Analyse 4
Analyse 4
INTRODUCTION
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15 COURS
Nombres réels
1.1 • Addition
L’addition des réels possède les propriétés suivantes :
• Commutativité : Pour tous réels x et y : x + y = y + x.
• Associativité : Pour tous réels x, y et z : (x + y) + z = x + (y + z).
• 0 est élément neutre : Pour tout réel x : x + 0 = 0 + x = x.
• Tout réel a un opposé : x + (−x) = (−x) + x = 0.
1.2 • Multiplication
La multiplication des réels possède les propriétés suivantes :
• Commutativité : Pour tous réels x et y : xy = yx.
• Associativité : Pour tous réels x, y et z : (xy)z = x(yz).
• 1 est élément neutre : Pour tout réel x : x · 1 = 1 · x = x.
1 1
• Tout réel non nul a un inverse : x · = · x = 1.
x x
De plus, les deux opérations sont liées par la propriété suivante :
• Distributivité de la multiplication par rapport à l’addition :
Pour tous réels x, y et z : x(y + z) = xy + xz ; (y + z)x = yx + zx.
On résume toutes ces propriétés en disant que (R, +, ×) est un corps commutatif.
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∀(x, y) ∈ R2 ∀z ∈ R+ x y ⇒ xz yz
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COURS 15 Nombres réels
∃M ∈ R ∀x ∈ A x M
∃m ∈ R ∀x ∈ A m x
Une partie qui est à la fois majorée et minorée est dite bornée.
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15 COURS
Nombres réels
APPLICATION 1
Raisonner avec des bornes supérieures
Pour montrer qu’un réel est la borne supérieure d’une 2) Soit M un majorant quelconque de A + B. Pour
partie, il faut montrer : tout (a, b) ∈ A × B :
1) que c’est un majorant de cette partie ;
2) qu’il est inférieur ou égal à n’importe quel majorant a+b M d’où a M −b
de la partie.
Exemple : Soit A et B deux parties non vides majorées Ce qui signifie que M − b majore A : il est par
de R. On pose : conséquent supérieur ou égal à sup A, qui est le plus
petit des majorants de A :
A + B = {c ∈ R , ∃(a, b) ∈ A × B c = a + b}
Montrer que A + B possède une borne supérieure qui est M −b sup A c’est-à-dire b M − sup A
sup A + sup B.
M − sup A majore B, il est donc supérieur ou égal
1) Soit a0 et b0 des éléments de A et B, a0 + b0 ∈ à sup B, qui est le plus petit majorant de B :
A + B, donc A + B est non vide. Par ailleurs, A et B
sont non vides et majorées, elles possèdent donc des
M − sup A sup B d’où M sup A + sup B
bornes supérieures et :
∀c ∈ A + B ∃(a, b) ∈ A × B Ainsi, tout majorant de A + B est supérieur ou égal à
c = a + b sup A + sup B sup A + sup B, qui est donc le plus petit majorant de
Donc sup A + sup B est un majorant de A + B. Cette A + B, c’est-à-dire sa borne supérieure.
partie est donc non vide et majorée, elle possède une
borne supérieure. sup(A + B) = sup A + sup B
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3 Intervalles de R
3.1 • Définition d’un intervalle
Une partie I de R est un intervalle si, dès qu’elle contient deux réels, elle contient
tous les réels intermédiaires, c’est-à-dire :
∀(c, d) ∈ I 2 ∀x ∈ R c x d ⇒ x∈I
Par exemple, R+ est un intervalle, car tout réel compris entre deux réels positifs
est positif. Mais R∗ n’en est pas un, car il contient 1 et − 1 sans contenir 0.
271
COURS 15 Nombres réels
APPLICATION 2
Intersection d’intervalles
Démontrer que l’intersection d’une famille quelconque éléments de I tels que c < d et x un réel tel que
d’intervalles est un intervalle. c x d. Pour tout j ∈ J , c ∈ Ij et d ∈ Ij ;
comme Ij est un intervalle, on en déduit x ∈ Ij .
Soit (Ij )j∈J une famille d’intervalles et I = Ij Ainsi x appartient à Ij pour tout j ∈ J : x ∈ I.
j∈J
l’intersection de cette famille, c’est-à-dire l’ensemble L’ensemble I vérifie bien la définition d’un intervalle
des réels appartenant à tous les intervalles Ij . Mon- même s’il est vide, voir paragraphe 3.2.
trons que I est un intervalle. Soit c et d deux
2) Si I est minoré mais non majoré, il a une borne inférieure a. Tous les éléments
de I sont supérieurs ou égaux à a distinctes. Réciproquement, soit x un réel
tel que x > a. x n’est ni un minorant ni un majorant de I , ce qui montre
l’existence de deux éléments de I , y et z tels que y < x < z, ce qui implique
que x ∈ I .
I contient donc tous les éléments strictement supérieurs à a. Suivant que a
lui-même appartient ou non à I , on aura :
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15 COURS
Nombres réels
4 Rationnels et irrationnels
4.1 • Corps des rationnels
Un nombre réel est dit rationnel si c’est le quotient de deux entiers, par exemple :
2 3
, − , −2, · · ·
3 4
L’ensemble des nombres rationnels est noté Q. On vérifie qu’il est stable par
addition (la somme de deux rationnels est un rationnel), par multiplication (le
produit de deux rationnels est un rationnel), et que muni de ces opérations c’est
un corps commutatif totalement ordonné, comme R.
En revanche, Q ne possède pas la propriété de la borne supérieure : l’ensemble
des rationnels dont le carré est inférieur ou égal à 2 est non vide, majoré, mais
il n’a pas de borne supérieure dans Q. C’est ce point qui marque la différence
essentielle entre Q et R. Nous verrons que la propriété de la borne supérieure
est à la base de la plupart des théorèmes d’analyse, qui tomberaient en défaut si on
n’utilisait que des nombres rationnels.
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APPLICATION 3
√
Irrationnalité de 2
Jusqu’à Pythagore (550 av. J-C.), les Grecs pensaient Or, dans la décomposition en facteurs premiers de
que deux longueurs quelconques étaient toujours com- p2 , tous les exposants des facteurs premiers sont pairs,
mensurables, c’est-à-dire multiples d’une même petite tandis que dans celle de 2q2 , l’exposant de 2 est
longueur, autrement dit que le quotient de l’une par impair... On aboutit à une contradiction.
l’autre était toujours un nombre rationnel. Les Grecs durent admettre que deux grandeurs quel-
p conques peuvent être incommensurables et ils décla-
Il fallut donc chercher deux entiers p et q tels que
q rèrent irrationnel le quotient de deux telles grandeurs.
représente le rapport de la diagonale d’un carré à son On doit à Eudoxe de Cnide (IVe siècle av. J-C.) la pre-
côté. D’après le théorème de Pythagore, ce nombre mière théorie des nombres incluant les irrationnels.
2
p
doit vérifier = 2, c’est-à-dire p2 = 2q2 .
q
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COURS 15 Nombres réels
Théorème 1
Tout intervalle non vide et non réduit à un singleton contient au moins un
rationnel et un irrationnel.
On dit que Q et R\Q sont denses dans R.
Démonstration
Soit I un intervalle non vide et non réduit à un singleton, et (a, b) ∈ I 2 tel que
1
a < b. Soit q un entier strictement supérieur à , et soit p le plus petit
b−a
entier strictement supérieur à aq.
On a donc :
p−1 aq < p
comme q > 0 :
p 1 p
− a<
q q q
d’où :
p 1
a< a+ <b
q q
c’est-à-dire :
p p
∈ ]a, b[, et par conséquent : ∈ I.
q q
I contient donc un rationnel.
a b
De même, l’intervalle √ , √ contient un rationnel r.
2 2
a b √
√ <r< √ ⇒ a<r 2<b
2 2
√
I contient donc le réel r 2, qui est irrationnel si r = 0.
a a b
Si r = 0, l’intervalle √ , 0 , qui est inclus dans √ , √ , contient un
2 √ 2 2
rationnel r1 non nul ; dans ce cas, r1 2 est irrationnel et appartient à I .
Dans tous les cas, I contient un irrationnel.
Remarque : En fait, tout intervalle I non vide et non réduit à un singleton contient
une infinité de rationnels et d’irrationnels ; en effet, si I ne contenait qu’un nombre
fini de rationnels, on pourrait les classer par ordre croissant : r1 < r2 < · · · rn ;
l’intervalle ]r1 , r2 [ ne contiendrait aucun rationnel, ce qui contredirait le théorème
précédent. On peut raisonner de même pour les irrationnels.
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15 COURS
Nombres réels
x si x 0
|x| = max{x, −x} =
−x si x 0
Propriétés
• ∀(x, y) ∈ R2 |xy| = |x||y|
x |x|
• ∀(x, y) ∈ R2 | |= (y = 0)
y |y|
Sur la calculatrice TI-92/Voyage 200, la fonction valeur • ∀(x, y) ∈ R2 |x + y| |x| + |y|
absolue s’appelle abs. 2
• ∀(x, y) ∈ R |x − y| |x| + |y|
2
• ∀(x, y) ∈ R |x| − |y| |x + y| |x| + |y|
∀(x, y, z) ∈ R3 |x − z| |x − y| + |y − z|
Cette notion de distance joue un très grand rôle en analyse, car elle permet de
caractériser la plus ou moins grande proximité des réels. L’ensemble des réels dont
la distance à a est inférieure à ε est l’intervalle ]a − ε, a + ε[:
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∀x ∈ R |x − a| < ε ⇐⇒ x ∈ ]a − ε, a + ε[
d’où
x − 1 < E(x) x
De plus :
Sur la calculatrice TI-92/Voyage 200, la fonction partie
entière s’appelle int ou floor. Ne pas confondre avec la ∀n ∈ Z , n x ⇒ n E(x)
fonction ipart qui coïncide avec la partie entière pour les
nombres positifs, mais pas pour les nombres négatifs.
Pour s’entraîner : ex. 17 à 19
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Nombres réels
d’où :
E(x10p )10−p x < E(x10p )10−p + 10−p
3 π < 4
3, 1 π < 3, 2
3, 14 π < 3, 15
3, 141 π < 3, 142
3, 1415 π < 3, 1416
etc...
Pour s’entraîner : ex. 20
............................................................................................................
MÉTHODE
Pour montrer qu’un réel x est rationnel, on peut :
• chercher un entier q tel que qx ∈ Z ;
• montrer que x est la somme, le produit ou le quotient de nombres rationnels ;
• montrer que x vérifie une équation dont les solutions sont rationnelles.
Pour montrer qu’un réel x est la borne supérieure d’une partie A de R, on peut :
• montrer que x est un majorant de A, et que tout autre majorant de A lui est supérieur ;
• montrer que x est un majorant de A, et que pour tout ε > 0 il existe un élément de A compris entre
x − ε et x.
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Nombres réels
Exercice résolu
POINT FIXE D’UNE APPLICATION CROISSANTE DE [0,1] DANS LUI-MÊME
Soit f une application croissante de [0, 1] dans lui-même. On considère l’ensemble E = {x ∈ [0, 1] f (x) x}.
1 Montrer que E possède une borne supérieure b.
2 Montrer que f (b) = b.
Conseils Solution
1) L’ensemble E est non vide (0 ∈ E) , et majoré par 1 ; il possède donc
une borne supérieure b, qui appartient à [0, 1].
Montrer que les cas f (b) < b et f (b) > b 2) Raisonnons par l’absurde.
conduisent à des contradictions. Atten- • Supposons f (b) < b. Comme b est le plus petit des majorants de
tion à une erreur fréquente : un réel in- E, f (b) n’en est pas un ; il existe donc un élément c de E tel que
férieur à la borne supérieure de E n’est f (b) < c b. f étant croissante, f (c) f (b), d’où f (c) < c en
pas nécessairement élément de E ! contradiction avec l’appartenance de c à l’ensemble E.
• Supposons que f (b) > b. f étant croissante, f (f (b)) b donc
f (b) ∈ E, ce qui est impossible puisque f (b) est strictement supérieur
à la borne supérieure de E.
Conclusion : f (b) = b.
277
Exercices
278
Nombres réels
EXERCICES
15
279