Cauchy et Résidus : Définitions et Théorèmes
Cauchy et Résidus : Définitions et Théorèmes
Chapitre 2
Rappellons que ceci signifie, outre le fait que cette application est bien de classe C 1 de ]tk ,tk+1 [
dans C, qu’elle se prolonge en une application continue sur [tk ,tk+1 ], ayant une dérivée à droite
γ0 (tk+ ) en tk , une dérivée à gauche γ0 (tk+1
−
) en tk+1 , telles que
γ0 (tk+ ) = lim γ0 (t) et γ0 (tk+1
−
) = lim γ0 (t).
−
t→tk+ t→tk+1
γ
f (z)dz = ∑ ( f (γ(t))γ0 (t)dt.
k=0 tk
R R
De plus si ϕ est un changement de paramètres de γ et λ = γ ◦ ϕ, on a γ f (z)dz = λ f (z)dz si ϕ
R R
est admissible et γ f (z)dz = − λ f (z)dz sinon.
D ÉFINITION 2.3. Soit γ un lacet (i.e. un chemin fermé) de classe C 1 par morceaux dans C. On
note Imγ l’image de γ. On appelle indice de γ par rapport à un point a ∈ C \ Imγ le nombre
Z
1 dz
Ind(γ, a) =
2iπ γ z−a
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 19
D ÉMONSTRATION . Notons a = a0 < a1 < . . . < an = b les points d’une subdivision de [a, b]
telle que γ soit de classe C 1 sur [ai , ai+1 ], 0 ≤ i ≤ n − 1. Pour t ∈ [a, b], posons :
Z t 0
γ (s)
ϕ(t) = exp ds .
a γ(s) − z
D ÉFINITION 2.5. Soit Ω un ouvert de C. Soient γ1 et γ2 deux chemins continus dans Ω que l’on
suppose paramétrés sur I = [0, 1]. On dit que γ1 et γ2 sont homotopes (avec extrémités fixes) s’il ont
même origine et même extrémité et s’il existe une application continue δ : I × I → Ω telle que :
(1) Pour tout t ∈ I, δ(t, 0) = γ1 (t) et δ(t, 1) = γ2 (t),
(2) Pour tout u ∈ I, δ(0, u) = γ1 (0) = γ2 (0) et δ(1, u) = γ1 (1) = γ2 (1).
Dans le cas où γ1 et γ2 sont des chemins fermés (i.e. γ1 (0) = γ1 (1) = γ2 (1) = γ2 (1)) on dit aussi
que les chemins sont homotopes (comme chemins fermés) (dans ce cas on a δ(0, u) = δ(1, u) =
γ1 (0), ∀u ∈ I). De plus, on dit qu’un chemin fermé γ (i.e. γ(0) = γ(1) = a) est homotope à un point
s’il est homotope (comme chemin fermé) a un chemin constant γ1 (t) = a,t ∈ I.
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 20
Dans toute la suite, nous dirons simplement « homotopes » sous-entendant « avec extrémités
fixes » ou « comme chemins fermés ». On remarquera que l’homotopie ainsi définie dépends de
l’ouvert Ω dans lequel on considère les chemins. Par exemple le chemin t 7→ eit est homotope à un
point dans C mais ne l’est pas dans C∗ . Pour simplifier les notations, dans toute la suite les chemins
seront supposés paramétrés sur I = [0, 1] sauf précision contraire.
Si X est un espace topologique connexe par arcs, on dit qu’il est simplement connexe si tout
lacet tracé sur X est homotope à un point.
2. Théorème de Cauchy
T HÉORÈME 2.6. Soient U un ouvert de C et f une fonction continue sur U. Les conditions
suivantes sont équivalentes :
(1) f possède une primitive dans U.
(2) Pour tout chemin fermé γ dans U, on a
Z
f (z)dz = 0.
γ
D ÉMONSTRATION . 1)⇒ 2). Soient ([a, b] , γ) un chemin fermé dans U et F une primitive de f
dans U. Ona :
Z Z Z b
f (z)dz = F 0 (z)dz = F 0 [γ(t)] γ0 (t)dt = 0.
γ γ a
2)⇒ 1) Supposons 2) vérifié. Les composantes connexes de U étant ouvertes et deux à deux dis-
jointes, il suffit de construire une primitive de f sur chacune de ces composantes pour obtenir le
résultat. On peut donc supposer que U est connexe. Fixons z0 ∈ U. Comme U est un ouvert connexe
de C, il est connexe par arcs. Ainsi, si z ∈ U, il existe un chemin d’origine z0 et d’extrémité z. Soient
([a, b], γ1 ) et ([c, d], γ2 ) deux tels chemins. Le chemin γ, obtenu en composant γ1 et le chemin opposé
à γ2 est un chemin fermé dans U.
Z Z Z
0= f (z)dz = f (z)dz − f (z)dz.
γ γ1 γ2
où γ(z0 , z) est un chemin quelconque dans U d’origine z0 et d’extrémité z. Soient r > 0 tel que
D(z, r) ⊂ U et w ∈ C tel que |w| < r. Désignons par γ(z0 , z+w) un chemin d’origine z0 et d’extrémité
z + w. Enfin, notons γ le chemin composé de γ(z0 , z), du segment orienté [z, z + w], et du chemin
opposé à γ(z0 , z + w). On a :
Z Z Z Z
0= f (ζ)dζ = f (ζ)dζ + f (ζ)dζ − f (ζ)dζ.
γ γ(z0 ,z) [z,z+w] γ(z0 ,z+w)
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Il vient que
F(z + w) − F(z)
| − f (z)| ≤ sup {| f (ζ) − f (z)|/ζ ∈ [z, z + w]} .
w
La fonction f étant continue en z, on en déduit que F est dérivable en ce point et que F 0 (z) = f (z).
2
Par ailleurs la longueur `(∂N1 ) = 21 `(∂N). On repete le raisonnement avec N1 en lieu et place de N,
et ainsi de suite. On engendre ainsi une suite de triangles (Nn )n décroissante pour l’inclusion et tel
que `(∂Nn ) = 21n `(∂N).
En outre, Z Z
| f (z)dz| ≤ 4n | f (z)dz|, (n = 1, 2, 3, . . .). (5)
∂N ∂Nn
D’après le théorème des segments emboitées, il existe un unique point z0 appartenant à tous les Nn .
La fonction f est dérivable en z0 . Soit ε > 0. Il existe r > 0 tel que
pour tout z ∈ Dr (z0 ), et il existe n tel que Nn ⊂ Dr (z0 ). Pour cet entier n, on a aussi |z − z0 | ≤
2−n `(∂N) pour tout z ∈ Nn . Il vient alors que
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Z Z
f (z)dz = f (z) − f (z0 ) − f 0 (z0 )(z − z0 ) dz,
∂Nn ∂Nn
R
de sorte que | ∂Nn f (z)dz| ≤ ε(2−n `(∂N)2 . On déduit de cette dernière relation et de la relation (5)
que
Z
| f (z)dz| ≤ ε(`(∂N))2 .
∂N
/ N. Supposons maintenant que a soit un sommet du triangle par exemple
D’ou le résultat lorsque a ∈
A. Si A, B,C sont alignés, alors le résultat est trivial pour tout f continue. Sinon, choisissons deux
points x ∈ [AB] , ety ∈ [AC] tous deux voisins de A. Si a est un point arbitraire de N on utilise les
résultats précédents pour ABa, BCa et CAa. 2
T HÉORÈME 2.8 (Théorème de Cauchy pour un ensemble convexe). Soit Ω un ouvert convexe
de C, p ∈ Ω, f continue sur Ω et holomorphe sur Ω \ {p}. On a
Z
f (z)dz = 0
γ
si z 6= z0 . Etant donné ε > 0, la continuité de f implique qu’il existe δ > 0 tel que
Il vient que
F(z) − F(z0 )
|z − z0 | < δ ⇒ | − f (z0 )| < ε.
z − z0
2
(ici on a utilisé le fait que f 0 est continue). Mais l’expression figurant dans cette dernière intégrale
est nulle : ce que l’on intègre est la dérivée par rapport à t de la fonction
1
F(t) = f (1 − λ)z + λreit
λt
qui est périodique de période 2π. Ainsi, pour λ 6= 0,
Comme sa dérivée est identiquement nulle sur ]0, 1] g est constante sur [0, 1]. Comme g(0) = 0,
la constante est nulle. En particulier g(1) = 0, ce qui s’écrit
Z 2π
f (reit ) − f (z)
reit dt = 0
0 reit − z
ou encore
Z 2π Z 2π
reit reit
f (z) dt = f (reit )dt
0 reit − z 0 reit − z
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C OROLLAIRE 2.11. Si f est holomorphe dans un ouvert Ω, les dérivées successives f (n) de f
sont holomorphes dans Ω.
D ÉMONSTRATION . Ceci résulte du Théorème et d’une propriété classique des séries entières.
2
On vérifie que F est une primitive de f dans Dr (z0 ). Enfin, si f possède localement une primitive F,
de F 0 = f , on déduit que F est holomorphe, 2
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 25
P ROPOSITION 2.13 (Principe des zéros isolés). Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert
Ω, non identiquement nulle sur une composante connexe de Ω. Alors l’ensemble Z( f ) = {z ∈ Ω tels que f (z) =
n’a pas de points d’accumulation dans Ω. De plus, pour chaque z0 ∈ Z( f ) il existe un unique entier
m0 ≥ 1 et une fonction g holomorphe dans Ω qui ne s’annule pas en z0 tels que f (z) = (z−z0 )m0 g(z),
z ∈ Ω. L’entier m0 s’appelle la multiplicité (ou l’ordre) du zéro z0 de f . De plus 1f est holomorphe
sur Ω \ Z( f ).
la série entière ∑∞ an
n=m0 +1 am (z − z0 )
n−m0 convergeant uniformément au voisinage de z . Ceci montre
0
0
f (z)
que la fonction (z−z0 )m0est holomorphe au voisinage de z0 , ne s’annule pas en z0 , et, comme elle
est clairement holomorphe sur Ω \ {z0 }, elle est holomorphe sur Ω (Proposition précédente). Enfin
l’unicité de l’entier m0 est évidente. 2
C OROLLAIRE 2.14. Soient f et g deux fonction holomorphes sur un ouvert connexe Ω. Si l’en-
semble des points z de Ω tels que f (z) = g(z) a un point d’accumulation dans Ω alors f est iden-
tiquement égale à g. De plus s’il existe z0 ∈ Ω tel que, pour tout entier n on ait f (n) (z0 ) = g(n) (z0 )
alors f et g sont identiquement égales dans Ω.
D ÉMONSTRATION . Soit r > 0 tel que Dr (z0 ) ⊂ Ω. La fonction h : z 7→ h(z) = (z − z0 )2 f (z) est
holomorphe dans Dr (z0 )\{z0 }, et on montre facilement qu’elle l’est aussi en z0 , avec h0 (z0 ) = 0. Elle
est donc développable en série entière au point z0 . Et comme h(z0 ) = h0 (z0 ) = 0, les deux premiers
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 26
coefficients de la série entière sont nuls, c’est-à-dire qu’il existe une suite (an )n∈N telle que
+∞
h(z) = ∑ an(z − z0)n
n=2
pour tout z ∈ Dr0 (z0 ), 0 < r0 < r. On en déduit que
+∞
f (z) = ∑ an+2(z − z0)n
n=0
pour tout z ∈ Dr0 (z0 ) \ {z0 }. En prolongeant f par f (z0 ) = a2 , on voit que f est analytique dans
Dr0 (z0 ), et en particulier holomorphe au point z0 . 2
D ÉMONSTRATION . Si (3) est faux, il existe w ∈ C, r > 0 et δ > 0 tels que, dans l’ensemble
1
{0 < |z − z0 | < r} on a | f (z) − w| ≥ δ. Alors la fonction h(z) = f (z)−w est holomorphe dans {0 < |z − z0 | < r}
et est bornée au voisinage de z0 . La Proposition précédente dit alors que h est holomorphe dans
D(z0 , r). Si h(z0 ) 6= 0, f est bornée au voisinage de z0 et on est dans le cas (1) (Proposition précé-
dente). Supposons donc h(z0 ) = 0 et soit m la multiplicité de z0 de sorte que h(z) = (z − z0 )m h1 (z)
avec h1 (z0 ) 6= 0 et f1 = h11 est holomorphe au voisinage de z0 . Ainsi on a f (z) = w + (z − z0 )−m f1 (z)
au voisinage de z0 , et le développement en série entière de f1 montre que l’on est dans le cas (2) 2
C OROLLAIRE 2.18 (Théorème de Liouville). Soit f une fonction holomorphe dans C (une telle
fonction est appelée une fonction entière). Si f est bornée elle est constante.
1
D ÉMONSTRATION . En effet, si P ne s’annule pas, P est holomorphes dans C, et comme
lim |P(z)| = +∞
|z|→+∞
1
si P n’est pas constant, P est bornée et la conclusion résulte du Théorème de Liouville. 2
/ On a
est non vide. Ainsi la Proposition précédente montre que, si f n’est pas constante, E ∩ Ω = 0.
donc Me = M, et la Proposition s’en déduit. 2
P ROPOSITION 2.22 (Propriété de la moyenne). Soit f une fonction holomorphe dans un voisi-
nage ouvert d’un disque fermé D(z0 , r0 ). Alors
Z 2π
1
f (z0 ) = f (z0 + r0 eiθ )dθ
2π 0
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 28
R EMARQUE 2.23. La partie réelle et la partie imaginaire d’une fonction holomorphe vérifient
la propriété de la moyenne ci-dessus.
Nous verrons au chapitre suivant que les fonctions vérifiant le propriété de la moyenne sont les
fonctions harmoniques, et que, dans R2 , ce sont exactement les parties réelles (ou imaginaires) des
fonctions holomorphes.
P ROPOSITION 2.24 (Lemme de Schwarz). Soit f une fonction holomorphe dans le disque unité
D = {z ∈ C tels que |z| < 1} telle que f (0) = 0 et f (D) ⊂ D. Alors :
(1) Pour tout z ∈ D, on a | f (z)| ≤ |z|.
(2) | f 0 (0)| ≤ 1.
(3) S’il existe z0 ∈ D, z0 6= 0, tel que | f (z0 )| = |z0 | alors il existe une constante λ, |λ| = 1, telle
que, pour tout z ∈ D, f (z) = λz.
(4) Si | f 0 (0)| = 1, il existe une constante λ, |λ| = 1, telle que, pour tout z ∈ D, f (z) = λz.
f (z)
D ÉMONSTRATION . En effet, l’hypothèse f (0) = 0 implique que la fonction z est holomorphe
f (z) 1
dans D, et, la seconde hypothèse sur f implique que pour 0 < ε < 1, si |z| = 1 − ε, on a z ≤ 1−ε .
Le principe du maximum global (Proposition 2.21) donne alors f (z) z ≤ 1 pour tout z ∈ D, ce qui
donne le (1) et le (2) Sous l’hypothèse du (3), le principe du maximum local (Proposition 2.20)
montre que z 7→ f (z)
z est constante, c’est-à-dire qu’il existe une constante λ telle que f (z) = λz, et
f (z)
comme | f (z0 )| = |z0 |, on a |λ| = 1. Enfin, l’hypothèse du (4) montre que z a un maximum local
au point 0 et on conclut de même. 2
Dans le prochain résultat, nous donnons un exemple classique de « principe du maximum global
» pour une fonction holomorphe sur un ouvert non borné de C, et montrons, par un exemple que ce
principe n’est pas vrai, en général, dans ce contexte :
T HÉORÈME 2.25 (Théorème de Phragmen-Lindelöf). Soit Ω = {z ∈ C tels que − ∞ < a < Rez < b < +∞}
Soit f une fonction holomorphe dans Ω, continue dans Ω et bornée. Pour a ≤ x ≤ b, on pose
M(x) = supRez=x | f (z)|. Alors, pour a < x < b, on a M(x)b−a ≤ M(a)b−x M(b)x−a .
D ÉMONSTRATION . Supposons tout d’abord M(a)M(b) > 0 et considérons le cas M(a) = M(b) =
1
1. Pour ε > 0 posons hε (z) = 1+ε(z−a) . On vérifie aussitôt que |hε (z)| ≤ 1 sur Ω, et, par suite, pour
z ∈ ∂Ω, | f (z)hε (z)| ≤ 1. D’autre part, |1 + ε(z − a)| ≥ ε |Imz|, et, si | f | ≤ B sur Ω (hypothèse !), en
B
tout point z de Ω on a | f (z)hε (z)| ≤ ε|Imz| . Considérons alors le rectangle
B
Rε = Ω ∩ |Imz| ≤ .
ε
D’après ce qui précède, on a | f (z)hε (z)| ≤ 1 sur la frontière de Rε , et le principe du maximum global
(Proposition 2.21) dit que cette inégalité reste vrai sur Rε . Soit z un point de Ω fixé. Il existe ε0 > 0
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 29
tel que pour tout ε ≤ ε0 on a z ∈ Rε et donc | f (z)hε (z)| ≤ 1. Comme limε→0 hε (z) = 1, on a | f (z)| ≤ 1
ce qui prouve le Théorème dans ce cas.
b−z z−a
Pour le cas général, lorsque M(a)M(b) > 0, considérons la fonction g(z) = M(a) b−a M(b) b−a . g
est holomorphe sur Ω, ne s’annule pas et
b−z z−a
Re log M(a) et Re log M(b)
b−a b−a
sont minorés sur Ω de sorte que 1
g est bornée sur Ω et donc aussi gf . Comme |g(z)| = M(a) sur
f
{Rez = a} et |g(z)| = M(b) sur {Rez = b}, g vérifie les hypothèses du cas particulier traité précé-
f
demment donc g ≤ 1 sur Ω ce qui est le résultat cherché.
Reste le cas M(a)M(b) = 0. Alors il existe clairement une suite εn de réels positifs qui tends vers
0 telle que si on remplace f par f + εn on a, pour cette nouvelle fonction, M(a)M(b) > 0, ceci pour
tout n. On peut donc lui appliquer l’inégalité que nous venons de démontrer. Comme, pour chaque
x ∈ [a, b], la suite de fonctions y 7→ f (x + iy) + εn converge vers y 7→ f (x + iy) uniformément sur R,
la démonstration est terminée 2
En particulier, M(x) ≤ max {M(a); M(b)} ce qui est le « principe du maximum global », mais il
faut noter que l’inégalité donne un renseignement plus fort puisque, en particulier, si M(a) ou M(b)
est nul, alors f est identiquement nulle.
Si on supprime l’hypothèse « f est bornée sur Ω», il se peut que f soit bornée sur le bord de Ω
sans être bornée sur Ω comme le montre l’exemple suivant :
L EMME 2.28. Soit g une fonction holomorphe sur C (0, R1 , R2 ). Alors l’intégrale
Z
d(z)dz
C(0,r)
D ÉMONSTRATION . Soient R1 < r1 < r2 < R2 les chemins fermés C(0, r1 ) et C(0, r2 ) sont ho-
motope (utilisez l’homotopie Γ(s,t) = (1 − s)r1 + sr2 )eit ). La conclusion s’ensuit. 2
P ROPOSITION 2.29. Soit f une fonction holomorphe sur la couronne C (0, R1 , R2 ). Soit z ∈
C (0, R1 , R2 ) et soient r1 , r2 tels que R1 < r1 < |z| < r2 < R2 . Alors les intégrales
Z Z
f (w) f (w)
dw et dw
C(0,r1 ) w − z C(0,r2 ) w − z
f (w)
D ÉMONSTRATION . On applique le lemme 2.28 à la fonction holomorphe w 7→ w−z sur la cou-
ronne C (0, R1 , |z|) pour obtenir que la première intégrale ne dépend pas de r1 . On l’applique à la
même fonction sur C (0, |z|, R2 ) pour obtenir le résultat analogue sur la deuxiéme intégrale.
Il reste à démontrer la formule donnant f (z). On considère la fonction g : C (0, R1 , R2 ) → C
définie par
(
f (w)− f (z)
w−z si w 6= z
g(w) = 0
f (z) si w = z.
Elle est évidemment holomorphe sauf peut-être en w = z. En fait, elle l’est aussi en ce point. Donc g
est holomorphe sur la couronne C (0, R1 , R2 ). On peut donc lui appliquer le lemme 2.28 pour obtenir
Z Z
f (w) − f (z) f (w) − f (z)
dw = dw.
C(0,r1 ) w−z C(0,r2 ) w−z
R R R R
Or nous avons C(0,r1 ) f (w)− f (z)
w−z dw =
f (w)
C(0,r1 ) w−z dw et C(0,r2 )
f (w)− f (z) f (w)
w−z dw = C(0,r2 ) w−z dw−2πi f (z).
Le résultat s’ensuit. 2
T HÉORÈME 2.30. Toute fonction holomorphe dans une couronne C (0, R1 , R2 ) est développable
en série de Laurent dans cette couronne. Les coefficients du développement de f se calculent par la
formule
Z
1
an = z−n−1 f (z)dz.
2π C(0,r)
pour r quelconque dans ]R1 , R2 [ .
D ÉFINITION 2.31. Soit C une couronne de la forme C = {z ∈ C tels que 0 < |z − z0 | < r ≤ +∞}.
Soit f une fonction holomorphe dans C et soit ∑+∞ n
−∞ an (z − z0 ) son développement en série de
Laurent. Le coefficient a−1 de cette série s’appelle le résidu de f en z0 et sera noté Res( f ; z0 ).
De plus :
(1) S’il existe n0 ∈ N∗ tel que a−n0 6= 0, on dit que f a une singularité en z0 (ou que z0 est une
singularité de f ), et :
(a) si an = 0 pour tout n < −n0 , on dit que f a un pôle en z0 d’ordre (de multiplicité) n0 ,
(b) sinon on dit que z0 est une singularité essentielle de f .
(2) Soient Ω un ouvert de C. Soit f une fonction holomorphe dans Ω privé d’un sous-ensemble
discret A (i.e. sans point d’accumulation dans Ω ou encore dont tout point est isolé dans Ω).
On dit que f est méromorphe dans Ω si tout point de A est un pôle de f .
On notera que cette définition est en accord avec celle introduite à la Proposition 2.16. La re-
marque suivante résulte aussitôt de la théorie des séries entières.
P ROPOSITION 2.32. Si f est une fonction méromorphe dans Ω alors sa dérivée f 0 est aussi
méromorphe dans Ω.
Les exemples suivants résultent du principe des zéros isolés (Proposition 2.13) :
T HÉORÈME 2.34 (Théorème des Résidus). Soit Ω un ouvert de C. Soient zi , 1 ≤ i ≤ n des points
deux-à-deux distincts de Ω. Soit f une fonction holomorphe dans Ω \ {zi , 1 ≤ i ≤ n}. Soit γ un lacet
dans Ω \ {zi , 1 ≤ i ≤ n} homotope à un point dans Ω. Alors
Z n
1
f (z)dz = ∑ Ind(γ, zi )Res( f , zi ).
2iπ γ i=1
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 32
le développement en série de Laurent de f au point zi , la série Qi convergeant dans {|z − zi | > 0}.
Alors f − Qi est holomorphe au voisinage de zi et, donc, f − ∑ni=1 Qi est holomorphe dans Ω. Le
Théorème de Cauchy donne donc
Z n Z
f (z)dz = ∑ Qi (z)dz.
γ i=1 γ
Comme Qi est une série qui converge uniformément (et même normalement) dans {|z − zi | ≥ ε > 0},
on a
Z −1 Z
Qi (z)dz = ∑ cik (z − zi )k dz
γ −∞ γ
R
et, si k 6= 1, la forme (z − zi )k dz étant exacte dans {|z − zi | > 0}, on a k
γ (z − zi ) dz = 0. D’où le
résultat, par définition de l’indice (Définition 2.3). 2
1 a 4aiz
f (z) = = −
iz a2 − 14 (z − 1z )2 (z2 + 2az − 1)(z2 − 2az − 1)
L EMME 2.35 (Lemme : Lemme du petit cercle). Soient α, β ∈ [0, 2π] et γr : [α, β] → C, t 7→
a + reit un chemin dont l’image est un arc de cercle. Soit f une fonction holomorphe dans un disque
épointé D(a, R) \ {a}. On suppose que a est un point régulier ou un pôle simple de f . Alors :
Z
lim f (z)dz = (β − α)iRes( f , a).
r→0 γr
D’autre part :
Z Z β
dz
= idt = (β − α)i.
γr z−a α
D’où le résultat.
L EMME 2.36 (Lemme du grand cercle). Soient α, β des éléments de [0, 2π] et γR : [α, β] → C,
t 7→ Reit un chemin dont l’image est un arc de cercle. Soit f une fonction holomorphe dans un ouvert
U de C contenant imγR pour R assez grand. On pose
D ÉMONSTRATION . Soit ε > 0. Si R est assez grand, on a RM(R) < ε. Dans ce cas :
Z
ε
f (z)dz ≤ long(γR ) = ε |β − α| .
γR R
D’où l’assertion.
L EMME 2.37. Avec les notations du lemme précédent, on suppose que α, β ∈ 0, π2 et que M(R)
tend vers 0 si R tend vers +∞. Soit Z
IR = f (z)eiz dz.
γR
Alors IR tend vers 0 si R tend vers +∞.
D ÉMONSTRATION . Soit g : 0, π2 → R+ , t 7→ sint
t · Il vient :
t cost − sint cost
g0 (t) = = 2 (t − tant) ≤ 0.
t2 t
Ainsi, g est décroissante. Par suite, si 0 ≤ t ≤ π2 , on obtient :
2t
≤ sint.
π
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 34
On en déduit :
Z β Z β
it iReit it
|IR | = iR f (Re )e e dt ≤ RM(R) e−R sint dt
α α
Z +∞
2Rt πM(R)
≤ RM(R) e− π dt = .
0 2
2
R
3.1.3. Calcul de l’intégral I = 0+∞ t −α F(t)dt. On suppose que 0 < α < 1, F est une fraction
rationnelle à coefficients réels vérifiant F(0) 6= 0, degF ≤ −1, et dont les pôles a1 , . . . , an n’appar-
tiennent pas à R+ .
On note Γr,R le chemin dont l’image est illustrée par le dessin suivant.
On a :
Z
F(z)
J= dz = 2iπ (Res( f , a1 ) + . . . + Res( f , an )) .
Γr,R ϕ0 (z)
D’autre part :
Z Z
F(z) F(z)
dz = dz = 0.
γ1,r,R ϕ1 (z) γ2,r,R ϕ2 (z)
MASTER 2018-19 – 2 – Formules de Cauchy et théorème des résidus – 35
avec k = 0, 1, 2 et imγ ⊂ imχr ou imγ ⊂ imχR . Les intégrales telles que imγ ⊂ imχR tendent vers
0 quand R tend vers l’infini d’après les hypothèses et le lemme 2.36. Pour les intégrales telles que
imγ ⊂ imχr , on trouve facilement :
Comme 0 n’est pas un pôle de F et que 0 < α < 1, ces intégrales tendent vers 0 si r tend vers 0.
Compte tenu de tout ce qui précède, on a donc obtenu :
2πi
I= (Res( f , a1 ) + . . . + Res( f , an )) .
1 − e−2iπα
R +∞ t α lnt
3.1.4. Calcul de l’intégrale I = 0 t 2 −1
dt, avec −1 < α < 1. On va utiliser le chemin Γr,R
suivant :
(1 + eiαπ )(Jr + Kr,R ) + iπeiαπ (Lr + Mr,R ) + N0,R − N0,r − N−1,r − N1,r = 0.
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4. Exercice
E XERCICE 7 (singularités essentielles ou non). Quel est le type des singularités des fonctions
suivantes
1 πz 1 1
z 7→ 2 cos ; z 7→ cotanz − ; z 7→ z(e z − 1)?
z −1 z+1 z
E XERCICE 8. Soit U un ouvert de C et a ∈ U. Soit également f holomorphe sur U \ {a} admet-
tant une singularité essentielle en a. Soit g une fonction entière non constante.
(1) Prouver que g(C) = C.
(2) En déduire que a est un point singulier essentiel de g ◦ f .
E XERCICE 9. Reprendre les calculs d’intégrales 1., 2. et 3. du sous-paragraphe ??. Pour le 3.,
t−1
vous pouvez travailler avec la fraction rationnelle F(t) = (t+1)(t+2) .
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E XERCICE 10. Soient f et g deux fonctions holomorphes dans C et telles que | f (z)| ≤ |g(z)|
pour tout z ∈ C. Montrer que f = λg, où λ est un nombre complexe tel que |λ| ≤ 1. Que peut-on dire
d’une fonction entière f telle que | f (z)| ≤ eRez ?
E XERCICE 12. Soit D le disque unité et f une fonction holomorphe dans D telle que f (0) = 1
et Re f (z) ∈ R+ pour tout z ∈ D. On définit g : D → C par :
f (z) − 1
g(z) =
f (z) + 1
(1) En utilisant e− f , prouvez que Re f (z) > 0 pour tout z ∈ D.
(2) Montrer que, pour z ∈ D, on a |g(z)| ≤ |z|.
1−|z| 1+|z|
(3) En déduire que, pour z ∈ D, on a : 1+|z| ≤ | f (z)| ≤ 1−|z| .
(4) Que peut-on dire s’il existe a ∈ D \ {0} pour lequel l’une ou l’autre des inégalités 3) est une
égalité ?
E XERCICE 13 (lemme de Schwarz). Soit f une fonction holomorphe du disque unité ouvert
D(0, 1) dans lui-même. Montrer que si z et w sont deux points de ce disque, on a
f (z) − f (w) z−w
≤
1 − f (w) f (z) 1 − wz
Que peut-on dire s’il y a égalité pour deux points z et w distincts ?
Indication : à partir de la fonction
f (z) − f (w)
z 7→
1 − f (w) f (z)
on essaiera de construire une fonction holomorphe de D(0, 1) dans lui-même s’annulant en 0.