Les caractères
Comment résumer les livres V à X des Caractères ?
Dans De la société et de la conversation (livre V), La Bruyère évoque l'art
d'être en société. Il dresse le portrait de personnages contraires aux valeurs
de civilité, de politesse et d'honnêteté.
Dans Des biens de fortune (livre VI), le moraliste met l'accent sur le rôle de
l'argent qui déstabilise l'ordre social et crée des différences de fortune ne
reposant pas sur le mérite.
Dans De la ville (livre VII), il dépeint la ville comme un théâtre où tout est
caché, masqué. Les hommes sont rattachés les uns aux autres par le « regard
», instrument de comparaison, de malveillance et de moquerie.
Dans De la Cour (VIII), La Bruyère présente le tableau satirique de la cour de
Louis XIV. Il s'agit d'une société superficielle, soumise au culte des
apparences. Il décrit un monde impitoyable où les destinées sont soumises
aux lois du hasard et où le destin d'un favori peut être brisé soudainement.
Dans Des Grands (IX), le moraliste dresse le portrait des hommes de la haute
noblesse, orgueilleux, vaniteux, imprévisibles et corrompus. L'auteur oppose le
rang social et le mérite.
Dans Du Souverain ou de la République (livre X), il critique la guerre et
adresse des conseils aux dirigeants et au roi.
Quels sont les thèmes importants dans les livres V à X
des Caractères de La Bruyère ?
L'honnête homme
Dans Les Caractères, La Bruyère fait le portrait de l'honnête homme (idéal de
l'homme au XVllème siècle) : un homme mesuré, convenable, cultivé, qui
n'essaie pas de paraître pour ce qu'il n'est pas.
Ainsi, les portraits satiriques sont à lire comme des contre-modèles de
l'honnête homme.
Par exemple, Théodecte (V, 12) est trop théâtral. Il veut être le centre de tout et
a des gestes et des tons de voix excessifs, qui manquent de discrétion. Narcisse
(VII,12) ne se soucie que de lui-même.
L'honnête homme, au contraire, se caractérise par sa modestie, sa mesure et
sa maîtrise des relations sociales et de la conversation (livre V, « De la
société et de la conversation »).
Le théâtre du monde
La Bruyère représente le monde comme un théâtre, thème traditionnel dans
la littérature moraliste du XVllème siècle.
Le monde est théâtral car chacun met en scène sa richesse et sa fortune, dans
une société régie par l'artifice et la superficialité.
Il s’inscrtit dans la lignée du theatrum mundi, notion baroque mise à l’honneur
par shakespeare dans sa piece comme il vous plaira
Ainsi, le regard est omniprésent dans Les Caractères. Tout est spectacle et
destiné à être vu : « L'on se donne à Paris (...) pour se regarder au visage et se
désapprouver les uns les autres » (VII, remarque l). La Bruyère décrit même un
« spectateur de profession » (VII, remarque 13) qui passe sa vie à fréquenter la
Cour et la ville pour voir et être vu.
Sur cette scène, chaque courtisan est un acteur « maître de son geste, de ses
yeux et de son visage » (VIII, remarque 2).
Cette comédie sociale est néfaste car l'art de la dissimulation détruit le «
naturel », très important au xVIlème siècle.
La Cour et la ville
Dans le livre VIII, La Bruyère s'intéresse particulièrement à deux espaces qui
amoindrissent les vertus de l'homme et font ressortir ses vices : la Cour et la
ville.
Pour La Bruyère, ce sont les lieux du changement perpétuel. Rien n'y est
stable, tout y est en mouvement, ce qui ne peut que déplaire au moraliste qui
souhaite l'équilibre, la raison, et la perpétuation de la tradition.
Le champ lexical de l'agitation caractérise par exemple le portrait de Cimon et
Clitandre qui « portent au vent, attelés tous deux au char de la fortune, et tous
deux fort éloignés de s'y voir assis ». (VIII, remarque 9)
La Cour et la ville sont également dominées par la figure de la Roue de
Fortune qui fait et défait les destins à l'aveugle.
Celui qui vient d'être placé à un nouveau poste en sera rapidement déchu (VIII,
remarque 32).
Dans ces espaces, les hommes sont en esclavage : « Qui est plus esclave qu'un
courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu » (VIII, remarque 69)
L'argent
Dans le livre VI « Des biens de Fortune », La Bruyère dénonce la supériorité de
l'argent sur la vertu.
En effet, l'argent perturbe l'ordre social censé être régi par le mérite
aristocratique.
Ainsi, Giton représente l'allégorie des fortunés se donnant tous les droits sur
les autres en raison de sa richesse (VI, remarque 83).
Celle-ci ne semble pourtant pas le fruit d'un travail abondant : « il dort le jour,
il dort la nuit » !
L'argent est devenu un instrument de décadence. Dans une société où
l'argent est le fondement de l'individu, celui qui n'en possède pas est exclu,
comme Phédon que la pauvreté rend inapte à toute interaction sociale (VI,
remarque 83).
L'art de gouverner
Dans le livre X « Du Souverain ou de la République », La Bruyère réfléchit au
meilleur gouvernement possible.
Il critique la tyrannie, « manière la plus horrible et la plus grossière de se
maintenir » (X, 2) ainsi que la guerre et le désir de conquête de certains princes
(X, remarques 9 et 10).
Le roi doit être le « Père du peuple » (X, remarque 27) et assurer la paix et la
tranquillité publique au lieu de poursuivre sa gloire personnelle (X, remarque
24).
Dans la remarque 29, La Bruyère représente même le Roi comme un berger
qui conduit son peuple avec justice, fermeté mais surtout sobriété et humilité.
Le prince idéal doit avoir « une parfaite égalité d'humeur », « le cœur ouvert et
sincère » (X, 35), le sens de la mesure, le souci de tous et de chacun. On
reconnaît aisément dans cette remarque la transposition de l'idéal de
l'honnête homme en politique.
Le Roi doit aussi savoir s'entourer. Quand il sélectionne ses ministres, c'est en
songeant à ceux qu'aurait choisis son peuple (X, remarque 23) : « C'est un
extrême bonheur pour les peuples quand le Prince admet dans sa confiance et
choisit pour le ministère ceux qu'ils auraient voulu lui donner s'ils avaient été
les maitres ».
Quelles sont les caractéristiques de l'écriture de La
Bruyère ?
Dans les Caractères, La Bruyère veut étudier l'homme et l'âme humaine.
Pour cela, il adopte une écriture prenant la forme de maximes souvent brèves,
faisant penser aux Maximes de La Rochefoucauld (1665), un autre célèbre
moraliste du XVllème siècle.
Les maximes correspondent à une affirmation à valeur universelle, au
présent de vérité générale : « Un caractère bien fade est celui de n'en avoir
aucun » (V, remarque 1). C'est une écriture qui vise la clarté mais aussi
l'abstraction comme le montre l'important vocabulaire philosophique.
Mais Les Caractères relèvent avant tout d'une écriture satirique.
La Bruyère a souvent recours au portrait en action qui lui permet de brosser
rapidement une caricature.
La juxtaposition de propositions et les énumérations créent un effet
cumulatif qui montre la démesure et l'impolitesse choquante des
personnages décrits (« il rit, il crie, il éclate » ou « il mange, il boit, il conte, il
plaisante » dans le portrait de Théodecte, livre V, remarque 12).
Que signifie le parcours « La comédie sociale » ?
Dans Les Caractères, La Bruyère dénonce la comédie sociale : sur le théâtre du
monde, chacun essaie de paraître pour ce qu'il n'est pas. Les hommes
vivent dans l'hypocrisie permanente et s'éloignent de l'idéal de l'honnête
homme.
Le monde est un théâtre
La Bruyère invite le lecteur à être le spectateur amusé d'une comédie sociale.
Cette comédie a une scène : la Cour et la ville. Ce sont les lieux de la
superficialité et de l'artifice.
Quand Arfure, dont le mari s'est enrichi, arrive à l'église, c'est dans « un char »
et en portant une robe à « lourde queue », comme dans une scène de
spectacle baroque. (VI, remarque 16)
Cette comédie possède également ses acteurs, les courtisans, « vrais
personnages de comédie » (IX, 50) qui maîtrisent leur rôle à la perfection.
Le champ lexical du regard, omniprésent dans Les Caractères, suggère que les
hommes sont tous respectivement acteurs et spectateurs de leur propre vie.
Une écriture théâtrale
Pour mieux dénoncer la comédie sociale, l'écriture de La Bruyère se fait
volontiers théâtrale.
C'est ainsi que certaines remarques adoptent la forme de dialogues, comme
dans le portrait d'Acis : « Que dites-vous ? Comment ? Je n'y suis pas ; vous
plairait-il de recommencer ? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous
voulez, Acis, me dire qu'il fait froid ». (V, remarque 7)
D'autres portraits s'apparentent à de véritables saynètes de comédie, tel celui
d'Arrias qui se termine par un coup de théâtre : Arrias énonce des erreurs qu'il
affirme avoir apprises de Séthon alors que Séthon se trouve justement en face
de lui ! (V, remarque 9)
La satire sociale
Derrière la comédie sociale, se cache néanmoins la satire sociale.
L'hypocrisie, la rivalité, la jalousie pointent sous l'artifice et la superficialité.
« L'air de Cour est contagieux » écrit La bruyère dans la remarque
14 du livre VIII. Cette métaphore de la maladie suggère que ce théâtre du
monde, amusant à regarder, n'en reste pas moins un espace de corruption et
de déchéance.