0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
73 vues5 pages

Crise familiale dans Juste la fin du monde

Transféré par

aquillien
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
73 vues5 pages

Crise familiale dans Juste la fin du monde

Transféré par

aquillien
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

LL2 Juste la fin du monde, Partie II scène 2 (L32 à 122)

Introduction
Dramaturge, acteur et metteur en scène de la fin du 2Oème siècle, Jean-Luc Lagarce, mort en 1995 est aujourd'hui l'un des auteurs contemporains les plus
joués. Juste la fin du monde, pièce la plus connue de l'auteur, a été écrite entre 1988 et 1990, époque à laquelle il apprenait sa séropositivité.(Cf Journal de
Lagarce)
Cette pièce raconte le retour de Louis dans sa famille après des années d'absence, retour motivé par le désir de leur annoncer sa mort prochaine. Mais
l'impossibilité de la communication entre les personnages ne va pas permettre à Louis de mener son projet à bien et il repartira sans avoir rien dit.
Le passage étudié se situe dans la dernière partie de la pièce après que Louis ait décidé et annoncé son départ, annonce qui va provoquer un conflit familial né
de la volonté d'Antoine d'accompagner son frère pour « faciliter » son départ.
Problématique
En quoi peut-on dire que cette scène de départ va révéler la véritable crise en jeu dans la pièce, opposant les différents membres de la famille de manière
irréversible ?
Annonce du plan de lecture
Mouvement 1 : La rivalité fraternelle au cœur de la crise (L32 à 79)
Mouvement 2 : Quand l’échec du langage fait surgir la violence (L80 à 122)

Conclusion
Cette scène met en lumière l’échec du langage qui ne parvient pas à réconcilier les individus mais uniquement à renforcer les conflits. À partir d’un simple
désaccord sur la personne qui raccompagnera Louis, une querelle se déclenche et s’envenime jusqu’au meurtre fratricide symbolique. Chaque personnage
reste enfermé à l’intérieur de lui-même. Cette scène violente constitue le point culminant de la pièce et en précipitant le départ de Louis, précipite également
la chute de la pièce.
Ouverture : JLFDM, Partie 1 scène 11 (comparaison des 2 postures d'Antoine) ou scène de départ dans le film de Dolan https://youtu.be/vjtjFhZUY6c

Mouvement 1 : La rivalité fraternelle au cœur de la crise (L32 à 79)


ANTOINE. — Suzanne, j'ai dit que je Apostrophe “Suzanne” : Antoine interpelle sa sœur (autorité) mais a
l'accompagnais, recours à la 3e personne (distance)
elle est impossible, Passage du elle (distance) au tu “elle est impossible” : adjectif dépréciatif qui indique
tout est réglé mais elle veut à nouveau tout changer, (accusateur) l’absence totale de communication entre le frère et la sœur.
tu es impossible, impossible x2 = adj dépréciatif Antoine ne prononce pas le prénom de Louis, il le désigne
il veut partir ce soir et toi tu répètes toujours les par le pronom “il” : distance
mêmes Pronom 3ème pers pour désigner Effet d’insistance sur la volonté de “partir” de Louis c’est ce
choses, Louis départ qui déclenche la crise familiale (ressassement
il veut partir, il part, Polyptote sur partir + parole d’Antoine qui est obsédé par cette volonté qu’il vit comme
performative (l'action se réalise en un désaveu, un abandon)
étant formulée)
je l'accompagne, on le dépose, c'est notre route, Rythme saccadé (nombreuses Évolution de “il veut partir” (x2) à “il part” : parole
cela ne nous gênera pas. virgules) performative (l’action se réalise en étant formulée)
LOUIS.— Cela joint l'utile à l'agréable.
épanorthose ou gradation Expressions proverbiales (maximes) : voix de la sagesse
ANTOINE. — C'est cela, voilà, exactement, populaire // mais opposition des 2 frères :
comment est-ce qu'on dit ? Jeu sur les maximes Louis choisit une maxime positive (“utile” + “agréable”) -
« d'une pierre deux coups » Antoine choisit la violence “pierre” / “coups” Rappelle la
parabole biblique d’Abel et Caïn : expression du désir
fratricide. Autre interprétation possible de la parole de
Louis :Proverbe ici ironique, Louis associe l’utile (le plan de
son frère) à l’agréable (ironique puisque la teneur de
l’échange ne l’est pas). Tonalité polémique, provocatrice
consciente ou pas.
Réponse d'Antoine à la maxime de louis :Rythme ternaire
(épanorthose ou gradation)
gradation qui illustre la montée en tension du pers.

1ère phrase : réaction de S. au mauvais esprit de son frère


SUZANNE.— Ce que tu peux être désagréable, Répétition de “désagréable” x3 > effet d’insistance
je ne comprends pas ça, Tonalité agressive : le “tu” est accusateur (x5) et oppose les
tu es désagréable, tu vois comme tu lui parles, personnages (je et tu se confrontent).
tu es désagréable, ce n'est pas imaginable. Hyperbole Hyperbole
Gradation > moi / c’est de moi / je suis … ?
ANTOINE. — Moi, tu accusateur 3 questions oratoires (il attend une réponse apaisante) >
C'est de moi ? désagréable x4= adj dépréciatif personnage au bord de l’explosion / nouvelle montée en
Je suis désagréable ? puissance.
SUZANNE.— Tu ne te rends même pas compte, Réponse de Suzanne : négation totale (réponse non pas
Hyperbole apaisante mais négative qui insiste sur son aveuglement)
tu es désagréable, c'est invraisemblable,
tu ne t'entends pas, tu t'entendrais... répétition du “tu” accusateur + conditionnel et aposiopèse en
Accélération du rythme (réplique fin de réplique (elle finit pas un non-dit).
ANTOINE. — Qu'est-ce que c'est encore que ça ?
beaucoup plus longue : tirade) Parole qui se déploie et s’accélère : fin de l’échange d’une
Elle est impossible aujourd'hui, ce que je disais,
Questions rhétoriques + modalité certaine façon Antoine ne laisse plus Suzanne répondre ou
je ne sais pas ce qu'elle a après moi,
exclamative interférer / idem pour Catherine et Louis qu’il interpelle sans
je ne sais pas ce que tu as après moi,
leur laisser le temps ou l’occasion de répondre.
tu es différente.
Si c'est Louis, la présence de Louis,
je ne sais pas, j'essaie de comprendre,
si c'est Louis, Epanorthose : parole marquée par l’émotion, la colère, qui
Catherine, je ne sais pas, Apostrophe d’un personnage de ressasse, répète. Antoine répète “je ne sais pas”, “je ne disais
je ne disais rien médiateur. rien” puis transforme ces négations en interrogations “qu’est-
peut-être que j'ai cessé tout à fait de comprendre, Répétition « Je ne sais pas » ce que j’ai dit de plus ?” , “pourquoi…?”, “y a-t-il quelque
Catherine, aide-moi, chose de désagréable… ?”
je ne disais rien, Interpellation : registre pathétique
on règle le départ de Louis, (appel au secours) Insistance sur le verbe dire = impossibilité de dire,
il veut partir, d'exprimer correctement sa pensée, impossibilité de
je l’accompagne, je dis qu’on l’accompagne, je n’ai communiquer !
rien dit de plus, Polyptote et répétition+++ sur le verbe
qu’est-ce que j’ai dit de plus ? DIRE
Je n’ai rien dit de désagréable,
pourquoi est-ce que je dirais quelque chose de
désagréable, désagréable x5
qu’est-ce qu’il y a de désagréable à cela,
y a-t-il quelque chose de désagréable à ce que je dis ?
Louis ! Ce que tu en penses, Interpellation
j’ai dit quelque chose de désagréable ?
Ne me regardez pas tous comme ça ! modalité impérative et négative Phrase finale : “Ne me regardez pas tous comme ça !”
défensive (négation totale associée à la modalité impérative : défense
très forte)
Motif du bouc-émissaire (il est seul face au groupe, ici : la
famille qui l’accuse) - de l’incompris, du paria.

Mouvement 2 : Quand l’échec du langage fait surgir la violence (L80 à 122)


CATHERINE. — Elle ne te dit rien de mal,1 Brutal x5 = adjectif dépréciatif Tentative de médiation par Catherine, l’épouse échec total.
tu es un peu brutal, 2 on ne peut rien te dire, 3 Cette tentative est inopérante dans la mesure où sa parole est
tu ne te rends pas compte,3 modalisateurs pour atténuer d’emblée négative.
parfois tu es un peu brutal,2 Construction en chiasme de la parole Précautions oratoires “un peu”, “parfois”, “juste” qui tentent
elle voulait juste te faire remarquer.1 de Catherine : parole fermée sur elle- d’atténuer la portée du propos de Suzanne (mouvement 1)
même donc inopérante. mais ces précautions sont vaines à côté de la répétition de
l’adjectif “brutal” et de la répétition du pronom “tu” qui
porte l’accusation.
ANTOINE. — Je suis un peu brutal ? Comme il l'a fait précédemment sur « désagréable » avec
Pourquoi tu dis ça ? Suzanne, Antoine rebondit sur « brutal ».
Non. Dénégation, réfutation de l'accusation Au lieu d’apaiser Antoine, le terme “brutal” va le faire sortir
Je ne suis pas brutal. Retour du motif du bouc-émissaire de ses gonds : déni total du personnage.
Vous êtes terribles, tous, avec moi. « moi » en fin de phrase seul face Antoine aussi accuse les autres cette fois-ci : “Vous êtes
aux « vous » et « tous » terribles, tous, avec moi”
pronom “vous” / “tous” : Antoine oppose son “je” au reste
du groupe.
LOUIS. — Non, il n’a pas été brutal, je ne
comprends pas ce que vous voulez dire. Déni de Louis pour apaiser son frère : il l’imite dans ses
dénégations, ses refus.
ANTOINE. — Oh, toi, ça va, « la Bonté même Ironie La tentative de solidarité fraternelle, de complicité, échoue
»! Modalité exclamative totalement rejet brutal d’Antoine qui repousse Louis avec
ironie (on peut même parler de persiflage = ironie pour
nuire).

CATHERINE. — Antoine. Apostrophe. Nouvelle tentative de Catherine (elle prononce simplement


ANTOINE. — Je n’ai rien, ne me touche pas ! son nom, sans exclamation, ce qui confère un certain calme à
Faites comme vous voulez, je ne voulais rien de didascalie interne sa parole, une neutralité) manque de force de cette parole
mal, je ne qui ne peut faire face à celle, très violente, d’Antoine.
voulais rien faire de mal, Grande agressivité : la dimension tactile, le “toucher” qui
il faut toujours que je fasse mal, antithèse peut unir les membres de la famille est anéanti. Antoine
je disais seulement, défend à ses proches de faire preuve d’amour / de
cela me semblait bien, ce que je voulais juste compassion.
dire épanorthose
– toi, non plus, ne me touche pas ! – Antoine amorce alors sa défense : il clame avec force son
je n’ai rien dit de mal, didascalie interne innocence par la répétition de l'expression « je ne voulais
je disais juste qu’on pouvait l’accompagner, et rien faire de mal » . Puis il distingue l’acte et l’intention
là, maintenant, (antithèse) Mais là encore, la parole est décrite comme
vous en êtes à me regarder comme une bête impuissante : Antoine se dépeint comme incompris.
curieuse, retour du motif du bouc-émissaire Saturation du mot “dire” : insiste sur l’incapacité à verbaliser
il n’y avait rien de mauvais dans ce que j’ai dit, le malaise.
ce n’est pas bien, ce n’est pas juste, ce n’est pas
bien d’oser penser cela, rythme ternaire
vocabulaire de la morale, notion de
justice morale
arrêtez tout le temps de me prendre pour un hyperbole Personnage désespéré > pathétique : il se décrit comme
imbécile ! Impératif + modalité exclamative persécuté, injustement accusé.
il fait comme il veut, je ne veux plus rien, (hyperbole)
je voulais rendre service, mais je me suis jeux des pronoms : « il » et « je » : la Motif du frère cadet : rivalité fraternelle tragique.
trompé, rivalité fraternelle
il dit qu’il veut partir et cela va être de ma faute, Polyptote et répétition+++ sur le verbe
cela va encore être de ma faute, DIRE
ce ne peut pas toujours être comme ça,
ce n’est pas une chose juste, Registre pathétique
vous ne pouvez pas toujours avoir raison contre hyperbole
moi,
cela ne se peut pas,
je disais seulement,
Répétition + épanorthose Parole saccadée d’Antoine qui trahit sa grande émotion, son
je voulais seulement dire
trouble. Il n’achève pas son propos (aposiopèse) car il ne le
et ce n’était pas en pensant mal,
peut pas.
je disais seulement,
échec de la parole.
je voulais seulement dire...
aposiopèse
LOUIS. — Ne pleure pas. didascalies internes Il n’y a pas de didascalie mais la réplique de Louis : “Ne
ANTOINE. — Tu me touches : je te tue parataxe + présent d'énonciation pleure pas” suggère le jeu du personnage d’Antoine (son
émotion se traduit par des larmes).
Cette dernière marque d’empathie ainsi que l'amorce d'un
geste vers lui est vécue comme un affront : la parole de
Louis, comme celle des autres, est totalement inopérante. Au
lieu d’apaiser, elle fait éclater la crise. La modalité
impérative, la défense, est perçue par Antoine comme un
reproche autoritaire, cette remarque le rabaisse, le blesse.
L’acmé réside dans la phrase suivante :“Tu me touches : je te
tue”.
L’absence de conjonction entre les deux propositions
renforce la violence de la menace + le présent d’énonciation
qui rend la parole d’Antoine terrifiante. Le présent actualise
le fratricide : écho tragique aux mythes.

Vous aimerez peut-être aussi