THEME N°21 : La Caisse de la retraite :
CMR : La Caisse Marocaine de la Retraite ;
RCAR : Le Régime Collectif des Allocations de la Retraite ;
CNSS : La Caisse Nationale de la Sécurité Sociales ;
CIMR : La Caisse Interprofessionnelle Marocaine de la Retraite.
Introduction
Les effets conjugués du ralentissement économique et du vieillissement démographique
placent aujourd’hui, partout dans le monde, la pérennité des régimes de retraite et leur
viabilité financière à long terme parmi les grands enjeux économiques, sociaux et politiques.
Au Maroc, le financement des systèmes de retraite, en particulier ceux fondés sur le principe
de la répartition, commence à montrer des signes d’essoufflement.
La situation des équilibres financiers de l'ensemble des caisses nationales de retraite est
devenue une préoccupation des pouvoirs publics, dans la mesure où les études actuarielles
récentes constatent que les régimes de retraite actuels cumulent une dette implicite qui est à
la fois non couverte et qui s’aggrave. Les droits déjà acquis n’étant pas couverts par les réserves
actuelles et les prévisions des charges et des recettes futures étant, pour leur part,
déséquilibrées.
La mise en place de réformes du système de retraite est donc fondamentale. Une simple action
sur les paramètres, en conservant l’architecture actuelle, pourrait allonger l’horizon de
viabilité des régimes, et en particulier la CMR, pendant quelques années, mais ne pourrait pas
résoudre la problématique de la viabilité de la plupart des régimes. Il est donc nécessaire que
toute réforme paramétrique soit introduite comme une étape vers une réforme globale de
l’ensemble du système de retraite au Maroc.
Diagnostic :
Le système de retraite en vigueur au Maroc, se caractérise par les traits saillants suivants :
Diversité et non convergence des régimes :
chaque régime a été institué à un moment donné, pour une population déterminée,
dans des circonstances particulières et avec un cadre juridique distinct ;
Les régimes de retraite en vigueur sont régis par des règles et des paramètres de
fonctionnement non harmonisés ;
Faible taux de couverture des actifs : le dispositif actuel arrive à peine à couvrir 33% de
la population active, soit 3,4 millions d’actifs sur 10,5 millions ;
Non pérennité et déséquilibre structurel de certains régimes :
selon les projections actuarielles à l’horizon 2060, le total des engagements non
couverts des différents régimes, actualisé à fin 2011, s’élève à 813 milliards DH ;
Les déficits financiers des régimes sont attendus dès 2014 pour la CMR, 2021 pour
la CNSS et 2022 pour le RCAR ;
La situation du régime des pensions civiles de la CMR est la plus préoccupante et la
plus urgente à traiter ;
Absence de passerelles entre les régimes existants :
un souci de mobilité des travailleurs entre le secteur privé et le secteur public ;
non fluidité dans le marché de l’emploi ;
Diversité des modes de gouvernance : chaque régime est géré selon un modèle de
gouvernance différent.
Régime des pensions civiles de la CMR :
À partir de 2014, le solde technique va s’inscrire dans un trend baissier irréversible. ;
Les réserves vont alors décroître jusqu’à devenir négatives à partir de 2021 ;
La dette du régime non-couverte, accumulée à l’horizon 2060, est estimée à 583 milliards
DH ;
Le taux de cotisation permettant d’assurer l’équilibre devrait atteindre 52%, ce qui est
évidement insoutenable, est ce à l’horizon de 2060 ;
Un système qualifié de généreux : pour toute année de cotisation, le régime offre une
annuité de 2,5% soit un taux de remplacement qui peut atteindre 100% du dernier
salaire ;
le dernier salaire comme assiette de liquidation : la pension de retraite est liquidée sur la
base du dernier salaire et non d’un salaire moyen de la carrière ou d’une partie de la
carrière, ce qui amène à servir des pensions élevées et sans corrélation avec le niveau des
cotisations consenties ;
le rapport démographique est passé de 12 actifs pour un retraité en 1986, à 6 en 2001, 3
en 2012 et devrait atteindre 1 dès 2024, date à partir de laquelle le régime comptera plus
de retraités que d’affiliés cotisants.
Régime général du RCAR :
l’inadaptation de certains de ses paramètres et principalement la revalorisation des
pensions ce qui risque de poser des contraintes pour le financement de la revalorisation.
Comme par exemple dans le cas d’une baisse importante des rendements des réserves du
régime, surtout quand la conjoncture est défavorable ;
les projections à l’horizon 2060 montrent que les indicateurs démographiques du RCAR
devraient connaître une détérioration substantielle du rapport démographique qui est
déjà à un niveau assez bas, soit 3 actifs pour un retraité, pour se situer à 0,8 à partir de
2045 ;
Son solde financier deviendrait négatif à partir de 2022 et les réserves ne seraient
épuisées qu’en 2042.
Régime de retraite de la CNSS :
La population d’actifs cotisants au régime de retraite de la CNSS continuera à s’accroître
jusqu’à 2060 pour atteindre 11,9 millions contre 2,7 millions à fin 2012 ;
Une dégradation du rapport démographique dans le futur, qui passera de 9,6
actuellement à 3,9 en 2060 ;
La fragilité du régime provient de la sous tarification des droits pendant les quinze
premières années d’activité, soit 3.240 jours où chaque période de 216 jours de cotisation
est équivalente à une annuité d’environ 3,33% ;
Le solde technique et financier du régime serait négatif à partir de 2021 et que les
réserves devraient être totalement épuisées en 2030 ;
Pour que le régime puisse continuer à fonctionner jusqu’à 2060 il serait nécessaire de
porter le taux de cotisation à 16,63% au lieu de 11,89% actuellement ;
Régime de retraite complémentaire de la CIMR :
Les projections actuarielles montrent, que le régime complémentaire géré par la CIMR ne
connaîtra pas d’épuisement de réserves durant la période de projection (2060), malgré
l’apparition d’un déficit technique entre 2033 et 2050 ;
Le régime devrait assurer le service normal de ses prestations jusqu’à 2060 ;
La faiblesse majeure de ce régime réside dans son mode de fonctionnement par
répartition alors qu’il a un caractère facultatif ;
Le double défi de sa pérennité est tributaire de nouvelles adhésions et de l’application
stricte et continue de la juste tarification.
Gouvernance des régimes :
Les régimes de retraite connaissent des insuffisances dues à leur système de gouvernance et
à certaines règles de gestion, qui varient d’un régime à un autre. Parmi celles-ci :
Absence d’un véritable conseil d’administration (RCAR) ;
Statut d’association de la CIMR non soumise au contrôle des pouvoirs publics ;
Insuffisance des mécanismes de pilotage (CMR notamment) ;
Faible efficacité des mécanismes de contrôle (CNSS) ;
Différentes règles de gestion et de placement des réserves.
Faits marquants de l’année 2016
En vue de renforcer ses équilibres financiers, une réforme paramétrique a été adoptée en Août
2016.
Cette réforme progressive a porté sur les mesures suivantes :
le relèvement la contribution de l’Etat et des affiliés de 4 points chacun sur une durée de
4 ans à partir de 2016 ;
l’adoption du salaire annuel moyen des huit dernières années de travail comme assiette
de liquidation des pensions sur une durée de 4 ans à partir de 2017 ;
la révision du taux annuel de calcul des pensions de 2,5% à 2% à partir du 1er janvier
2017, tout en préservant le taux de 2,5 % pour les droits acquis avant cette date ;
le relèvement de la durée de service effectif pour bénéficier de la retraite anticipée à 18
et 24 ans, respectivement, pour les affiliés de sexe féminin et masculin, avec application
d’un taux d’annuité de 1,5% à partir du 1er janvier 2017. Toutefois cette condition n’est
pas applicable pour les affiliés qui comptent 41 ans d’activité pour lesquels le taux
d’annuité a été maintenu à 2% ;
le relèvement du montant mensuel du seuil minimal de la pension de 1.000 DH à 1.200 DH en
2016, à 1.350 DH en 2017 et à 1.500 DH en 2018. Cette dernière mesure concerne,
également, les affiliés du régime des pensions militaires.
Proposition de Réforme par la Cour des Comptes
Première phase : Une réforme paramétrique (2013)
La réforme paramétrique proposée aura pour principal objectif :
D’augmenter l’horizon de viabilité et diminuer la dette des régimes les plus fragiles
notamment celui de la CMR dans la perspective d’une réforme systémique devant toucher
l’ensemble des régimes ;
La réforme constitue aussi une première phase de convergence des paramètres et
d’harmonisation des régimes de retraite existants dans le but d’en rapprocher les règles
de fonctionnement ;
Faciliter l’intégration sur le long terme.
Régime des pensions civiles de la CMR :
L’âge légal de départ à la retraite devrait être porté à 65 ans sur un horizon de 10
années tout en laissant la possibilité aux affiliés de prolonger leur activité pour
bénéficier d’une retraite à taux plein. Au-delà d’un certain âge, à fixer, le
prolongement devrait être adéquatement encadré ;
L’assiette de calcul des droits est progressivement devrait être porté à la moyenne
des salaires des 10 à 15 dernières années au lieu du dernier salaire d’activité ;
Le taux d’annuité devrait être passé à 2% au lieu de 2,5% actuellement ;
Le taux de cotisation de 30% devrait être répartit comme suit :
24% pour le régime de base en répartition au lieu de 20 % actuellement ;
6% pour un régime additionnel obligatoire en capitalisation répartis à parts
égales entre l’employeur et l’employé.
Régime général du RCAR :
L’âge légal de départ à la retraite devrait être porté à 65 ans sur un horizon
de 10 années selon le même schéma que le régime des pensions civiles de
la CMR ;
Au niveau de la revalorisation, une révision à la baisse du taux actuel de revalorisation
des pensions à un niveau des 2/3 (66%) de l’évolution du salaire moyen du régime.
Régime de retraite de la CNSS :
L’âge légal de départ à la retraite devrait être maintenu à l’âge de 60 ans, en laissant la
possibilité aux affiliés qui le souhaitent de prolonger leur activité jusqu’à 65 ans ;
Le taux de remplacement devrait être relevé à 75% au lieu des 70% actuellement afin
d’offrir la possibilité aux salariés désireux de poursuivre leur activité d’augmenter leurs
droits ;
Le taux de cotisation devra connaître une augmentation progressive de 11,89% à 14%
sur une période de 5 années ;
Le nombre de jours nécessaires pour pouvoir bénéficier de 50% des droits devrait être
porté à 4.320 jours au lieu de 3.240 jours actuellement. Cette augmentation, qui sera
progressive et étalée sur une période de 10 années ;
L’amélioration des mécanismes de contrôle au sein de la CNSS pour lutter contre la fraude
sociale qui impacte négativement la pérennité et l’efficacité du système de retraite des
salariés du secteur privé ;
La création d’un organe indépendant de veille et de suivi du système, qui aura pour
mission notamment le suivi permanent de la situation du système de retraite et
l’accompagnement de la mise en œuvre de la réforme ;
Deuxième phase : vers une réforme systémique en deux étapes
Il s’agira d’introduire des réformes permettant en particulier d’assurer :
Une plus grande convergence et harmonisation des différents régimes ;
Une deuxième étape où le système cible comprenant en particulier un régime de base
généralisé sera mis en place.
Etape n° 1 : vers le début d’une réforme systémique
Cette étape, qui devrait être effectivement réalisée dans un horizon de 5 à 7 années, ne
devrait constituer qu’une transition vers la mise en place d’un régime de base unique
généralisé qui devait couvrir l’ensemble des actifs des secteurs public et privé.
Les principaux avantages attendus sont notamment :
la mise en place d’une tarification plus adaptée ;
Le rapprochement des paramètres des régimes et des règles de liquidation pour une plus
grande convergence et harmonisation.
Parmi les principales options qui pourraient être envisagées dans cette étape :
Soit, la mise en place de deux pôles de retraite public et privé qui consistera
essentiellement à fusionner les régimes du secteur public ;
Soit le maintien des régimes avec notamment une réforme profonde du régime des
pensions civiles de la CMR en vue de son rapprochement avec les régimes existants
surtout au niveau du plafonnement.
Les contraintes posées resteront principalement :
Le besoin important de financement de la dette non couverte ;
L’insuffisance du moteur démographique dans le secteur public.
Etape n°2 : Vers un système à régime de base unique
Dans cette étape, qui serait le couronnement du processus de la réforme, la Cour des
comptes propose d’opter pour un régime de base unique avec des paliers complémentaires
obligatoires et facultatifs.
Régime de base unique :
Les principales caractéristiques de ce régime qui devrait couvrir l’ensemble des actifs
sont :
Le plafonnement à un niveau qu’il conviendra de déterminer ;
Un taux de remplacement permettant d’assurer un niveau de pension convenable ;
Des taux de cotisation compatibles avec les impératifs de compétitivité, de
préservation du pouvoir d’achat des cotisants et de la viabilité du régime ;
Un effort de cotisation plus important de la part de l’employeur ;
Une focalisation sur la couverture retraite : le régime ne devrait pas supporter
d’autres prestations connexes (capital décès, pension d’invalidité, allocations
familiales) qui devraient être prises en charge séparément ;
Le régime de base devrait fonctionner en répartition et sa gestion confiée à un
organisme public.
Régimes complémentaires :
Ils sont destinés à prendre en charge la partie du salaire ou du revenu dépassant le seuil
couvert par le régime de base en vue de doter les actifs d’un complément de pension leur
garantissant un taux de remplacement convenable.
Les régimes complémentaires devraient prendre en considération les facteurs suivants :
Les régimes devraient être à cotisations définies ;
Le partage des cotisations entre employeurs et salariés serait différent de celui en
vigueur pour le régime de base ;
Les régimes complémentaires puissent fonctionner en mode capitalisation, sans
écarter l’option de la répartition en particulier dans le secteur privé ;
Le caractère obligatoire de ces régimes pourrait, dans un premier lieu, être limité au
secteur public, tandis que la couverture serait facultative dans le secteur privé avant
d’être progressivement étendue.
Régimes facultatifs :
Ils seront destinés à prendre en charge, sur une base facultative, la partie des salaires
ou revenus supérieure au plafond des régimes complémentaires ;
le mode de fonctionnement approprié est la capitalisation ;
les cotisations seront supportées exclusivement par les affiliés ;
La mise en place de régimes spécifiques gérés par des organismes dédiés pourrait être
envisagée.
Perspectives
CMR :
L’augmentation de l’horizon de viabilité du régime des pensions civiles à 2028, soit sept
années supplémentaires et la réduction de la dette implicite de près de 60% à l’horizon
2060 ;
La mise en place d’un régime additionnel et l’effet de l’abattement fiscal, la réforme
paramétrique proposée devrait maintenir les pensions servies à un niveau proche de la
situation actuelle et par conséquent préserver le pouvoir d’achat des retraités ;
les pensions seront liquidées à l’âge légal. toutefois en cas de départ anticipé, et à la
demande des affiliés, la liquidation pourra se faire avant l’âge légal moyennant
l’application d’une décote adéquate permettant de préserver la neutralité de l’opération
pour le régime.
RCAR :
Absorber les engagements non couverts du régime et de prolonger son horizon de
viabilité au-delà de 2060.
CNSS :
Améliorer l’horizon de viabilité du régime d’au moins 15 années et de réduire la dette non
couverte, à l’horizon 2060, de plus de 50% ;
Eviter l’augmentation des prélèvements obligatoires et préserver aussi bien la
compétitivité des entreprises que le pouvoir d’achat des salariés cotisants, il convient de
privilégier la possibilité de couvrir cette augmentation des cotisations par un
redéploiement au niveau des autres cotisations sociales gérées par la CNSS ;