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Analyse Lyrique et Sordide d'un Poème

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Mouvements procédés Impressions/interprétations thèmes

du poème
Strophes 1-2 Découverte de la carcasse lors d’une promenade avec la
femme aimée

-registre lyrique avec le moment cliché v. 2 « ce beau matin d’été si -début très lyrique, caractéristique de la poésie amoureuse, du lien
doux », avec des termes mélioratifs entre la nature et les sentiments. C’est l’été, saison de la pleine vie,
-apostrophe « mon âme » v. 1, à la femme aimée. accentué par l’intensif « si » dans « si doux » v. 2, mais aussi le
« matin », ce qui connote la fraîcheur, la vie, ce qui est positif. Il
s’agit ici du topos du « paradis terrestre »

-rimes antithétiques entre « âme » v. 1 et « infâme » v. 3 et entre -rimes très cocasses et sarcastiques, puisqu’elles font voisiner le
« doux » et « cailloux » v. 2 et 4 positif et le négatif, l’amour et le sordide, le noble et le trivial, ce qui
est très moderne.
-effet, le terme « charogne » est repoussé par les CC (CCT « ce beau - De plus les deux derniers vers de la première strophe sont une
matin d’été si doux », CCL « au détour d’un sentier ») surprise,

Lit associé charogne On a un renversement complet du topos amoureux, le « lit » n’est pas
occupé par l’amante, mais par une « charogne » v. 3 et 4.

-enjambement entre les strophes 1 et 2 (le sujet est « une charogne -choc et impudeur de cette comparaison et de ce lexique audacieux
infâme » v. 3, et son verbe est v. 7 « ouvrait ») qui assimilent le cadavre en décomposition à une femme légère en
-lexique de l’ordre de la sensualité, de l’érotisme dans la strophe 2: attente d’amant, une prostituée ?… C’est dire si le Mal est présent
« jambes en l’air », « femme lubrique », « brûlante », « suant », dans cette alliance d’Eros et Thanatos. C’est d’autant plus obscène si
« ouvrait […] son ventre », « nonchalante » l’on considère le jeu de mots sur la rime du v. 7, mais aussi que la
-comparaison « comme une femme lubrique » v. 5 femme qui accompagne le poète est sa maîtresse…
-rime entre « lubrique » et « cynique » v. 7
Strophes 3 et La carcasse regardée du ciel
4
-antithèse entre « soleil » et « pourriture » v. 9 -l’antithèse est choquante, parce qu’elle met en relation ce qui
-imparfait duratif v. 9 « rayonnait », v. 12 « regardait » connote les cieux romantiques, la transcendance, un dépassement
-comparaison v. 10-12 métaphysique, et au contraire la marque de la dégradation. Mais
paradoxalement, ni le « ciel », ni le « soleil » ne semble outragés, ils
acceptent la charogne, prennent le temps, par l’imparfait duratif, de
s’y arrêter, et la transfigurent par le biais de deux comparaisons. Dans
la comparaison v. 14, la charogne est assimilée à l’élément le plus
lyrique, la « fleur », il s’agit bien ici d’une fleur du Mal. Tandis que
dans l’action du soleil on peut voir une véritable transformation,
puisqu’il « ren[d] au centuple »
-on peut voir dans cette comparaison, une intertextualité parodique
-comparaison lyrique « comme une fleur s’épanouir » v. 14
avec le sonnet très célèbre de Ronsard, évoquant le thème du Carpe
diem : Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,


Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,


Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

-personnification de la Nature v. 11, personnification du ciel v. 13 -la charogne et entourée de personnifications qui viennent presque du
-antithèse à la rime entre « pourriture » v. 9 et « Nature » v. 11 coup la déifier. Nous assistons aussi à une esthétique du choc des
-hyperbole « rendre au centuple » v. 11 contraires avec l’antithèse, l’alliance du Mal et de la Beauté. On a
l’impression qu’il faut descendre au plus bas du sordide pour y
découvrir de la Beauté, pour vivre une transfiguration lyrique (même
si ironique), ou en tout cas passer de l’un au multiple.

-hyperbole « la carcasse superbe » v. 13 et oxymore -il y a en effet un côté lyrique dans cette allitération et dans
-allitération en [s] v. 13 l’hyperbole, où « superbe » résonne de son sens de beauté, mais aussi
plus étymologique de fierté. L’oxymore rend compte à nouveau de
l’association surprenante de la Beauté et du Mal
-tirets v. 15 et 16 à valeur parenthétique -ces tirets marquent un écart dans l’énonciation, comme une forme
-enjambement v. 15-16 d’aparté, un aparté très sarcastique puisqu’il détourne, avec
-passé simple « vous crûtes » v. 16 « puanteur » le parfum classiquement attribué à la fleur (de la
-rime léonine (= très riche) : v. 14 et 16 « épanouir », « évanouir » comparaison v. 14). D’autre part le sarcasme se donne aussi à
entendre dans la rime cocasse du passé simple « vous crûtes » (où
l’on ne peut manquer de voir un jeu de mot avec « comme afin de la
cuire à point » v. 10), et l’antithèse entre les deux termes de la rime
léonine. Alors que la charogne se met à vivre, la femme tend à
disparaître, renversement paradoxal.
Strophes 5-9 Ceux qui se nourrissent de la carcasse

-lexique de l’ordre du sordide « putride » v. 17, « épais liquide » v. 19, -sorte de complaisance dans l’ultra-réalisme et le sordide que le poète
« vivants haillons » v. 20 (avec une métaphore pour évoquer la chair se plaît à accumuler. Nous sommes bien à l’opposé des canons
morte soulevée par les larves) esthétiques de la poésie classique. Les insectes viennent animer le
non-humain.

-enjambement v. 18-19 : « de noirs bataillons/De larves » -l’enjambement donne un effet de surprise, à l’épique attendu se
substitue l’image d’un monceau répugnant d’insectes grouillants.

-verbes d’action v. 21-22 : « descendait », « montait », « s’élançait » -on trouve presque paradoxalement une forme de gaieté, de fraîcheur
-indéfini « tout cela » dans la façon dont Baudelaire décrit ces insectes. Cette charogne est
le lieu de la vie, elle se transfigure.

-allitération en [f] : « enflé d’un souffle » v. 23 -les sensations auditives sont présentes pour souligner le mouvement
-allitération en [t] v. 22 de ce microcosme, l’allitération en [f] pour ce mouvement presque
marin, et l’allitération en [t] presque joyeuse et festive dans
« s’élançait en pétillant ».

-conditionnel passé deuxième forme « on eût dit » v. 23, comparaison -volonté par le biais des comparaisons de transfigurer la charogne en
v. 21 « comme une vague » (et antanaclase à la rime v. 21 et 23 l’assimilant à d’autres éléments, et en tout cas de le rendre presque
« vague ») vivant.

-longue comparaison v. 26-28 -la décomposition de la charogne devient par la puissance du vers,
-lexique de la musique : « musique » v. 25, « mouvement rythmique » une oeuvre d’art (grâce à la comparaison et aux champs lexicaux),
une abstraction poétique (« tout cela » . 21, « ce monde » v. 25 ) qui
v. 27 avec rime riche entre les deux derniers mots. transcende les différents arts, tantôt musique, tantôt peinture. Les
et plus largement à lier avec le domaine de l’art en général : strophes 7 et 8 montrent une forme de dissolution de la matière en fin
« formes » v. 29, « ébauche » v. 30, « artiste » v. 31 de chaque strophe, de manière très poétique. La fin et le début sont
par ailleurs liés, puisque si la charogne est le stade ultime du vivant,
le terme « ébauche » connote le commencement.

-mention de deux des quatre éléments, vent et eau v. 26 -la charogne semble en effet ici participer d’une grande communion
-champ lexical de l’imprécis et de la dissolution : « formes avec la nature dans laquelle elle finit par s’abîmer et se dissoudre,
s’effaçaient » « qu’un rêve » (avec la négation restrictive « n’ [...] presque de manière métaphysique.
que ») v. 29, « ébauche » v. 30, « souvenir » v. 32

-diérèse sur « chienne » v. 33 -de manière choquante, la dernière strophe de ce mouvement, et la


diérèse, mettent l’accent sur un brutal retour au réel, le sordide et le
trivial de l’animal qui vient manger la charogne. Le choix du féminin
pour l’animal n’est bien sûr pas anodin. La chienne évoque
aussi la prostituée, et participe ainsi d’un tableau dégradant et
sarcastique de la femme.
Strophes 10- Memento mori, dans une strophe conclusive qui, en écho à la
12 première, fait intervenir le poète et la femme aimée

-tiret -le tiret marque un écart pour Baudelaire, un moment nettement


-exclamation distingué, ici la ‘leçon’ du poème.
-apostrophes v. 39 et 40 par les périphrases galantes « étoile de mes -de fait, il apostrophe sa compagne, de manière très lyrique,
yeux, soleil de ma nature/Vous, mon ange et ma passion », registre stéréotypée, en reprenant le « soleil » évoqué v. 9, celui-là même qui
lyrique et hyperbole, et v. 41 « ô la reine des grâces » et « ô ma beauté « rayonnait » sur la charogne. Il y a ici une forme d’ironie mordante,
v. 45 avec un « ô » lyrique » de parodie du style galant. La cruauté, et le cynisme sont d’autant
-rime entre «infection » v. 38 et « passion » v. 40, et diérèse sur ces plus marqué par les rimes v. 38 et 40 renforcés par les diérèses
termes

-utilisation du futur « vous serez » v. 37, « vous serez » v. 41, « vous -le futur prophétique lui permet de dresser ici un memento mori, un
irez » v. 43, « mangera » v. 47 carpe diem parodique et très cruel, qui invite la femme à se rendre
-anaphore de « à cette » v. 37 et 38 dans un mouvement rythmique en compte de la brièveté de ses jours. Cela est fait de manière d’autant
expansion (« à cette ordure » => « à cette horrible infection ») plus vive et sarcastique que Baudelaire double le COI v. 37 et 38
(comme s’il prenait plaisir à insister sur le mal et le sordide) et met
l’accent sur le sordide par la diérèse v. 38, et qu’il fait rimer de
manière antithétique et cocasse avec « ma passion » v. 40.

-lexique de la mort : « derniers sacrements » v. 41, « sous l’herbe et -Baudelaire semble se complaire à évoquer la mort dans ses réalités
les floraisons grasses » v. 43, « moisir », « ossements » v. 44, les plus sordides, flirtant avec le sacrilège lorsqu’à la rime il place
« vermine » v. 45, « décomposés » v. 48 « sacrements » et « ossements » (v. 42 et 44). Au lieu d’idéaliser la
-rime v. 41 et 43 avec homonyme entre « grâces » et « grasses » femme comme dans la poésie traditionnelle, Baudelaire met en avant
la réalité funeste qui attend le corps de la femme, accentuée par
l’homonymie.

-subordonnée relative v. 46 « qui vous mangera de baisers » -jeu de mots autour de l’expression « manger de baisers », et autour
-antithèse entre « beauté » et « vermine » v. 45 de l’érotisme et de la mort, mélange d’Eros et Thanatos. La femme
aimée est ici projetée en cadavre...

-Le poète – qui contrairement au cadavre dont « les formes


-subordonnée conjonctive complétive « que j’ai gardé la forme et
s’effaçaient » v. 29 a une forme de pérennité de la « forme » v. 47 -
l’essence divine/De mes amours décomposés ! » v. 47-48
est le seul détenteur de l’immortalité par les mots.

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