », « fondées » ).
- Changement et nouveauté de ces principes : « désormais »
- Défense toujours synonyme de progrès cf rythme ternaire final des l 17-18 avec des termes
positifs en gradation « maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et, au bonheur de tous ».
- Importance de la Constitution (écrite le 3 septembre 1791) pour Olympe de Gouges, mais volonté
de la modifier, de l’ajuster pour y introduire les femmes.
- Mise en valeur du sort réservé aux femmes jusque-là victimes ; Olympe de Gouges utilise
« citoyennes » et l’écriture inclusive (= écriture qui rend visible le féminin et lui donne un sens profond).
3) 3ème § : transition provocatrice vers les articles de loi
- « En conséquence » : la déclaration constituée des articles est présentée comme une conséquence
de ce constat et des idéaux d’Olympe de Gouges évoqués par les 3 buts.
- Périphrase très longue pour désigner les femmes ; périphrase qui renvoie aux deux expressions
populaires traditionnelles « beau sexe » et « sexe faible » (« Sexe » au sens classique pour désigner
le genre). Conservation de la 1ère expression et correction de la 2ème expression de manière
malicieuse en « sexe supérieur ». Tonalité épidictique : éloge des femmes.
- Spécificité des femmes et provocation surtout quant au courage, qualité réservée aux hommes
jusque-là et liée à la guerre, aux exploits, aux armes. O de G inverse les rapports de force avec un
brin d’ironie. Courage des femmes justifié par la maternité évoquée par la périphrase de
l’accouchement « souffrances maternelles ».
Audace d’Olympe de Gouges de se référer à l’accouchement comme signe d’une grande force.
- l 21 « sous les auspices de l’être suprême » formule reprise de la DDHC / Sens de l’autorité, du
créateur // déisme des Lumières
- Verbe principal « déclare » qui renvoie au titre de l’œuvre, appelle le COD ligne 22 et fait
transition avec les articles.
II) Article 1er
- Écriture typique des articles : présent de vérité générale + déterminant défini « la femme »,
pluriel « les distinctions sociales » → généralité
- Présence de « la femme » au singulier au début de l’article → femme en tant que genre
- Introduction de « égale à l’homme » → revendication d’égalité, de symétrie des droits
- Dernière phrase non changée par rapport à celle de la DDHC car dans « utilité commune » il y a
les femmes !
CONCLUSION Bilan Réécriture critique audacieuse qui, en soulignant l’exclusion des
femmes, les met en valeur et revendique leurs droits. / Texte très rigoureux dans son organisation
comme celle de son hypotexte, la DDHC / DDFC présentée comme un texte qui s’impose suite aux
constats du sort réservé jusque-là aux femmes et comme un texte de loi qui va améliorer la vie des
femmes et de tous. Ouverture (s) * Cette déclaration ne sera jamais votée et le texte restera
oublié jusqu’au XXème où il trouvera toute sa place dans le combat féministe une fois redécouvert
par Benoîte GROULT en 1986, deux siècles après sa création.
* Postambule plus véhément, plus polémique : appel à l’action des femmes pour défendre leurs
droits. * Postambule création totale d’Olympe de Gouges / préambule : réécriture de la DDHC.
Cours – Mme Pichot