0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
48 vues53 pages

HS Handbook French

Transféré par

kanamadeleine1999
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
48 vues53 pages

HS Handbook French

Transféré par

kanamadeleine1999
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

M A N UEL SUR

L A SÉCUR ITÉ
H UM A INE
Une approche intégrée pour la réalisation des
objectifs de développement durable et des
priorités de la communauté internationale et du
système des Nations Unies

Groupe Sécurité humaine · Nations Unies · Janvier 2016 1


S O MM A IR E
Sigles et acronymes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Les approches fondées sur la sécurité humaine et leurs dividendes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
Vers des réponses plus robustes du système des Nations Unies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Appliquer une approche fondée sur la sécurité humaine aux programmes et
plans nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Annexe 1 – Conception d’un programme fondé sur la sécurité humaine : l’exemple d’un
programme kényan. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
Annexe 2 – Exemples de programmes financés par le Fonds d’affectation spéciale des
Nations Unies pour la sécurité humaine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

2
S I G L E S E T AC RO N Y ME S
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Food
and Agriculture Organization)
FNUAP Fonds des Nations Unies pour la population
HCR Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
ODD Objectif(s) de développement durable
OIT Organisation internationale du travail
OMD Objectif(s) du Millénaire pour le développement
OMS Organisation mondiale de la Santé
ONG Organisation non gouvernementale
ONUDI Organisation des Nations Unies pour le développement industriel
ONU Femmes Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des
femmes
ONU-Habitat Programme des Nations Unies pour les établissements humains
PNUD Programme des Nations Unies pour le développement
UNESCO Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
(United Nations Economic, Scientific and Cultural Organization)
UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’enfance (United Nations Children’s Fund)
UNTFHS Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la sécurité humaine
(United Nations Trust Fund for Human Security)
VNU Volontaires des Nations Unies

3
I N T RODUC T ION
Ce guide s’adresse aux praticiens et décideurs politiques qui souhaitent adopter une approche
fondée sur la sécurité humaine dans le cadre de leur travail. Il présente les principes fondamentaux
de ce type d’approches ainsi que leurs avantages, de même qu’un processus d’analyse étape par étape
pour la conception et la mise en œuvre de telles initiatives. Il fournit également des orientations
pour l’évaluation des impacts positifs des approches adoptées. Une étude de cas détaillée portant
sur le comté de Turkana, au Kenya, montre comment des outils fondés sur la sécurité humaine ont
permis d’analyser une situation complexe et d’élaborer une approche intégrée multisectorielle. Des
exemples de programmes financés par le Fonds d’affectation spéciale des Nations Unies pour la
sécurité humaine (UNTFHS) sont également présentés.
Ce manuel suppose la connaissance préalable des méthodes de gestion de programmes/projets
telles que la gestion par les résultats, ainsi que de la méthode du cadre logique. Il s’accompagne
d’une série de formations destinées aux entités des Nations Unies, aux équipes de terrain et aux
autres parties prenantes.

VIVRE
À L’ABRI
DE LA PEUR

OT E C T I O
PR N
CENTRÉES
SUR
L’HUMAIN

AXÉES SUR LA
PRÉVENTION
GLOBALES

SPÉCIFIQUES
AU CONTEXTE

AU
IO
N

TO
VIVRE N O M I S AT VIVRE
À L’ABRI DANS
DU BESOIN LA DIGNITÉ

4
1.
L E S A PPROC H E S FON DÉ E S SU R
L A S ÉCU R I T É H U M A I N E E T L E U R S
AVA N TAG E S
Pour beaucoup de personnes, le monde actuel est fait d’insécurité et d’innombrables menaces. Des
catastrophes naturelles, des conflits violents, la pauvreté chronique et persistante, des pandémies,
le terrorisme international ainsi que les crises économiques et financières sont autant d’épreuves
difficiles, qui sapent les perspectives de développement durable, de paix et de stabilité. Ces crises
sont complexes et engendrent des formes multiples d’insécurités humaines. Lorsque ces dernières
s’additionnent, elles peuvent exponentiellement s’aggraver et peser sur tous les aspects de la vie
des personnes, en détruisant des communautés entières et en traversant les frontières nationales.
La plupart des défis actuels en matière de développement ou d’aide humanitaire résultent de facteurs
multiples et interdépendants, qui se renforcent mutuellement. Il faut donc renforcer l’intégration
des activités menées à travers le système des Nations Unies et en partenariat avec d’autres acteurs.
Pour les populations qui vivent en situation de crise et dans l’extrême pauvreté, agir sur des
problématiques isolées ne suffit pas. Il faut s’attaquer en même temps et en profondeur à toutes les
insécurités. Alors seulement, ces populations pourront progressivement se sentir en sécurité dans
tous les aspects de leur vie, disposer des revenus et des opportunités nécessaires à leur bien-être,
et avoir l’assurance du respect plein et entier de leurs droits et de leur dignité. Alors seulement,
la sécurité humaine deviendra une réalité pour ces populations – grâce à des approches plus
robustes et durables des déficits les plus problématiques en matière de paix et de développement,
précisément fondées sur la sécurité humaine.
De telles approches peuvent renforcer le soutien que les Nations Unies apportent aux États
membres dans le renforcement de la résilience aux changements climatiques et aux catastrophes
naturelles, la promotion de sociétés pacifiques et inclusives, la prise en charge des causes sous-
jacentes de la pauvreté persistante, et l’appui de la transition de situations de crise humanitaire
vers un développement durable à long terme. Comme on le voit, l’adoption d’approches fondées
sur la sécurité humaine peut considérablement renforcer les actions menées par les Nations Unies
et leurs partenaires afin de concrétiser la promesse transformatrice du Programme 2030 et des
objectifs de développement durable (ODD).
Le Programme 2030 souligne qu’un agenda intégré de développement durable nécessite un cadre
tout aussi synergique pour sa mise en œuvre, et se doit d’être inclusif et centré sur l’humain pour
être véritablement durable. Se faisant l’écho des approches fondées sur la sécurité humaine, le

5
Programme 2030 appelle à l’élaboration de stratégies propres à créer des sociétés plus résilientes,
où les populations sont à l’abri de menaces chroniques telles que la pauvreté extrême, la faim, la
maladie, la violence et la répression, et sont protégées de toute perturbation soudaine de leur vie
quotidienne. En un mot comme en cent, les approches fondées sur la sécurité humaine sont cruciales
pour parvenir à un développement durable.

1.1 - U N E C O M P R É H E N S I O N C O M M U N E D E L A S É C U R I T É
HUMAINE
Les approches fondées sur la sécurité humaine offrent un nouvel angle de réflexion concernant
les divers défis du XXIe siècle et les réponses que la communauté mondiale doit y apporter. Ce
cadre d’analyse multifactorielle peut aider le système des Nations Unies à évaluer, élaborer et
mettre en œuvre des réponses intégrées à toute une série de problèmes complexes exigeant les
contributions conjuguées du système des Nations Unies et de ses partenaires (gouvernements,
ONG et communautés).
L’adoption de la résolution 66/290 de l’Assemblée générale, le 10 septembre 2012, a posé un
important jalon pour l’application de la notion de sécurité humaine. Au paragraphe 3 de cette
résolution, les États membres sont parvenus à un consensus quant à la finalité des approches
fondées sur la sécurité humaine, à savoir les aider à identifier et résoudre les problématiques
généralisées et transversales qui entravent la survie, les moyens de subsistance et la dignité de leurs
populations. Sur cette base, l’Assemblée générale a approuvé la définition commune suivante afin
de guider les approches fondées sur la sécurité humaine à travers le système des Nations Unies :
a. Le droit des êtres humains de vivre libres et dans la dignité, à l’abri de la pauvreté et du
désespoir. Toutes les personnes, en particulier les plus vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri
de la peur et du besoin et doivent avoir la possibilité de jouir de tous leurs droits et de développer
pleinement leurs potentialités dans des conditions d’égalité ;
b. La sécurité humaine appelle des réponses centrées sur l’humain, globales, spécifiques au
contexte et axées sur la prévention, qui renforcent la protection et la capacité d’action individuelle
et collective ;
c. La sécurité humaine tient compte des liens entre paix, développement et droits humains et
accorde la même importance aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ;
d. La notion de sécurité humaine se distingue du principe de la responsabilité de protéger et
de son application ;
e. La sécurité humaine n’est pas assurée par la menace ou l’emploi de la force ou de mesures
de coercition. Elle ne saurait remplacer la sécurité que l’État doit garantir ;
f. La sécurité humaine est fondée sur l’appropriation nationale. Les conditions politiques,
économiques, sociales et culturelles nécessaires pour assurer la sécurité humaine variant

6
considérablement dans un même pays, d’un pays à l’autre et selon les époques, la sécurité humaine
renforce les initiatives nationales qui sont compatibles avec les réalités locales.
C’est aux États qu’incombe au premier chef la responsabilité d’assurer la survie, les moyens
de subsistance et la dignité de leurs citoyens. La communauté internationale joue ici un rôle
complémentaire et fournit aux gouvernements, à leur demande, le soutien nécessaire pour renforcer
leur capacité de réponse aux menaces actuelles et émergentes. Pour assurer la sécurité humaine,
il faut que les gouvernements, les organisations internationales et régionales, et la société civile
renforcent leur collaboration et leurs partenariats.
Les approches fondées sur la sécurité humaine doivent être mises en œuvre dans le respect total
des finalités et principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, notamment la souveraineté
des États, l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les questions relevant essentiellement
de la juridiction nationale des États. La sécurité humaine n’impose pas d’obligations juridiques
supplémentaires aux États.

1. 2 - A P P L I C AT I O N D ’ U N E A P P R O C H E F O N D É E S U R L A
SÉCURITÉ HUMAINE
Les approches fondées sur la sécurité humaine suivent une méthodologie globale, qui permet une
vision étendue des défis auxquels les populations et gouvernements sont confrontés. Elles nous
rappellent que les défis à résoudre par la communauté internationale ne sont pas simples et que pour
progresser, des initiatives séparées et chacune attribuée à une seule organisation ne suffisent pas.

Ty pes d ’i n sécu ri tés h u m a i nes et c a u ses pre m iè res pote n t ie lles 1

TYPE
CAUSES PREMIÈRES
D’INSÉCURITÉ

Pauvreté persistante, chômage, manque d’accès au crédit et aux autres


Insécurité économique
opportunités économiques

Insécurité alimentaire Faim, famines, hausses soudaines des prix alimentaires


Épidémies, malnutrition, assainissement inadéquat, manque d’accès aux soins
Insécurité sanitaire
de santé de base
Insécurité Dégradations de l’environnement, épuisement des ressources, catastrophes
environnementale naturelles
Violences physiques sous toutes leurs formes, traite des êtres humains, travail
Insécurité des personnes
des enfants
Tensions interethniques et religieuses, et autres tensions liées à l’identité des
Insécurité communautaire
personnes, criminalité et terrorisme
Répression politique, violations des droits humains, état de droit et justice
Insécurité politique
défaillants

1
Selon le Rapport mondial sur le développement humain 1994 du PNUD, chapitre 2, « Les nouvelles dimensions de la sécurité humaine ».

7
Une approche fondée sur la sécurité humaine va cependant plus loin qu’un simple exercice de
programmation conjointe. Elle s’appuie sur cinq principes fondamentaux qui la distinguent d’une
simple collaboration, c’est-à-dire qu’elle est :
• centrée sur l’humain ;
• globale ;
• spécifique au contexte ;
• axée sur la prévention ; et
• axée sur la protection et l’autonomisation.
Tout d’abord, une approche fondée sur la sécurité humaine est avant tout centrée sur l’humain. Elle
envisage le large éventail de conditions pouvant menacer la survie, les moyens de subsistance et la
dignité des personnes et de leurs communautés, en particulier de celles qui sont les plus vulnérables.
Deuxièmement, une approche fondée sur la sécurité humaine tient compte de la complexité et des
interconnexions des difficultés auxquelles les personnes sont confrontées et qui entravent leur
aspiration à vivre à l’abri du besoin, à l’abri de la peur et dans la dignité. Elle est globale et réunit
tous les acteurs requis pour répondre à une problématique. Elle garantit ainsi la cohérence, élimine
les redondances et appuie des solutions intégrées qui conduisent à des améliorations plus efficaces
et tangibles dans la vie quotidienne des personnes et de leurs communautés.
Il n’existe pas de solution universelle pour répondre aux défis actuels. Sachant que les risques pesant
sur la condition humaine varient considérablement au sein même d’un pays, d’un pays à l’autre et
selon les époques, une approche fondée sur la sécurité humaine tient compte des particularités
spécifiques au contexte, notamment des différentes capacités locales (populations, société civile
et gouvernement) ainsi que des causes premières des difficultés actuelles et futures.
Une approche fondée sur la sécurité humaine va plus loin que de simples réponses aux besoins
immédiats : elle est axée sur la prévention. En approfondissant l’analyse pour s’assurer des causes
réelles des difficultés et en élaborant des solutions qui sont elles-mêmes durables et résilientes, une
approche fondée sur la sécurité humaine promeut l’élaboration de mécanismes d’alerte précoce
qui aident à atténuer l’impact des menaces actuelles et, lorsque cela est possible, préviennent
l’apparition de difficultés futures.
De plus, une approche fondée sur la sécurité humaine tient compte des responsabilités cruciales
qui incombent à toute société, à savoir donner aux personnes et à leurs communautés les moyens
d’articuler leurs besoins et ceux des autres, et d’y répondre. Dans le même esprit, l’existence de
normes, de procédures et d’institutions (notamment l’établissement de mécanismes d’alerte précoce,
d’une bonne gouvernance, de l’état de droit et d’instruments de protection sociale) est un aspect
fondamental dans le cadre d’une approche fondée sur la sécurité humaine, puisque celle-ci vient
inscrire des mesures dans un tel cadre, pour mieux prendre en charge les problématiques complexes
liées à la condition humaine.
Les cinq principes fondamentaux d’une approche fondée sur la sécurité humaine se renforcent
mutuellement et ne peuvent être mis en œuvre sous la forme d’objectifs séparés. Une telle approche
implique de reconnaître la force de véritables partenariats, où différentes entités conjuguent

8
leurs atouts pour travailler en synergie et beaucoup plus largement favoriser la résolution des
problématiques complexes et multifactorielles d’aujourd’hui.

1. 3 - AVA N TAG E S D E S A P P R O C H E S F O N D É E S S U R L A
S É C U R I T É H U M A I N E E N TA N T Q U ’ O U T I L S O P É R AT I O N N E L S
La puissance et l’intérêt des approches fondées sur la sécurité humaine – en tant qu’outils
opérationnels d’analyse, de mise en œuvre et d’évaluation des impacts – résident dans les
composantes suivantes.

i. Des approches centrées sur l’humain


En plaçant l’humain au centre de l’analyse et de l’action, les approches fondées sur la sécurité
humaine :
• accordent une importance égale aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels
des individus et des communautés ; et
• permettent une analyse hautement localisée et ventilée, et contribuent donc à révéler la
situation réelle des personnes et des communautés, pour une compréhension plus approfondie
de la façon dont les communautés et les groupes sociaux vivent différents types de menaces
et de vulnérabilités.

ii. Des approches globales


Les approches fondées sur la sécurité humaine couvrent toute l’étendue des insécurités auxquelles
les communautés sont confrontées, notamment en raison de conflits violents, d’une pauvreté
extrême, de catastrophes naturelles, de pandémies, etc., de même que les interconnexions entre
ces insécurités, y compris sur le plan géographique. Du point de vue opérationnel, ces approches :
• soulignent la nécessité de prendre en compte toutes les conditions ayant un impact sur
les êtres humains, et de ne pas envisager la vie des personnes sous le seul angle de la
spécialisation d’une entité ou des intérêts des parties concernées, car cela conduit souvent à
des réponses cloisonnées ou dictées par les domaines d’action des entités ; et
• s’attaquent aux causes premières des menaces tant au niveau national que transfrontalier,
et appuient des réponses multisectorielles/multipartites permettant de faire progresser des
solutions intégrées et priorisées à court, moyen et long terme.

iii. Des approches cohérentes


Les différentes interventions doivent être cohérentes, afin d’éviter toute issue négative et de profiter
de l’effet multiplicateur d’interventions positives. À cette fin, les approches fondées sur la sécurité
humaine :

9
• facilitent la garantie de politiques cohérentes et d’une coordination entre les domaines et
disciplines traditionnellement séparés, et permettent des solutions globales et intégrées
conjuguant les domaines du développement, de la sécurité, de l’action humanitaire et des
droits humains ; et
• fournissent un cadre pratique d’évaluation des répercussions positives et négatives des
interventions appuyées par des politiques, programmes et projets, et veillent à des actions
ciblées et efficaces produisant le plus large impact possible.

i v. Des approches spécifiques au conte


Les insécurités humaines varient considérablement selon les pays et les communautés. Tant leurs
causes premières que leurs manifestations dépendent d’interactions complexes entre facteurs
locaux, nationaux, régionaux et internationaux. Résoudre les insécurités d’une population donnée
exige donc toujours une approche spécifique au contexte et à la période considérés. Les approches
fondées sur la sécurité humaine offrent un cadre général, flexible et dynamique pour :
• aborder les différentes menaces à mesure qu’elles se manifestent dans chaque contexte
spécifique ;
• élaborer des processus fondés sur la façon dont les populations elles-mêmes vivent la peur
et les vulnérabilités ;
• repérer les insécurités et besoins concrets des populations en situation difficile ;
• permettre l’élaboration de solutions plus appropriées, qui s’inscrivent dans les réalités locales ;
• mettre au jour les discordances entre politiques nationales et/ou internationales, et faciliter
le repérage des besoins et vulnérabilités prioritaires au niveau local ; et
• détecter les évolutions soudaines aux niveaux international, régional et national, ainsi que
leurs effets sur les différentes communautés.

v. Le partenariat et la collaboration
Les approches fondées sur la sécurité humaine mettent l’accent sur l’interconnexion des insécurités.
Elles exigent donc la mise en place d’un réseau de parties prenantes diverses et variées, de manière à
tirer parti des connaissances et ressources d’un large éventail d’acteurs issus des entités des Nations
Unies mais aussi des secteurs public et privé, aux niveaux local, national, régional et international.
Ces approches peuvent ainsi conduire à l’établissement de synergies et de partenariats exploitant
les atouts comparatifs de chaque partenaire de mise en œuvre, et autonomiser les individus et les
communautés pour qu’ils puissent agir en leur propre nom.

vi. L’a c c e n t s u r l a p r é v e n t i o n
Une caractéristique distinctive des approches fondées sur la sécurité humaine est l’accent mis sur
une prévention précoce, afin de limiter les impacts des menaces, aboutir à des solutions à long
terme, et développer les capacités humaines de prévention ou renforcer la résilience lorsque la

10
prévention n’est pas possible. De ce point de vue, ces approches :
• s’attaquent aux causes premières des crises et à leur impact sur les insécurités humaines ;
• privilégient une prévention précoce plutôt qu’une intervention tardive, ce qui offre une plus
grande efficience ; et
• encouragent les stratégies visant l’élaboration de mécanismes de prévention, ce qui permet
d’atténuer les impacts défavorables en cas de difficultés et, au final, d’aider les communautés
à faire face en devenant plus résilientes.

vii. Le renforcement de la résilience et de la durabilité


La robustesse des approches fondées sur la sécurité humaine tient pour une grande part à
leur double cadre politique porté par deux piliers se renforçant mutuellement : la protection et
l’autonomisation. L’opérationnalisation de ce cadre :
• conjugue des normes, processus et institutions (établissement de l’état de droit, d’une bonne
gouvernance, de mécanismes de redevabilité, d’instruments de protection sociale, etc.) à des
processus inclusifs et participatifs qui appuient l’important rôle des individus et communautés,
en tant qu’acteurs définissant et mettant en œuvre leurs propres libertés fondamentales ;
• facilite le repérage des lacunes dans les cadres existants, afin d’atténuer – et si possible
prévenir – leur impact sur le développement, la paix et la stabilité, aux niveaux tant national
qu’international ; et
• encourage les processus participatifs, renforce la capacité des populations à agir en leur
propre nom, et appuie l’appropriation locale et nationale des mécanismes de gestion des
défis actuels et futurs

v i i i . D e s p o i n t s d e r é f é r e n c e p o u r l ’é v a l u a t i o n
Les approches fondées sur la sécurité humaine établissent des analyses globales et contextualisées
des besoins concrets de populations et des facteurs pesant sur leur survie, leurs moyens de
subsistance et leur dignité. Ces informations peuvent servir de points de référence pour évaluer
les mécanismes institutionnels et politiques existants, de même que les impacts produits.

11
2.
V E R S DE S R É P ONS E S PLUS ROBUS T E S
DU S YS T È M E DE S NAT IONS U N I E S
Une évolution importante est survenue durant la dernière décennie : les problématiques transversales
rencontrées par les populations et les gouvernements se sont multipliées. Rares sont aujourd’hui
les situations auxquelles il est possible de répondre par le biais d’une seule entité des Nations
Unies. Bien au contraire, il est de plus en plus largement reconnu que les défis humanitaires ou
de développement résultent désormais, pour la plupart, de la conjugaison de multiples facteurs
interdépendants et se renforçant mutuellement, et que ces défis exigent une action davantage
intégrée à travers le système des Nations Unies.
Les approches fondées sur la sécurité humaine répondent parfaitement à cette nouvelle orientation,
puisqu’elles sont centrées sur l’humain, spécifiques au contexte, globales et axées sur la prévention,
tout en appuyant des solutions de protection (« de haut en bas ») et d’autonomisation (« de bas en
haut »). Ces approches, détaillées dans le présent manuel, peuvent énormément aider les équipes de
pays des Nations Unies afin de progresser sur les problématiques prioritaires pour la communauté
internationale et le système des Nations Unies.
Depuis 1999, l’application de telles approches a fait l’objet de tests pilotes à travers plus de 220
projets et programmes financés par l’UNTFHS et couvrant divers contextes nationaux et régionaux2.
Grâce à ces initiatives, l’intérêt des approches fondées sur la sécurité humaine pour appuyer
l’efficacité opérationnelle du système des Nations Unies et amplifier l’impact de son action sur le
terrain a été bien documenté.
Les réalisations ont été vérifiées de différentes manières. Une évaluation rapide indépendante
de l’UNTFHS menée en 2013 a conclu que l’application d’une approche fondée sur la sécurité
humaine au niveau national engendrait des dividendes concrets. Ces dividendes ont été corroborés
par un questionnaire envoyé aux équipes de pays des Nations Unies et aux États membres afin
de recueillir des données dans le cadre du Rapport du Secrétaire général sur la sécurité humaine
(A/68/685), de même que par les évaluations des programmes financés par l’UNTFHS et par les
rapports des équipes de pays des Nations Unies ayant mis en œuvre des approches fondées sur la
sécurité humaine.

2
Des exemples d’enseignements tirés de programmes/projets financés par l’UNTFHS sont disponibles sur le site de l’UNTFHS. 12
APPUYER LE PROGR AMME DE DÉVELOPPEMENT DUR ABLE
À L’ H O R I ZO N 2 0 3 0
Il y a quinze ans, les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont transformé la
réponse de la communauté mondiale afin de mettre un terme à la pauvreté extrême. Le nouveau
programme de développement durable s’appuie sur les réussites des OMD pour aller encore plus
loin, en attirant l’attention sur les interconnexions des défis qui se posent à l’humanité, et donc
sur l’importance de réponses globales et intégrées afin d’œuvrer à une prospérité plus inclusive et
partagée, et de renforcer la paix et la résilience.
Défini par l’Assemblée générale dans sa résolution intitulée « Transformer notre monde : le
Programme de développement durable à l’horizon 2030 », il se fait l’écho des principes fondamentaux
des approches fondées sur la sécurité humaine et met en avant « [...] un monde libéré de la pauvreté,
de la faim, de la maladie et du besoin, [...] libéré de la peur et de la violence, [...] où tous jouissent
d’un accès équitable à une éducation de qualité [...], aux soins de santé et à la protection sociale,
[...] à l’eau potable et à l’assainissement, [...] où il y a des aliments en quantité suffisante pour tous
et où chacun peut se nourrir de manière saine et nutritive, [...] où les établissements humains sont
sûrs, résilients et durables, et où chacun a accès à des services énergétiques fiables, durables et
modernes à un coût abordable ».
À ces fins, les approches fondées sur la sécurité humaine fournissent un cadre de référence important,
capable de renforcer l’aide apportée par le système des Nations Unies aux États membres afin
d’établir des partenariats globaux et multipartites propres à créer des sociétés plus résilientes, où
chacun est à l’abri de menaces chroniques telles que la pauvreté extrême, la faim, la maladie, la
violence et la répression, tout en étant protégé de toute perturbation soudaine et néfaste de sa vie
quotidienne.
En soulignant les interconnexions entre les ODD du Programme 2030, une approche fondée sur
la sécurité humaine constitue un outil éprouvé et pratique afin d’expliquer pourquoi et comment
les différentes entités du système des Nations Unies doivent collaborer et utiliser leurs ressources
de façon plus intégrée. Les enseignements tirés de l’application de ces approches globales en
démontrent tout l’intérêt afin de lutter contre la pauvreté et promouvoir un développement durable.
Ces approches permettent aussi une compréhension plus nuancée de la manière dont les aspects
multifactoriels de la pauvreté sont vécus selon le pays, la région d’un pays et/ou la population
concerné(s). Cette compréhension approfondie de la pauvreté permet une action propre à davantage
étendre les dividendes d’une croissance durable et équitable, à améliorer la vie quotidienne de
diverses populations et communautés, et à élargir leurs opportunités.
Pour atteindre les objectifs du Programme 2030, l’analyse des spécificités du contexte local – l’une
des pierres angulaires des approches fondées sur la sécurité humaine – fournit des éclairages
essentiels pour davantage étendre les dividendes de la croissance économique, à travers les nations
et au sein de celles-ci. En s’attaquant aux causes premières de la pauvreté et en soulignant l’impact
des inégalités de revenu et autres sur le développement en général, les approches fondées sur la

13
sécurité humaine peuvent apporter des réponses plus inclusives, intégrées et multifactorielles. Alors
que les données disponibles au niveau national ne couvrent pas toujours les disparités locales de
manière adéquate, repérer les blocages au niveau local peut favoriser une croissance économique
inclusive et produire d’importants dividendes à travers les nations.
Des programmes fondés sur la sécurité humaine menés au niveau national démontrent ces
dividendes. En ventilant les indicateurs sociaux et économiques aux niveaux national et local, ces
approches permettent de déceler les divers facteurs qui empêchent les plus vulnérables (notamment
les femmes, les groupes minoritaires et les populations économiquement marginalisées) d’accéder
aux services publics essentiels et aux opportunités économiques. Des services peuvent alors être
adaptés sur mesure aux besoins spécifiques de ces populations. Des priorités nationales et locales
sont fixées pour faire progresser un processus de développement inclusif, où les dividendes de la
croissance économique peuvent atteindre les plus marginalisés et produire davantage d’impact sur
la croissance globale et le capital social de chaque communauté.
En outre, les approches fondées sur la sécurité humaine s’attaquent non seulement aux défis du
développement mais aussi aux défis liés à d’autres facteurs entravant la croissance économique et la
réduction de la pauvreté. Elles aident à clarifier comment différentes problématiques interagissent
– de la précarité sous toutes ses formes (alimentaire, sanitaire, de l’éducation, de l’emploi, etc.) à la
violence en passant par la dégradation de l’environnement – et quelles sont les solutions globales
et spécifiques au contexte qui s’imposent.
Des études ont montré que la réalisation des OMD a été la plus lente dans les pays fragiles et
touchés par des conflits. Par exemple, dans les pays où la violence est courante et où la confiance
dans les populations et les institutions est limitée, un cadre de développement qui ne s’attaque pas
aux causes structurelles et comportementales de la violence ne peut empêcher la retombée dans
des situations de crise et de fragilité.
La vision au cœur des approches fondées sur la sécurité humaine – à savoir des sociétés où l’on
peut vivre à l’abri de la peur et du besoin, et dans la dignité – peut aider à résoudre les difficultés qui
conduisent à des conflits persistants, la marginalisation et la pauvreté extrême, ou qui en résultent.
En mettant l’accent sur la triade formée par la paix et la sécurité, le développement, et les droits
humains, les approches fondées sur la sécurité humaine peuvent attirer l’attention sur la liaison
indispensable entre ces éléments. Elles peuvent donc garantir des stratégies de réduction de la
pauvreté attentives à ses causes premières, de même que les solutions requises pour juguler la
violence persistante et d’autres formes de fragilité, et ainsi stopper leurs impacts sur la réalisation
d’un développement inclusif et durable.
Les approches fondées sur la sécurité humaine complètent et enrichissent donc les mécanismes
nécessaires à la réalisation des ODD. En conceptualisant les liens entre les différentes composantes
des ODD, ces approches peuvent encadrer des réponses futures plus intégrées et systématiques.
Elles peuvent aider à clarifier les interconnexions entre diverses problématiques ainsi que les
solutions complémentaires qui s’imposent, pour garantir un développement plus durable et inclusif.
Leurs principes conjugués peuvent appuyer le système des Nations Unies dans l’élaboration de

14
solutions appropriées à cet effet et l’expansion cruciale de la réalisation des ODD, pour avancer
vers davantage de respect de la dignité humaine et de durabilité sur notre planète, pour tous.

2 .1 - P L U S E F F I C AC E M E N T « U N I S DA N S L’AC T I O N »
Les approches fondées sur la sécurité humaine peuvent se révéler particulièrement précieuses pour
renforcer l’efficacité opérationnelle de l’initiative « Unis dans l’action ». À travers leur cadre d’analyse,
elles offrent aux décideurs politiques et aux praticiens un modèle de partenariat multipartite, pour
sortir de la logique de programmation mono-agence qui conduit souvent à des redondances, à la
non-exploitation de synergies, voire à de la compétition entre les entités des Nations Unies. Grâce
à l’analyse collective des besoins, vulnérabilités et capacités des populations et des gouvernements,
et l’appui de solutions globales et intégrées, les approches fondées sur la sécurité humaine peuvent
jouer un rôle central afin de mettre en exergue combien il est crucial d’être non seulement « unis
dans l’action » mais aussi unis dans l’évaluation et la planification.
Plusieurs évaluations intermédiaires ont mis en lumière combien la mise en œuvre de l’initiative «
Unis dans l’action » peut être vue comme une mécanique procédurale, plutôt que comme un cadre
global conçu pour améliorer la qualité et l’efficacité d’ensemble des services fournis par le système
des Nations Unies. Les approches fondées sur la sécurité humaine peuvent contribuer à transformer
cette vision procédurale. Elles peuvent fournir les arguments et le cadre d’analyse propres à unir
les différentes entités du système des Nations Unies autour de réponses plus ciblées, globales et
centrées sur l’humain. Au niveau national, des programmes appuyés par l’UNTFHS ont servi de
projets pilotes visant à être plus « Unis dans l’action ».
Des États membres ont également souligné l’importance de la sécurité humaine en tant que notion
transversale sur laquelle s’appuyer pour des réponses davantage intégrées de la communauté
internationale. Ces États membres reconnaissent que grâce à une compréhension des difficultés
rencontrées par les populations et gouvernements à la fois plus approfondie, globale et centrée sur
l’humain, ce type d’approche peut constituer un important cadre d’analyse et opérationnel pour
contribuer à davantage de cohérence au sein du système des Nations Unies.
En résumé, les approches fondées sur la sécurité humaine complètent et appuient l’initiative « Unis
dans l’action » et offrent des exemples de partenariats multipartites réussis ayant rassemblé les
entités du système des Nations Unies dans leur ensemble, « Unies dans l’action ». Ces approches
nous rappellent que dans un monde où les défis sont multifactoriels, des réponses efficaces exigent
les connaissances conjuguées de l’ensemble du système des Nations Unies, plutôt que d’être définies
de façon étroite et cloisonnée.

15
2.2 - DES RÉPONSES PLUS INTÉGRÉES EN CONTE X TE DE
CRISE
Nombre de politiques, outils et manuels ont été publiés afin de fournir des orientations pratiques à
toutes celles et ceux qui travaillent en contexte de crise. Malgré ces efforts appréciables, différentes
difficultés subsistent. En 2014, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA,
Office for the coordination of Humanitarian Affairs) des Nations Unies a publié un rapport
majeur d’évaluation des politiques intitulé « Saving Lives Today and Tomorrow » (Sauver des vies,
aujourd’hui et demain). Ce rapport souligne les interactions entre de multiples chocs et appelle à
une approche plus proactive, afin d’anticiper et prévenir les crises humanitaires. Plus récemment,
l’examen du dispositif de consolidation de la paix de l’ONU a mis en évidence la nécessité de
promouvoir des solutions globales et multipartites, qui intègrent les trois piliers du système des
Nations Unies et unissent les efforts visant davantage de paix et de stabilité.
Bien que les solutions aux contraintes institutionnelles qui séparent assistance humanitaire et aide
au développement sortent du cadre de ce manuel, les approches globales et intégrées telles que
celles fondées sur la sécurité humaine peuvent considérablement contribuer aux efforts en cours.
Ces approches peuvent attirer l’attention sur la nécessité d’une analyse, d’une planification et d’une
mise en œuvre conjointes parmi les organisations humanitaires et de développement, et fournir
des arguments et des éléments concluants qui permettent de dépasser ce clivage.
La notion de sécurité humaine est fermement ancrée dans le fait que les menaces pour la survie,
les moyens de subsistance et la dignité des personnes sont rarement uniques et isolées. Il s’agit
plutôt d’un mélange de facteurs, qui se conjuguent en créant des situations complexes aux multiples
aspects. Par conséquent, les approches fondées sur la sécurité humaine mettent en avant des
solutions globales impliquant toutes les parties prenantes clés, y compris celles responsables de
l’aide humanitaire, de la réhabilitation et du développement. Cette façon de faire est à l’opposé de
réponses compartimentées et insuffisamment coordonnées, où les solutions sont essentiellement
ciblées de manière individuelle.
Les approches fondées sur la sécurité humaine partent aussi du principe que des solutions à
long terme allant plus loin que la réponse immédiate à une situation de crise ont plus de chances
de produire des résultats durables à long terme. En examinant les causes premières de chaque
menace, ces approches identifient les changements tant structurels que comportementaux requis
afin d’atténuer les impacts négatifs et, autant que possible, contribuer à prévenir des crises
récurrentes. De ce point de vue, les approches fondées sur la sécurité humaine complètent les
efforts humanitaires immédiats.
Un large éventail d’expériences montre que ces approches ont permis au système des Nations
Unies d’améliorer la cohérence entre processus de développement et processus humanitaires. En
repérant les interconnexions de ces processus, elles ont permis de rassembler un réseau diversifié
de parties prenantes dans le cadre de mécanismes de coopération cohérents et intégrés mettant
au mieux à profit les connaissances, les capacités et l’engagement de toute une série d’acteurs. Ces

16
expériences démontrent comment le système des Nations Unies a su améliorer et renforcer – grâce
à un esprit de collaboration – la coordination avec les autorités nationales et locales, les capacités
nationales et locales, ainsi que la confiance en la stabilité future.

2.3 - RENFORCER L A RÉDUCTION DES RISQUES DE


C ATA S T R O P H E
Au cours de la dernière décennie, l’instrument central en matière de réduction des risques de
catastrophe a été le Cadre d’action de Hyogo. Le Cadre de Sendaï pour la réduction des risques de
catastrophe, récemment ratifié, met lui aussi l’accent sur une réduction substantielle des préjudices
liés à des catastrophes, par la transformation des réponses nationales aux conséquences multiples
des catastrophes naturelles et anthropiques. Les enseignements des initiatives financées par
l’UNTFHS montrent que les approches fondées sur la sécurité humaine fournissent de précieux
outils afin de progresser sur les priorités fixées par le Cadre de Sendaï.
Le premier enseignement est que pour garantir une priorisation nationale et locale de la réduction
des risques de catastrophe ainsi que des fondements institutionnels solides pour sa mise en œuvre,
il est nécessaire que les communautés et la société civile jouent un rôle beaucoup plus large dans
la gestion des risques de catastrophe. Une difficulté majeure réside cependant dans le manque
de capacités des organisations de la société civile. Il est par conséquent essentiel de veiller à
renforcer ces capacités et à sensibiliser les citoyens concernant l’importance de réduire les risques
de catastrophe. Puisque centrées sur l’humain et axées sur la prévention, les approches fondées
sur la sécurité humaine peuvent grandement contribuer à promouvoir une participation accrue
des communautés dans les activités de réduction des risques de catastrophe, aux niveaux local
et national. En particulier, ces approches peuvent aider à promouvoir le réseautage au sein de la
société civile et des organisations locales, à améliorer la gestion stratégique des volontaires, et à
renforcer la délégation de responsabilités par les groupes de la société civile, les gouvernements
et la communauté internationale.
Un autre enseignement des approches fondées sur la sécurité humaine réside dans le renforcement
des mécanismes d’alerte précoce, en particulier au niveau local. Bien que beaucoup de pays soient
résolus à œuvrer dans ce domaine, peu d’entre eux disposent des capacités requises soit pour
évaluer les risques locaux, soit pour garantir leur pleine prise en compte dans l’élaboration des
politiques de réduction des risques de catastrophe. C’est pourquoi des approches fondées sur la
sécurité humaine ont appuyé l’élaboration de plans locaux d’adaptation et d’atténuation, mettant
l’accent sur les conséquences interdépendantes et transversales des catastrophes naturelles sur les
populations et les communautés. Ces analyses ont renforcé (i) la qualité des informations requises
concernant l’ampleur, les évolutions et la distribution des risques et vulnérabilités au niveau local,
(ii) l’élaboration de mécanismes d’alerte précoce ainsi que (iii) la résilience des plus vulnérables.
Le Cadre de Sendaï pour la réduction des risques de catastrophe souligne enfin l’importance d’une
approche de prévention plus large et plus centrée sur l’humain, afin de réduire les risques sous-

17
jacents qui déterminent la vulnérabilité des populations aux catastrophes naturelles. La pauvreté
et les inégalités sont des facteurs déterminants de taille dans la vulnérabilité des populations aux
catastrophes, qui entravent la participation de ces dernières aux stratégies de gestion des risques
de catastrophe. De ce point de vue, les approches fondées sur la sécurité humaine ont montré leur
intérêt pour l’élaboration de politiques sociales et de programmes capables de prendre en charge
certaines de ces vulnérabilités.
Les enseignements des projets financés par l’UNTFHS montrent que les approches fondées
sur la sécurité humaine et leurs principes fondamentaux peuvent renforcer la participation des
communautés et leur résilience, et améliorer les mécanismes d’alerte précoce, de même que la
réduction des facteurs de risque existants et émergents, spécialement ceux liés à la pauvreté
persistante, aux inégalités, à l’exclusion et au manque de capacités.

18
3.
A PPL IQU E R U N E A PPROC H E FON DÉ E
SU R L A S ÉCU R I T É H U M A I N E AU X
PROG R A M M E S E T PL A NS NAT IONAU X S 3
D’un point de vue opérationnel, les approches fondées sur la sécurité humaine ont démontré leur
efficacité dans la réponse à des défis complexes et interdépendants, actuels ou émergents. À travers
des mesures ciblées, efficaces et collaboratives, ces approches renforcent la résilience, la paix et le
développement durable. L’application de ces approches repose sur des stratégies de protection et
d’autonomisation, et veille à des réponses :

• Inclusives et participatives
• Prennent en compte les personnes et les communautés en situation
difficile, les impliquent et veillent à leur participation, afin de définir
leurs besoins, leurs vulnérabilités et leurs capacités de réponse à leurs
Centrées sur insécurités
l’humain
• Déterminent collectivement les insécurités à résoudre et identifient les
priorités et les ressources disponibles, notamment les atouts locaux et
les mécanismes de réponse des populations autochtones
• Gèrent les attentes et renforcent l’harmonie sociale

• Analysent globalement les causes premières et les manifestations de


chaque menace, à travers les différentes composantes de la sécurité
humaine
• Élaborent des réponses multisectorielles/multipartites en promouvant
le dialogue entre les acteurs clés de différents secteurs/disciplines/
communautés/groupes (ceci inclut des acteurs et secteurs qui n’étaient
Globales auparavant pas considérés comme pertinents pour la réussite d’une
politique, d’un programme ou d’un projet)
• Contribuent à garantir la cohérence et la coordination entre des secteurs
et disciplines traditionnellement séparés, ce qui renforce la résilience
• Évaluent les répercussions positives et négatives de chaque réponse sur
la situation globale de la ou des communauté(s) concernée(s) du point
de vue de la sécurité humaine

19
3
Les phases d’une approche fondée sur la sécurité humaine ont été adaptées de la première édition de ce manuel, élaborée par le Groupe
Sécurité humaine des Nations Unies en collaboration étroite avec la Docteure Shahrbanou Tadjbakhsh, Mademoiselle Hitomi Kubo et
Mademoiselle Elianna Konialis dans le cadre du Masters of Public Affairs de Sciences Po.
• Exigent une analyse approfondie de la situation visée
• Se concentrent sur un ensemble de libertés et droits fondamentaux
menacés par une situation donnée
Spécifiques au • Permettent l’élaboration de solutions plus appropriées, qui s’inscrivent
contexte dans les réalités locales et tiennent compte des capacités et mécanismes
de réponse locaux
• Prennent en compte les facteurs locaux, nationaux, régionaux et
mondiaux ainsi que leurs impacts sur la situation visée.

• Repèrent les risques, les menaces et les aléas, et s’attaquent à leurs


Axées sur la causes premières
prévention
• Privilégient des réponses préventives et proactives, plutôt que réactives

Ces principes éclairent les approches fondées sur la sécurité humaine et tout programme ou plan
national souhaitant suivre une telle approche se doit d’intégrer ces principes dès sa conception.

20
3 .1 - P H A S E S D ’ U N E A P P R O C H E F O N D É E S U R L A S É C U R I T É
HUMAINE
Les phases présentées ci-dessous se décomposent en une série d’objectifs et de tâches visant à
parvenir aux réalisations escomptées en matière de sécurité humaine, c’est-à-dire des sociétés où
l’on puisse plus largement vivre à l’abri de la peur et du besoin, et dans la dignité, et où le système
des Nations Unies peut appuyer un avenir plus pacifique et prospère, pour tous. Une étude de cas
détaillée figure à l’annexe I.

PHASE OBJECTIFS ET TÂCHES

• Établir des processus participatifs et collectivement repérer les besoins,


vulnérabilités et capacités des communautés concernées
• Inventorier les insécurités sur la base des besoins, vulnérabilités et
capacités réels, en mettant l’accent sur ce qui est réellement nécessaire
plutôt que sur ce qui est faisable
• Établir les priorités à travers l’analyse des besoins, vulnérabilités et
capacités, en consultation avec les communautés concernées
• Repérer les causes premières des insécurités et leurs interconnexions
Phase 1 • Inventorier les insécurités de façon globale, intégrée et multisectorielle
Analyse, inventaire puis les regrouper, en restant attentif aux répercussions
et planification • Établir des stratégies et des réponses qui intègrent des mesures de
protection et d’autonomisation fondées sur les quatre autres principes
des approches fondées sur la sécurité humaine
• Définir les stratégies et les réalisations visées à court, moyen et long
terme, même si elles ne sont pas mises en œuvre par le programme
considéré (définir les stratégies pour différents stades avec les
communautés jette des bases importantes pour la durabilité et la gestion
des attentes)
• Établir une planification inclusive et multipartite afin de garantir la
cohérence des objectifs et de l’attribution des responsabilités et tâches

• Procéder à la mise en œuvre en collaboration avec les partenaires


locaux, en veillant à ce que l’action menée (i) ne compromette pas, sans
le vouloir, l’une des composantes de la sécurité humaine ou l’un des
principes des approches fondées sur cette dernière, et (ii) respecte les
normes locales et les pratiques des communautés concernées
• Procéder à la mise en œuvre en tenant compte de la dynamique des
Phase 2 risques et menaces et en s’adaptant si nécessaire à son évolution,
Mise en œuvre toujours dans un souci de protection et d’autonomisation des
communautés concernées
• Développer les capacités des communautés concernées et des
institutions locales
• Assurer le suivi dans le cadre du programme, et s’appuyer sur ce suivi
pour tirer les enseignements qui s’imposent et s’adapter en conséquence

21
PHASE OBJECTIFS ET TÂCHES

• Menons-nous les bonnes interventions (plutôt que de se demander si


nous faisons correctement les choses) ?
Phase 3 • Le programme réduit-il les insécurités humaines identifiées, tout en
Évaluation rapide évitant d’engendrer des répercussions négatives ?
• Les enseignements sont-ils tirés des échecs et des réussites, et sont-ils
utilisés pour améliorer le programme ?

P H A S E 1 – A N A LY S E , I N V E N TA I R E E T P L A N I F I C AT I O N
Durant la phase initiale d’analyse, d’inventaire et de planification d’un programme fondé sur la
sécurité humaine, il est crucial de veiller à ce que ce dernier couvre les besoins, vulnérabilités
et capacités réels des communautés concernées, et présente des stratégies de protection et
d’autonomisation fondées sur les principes d’une approche de sécurité humaine. Plus précisément,
la phase d’analyse, d’inventaire et de planification a pour objectifs :
1. le repérage collectif des besoins, vulnérabilités et capacités des communautés concernées
et la fixation des priorités du programme en consultation avec les communautés concernées,
les représentants locaux et nationaux, ainsi que les autres parties prenantes pertinentes aux
niveaux régional et mondial ;
2. le repérage des causes premières des insécurités et de leurs interconnexions à travers les
secteurs, et la mise en place de réponses globales qui engendrent des répercussions positives,
sont ciblées et produisent suffisamment d’impact pour les communautés concernées ;
3. la cohérence des objectifs et de l’attribution des responsabilités aux divers acteurs ; et
4. l’inclusion des stratégies à court, moyen et long terme.

A N A LY S E D E L A S I T U AT I O N
Une analyse approfondie de la situation globale en matière de sécurité humaine est nécessaire, afin
(i) de déterminer les causes premières et les impacts des difficultés actuelles et émergentes pour
les différentes composantes de la sécurité humaine, au sein de chaque communauté et à travers les
différents groupes, (ii) d’examiner les interconnexions (positives et négatives) entre ces insécurités,
et (iii) d’établir des processus inclusifs et participatifs qui amènent davantage de transparence
dans la fixation des priorités, renforcent les capacités locales et améliorent donc la durabilité des
actions menées, promeuvent la prévention lorsque cela est possible, et renforcent la résilience et
les réalisations à long terme.

22
A. Analyse de la situation actuelle
Le recueil de données couvrant les différentes composantes de la sécurité humaine permet une
compréhension à la fois globale et détaillée des insécurités humaines auxquelles les populations
sont confrontées au quotidien et/ou en raison d’une menace particulière. En déterminant les
indicateurs quantitatifs et qualitatifs pour chaque composante de la sécurité humaine, et en
approfondissant l’analyse de la situation globale des populations concernées, un point de situation
complet peut être établi afin d’appuyer la conception, la mise en œuvre et l’évaluation du programme
proposé. Ceci garantit la définition d’activités répondant directement aux besoins, vulnérabilités
et capacités des populations auxquelles le système des Nations Unies cherche à venir en aide, en
partenariat avec d’autres acteurs.
A n a l yse de l a sécu ri té h u m a i ne g loba le de l a pop u l at ion

COMPOSANTES
INDICATEURS/DONNÉES INDICATEURS/DONNÉES
DE LA SÉCURITÉ
QUANTITATIFS QUALITATIFS
HUMAINE*

Sécurité économique
Sécurité alimentaire
Sécurité sanitaire
Sécurité
environnementale
Sécurité des
personnes
Sécurité
communautaire
Sécurité politique

B. Repérer les causes premières


Pour rompre les cycles de l’insécurité humaine là où des communautés vulnérables sont sans cesse
affectées par des crises et des catastrophes, il est essentiel de veiller à des programmes et politiques
s’attaquant aux causes premières des menaces et aux vulnérabilités des populations à ces dernières.
Repérer ces causes premières et les résoudre est fondamental pour garantir la durabilité des actions
menées et s’appuyer sur la résilience des populations, afin que les progrès d’aujourd’hui ne soient
pas réduits à néant par les crises de demain.

23
C a u ses pre m iè res

COMPOSANTES
NIVEAU NIVEAU NIVEAU NIVEAU
DE LA SÉCURITÉ
MONDIAL RÉGIONAL NATIONAL COMMUNAUTAIRE
HUMAINE*

Sécurité économique
Sécurité alimentaire
Sécurité sanitaire
Sécurité
environnementale
Sécurité des
personnes
Sécurité
communautaire
Sécurité politique

C. L e s i m p a c t s d e s m e n a c e s e t l e u r s i n t e r c o n n e x i o n s à t r av e r s l e s
différentes composantes de la sécurité humaine
Les approches fondées sur la sécurité humaine soulignent les interconnexions tant des insécurités
que des réponses. Les insécurités sont liées entre elles par un effet domino : elles s’alimentent
l’une l’autre. Sans une gestion proactive, elles peuvent se propager à d’autres régions ou pays. Par
exemple, les changements climatiques peuvent engendrer des vagues de sécheresse donnant lieu à
une insécurité alimentaire, à divers impacts de santé et à une bataille pour des ressources raréfiées,
menaçant la cohésion des communautés, la sécurité des personnes et la stabilité politique.
Ces interconnexions ont d’importantes implications pour la conception des programmes. Il est
par conséquent vital de procéder à une analyse approfondie de la situation, afin de pleinement
comprendre les manifestations de chaque menace pour les différentes composantes de la sécurité
humaine. Cela aide également à mieux comprendre l’impact de chaque menace sur une population
donnée ainsi que sur les groupes de population (tels que les femmes, les jeunes, les séniors,
les personnes en situation de handicap, les minorités ethniques, etc.), de façon à repérer les
interconnexions entre les différentes insécurités auxquelles ils sont confrontés en raison de cette
menace : ces interconnexions sont les points où les stratégies les plus efficaces et globales peuvent
être menées et produire le plus d’impact.
En différenciant les impacts d’une menace sur les communautés, les groupes de population et
les institutions, cette analyse peut éclairer l’élaboration de solides stratégies de protection et
d’autonomisation.

24
IMPACTS SUR LES IMPACTS SUR LES
MENACE POUR
COMMUNAUTÉS ET INSTITUTIONS ÉTATIQUES
LA COMPOSANTE
GROUPES ET NON ÉTATIQUES
Sécurité économique
Sécurité alimentaire
Sécurité sanitaire
Sécurité
environnementale
Sécurité des
personnes
Sécurité
communautaire
Sécurité politique

I N V E N TA I R E D E S B E S O I N S , V U L N É R A B I L I T É S E T C A PA C I T É S
Une fois l’analyse approfondie de la situation terminée, le tableau des besoins, vulnérabilités et
capacités est établi. Cet élément fondamental des approches fondées sur la sécurité humaine vise
à inventorier et analyser les besoins et les capacités existantes des communautés concernées pour
chaque insécurité identifiée. Cet inventaire visuel est bien adapté à l’analyse des besoins requise
par l’approche. Il permet non seulement de clarifier la complexité mais aussi de visualiser :
i. les insécurités et vulnérabilités les plus graves et fréquentes, ainsi que leurs interconnexions ;
ii. les stratégies envisageables afin de résoudre les insécurités repérées ;
iii. les capacités et ressources des communautés concernées pour chaque type d’insécurité et
de vulnérabilité ; et
iv. les lacunes dans les infrastructures existantes de protection et d’autonomisation ainsi que
les priorités d’action parmi les insécurités repérées.

BESOINS/VULNÉRABILITÉS
COMPOSANTE
DE LA SÉCURITÉ CAPACITÉS
HUMAINE NIVEAU
NIVEAU LOCAL*
NATIONAL
Sécurité économique
Sécurité alimentaire
Sécurité sanitaire
Sécurité
environnementale

25
BESOINS/VULNÉRABILITÉS
COMPOSANTE
DE LA SÉCURITÉ CAPACITÉS
HUMAINE NIVEAU
NIVEAU LOCAL*
NATIONAL
Sécurité des
personnes
Sécurité
communautaire
Sécurité politique

Sur la base de cet inventaire, les interconnexions et dynamiques existant entre les diverses
insécurités, vulnérabilités et capacités sont identifiées. Ces interconnexions sont les points où les
stratégies les plus efficaces et globales peuvent être développées. Repérer ces interconnexions
facilite :
i. la fixation des priorités d’action (communautés, domaines d’intervention, etc.) ;
ii. la détermination des secteurs et stratégies permettant d’engendrer des répercussions positives;
iii. l’élaboration de programmes et de plans multipartites et intégrés ; et
iv. l’exploitation des connaissances disponibles, la mise en commun des ressources et le
renforcement de l’efficience et de l’efficacité des réponses.

É L A B O R AT I O N D E S T R AT É G I E S F O N D É E S S U R L A S É C U R I T É
HUMAINE
Les approches fondées sur la sécurité humaine exigent non seulement l’analyse approfondie des
besoins, vulnérabilités et capacités des communautés concernées, mais aussi l’analyse des stratégies
de protection et d’autonomisation requises afin de prévenir et atténuer la récurrence des insécurités.
À ce stade, il convient de répondre à certaines questions clés :
Quelles stratégies d’autonomisation s’appuient sur les capacités de la population locale afin de
résister et répondre au mieux aux menaces et vulnérabilités repérées, tout en élargissant dans
le même temps les choix dont celle-ci dispose ?
• Quels atouts et capacités d’une communauté constituent des fondements solides pour des
stratégies d’autonomisation ?
• Quels points forts d’une communauté ont été négligés ? Comment peuvent-ils être utilisés
au mieux ?

26
Quelles stratégies de protection ciblent les lacunes existantes de l’infrastructure de sécurité
humaine et renforcent les capacités de la structure institutionnelle afin de garantir la protection
des communautés concernées contre les menaces les plus graves et fréquentes ?
• Compte tenu de l’analyse des ressources et lacunes de l’infrastructure de sécurité humaine,
quelles stratégies ont le plus de chances de produire des impacts positifs sur d’autres secteurs?

Quelles stratégies de protection ont le plus grand impact positif sur l’autonomisation ? Quelles
stratégies d’autonomisation ont le plus grand impact positif sur la protection ? N’oubliez pas
d’également considérer les impacts négatifs potentiels que pourraient engendrer les activités
visant un domaine ou un groupe pour d’autres domaines ou groupes.

PHASE 2 – MISE EN ŒUVRE


La participation des communautés concernées et des homologues locaux est vitale pour la mise en
œuvre réussie et la durabilité de tout programme fondé sur la sécurité humaine. De tels programmes
doivent être éclairés par les perspectives des populations locales pour s’assurer d’être à la fois
légitimes et efficaces dans la réalisation des objectifs des communautés concernées. Les processus
participatifs constituent aussi des espaces où nouer les partenariats nécessaires afin de résoudre
les situations complexes liées aux insécurités humaines.
Durant la phase de mise en œuvre, une véritable participation des acteurs locaux et des communautés
concernées doit être soigneusement et résolument organisée, pour bénéficier au mieux aux
communautés concernées ainsi qu’à la population dans son ensemble, et s’assurer de la réussite et
de la durabilité du programme.

Pourquoi la participation est-elle importante dans une approche fondée sur la sécurité humaine ?
La participation est un élément fondamental :
• de l’analyse (compréhension des menaces, besoins, vulnérabilités et capacités du point de
vue des communautés concernées) ;
• de la planification (définition des stratégies et fixation des objectifs à travers un dialogue
multipartite) ;
• de la mise en œuvre (développement des capacités locales et appropriation locale) ; et
• de l’évaluation (compréhension des impacts des politiques ou programmes sur les
communautés concernées).

Quels sont certains des avantages d’une mise en œuvre participative ?


• Assurance d’activités alignées sur les besoins, vulnérabilités et capacités des communautés
concernées et de la population locale
• Création de liens entre les participants locaux à travers leur engagement dans le processus

27
• Mise au jour des contraintes de mise en œuvre et proposition de solutions locales
• Mobilisation des populations, des communautés et des institutions
• Possibilité d’asseoir la durabilité à plus long terme grâce à l’appropriation locale, qui ne peut
se développer sans participation

Lors de l’analyse, de la conception et de la mise en œuvre d’un programme participatif, assurez-vous


d’envisager les éléments suivants :
i. Qui représente « le peuple » ?
Prenez soin de comprendre le contexte et les différents types de sous-groupes parmi les communautés
concernées et la population locale. Une attention particulière doit être accordée aux groupes les
plus vulnérables. Réfléchissez aussi aux modalités de participation des « fauteurs de troubles »
potentiels, à leur impact sur le processus et à la façon dont les actions destinées à une communauté
donnée peuvent avoir un impact sur d’autres communautés (par exemple, perceptions, tensions,
répartition inégale).
ii. Mettre l’accent sur le consensus risque de privilégier les vues dominantes
Ayez conscience du risque que des vues dominantes ou des personnes influentes s’emparent du
processus. Être bien informé et conscient du contexte local, des groupes sociaux et des relations
sociales constitue une première étape importante afin de limiter autant que possible la dominance
potentielle d’un quelconque groupe, individu ou point de vue. Les praticiens devraient être
expérimentés en médiation et savoir comment permettre à toutes les voix d’être entendues.
iii. Gérer les attentes
Les processus participatifs peuvent accroître les attentes des participants vis-à-vis des résultats
ou réalisations visés. Les praticiens devraient clairement leur expliquer la portée du processus ou
programme concerné, ainsi que ses réalisations potentielles et attendues, de façon à limiter toute
attente irréaliste.
iv. Établir un comité de supervision de la mise en œuvre
Les processus participatifs peuvent être complexes à gérer. Il est donc utile de mettre un comité
sur pied afin de superviser la mise en œuvre d’un programme. Ce comité doit être représentatif et
multipartite. Lors de la formation de tels comités, veillez à être clairs concernant leur mission, les
lignes hiérarchiques et la durabilité institutionnelle à long terme, en tant que de besoin.

P H A S E 3 – É VA L U AT I O N R A P I D E
La phase finale de tout programme fondé sur la sécurité humaine consiste à évaluer ses performances
et à partager les enseignements tirés. Une évaluation approfondie est requise pour déterminer si
les actions menées par le programme ont abouti conformément à son cadre de résultats, et quelles
sont les conséquences de ces actions pour la population ciblée.

28
Les rapports actuellement établis en fin de programme, bien que tout à fait suffisants pour assurer
le contrôle de gestion budgétaire et opérationnel, ne se prêtent ni à une évaluation plus qualitative
des conséquences et des retombées positives essentiellement recherchées lors du recours à
une approche fondée sur la sécurité humaine, ni à la transmission des enseignements tirés. Par
conséquent, les rapports des programmes financés par l’UNTFHS doivent non seulement couvrir
dans quelle mesure ils ont tenu leurs promesses en vertu du cadre de résultats défini, mais aussi
évaluer les retombées positives et les résultats de l’application d’une approche fondée sur la sécurité
humaine.
L’évaluation rapide4 d’un programme fondé sur la sécurité humaine doit intervenir dans les six
mois de la date de fin du programme. Celle-ci doit évaluer, de façon brève et concise (pas plus de
15 pages), quelles sont les retombées positives de l’approche fondée sur la sécurité humaine et
quels sont les enseignements à tirer de ce programme. Il importe de souligner que les évaluateurs
doivent contacter les bénéficiaires du programme ainsi que leurs communautés, de même que le
système des Nations Unies, les ONG et les parties prenantes gouvernementales. Il est également
essentiel que cette évaluation rapide implique le coordonnateur résident et d’autres membres
clés de l’équipe de pays des Nations Unies, afin d’examiner comment le programme a contribué à
l’expansion d’une approche fondée sur la sécurité humaine et la mesure dans laquelle l’application
d’une telle approche a aidé l’équipe de pays à remplir sa mission globale et atteindre ses objectifs.
L’évaluation rapide d’un programme fondé sur la sécurité humaine doit couvrir les points suivants :
• Les avantages d’une approche fondée sur la sécurité humaine pour travailler sur un large
éventail d’insécurités vécues par les communautés vulnérables, produire des retombées positives
dans la vie des populations ciblées et renforcer la capacité du système des Nations Unies à répondre
à des insécurités multifactorielles.
• Les conséquences et les retombées positives des principes des approches fondées sur la
sécurité humaine (mécanismes conjoints de protection et d’autonomisation et processus centrés
sur l’humain, spécifiques au contexte, globaux et axés sur la prévention) pour les populations visées,
par comparaison aux programmes conjoints classiques ou aux fonds et cadres programmatiques
mono-agences des Nations unies. Cela va plus loin que d’évaluer ce qui a été fait : il s’agit d’évaluer
la différence faite par l’application d’une approche fondée sur la sécurité humaine.
• L’utilité des programmes financés par l’UNTFHS afin de combler les lacunes des réponses
apportées à des insécurités multifactorielles, grâce à la vision globale adoptée par les approches
fondées sur la sécurité humaine et leur capacité à dépasser les mandats traditionnels des entités.

Chaque évaluation rapide d’un programme fondé sur la sécurité humaine devrait aussi présenter
les enseignements tirés dans le cadre de la situation spécifique concernée, et évaluer comment le
programme a contribué à l’expansion des approches fondées sur la sécurité humaine dans leur
ensemble.
Le tableau ci-dessous développe les points qui viennent d’être exposés en une série de questions
qu’il convient théoriquement de couvrir dans toute évaluation rapide d’un programme fondé sur
la sécurité humaine.

4
Méthode d’évaluation adaptée des outils utilisés pour la conduite de l’Évaluation rapide de l’UNTFHS en 2013. 29
Éva l u at ion ra pide d ’u n prog ra m me fon dé s u r l a sécu ri té h u m a i ne

QUESTIONS SOUS-QUESTIONS
SOUS-QUESTIONS DÉTAILLÉES
PREMIÈRES PREMIÈRES

Quels sont les avantages des approches fondées


sur la sécurité humaine pour travailler sur le
large éventail des insécurités vécues par les
communautés vulnérables ?

Existait-il une
compréhension commune
de l’importance de la
sécurité humaine parmi
les partenaires des Nations Dans la négative, quelles différences existaient et pourquoi?
Unies ? Et parmi les Comment les parties prenantes ont-elles pris conscience de
communautés concernées ? l’importance de la sécurité humaine ?
Et parmi les
parties prenantes
gouvernementales et non
gouvernementales ?

En quoi la conception de ce programme a-t-elle été


différente ? En quoi l’exécution de ce programme a-t-elle
été différente ?
Qu’est-ce qui a été fait différemment par rapport aux autres
interventions des Nations Unies ?
Quels ont été les avantages
Comment les communautés concernées ont-elles été
d’une approche fondée sur
impliquées dans la conception de l’initiative ?
la sécurité humaine dans
Comment ont-elles été impliquées dans son exécution ?
le cadre de ce programme
Comment les entités gouvernementales ont-elles été
spécifique ?
impliquées et à quels stades ?
Comment les entités des Nations Unies participantes ont-
elles collaboré à la conception de l’initiative ?
Un programme de travail et un budget conjoints ont-ils été
établis ?

Quel était le nombre des co-commanditaires et quelle était


la contribution de chacun ?
Pourquoi ont-ils accepté de cofinancer le programme ?
Qui les a sollicités/invités à participer ? Ont-ils participé
En dehors du financement,
à la conception du programme ? Ont-ils participé à son
quelle valeur ajoutée les
exécution ?
co-commanditaires ont-ils
Hormis une contribution financière, qu’a apporté chacun
apportée à l’initiative ?
d’eux au programme ?
Certains d’entre eux avaient-ils des objectifs spécifiques
? Ces objectifs différaient-ils de ceux du programme dans
son ensemble ?

Dans le cadre du
programme, une distinction
S’il existait des différences de compréhension, quelles
était-elle faite entre « action
étaient-elles et pourquoi (siège, équipes de terrain, etc.) ?
conjointe » et « action
intégrée » ?

30
QUESTIONS SOUS-QUESTIONS
SOUS-QUESTIONS DÉTAILLÉES
PREMIÈRES PREMIÈRES

Qui a décidé de lancer la conception de l’initiative ? Quelles


Comment le programme étaient les menaces spécifiques pour la sécurité humaine ?
a-t-il vu le jour ? En quoi Pourquoi d’autres initiatives des Nations Unies ne pouvaient-
était-il/est-il unique dans elles pas être utilisées pour travailler sur ces insécurités ?
le pays ou le contexte En quoi la conception et/ou la mise en œuvre du programme
régional? ont-elles innové (dans le contexte spécifique de l’équipe de pays
des Nations Unies) ?

Quels mécanismes spécifiques sont/ont été utilisés pour


promouvoir la « création de valeur » ?
Comment le programme Quel est/a été le degré de dialogue avec les coordonnateurs
a-t-il sensibilisé les parties résidents concernant la sécurité humaine ? Quel a été le degré
prenantes aux avantages de dialogue avec les gouvernements ?
d’une approche fondée sur Des réunions d’information destinées aux officiels
la sécurité humaine ? gouvernementaux élus et non élus et portant sur les approches
fondées sur la sécurité humaine (plutôt que de s’en tenir aux
seuls détails programmatiques) ont-elles été organisées ?

Quelles ont été les retombées (changements


et/ou améliorations dans la situation
des bénéficiaires et/ou les pratiques
organisationnelles) du programme pour les
populations ciblées, grâce à l’adoption d’une
approche fondée sur la sécurité humaine (c’est-
à-dire des solutions multisectorielles centrées
sur l’humain, globales, spécifiques au contexte et
axées sur la prévention, qui sont renforcées par
un cadre de protection et d’autonomisation), par
comparaison aux programmes classiques des
Nations Unies ?

Quels étaient plus précisément ces changements et/ou


Quels types de améliorations ?
changements ou Ont-ils été définis lors de la conception du programme ? Sont-
améliorations étaient ils quantifiables ?
attendus par ce programme Ont-ils fait l’objet d’un quelconque traitement « spécial » ?
financé par l’UNTFHS ? Ces changements et/ou améliorations ont-ils été conçus pour
être durables ?

Quelles sont les causes des changements observés ? Les


conséquences, changements et/ou améliorations constatés
sont-ils ceux qui avaient été envisagés lors de la conception
de l’initiative ? Dans la négative, quelles sont les différences et
pourquoi ?
Quels types de
Comment sont-elles identifiées, par comparaison aux
changements et/ou
différences observées pour les programmes classiques des
améliorations ont résulté
Nations Unies ?
de ce programme financé
Un passage de relais a-t-il été prévu ou une appropriation
par l’UNTFHS ?
suffisante a-t-elle eu lieu pour garantir la continuité de l’action
à l’issue de l’initiative financée par l’UNTFHS ?
Quel est le rôle du gouvernement et de la société civile dans la
continuité/durabilité de la programmation ?

31
QUESTIONS SOUS-QUESTIONS
SOUS-QUESTIONS DÉTAILLÉES
PREMIÈRES PREMIÈRES

Dans l’affirmative, quelle était leur action et depuis combien


D’autres entités des Nations de temps étaient-ils présents dans cette zone ?
Unies ou partenaires Avaient-ils des objectifs similaires, voire identiques et visant
officiels au développement l’amélioration de la situation des populations bénéficiaires ou
travaillaient-ils sur les des pratiques organisationnelles ?
mêmes problématiques/ Ces autres programmes sont-ils de plus ou moins grande
dans la même zone envergure que l’initiative financée par l’UNTFHS ?
géographique ? Ont-ils collaboré avec les partenaires de mise en œuvre du
programme financé par l’UNTFHS ?

Quelle a été l’utilité du programme financé


par l’UNTFHS afin de combler les lacunes
des réponses apportées aux insécurités
multifactorielles constatées ?

De quels types de lacunes s’agissait-il ?


Quelles mesures ont été employées pour éviter les
redondances (c’est-à-dire le travail sur une même lacune par
différents programmes ou avec différents partenaires de l’aide
Comment ces lacunes ont- publique au développement) ?
elles été déterminées et par Comment le programme a-t-il complété la planification
qui ? nationale ou régionale ?
A-t-il comblé une lacune de ce cadre de planification ?
Les lacunes sont-elles identifiées dans la planification
nationale et/ou régionale du développement ? Dans
l’affirmative, par qui ont-elles été identifiées ?

Dans quelle mesure les


Le comblement des lacunes par ce programme financé par
lacunes ont-elles été
l’UNTFHS a-t-il été plus efficace ou efficient que dans le cas
comblées différemment, par
de programmes classiques ? Comment cela ? Quelles sont les
rapport aux autres types de
différences spécifiques dans la conception et dans l’exécution
programmes des Nations
?
Unies ?

Existe-t-il des différences de perception ou des schémas de


perception récurrents parmi les diverses parties prenantes, au
sein du système des Nations Unies et en dehors ?
Comment le programme a-t-il été perçu, du point de vue
Comment les partenaires
de sa durabilité et de sa liaison avec les efforts plus larges
des Nations Unies ont-
du système des Nations Unies et d’autres partenaires
ils perçu l’utilité de ce
(par exemple, réalisation des ODD, transition de l’action
programme financé par
humanitaire vers l’action pour le développement à court et
l’UNTFHS ?
moyen terme, prévention de l’aggravation des problèmes de
sécurité humaine en crises humanitaires, renforcement de la
résilience, amélioration de l’efficacité d’exécution du système
des Nations Unies, etc.) ?

Dans l’ensemble, quels enseignements ont été


tirés de l’application d’une approche fondée sur
la sécurité humaine dans les contextes national et
infranational ?

32
QUESTIONS SOUS-QUESTIONS
SOUS-QUESTIONS DÉTAILLÉES
PREMIÈRES PREMIÈRES

Les enseignements tirés ont-ils été spécifiquement inventoriés


et si oui, par qui ?
Quels enseignements Quels sont leur nombre et leur nature ? Ont-ils
spécifiques ont été tirés ? majoritairement trait aux principes des approches fondées sur
la sécurité humaine, ou plutôt à des questions administratives/
opérationnelles ?

Quels mécanismes (formels/informels) ont été utilisés pour


Comment ces
diffuser ces enseignements ?
enseignements ont-ils été
Des mécanismes de feed-back existent-ils pour le partage des
diffusés afin de promouvoir
enseignements tirés et des conclusions du programme entre
l’amélioration continue ?
ses participants et les organisations parentes ?

Quels mécanismes existent afin d’utiliser les enseignements


tirés dans le cadre du processus de planification dans son
Comment les ensemble ?
enseignements tirés sont- En dehors du comité de coordination/gestion de ce
ils mis en application ? programme financé par l’UNTFHS, existe-t-il d’autres
mécanismes formels de diffusion des enseignements tirés
entre les partenaires des Nations Unies ?

Comment et auprès de qui les enseignements tirés ont-ils été


diffusés ?
Quelles mesures ont été prises pour étendre le recours à des
approches fondées sur la sécurité humaine au niveau national
Comment les
ou infranational ?
enseignements tirés
Les enseignements tirés du programme ont-ils fait l’objet
sont-ils utilisés afin de
d’une réunion d’information ou de toute autre forme d’action
promouvoir l’expansion des
de sensibilisation à l’intention du gouvernement ou d’autres
approches fondées sur la
acteurs de la part de l’équipe de pays des Nations Unies ?
sécurité humaine au niveau
Quels engagements ont été pris lors de la conception du
national ou infranational ?
programme afin de contribuer à l’expansion du recours
à des approches fondées sur la sécurité humaine ? Ces
engagements ont-ils été tenus ? Sont-ils en cours de mise en
œuvre ?

33
A NNEXE 1

34
CONC E P T ION D ’ U N PROG R A M M E
FON DÉ S U R L A S ÉCU R I T É H U M A I N E –
L’ E X E M PL E D ’ U N PROG R A M M E K É N YA N
Le Turkana central est une région aride du Kenya où 60 % de la population tire son revenu de
l’élevage, avec peu de moyens de subsistance alternatifs. Un programme fondé sur la sécurité
humaine y a été mené, afin d’œuvrer à résoudre les insécurités des communautés pastorales. En
2009, après plusieurs saisons des pluies aux précipitations insuffisantes, la région a connu l’une
des pires périodes de sécheresse de son histoire. Un cheptel important a été décimé, et des moyens
de subsistance de même que la sécurité alimentaire et sanitaire ont été lourdement compromis.
Le comté de Turkana – l’une des régions les plus pauvres du Kenya – est confronté à une triple
problématique : les changements climatiques, la migration et les conflits. En raison de vagues de
sécheresse répétées, les déplacements des communautés pastorales s’étendent au sein du Kenya
et au-delà de ses frontières, en quête d’eau et de pâtures pour le bétail. Ces déplacements accrus
engendrent des conflits interethniques violents, où les différentes communautés se disputent
des ressources limitées. Comme on le voit, il existe une interconnexion entre, d’une part, la
multiplication des insécurités et des conflits et, d’autre part, la fréquence croissante de conditions
météorologiques extrêmes et de sécheresses sévères mettant en danger le mode de vie pastoral.
Parmi les autres problématiques figurent l’accès limité voire inexistant de ces communautés aux
marchés aux bestiaux, l’insuffisance des infrastructures de base et des services vétérinaires, et un
soutien inadéquat à la commercialisation du bétail et de ses produits dérivés. La flambée des prix
alimentaires causée par la baisse de l’offre alimentaire a réduit le pouvoir d’achat des communautés
pastorales : la moitié de cette population dépend de l’aide alimentaire pour survivre. Dans ce
contexte, le taux de malnutrition a augmenté dans la région, en particulier chez les enfants et chez
les mères allaitantes. La situation est aggravée par l’absence de structures d’enseignement et de
services de soins de santé, et par l’insuffisance d’eau salubre, de l’assainissement et de l’hygiène.
La viabilité des moyens de subsistance pastoraux traditionnels est par ailleurs menacée par la
croissance démographique et par les nouvelles divisions administratives, qui ont modifié le contexte
dans lequel les systèmes de production pastoraux nomades s’inscrivent et tentent tant bien que
mal de fonctionner. Tandis que les communautés pastorales ont du mal à gagner ne serait-ce que
de quoi vivre face à ces conditions défavorables, la criminalité et la violence se propagent hors
d’atteinte des structures gouvernementales et des systèmes de maintien de l’ordre le long des
frontières nationales perméables de la région.
La population en est venue à se procurer des armes, ce qui a accéléré la prolifération des armes
légères et de petit calibre dans la région, et a rendu les conflits suscités par les ressources naturelles
et les vols de bétail plus sanglants. Les vols de bétail, autrefois considérés comme une pratique
« culturellement acceptable » de réapprovisionnement en période de pénurie, sont dans bien des
cas devenus une activité commerciale bien organisée et rentable. Lors de raids et contre-raids

35
impliquant des guerriers armés ainsi que de brutales attaques transfrontalières, des centaines de
têtes de bétail ont été volées à des ménages pauvres, ajoutant encore à leur victimisation généralisée
et leur dénuement. Des enfants ont fait les frais de ces conflits, pris dans des fusillades alors
qu’ils travaillaient (conformément au rôle de gardien de bétail qui leur incombe dans leur culture),
contraints de prendre les armes pour renforcer les rangs des guerriers ethniques ou des voleurs de
bétail, ou encore privés de leurs proches qui prenaient soin d’eux après une blessure ou une balle
fatale causée par l’usage généralisé et inadéquat d’armes de petit calibre dans ces communautés.
Tout ceci a engendré une très vive défiance et la suspicion entre les communautés voisines, et
l’affaiblissement des systèmes de gouvernance pastoraux traditionnels compromet leur capacité à
prévenir, gérer et résoudre les conflits. Bien que plus d’un millier d’armes aient été volontairement
restituées au cours des deux dernières années, on estime que la population pastorale du nord-ouest
kényan détient illégalement, à elle seule, plus de 50 000 armes. Les opérations de désarmement
sélectives et sur mesure menées ont eu un impact limité afin de résoudre le problème. En revanche,
des initiatives locales pour la paix menées par la société civile et impliquant les autorités locales
se sont révélées efficaces à petite échelle.
Lors des consultations communautaires menées de 2009 à 2011 au Turkana central, les membres
des communautés ont expliqué que la population manque de résilience et de préparation pour
atténuer l’impact des conflits, des catastrophes naturelles et d’autres chocs environnementaux. La
population a besoin d’alertes précoces concernant les conditions météorologiques, les ressources
et les conflits, ainsi que de stratégies lui permettant de s’adapter aux changements climatiques, en
toute autonomie et de façon durable.
Les tableaux qui suivent présentent les différentes étapes de la conception du programme fondé
sur la sécurité humaine mené au Turkana, pour la phase 1 (analyse, inventaire et planification).
Ils peuvent servir de modèles pour la conception d’un programme, d’un projet ou d’une réponse
politique fondé sur la sécurité humaine. Ces outils peuvent être utilisés par les équipes de pays des
Nations Unies et leurs partenaires nationaux pour analyser des situations complexes et concevoir
des solutions intégrées et multisectorielles.

36
A N A LY S E D E L A S I T U AT I O N
Cette analyse vise à déterminer les causes premières et les manifestations des menaces pesant sur
chaque composante de la sécurité humaine, pour la population considérée.

A. A n a l yse de l a sécu ri té h u m a i ne g loba le de l a pop u l at ion

COMPOSANTE
INDICATEURS/DONNÉES INDICATEURS/DONNÉES
DE LA SÉCURITÉ
QUANTITATIFS QUALITATIFS
HUMAINE

64 % de la population vit sous le


Expression de craintes croissantes
seuil de pauvreté. Seule la moitié des
Sécurité liées à l’assèchement des pâtures
enfants est inscrite dans le primaire.
et à son impact sur les activités
économique 60 % de la population tire ses
pastorales, qui sont la principale
moyens de subsistance des activités
source de revenu
pastorales.

La moitié de la population nécessite


Expression de craintes liées à des
Food insecurity une aide alimentaire.
problèmes de faim croissants
Taux de malnutrition supérieur à 15%

Indicateurs sanitaires les plus


problématiques du Kenya Vagues
régulières de méningite, de choléra
et de poliomyélite
Sécurité sanitaire Accès très limité aux soins de
santé (un seul hôpital pour cette
population)
Eau salubre insuffisante

Région sujette aux sécheresses


Sécurité Écosystèmes fragiles
Incidence croissante des inondations
environnementale et des conditions météorologiques
extrêmes

Prolifération d’armes légères et de


Sécurité des petit calibre
Environ 50 000 armes illégalement Peur/sentiment d’insécurité
personnes détenues dans le nord-ouest kényan
Travail des enfants

Sécurité Violence armée localisée Attaques Peur/sentiment d’insécurité Défiance


communautaire transfrontalières et suspicion entre les communautés

Sécurité politique Sans objet pour cette étude de cas Sans objet pour cette étude de cas

37
B. Re pé re r les c a u ses pre m iè res

CAUSES (STRUCTURELLES OU COMPORTEMENTALES)

Changements climatiques, qui impactent les modes de vie traditionnels des


Niveau mondial communautés pastorales

Enjeux ethniques et politiques des zones frontalières du Kenya, de l’Ouganda,


Niveau régional du Soudan et de l’Éthiopie, qui conduisent à des conflits et à des tensions
transfrontalières relatives aux terres et aux ressources

Éloignement des centres de décision


Faiblesse des structures locales de gouvernance
Niveau national Nouvelles divisions administratives modifiant le contexte dans lequel les
systèmes des communautés pastorales doivent fonctionner

Niveau des Conflits interethniques liés aux ressources


Prolifération d’armes légères et de petit calibre
personnes et des Forte dépendance vis-à-vis des activités pastorales
communautés Structure patriarcale de la société

C . Les i m pac t s des me n aces et le u r s i n te rcon nex ion s à t rave r s les


d i f fé re n tes com pos a n tes de l a sécu ri té h u m a i ne

IMPACTS SUR LES


MENACE POUR LA IMPACTS SUR LES GROUPES
INSTITUTIONS ÉTATIQUES
COMPOSANTE ET COMMUNAUTÉS
ET NON ÉTATIQUES

Sécurité économique Nécessité de prendre en compte


Augmentation de la pauvreté
Augmentation de la le nombre croissant de personnes
Augmentation du chômage
pauvreté et du chômage, vivant dans la pauvreté et la
Augmentation des migrations
baisse de la productivité migration croissante vers les centres
dictées par la recherche d’un emploi
globale urbains

Nombre croissant de personnes


Sécurité alimentaire Insécurité alimentaire croissante
nécessitant une aide alimentaire et
Flambée des prix Hausse des dépenses alimentaires
des compléments nutritionnels
alimentaires, pertes de des ménages
Nécessité croissante d’élaborer
bétail et amenuisement Faim et malnutrition croissantes, et
des pratiques agricoles climato-
des récoltes perte de productivité allant de pair
raisonnées

Sécurité sanitaire
Poids croissant des maladies,
Hausse des maladies
Augmentation des maladies pandémies, nécessité d’améliorer
infectieuses, manque
Malnutrition croissante et perte de l’accès aux soins de santé et de
d’accès aux soins de santé
productivité allant de pair renforcer la situation sanitaire
de base, malnutrition
globale
croissante

38
IMPACTS SUR LES
MENACE POUR LA IMPACTS SUR LES GROUPES
INSTITUTIONS ÉTATIQUES
COMPOSANTE ET COMMUNAUTÉS
ET NON ÉTATIQUES

Sécurité
environnementale
Les changements
climatiques provoquent Perte de bétail Problèmes de sécurité régionaux et
des vagues de sécheresse Lutte croissante pour des ressources nationaux et leurs conséquences,
plus fréquentes, des en eau et des pâtures raréfiées lorsque les communautés pastorales
dégradations de Apparition de conflits liés aux terres franchissent les frontières nationales
l’environnement et et à l’eau et se disputent les terres et l’eau
une diminution des
ressources en eau et des
pâtures

Tensions croissantes et rupture


Sécurité des personnes Vols de bétail aux conséquences du dialogue avec l’État imposant
Prolifération des armes fatales Membres des communautés l’urgence de programmes de
légères et de petit calibre, blessés ou tués, parfois en raison désarmement ainsi que de mesures
violence croissante d’une mauvaise utilisation des armes d’amélioration de l’état de droit, de la
gouvernance et du leadership local

Sécurité communautaire Nécessité croissante d’apaiser les


Renforcement des conflits
Conflits interethniques tensions entre communautés, à
interethniques et de la défiance entre
et intercommunautaires travers des efforts de consolidation
les communautés
Effondrement de la paix par les communautés
Affaiblissement de la gestion
des structures elles-mêmes, des programmes de
traditionnelle des conflits
de gouvernance désarmement, l’état de droit, une
(prévention et résolution), ce qui
traditionnelles des bonne gouvernance et l’amélioration
exacerbe un peu plus les tensions
communautés pastorales du leadership local

Sécurité politique Sans objet pour cette étude de cas Sans objet pour cette étude de cas

39
I N V E N TA I R E D E S B E S O I N S , V U L N É R A B I L I T É S E T C A PA C I T É S
D. A n a l yse des besoi n s / v u lné ra bili tés et des c a paci tés sou s l ’a ng le de l a
sécu ri té h u m a i ne

BESOINS/VULNÉRABILITÉS
COMPOSANTE
DE LA SÉCURITÉ CAPACITÉS
HUMAINE COMMUNAUTÉS
ENFANTS FEMMES
PASTORALES

Besoin de moyens
de subsistance
Capacités
alternatifs et d’une
très limitées
diversification des
compte tenu des
revenus; besoin Besoin d’accès à
Sécurité changements
de protéger et l’éducation
climatiques et
économique préserver le Besoin d’écoles
de leurs impacts
système pastoral; nomades
sur le mode
besoin d’élargir
de vie pastoral
les compétences;
traditionnel
besoin de mieux
gérer les risques

Vulnérabilité à la
perte de bétail;
Capacités
besoin d’une Les enfants Femmes
limitées ;
augmentation de sont les plus allaitantes
réussites déjà
l’offre alimentaire: vulnérables à la vulnérables à
obtenues dans
Sécurité forte dépendance malnutrition et la la malnutrition
la production
vis-à-vis du maïs faim (+ besoins (+ besoins et
alimentaire et alimentation et vulnérabilités vulnérabilités
agricole
alternative
peu variée ; précisés pour les précisés pour la
alignée sur les
alimentation communautés communauté
changements
actuelle pastorales) pastorale)
climatiques
nutritionnellement
pauvret

Besoin de
Besoin de services Besoin de
services de
de soins de santé; services de soins
soins de santé;
Sécurité sanitaire vulnérabilité
vulnérabilité
de santé; besoin Très limitées
aux maladies de services de
aux maladies
infectieuses santé maternelle
infectieuses

Besoin de
stratégies
d’adaptation aux
Besoins et Besoins et
changements Capacités
vulnérabilités vulnérabilités
Sécurité climatiques ; limitées ; savoir-
similaires à ceux similaires à ceux
besoin de faire traditionnel;
environnementale mécanismes
précisés pour la précisés pour la
mécanismes de
communauté communauté
d’alerte précoce subsistance
pastorale pastorale
pour reconnaître
les profils
météorologiques

40
BESOINS/VULNÉRABILITÉS
COMPOSANTE
DE LA SÉCURITÉ CAPACITÉS
HUMAINE COMMUNAUTÉS
ENFANTS FEMMES
PASTORALES

Vulnérabilité
au travail
Vulnérabilité
Sécurité des des enfants; Initiatives/groupes
à l’utilisation
vulnérabilité à de désarmement des
personnes d’armes légères
des violences communautés
et de petit calibre
quand ils gardent
le bétail

Besoins et Besoins et ONG religieuses ;


Vulnérabilité aux vulnérabilités vulnérabilités commissions locales
Sécurité conflits entre similaires à ceux similaires à ceux pour la paix ; réseaux
communautaire communautés et précisés pour précisés pour intercommunautaires
transfrontaliers la communauté la communauté et transfrontaliers
pastorale pastorale existants

Sécurité Sans objet pour Sans objet pour Sans objet pour
Sans objet pour cette
cette étude de cette étude de cette étude de
politique cas cas cas
étude de cas

É L A B O R AT I O N D E S T R AT É G I E S F O N D É E S S U R L A S É C U R I T É
HUMAINE
E. C ad re de protec t ion et d ’a u tonom i s at ion

MÉCANISMES
MÉCANISMES
DE PROTECTION LACUNES À LACUNES À
D’AUTONOMISATION
EXISTANTS COMBLER EN COMBLER
EXISTANTS
DESTINÉS À MATIÈRE DE EN MATIÈRE
DESTINÉS À GÉRER
GÉRER LES PROTECTION D’AUTONOMISATION
LES INSÉCURITÉS
INSÉCURITÉS

Organisations et acteurs
Sécurité économique
locaux œuvrant à la Les organisations et
Plan national du
Investissements formation professionnelle acteurs locaux manquent
gouvernement
économiques à long et au développement des de capacités pour
visant la croissance
terme capacités des membres adéquatement travailler
économique et la
Investissements dans des communautés sur les insécurités
réduction de la
l’éducation concernées économiques.
pauvreté à travers
Appui à la Tentatives de membres de Les membres de
la répartition des
diversification pour communautés pastorales communautés pastorales
ressources, la
les communautés de diversifier leurs qui s’installent en zone
réduction des risques
pastorales moyens de subsistance urbaine ont un niveau
de catastrophe et des
Écoles nomades en créant des micro- d’éducation et des
investissements à long
entreprises en zone compétences insuffisantes.
terme
urbaine

41
MÉCANISMES
MÉCANISMES
DE PROTECTION LACUNES À
D’AUTONOMISATION LACUNES À COMBLER
EXISTANTS COMBLER EN
EXISTANTS EN MATIÈRE
DESTINÉS À MATIÈRE DE
DESTINÉS À GÉRER D’AUTONOMISATION
GÉRER LES PROTECTION
LES INSÉCURITÉS
INSÉCURITÉS

Compétences agricoles
Mécanismes de
insuffisantes pour garantir
protection permettant Réussites déjà
une production alimentaire
la diversification des obtenues dans la
autosuffisante
Sécurité alimentaire moyens de subsistance production agricole
Capacités locales nécessaires
Aide alimentaire et garantissant alternative alignée
à la mise en place de moyens
l’approvisionnement sur les changements
de subsistance viables et à la
durable en aliments et climatiques
réduction de la dépendance vis-
en eau
à-vis de l’aide alimentaire

Achat de stocks de
médicaments et
vaccins afin de faire
face aux vagues de
Sécurité sanitaire maladies Projets limités Éducation à la santé insuffisante
Les services de santé Augmentation couvrant la rougeole, la parmi les communautés et
disponibles sont de l’effectif du poliomyélite et d’autres connaissance insuffisante des
extrêmement limités. personnel de santé et maladies bonnes pratiques sanitaires
amélioration générale
des services de santé
Structures médicales
nomades

Systèmes d’alerte
précoce insuffisants Manque de résilience des
concernant les profils moyens de subsistance
météorologiques dominants (activités
Des savoirs traditionnels
Contrôle de pastorales) face aux aléas
existent au sein
Sécurité l’environnement environnementaux et aux
des communautés
environnementale (préservation de l’eau, catastrophes naturelles
afin de faire face au
Aucun mécanisme de plantation d’arbres, Manque de stratégies
changement des profils
protection n’existe etc.) Éducation à d’adaptation autonome aux
météorologiques (par
la préservation de changements climatiques
exemple, l’émigration).
l’environnement Manque de modification des
afin d’éviter tout stratégies de survie afin de gérer
mécanisme de survie les changements climatiques
néfaste

Sécurité des
personnes
Promotion accrue
Opérations de
d’initiatives de
désarmement
désarmement locales Manque de systèmes d’alerte
nationales et locales
impliquant les Projets de désarmement précoce au niveau des
Plus de 1 000 armes
autorités et la société locaux à petite échelle communautés, afin de les
restituées au cours des
civile locales informer concernant les conflits
deux dernières années
Renforcement de l’état
Législation nationale
de droit
interdisant le travail
des enfants

42
MÉCANISMES
MÉCANISMES
DE PROTECTION LACUNES À LACUNES À
D’AUTONOMISATION
EXISTANTS COMBLER EN COMBLER
EXISTANTS
DESTINÉS À MATIÈRE DE EN MATIÈRE
DESTINÉS À GÉRER
GÉRER LES PROTECTION D’AUTONOMISATION
LES INSÉCURITÉS
INSÉCURITÉS

Systèmes d’alerte
Promotion accrue
précoce au niveau des
d’initiatives de
communautés, afin de les
désarmement locales
Sécurité Associations locales informer concernant les
impliquant les
communautaire œuvrant à promouvoir conflits
autorités et la société
Opérations de le dialogue entre les Coopération entre
civile locales
désarmement communautés et les les communautés et
Renforcement de l’état
nationales et locales échanges transfrontaliers partenariats œuvrant à
de droit Amélioration
des objectifs communs,
de la gouvernance
par exemple, la gestion
locale
des ressources naturelles

Sans objet pour cette Sans objet pour cette Sans objet pour cette
Sécurité politique
étude de cas étude de cas étude de cas

F. Él a borat ion de s t ratég ies de protec t ion et d ’a u tonom i s at ion

ACTIONS D’ÉLABORATION CAPACITÉS À DÉVELOPPER


OBJECTIFS
OU DE RENFORCEMENT OU RENFORCER AU NIVEAU
PAR DOMAINE
DE MÉCANISMES DE INDIVIDUEL ET DES
PRIORITAIRE
PROTECTION COMMUNAUTÉS

Garantie d’un meilleur accès à l’eau


pour le bétail et les cultures, par Formation des communautés à la
la construction de structures de construction et la gestion de systèmes de
collecte des eaux de pluie collecte des eaux de pluie
Amélioration des Promotion de cultures tolérant la Formation des femmes et des hommes
moyens de subsistance sécheresse à la santé animale ainsi qu’à l’élevage
et de la sécurité Promotion de mécanismes de volailles et de poissons, et appui
alimentaire pour les d’irrigation à petite échelle pour les des personnes formées afin qu’elles
communautés légumes dispensent des services de santé animale
pastorales Soutien au contrôle des maladies à leurs communautés
chez le bétail Éducation à la préservation de
Contrôle de l’environnement à l’environnement afin d’éviter tout
travers la préservation des sols et de mécanisme de survie néfaste
l’eau, et la plantation d’arbres

43
ACTIONS D’ÉLABORATION CAPACITÉS À DÉVELOPPER
OBJECTIFS
OU DE RENFORCEMENT OU RENFORCER AU NIVEAU
PAR DOMAINE
DE MÉCANISMES DE INDIVIDUEL ET DES
PRIORITAIRE
PROTECTION COMMUNAUTÉS

Formations destinées à appuyer les micro-


entrepreneurs et formations adaptées à
la demande du marché (charpenterie/
menuiserie, maçonnerie, mécanique,
Élargissement des
Mise sur pied d’un centre foresterie et confection)
moyens de subsistance
communautaire de gestion des Élaboration de partenariats
de la population et appui
activités rémunératrices communautaires pour la gestion des
de leur diversification
ressources naturelles
Formations conjointes des membres des
communautés afin d’établir des marchés
locaux et des opportunités commerciales

Développement des capacités des


structures de santé publiques et de
Campagnes d’éducation à la santé dans
leur personnel
Garantie de l’accès aux les écoles, les structures religieuses et les
Appui des prestataires de santé pour
soins de santé de base communautés pastorales, afin de renforcer
la conduite d’évaluations d’urgence
la sensibilisation à la santé et l’hygiène
de la santé et de la nutrition
Mise sur pied de cliniques mobiles

Promotion du dialogue entre les


Mise sur pied d’un Centre
communautés et des échanges
d’information et d’alerte précoce afin
transfrontaliers
d’informer concernant les conflits
Sensibilisation et développement des
Promotion de la paix et Conduite d’initiatives pour des
capacités auprès des autorités locales, afin
prévention des conflits migrations sûres
de réduire les migrations irrégulières
Établissement d’un groupe de travail
Développement des capacités des
pour le contrôle des armes et le
commissions pour la paix et des
désarmement volontaire
organisations locales

Mise sur pied d’écoles nomades et


approvisionnement de ces dernières
en fournitures scolaires
Augmentation de l’accès Généralisation des actions de
Appui aux parents afin de prévenir le
à l’éducation pour les prévention du travail des enfants au
travail des enfants ou d’y mettre un terme
enfants nomades sein des écoles
Formulation de cadres politiques
nationaux pour l’éducation des
enfants nomades

44
A NNEXE 2

45
E X E M PL E S DE PROG R A M M E S F I NA NC É S
PA R L E FON DS D ’A F F EC TAT ION
S PÉC I A L E DE S NAT IONS U N I E S P OU R
L A S ÉCU R I T É H U M A I N E
Les synthèses qui suivent présentent différents programmes récents financés par l’UNTFHS.
Bien que ces exemples ne donnent pas une image exhaustive de la couverture thématique et
géographique des programmes financés par l’UNTFHS, ils montrent comment les équipes de
pays des Nations Unies et leurs partenaires ont appliqué des approches fondées sur la sécurité
humaine pour travailler sur les causes premières et les impacts de menaces multifactorielles et
interdépendantes compromettant la survie, les moyens de subsistance et la dignité des populations
concernées. Ces exemples montrent aussi comment des approches fondées sur la sécurité humaine
ont été intégrées au niveau national, et comment des partenariats durables à long terme (notamment
de cofinancement) permettent d’étendre la portée des programmes et de renforcer leur efficacité.
Ces programmes (i) ont fait progresser l’intégration et la généralisation d’approches fondées sur
la sécurité humaine dans le travail du système des Nations Unies , aux niveaux local et national,
en établissant des plans d’action détaillés et des calendriers précis, (ii) ont promu l’appui et la
reproduction plus larges de telles approches, et (iii) ont noué des partenariats avec des parties
prenantes nationales et internationales afin d’étendre la portée de l’action.

1 . A P P U I D E L A S É C U R I T É H U M A I N E D A N S L E N O R D D U M A L I
G R ÂC E AU R E N FO RC E M E N T D E L A R É S I L I E N C E D E S J E U N E S E T D E S
FEMMES

Entités PNUD, FNUAP, OIT, FAO, UNICEF, OMS


Pays Mali
Durée 2016-2018
Budget 5 114 749 USD
Cofinancement UNTFHS : 2 087 409 USD
Équipe de pays des Nations Unies : 3 027 340 USD

Aperçu du programme
De janvier 2012 à juin 2013, les régions du nord du Mali ont enduré des mois de conflit. Les
communautés vulnérables de Tombouctou, Gao et Kidal ont été les plus touchées par les
affrontements violents entre les groupes armés et les troupes gouvernementales, beaucoup étant
forcés de fuir leurs habitations, alors que les jeunes craignaient d’être recrutés par les groupes
rebelles. Ce conflit a exacerbé les insécurités existantes, avec quelque 4,6 millions de personnes
risquant déjà l’insécurité alimentaire et la malnutrition, et un taux de chômage de 55 %. En
conséquence directe du conflit, l’économie locale stagne, les moyens de subsistance sont limités, et
les ménages ont du mal à se procurer la nourriture dont ils ont besoin alors que la hausse des prix se
poursuit. De plus, les services fondamentaux tels que l’éducation, l’assainissement et les structures
de santé se sont rapidement détériorés, tandis que les violences sexuelles et sexistes augmentent de

46
façon alarmante, tout comme l’incidence du VIH et d’autres maladies sexuellement transmissibles.
La transition vers une paix et un développement durables doit commencer par la guérison des
meurtrissures laissées par le conflit et par un travail sur les causes sous-jacentes de l’agitation dans le
nord du Mali. Dans le même temps, des efforts consolidés sont nécessaires pour rétablir les services
sociaux de base dans la région, et mettre sur pied des institutions à l’écoute ainsi que des plans de
développement participatifs garantissant que toutes les voix soient entendues et que la spirale de la
violence puisse être rompue. En contexte de crise, une planification et une programmation intégrées
exigent en outre la prise en compte des interconnexions entre de multiples menaces, le passage
de la simple réponse aux crises à leur prévention, et la résolution des obstacles organisationnels
séparant aide humanitaire et développement à long terme. Grâce à son approche fondée sur la
sécurité humaine, ce programme propose une solution innovante afin d’appuyer une transition
intégrée de l’aide d’urgence vers le développement dans le nord du Mali.
Pour ce faire, le programme œuvre à renforcer la résilience des jeunes et des communautés
vulnérables grâce à des moyens de subsistance et des opportunités économiques durables, tout
en améliorant l’accès aux services sociaux de base et en promouvant une culture de coexistence
pacifique. Parallèlement, le programme œuvre à développer la capacité des parties prenantes
nationales et locales à généraliser une approche fondée sur la sécurité humaine dans le cadre des
plans nationaux de redressement et de développement, à travers des formations, des campagnes
médiatiques et des cadres institutionnalisés d’échange et de partage des expériences en matière
de mise en œuvre.
En plaçant l’humain au centre de l’analyse, une approche fondée sur la sécurité humaine permet de
focaliser l’attention sur les groupes les plus vulnérables de la région. Une enquête participative et
inclusive auprès des ménages et des communautés a été menée parmi les populations déplacées
dans le pays, les réfugiés de retour au pays, les anciens combattants, les jeunes, les femmes et les
filles, de même que des consultations avec des agences gouvernementales et des organisations
de la société civile, afin de déterminer les besoins immédiats en matière de redressement et les
priorités de développement à long terme. Une stratégie de transition intégrée, qui autonomise les
groupes vulnérables et leur permet d’activement participer à la consolidation de la paix de même
qu’aux activités de réhabilitation sociale et économique, a ensuite été définie et adaptée sur mesure
aux contextes spécifiques de Tombouctou, Gao et Kidal.
Une approche fondée sur la sécurité humaine complète par ailleurs les efforts humanitaires
immédiats, par l’examen proactif des causes premières des crises et des solutions à long terme
requises afin de prévenir leur résurgence. Sur la base de l’analyse participative et globale de la
situation, des activités ont été conçues afin d’œuvrer à résoudre les causes premières spécifiques
du conflit dans le nord du Mali. Par exemple, grâce à la fourniture de services de base tels que
l’assainissement, l’approvisionnement en eau, les soins de santé et l’éducation, ainsi que la
diversification des opportunités économiques, la marginalisation et l’exclusion sociale peuvent être
réduites. De plus, la formation des dirigeants communautaires au leadership et à la réconciliation,
ainsi que l’autonomisation des jeunes pour leur participation au développement des communautés
et à la gestion des conflits, favoriseront l’intégration sociale de ceux qui risquent le plus de retomber
dans la violence.
Enfin, en identifiant tout l’éventail des menaces de même que les causes premières de l’instabilité
dans la région, le programme permet de réunir les divers acteurs requis pour garantir la stabilité à
long terme. Alors qu’en contexte de crise, la planification est souvent insuffisamment coordonnée et
est centrée sur des solutions individuelles, le programme unit les efforts de six entités des Nations

47
Unies, de ministères, d’autorités locales et de la société civile, dans le cadre d’une stratégie intégrée
et transversale. Ce faisant, le programme améliore aussi la cohérence à l’échelle du système des
Nations Unies, en consolidant les mécanismes de planification intégrés existants, en améliorant
l’allocation des ressources et en renforçant l’intégration entre tous les acteurs du développement
et de l’aide humanitaire.
2. RENFORCEMENT DE LA RÉSILIENCE DES COMMUNAUTÉS
T O U C H É E S PA R L ’A S S È C H E M E N T D E L A M E R D ’A R A L , V I A L E F O N D S
D ’A F F E C TAT I O N S P É C I A L E P L U R I PA R T E N A I R E P O U R L A S É C U R I T É
H U M A I N E D A N S L A R É G I O N D E L A M E R D ’A R A L

Entités PNUD, UNESCO, FNUAP, VNU, ONU Femmes


Pays Ouzbékistan
Durée 2016-2018
Budget 4 154 000 USD
Cofinancement UNTFHS : 2 000 000 USD
Fonds pour l’adaptation : 1 254 000 USDD
PNUD : 593 000 USD
FNUAP : 100 000 USD
UNESCO : 81 000 USD
VNU : 72 000 USD
ONU Femmes : 54 000 USD

Aperçu du programme
Considéré comme l’une des pires catastrophes environnementales de la planète, l’assèchement
de la mer d’Aral a provoqué un enchevêtrement complexe de problèmes environnementaux,
sanitaires, économiques et démographiques à travers l’Asie centrale, l’épicentre de cette crise
anthropique étant la région du Karakalpakistan. Largement causée par des pratiques agricoles et
d’irrigation hautement inefficientes adoptées durant l’ère soviétique, cette catastrophe a eu des effets
dévastateurs sur la sécurité humaine au Karakalpakistan et a affecté des personnes de tous profils
ou presque au sein de la société. Elle a provoqué la dégradation des terres et la désertification, un
déclin des moyens de subsistance, des migrations, un taux de pauvreté élevé, une pénurie d’eau
potable, de la malnutrition et des troubles de santé. En conséquence, la région de la mer d’Aral est
l’une des plus vulnérables et sous-développées de l’Asie centrale. Les multiples insécurités qui s’y
posent aux personnes et aux communautés ont compromis leur résilience et ont restreint leurs
possibilités d’activement s’engager dans la reconstruction de leurs vies.
Différentes initiatives tentent de remédier à la catastrophe de la mer d’Aral, mais pour atténuer ses
répercussions et s’attaquer à certaines des causes premières des vulnérabilités engendrées, une
approche intégrée et multisectorielle est nécessaire. Grâce à une approche fondée sur la sécurité
humaine, ce programme remet en question l’efficacité des réponses monosectorielles. Il promeut des
solutions multidisciplinaires et transversales qui répondent aux besoins et aspirations spécifiques
des personnes et des communautés affectées.
Adaptées sur mesure aux réalités locales du Karakalpakistan, les activités du programme sont
éclairées par une enquête de départ approfondie, utilisant des sources qualitatives et quantitatives
pour analyser les causes multifactorielles de la catastrophe et les répercussions de cette dernière

48
sur chaque composante de la sécurité humaine. À partir de cette analyse, une stratégie régionale
de sécurité humaine a été élaborée et complétée par des plans de développement définis avec la
participation des communautés. Un ensemble intégré d’activités répond aux besoins multiples et
interdépendants des communautés, parmi lesquels l’accès aux services de base, la génération de
revenus, le développement du tourisme local, la gestion durable et la préservation des ressources
naturelles, l’agriculture climato-résiliente et l’amélioration des soins de santé.
En impliquant largement les bénéficiaires dans le développement des communautés et les processus
de décision, le programme adopte une approche globale couvrant tout le spectre des vulnérabilités
et des menaces pour la survie, les moyens de subsistance et la dignité des communautés affectées
par la catastrophe. Pour ce faire, un Fonds d’affectation spéciale pluripartenaire pour la sécurité
humaine dans la région de la mer d’Aral a été mis sur pied. Celui-ci ira plus loin que des solutions à
court terme, en privilégiant des solutions globales et préventives plutôt que réactives, qui prévoient
une participation active des communautés affectées, et se montrent flexibles et attentives aux
évolutions des besoins locaux et des insécurités. Lancé grâce à un capital d’amorçage apporté par
l’UNTFHS, ce fonds pour la mer d’Aral catalysera la reproduction d’approches fondées sur la sécurité
humaine à travers la région. Il jettera les fondements requis pour l’élaboration de politiques et de
programmes reposant sur des éléments concluants, et propres à généraliser l’approche dans le
travail des gouvernements national et régionaux ainsi que du système des Nations Unies.
Par exemple, le programme travaillera en coordination avec le Fonds international pour le sauvetage
de la mer d’Aral et le Fonds pour la protection du patrimoine génétique du bassin de la mer d’Aral
(Aral Gene Pool Fund), afin de plaider pour une approche fondée sur la sécurité humaine dans
le cadre des forums régionaux. Il apportera une aide au développement des capacités et une
assistance technique pour la généralisation d’approches fondées sur la sécurité humaine dans la
programmation et la mise en œuvre des projets. En complément, des modules de formation sur
l’élaboration de politiques et programmes fondés sur la sécurité humaine seront créés à l’intention
des gouvernements et autorités locales. Des actions de plaidoyer et de formation seront également
menées à travers le système des Nations Unies, pour l’intégration des approches fondées sur la
sécurité humaine dans les documents clés des programmes, tels que les plans-cadres des Nations
Unies , les bilans communs de pays et les stratégies nationales de réalisation des ODD.

3. L A S É C U R I T É H U M A I N E G R ÂC E AU D É V E LO P P E M E N T SO C I O -
ÉCONOMIQUE INCLU SIF E N HAUTE ÉGYPTE

Entités ONUDI, ONU Femmes, ONU-Habitat, OIT


Pays Égypte
Durée 2013-2016
Budget 5 339 396 USD
Cofinancement UNTFHS : 4 839 396 USD
Direction suisse du développement et de la coopération : 500 000 USD

Aperçu du programme
Les réformes et la bonne gouvernance exigées dans le sillage du Printemps arabe devraient conduire
à des avantages socio-économiques sur le long terme. À court terme néanmoins, la transformation
rapide du système politique et la déstabilisation de la société qui s’est ensuivie ont provoqué un

49
lourd ralentissement économique et des insécurités croissantes pour la population égyptienne.
L’érosion des revenus du tourisme, la baisse des investissements étrangers directs, la hausse de
l’inflation et l’agitation politique ont conduit à une contraction de l’économie et ont globalement
mis un frein au développement. Les communautés de Haute Égypte – qui comptent 66 % de la
population en situation d’extrême pauvreté du pays et où l’incidence de la pauvreté représente
près du double de la moyenne nationale – sont particulièrement affectées. Face à un chômage aigu,
la chute marquée des revenus, en conjugaison à une baisse de la production agricole, a engendré
des tensions sociales croissantes ainsi qu’une montée des insécurités économiques, alimentaires,
sanitaires, environnementales, communautaires et des personnes.
À travers des actions de terrain et un plaidoyer au niveau national, le programme intègre une
approche fondée sur la sécurité humaine dans le travail du système des Nations Unies. En Égypte,
une telle approche favorise une analyse globale qui permet d’alléger les multiples difficultés
sociales et économiques rencontrées par les communautés pauvres et souvent négligées, et de faire
entendre leurs voix dans le développement du pays. Reconnaissant l’importance de préserver la
sécurité humaine en période de transition politique, le programme applique une approche globale
et multisectorielle mettant en avant la conjugaison cruciale de mesures de protection (action « de
haut en bas ») et d’actions d’autonomisation (action « de bas en haut »).
Pour la protection, le programme vise la modernisation des infrastructures communautaires
(égouttage, raccordement à l’eau, écoles, marchés et habitations), l’amélioration de la santé et
de la nutrition, l’amélioration de la production agricole, la création d’opportunités d’emploi et le
renforcement des capacités institutionnelles. Pour l’autonomisation, le programme s’efforce de
renforcer la capacité des membres des communautés concernées à devenir économiquement
autosuffisants et de faire progresser la participation de ces communautés au développement
local. Plus spécifiquement, le programme a mis sur pied des forums sur la sécurité humaine, grâce
auxquels les membres des communautés peuvent jouer un rôle actif dans la création de solutions
durables permettant d’améliorer leurs moyens de subsistance et leur dignité. Ces forums sur la
sécurité humaine sont des espaces propices pour permettre à des membres des communautés de
diriger la planification et la mise en œuvre de réponses définies sur la base de priorités fixées en
consultation avec les communautés participantes. En appuyant un plan d’action communautaire
global, et en concevant et sélectionnant les projets prioritaires au niveau des villages et des districts,
ces forums catalysent l’appropriation locale et garantissent la durabilité des initiatives proposées
dans le cadre du programme. Pour renforcer l’autonomisation des communautés, atténuer les
difficultés actuelles et construire les opportunités futures, le programme fournit également des
formations professionnelles pour les membres défavorisés des communautés, un coaching en
gestion d’entreprise pour les entrepreneurs, et des solutions de microfinance pour les femmes et
les autres groupes vulnérables.
Puisque les approches fondées sur la sécurité humaine excluent les réponses compartimentées
produisant des effets limités sur les conditions de vie des populations, ce programme mené en Haute
Égypte a nécessité l’engagement de cinq entités des Nations Unies possédant les connaissances
spécifiques requises pour répondre aux difficultés multifactorielles identifiées par les communautés
participantes. Menée en collaboration étroite avec le gouvernement, les autorités locales, la société
civile, le secteur privé et les associations communautaires, l’approche s’appuie sur les structures
locales et tire parti des expériences et compétences que possèdent déjà les communautés. Le
ministère du développement local a exprimé son intérêt dans la reproduction de l’approche du
programme à l’échelle nationale, pour une réponse efficace aux difficultés multiples rencontrées
par les communautés les plus vulnérables du pays.

50
4. A M É L I O R AT I O N D E L A S É C U R I T É H U M A I N E DA N S L E S C A M P E M E N T S
D E S P L A N TAT I O N S S U C R I È R E S E N R É P U B L I Q U E D O M I N I C A I N E :
A S S U R E R L A D O C U M E N TAT I O N D E S T R AVA I L L E U R S E T R É P O N D R E
A U X B E S O I N S D E B A S E D E S P O P U L AT I O N S V U L N É R A B L E S

Entités HCR, PNUD, UNICEF


Pays République dominicaine
Durée 2012-2016
Budget UNTFHS : 2 569 600 USD

Aperçu du programme

La République dominicaine compte entre 500 000 et 1 000 000 de travailleurs haïtiens
immigrants et de descendants de ces derniers. Environ 200 000 immigrants haïtiens vivent
dans des conditions précaires, dans des campements installés sur les plantations de canne
à sucre ou à proximité (appelés « bateyes » en espagnol). Avec la contraction de l’industrie
sucrière, les insécurités de cette population déjà vulnérable ont cru de façon exponentielle.
Géographiquement et socialement isolés, ces campements sont dépourvus de services de
santé de base, d’un approvisionnement en eau et d’un assainissement adéquats, et d’un accès
à l’éducation, et les opportunités d’emploi et de génération d’un revenu sont de plus en plus
minces. De plus, nombre des résidents de ces campements - dont pas moins de 85 % sont des
adolescents – sont sans papiers (tels qu’un certificat de naissance dominicain ou haïtien)
et se trouvent donc dans l’impossibilité de pleinement accéder à l’éducation, à la formation
professionnelle, aux opportunités d’emploi ou aux soins de santé proposés en dehors des
campements.

Ce programme souligne l’importance d’interventions adaptées au contexte et repose sur les


réalités spécifiques à ces campements. Par exemple, en s’appuyant sur les infrastructures
existantes de ces communautés, le programme a mis en place des magasins d’alimentation
et des jardins communautaires, pour promouvoir l’accès durable à l’alimentation et réduire la
malnutrition. La sécurité sanitaire est améliorée grâce à un meilleur accès aux installations, de
même qu’à la mise en place de mesures de prévention appropriées au contexte, en particulier
en matière de santé maternelle et pour des campagnes de prévention ciblant les grossesses
d’adolescentes et la santé sexuelle. L’insécurité économique est améliorée grâce à des séances de
formation, des activités de formation professionnelle et l’appui de projets de micro-entreprises,
destinés à diversifier les opportunités de revenu de cette population.

Le programme applique de plus une approche multipartite, ce qui crée un réseau diversifié
d’acteurs pouvant s’appuyer sur leurs connaissances respectives pour mener un travail global
sur les nombreuses insécurités qui existent dans les campements. À cet égard, le programme
est en mesure d’appliquer une stratégie de sécurité humaine associant les approches « de haut
en bas » et « de bas en haut » requises afin de répondre aux besoins des résidents vulnérables et
isolés de ces campements. L’absence de papiers officiels impose une approche de protection qui
passe par la réforme des lois et politiques, et les résidents demeurent confrontés à des difficultés
pour accéder à des services de base, en raison de la pauvreté chronique et de l’isolement

51
géographique des campements. Par conséquent, en complétant les efforts de protection par
des mesures d’autonomisation participatives (par exemple, renforcer la capacité de générer un
revenu et fournir des possibilités d’accès à l’éducation), une approche fondée sur la sécurité
humaine renforce la capacité de ces communautés à gérer leurs insécurités et à faire valoir leurs
droits.

Enfin, en attirant l’attention sur les risques supplémentaires liés aux changements climatiques,
le projet souligne les interconnexions entre les menaces, les répercussions transversales des
aléas naturels et leurs impacts sur les insécurités dans ces campements. En élaborant des
mécanismes locaux d’intervention d’urgence et des systèmes d’alerte précoce, le projet renforce
la résilience de ces communautés face aux catastrophes naturelles, et contribue à limiter les
coûts économiques et sociaux de la dégradation de l’environnement et des défis posés par les
changements climatiques.

À mesure que le projet avance, des résultats impressionnants sont observés, qui offrent
d’importants enseignements opérationnels et conceptuels pour une programmation intégrée au
sein du système des Nations Unies. Par exemple, l’application d’un cadre global de protection
et d’autonomisation a conduit à l’établissement d’un nouveau mécanisme de coordination
efficace entre les entités participantes, le gouvernement et les partenaires de la société
civile. Pour la première fois, des actions de terrain sont mises en œuvre de façon intégrée, en
visant simultanément tout l’éventail des insécurités auxquelles les communautés haïtiennes
sont confrontées. Les entités participantes rapportent aussi la découverte de synergies
inattendues. Par exemple, les partenaires de mise en œuvre peuvent mieux repérer les besoins
interdépendants des personnes les plus vulnérables, et partager des informations sur ces
communautés afin de garantir leur accès à l’ensemble des services fournis par l’initiative.

Les entités rapportent en outre que l’approche intégrée fondée sur la sécurité humaine a
contribué à éviter les activités redondantes et à garantir une utilisation plus efficiente des
ressources. Elle a non seulement renforcé la coordination entre les entités des Nations Unies,
le gouvernement et les partenaires de la société civile, mais aussi la coopération entre le
gouvernement et les organisations de la société civile, qui reconnaissent qu’une approche
fondée sur la sécurité humaine est la façon la plus appropriée de s’attaquer aux insécurités
interdépendantes que connaissent les immigrants haïtiens et leurs descendants en République
dominicaine.

52
Copyright © Nations Unies, 2016.
La reproduction de cette publication sans le consentement préalable
du détenteur des droits est uniquement autorisée à des fins éducatives
ou à d’autres fins non commerciales. Pour de plus amples informations,
veuillez contacter :
Groupe Sécurité humaine
Nations Unies
New York, NY 10017
[email protected]
www.un.org/humansecurity 53

Vous aimerez peut-être aussi