Fonctions Harmoniques et Différentielles
Fonctions Harmoniques et Différentielles
Chapitre 3
Fonctions harmoniques
1. Formes différentielles
1.1. Formes différentielles dans R2 de dégré 0 ou 1.
Notons que le R-espace vectoriel L (R2 , C) est un espace vectoriel de dimension 4, engendré par
les applications linéaires
dx : (h1 , h2 ) 7! h1 idx : (h1 , h2 ) 7! ih1
dy : (h1 , h2 ) 7! hh idy : (h1 , h2 ) 7! ih2 .
Nous pouvons alors assimiler la donnée d’une 1-forme différentielle w de classe C k dans U, à la
donnée de 4 fonctions P1 , P2 , Q1 , Q2 de classe C k de U dans R telle que
w = (P1 + iP2 )dx + (Q1 + iQ2 )dy.
En d’autre termes
w: U ! L (R2 , C) w(x, y) : R2 ! C
où
(x, y) 7! w(x, y) (h1 , h2 ) 7! (P1 (x, y) + iP2 (x, y))h1 + (Q1 (x, y) + iQ2 (x, y))h2 .
w = Adz + Bdz
où
dz : (h1 , h2 ) 7! (h1 + ih2 ), dz : (h1 , h2 ) 7! h1 ih2
et
1 1
A = (P iQ), B = (P + iQ).
2 2
D ÉFINITION 3.3. Étant donnée une 0-forme f de classe C k , k 1, dans un ouvert U de R2 , on
appelle différentielle de f et on note w = d f la 1-forme de classe C k 1 dans U définie par
∂f ∂f
df = dx + dy
∂x ∂y
∂f ∂f
= dz + dz,
∂z ∂z
où l’action des deux opérateurs ∂/∂z et ∂/∂z est définie par
∂ 1 ∂ ∂ ∂ 1 ∂ ∂
= ( i ), = ( +i )
∂z 2 ∂x ∂y ∂z 2 ∂x ∂y
d f = ∂f +∂f.
1.2. Formes différentielles dans R2 de dégré 2. L’espace L2 (R2 , C) des R- formes bilinéaires
alternées de R2 dans C est un C-espace vectoriel de dimension 1, engendré (comme C-espace vec-
toriel) par la forme bilinéaire alternée
h11 h21
((h11 , h12 ), (h21 , h22 )) 7! = h11 h22 h12 h21
h12 h22
Soit w1 = (P1 dx + Q1 dy) et w2 = (P2 dx + Q2 dy) deux 1-formes différentielles. La notation que
nous avons utilisée pour la forme déterminant suggère la construction d’une application bilinéaire
alternée sur l’espace des 1 -formes, à valeurs dans l’espace des 2-formes que nous appelons produit
extérieur par
w1 ^ w2 = (P1 dx + Q1 dy) ^ (P2 dx + Q2 dy) := (P1 Q2 P2 Q1 )dx ^ dy.
Ceci donne en particulier
dx ^ dx = dy ^ dy = 0, dy ^ dx = dx ^ dy.
Toute forme différentielle de degré 2 (ou 2-forme différentielle) sur un ouvert U de R2 s’écrit
donc de manière unique
(x, y) 7! w(x, y) = F(x, y)dx ^ dy,
où F est une application de U dans C.
On dit que w est de classe C k si la fonction F est de classe C k . Nous noterons A2 (U) l’espace
des 2-formes différentielles sur U et A2k (U) l’espace de celles qui sont de classe C k .
Notons que si w(x, y) = F(x, y)dx ^ dy est une 2-forme, on peut écrire
F
w(x, y) = F(x, y)dx ^ dy = Cdz ^ dz, avec C = .
2i
D ÉFINITION 3.5. Soit w = Pdx + Qdy = Adz + Bdz une 1-forme différentielle de classe C 1 dans
un ouvert U de R2 . On appelle différentielle extérieure de w la 2-forme différentielle dw définie par
∂Q ∂P ∂B ∂A
dw = ( )dx ^ dy = ( )dz ^ dz.
∂x ∂y ∂z ∂z
On remarque tout de suite que si f est une 0-forme de classe C 2 dans un ouvert U de R2 , alors
d(d f ) = 0.
D ÉFINITION 3.6 (1-formes exactes, 1-formes fermées). Étant donné un ouvert U de R2 , une
1-forme w = Pdx + Qdy de classe C k , k 0, dans U est dite exacte ( on dit aussi "dérive d’un
potentiel") si et seulement s’il existe une fonction f de classe C k+l dans U telle que w = d f dans U.
Une 1-forme w = Pdx + Qdy de classe C k , k 1, dans U est dite fermée si et seulement si dw = 0.
On dit que la 1-forme w est localement exacte sur U si, pour tout point x de U, il existe un
voisinage V (x) de x dans U tel que la restriction de w à V (x) est exacte.
R EMARQUE 3.7. Le lemme de Schwarz du calcul différentiel implique immédiatement que si w
dérive d’un potentiel f de classe C 2 dans U, alors dw = d(d f ) = 0 ; ce qui signifie que w est fermée.
Ainsi toute forme exacte de classe C 1 est donc automatiquement fermée. En revanche, une forme
de classe C 1 fermée n’est en général pas exacte.
D ÉFINITION 3.8 (Ouvert étoilé). Un ouvert U est dit étoilé par rapport à l’un de ses points z0 si
et seulement si, pour tout z dans U, le segment [z0 , z] est inclus dans U.
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L EMME 3.9 (Lemme du Poincaré). Si U est un ouvert étoilé de R2 , toute 1-forme de classe C 1
dans U et fermée est exacte. En particulier, étant donnée une fonction f de U dans C de classe C 1
et telle que
∂f
⌘0
∂z
dans U, il existe toujours une fonction F : U ! C, de classe C 2 dans U, avec dF = f (z)dz.
Une telle fonction F est appelée primitive au sens complexe de la fonction f ; une telle primitive,
si elle existe, est unique à une constante près.
Cette fonction est de classe C 2 puisque w est une forme C 1 ; le théorème élémentaire de dériva-
tion des intégrales fonction d’un paramètre et la règle de Leibniz nous donnent
Z Z Z 1
∂F 1 1 ∂P ∂Q
(x, y) = P(tx,ty)dt + x (tx,ty)tdt + y (tx,ty)tdt.
∂x 0 0 ∂x 0 ∂x
En tenant compte de l’hypothèse que la forme w est fermée, soit
∂P ∂Q
(tx,ty) = (tx,ty)
∂y ∂x
on trouve Z 1 Z 1✓ ◆
∂F ∂P ∂P
(x, y) = P(tx,ty)dt + x (tx,ty) + y (tx,ty) tdt.
∂x 0 0 ∂x ∂y
Soit
Z 1 Z 1
∂F d
(x, y) = P(tx,ty)dt + t P(tx,ty) dt
∂x 0 0 dt
Z 1 Z 1
= P(tx,ty)dt + t [P(tx,ty)]10 P(tx,ty)dt
0 0
= P(x, y).
Le même calcul conduit à
∂F
(x, y) = Q(x, y).
∂y
et l’on a donc bien dF = w.
Si w = f (z)dz, le fait que w soit fermée dans U se lit précisément
∂f
⌘0
∂z
dans U. Si U est étoilé, ce qui précède nous assure qu’il existe une fonction F de classe C 2 dans
U telle que dF = f (z)dz dans U. Si F1 et F2 sont deux telles primitives, on a d(F1 F2 ) = 0 et
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 43
l’inégalité des accroissements finis nous dit que F1 F2 est localement constante. Mais un ouvert
étoilé est bien sûr connexe (car connexe par arcs puisqu’il suffit de passer par le centre de l’étoile
pour relier deux points). La fonction F1 F2 est donc constante dans U (l’ensemble des points où
elle prend une valeur donnée est un sous ensemble ouvert et fermé de U, c’est-à-dire U tout entier
ou l’ensemble vide). 2
D ÉFINITION 3.10. On dit qu’un ouvert W de C est simplement connexe s’il est connexe et si tout
chemin continu fermé contenu dans W est homotope à un point.
T HÉORÈME 3.11. Toute 1-forme différentielle continue localement exacte dans un ouvert sim-
plement connexe y est exacte.
P ROPOSITION 3.12. Sur tout ouvert simplement connexe W de C⇤ il existe une détermination
continue du logarithme de z qui est unique à l’addition d’un multiple entier de 2ip près.
D ÉMONSTRATION . Soit a un point de W et posons log a = log |a| + iArga. La forme dzz (qui
est fermée dans C⇤ ) est exacte sur W. Soit log z sa primitive (sur W) qui vaut log a au point a et
h(z)
considérons la fonction h(z) = elog z . Par définition cette fonction vérifie l’équation ∂h
∂z (z) = z .
Remarquons alors que la fonction h0 (z) = z est aussi une solution de cette équation, et, par suite, la
fonction g(z) = hh(z)
0 (z)
vérifie ∂g ∂g
∂z = 0, et comme on a de manière évidente ∂z = 0, g est localement
constante donc constante puisque W est supposé connexe. Ainsi h(z) = lz, pour une constante l, et
comme h(a) = a par définition de h, on a l = 1 ce qui montre que la fonction log z définie ci-dessus
est une détermination (continue) du logarithme de z sur W. 2
P ROPOSITION 3.13. Soient g0 et g1 deux chemins fermé continus dans C tels que 0 2 / Img et,
pour tout t 2 [0, 1], |g1 (t)| < |g0 (t)|. Alors t 7! g0 (t) + g1 (t) a son image dans C et Ind(g0 + g1 , 0) =
⇤
Ind(g0 , 0).
⇣ ⌘
g1
D ÉMONSTRATION . En effet, en écrivant g0 + g1 = g0 1 + g0 , on remarque que le chemin n =
1 + gg10 étant contenu dans le disque centré en 1 et de rayon 1 (par l’hypothèse) on a Ind(n, 0) = 0, et
on applique la Proposition précédente. 2
P ROPOSITION 3.14 (Théorème de Rouché). Soient g0 et g1 deux chemins fermé continus dans
C. Si pour tout t, on a
|g0 (t) + g1 (t)| < |g0 (t)| + |g1 (t)| ,
alors les chemins ne passent pas par 0 et on a Ind(g0 , 0) = Ind(g1 , 0).
D ÉMONSTRATION . Il est clair que l’hypothèse implique que les chemins ne passent pas par
l’origine. L’hypothèse s’écrit donc aussi 1 + gg10 < 1 + gg10 , ce qui montre que l’image de gg10 est
contenue dans C \ R , qui est un ouvert simplement connexe de C⇤ , et, par suite, Ind( gg10 , 0) = 0. Or,
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 44
∂2 ∂2
D f (z0 ) = 4 f (z0 ) = 4 f (z0 ) (6)
∂z∂z ∂z∂z
2.1. Fonctions harmoniques.
D ÉFINITION 3.15. Soit W un ouvert de R2 ⌘ C. Une fonction u sur W est dite harmonique si elle
est de classe C 2 et si son laplacien est identiquement nul (i.e. Du ⌘ 0). On note H ar(W) l’ensemble
des fonctions harmoniques dans W.
P ROPOSITION 3.16. Toute fonction holomorphe ou anti-holomorphe sur un ouvert W est har-
monique sur W.
La remarque ci-dessus est une conséquence immédiate du fait que Re(D f ) = D(Re( f )) et Im(D f ) =
D(Im( f )).
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 45
P ROPOSITION 3.20. Soient W un ouvert de C et f une fonction continue sur W. Les conditions
suivantes sont équivalentes :
(1) Pour tout disque D(a, r) contenu dans W, on a :
Z 2p
1
f (a) = f (a + reit )dt.
2p 0
L’implication (1))(2) est alors immédiate. Supposons (2) vérifié. Soit R > 0 tel que D(a, R) ⇢ W.
Pour 0 r < R, on a :
Z ✓Z 2p ◆
r2 1 r it
f (a) = f (a + re )dt rdr.
2 2p 0 0
En prenant la dérivée des deux membres par rapport à r, on obtient (1). 2
C OROLLAIRE 3.21. Soit f une fonction continue sur D(a, r) (a 2 C et r > 0), harmonique sur
D(a, r) et à valeurs complexes. Alors on a la formule de la moyenne :
Z 2p
1
f (a) = f (a + reit )dt
2p 0
D ÉMONSTRATION . Supposons que f soit harmonique sur D(a, r) avec r > r. Soit f1 = Re( f ).
Alors f1 est harmonique sur D(a, r). Comme D(a, r) est simplement connexe, d’après le Théorème
3.18, il existe j holomorphe sur D(a, r) telle que f1 = Re(j) sur D(a, r). D’après la formule de
Cauchy, nous avons : Z
1 j(z)
j(a) = dz,
2ip G(a,r) z a
avec 0 < r < r et où G(a, r) est le cercle centré en a et de rayon r. Posons z = a+reit pour 0 t 2p.
On obtient : Z 2p Z
1 j(a + reit ) it 1 2p
j(a) = ire dt = j(a + reit )dt.
2ip 0 reit 2p 0
Ainsi, Z Z
1 2p it 1 2p
f1 (a) = Re(j(a)) = Re(j(a + re ))dt = f1 (a + reit )dt,
2p 0 2p 0
1 R 2p
avec f1 = Re( f ). De même, en remplaçant f1 par f2 = Im( f ) on montre que Im( f (a)) = 2p 0 Im( f (a+
it
re ))dt. On obtient donc
Z
1 2p
f (a) = f (a + reit )dt,
2p 0
sous l’hypothèse f harmonique sur D(a, r) avec r > r.
1 R 2p it
Dans le cas général, on a, pour tout s < r, f (a) = 2p 0 f (a + se )dt. En faisant tendre s vers r
et par continuité de f sur D(a, r), on obtient :
Z 2p Z 2p
1 1
f (a) = lim f (a + seit )dt = f (a + reit )dt.
s!r 2p 0 2p 0
2
(1) f est la somme d’une fonction holomorphe et d’une fonction antiholomorphe dans U.
(2) Si f est à valeurs réelles, c’est la partie réelle d’une fonction holomorphe dans U déterminée
à une constante additive imaginaire pure près.
D ÉMONSTRATION . L’assertion (1) et le premier point de (2) sont clairs d’après Proposition
3.22. Le second point de (2) résulte alors du théorème de Schwarz quant à l’interversion des dériva-
tions. Pour établir (3), on peut supposer f à valeurs réelles d’après la Remarque 3.17. Alors, d’après
(1), localement, f g est de la forme h g, où h 2 Hol(U). D’où f 2 H ar(V ) d’après (6). 2
Soient W un ouvert de C et f une fonction sur W. Par abus de langage, on dit que f a un maximum
relatif en a 2 W s’il existe un voisinage V de a dans W tel que | f (z)| | f (a)| pour tout z 2 V .
On dit que f vérifie le principe du maximum dans W si elle est constante au voisinage de tout
point a 2 W en lequel elle a un maximum relatif.
T HÉORÈME 3.24. Soient W un ouvert de C et f une fonction continue sur W vérifiant la propriété
de moyenne dans W. Alors f vérifie le principe du maximum dans W.
D ÉMONSTRATION . Soit r > 0 vérifiant D(a, r) ⇢ U. Il existe M > 0 tel que g(z) = f (z) + M > 0
pour tout z 2 D(a, r). On a |g(z)| = g(z) g(a) = |g(a)| dans un voisinage de a. Il suffit donc
d’appliquer le principe du maximum à g pour obtenir (1). L’assertion (2) s’en déduit aussitôt. 2
T HÉORÈME 3.27. Soient W un ouvert de C et f une fonction continue sur W. Les conditions
suivantes sont équivalentes :
(1) f 2 H ar(W).
(2) f possède la propriété de moyenne dans W.
D ÉMONSTRATION . (1))(2) Cela a été vu dans la Proposition 3.25 (2)) (1) Soient a 2 W et
r > 0 tels que D(a, r) ⇢ W. Notons g la solution du problème de Dirichlet relative au disque D(a, r)
et à f . La fonction g vérifie la propriété de moyenne dans D(a, r) Proposition 3.25. Il en est de même
de f g. Par suite, f g vérifie le principe du maximum. Comme f g est nulle sur ∂D(a, r), on a
f (z) = g(z) pour tout z 2 D(a, r). D’où f 2 H ar(W). 2
1 |z|2 1 r2
P(z, w) = = P(z, w) = := Pr (q t)
|w z|2 |1 rei(q t) |2
R EMARQUE 3.28. Il résulte de ce qui précède qu’un noyau de Poisson est une fonction unifor-
mément continue sur [0, 2p], 2p-périodique, positive et paire.
T HÉORÈME 3.29. Soient a 2 C, r > 0, et p une fonction continue sur ∂D(a, r). Il existe une et
une seule fonction continue f sur D(a, r), harmonique sur D(a, r) et prolongeant p. Si z 2 D(a, r),
on a : Z
1 p
f (z) = P(z, a + reiJ )p(a + reiJ )dJ (9)
2p p
On pose P(p) := f .
D ÉMONSTRATION . Il est clair qu’il suffit d’établir le résultat pour p à valeurs réelles, ce que
nous supposerons désormais réalisé.
Si f1 et f2 sont solutions du problème, on a f1 f2 |∂D(a,r) = 0, donc f1 = f2 d’après Corollaire
3.26. D’où l’unicité. Soient z 2 C vérifiant |z a| = r < r et w 2 ∂D(a, r). Posons
(w a) + (z a)
Q(z, w) = .
(w a) (z a)
(z a) n
On a P(z, w) = ReQ(z, w) et, pour J 2 R Q(z, a + reiJ ) = 1 + 2 •
n=1 rn e
inJ , ce développement
étant normalement convergent pour J 2 R. Par suite,
Z p •
Q(z, a + reiJ )p(a + reiJ )dJ = a0 + 2 Â an (z a)n (10)
p n=1
R R
avec a0 = pp p(a + reiJ )dJ et an = r1n pp e inJ p(a + reiJ )dJ si n 1. Comme p est à valeurs
réelles, l’identité (10) nous montre que la fonction donnée par (9) est la partie réelle d’une fonction
holomorphe dans D(a, r), donc f est harmonique dans D(a, r). Prouvons que f est continue sur
D(a, r). Afin de simplifier les notations, on va supposer a = 0. Soit J0 2 [0, 2p]. Compte tenu de la
définition de p et de la périodicité des fonctions que l’on intègre, si z 2 D(0, r), il vient :
Z J0 +p ⇣ ⌘
iJ0 1
| f (z) p(re )| = P(z, reiJ ) p(reiJ ) p(reiJ0 ) dJ
2p J0 p
Z
1 J0 +p
P(z, reiJ ) p(reiJ ) p(reiJ0 ) dJ
2p J0 p
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 50
Soit e > 0. Il existe h 2]0, p[ tel que |p(reiJ ) p(reiJ0 )| < e dès que |J J0 | h. Alors :
Z Z
1 J0 +h e J0 +p
P(z, reiJ ) p(reiJ ) p(reiJ0 ) dJ P(z, reiJ )dJ = e.
2p J0 h 2p J0 p
C OROLLAIRE 3.30 (Formule de Poisson). Soient a 2 C, r > 0, et f une fonction continue sur
D(a, r) et harmonique dans D(a, r). Si |z| < r, on a :
Z p
1
f (z) = P(z, a + reiJ ) f (a + reiJ )dJ.
2p p
C OROLLAIRE 3.31 (Inégalités de Harnack). Soient a 2 C, r > 0, W un ouvert contenant D(a, r),
et f 2 H ar(W), à valeurs réelles positives ou nulles. Si |z a| < r, on a :
r |z a| r + |z a|
f (a) f (z) f (a).
r + |z a| r |z a|
D ÉMONSTRATION . Le noyau de Poisson P(z, w) relatif à D(a, r) vérifie :
r |z a| r + |z a|
P(z, a + reiJ )
r + |z a| r |z a|
Comme f est à valeurs positives ou nulles, il suffit d’appliquer le Corollaire 3.30 pour obtenir le
résultat. 2
Nous notons
D = {z 2 C tels que |z| < 1}
le disque unité de C centré à l’origine et
T = {z 2 C tels que |z| = 1}
sa frontière.
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 51
Nous rappelons que M (T) désigne l’espace des mesures complexes sur (T, B (T)) où B (T)
désigne la tribu borelienne de T. Soit µ 2 M (T), nous posons
kµk := |µ| (T)
où ( )
|µ| (E) = sup  |µ(En)| : (En)n 1 B (T) partition de E E 2 B (T)
n 1
Soit n une mesure positive sur (X, A ) et soit r, r0 des mesures positives ou complexes (en) sur
(X, A ).
— On dit que r est absolument continue par rapport à n, et l’on note r ⌧ n, si pour tout A 2 A
tel que n(A) = 0, on a également r(A) = 0.
— On dit que r est portée par E 2 A (ou concentrée sur E) si pour tout A 2 A on a r(A) =
r(A \ E).
— On dit que r et r0 sont mutuellement singulières (ou étrangères), et l’on note r?r0 , s’il existe
E 2 A telle que r soit portée par E et r0 soit portée par son complémentaire E c .
P ROPOSITION 3.32. Soit µ une mesure complexe (finie) sur [ p, p]. Pour z = reiq avec 0 r < 1
et q 2 R, on pose : Z
1 p
P(µ)(z) = Pr (q t)dµ(t).
2p p
Alors P(µ) est une fonction harmonique sur D.
T HÉORÈME 3.33. Soit S l’ensemble des fonctions harmoniques f sur D telles que
Z p
r( f ) := sup | f (seiq )|dq < •.
0s<1 p
T HÉORÈME 3.35. Soit µ 2 M (R). Alors il existe un unique couple de mesures (n, r) avec n?m
et r ⌧ m et il existe une unique fonction f 2 L1 (R) vérifiant :
( R
r(E) = E f (x)dx pour tout borélien E de R
D(µ)(x) := lims!0 µ(]x 2s
s,x+s[)
= f (x)m presque partout.
R
Autrement dit, si µ 2 M (R), alors D(µ)(x) 2 L1 (R) et si on pose n(E) := µ(E) E D(µ)(x)dx pour
tout borélien E de R alors n?m.
P ROPOSITION 3.36. Soit µ 2 M (T). Pour tout z = reiq avec 0 r < 1 et q 2 R, on pose :
Z p
1
P(µ)(reiq ) = Pr (q t)dµ(t).
2p p
Alors P(µ) est une fonction harmonique sur D appelée "intégrale de Poisson par rapport à µ".
1 r2 1 r2
Or on a Pr (q t) = 1 2r cos(q t)+r2
. Si p |q t| d on obtient Pr (q t) 1 2r cos d+r2
= Pr (d) et
donc Z Z
1 Pr (d) Pr (d)
Pr (q t)dµ(t) d |µ| (t) kµk
2p p |q t| d 2p p |q t| d 2p
2
On remarque que comme d 2]0, p[, limr!1 Pr (d) = limr!1 1 2r1cosr d+r2 = 0. Nous allons estimer à
présent
Z Z
1 1 q+d
Pr (q t)dµ(t) = Pr (q t)dµ(t)
2p |q t|<d 2p q d
On considère le domaine D de C défini par D = (s,t) 2 R2 : q s < t < q + s, 0 < s < d . Calcu-
RR
lons I = D Pr0 (s)dsdµ(t). Comme la fonction Pr0 est continue et bornée et comme on l’intègre sur
un intervalle borné, d’après le Théorème de Fubini, on obtient :
Z d ✓Z q+s ◆ Z d
I= dµ(t) Pr0 (s)ds = µ(]q s, q + s[)Pr0 (s)ds
0 q s 0
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 53
et
Z q+d ✓Z d ◆ Z q+d Z q+d
I= Pr0 (s)ds dµ(t) = (Pr (d) Pr (|q t|)dµ(t) = (Pr (d) Pr ((q t))dµ(t),
q d |q t| q d q d
T HÉORÈME 3.38. Soit µ 2 M (T). Pour presque tout t 2 R (par rapport à la mesure de Le-
besgue), limr!1 P(µ)(reit ) existe et si on pose j(eit ) = limr!1 P(µ)(reit ), alors j 2 L1 (T) et j est la
dérivée de Radon-Nikodym de µ par rapport à la mesure de Lebesgue.
R
Autrement dit, si l’on pose n(E) := µ(E) E j(eit )dt pour tout borélien E de T, alors n?m.
D ÉMONSTRATION . Supposons tout d’abord que µ est à valeurs réelles. En appliquant la Propo-
sition 3.37 à µ, comme P µ = P(µ), lim supr!1 P(µ)(reit ) = lim infr!1 P(µ)(reit ) et D( µ) =
D(µ), on obtient :
D(µ)(q) lim inf P(µ)(reit ) lim sup P(µ)(reit ) D(µ)(q).
r!1 r!1
Or, d’après le Théorème 3.35, D(µ)(q) = D(µ)(q) = D(µ)(q) m-presque partout et de plus D(µ)
coïncide avec la dérivée de Radon-Nikodym de µ par rapport à la mesure de Lebesgue. On en déduit
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 54
immédiatement l’assertion du théorème. Si µ est une mesure complexe, on écrit µ = µ1 + iµ2 avec
µ1 et µ2 mesures à valeurs réelles. Comme D(µ1 ) et D(µ2 ) existent m-presque partout et comme
D(µ) = D(µ1 ) + iD(µ2 ), D(µ) est bien défini m-presque partout. Comme P(µ) = P(µ1 ) + iP(µ2 ),
l’assertion du théorème reste vraie si µ est une mesure complexe. 2
En utilisant le Corollaire 3.34 et le Théorème 3.38, on obtient une description des fonctions
harmoniques positive sur D.
existe m-presque partout et F ⇤ 2 L1 (T). De plus il existe une mesure positive finie n sur T telle que
n?m et F = P(F ⇤ ) + P(n) avec limr!1 P(n)(reit ) = 0 pour presque tout t 2 R (par rapport à la
mesure de Lebesgue).
Rp iq )|dq <
C OROLLAIRE 3.40. Soit F une fonction harmonique sur D telle que sup0s<1 p | f (se
•. Alors
F ⇤ (eit ) := lim F(reit )
r!1
existe m-presque partout et F⇤ 2 L1 (T ).
De plus il existe une mesure positive finie n sur T telle que
n?m et F = P(F ) + P(n) avec limr!1 P(n)(reit ) = 0 pour presque tout t 2 R (par rapport à la
⇤
mesure de Lebesgue).
4. Fonctions sous-harmoniques
On dit que f est semi-continue supérieurement en x0 si :
pour tout e > 0, il existe un voisinage U de x0 tel que
8x 2 U, f (x) f (x0 ) + e
La fonction f est dite semi-continue supérieurement si l’une des propriétés équivalentes sui-
vantes est vérifiée :
— f est semi-continue supérieurement en tout point de X ;
— pour tout réel a, l’ensemble de sur-niveau {x 2 X | f (x) a} est fermé ;
— l’hypographe {(x, a) 2 X ⇥ R | f (x) a} est fermé.
D ÉFINITION 3.41. Soit W un ouvert connexe de C. Une fonction u : W ! [ •, +•[ est dite
sous-harmonique dans W si elle vérifie les deux propriétés suivantes :
(1) u est semi-continue supéreurement dans W.
(2) Pour tout a 2 W, il existe 0 < r0 < dist(a, C \ W) tel que pour tout disque Dr (a) avec 0 r
r0 , nous ayons :
Z
1 2p
u(a) u(a + reit )dt, (11)
2p 0
où dist(a, C \ W) désigne la distance de a à C \ W.
MASTER 2021-2022 – 3 – Fonctions harmoniques – 55
Une fonction u définie sur un ouvert quelconque W de C est sous-harmonique si elle l’est sur
chaque composante connexe de W.
Notez que si le membre de droite de (11) vaut • pour 0 < r r0 alors u ⌘ •.
P ROPOSITION 3.42. Si u est sous-harmonique dans W et si j est une fonction monotone continue
croissante et convexe sur R, la fonction composée j u est sous-harmonique. (On pose j( •) =
limx! • j(x)).
Pour la preuve, nous avons besoin de l’inégalité de Jensen. Nous rappelons qu’une fonction à
valeur réelle j définie sur un intervalle ]a, b[ où • a < b +• est dite convexe si l’inégalité
j((1 l)x + ly) (1 l)j(x) + lj(y) (12)
est vérifiée pour tous x, y, l tels que a < x < b, a < y < b 0 l 1. Cette relation est équivalente à
l’inégalité
j(t) j(s) j(u) j(t)
(13)
t s u t
pour tous a < s < t < u < b.
T HÉORÈME 3.43 (Inégalité de Jensen). Soit µ une mesure positive sur une s-algèbre A dans un
ensemble W telle que µ(W) = 1. Soit f une fonction à valeurs réelles, appartenant à L1 (µ) et telle
que a < f (x) < b pour tout x 2 W. Soit j une fonction convexe sur ]a, b[. On a l’inégalité
✓Z ◆ Z
j f dµ (j f )dµ (14)
W W
R
D ÉMONSTRATION . Posons t = W f dµ. On a a < t < b. Si b est la borne supérieure de l’en-
semble des quotients de gauche dans (13), où a < s < t, b est inférieur ou égale à tous les quotients
de droites de (13), pour tout u 2]t, b[ On en déduit que
j(s) j(t) + b(s t) (a < s < b).
D’où
j( f (x)) j(t) b( f (x) t) 0 (15)
pour tout x 2 W. La fonction j étant continue, j f est mesurable. En intégrant les deux membres
de (15) par rapport à µ, (14) résulte de notre choix de t et de l’hypothèse µ(W) = 1. 2
P ROPOSITION 3.45. Soit u une fonction sous-harmonique dans un ouvert W. Alors si u n’est pas
identiquement égale à • sur une composante connexe de W, elle est localement intégrable dans
W.
D ÉMONSTRATION . Si u(z) > • et si D(z, r) est un disque fermé contenu dans W (quelconque),
1 R
on a • < u(z) = |D| D udl et comme, par semi-continuité supérieure, u est majorée uniformément
sur tout compact de W, u est intégrable sur D. Soit maintenant E l’ensemble des points de W possé-
dant un voisinage sur lequel u est intégrable. Par hypothèse le raisonnement précédent montre que
E rencontre toutes les composantes connexes de W. De plus, par ce qui précède, si z 2 W \ E, u est
identiquement égale à • au voisinage de z (sinon on peut trouver un disque fermé contenu dans W,
contenant z et centré en un point z tel que u(z) > • et on lui applique le premier raisonnement).
Ainsi E est fermé, et comme il est ouvert par définition il est égal à W. 2
P ROPOSITION 3.46. Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert W de C. Alors la fonction
(qui est à valeurs dans [ •, +•[) log | f | est sous-harmonique.
C OROLLAIRE 3.47. Si f est une fonction holomorphe dans un ouvert W de C, pour a > 0, la
fonction | f |a est sous-harmonique.
La fonction log+ est la fonction continue définie sur ]0, +•[ par
(
+ log s si s 1
log (s) =
0 si 0 < s < 1.
D ÉMONSTRATION . Il est entendu que log | f (z)| = • si f (z) = 0. Par suite, log | f | est sous-
harmonique dans W d’après la Proposition 3.46.
Les autres assertions en dérivent si nous appliquons le Proposition 3.42 avec log | f | à la place de
u et
j(t) = max(0,t) ou j(t) = e pt .
2
5. Exercices
2
E XERCICE 14. Soit W = {z 2 C, Re(z) ⌘ Déterminer les applications de classe C de R+
⇤
⇣ > 0}.
x2 +y2
dans R telles que u : W ! R , (x, y) 7! f x soit harmonique dans W.
E XERCICE 15. (1) Soient u et v deux fonctions harmoniques à valeurs réelles dans un ouvert
connexe W de C. A quelles conditions la fonction uv est-elle harmonique ? (remarquer que
la réponse dépend fortement du fait que les fonctions considérées sont à valeurs réelles).
(2) Montrer que u2 ne peut être harmonique dans W que si u est constante.
(3) Pour quelles fonctions f 2 Hol(W) la fonction | f |2 est-elle harmonique ?
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E XERCICE 16. (1) Soient D = D(0, 1) et u : D ! R continue et harmonique dans D. Si |z| <
1, on pose :
Z
1 2p eit + z it
g(z) = u(e )dt.
2p 0 eit z
Prouver que g 2 Hol(D) et que Re(g) = u.
(2) Soient W un ouvert connexe de C et ( fn )n une suite de fonctions holomorphes sur W. Si n 2 N,
on pose un = Re( fn ). On suppose que la suite (un )n converge uniformément sur tout compact
de W et qu’il existe z0 2 W tel que la suite ( f n (z0 ))n soit convergente. Montrer que la suite
( fn )n converge uniformément sur tout compact de W.
E XERCICE 17. Soit W un ouvert connexe de C et soit f : W ! C harmonique et telle que f 2 est
harmonique.
(1) Démontrer que f ou f est holomorphe.
(2) Si l’on remplace l’hypothèse " f 2 est harmonique" par | f |2 est harmonique, que dire de f ?
E XERCICE 18. Soit W un ouvert de C et soit f 2 Hol(W) ne s’annulant pas sur W. Démontrer
que log | f | est harmonique en calculant son laplacien
E XERCICE 19. Soit W un ouvert de C et soit f : W ! C une fonction harmonique. Montrer que
si g : W ! C défini par g(z) = z f (z) est harmonique alors f est analytique sur W.
E XERCICE 20. Soit W un ouvert simplement connexe de C et soit f 2 Hol(W) ne s’annulant pas
sur W. Démontrer que log | f | est harmonique (sans calculer son laplacien !).