Afr 1505 F
Afr 1505 F
Départment Afrique
Accroître la résilience
dans les États fragiles d’Afrique
subsaharienne
Préparé par une équipe des services du FMI
dirigée par Enrique Gelbard et composée
de Corinne Deléchat, Ulrich Jacoby, Marco
Pani, Mumtaz Hussain, Gustavo Ramirez,
Rui Xu, Ejona Fuli et Dafina Mulaj
DÉPARTEMENT AFRIQUE
Accroître la résilience
dans les États fragiles
d’Afrique subsaharienne
Cataloging-in-Publication Data
Joint Bank-Fund Library
Building Resilience in Sub-Saharan Africa’s Fragile States / Enrique Gelbard … [et al.]. — Washington,
D.C. : International Monetary Fund, 2015.
pages; cm.
HG1325.D64 2015
Les documents du Département Afrique présentent les travaux de recherche menés par les services du FMI
sur des sujets d’intérêt régional ou international. Les opinions exprimées dans ce livre n’engagent que leurs
auteurs et ne sauraient être attribuées au Fonds monétaire international, à son Conseil d’administration, ou
à la direction de l’institution.
Chapitre 1 : Introduction_____________________________________________________________ 7
Chapitre 2 : Analyse de la fragilité ________________________________________________ 10
GRAPHIQUES
1.1. Facteurs qui sous-tendent la fragilité __________________________________________________________8
3.1 Progrès de la résilience en Afrique subsaharienne ___________________________________________ 24
3.2. Incidence des conflits par groupe de pays ___________________________________________________ 28
3.3. Corrélations entre l’existence de conflits, la résilience, la stabilité politique
et la croissance du PIB ___________________________________________________________________________ 28
3.4. Indicateurs macroéconomiques ______________________________________________________________ 29
3.5. Indicateurs budgétaires ______________________________________________________________________ 31
3.6. Indicateurs sociaux __________________________________________________________________________ 32
4.1. Qualité des institutions budgétaires et espace budgétaire __________________________________ 34
4.2. Indicateurs de l’espace budgétaire___________________________________________________________ 36
4.3. Composition et évolution des recettes fiscales ______________________________________________ 37
4.4. Composition et évolution des dépenses sociales et militaires _______________________________ 39
4.5. Contribution des variables budgétaires à la probabilité d’atteinte de la résilience __________ 48
4.6. Contribution des variables budgétaires à la variation des notes ÉPIN _______________________ 50
5.1. Croissance du PIB réel dans les pays d’Afrique subsaharienne, 1991–2013 __________________ 56
5.2. Valeur et volatilité de la croissance du PIB réel par habitant des pays d’Afrique
subsaharienne ____________________________________________________________________________________ 56
5.3. Afrique subsaharienne : accélérations et ralentissement de la croissance du PIB réel par
habitant, 1990–2011 _____________________________________________________________________________ 57
6.1. Évaluation globale des politiques et institutions nationales _________________________________ 67
6.2. Facteurs de gains de résilience_______________________________________________________________ 68
6.3. Instabilité politique/absence de conflit ______________________________________________________ 69
6.4. ÉPIN — Gestion et institutions du secteur public ____________________________________________ 69
6.5. Recettes publiques ___________________________________________________________________________ 71
6.6. Indicateurs de gouvernance _________________________________________________________________ 74
6.7. PIB réel par habitant _________________________________________________________________________ 74
6.8. Évaluation globale de la politique et des institutions nationales _____________________________ 76
6.9. Facteurs renforçant la résilience _____________________________________________________________ 76
6.10. Éthiopie, Mali et Sierra Leone : sélection d’indicateurs _____________________________________ 79
6.11. Maîtrise de la corruption et primauté du droit _____________________________________________ 81
7.1. Note EPIN globale ___________________________________________________________________________ 83
7.2. Indicateurs macroéconomiques sélectionnés ________________________________________________ 86
TABLEAUX
3.1. Variation moyenne des notes ÉPIN, par groupe de pays ____________________________________ 26
4.1. Régression logit à effets aléatoires : institutions/espace budgétaires et résilience
(1990–2013) ______________________________________________________________________________________ 46
4.2. Régression logit à effets aléatoires : composition des dépenses publiques, fiscalité et
résilience (1990–2013)____________________________________________________________________________ 47
5.1. Expliquer les accélérations de la croissance des pays d’AfSS, 1989–2013 ____________________ 59
5.2. Expliquer les ralentissements de la croissance des pays d’AfSS, 1989–2013 _________________ 60
5.3. Expliquer la croissance des pays d’Afrique subsaharienne, 1989–2013 ______________________ 63
5.4. Expliquer la croissance des pays d’Afrique subsaharienne, 1989–2013 ______________________ 64
6.1. Indicateurs sociaux : République centrafricaine, République démocratique du Congo,
Mozambique et Rwanda _________________________________________________________________________ 75
6.2. Indicateurs sociaux : Éthiopie, Mali et Sierra Leone __________________________________________ 80
7.1. Évolution des variables institutionnelles (moyenne) _________________________________________ 87
7.2. Évolution des indicateurs budgétaires (moyenne) ___________________________________________ 89
1
Le développement économique et humain des États «fragiles», c’est-à-dire ceux dont les pouvoirs
publics ne sont pas en mesure d’assurer les services de base et la sécurité nécessaires à la
population, est entravé par des obstacles sérieux et profondément enracinés. Même si la définition
de la fragilité et le contexte national varient, les États fragiles se caractérisent généralement à la
fois par des institutions faibles et ne servant pas l’intérêt général, par une gouvernance déficiente
et par des difficultés à poursuivre des objectifs d’intérêt commun au niveau national. Il s’ensuit
que ces pays présentent généralement un risque élevé d’instabilité tant politique (guerre civile
incluse) qu’économique (en raison d’un manque de services publics, d’une gestion économique
inadaptée et d’une difficulté à absorber les chocs ou à y riposter). Les crises dans ces pays peuvent
également avoir des répercussions négatives sur d’autres nations. À l’inverse, la capacité de
résilience peut être définie comme la coexistence d’institutions puissantes et de moyens et d’une
cohésion sociale suffisamment solides pour que l’État puisse faire progresser la sécurité et le
développement, et réagir efficacement aux chocs.
Au début des années 90, une grande partie de l’Afrique subsaharienne (20 pays sur 44)
pouvaient être considérée comme «fragile». La situation a cependant fortement évolué depuis :
dans certains pays, les populations et les dirigeants ont opté pour un programme fondé sur la
paix et sur le développement; la fin de la Guerre froide a mis un terme aux conflits par alliés
1 D’après le G7+ (2013), ces phases pourraient être : la crise, la reconstruction, la transition, le transformation et la
résilience.
Sous-développement
manque d'éducation Conflit et
et d'emploi instabilité politique
Sept pays en particulier (le Cameroun, l’Éthiopie, le Mozambique, le Niger, le Nigeria, le Rwanda
et l’Ouganda) ont plus progressé que les autres en matière de résilience. Ces pays, dont deux
bénéficient de la manne des ressources naturelles, ont su mettre en place des structures
politiques plus inclusives, mais aussi renforcer leurs institutions et encourager l’investissement.
Ils se sont également révélés capables de maintenir une stabilité macroéconomique et
d’accroître les recettes intérieures afin de financer une hausse des investissements publics et une
amélioration des services sociaux. Il n’en reste pas moins que plusieurs autres pays ont échoué à
enclencher de telles transitions, et que certains (comme la Côte d’Ivoire, le Malawi ou le
Zimbabwe) ont même régressé.
Même si l’on sait depuis longtemps que la transition depuis l’état de fragilité est longue et
compliquée, que pouvons-nous déduire de l’expérience des pays fragiles d’Afrique
subsaharienne? Quels ont été les principaux moteurs de progrès pour ceux qui ont pu atteindre
la résilience? Pourquoi davantage de pays n’ont-ils pas tiré profit de conditions exogènes
favorables, de la moindre incidence de conflits majeurs ou, dans certains cas, de l’essor
considérable du marché des matières premières, qui a tiré le PIB à la hausse et apporté une plus
La présente étude vise à analyser les difficultés que peuvent rencontrer les États fragiles
d’Afrique subsaharienne à accroître leur résilience en s’intéressant précisément à ces questions.
Elle met l’accent sur la persistance de la fragilité et sur la coexistence de multiples dimensions de
la faiblesse de l’État, un constat qui s’applique également à un certain nombre de pays riches en
ressources naturelles et qui, malgré la manne des exportations et les entrées budgétaires
correspondantes, n’ont pas pu traduire ces gains en progrès de développement ni bâtir des
sociétés plus inclusives.
L’étude commence par passer en revue les caractéristiques de la fragilité, ses liens avec les conflits
et l’action internationale en faveur des États fragiles (chapitre 2). Cela étant posé, il devient
possible d’évaluer le degré de fragilité en Afrique subsaharienne ainsi que les progrès de la
résilience (chapitre 3). Le chapitre 4 s’intéresse au rôle des politiques et des institutions
budgétaires, tandis que le chapitre 5 se penche sur les phases d’accélération et de ralentissement
de la croissance. Le chapitre 6 analyse le cas de sept pays, dont trois ont été capables d’accroître
leur résilience, en précisant certains des facteurs en jeu, ainsi que la diversité des voies suivies. Le
chapitre 7 tire des conclusions similaires des exemples de transition les plus réussies, en mettant
l’accent sur les étapes successives du processus de réforme. Enfin, le chapitre 8 conclut en
présentant une synthèse des principaux résultats et conséquences pratiques.
ORIGINES DE LA FRAGILITÉ
Pourquoi certains pays sont-ils fragiles? De très nombreuses études théoriques et empiriques
ont mis en en avant plusieurs facteurs à l’origine (ou, plus généralement, qui participent) de la
fragilité. Si, initialement, la fragilité était considérée comme une fâcheuse tendance au conflit
interne, ou comme l’impossibilité d’en sortir, des travaux plus récents font ressortir d’autres
aspects de la fragilité qui ne sont pas directement liés à la violence, voire qui n’ont plus aucun
rapport avec elle, et qui peuvent s’expliquer par la faiblesse (ou par l’absence de légitimité) des
institutions d’État, par un contexte économique insuffisant et instable et par une situation
politique qui divise et favorise l’exclusion. C’est ainsi que de nombreux facteurs de fragilité se
renforcent mutuellement et piègent les États fragiles dans le cercle vicieux du sous-
développement.
Avidité et ressentiment
Les premiers travaux sur la fragilité se concentraient sur les causes de guerres civiles et sur les
facteurs susceptibles d’accroître les probabilités de conflit. Ces études se sont penchées sur les
motivations et sur les lacunes institutionnelles qui poussent des groupes opposés à recourir à la
violence pour améliorer leur bien-être (c’est l’avidité) ou pour combattre les injustices (c’est le
ressentiment), en vue d’identifier différents facteurs importants susceptibles de faire qu’un pays
sera plus enclin au conflit ou à favoriser une paix durable (encadré 2.1).
Sans surprise, il ressort de ces études que la pauvreté peut inciter au conflit en abaissant le coût
d’opportunité du combat. Une autre conclusion moins évidente montre qu’une abondance de
ressources naturelles peut avoir le même effet en produisant des rentes, que les individus
pourront s’approprier par les armes, et une source de revenus, qui peut servir à financer des
insurrections. Bien que le conflit puisse, en principe, être évité si les pouvoirs publics réussissent à
s’engager de manière crédible à redistribuer le pouvoir et les richesses, un tel engagement ne sera
pas nécessairement possible dans des sociétés dotées d’institutions déficientes et d’obstacles
majeurs au respect des contrats. En se focalisant sur les conflits, toutefois, ces travaux ont accordé
moins de place aux facteurs économiques et institutionnels qui influent sur la fragilité, et négligé
le poids potentiel des valeurs morales et des normes éthiques sur la fragilité d’un pays (même si
certaines études ont analysé le rôle joué par l’éducation, comme Breidlid 2013 ou Østby et Urdal
2011).
Dans les études les plus récentes, l’attention s’est détournée des causes du conflit vers les
dimensions multiples de la fragilité (le conflit représente un aboutissement possible, avec
boucle de rétroaction vers d’autres aspects de la fragilité), en s’intéressant au mode
d’interaction et au renforcement mutuel des faiblesses de ces différents aspects, qui
alimentent un cercle vicieux. Cette approche est aujourd’hui intégrée dans les travaux de la
Banque mondiale et d’autres organismes qui qualifient de «fragile» tel ou tel pays à l’aune
d’un grand nombre d’indicateurs différents associant mesure de la performance
économique, gouvernance, stabilité politique et qualité des institutions.
Cette analyse vise à comprendre les motivations et les processus qui amènent les groupes
sociaux à investir dans l’État, notamment la légitimité des processus politiques ou encore les
moyens, l’autorité et la légitimité de l’État. La dimension essentielle de ce travail réside dans
la relation dynamique entre politiques, institutions et gouvernance.
La nouvelle approche prend sa source dans le constat que les pays considérés comme
fragiles pâtissent de lourdes contraintes non seulement dans une, mais dans plusieurs de ces
dimensions, ce qui forme une «grappe de développement» vulnérable qui se caractérise
généralement par un faible revenu, par de la violence et par une capacité limitée des
pouvoirs publics (Besley et Persson 2014; Maier 2010) :
Les économies des pays fragiles sont faibles et vulnérables aux chocs, elles
présentent d’importantes disparités internes de revenus, de richesse et d’accès aux
services, les prix et les taux de change sont souvent très fluctuants ou dirigés, les
soldes budgétaires sont déficitaires et une lourde dette assombrit les perspectives de
développement économique.
Les contrôles du pouvoir exécutif sont sans effet non plus puisque le pouvoir
législatif, la presse ou la société civile ont toutes les peines du monde à demander
des comptes au gouvernement.
1
Au cours des 40 années précédant 2010, la croissance du PIB par habitant des pays fragiles était de 0,6 % par
an, soit nettement moins que celle des pays «non fragiles» (1,7 %), et leur taux d’endettement rapporté au PIB
était en moyenne trois fois plus important que celui des pays non fragiles (FMI 2011b).
«Trappes à fragilité»
Dans la lignée de ces considérations, différentes études ont montré comment les
défaillances dans ces domaines se renforçaient mutuellement, maintenant les pays
concernés dans une «trappe à fragilité». Il existe ainsi un rapport mutuel entre insécurité et
violence, manque de respect des contrats et droits de propriété, corruption et accaparement
de l’État par des intérêts particuliers (Andrimihaja, Cinyabuguma, et Devarajan 2011). En
outre, une insuffisance de moyens institutionnels et techniques peut engendrer ce que l’on
appelle un «mimétisme isomorphe» : les États fragiles mettent en place des structures et des
institutions qui ressemblent à celles d’un pays fonctionnant correctement, mais qui, en
pratique (et dans leur contexte sociopolitique particulier) sont dysfonctionnels et
entretiennent leurs faiblesses (Pritchett et de Veijer 2010). Vue sous cet angle, la fragilité
amoindrit donc également la résistance d’un pays aux chocs tels que catastrophes naturelles,
crises économiques ou explosions de violence. En outre, ces chocs, lorsqu’ils surviennent, ont
des répercussions plus durables sur les pays fragiles que sur les autres.
Tandis que les chercheurs s’efforcent encore d’appréhender la totalité des facteurs de
fragilité, l’approche centrée sur la paix, sur un système politique inclusif et sur un mode de
gouvernance efficace semble apporter une solution viable pour surmonter la fragilité.
Comme nous l’avons déjà souligné, le processus est lent et la fragilité tend à perdurer, et le
risque de rechute temporaire ou durable reste élevé une fois que les conditions se sont
améliorées pendant un certain temps.
Stabilisation post-conflit
Suite à un conflit, les efforts conjugués à l’échelle internationale pour maintenir la paix
peuvent jouer un rôle essentiel. Souvent appuyés par une présence militaire sur place (par
exemple dans le cas des missions de maintien de la paix de l’ONU), de tels efforts
parviennent souvent (mais pas toujours) à préserver la stabilité (Collier, Hoeffler et
Söderbom 2008). Une des étapes critiques de la stabilisation post-conflit consiste à réinsérer
les combattants dans la vie civile, ce qui peut se révéler particulièrement difficile étant donné
que nombre de ces personnes pourront se sentir impuissantes ou marginalisées, sans
compter le risque de faire face à la vindicte populaire et à des représailles (Barker et Ricardo
Sur le plan économique, il est fondamental de rétablir la stabilité et de trouver des moyens de
relancer rapidement l’activité, de manière à faire repartir l’emploi. Pour ce faire, les moyens mis
en œuvre par les pouvoirs publics doivent se détourner progressivement de l’aide au retour à
la paix, pour se rediriger vers la reconstruction et, de plus en plus, vers le développement. La
mise en œuvre de réformes complémentaires destinées à favoriser la stabilité économique
peut nécessiter une libéralisation des prix et des taux de change, l’adoption de politiques
budgétaires et monétaires prudentes et l’élimination des obstacles aux échanges2.
Avec le temps, le facteur essentiel pour assurer la résilience des pays concernés réside
apparemment dans un dispositif politique favorable à l’adoption de principes et de réformes
qui encourageront la stabilité économique et amélioreront la gouvernance, ce qui se traduira
in fine par une progression des moyens et de la légitimité de l’État. En mettant l’accent très
tôt sur la stabilité économique, sur les réformes et sur la reconstruction, le pays concerné
pourra en récolter les premiers fruits, qui lui serviront à leur tour à préparer la voie à des
réformes plus ambitieuses.
À plus long terme, il conviendra de se concentrer sur le renforcement des capacités et des
institutions, ainsi que sur l’amélioration des conditions d’investissement privé. En effet, ce
dernier élément, indispensable à une croissance soutenue, ne peut se passer d’institutions
favorables au commerce, efficaces et légitimes. À ce titre, la garantie du respect des droits
de propriété et le développement de l’accès au crédit jouent un rôle primordial. Les
2 La mise en place d’un solide régime monétaire et de change est fondamentale pour rétablir la compétitivité
commerciale (Programme des Nations unies pour le développement 2008).
3 Dans les États fragiles, les réformes fiscales se heurtent souvent à de sérieuses contraintes de capacités, qu’il est
toutefois possible de surmonter dans une certaine mesure en se concentrant sur des procédures efficaces et
progressives relativement faciles à administrer, telles qu’une simplification du barème fiscal et un renforcement
du système douanier (OCDE 2014) ou la création de services spécialisés dans les gros contribuables.
Précisons en outre que les ordres sociaux et les institutions (au sens large, c’est-à-dire en
incluant les accords constitutionnels durables et les normes et habitudes sociales pérennes)
évoluent lentement, alors que les besoins de résilience des États fragiles exigent une
approche plus ciblée. Les institutions et leur transformation dépendent de processus à long
terme qui impliquent plusieurs acteurs et souvent des facteurs impersonnels, et d’importants
groupes sociaux, d’où la lenteur du changement et son exposition à différentes influences,
dont certaines ne peuvent être contrôlées aisément, même par une autorité nationale
éclairée.
Les États fragiles cherchant à accroître leur résilience pourraient donc avoir tout intérêt à
concentrer leurs efforts à court terme sur des institutions au sens plus étroit, susceptibles
d’être réformées à l’horizon d’une dizaine d’années par une instance bien définie. Soulignons
le cas particulier des institutions budgétaires, qui englobent le code des impôts ainsi que la
4 Les accords commerciaux peuvent aider les pays à accroître leur compétitivité, à augmenter leur retour sur
investissement et à attirer des investissements directs étrangers (Rapport européen sur le développement 2009).
5 Dans une perspective de long terme, Acemoglu, Robinson et d’autres ont fait valoir que les institutions
économiques étaient façonnées par les groupes détenteurs du pouvoir politique, lesquels sont à leur tour le
produit des institutions politiques et de la distribution des ressources. Si les institutions politiques ont une forte
durabilité, c’est parce qu’elles sont elles aussi façonnées par les groupes au pouvoir, mais elles peuvent changer
lorsque de nouveaux groupes s’y substituent de facto en accumulant de la richesse (Acemoglu, Johnson et
Diamond 2004).
L’efficacité des institutions budgétaires est liée, dans les faits, aux capacités de l’État. Alors
qu’à l’origine celui-ci était considéré avant tout comme un pourvoyeur de capital public
devant être financé par l’impôt, les travaux plus récents montrent comment la dépense
publique (hors défense) peut contribuer à la stabilité en réduisant l’insécurité et la pauvreté,
et en attestant que l’État est déterminé à améliorer le bien-être des citoyens.
6 Voir également Besley et Persson (2011) ainsi que Besley, Ilzetzki, et Persson (2013).
Les réformes de la gestion des finances publiques (qui englobe la gestion des recettes dans
les pays riches en ressources naturelles) sont absolument essentielles en cela qu’elles
peuvent établir la légitimité de l’État en améliorant la transparence, la responsabilisation et
l’efficience. Manuel, Gupta et Ackroyd (2011) ainsi que Fritz, Hedger et Fialho Lopes (2011)
ont souligné que le mode d’enchaînement des réformes de la gestion des finances
publiques dépendait des conditions propres à chaque pays et de l’alignement de ces
réformes sur ses capacités.
Quels sont les domaines prioritaires d’amélioration des finances publiques dans des pays
fragiles aux capacités limitées? Les principaux objectifs visent généralement (1) une meilleure
exécution du budget, de manière à crédibiliser ce dernier et à exécuter effectivement les
programmes de développement; (2) une amélioration de la transparence et de la
responsabilisation, en particulier à travers la publication régulière des recettes budgétaires et
des dépenses de l’État, y compris au niveau local de prestation des services publics, et (3) un
renforcement de la gestion financière des ministères dépensiers et des collectivités locales.
Dans certains contextes, il sera envisageable de proposer une double approche, dans
laquelle les services publics seraient financés par l’État mais contrôlés ou assurés dans un
premier temps par des instances qualifiées non rattachées à l’administration publique, telles
que des groupes de citoyens voire, dans certains cas, le secteur privé, tandis que les
réformes de la gestion des dépenses et des recettes seraient mises en œuvre
progressivement, parallèlement à d’autres renforcements des capacités de l’État (c’est cette
stratégie qui a été adoptée, notamment, au Soudan du Sud, où des donateurs ont financé
des agents du secteurs privé et des organisations non gouvernementales pour apporter des
services sanitaires et éducatifs de base dans certaines régions rurales éloignées).
Les mesures et les réformes qui précèdent doivent toutefois être adaptées aux particularités
de chaque pays, en s’appuyant sur une analyse des causes de la fragilité et des besoins
prioritaires de ce dernier, ainsi qu’à sa capacité à mettre en œuvre de telles réformes. Pour
savoir comment les réformes pouvaient être adaptées aux besoins spécifiques d’un pays,
Prati, Onorato et Papageorgiou (2013) ont analysé en détail l’efficacité de différents types de
mesures appliquées dans des pays au lendemain d’un conflit. Ils sont arrivés à la conclusion
que, même si les réformes «réelles» et les réformes financières étaient bien associées à une
accélération de la croissance, ce lien de cause à effet était «extrêmement irrégulier et
dépend(ait) des contraintes qui pèsent sur le pouvoir exécutif d’un pays et de son
éloignement de la frontière technologique».
De nombreux chercheurs se sont également penchés sur la mesure dans laquelle les
intervenants extérieurs (gouvernements étrangers, organismes d’aide, institutions financières
internationales) pouvaient contribuer au processus de formation de la résilience. Au-delà des
réflexions de longue date sur le rôle politique et économique des intervenants extérieurs
dans le développement national et dans l’efficacité de l’aide, l’implication des donateurs
dans les États fragiles est synonyme de dilemme quasiment par définition : en effet, ces pays
ont un grand besoin d’aide extérieure, mais ils sont moins à même de l’utiliser efficacement,
du moins selon les normes de suivi et de contrôle exigées par de nombreux bailleurs de
fonds. Lorsque des donateurs accordent une aide en fonction des résultats d’un pays, alors
les États fragiles se trouvent dans une situation de désavantage (par ex. Guillaumont,
Guillaumont Jeanneney et Wagner 2010).
Dans une perspective de long terme, on peut faire valoir qu’accorder une aide à des États
fragiles peut engendrer des gains élevés, sinon certains, puisqu’elle leur permet de sortir de
la trappe à fragilité et de les mettre sur la voie d’une croissance durable (Andrimihaja,
Cinyabuguma et Devarajan 2011). Sachant qu’une limitation des capacités d’absorption peut
entraver l’efficacité de l’aide, plusieurs auteurs ont suggéré que les donateurs se
concentrent, dans un premier temps, sur le renforcement des capacités de l’État (Feeny et
McGillivray 2009), en particulier en apportant une assistance technique (Chauvet et Collier
2008). Ensuite, puisque la capacité d’absorption semble s’améliorer fortement cinq ans à peu
près après la fin des hostilités, c’est à ce moment-là plutôt que les donateurs devraient
augmenter progressivement leur contribution, plutôt que l’apporter immédiatement après la
fin du conflit pour la réduire par la suite (Collier et Hoeffler 2002)7.
7 La manière d’adapter l’aide extérieure aux besoins spécifiques des États fragiles À également fait l’objet de
différentes propositions : Feeny et McGillivray (2009) soulignent ainsi, par exemple, que l’aide doit être apportée
en évitant de disputer des moyens de mise en œuvre rares et précieux aux activités non financées par l’aide.
D’autres ont fait valoir que l’aide pouvait gagner en efficacité en se concentrant sur des mesures spécifiques
cohérentes avec la structure économique et sociale du pays bénéficiaire, par exemple en apportant une
assurance subventionnée aux agriculteurs dont le niveau de vie est très exposé aux chocs climatiques. Dans les
situations post-conflit, une meilleure compréhension de la nature et de l’identité des individus impliqués dans
des actes de violence peut permettre aux donateurs de cibler leurs contributions d’une manière plus favorable au
renforcement de la stabilité (Blattman et Miguel 2010), par exemple en accordant l’aide avant tout aux individus
les plus susceptibles d’être recrutés par les rebelles.
Les intervenants extérieurs peuvent jouer un rôle essentiel dans la légitimité de l’État en
aidant le gouvernement à produire des résultats visibles (les «effets rapides») qui comblent
certains besoins immédiats de la population. Des premières réussites dans des domaines tels
que la sécurité, la stabilité économique, l’emploi, la disponibilité d’intrants pour l’agriculture,
les services sanitaires ou les programmes de formation pour les anciens combattants
peuvent consolider la légitimité de l’État et renforcer le soutien à un programme de
développement national. Avec le temps, un gouvernement considéré comme légitime est
également mieux placé pour mettre en œuvre des politiques à même d’améliorer encore la
résilience et d’encourager le développement.
En résumé, une implication efficace des intervenants internationaux auprès des États fragiles
passe nécessairement par une approche multidimensionnelle, centrée sur une stratégie de
reconstruction des capacités et de promotion de la paix et du développement élaborée par
le pays lui-même. Pour réussir, l’aide extérieure doit encourager les progrès dans les
domaines qui favorisent la sécurité, augmentent l’offre de services publics et
d’infrastructures de base, améliorent les institutions et les pouvoirs publics, mais aussi
encourager l’activité du secteur privé et l’investissement étranger.
Un processus qui vient de l’intérieur. Les actions entreprises par les intervenants extérieurs doivent
correspondre aux priorités locales et encourager les acteurs nationaux à prendre en main eux-mêmes le processus
de redressement.
Un rythme de réformes soigneusement réfléchi. Des réformes excessivement ambitieuses peuvent engendrer
des attentes irréalistes susceptibles de nuire à la légitimité de l’État. Les réformes doivent venir d’une volonté
politique, laquelle aura éventuellement besoin de temps pour se concrétiser, en fonction de la situation. En outre,
le rythme de mise en œuvre des réformes doit être adapté aux contraintes de capacités locales et prévoir
suffisamment de temps pour permettre aux actions entreprises de porter leurs fruits.
Un équilibrage des objectifs. Même s’il faut agir de manière ciblée pour combler les besoins immédiats, des
réformes à long terme doivent traiter les racines de la fragilité.
Une bonne compréhension de l’économie politique. La stratégie d’implication doit s’appuyer sur une bonne
connaissance de la situation locale et des principaux acteurs politiques du pays, ainsi que sur une évaluation
correcte des risques.
Une approche multidimensionnelle. Il importe d’identifier, dès la phase initiale de l’implication, les liens et les
compromis entre les objectifs politiques, de sécurité et de développement.
Conclusions
Quelles leçons peut-on tirer des travaux étudiés en termes de stratégies de sortie de la
fragilité? Étant donné que celle-ci n’a pas de cause unique ou commune, du fait de la
diversité des situations des différents pays, on ne peut en déduire de modèle unique sur
lequel bâtir la résilience. Pourtant, certaines étapes s’inscrivant dans une vision de long
terme (car la résilience met du temps à s’installer), avec une adaptation aux particularités de
chaque situation, sont généralement nécessaires à la mise en place de la résilience. De telles
étapes visent à renforcer la sécurité, à encourager le développement d’un système politique
inclusif, à mettre en œuvre des réformes juridiques, économiques et de gouvernance
soigneusement sélectionnées et bien structurées dans le temps, et à renforcer les capacités.
À court terme du moins, une structure politique inclusive ne passe pas nécessairement par
l’organisation d’élections, qui peuvent se révéler prématurées dans certains cas et engendrer
un ressentiment et une instabilité. En revanche, elle suppose la mise en place d’une
organisation politique à même de satisfaire les intérêts les plus essentiels des différentes
couches de la société et de prévenir la violence. C’est pourquoi les réformes qui portent sur
l’amélioration du mode de gouvernance et sur la responsabilisation des dirigeants politiques
sont si importantes.
En fin de compte, construire la résilience d’un pays requiert une interaction de renforcement
mutuel entre les capacités de l’État, la gouvernance et la croissance. La progression des
revenus (et les changements structurels qui la favorisent, tels que le développement des
marchés) apporte les ressources et la demande d’amélioration des capacités juridiques et
budgétaires de l’État (parmi lesquels fiscalité, contre-pouvoirs, services et investissement
publics), qui entretiennent à leur tour un cercle vertueux de changement structurel favorable
à la croissance.
3 performance économique
et conséquences sociales
Le présent chapitre se penche sur l’évolution des 26 pays d’Afrique subsaharienne qui
étaient jugés fragiles dans les années 90 et examine leurs résultats dans différents domaines
macroéconomiques, budgétaires et sociaux, de manière à faire ressortir des profils de
progression.
Les pays sont considérés comme ayant été fragiles dans les années 90 soit s’ils avaient une
note ÉPIN (c’est-à-dire accordée selon l’évaluation de la politique et des institutions
nationales de la Banque mondiale) inférieure ou égale à 3,2 en moyenne, soit s’ils avaient
connu un conflit majeur (encadré 3.1)1. Cette approche est similaire à celles de la Banque
mondiale et de la Banque africaine de développement. L’ÉPIN évalue les pays à partir d’un
ensemble de critères rattachés à quatre grands domaines : la gestion économique, les
politiques structurelles, les politiques d’inclusion et d’égalité sociale, ainsi que la gestion du
secteur public.
Afin d’évaluer les progrès des différents pays, ces derniers sont répartis en deux groupes,
selon qu’ils sont restés fragiles ou ont régressé au cours des dernières années, ou qu’ils se
sont stabilisés ou ont accru leur résilience. Dans le premier groupe, la note ÉPIN moyenne
est toujours inférieure ou égale à 3,2, ou alors le pays a fait l’objet d’une intervention de
maintien ou de consolidation de la paix au cours des trois dernières années, tandis que dans
le second, la note ÉPIN a dépassé 3,2 et le pays n’a connu aucune intervention de maintien
ou de consolidation de la paix. Étant donné que l’échantillon comprend des pays dont la
note ÉPIN moyenne est restée au-dessus de 3,2 et qui n’ont connu aucun conflit depuis le
début des années 90, un troisième groupe, jugé «non fragile», a été constitué, et on
considère qu’il est resté «stable» sur toute la période.
1
Les travaux étudiés qui s’appuient sur la note ÉPIN pour définir la fragilité sont notamment ceux de Bertocchi et
Guerzoni (2010) mais aussi de Chauvet et Collier (2005). Il existe plusieurs autres indices de fragilité, qui recourent
à des indicateurs et à des méthodes d’agrégation quelque peu différents (Mata et Ziaja 2010). Comme nous le
précisons à l’encadré 3.1, l’utilisation d’autres classifications ne se traduirait pas par des résultats
fondamentalement différents dans les groupes de pays.
Malgré ces écueils, les organismes donateurs et les institutions financières internationales ont mis au point différents
critères tangibles qui permettent de mesurer et d’identifier la fragilité. Pour la Banque mondiale et la Banque africaine de
développement, un pays est considéré comme fragile si sa note globale à l’évaluation de la politique et des institutions
nationales (ÉPIN) est inférieure ou égale à 3,2, ou s’il a fait l’objet d’opérations de maintien ou de consolidation de la paix de
l’ONU ou d’organisations régionales. L’ÉPIN évalue la qualité du cadre économique et institutionnel d’un pays, et le seuil de
3,2 correspond au 40e centile de la distribution. Le fait d’appuyer l’évaluation sur la note ÉPIN accorde une grande
importance au cadre économique et institutionnel du pays, mais ne rend pas compte des aspects politiques de la fragilité.
D’autres indicateurs, comme celui de l’OCDE (2013) et l’indice Brookings des défaillances de l’État, accordent plus
d’importance aux variables politiques. Cependant, comme la plupart des indices visent à mesurer le degré de déficience des
pouvoirs publics, la plupart des pays signalés comme fragile dans une liste le sont également dans d’autres (par exemple, la
corrélation entre la note ÉPIN et l’indice Brookings de faiblesse de l’État est d’environ 0,8).
L’analyse menée dans le présent chapitre suit globalement l’approche de la Banque mondiale et de la Banque africaine de
développement, en recourant aux notes ÉPIN et aux statistiques de conflits pour identifier les États fragiles d’Afrique
subsaharienne avant 2001 et durant la période 2011–13 (la décennie 2002-2011 étant considérée comme une période de
transition).
Classification des pays avant 2001. Un pays est jugé fragile si sa note ÉPIN moyenne au cours de la période 1991–2000
était inférieure ou égale à 3,2 ou s’il a connu un «conflit d’envergure», défini comme cinq ans ou plus de conflit de
faible intensité (moins de 1.000 victimes par an) ou deux ans ou plus de «conflit grave» (plus de 1.000 victimes par an).
La classification s’appuie sur les statistiques de conflits recueillies par l’université d’Uppsala (il n’existe pas de
statistiques d’intervention des forces des Nations Unies pour cette période).
Classification des pays pour la période la plus récente. Un pays est jugé fragile si sa note ÉPIN moyenne était inférieure
ou égale à 3,2 au cours des trois années suivant 2010, ou s’il a connu une opération de maintien ou de consolidation de
la paix de l’ONU ou d’organisations régionales au cours des trois dernières années (les résultats sont les mêmes avec
une moyenne sur cinq ans).
On dit des pays identifiés comme fragiles dans les années 90 mais pas en 2011–13 qu’ils sont «devenus résilients» et de
ceux non identifiés comme fragiles à toutes les périodes qu’ils sont «restés stables».
Sources : calculs du FMI, sur la base des notes issues de l’évaluation de la politique et des institutions nationales de la
Banque mondiale, de la base de données de l’université d’Uppsala sur les conflits et des informations relatives aux missions
de maintient/consolidation de la paix de l’ONU ou d’organisations régionales.
Quels résultats affichent les pays devenus résilients par rapport à ceux qui sont restés ou
devenus fragiles, en termes de solidité des institutions ou d’indicateurs macroéconomiques
et sociaux? Étant donné que le classement des pays, qui repose sur l’indice ÉPIN, présente
une corrélation avec ces facteurs, l’analyse ci-après vise simplement à étudier de plus près
les différents aspects qui auraient permis ou empêché les pays de devenir résilients. Les pays
fragiles riches en ressources naturelles sont traités comme un groupe distinct car l’envolée
du marché des matières premières qui a concerné de nombreux pays d’Afrique
subsaharienne entre 2000 et 2008 incite à se demander si cette manne économique les a
L’évolution de l’ÉPIN fait apparaître que les pays devenus résilients avaient connu une
certaine volatilité dans les années 90, avant de se distancer très nettement et constamment
des autres groupes après 2011. Les pays devenus «résilients» ces dernières années ont fait
des progrès réguliers dans toutes les catégories de l’ÉPIN, avec l’atteinte de la stabilité
macroéconomique et la mise en place d’institutions (tableau 3.1)4. Leur note ÉPIN a suivi une
tendance ascendante, pour toujours rester au-dessus du seuil de 3,2.
Certains pays fragiles riches en ressources naturelles affichent également une amélioration
constante au cours des dernières années, tandis que d’autres (y compris ceux qui n’ont pas
beaucoup de matières premières) n’ont enregistré que des résultats timides après le milieu
des années 90. Par ailleurs, plusieurs pays souffrant de capacités insuffisantes et d’autres
contraintes sont restés fragiles. Parmi ceux-ci, les pays riches en ressources naturelles ne s’en
sortent pas spécialement mieux que les autres : si quatre d’entre eux ont un peu progressé,
notamment en matière de stabilité macroéconomique, des progrès supplémentaires restent
indispensables du côté des institutions pour pouvoir atteindre une certaine résilience.
2
De nombreux auteurs se sont intéressés au lien entre abondance des ressources naturelles et résultats
économiques médiocres («syndrome néerlandais» et volatilité), faiblesse des institutions et de la gouvernance
(rattachée aux perspectives de maximisation de la rente) et bas niveau des indicateurs sociaux (Crivelli et Gupta
2014; Collier et Hoeffler 1998; Sachs et Warner 2001).
3
Voir les Perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne (FMI 2011c).
4
La méthodologie de l’ÉPIN a évolué dans le temps. Après 1997, sa couverture a été étendue afin d’englober les
aspects de la gouvernance et des politiques sociales, tandis que l’échelle d’évaluation passait de cinq à six
niveaux. En 2004, une nouvelle révision a simplifié les critères d’évaluation. Aux fins de l’analyse menée dans le
présent chapitre, et afin d’obtenir des données comparables dans le temps, les notes ÉPIN ont été recalculées sur
une échelle à six niveaux pour toute la période étudiée.
4
L’ensemble «politiques d’inclusion/égalité sociale » comprend l’égalité hommes–femmes, l’équité dans l’accès aux ressources publiques, la
valorisation des ressources humaines, la protection sociale et le travail, et les politiques de protection de l’environnement.
5
L’ensemble « gestion du secteur public et institutions » comprend les droits de propriété et la gouvernance fondée sur des règles, la qualité
de la gestion budgétaire et financière, l’efficacité de la mobilisation des recettes, la qualité de l’administration publique, ainsi que la
transparence, l’obligation de rendre des comptes et le degré de corruption dans le secteur public.
5
Sauf mention contraire, les graphiques et tableaux de ce chapitre ont été établis à partir de moyennes
arithmétiques pour les différents groupes de pays.
Comme nous le notions au chapitre 2, les capacités d’un pays à sortir d’un conflit, à
consolider ses institutions et à se développer sont interdépendantes. La corrélation positive
entre stabilité politique et note ÉPIN souligne l’importance de la première. En outre, il ressort
de la corrélation inverse entre existence d’un conflit et résilience (mesurée par la note ÉPIN)
que les conflits tendent à survenir dans les pays aux institutions plus faibles, et inversement
(graphique 3.3). Comme on peut s’y attendre, il existe également une corrélation inverse
entre les conflits et la croissance économique. Ces associations semblent plus marquées
dans les pays riches en ressources naturelles, peut-être parce qu’ils sont plus susceptibles de
chercher à maximiser la rente en l’absence de contraintes institutionnelles. En outre, les
statistiques mettent l’accent sur le lien entre persistance du conflit, fragilité et instabilité
politique : plus un pays reste longtemps en proie à des affrontements, plus longtemps sa
note ÉPIN restera basse.
Sources : calculs des services du FMI, sur la base des notes Sources : calculs des services du FMI, sur la base des notes ÉPIN, de
ÉPIN, de la base de données d’Uppsala sur les conflits et des la base de données d’Uppsala sur les conflits et des informations sur
informations sur les missions de maintien ou de les missions de maintien ou de consolidation de la paix des Nations
consolidation de la paix des Nations Unies ou Unies ou d’organisations régionales.
d’organisations régionales.
PERFORMANCE MACROÉCONOMIQUE
Depuis le début des années 2000, les différents groupes de pays se sont fortement
distingués en termes de croissance : ceux qui sont devenus résilients, de même que les pays
fragiles riches en ressources naturelles, affichent ainsi une croissance plus soutenue que les
pays sans ressources naturelles qui sont restés fragiles ou qui ont régressé (graphique 3.4)6.
Les pays devenus résilients, dont la majeure partie ne dépend pas très fortement des
exportations de matières premières, ont la réputation d’avoir mis en œuvre des politiques
économiques et des réformes efficaces, favorisées au fil du temps par un contexte
réglementaire et institutionnel plus favorable. Cette situation semble avoir à son tour
contribué à la hausse de l’investissement, qui englobe un meilleur accès au crédit. Le groupe
de pays résilients a également enregistré une nette diminution de l’inflation, passée de plus
de 20 % par an au début des années 90 à moins de 10 % ces dernières années. Cette
diminution procède du renforcement des capacités des banques centrales et de la mise en
place de cadres de politiques monétaire et de taux de change efficaces. De plus, ces pays
6
Les revenus par habitant ont également fortement augmenté dans les pays devenus résilients et dans les pays
riches en ressources naturelles. Pour ces groupes en effet, la croissance du PIB par habitant est passée de moins
de 1 % par an dans les années 90 à 3,5-4 % ces dix dernières années, tandis que celle des pays fragiles sans
ressources naturelles ne s’est quasiment pas accélérée en vingt ans.
0 0
1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011 1990-1995 1996-2001 2002-2007 2008-2013
7
Comme nous l’indiquons au chapitre 6, l’efficacité des mesures d’allégement de la dette semble liée à la
capacité des pays concernés à convertir leurs ressources budgétaires supplémentaires en progrès économiques
et sociaux.
8
Voir le chapitre 4 pour une analyse plus approfondie des questions budgétaires.
-9 6
4
-12
2
-15 0
1990–95 1996–2001 2002–07 2008–13 1990 1995 2000 2005 2010 2013
50 4
2
0 0
1990–95 1996–2001 2002–07 2008–13 1990 1995 2000 2005 2010 2013
Sources : FMI, base de données des Perspectives économiques mondiales; calcul des services du FMI.
PERFORMANCES SOCIALES
Malgré le manque d’indicateurs sur la situation sociale des pays étudiés, certains chiffres
font état d’un net progrès de la plupart d’entre eux en direction des Objectifs du millénaire
pour le développement, même si ces avancées sont parfois très modestes dans le cas de
plusieurs États fragiles. Les taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans et de
scolarisation primaire se sont moins améliorés dans les pays fragiles que dans les pays
résilients (graphique 3.6). Les États devenus résilients, qui avaient les taux de mortalité
infantile les plus élevés au début des années 90, étaient parvenus à les abaisser
considérablement à la fin des années 20009. D’autres pays ont également progressé, mais
plus lentement. Les pays devenus résilients ont également enregistré un relèvement du taux
de scolarisation primaire plus rapide que les pays restés fragiles ou ayant régressé. Tous les
9
Ce chiffre rejoint les conclusions des études de cas menées dans la section suivante, selon lesquelles des pays
résilients comme le Mozambique ou le Rwanda ont pu augmenter fortement les moyens financiers consacrés à la
réduction de la pauvreté.
50 20
0 0
1990-1995 1996-2001 2002-2007 2008-2011 1990-1995 1996-2001 2002-2007 2008-2011
80
60
60
40
40
20 20
0 0
1990-1995 1996-2001 2002-2007 2008-2011 1990-1995 1996-2001 2002-2007 2008-2011
Sources : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services
du FMI.
Les statistiques de réduction de la pauvreté sont un peu plus mitigées, en partie du fait de
l’insuffisance de données disponibles et d’autres problèmes de mesure. Même si les taux de
pauvreté sont toujours plus hauts dans le groupe de pays fragiles par rapport à ceux qui
sont devenus résilients, cet indicateur est demeuré relativement élevé dans tous les groupes
de pays depuis les années 90. L’ensemble «inclusion/équité sociale» de l’ÉPIN s’est amélioré
pour les pays résilients et pour certains des pays fragiles riches en ressources naturelles, mais
la plupart des pays sont encore loin d’une réduction sensible de leur taux de pauvreté1.
1À partir du début des années 2000, plusieurs pays ont développé leurs dispositifs de protection sociale (par
exemple, Cameroun, Mozambique et Rwanda). Certes ces programmes ne sont pas de grande envergure mais ils
constituent un outil prometteur pour combattre la pauvreté.
VUE D’ENSEMBLE
Le présent chapitre se penche sur le rôle des politiques budgétaires et des institutions dans
l’atteinte de la résilience, en examinant le rapport entre les progrès de cette dernière et les
mesures de la qualité des institutions budgétaires, les indicateurs de l’espace budgétaire,
ainsi que la composition des recettes fiscales et des dépenses publiques1. Des institutions
budgétaires solides et de haut niveau sont synonymes de meilleures performances
budgétaires, tandis que la composition des recettes fiscales et des dépenses publiques joue
un rôle crucial dans l’amélioration du développement, y compris la diminution du nombre
de conflits2. Comme au chapitre 3, et en raison de leurs perspectives de revenus tout à fait
spécifiques ainsi que des défis macroéconomiques plus larges qui les caractérisent, les pays
fragiles riches en ressources naturelles seront étudiés ici dans le cadre d’un groupe distinct.
1
Sauf mention contraire, tous les diagrammes et graphiques présentent les moyennes arithmétiques calculées
pour chaque groupe de pays.
2Pour les enquêtes correspondantes, voir Crivelli et Gupta (2014), Singh, Bodea et Higashijima (2014), ainsi que
Taydas et Peksen (2012).
Indice de la qualité des institutions budgétaires, 2006–09 Indice de l'espace budgétaire, 2012
Indice moyen Nombre de pays
0,56 7
Faible
0,54 6
Moyen et élevé
0,52 5
0,50 4
3
0,48 2
0,46 1
0,44 0
0,42 États fragiles États fragiles États résilients
États fragiles États fragiles riches États résilients pauvres en ress. riches en ress.
pauvres en ress. nat. en ress. nat. nat. nat.
Note : les indices de la qualité des institutions Note : l’évaluation globale de l’espace budgétaire
budgétaires proviennent de Gollwitzer (2011). Les valeurs (important, moyen ou faible) repose sur quatre critères :
globales employées ici tiennent compte des trois étapes évolution de la dette, situation financière de l’État,
du processus budgétaire : négociation, vote du pouvoir capacités à mobiliser des recettes et flexibilité des
législatif et exécution. À chaque étape, la qualité du dépenses publiques (FMI 2013a, chapitre 2).
processus budgétaire est mesurée selon cinq critères :
centralisation, règles et contrôles, pérennité et crédibilité,
exhaustivité et transparence.
Comme souligné au chapitre 3, les indicateurs budgétaires cumulés font état de progrès
significatifs dans tous les groupes de pays, mais en particulier dans les États résilients et
dans les États fragiles riches en ressources naturelles. Les trois groupes ont enregistré une
3 Comme déjà mentionné plus haut, une définition plus générale de la qualité des institutions constitue une
composante importante de l’évaluation des politiques et des institutions nationales (EPIN), ce qui rend difficile
l’identification d’un lien de causalité clair.
4
Plusieurs auteurs se sont penchés sur la relation entre les différentes catégories d’impôts et la croissance ou
l’inégalité (Crivelli et Gupta 2014 : FMI 2014a, chapitre 3; Siebrits et Calitz 2007; Skinner 1987).
pays fragiles riches en ressources naturelles, du fait de la manne des matières premières,
(graphique 4.2), la composition de ces recettes y reste loin d’être optimale en termes de
5
Voir FMI 2014a, chapitre 2, pour une réflexion sur les défis que doivent relever les pays en développement en
matière de fiscalité internationale.
6
Bien qu’il ne soit pas recommandé de s’appuyer sur la fiscalité directe pour encourager la croissance et pour
progresser sur l’échelle du développement, les pays dotés de peu de moyens peuvent éventuellement, le temps
d’une période de transition, privilégier la simplicité administrative, même si cela suppose de renoncer à certains
gains d’efficience.
Comme nous l’indiquions au chapitre 2, les dépenses publiques peuvent jouer un rôle
positif, en favorisant la stabilité et en prévenant les conflits. Plus précisément, Taydas et
Peksen (2012) font valoir que les dépenses consacrées au bien-être de la population, à savoir
dans les domaines de santé, de l’éducation et de la sécurité sociale, contribuent à assurer la
paix en attestant l’engagement du gouvernement en faveur du bien-être des citoyens. Les
travaux empiriques des deux chercheurs montrent que ce type de dépenses présente une
corrélation inverse avec l’incidence de conflits.
Les dépenses de santé et d’éducation affichent également un lien positif avec la diminution
des facteurs qui contribuent à la fragilité des États, tels que l’insécurité économique, la
pauvreté ou l’inégalité, mais aussi avec une plus grande mobilité sociale et de meilleures
perspectives d’emploi (Burgoon 2006; Chu, Davoodi et Gupta 2000; Gupta et al. 2003; Gupta,
Verhoeven et Tiongson 2001; FMI 2014a, chapitre 3; Thyne 2006).
A priori, l’effet des dépenses militaires sur la résilience devrait être ambivalent étant donné
que ces dernières peuvent être rattachées soit à l’existence d’un conflit, soit aux capacités de
maintien de l’ordre des pouvoirs publics. Singh, Bodea et Higashijima (2014) constatent par
exemple qu’une hausse des dépenses militaires va de pair avec une diminution du risque de
conflit dans les pays riches en ressources pétrolières, alors que le rapport entre budget de la
défense et affrontements est linéaire pour les autres nations, comme le montrent
notamment Taydas et Peksen (2012). Cette situation pourrait s’expliquer par la capacité des
pays pétroliers à défendre la rente associée à l’or noir contre des agresseurs éventuels. Les
auteurs font valoir que les bénéfices potentiels de la richesse pétrolière sont généralement
négligés, par exemple la possibilité d’accroître les dépenses publiques afin de s’assurer le
soutien de la population, ou d’augmenter la légitimité de l’État à travers la prestation de
services de base et le renforcement de l’arsenal de sécurité.
Dans les pays considérés comme fragiles dans les années 1990, les dépenses militaires ont
reculé ces dernières années, tandis que les dépenses de santé et d’éducation s’inscrivaient
en hausse dans tous les groupes étudiés (graphique 4.4). Cette tendance est cohérente avec
la diminution de l’intensité des conflits, et en particulier des conflits majeurs, soulignée au
chapitre 3.
Dépenses de santé
Dépenses d'éducation
en % des dépenses publiques totales Dépenses militaires
20
16
12
0
1990-2000 2001-2013 1990-2000 2001-2013 1990-2000 2001-2013 1990-2000 2001-2013
États fragiles pauvres États fragiles riches en États résilients AfSS
en ress. nat. ress. nat.
Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, calculs des services du FMI.
SPECIFICATION EMPIRIQUE
La présente section approfondit les thèmes abordés jusqu’ici au moyen d’une analyse
économétrique des facteurs associés à l’atteinte de la résilience (telle que mesurée par
l’ÉPIN) dans les États fragiles d’Afrique subsaharienne, avec une attention toute particulière
apportée au rôle des politiques et des institutions budgétaires.
À partir de l’exposé qui précède, l’estimation empirique se concentre sur les hypothèses ci-
après :
Des institutions budgétaires de plus haut niveau devraient aller de pair avec une plus
forte probabilité d’atteindre la «résilience». Nous utilisons ici l’indice de qualité des
institutions budgétaires de Gollwitzer (2011), qui tient compte du fait qu’un État ait
Un plus large espace budgétaire devrait présenter une corrélation avec la résilience.
Nous nous appuyons ici sur le solde budgétaire global (hors subventions)7 ainsi que
sur les statistiques de l’aide au développement et de la dette publique, toujours en
pourcentage du PIB, pour représenter le concept d’espace budgétaire. Nous procédons
également à une décomposition du solde global en recettes fiscales, exprimées soit en
pourcentage du PIB, soit en part des recettes totales (hors subventions), ainsi que des
dépenses courantes et des dépenses financées par des sources intérieurs, tant en
pourcentage du PIB que des recettes totales. Nous nous attendons à ce qu’une
diminution du déficit et de la dette publique et une augmentation de la capacité de
génération de recettes fiscales aillent de pair avec une plus forte probabilité de devenir
résilient. À partir des réflexions qui précèdent sur les moyens de l’État (chapitre 2),
nous nous attendons également à ce qu’une augmentation des investissements
financés par des sources intérieurs présente une relation linéaire ave une plus forte
résilience, l’État étant alors plus à même d’allouer des moyens budgétaires et de
concrétiser ses propres projets d’investissement. Même si, a priori, les dépenses
courantes sont susceptibles de contribuer à la résilience (par exemple, si elles sont bien
employées, en accroissant le capital humain ou en améliorant la santé et d’éducation),
elles peuvent aussi avoir l’effet inverse, en particulier si elles servent à financer des
services publics inefficients ou à évincer l’investissement public.
Nous intégrons une variable censée rendre compte de l’existence d’un programme
d’ajustement structurel à moyen terme avec le soutien d’un prêt du FMI, afin de rendre
compte de la mise en œuvre des mesures visant à assurer la stabilité
macroéconomique et à réaliser les réformes structurelles.
La composition des dépenses et des recettes fiscales devrait également jouer un rôle. La
part des impôts indirects dans les recettes totales devrait croître parallèlement à la
résilience, l’inverse étant vrai en cas de poids supérieur de la fiscalité directe. Du côté
des dépenses, une augmentation du budget des prestations sociales et de la santé,
mesurée par habitant ou en pourcentage des dépenses totales, est censée s’associer à
une plus forte probabilité d’atteindre la résilience.
7
Notre variable est un indicateur égal à 1 si le déficit budgétaire dépasse la valeur médiane de l’échantillon.
L’estimation s’appuie également sur d’autres facteurs liés à la fragilité, tels que :
la croissance du PIB réel par habitant, qui reflète la performance économique (toutes
choses égales par ailleurs, les pays à forte croissance étant plus susceptibles de
devenir résilients);
la flexibilité des taux de change. Cet indicateur rend compte d’une autre dimension
de l’espace budgétaire qui peut être associée à la résilience, comme le constate FMI
(2011a);
les termes de l’échange : ils constituent des déterminants exogènes importants pour
la situation d’un pays et les études font état de leur corrélation positive avec des
performances favorables à la croissance dans les pays se remettant de conflits (David,
Rodriquez Bastos et Mills 2011). Comme précédemment, nous recherchons les
interactions entre les termes de l’échange et les pays riches en ressources naturelles
les contraintes sur le pouvoir exécutif correspondent au pouvoir dont disposent les
autres instances dirigeantes, et la population au sens large, pour limiter la marge de
manœuvre discrétionnaire (et donc le risque d’abus) du pouvoir exécutif en matière
de gestion économique et de ressources publiques (base de données POLITY). Une
augmentation des contraintes sur l’exécutif devrait être synonyme de probabilités de
résilience accrues;
METHODOLOGIE ET RESULTATS
Compte tenu des interconnexions étroites entre tous les facteurs de fragilité et de la
difficulté d’établir des relations de cause à effet, la stratégie empirique s’appuie sur un
modèle probabiliste qui identifie les facteurs associés aux probabilités d’atteindre la
résilience, sans formuler de jugement quant à l’orientation de la causalité. Afin de tester par
ailleurs la fiabilité des résultats, le modèle est également appliqué à l’ensemble de
l’échantillon des pays d’Afrique subsaharienne à l’aide d’une MMG qui recourt à des
instruments économétriques, dans une tentative de correction de l’endogénéité.
Modèle logit
L’échantillon de 26 pays décrit au chapitre 3 est étudié sur la base d’un modèle probabiliste
(de régression logistique ou «logit») à effets aléatoires9 afin d’identifier les facteurs les plus
marqués et leur contribution marginale à la probabilité qu’un pays devienne «résilient». La
résilience est représentée par un indicateur variable dans le temps auquel est attachée une
valeur de 1 si la note ÉPIN est supérieure à 3,2 et que le pays ne connaît aucun conflit
significatif10; dans le cas contraire, cette variable sera égale à zéro. La synthèse des
8
L’impact des termes de l’échange est susceptible d’être plus marqué dans les pays riches en ressources
naturelles en raison (1) de leur degré d’ouverture plus important, (2) d’une moindre diversification de leurs
exportations et (3) de leur plus grande vulnérabilité aux chocs, à moins qu’ils n’aient épargné la rente tirée de
leurs richesses naturelles.
9
Nous utilisons un modèle xtlogit à effets aléatoires, de préférence aux effets fixes, pour éviter d’abandonner les
pays restés fragiles durant toute la période étudiée.
10
Un conflit est jugé «majeur» s’il À causé plus de 1 000 décès. Étant donné que cette estimation s’appuie sur les
données annuelles, le critère employé ici est légèrement différent de celui du chapitre 3, qui s’appuyait sur l’EPIN
moyenne sur trois ans.
Les résultats de notre estimation par le modèle logit sont présentés intégralement dans les
tableaux 4.1 et 4.2 : le premier présente les coefficients issus de la régression logistique, avec
des valeurs représentant les institutions budgétaires et l’espace budgétaire comme variables
indépendantes, et le second se concentre sur le lien entre résilience et composition des
recettes fiscales et des dépenses11.
Les variables de contrôle employées dans notre spécification de référence (tableau 4.1,
colonne 1) présentent généralement le signe attendu, même si toutes ne sont pas
significatives. Citons parmi les variables présentant un lien marqué et linéaire avec la
résilience la résilience retardée (qui dénote la persistance) et les termes de l’échange.
L’interaction des termes de l’échange et de la variable muette pour les pays riches en
ressources naturelles est négative et significative, ce qui laisse supposer que l’effet positif
d’un choc des termes de l’échange sur la résilience serait beaucoup moins marqué pour les
pays riches en ressources naturelles. L’investissement privé, les contraintes sur le pouvoir
exécutif et la flexibilité des taux de change présentent un rapport linéaire et significatif avec
la résilience pour certaines spécifications.
Les variables étudiées sont étroitement associées à la résilience. En particulier, les variables
représentant la qualité des institutions budgétaires sont toutes positivement associées à la
probabilité d’atteindre la résilience, alors que les interactions avec la variable de richesse en
ressources naturelles est négative et significative (tableau 4.1, colonnes 4 à 6). On peut en
déduire que des institutions budgétaires de bonne qualité et un gouvernement disposant de
moyens suffisants sont positivement associés à la résilience, mais que cet impact est moins
marqués dans les pays riches en ressources naturelles.
En ce qui concerne les indicateurs de l’espace budgétaire, mesurés en pourcentage du PIB, tous
les coefficients ont le signe attendu. D’importants déficits budgétaires sont négativement
associés à l’attente de la résilience (tableau 4.1, colonne 2); les recettes fiscales présentent un
lien fort et linéaire avec la probabilité de devenir résilient, contrairement aux dépenses
courantes exprimées en pourcentage du PIB (tableau 4.1, colonnes 7 et 8). Ce dernier constat
11
L’allégement de la dette, accordé dans la majeure partie des cas entre 2005 et 2010, À permis d’accroître
l’espace budgétaire. Cette variable présentait toutefois une forte corrélation avec les autres variables relatives à
l’espace budgétaire dans les régressions.
Afin d’en savoir encore davantage sur les moteurs possibles du lien entre indicateurs de
l’espace budgétaire et résilience, nous avons également présenté les résultats des
régressions logistiques estimant l’impact de la composition des dépenses publiques et des
recettes fiscales (tableau 4.2), d’où il ressort avant tout que des recettes fiscales plus élevées
et des dépenses militaires moins importantes présentent un lien positif fort avec la
probabilité d’atteindre la résilience et cela soit que ces variables soient mesurées en
pourcentage du PIB par habitant soit qu’elles soient mesurées en pourcentage du total des
recettes ou des dépenses (tableau 4.2, colonnes 1 à 5). Le résultat relatif aux dépenses
militaires semble encore plus marqué dans les pays riches en ressources naturelles (tableau
4.2, colonne 3), contrairement aux conclusions de l’étude de Singh, Bodea et Higashijima
(2014), pour laquelle ces dépenses pouvaient contribuer à la stabilité de ce groupe de pays.
Les dépenses de santé et d’éducation présentent un rapport linéaire avec la résilience. Bien
que, de manière générale, les dépenses courantes (hors paiement d’intérêts) exprimées en
pourcentage des dépenses totales soient associées à une plus forte probabilité de résilience,
cette relation s’explique principalement par l’impact positif des dépenses dans le domaine
social, car les dépenses courantes consacrées au domaine militaire présentent un rapport
négatif très net avec l’atteinte de la résilience, y compris dans les pays riches en ressources
naturelles.
Du côté des recettes, les recettes fiscales exprimées en pourcentage des recettes totales sont
associées positivement à la résilience, même si les pays riches en ressources naturelles
affichent un moindre effort fiscal. La régression s’appuie sur trois grands types de recettes
fiscales (tableau 4.2, colonne 6). Les résultats montrent que toutes les catégories de
prélèvements fiscaux favorisent la résilience, mais que seuls les impôts sur le revenu, sur les
12
L’efficacité de ces impôts peut être rattachée à une taxation réussie des rentes dans les secteurs
monopolistiques tels que les télécommunications ou la banque. Il existe également une possibilité de causalité
inverse, les pays résilients étant susceptibles de disposer d’une administration fiscale plus performante et d’une
croissance plus soutenue, ce qui leur permet de tirer davantage de revenus des impôts. Comme le montre le
graphique 4.3, les faits stylisés coïncident avec une augmentation des recettes tirées de la fiscalité indirecte dans
les pays résilients.
VARIABLES 1 2 3 4 5 6
(Recettes fiscales/PIB) 0.510*** 0.137
(0.193) (0.225)
(Recettes fiscales/PIB)* RR -0.477** -0.354
(0.207) (0.293)
Dép. éducation par habitant 0.011
(0.014)
Dép. éducation par habitant* RR -0.003
(0.025)
Dép. santé totales par hab. (tx de change moy.)1 0.039
(0.095)
Dép. santé totales par hab. (tx de change moy.)*RR1 0.038
(0.094)
Dép. militaires par habitant -0.397**
(0.162)
Dép. militaires par habitant* RR 0.098
(0.202)
(Recettes fiscales/revenu national) 0.016 0.066 0.071*
(0.032) (0.049) (0.037)
(Dép. militaires/dépenses totales) -0.171*
(0.093)
(Recettes fiscales/revenu national)* RR 0.019 -0.035 -0.024
(0.038) (0.053) (0.034)
(Dép. militaires/dépenses totales)* RR -0.635**
(0.276)
(Aide au développement/PIB)
1
(Dép. d'éducation/dépenses totales) -0.081
(0.127)
(Dép. d'éducation/dépenses totales)* RR 0.150
(0.222)
(Dép. santé totales /dép. totales)1 0.031
(0.084)
(Dép. santé totales /dép. totales* RR)1 -0.005
(0.091)
(Inv. fin. int./dépenses totales) 0.014 -0.036
(0.066) (0.079)
2
(Dép. courantes/dép. totales) -0.138** -0.196**
(0.070) (0.078)
(Taxes biens et serv./revenu national) 0.048
(0.063)
(Impôts bénéfices/revenu national) 0.331***
(0.119)
(Taxes commerce int./revenu national) 0.030
(0.058)
(Taxes biens et serv./revenu national)* RR 0.037
(0.085)
(Impôts bénéfices/revenu national)* RR -0.305**
(0.126)
(Taxes commerce int./revenu national)* RR 0.024
(0.099)
Constante 1.531** 1.453** 0.952 1.596* 1.478* 1.863***
(0.733) (0.725) (0.897) (0.901) (0.836) (0.692)
Source : calculs des services du FMI. La variable dépendante est un indicateur de la résilience, approchée au moyen d'un indicateur variable dans le temps égal à 1
en présence d'une note ÉPIN supérieure à 3,2 et en l'absence de conflit majeur, et d'une valeur de zéro sinon. On parle de conflit majeur si ce dernier
s'accompagne de plus de 1 000 morts. Erreur type indiquée entre parenthèses. (***) dénote la signification statistique à 1 %, (**) à 5 % et (*) à 10 %.
Les variables de contrôle (non représentées) comprennent : la résilience (retardée), la croissance du PIB réel
par habitant, l'inflation, les termes de l'échange, les termes de l'échange pour les pays riches en ressources
1
Données de l'Organisation mondiale de la santé.
2
Dépenses courantes retraitées des paiements d'intérêts.
Pour permettre d’interpréter plus aisément ces conclusions, le graphique 4.5 présente la
probabilité de résilience prévisible évaluée pour différentes valeurs (moyenne, un et deux
écarts type), à partir des coefficients estimés pour les variables budgétaires qui se sont
avérées significatives dans la régression logistique, les autres variables étant maintenues
Une augmentation d’un écart type de la qualité des institutions budgétaires, de la qualité de
la réglementation ou de l’efficacité du gouvernement va de pair avec un gain d’environ
30 points de pourcentage de la probabilité d’atteindre la résilience. Une augmentation d’un
écart type du ratio impôts/PIB ou de la part des recettes fiscales (en particulier sur les
bénéfices) dans le revenu total s’accompagne d’une probabilité de résilience en hausse de
quelque 20 % à 95 %. Dans le même temps, une augmentation d’un écart type des dépenses
courantes en pourcentage des dépenses totales abaisserait la probabilité de résilience de
20 % à moins de 5 %, tandis qu’une augmentation d’un écart type des dépenses militaires
ferait chuter cette même probabilité de respectivement 20 ou 10 points de pourcentage,
selon que l’on part de la mesure exprimée par habitant ou en pourcentage des dépenses
totales (graphique 4.5).
Sources : FMI, bases de données des Perspectives économiques mondiales et du Département Afrique; base de données ICRG;
Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.
Pour l’essentiel, les variables de contrôle sont similaires à celles du modèle logit de la section
précédente, à quelques exceptions près. Afin d’éviter d’abandonner trop de degrés de
liberté, nous n’avons pas inclus de variables temporelles muettes, préférant recourir aux
catégories de régimes de taux de change et à la croissance du PIB réel par habitant des pays
de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) comme
variables de contrôle des effets temporels fixes16. Dans toutes les spécifications, le nombre
de variables instrumentales est (légèrement) inférieur au nombre de pays. Les tests AR(2) de
Sargan et de Hansen de sur-identification des restrictions ne montrent aucun résultat
significatif, ce qui confirme que les instruments employés sont appropriés.
Les estimations employées pour le système de calcul en deux étapes de l’estimateur des
moments généralisés avec une correction des erreurs types de Windmeijer figurent à
l’annexe 4.1, tableau A4.3. L’effet des variables de contrôle dans le modèle MMG est similaire
aux résultats du modèle logit. Les notes ÉPIN affichent une forte persistance; la croissance
du PIB réel par habitant, les contraintes sur l’exécutif, les termes de l’échange et le PIB réel
par habitant des pays de l’OCDE ont un impact positif sur les notes ÉPIN dans la plupart des
spécifications. Ce dernier point est important et laisse à penser que la prospérité dans les
pays développés pourrait contribuer à l’atteinte de la résilience par les États fragiles.
13
On peut interpréter les écarts orthogonaux comme le résultat de la combinaison des premières différences
(après élimination des effets fixes) et d’une transformation générale par les moindres carrés qui s’occupe de la
corrélation sérielle induite par la différenciation. Comme certaines valeurs étaient manquantes dans nos données,
le fait de recourir aux écarts orthogonaux plutôt qu’aux différences a contribué à maximiser la taille de
l’échantillon (Roodman 2006).
14 Accroître le nombre de pays était important afin de remplir les conditions requises pour le système de calcul de
l’estimateur des moments généralisés, qui exige que le nombre de pays ou de groupes soit supérieur au nombre de
périodes. Comme l’échantillon couvre 24 années, 26 pays n’auraient pas été suffisants en termes de degrés de
liberté.
15Du fait du biais haussier et baissier d’une régression groupée par la méthode des moindres carrés ordinaires et
des variables muettes des moindres carrés avec le modèle à effets fixes, le coefficient de la variable dépendante
retardée estimé par un système de calcul de l’estimateur des moments généralisés devrait se trouver entre les
deux (Roodman 2006), comme tel est le cas dans notre échantillon.
16
Les régimes de change sont répartis entre 1) les régimes à taux de change fixe, 2) les régimes dirigés et 3) les
régimes de changes flottants. La croissance réelle du PIB des pays de l’OCDE vise à rendre compte des effets fixes
communs, du fait du faible degré d’intégration intrarégionale en Afrique sub-saharienne. Les régimes de taux de
change visent à rendre compte des effets fixes communs issus du mécanisme d’ajustement aux conditions
exogènes.
Graphique 4.6. Contribution des variables budgétaires à la variation des notes issues de
l’évaluation de la politique et des institutions nationales (à partir des résultats d’une
estimation effectuée selon la méthode des moments généralisés)
Contributions positives à la note ÉPIN
Moyenne Moyenne + 1 écart-type Moyenne + 2 écarts-types Contributions négatives à la note ÉPIN
1.2 0,0
1.0 -0,1
-0,2
0.8
-0,3
0.6
-0,4
0.4 -0,5
0.2 -0,6
-0,7
0.0
Recettes Dép. santé totales par Dép. éducation par Impôt sur les Taxe Régime de taux de Recettes Dép. Dép. militaires/dép. Mortalité infantile
fiscales/revenu total habitant habitant bénéfices/revenu total commerciale/revenu change fiscales/revenu courantes/dép. totales
total total_RR totales
Sources : FMI, bases de données des Perspectives économiques mondiales et du Département Afrique; Banque mondiale, base de données des
Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.
Note : Les barres représentent la contribution marginale de chaque variable (évaluée à sa valeur moyenne) à la probabilité d’atteindre la résilience, à partir
des coefficients représentés à l’annexe 4.1, tableau A4.3.
Conclusions
Les résultats empiriques se maintiennent pour toutes les méthodes d’estimation et pour tous
les échantillons. De manière générale, les résultats de la MMG rejoignent ceux du modèle
logit, ce qui laisse supposer que des politiques budgétaires et des institutions solides
contribuent à la résilience. Des institutions budgétaires de meilleure qualité, des recettes
fiscales plus importantes, une hausse des dépenses d’éducation et une diminution des
dépenses courantes (surtout militaires) sont associées à une nette progression de la note
ÉPIN et à la probabilité d’atteindre le seuil de la «résilience».
L’analyse fait également ressortir le rôle de la composition des recettes fiscales et des
dépenses publiques. Les impôts sur le revenu et sur les bénéfices ont apparemment un effet
positif sur la résilience. Du côté des dépenses, celles consacrées à l’éducation et à la défense
L’importance des mesures et des réalisations politiques pour l’atteinte de la résilience par les
États fragiles représente une bonne nouvelle : en effet, alors que les institutions inclusives,
telles que définies par Acemoglu, Johnson et Diamond (2004), sont profondément ancrées
dans l’histoire et fortement persistantes, les institutions budgétaires peuvent être améliorées
et des politiques peuvent être appliquées dans des délais relativement courts. La mise en
œuvre de réformes visant à aménager un espace budgétaire permettant d’apporter aux
populations les biens et services de base tout en favorisant l’investissement privé peut
contribuer à atteindre la résilience.
Aide au dév eloppement (+) Aide officielle au dév eloppement totale, nette, en % du PIB Conférence des Nations Unies sur le commerce et le dév eloppement
Dette ex térieure (-) Dette ex térieure, en % du PIB FMI, base de données du Département Afrique
Recettes fiscales (+) Recettes fiscales, en % du PIB ou du rev enu national FMI, base de données du Département Afrique
Dépenses courantes hors paiement d'intérêts, en % du PIB ou
Dépenses courantes (-) FMI, base de données du Département Afrique
des dépenses totales
Inv estissements financés par des sources intérieures, en % du
Inv estissements financés par des sources intérieures (+) FMI, base de données du Département Afrique
PIB ou des dépenses totales
Programme d'ajustement structurel (+) Programme d'ajustement structurel du FMI FMI, Département de la stratégie, des politiques et de l'év aluation
Dépenses militaires, par habitant, en % du PIB ou des dépenses
Dépenses militaires (-) Banque mondiale, Indicateurs du dév eloppement dans le monde
totales
Dépenses sociales (+) Dépenses sociales, par habitant ou en % des dépenses totales FMI, Département des affaires budgétaires
Dépenses d'éducation, par habitant, en % du PIB ou des
Dépenses d'éducation (+) FMI, Département des affaires budgétaires
dépenses totales
Dépenses de santé, par habitant, en % du PIB ou des dépenses
Dépenses de santé (+) FMI, Département des affaires budgétaires
totales
Dépenses de santé totales en % du PIB ou des dépenses
Dépenses de santé (OMS) (+) Organisation mondiale de la santé
totales, ou par habitant, au taux de change moy en
Dépenses publiques de santé en % du PIB ou des dépenses
Dépenses publiques de santé (OMS) (+) Organisation mondiale de la santé
totales, ou par habitant, au taux de change moy en
Tax es sur les biens et serv ices, en % du PIB ou du rev enu
Tax es sur les biens et serv ices (+) FMI, base de données du Département Afrique
national
Impôts sur les bénéfices, sur les rev enus et sur les plus-v alues,
Impôts sur les bénéfices, sur les rev enus et sur les plus-v alues (+) FMI, base de données du Département Afrique
en % du PIB ou du rev enu national
Tax es sur le commerce international, en % du PIB ou du rev enu
Tax es sur le commerce international (+) FMI, base de données du Département Afrique
national
Dépenses consacrées aux biens et serv ices, en % du PIB ou
Dépenses de biens et serv ices (-) FMI, base de données du Département Afrique
des dépenses totales
Charges de traitements et de salaires, en % du PIB ou des
Traitements et salaires (-) FMI, base de données du Département Afrique
dépenses totales
Dépenses de santé totales, en % du PIB ou des dépenses
Dépenses de santé totales (+) Organisation mondiale de la santé
totales, ou par habitant, au taux de change moy en
Financements ex térieurs de la santé, en % du PIB ou par
Financements de santé ex térieurs (+) Organisation mondiale de la santé
habitant, au taux de change moy en
Dépenses publiques générales de santé, en % du PIB ou des
Dépenses publiques de santé (+) Organisation mondiale de la santé
dépenses totales
Dépenses de santé intérieures, par habitant, au taux de change
Dépenses de santé intérieures (+) Organisation mondiale de la santé
moy en
Afrique sub-saharienne États fragiles États fragiles riches en r.n. Etafs fragiles pauvres en r.n. États résilients
Variables
1990-2000 2001-13 1990-2000 2001-13 1990-2000 2001-13 1990-2000 2001-13 1990-2000 2001-13
ÉPIN 3.281 3.182 3.074 2.836 2.785 2.875 3.291 2.808 3.197 3.438
Conflits 0.228 0.173 0.268 0.212 0.434 0.267 0.132 0.168 0.506 0.429
Qualité de la réglementation -0.638 -0.664 -0.994 -1.061 -1.162 -1.045 -0.857 -1.074 -0.718 -0.623
PIB réel par habitant 0.383 2.698 -1.4 1.734 -2.371 2.737 -0.623 0.931 0.781 4.125
Inflation élevée 0.266 0.066 0.362 0.108 0.436 0.142 0.308 0.084 0.286 0.033
Termes de l'échange 104.155 111.522 103.916 106.248 88.571 129.438 112.685 89.383 108.732 127.349
Mortalité infantile 90.113 72.007 103.655 85.311 117.684 95.851 92.178 76.688 111.747 77.901
(Aide au développement/PIB) 13.165 11.448 15.313 15.845 12.661 16.48 17.274 15.384 15.527 12.968
Prog. d'ajustement structurel 0.434 0.528 0.414 0.512 0.354 0.547 0.463 0.483 0.623 0.725
Contraintes sur l'exécutif 3.27 4.184 2.749 3.628 1.977 3.102 3.383 4.058 3.221 4.095
Régime de taux de change 2.35 2.383 2.293 2.313 2.409 2.424 2.205 2.238 2.558 2.481
Investissement privé 14.875 14.868 11.268 11.803 13.742 11.798 9.304 11.806 9.647 14.142
Institutions budgétaires 0.509 0.509 0.472 0.472 0.476 0.476 0.468 0.468 0.535 0.535
(Recettes fiscales/PIB) 14.508 16.231 12.018 13.518 13.807 14.81 11.1 12.522 9.306 12.829
(Dép. courantes/PIB) 1 14.281 15.633 15.337 15.355 10.868 14.607 18.829 15.924 10.676 11.523
(Dép. salariales/PIB) 6.358 6.629 6.081 5.916 6.38 5.543 5.781 6.314 3.817 5.231
(Recettes fiscales/rev. national) 62.946 66.833 61.886 62.055 63.654 66.102 60.837 58.918 54.031 60.666
(Impôts bénéf./rev. national) 16.82 23.967 16.87 22.865 18.407 29.493 15.958 17.869 12.733 20.673
(Taxes B/S/rev. national) 22.044 23.122 21.736 19.391 24.14 16.016 20.134 22.011 23.5 25.322
(Taxes comm. int./rev. national) 21.094 16.247 22.119 17.238 14.623 17.327 26.185 17.171 16.207 12.6
(Dép. courantes/dép. totales)1 55.474 60.641 56.552 61.589 55.828 62.968 57.153 60.431 52.769 57.721
(Inv. fin. int./PIB) 9.915 3.991 2.495 2.872 1.503 4.041 2.945 1.984 1.84 3.747
(Inv. fin. int. /dép. totales) 12.948 16.129 9.083 11.853 6.769 15.788 10.286 8.5 10.894 19.88
(Dép. éducation/dép. totales) 5.918 15.649 12.097 14.226 11.589 11.968 12.345 15.444 11.054 14.95
Dép. éducation par hab. 92.195 4.685 4.529 4.575 4.556 4.608 4.517 4.559 4.247 4.801
Efficacité du gouvernement -0.779 -0.823 -0.962 -1.063 -0.986 -1.006 -0.941 -1.109 -0.873 -0.668
(Dép. militaires/PIB) 2.891 1.958 4.499 2.684 4.047 2.27 4.808 3.146 2.391 1.601
Dép. militaires par hab. 2.364 2.513 1.918 2.403 1.926 2.876 1.913 1.851 2.392 0.898
(Dép. militaires/dép. totales) 13.229 7.997 14.99 10.71 16.23 10.082 14.292 11.428 10.542 8.235
(Solde budgétaire/PIB) -13.055 -5.791 -9.632 -7.593 -4.777 -2.37 -11.756 -11.642 -7.897 -6.35
(Dette ext./PIB) 87.936 55.28 111.971 75.689 117.805 69.067 107.85 79.903 93.542 43.849
(Dép. de santé totales par hab.) 2 5.32 6.022 5.813 6.38 6.453 6.865 5.334 5.991 5.004 6.532
(Dép. de santé totales/dép. totales) 2 30.7 27.2 38.3 31.1 56.4 37.8 24.2 25.1 30.2 35.0
Nombre de pays dans chaque groupe : Afrique subsaharienne (44), États fragiles (26), États fragiles riches en ressources naturelles (8), États fragiles pauvres en ressources naturelles (11),
États résilients (7)
1
Dépenses courantes hors paiement d'intérêts.
2
Données de l'Organisation mondiale de la santé.
Sources : cf. tableau 1.
VARIABLES 1 2 3 4 5 6 8 7 8 9
ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN ÉPIN
ÉPIN 0.741*** 0.753*** 0.828*** 0.679*** 0.750*** 0.780*** 0.479*** 0.550*** 0.764*** 0.718***
(0.058) (0.070) (0.076) (0.071) (0.058) (0.054) (0.131) (0.109) (0.109) (0.105)
Inflation élevée -0.018 0.011 -0.138** -0.043 -0.069 0.153* -0.042 -0.090 0.033 0.022
(0.066) (0.084) (0.057) (0.090) (0.085) (0.086) (0.144) (0.127) (0.100) (0.093)
Croissance réelle du PIB par hab. 0.008 0.012** 0.003 -0.009 -0.011 0.003 -0.042*** -0.037*** -0.036*** 0.026*
(0.008) (0.005) (0.005) (0.013) (0.021) (0.016) (0.011) (0.011) (0.009) (0.014)
Termes de l'échange 0.001*** 0.001* -0.000 0.001 0.000 0.001** 0.004*** 0.002* 0.001* -0.000
(0.000) (0.000) (0.000) (0.001) (0.000) (0.000) (0.001) (0.001) (0.001) (0.001)
Contraintes sur l'exécutif 0.027 0.026* 0.023* -0.005 0.023 0.016 0.041** 0.024 0.028 0.030*
(0.020) (0.013) (0.013) (0.013) (0.020) (0.022) (0.018) (0.021) (0.019) (0.015)
Régime de taux de change 0.042 -0.008 0.046 0.111 0.070 0.219** -0.119 -0.265** -0.003 -0.042
(0.085) (0.088) (0.074) (0.079) (0.087) (0.101) (0.159) (0.119) (0.137) (0.084)
Croissance réelle du PIB par hab., OCDE 0.004 -0.000 -0.002 0.011** 0.012** 0.006 0.022** 0.006 0.016** 0.002
(0.003) (0.003) (0.003) (0.005) (0.006) (0.004) (0.010) (0.006) (0.007) (0.004)
(Aide au développement/PIB) 0.003 0.004** 0.003
(0.003) (0.002) (0.002)
(Recettes fiscales/PIB) 0.016
(0.017)
1
(Dépenses courantes/PIB) -0.011
(0.011)
(Recettes fiscales/PIB)*RR -0.024*
(0.013)
Qualité de la réglementation
Efficacité du gouvernement
Observations 519 452 461 449 507 635 367 342 397 412
Nombre de pays_code 40 35 35 34 39 41 31 31 36 33
Test AB d'AR(2) 0.394 0.621 0.818 0.230 0.149 0.132 0.632 0.953 0.829 0.339
Nombre de VI 22 22 21 16 16 16 18 18 18 22
Test de Sargan 0.476 0.244 0.235 0.211 0.00611 0.0940 0.465 0.162 0.0925 0.634
Test de Hansen 0.452 0.451 0.186 0.257 0.167 0.279 0.372 0.619 0.0679 0.856
(***) dénote le seuil de signification à 1 % , (**) à 5 % et (*) à 10 % .
1
Dépenses courantes hors paiement d'intérêts.
2
Données de l'Organisation mondiale de la santé
Sources : cf. tableau 1.
Au cours des 20 dernières années, les pays d’Afrique subsaharienne qui ont réussi à
atteindre la résilience ont connu non seulement des périodes d’accélération de leur
croissance plus fréquentes et plus longues, mais ont pu en outre éviter de subir des phases
de ralentissement brutal de l’activité sur de longues périodes. En revanche, les pays restés
fragiles, ou qui ont régressé jusqu’à l’état de fragilité, n’ont pas réussi à enregistrer une
croissance durable et, bien souvent, ont connu des épisodes de contraction de l’activité. Le
présent chapitre se penche sur les facteurs économiques et institutionnels susceptibles
d’expliquer cette différence.
Les pays d’Afrique subsaharienne ont vu leur revenu par habitant se redresser de manière
spectaculaire depuis le milieu des années 1990, ce qui contraste nettement avec les replis
enregistrés dans les années 1980 et au début des années 19901. Depuis 1995, le rythme de la
croissance globale du PIB (4,7 % par an) dépasse la moyenne des pays en développement non
africains et s’avère comparable à celui des pays d’Asie de l’Est et du Pacifique. La croissance du
PIB réel par habitant s’est également envolée, à 2 % par an en moyenne sur la même période.
Les pays apparemment sortis de l’état de fragilité ont enregistré une croissance d’environ
4 % par an et par habitant dans les années 2000, contre moins de 1 % dans les années 1990
(graphiques 5.1 et 5.2)2. Comme signalé au chapitre 3, une meilleure stabilité politique et
économique, ainsi que les progrès des politiques et des réformes, ont engendré un cercle
vertueux toujours actif à ce jour3. Les pays fragiles riches en ressources naturelles ont eux
aussi connu une percée de la croissance de leur PIB réel par habitant.
1
Plusieurs études sont consacrées à ce décollage de la croissance (FMI 2008, chapitre II) ainsi qu’aux facteurs qui
l’ont favorisé (Hostland et Giugale 2013).
2
Comme on l’a vu au chapitre 3, il s’agit des pays ayant toujours enregistré une note EPIN supérieure à 3,2 et
n’ayant connu aucun conflit majeur ni aucune opération de maintien de la paix des Nations Unies ou d’une
organisation régionale au cours des trois années précédentes.
3
Ce décollage de la croissance ne procède pas nécessairement de l’envolée des marchés de matières premières,
puisque la plus part des pays devenus résilients ne sont pas particulièrement bien dotés en ressources naturelles.
Graphique 5.1. Croissance du PIB réel dans les pays d’Afrique subsaharienne, 1991–2013
Source : calculs des services du FMI, à partir des statistiques du PIB réel de PWT 8.0 (Feenstra, Inklaar et Timmer, à paraître)
et de la base de données des Perspectives économiques mondiales.
Graphique 5.2. Valeur et volatilité de la croissance du PIB réel par habitant des pays d’Afrique
subsaharienne
Croissance du PIB réel par habitant : décennies 1990/2000 Nombre d'années de contraction de l'activité de 5 % ou plus (par pays)
(en %, moyenne annuelle)
5 4.0
4
3 3.0
2
1 2.0
0
-1 1.0
Croissance moyenne 1990-2000
-2 Croissance moyenne 2001-12 0.0
-3
États fragiles (autre) États fragiles États résilients États stables
États fragiles États fragiles États résilients États stables
(riches en resources
(autre) (riches en naturelles)
resources
naturelles)
Source : calculs des services du FMI, à partir des statistiques du PIB réel de PWT 8.0 (Feenstra, Inklaar et Timmer, à paraître).
Nombre moyen d'années de ralentissement de la croissance (par pays) Nombre moyen d'années d'accélération de la croissance (par pays)
3.0 7
2.5 6
2.0 5
4
1.5
3
1.0
2
0.5
1
0.0 0
États fragiles (autre) États fragiles (riches en États résilients États stables États fragiles (autre) États fragiles (riches en États résilients États stables
resources naturelles) resources naturelles)
Source : calculs des services du FMI, à partir des statistiques du PIB réel de PWT 8.0.
4
À partir de la méthode d’Arbache et Page (2007), nous désignons les périodes de forte croissance durable comme des
«phases d’accélération» et celles de baisse durable de la croissance comme des «phases de ralentissement». Une phase
d’accélération (de ralentissement) survient au cours d’une année donnée lorsque (1) le taux de croissance avancé du PIB réel
par habitant sur trois ans est supérieur (inférieur) au taux de croissance rétrospectif moyen sur trois ans; (2) le taux de
croissance avancé du PIB réel par habitant sur trois ans est supérieur (inférieur) au taux de croissance moyen global du pays
concerné et (3) le niveau avancé du PIB réel par habitant sur trois ans est supérieur (inférieur) au niveau rétrospectif moyen du
PIB par habitant sur trois ans. On ne parle de phase d’accélération (ralentissement) de la croissance que lorsque ce phénomène
dure au moins trois années consécutives. Le PIB réel par habitant est mesuré en parité des pouvoirs d’achat en dollars constants
(PWT 8.0). Citons parmi les autres études consacrées à la propension des pays à connaître des phases d’accélération durable de
leur croissance et à faire face aux récessions de plus courte durée Abiad et al. (2012) et Berg, Ostry et Zettelmeyer (2012).
La présente section s’appuie sur les réflexions des chapitres précédents pour étudier les
principaux facteurs associés aux accélérations et au ralentissement de la croissance, en
s’intéressant en particulier aux éléments suivants :
D’autres facteurs propices à la croissance, tels que la qualité des institutions, le climat
des affaires, et l’endiguement de la corruption (Hausmann, Pritchett et Rodrick 2005).
Les facteurs externes. Ils sont ici au nombre de deux : variation des termes de
l’échange et aide au développement.
Les facteurs ci-dessus sont intercorrélés et devraient constituer les bases de la croissance,
encourager l’accélération de celle-ci et, dans certains cas, atténuer les phases de
ralentissement. Par exemple, l’investissement privé ou public est généralement découragé
dans les situations d’instabilité macroéconomique ou dans un environnement excessivement
entravé par la réglementation.
Phases de croissance et de ralentissement : régressions logistiques
En nous appuyant sur les statistiques annuelles de la période 1989–2013, nous avons utilisé
une régression logistique (modèle logit) pour évaluer la probabilité d’une accélération de
la croissance en fonction des facteurs énumérés ci-dessus. La variable dépendante en
l’occurrence est l’indicateur binaire gi,t , égal à 1 si un pays i connaît une accélération (ou un
ralentissement) de sa croissance l’année t, et à zéro sinon. Du fait des difficultés à établir
l’orientation du lien de causalité entre la croissance et un certain nombre de variables
explicatives, les relations estimées devraient être interprétées plutôt sur le plan des
associations que du rapport de cause à effet.
Après vérification des conditions structurelles et macroéconomiques, les variables liées à une
politique d’inclusion et aux institutions s’avèrent étroitement liées aux probabilités
d’accélération de la croissance (tableau 5.1, colonnes 3 et 4). En outre, l’envolée de
l’investissement direct étranger induit par une hausse de la demande de matières premières,
abondantes dans la région (dans de nombreux pays, l’investissement direct étranger a plus
que doublé entre les années 1990 et la fin des années 2000) a exercé un effet positif sur les
probabilités d’accélération de la croissance (tableau 5.1, colonnes 5 et 6).
Tableau 5.1. Expliquer les accélérations de la croissance des pays d’Afrique subsaharienne,
1989–2013
VARIABLES (1) (2) (3) (4) (5) (6)
Variable muette des conflits -0.523** -0.505** -0.432* -0.403* -0.462* -0.452*
(0.223) (0.228) (0.238) (0.241) (0.243) (0.241)
Variable muette de la richesse en ressources naturelles 0.112 0.152 0.316 0.315 0.137 0.066
(0.196) (0.205) (0.226) (0.230) (0.240) (0.237)
Variation des termes de l'échange, en % 0.015*** 0.015*** 0.016*** 0.016*** 0.016*** 0.015***
(0.005) (0.005) (0.005) (0.005) (0.005) (0.006)
5
La conclusion selon laquelle l’aide extérieure peut contribuer à l’accélération de la croissance rejoint les résultats
de Cerra, Panizza et Saxena (2013) sur les flux d’aide qui aident un pays à se remettre d’une récession.
Les résultats présentés dans les tableaux 5.3 et 5.4 ne dénotent pas une forte convergence
inconditionnelle : un niveau de PIB réel par habitant initial relativement bas ne va pas de pair
avec un taux de croissance plus élevé. On remarque toutefois une importante convergence
conditionnelle. Toutes choses égales par ailleurs, un niveau de revenu plus élevé au début de
chaque période de cinq ans est associé à un taux de croissance moins marqué lors des
périodes ultérieures, une fois pris en compte l’impact des autres déterminants majeurs de la
croissance (tableau 5.4).
Les résultats (tableau 5.3, colonnes 3 et 4) dénotent un lien fort entre l’investissement, public
et privé, et la croissance d’un pays6. Le coefficient négatif très sensible de l’indicateur de
l’investissement privé multiplié par la variable muette de la fragilité rejoint l’hypothèse selon
laquelle l’investissement privé serait moins efficient dans les États fragiles que dans les
autres pays. En ce qui concerne l’investissement public, on note une relation positive très
marquée dans le sous-échantillon des pays fragiles, conformément à l’hypothèse selon
laquelle les vastes besoins en infrastructures de ces pays engendrent de très hauts
rendements sur ce type d’investissement.
6
Afin de vérifier l’existence d’une causalité inverse, l’investissement privé à été retardé d’une période de cinq ans.
En revanche, l’investissement public est plutôt considéré comme une variable de politique économique, d’où le
recours dans ce cas aux valeurs contemporaines.
Conclusions
Les causes de fragilité étant liées non seulement aux conditions politiques et économiques
présentes, mais aussi à l’histoire des sociétés, il n’existe pas de feuille de route universelle
pour parvenir à la résilience. Ce chapitre examine l’expérience de plusieurs pays susceptible
d’apporter un éclairage complémentaire sur les facteurs de renforcement de la capacité de
résilience. La première partie compare quatre pays (Rwanda, Mozambique, République
démocratique du Congo [RDC] et République centrafricaine [RCA]), dont deux sont parvenus
à la résilience tandis que les deux autres ont peu progressé. L’étude de trois autres pays
(Éthiopie, Mali et Sierra Leone) présentée dans la deuxième partie apporte d’autres éléments
d’information sur les facteurs de résilience, les différentes approches des réformes et les
risques inhérents au processus de transition.
Cette partie compare les expériences respectives de quatre pays. Le Rwanda (un pays sans
littoral et pauvre en ressources naturelles) et le Mozambique (un pays côtier pauvre en
ressources) sont sortis d’un conflit dans la première moitié des années 90, ont reconstitué leurs
capacités et leurs institutions dans les dix ans qui ont suivi et sont parvenus à gagner en
résilience, comme en témoignent leurs notes à l’évaluation des politiques et institutions
nationales (ÉPIN), régulièrement supérieures à 3,2 depuis le milieu des années 2000
(graphique 6.1). Les deux autres pays, la
RDC et la RCA, ont eu en revanche bien Graphique 6.1. Évaluation globale des
plus de difficultés à gagner en résilience. politiques et institutions nationales
En RDC, un pays côtier riche en RCA RDC
ressources, le conflit s’est achevé par un Indice MOZ RWA
4,0
accord de paix en 2001 et des élections
générales en 2003. Bien que sa note 3,5
ÉPIN ait initialement enregistré des
progrès encourageants, ce pays n’est pas 3,0
parvenu à atteindre un niveau de non-
2,5
fragilité. La RCA, pays sans littoral et
riche en ressources, s’est enlisée dans 2,0
des crises politiques et civiles à répétition 2005 2007 2009 2011 2013
depuis son indépendance en 1960, avec Source : World DataBank, Banque mondiale.
une longue succession de coups d’État
et de guerres civiles. L’accord de paix de 2007 avait marqué le début d’une nouvelle ère de
Bien que ces quatre pays présentent des similitudes sur le plan des politiques et des
priorités, ils se différencient par plusieurs éléments; c’est ce que montre le graphique 6.2, qui
présente une évaluation subjective, mais révélatrice, des différents facteurs en jeu dans le
processus de transition (voir ci-dessous).
Stabilisation
Inclusion politique
Capacités et institutions (inst. budgétaires comprises)
Rétablissement de la macrostabilité et de la croissance
Services à la population
Création d'un espace politique
Mobilisation des recettes intérieures
Soutien des donateurs
Allègement de la dette
Dépenses
Dépenses prioritaires
Investissement public
Aide internationale
Poursuite des programmes du FMI
Coordination des donateurs
Secteur privé
Investissement intérieur privé
Investissement direct étranger
Résultats
Sécurité, stabilité politique, gouvernance
Croissance économique et stabilité
Progrès social
Évolution négative du facteur, pouvant avoir contribué à la fragilité
Évolution indécise du facteur et impact incertain, ou trop tôt pour tirer des conclusions
comme dans une démocratie Source : base de données des indicateurs de gouvernance
mondiaux, Banque mondiale.
opérationnelle. Au Rwanda et au
Mozambique, des gouvernements représentatifs ont défini très tôt leurs objectifs politiques,
économiques et sociaux, et ont adopté des
dispositions institutionnelles suffisantes Graphique 6.4. ÉPIN — Gestion et institutions
pour en assumer la responsabilité (l’Accord du secteur public
RCA RDC
général de paix de 1992 au Mozambique Rang centile
MOZ RWA
4,0
et, au Rwanda, la formation, en juillet 1994,
3,5
d’un gouvernement d’unité nationale 3,0
représentant cinq partis politiques et 2,5
incorporant les principales dispositions des 2,0
1,5
Accords d’Arusha de 1993). La stabilité
1,0
politique observée dans ces deux pays 0,5
depuis les années 90 montre que ces 0,0
efforts ont été fructueux jusqu’ici 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012
(graphique 6.3), bien que la transition Source : World DataBank, Banque mondiale.
politique ne soit pas encore achevée. En
RDC, le règlement politique (Acte final du Dialogue Inter-Congolais en 2003) semble tenir
bon, mais il devra résister à l’épreuve du temps. En RCA, la reprise du conflit en 2012/13
témoigne de la mise en œuvre insuffisante des accords de partage du pouvoir conclus en
2007/08 et en 2012.
Capacité et institutions. Bien qu’ils aient eu des résultats différents d’un pays à l’autre, les
efforts de reconstitution des capacités économiques et des institutions ont été partout axés
sur trois domaines : gestion des finances publiques, en particulier le processus budgétaire,
mobilisation des recettes et renforcement de la banque centrale et du secteur bancaire. Il
était important de reconstruire les systèmes de gestion des finances publiques, non
seulement pour la transparence, la responsabilité et l’inclusion, mais aussi pour l’inclusion
progressive de l’aide des donateurs dans les budgets nationaux. Aux côtés d’autres
Stabilité macroéconomique. La stabilité macroéconomique, perdue dans tous les pays lors
des conflits, a été rétablie dans les deux à quatre ans qui ont suivi le retour à la paix dans la
plupart des cas. Le Mozambique, le Rwanda et la RDC ont tous pris rapidement des mesures
pour libéraliser les prix et le régime des changes, contrôler la croissance de la masse
monétaire et supprimer d’autres contrôles de l’État sur l’économie et le secteur financier, ce
qui a facilité une consolidation rapide et l’adoption d’une économie de marché, tandis que
l’élaboration des politiques économiques et les capacités étaient progressivement
renforcées. Le Mozambique et le Rwanda ont ensuite amorcé un net rebond post-conflit
marqué par une accélération durable de la croissance, suivi d’une stabilisation quelques
années plus tard. En RDC, au contraire, l’érosion persistante de l’économie et de l’État ont
nui à sa capacité de rétablissement rapide. Malgré la stabilité macroéconomique retrouvée
et la reprise d’une croissance de 5 à 6 %, le pays n’a pas enregistré de rebond post-conflit
comparable à celui du Rwanda ou du Mozambique, et l’inflation est restée relativement forte
pendant plusieurs années. De même en RCA, en dépit d’une inflation faible et de la stabilité
des taux de change résultant de l’appartenance à la Communauté financière africaine (CFA),
Services publics
Espace budgétaire
Mobilisation des recettes. Les quatre pays étudiés se sont tous efforcés de mobiliser des
recettes intérieures, mais avec des
résultats inégaux. Les progrès ont été Graphique 6.5. Recettes publiques
Dépenses prioritaires. Les quatre pays ont établi, dans le cadre d’un processus consultatif
participatif, des documents de stratégie de réduction de la pauvreté dans lesquels ils ont
défini leurs priorités de développement. Les dépenses affectées à ces priorités de
développement économique, institutionnel et humain sont une bonne mesure de
l’engagement du gouvernement à leur égard et, plus généralement, à la réalisation d’une
société plus inclusive. L’augmentation la plus forte et la plus durable des dépenses
prioritaires a été enregistrée au Mozambique : de 6 % du PIB en 1990, celles-ci sont passées
à 15 % environ au début de la première décennie 2000, puis autour de 20 % plus
récemment. De même, le Rwanda a progressivement mais régulièrement augmenté ses
dépenses prioritaires, de 4 % du PIB en 1999 à environ 12 % à 14 % du PIB en 2008–12. En
RDC et en RCA, en revanche, les dépenses prioritaires en pourcentage du PIB sont restées
voisines de 6 % et de 2–3 %, respectivement.
Aide internationale
Coordination des donateurs. Dans tous les pays hormis la RCA, la coordination de l’aide a été
progressivement renforcée lorsque l’aide au développement a commencé à se substituer à
l’aide humanitaire d’urgence. Au Mozambique, la coordination des donateurs a été amorcée
au milieu des années 90 et formalisée en 2000, les interventions étant coordonnées dans
plusieurs domaines (réforme de la fiscalité, secteur financier, commerce, stratégie de
réduction de la pauvreté, développement du secteur privé, santé et éducation). Au Rwanda,
Programmes soutenus par le FMI. Le FMI est en étroit contact avec le Rwanda et le
Mozambique et a très tôt déployé des programmes de soutien aux stratégies économiques
des autorités. Outre l’aide technique et financière directe qu’ils ont apportée aux stratégies
des pays, les programmes du FMI ont eu l’avantage d’inciter d’autres donateurs à consentir
des aides (Bal-Gunduz et Crystallin 2014). Le FMI a soutenu le Mozambique dès avant la fin
du conflit — le pays a mis en œuvre cinq programmes à moyen terme entre 1987 et mi-2007
avant de passer à un instrument de soutien à la politique économique. Après le génocide, en
1994, le Rwanda a d’abord été soutenu par des facilités d’urgence (1995, 1997) pendant que
les capacités étaient reconstituées en vue de mettre en œuvre un programme de tranches
supérieures de crédit. Depuis 1998, le FMI a soutenu une série de programmes économiques
à moyen terme par des facilités d’ajustement structurel et, plus récemment, par un
instrument de soutien à la politique économique. La RDC a dû attendre 2002 pour bénéficier
d’un programme soutenu par le FMI, car elle n’avait pas honoré ses échéances. Après
l’apurement des arriérés, elle a bénéficié de deux facilités élargies de crédit, l’une en 2002–06
et l’autre en 2009–12, bien que ses performances dans le cadre de ces programmes aient été
inégales, l’incertitude politique et les tensions sociales s’ajoutant aux faibles niveaux des
dépenses prioritaires. Enfin, les rapports de la RCA avec le FMI ont été marqués par de
longues interruptions entre les programmes, liées aux crises récurrentes.
Secteur privé. Le secteur privé — tout au moins le secteur privé formel dont les données
rendent compte — ne semble pas avoir joué un rôle important dans les premières phases du
redressement hormis l’investissement direct étranger dans les pays riches en ressources et au
Mozambique1. Au Mozambique, l’investissement intérieur privé a été relativement modeste, de
6,5 à 7 % du PIB en moyenne dans les années 90 et 2000, mais il a bondi à plus de 30 % du PIB
depuis 2009, après la découverte d’importants gisements de gaz et de charbon (une partie de
cette augmentation est liée à l’investissement direct étranger). Au Rwanda, l’investissement
privé s’est progressivement redressé et avoisinait 12 % du PIB récemment. En RDC, il a connu
de fortes fluctuations liées à l’instabilité politique et à l’insécurité. Enfin en RCA aussi,
1
En RDC, l’investissement direct étranger est proche de zéro depuis les années 70, mais il a décollé en 2002/03
après la fin de la guerre civile et la stabilisation politique qui a suivi. En RCA, l’investissement direct étranger a
connu une évolution comparable, bien que son augmentation après le rétablissement de la paix ait été bien plus
modeste, culminant à 6 % du PIB en 2009.
Résultats
Sécurité, stabilité politique et gouvernance. Le Mozambique et le Rwanda ont tous deux suivi
une approche menant à la stabilité politique et évité les conflits. Ces deux pays se sont
également efforcés d’améliorer la gouvernance, comme en témoignent leurs notes plus
élevées aux indicateurs d’efficacité de la gouvernance, de qualité de la réglementation, de
maîtrise de la corruption et d’état de droit (graphique 6.6). La RCA et la RDC n’ont fait que
peu de progrès dans ces domaines.
0 0
1998-2002 2003-2007 2008-2012 1998-2002 2003-2007 2008-2012
Croissance économique. Le revenu réel Graphique 6.7. PIB réel par habitant
par habitant progresse régulièrement au
en centaines RCA RDC
Rwanda et au Mozambique depuis le de dollars de 2005 MOZ RWA
14
milieu des années 90 et cette tendance
12
s’est accélérée au cours des dix dernières
10
années (graphique 6.7). Il semble que les
8
réformes économiques de deuxième
6
génération engagées dans ces deux pays
4
depuis le début des années 2000 aient
2
soutenu et accéléré la croissance après le
0
rebond postérieur au conflit. Le 1990 1995 2000 2005 2010
Mozambique a poursuivi ses réformes Source : université de Pennsylvanie, World Tables.
visant à mobiliser davantage de recettes et
à mieux gérer les finances publiques, ainsi que ses efforts d’amélioration de la gouvernance
et du dispositif de lutte contre la corruption; il a en outre engagé des réformes destinées à
renforcer les secteurs monétaire et financier, le cadre de gestion des ressources naturelles,
mais aussi à améliorer le climat des affaires et des investissements. Le Rwanda a lui aussi axé
Bien que plusieurs chocs, dont un conflit frontalier avec l’Érythrée en 1998–2000, aient
menacé ces progrès, la stabilité l’a emporté. Les dépenses consacrées à la défense sont
montées en flèche, culminant à 13 % du PIB et à 40 % des dépenses totales, avec, à la clé, un
effet d’éviction sur l’investissement public et les dépenses sociales. La diminution de l’aide
extérieure enregistrée suite au conflit a amenuisé un peu plus l’espace budgétaire. De plus,
le pays a subi une grave sécheresse et une détérioration de ses termes de l’échange (due à
la baisse des cours internationaux du café). La situation s’est améliorée après un accord de
paix conclu en 2000, qui s’est accompagné d’une réduction de moitié des dépenses du
secteur de la défense, d’une augmentation des dépenses prioritaires et de la reprise de l’aide
internationale. La dépréciation de la monnaie a eu elle aussi un effet positif.
L’Éthiopie est parvenue à la résilience dans les années 90, comme il ressort de ses meilleures
notes ÉPIN et de l’absence de conflits majeurs. Bien que ce pays soit généralement considéré
comme un modèle de développement «atypique», sa trajectoire vers la résilience présente
de nombreux éléments présents dans les pays examinés dans la première partie qui ont
réussi :
Secteur privé. Le secteur privé n’a pas joué un rôle majeur dans la transition
éthiopienne. L’investissement privé s’est développé jusqu’au milieu des années 2000,
mais il est resté assez bas depuis (graphique 6.10). Pour progresser dans ce domaine,
il faudra revoir la réglementation et les règles applicables à l’investissement direct
étranger (celui-ci avait légèrement augmenté entre 1995 et 2004 pour atteindre
4,3 % du PIB, mais il a ensuite reculé) et un nouveau regard sur l’environnement des
investissements en général, en particulier l’état de droit, la qualité de la
réglementation et la maîtrise de la corruption.
L’approche de la résilience adoptée par l’Éthiopie — qui, fondamentalement, n’est pas très
différente de celle du Rwanda et du Mozambique — a donné de remarquables résultats. Le
principal facteur distinctif semble avoir été le rôle plus proéminent de l’État dans
l’orientation des ressources vers les secteurs sociaux et les investissements d’infrastructure.
Toutefois, sur longue durée, le rôle de l’État et la forte dépendance du pays à l’égard du
financement intérieur ont des limites, et le secteur privé devra jouer un rôle plus important.
Et bien que l’engagement du gouvernement à l’égard des politiques sociales et de la
décentralisation semble avoir apaisé les tensions ethniques et sociales, la faiblesse des
indicateurs de gouvernance indique qu’il faudra régler d’autres aspects, moins tangibles, de
l’économie politique.
60
10
40
5
20
0 0
1996 2000 2003 2005 2007 2009 2011 1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011
Sources : FMI, base de données des perspectives de l’économie mondiale; université de Pennsylvanie, World Tables; World
DataBank, Banque mondiale; calculs des services du FMI.
Après les élections du début des années 90, le gouvernement a engagé un ensemble de
réformes économiques fructueuses. La rationalisation et le renforcement de la politique et
de l’administration fiscales ont stimulé les recettes budgétaires qui, associées à
l’augmentation de l’aide et à l’allégement de la dette, ont accru l’espace budgétaire. La
gestion des finances publiques s’est améliorée. La dévaluation du franc CFA opérée en 1994
dans le contexte de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, dont le Mali est
membre, a eu un effet positif sur la compétitivité internationale du pays. Des privatisations et
des améliorations apportées à la gestion des entreprises publiques ont abaissé les coûts
Données Données
les plus les plus
anciennes récentes
A. Taux de pauvreté à 1,25 $ par jour (PPA, en % de la population)
Éthiopie 61 31
Mali 86 50
Sierra Leone 63 52
B. Taux net de scolarisation, primaire et secondaire
Éthiopie 23 79
Mali 5 69
Sierra Leone n.d. n.d.
C. Taux de mortalité infantile, moins de 5 ans (pour 1 000 naissances vivantes)
Éthiopie 228 77
Mali 309 176
Sierra Leone 264 185
Source : Indicateurs du développement mondial.
1
Premières données disponibles en 1992-2000 ; dernières données disponibles en 2006-2012.
Cependant, le conflit non réglé autour de l’indépendance des Touareg a entraîné un retour
en arrière à la fin des années 2000. Les rébellions des Touareg — récurrentes dans l’histoire
pré- et postcoloniale du Mali — ont repris, accompagnées d’incursions d’islamistes radicaux
venus d’Algérie et de Libye. Face à la montée des pressions, un coup d’État militaire s’est
produit en 2012. Les Touareg, qui avaient rapidement pris le contrôle du nord et déclaré
l’indépendance, ont été attaqués par des groupes radicaux qui les avaient soutenus.
L’avancée subséquente de ces groupes radicaux vers le sud du pays a été contenue par une
intervention militaire multinationale début 2013. La junte qui avait pris le pouvoir a cédé la
place à un gouvernement d’unité nationale de transition, mais le conflit avec le Nord n’est
toujours par réglé.
Certes, la régression du Mali enregistrée à la fin des années 2000 est imputable aux clivages
ethniques non résolus, mais les symptômes de la fragilité du pays étaient décelables avant le
conflit. Les indicateurs de gouvernance — indices de stabilité politique, état de droit et
maîtrise de la corruption — ont commencé à se dégrader en 2007 (graphique 6.11). De
La guerre avait anéanti la stabilité macroéconomique, avec un recul annuel du PIB réel par
habitant d’environ 7,5 %, des déficits budgétaires élevés, l’inflation, et la dépréciation de la
monnaie. Après 2002, le gouvernement a engagé une série de réformes destinées à
reconstruire la base d’imposition et l’administration fiscale, à mieux gérer les finances
publiques, à refondre le cadre de politique monétaire et à privatiser les entreprises publiques.
D’autres réformes ont été entreprises par la suite afin d’accorder une plus grande
indépendance à la banque centrale, de moderniser le secteur financier, d’augmenter la
fourniture d’électricité et d’améliorer le climat des affaires et la gestion des investissements
publics.
La croissance a rebondi et l’inflation a reculé. De solides progrès ont été réalisés au début
des années 2000 sur le plan de la reconstitution des capacités et des institutions publiques,
mais le pays a eu plus de difficultés par la suite à poursuivre dans cette voie. La mobilisation
des recettes intérieures s’est améliorée, bien que la majeure partie de l’espace budgétaire ait
été acquise grâce à l’aide internationale, qui a bondi à environ 30 % du PIB immédiatement
après le conflit avant de revenir à 15 % du PIB environ en 2011. Les dépenses prioritaires ont
Dans l’ensemble, la Sierra Leone est plus résiliente aujourd’hui, même si la pandémie d’Ébola
met sérieusement à l’épreuve la capacité de ses autorités à affronter un choc majeur. Dans les
années 2000, le PIB par habitant a enregistré une croissance régulière (de 580 dollars en 2001
à environ 870 dollars en 2011) et les indicateurs sociaux ont progressé (le taux de pauvreté
ayant été ramené de 63 % en 1990 à 52 % en 2011). Cependant, ses institutions demeurent
faibles (sa note ÉPIN est restée voisine de 3,2 au cours des dix dernières années) et la récente
pandémie d’Ébola a fait apparaître sa fragilité. Des trois pays les plus touchés par la pandémie
fin 2013, la Sierra Leone est celui qui a de loin le plus souffert et l’activité économique s’en
ressent. La pandémie a également pesé sur le budget du fait des pertes de recettes soudaines
qu’elle a entrainées et du besoin urgent d’accroître les dépenses de santé et sociales ainsi que
le capital humain. Cette situation montre à quel point il est important que le gouvernement
maintienne sa détermination à affronter ce choc et à reprendre son avancée vers le
renforcement des institutions et que l’aide internationale apportée reste forte.
CONCLUSIONS
La comparaison des expériences nationales présentées dans les deux premières parties de ce
chapitre montre que l’acquisition de la résilience suit une trajectoire propre à chaque pays.
Mais en même temps, l’expérience de ces pays présente plusieurs points communs, dont la
nécessité d’une inclusion politique suffisante qui favorise la paix, évite les troubles politiques
graves et soutient l’établissement d’une vision nationale du développement, condition
préalable à l’acquisition de résilience, tandis que l’espace de la politique budgétaire est
important pour que le gouvernement obtienne des résultats dont la population pourra
bénéficier, notamment à travers l’investissement public. Et bien que ces pays n’aient pas tous
réussi à mobiliser des recettes intérieures, ceux qui y sont parvenus confortent l’idée que la
mobilisation des recettes aide à créer un contrat implicite entre les citoyens et le
gouvernement et renforce la légitimité de l’État. Le soutien des donateurs semble avoir des
effets positifs, pour autant que son volume soit suffisant et qu’il soit maintenu suffisamment
longtemps — pas seulement aux fins de la stabilisation au sortir d’un conflit, mais aussi de la
reconstruction et du développement. Enfin, l’allégement de la dette a joué un rôle important
pour la soutenabilité et pour l’espace budgétaires, mais l’élément déterminant a été
l’utilisation qui a été faite des ressources ainsi dégagées. Les pays qui ont le mieux réussi ont
régulièrement augmenté leurs dépenses prioritaires et leurs investissements, tandis que
l’aide de la communauté internationale, FMI compris, a joué un rôle de soutien.
Ce chapitre examine l’ordre dans lequel les politiques ont été adoptées dans les sept pays
d’Afrique (Cameroun, Éthiopie, Mozambique, Niger, Nigéria, Rwanda et Ouganda) qui ont
gagné en résilience, en s’attachant plus particulièrement à la chronologie et à
l’enchaînement des politiques macroéconomiques et budgétaires ainsi qu’au contexte
propre à chaque pays1. Alors que le chapitre 6 compare les pays en différents points du
spectre de fragilité, ce chapitre examine l’expérience des pays qui ont comparativement
mieux réussi afin de déterminer les réformes ou mesures qui pourraient avoir contribué à
leurs progrès.
Les progrès réalisés sont analysés du point de vue des indicateurs macroéconomiques,
institutionnels et sociaux en alignant les pays sur l’année de leur note d’évaluation de la
politique et des institutions nationales (ÉPIN) le plus faible depuis 1985 (t0) et en les suivant
jusqu’à ce qu’ils parviennent à la résilience (la note ÉPIN est supérieure à 3,2 depuis trois
années consécutives et le pays n’a pas connu de confit majeur). Les variables économiques
et sociopolitiques sélectionnées sont examinées du point de vue du moment et de l’ampleur
des progrès réalisés.
Combien de temps faut-il pour acquérir Graphique 7.1. Note EPIN globale
une résilience suffisante? Moyenne
Indice (1-6) Moyenne + 1 écart-type
Moyenne - 1 écart-type
L’analyse de l’évolution de la note ÉPIN de 4
(graphique 7.1) et un redressement des Sources : Word DataBank, Banque mondiale; calculs des
services du FMI.
politiques et des institutions. Une explication
possible à la rapidité des changements
initiaux pourrait être que, puisque tous les
1
Les graphiques et les tableaux représentent tous les moyennes arithmétiques des sept pays.
2
Il est à noter que si la première année pour laquelle des données CPIA étaient disponibles (les données
disponibles commencent en 1985) correspond à l’année de la note la plus basse (t0), il est possible que le délai
nécessaire pour acquérir de la résilience soit sous-estimé (dans l’échantillon, c’est le cas du Mozambique).
Cameroun (1993) : au milieu des années 80, l’économie camerounaise enregistrait un déclin régulier, marqué par
une dégradation des termes de l’échange, un recul de la production pétrolière et une appréciation du taux de
change effectif. Confronté à une crise économique de plus en plus profonde, le gouvernement a réduit les
dépenses salariales et non salariales en 1993 (FMI, 1993a). Après l’élection présidentielle et le déclin économique,
les tensions sociopolitiques se sont accentuées en 1993, faisant de cette année-là l’année la plus fragile pour le
Cameroun.
Éthiopie (1991) : à la fin des années 80, l’Éthiopie a connu de profondes difficultés économiques dues à la
dégradation des termes de l’échange, à la sécheresse et à une montée des tensions politiques et des problèmes
de sécurité. Le manque de devises et la stagnation de l’agriculture ont entraîné une forte chute de la production
industrielle (FMI, 1991). Les violences et les tensions politiques étaient fortes dans le contexte de la longue guerre
civile qui a opposé l’Éthiopie à l’Érythrée (1974–91) et de la montée de tensions entre groupes ethniques
éthiopiens. Par ailleurs, l’effondrement de l’Union soviétique a signé l’arrêt, en 1990, de l’aide venant du principal
partenaire extérieur du pays. En 1991, l’Érythrée a obtenu son indépendance et le gouvernement du président
Mengistu s’est effondré. Le déclin économique, la violence et les tensions politiques de 1991 ont ainsi marqué
l’année la plus fragile pour l’Éthiopie.
Mozambique (1985) : une guerre civile a éclaté au Mozambique en 1975 et s’est prolongée pendant 16 ans. Le
système d’économie planifiée, caractérisé par le contrôle des prix et de la production, a été à l’origine d’une
dégradation de l’économie et d’une forte instabilité économique à partir des années 80. Le déclin économique a
été le plus marqué au milieu des années 80, avec une contraction de 25 % de la production doublée d’une
hyperinflation (FMI, 2003). 1985 a été l’année la plus fragile.
Niger (1993) : après la fin du boom de l’uranium dans les années 80, le Niger a été confronté à des déséquilibres
macroéconomiques dus à la dégradation des termes de l’échange, de fréquentes sécheresses et une mauvaise
gestion économique. À la suite d’une intensification des troubles politiques et sociaux en 1990, un gouvernement
de transition a été formé en 1991 dans l’attente d’élections législatives et présidentielle. Cependant, des combats
sporadiques des groupes guérilleros se sont poursuivis et le déclin économique a continué jusqu’en 1993 (l’année
la plus fragile).
Nigéria (1994) : de violents troubles politiques ont éclaté en 1993/94. Les élections présidentielles ont été
annulées, et un gouvernement national par intérim a été constitué pour préparer de nouvelles élections
présidentielles début 1994. Le pays était en proie à des troubles civils généralisés, et les miliaires ont pris le
pouvoir. Le nouveau gouvernement militaire a limogé tous les élus et dissous les assemblées législatives nationale
et des états. Avant les troubles, les conditions économiques s’étaient rapidement dégradées dans un contexte
d’accélération de l’inflation, de ralentissement de la croissance et de déficit des comptes courants élevés. 1994 a
été une année d’extrême fragilité pour le Nigéria.
Rwanda (1994) : après des années de conflits ethniques et de violences, une guerre civile a éclaté en 1994, se
soldant par un génocide d’un million de personnes. Le conflit armé a entraîné la fermeture de la plupart des
institutions et l’effondrement du système administratif. La production a chuté de 50 %, les exportations de 60 %
(FMI, 1999). 1994 a été l’année la plus fragile pour le Rwanda.
Diverses études, adoptant différentes approches, confirment qu’il faut de longues années
pour échapper à la fragilité. Selon le Rapport sur le développement dans le monde (Banque
mondiale, 2011b) par exemple, passer du niveau de capacités institutionnelles d’un pays
comme Haïti à celui du Ghana pourrait prendre entre 15 et 30 ans. Cilliers et Sisk (2013)
estiment que sur 26 pays d’Afrique subsaharienne jugés fragiles, 12 pourraient être sur la
voie d’une plus grande résilience d’ici 2039, 4 d’ici 2050 ou avant, tandis que 10 resteraient
fragiles en 20503.
La suite de ce chapitre examine les progrès réalisés dans le domaine des performances
macroéconomiques, des capacités institutionnelles et de la stabilité politique, de l’espace
budgétaire, des questions monétaires et du secteur financier.
Performances macroéconomiques
À leur point le plus fragile, tous les pays examinés ont connu l’instabilité macroéconomique,
caractérisée par une forte inflation, une contraction de l’économie et d’importants déficits
budgétaires et courants. Dans la phrase de redressement, avec le soutien de donateurs et
d’institutions financières internationales (le FMI a soutenu au moins deux programmes dans
chaque pays après t0), ces pays ont pu mettre en œuvre des politiques qui ont ramené
l’inflation au-dessous de 10 %, accéléré le taux de croissance par habitant, passé de négatif à
une moyenne d’environ 5 % (graphique 7.2), et réduit les fluctuations de croissance.
3
D’autres études concluent à des délais du même ordre de grandeur. Chauvet et Collier (2008) constatent que la
probabilité qu’un pays fragile amorce un redressement durable dans une année n est d’à peine 1,7 % (ce qui
implique qu’il faudrait en moyenne 59 ans pour qu’un pays cesse d’être fragile); cette probabilité passe à 5 %
dans un environnement post-conflit. En ce qui concerne les capacités institutionnelles, Pritchett, Woolcock et
Andrews (2013) ont calculé qu’à leur rythme de réforme historique, il faudrait plus de 600 ans aux 15 pays les
plus fragiles pour atteindre le niveau de Singapour aujourd’hui.
Sources : université de Pennsylvanie; FMI, base de données des perspectives de l’économie mondiale; calculs des services
du FMI.
4
Cette observation est conforme aux analyses de Collier (2007), d’Acemoglu et Robinson (2012), et de Gupta et
Blee (1998).
Sources : base de données de l’International Country Risk Guide; base de données des indicateurs de développement
mondiaux, Banque mondiale; calculs des services du FMI.
Espace budgétaire
L’un des facteurs déterminants des gains de résilience de ces pays est la création d’un
espace budgétaire pour les dépenses d’investissement et les dépenses sociales, associé à
des amortisseurs constitués de l’épargne publique et des réserves en devises. Ces pays sont
parvenus à contenir les dépenses non prioritaires, à réduire les paiements du service de la
dette et à mobiliser des recettes intérieures. La part des dépenses courantes dans les
dépenses totales a reculé rapidement dans les premières années pour avoisiner 5,5 % par la
Outre la diminution des dépenses courantes et de la dette, les sept pays étudiés sont
également parvenus à mobiliser des recettes budgétaires (graphique 7.4). Les recettes fiscales
ont progressivement augmenté, passant de 5 % du PIB en moyenne (en t0) à 13 % du PIB en
moyenne (en t20), ce qui confirme le rôle important de la mobilisation des recettes (le
graphique ne montre pas les recettes fiscales du Nigéria et du Cameroun, deux pays riches en
ressources naturelles dont l’augmentation des recettes est en grande partie attribuable aux
gains tirés du pétrole). Il faut néanmoins poursuivre les efforts car les recettes fiscales restent
inférieures à la moyenne de 20 % du PIB des pays non fragiles d’Afrique subsaharienne.
12 Moyenne - 1 écart-type
120
8 80
4 40
0 0
t0 t2 t4 t6 t8 t10 t12 t14 t16 t18 t20 t0 t2 t4 t6 t8 t10 t12 t14 t16 t18 t20
80 30
60 20
40 10
20 0
0 -10
t0 t2 t4 t6 t8 t10 t12 t14 t16 t18 t20 t0 t2 t4 t6 t8 t10 t12 t14 t16 t18 t20
Dans les premières années, des recettes ont été mobilisées par l’amélioration de la collecte
des impôts sur les biens et services — les taux d’imposition ont été ajustés et des
améliorations administratives ont été apportées en s’assurant par exemple que les impôts
collectés parvenaient bien au Trésor public (tableau 7.2). Par la suite, la contribution de
nouvelles formes, notamment celle de l’impôt sur le revenu dans le contexte du
Sources : FMI, bases de données du département Afrique et des perspectives de l’économie mondiale; FMI,
département des finances publiques; Banque mondiale, base de données des indicateurs de développement
mondiaux; calculs des services du FMI.
Note : ce tableau indique le rythme d’évolution moyen de plusieurs mesures institutionnelles et politiques. Pour
chaque pays, nous examinons l’évolution de la variable entre la dernière année et la première année de chaque
sous-période (par ex., ∆1 = Xt5 − Xt0) et présentons la moyenne sur sept pays.
5
Après un conflit, une réduction des dépenses militaires peut permettre d’élargir l’espace budgétaire. Cependant,
en fonction de la durée et de la gravité du conflit, le processus peut prendre du temps car il faut absorber les
anciens combattants dans la masse salariale publique.
graphique 7.5 pour l’assistance apportée par Sources : Travel Information Management System du FMI et
le département des finances publiques du calculs des services du FMI.
FMI).
6
La figure 7.2.1 de l’encadré 7.2 présente l’assistance technique apportée par le département des finances
publiques, à l’exception de l’assistance en matière budgétaire fournie par d’autres départements du FMI
(département juridique et département des statistiques).
Rwanda : les réformes budgétaires ont été axées sur l’administration fiscale et la gestion du budget et du
Trésor. Un comité directeur a été établi entre le gouvernement et les donateurs afin de coordonner
l’assistance technique et de suivre les réformes. À partir de 2000, le Rwanda a introduit la décentralisation
budgétaire et, dans les quatre ans qui ont suivi, a mené à bien une réforme des incitations fiscales, introduit
une taxe à la valeur ajoutée et créé une unité chargée des gros contribuables. En 2005, les autorités ont
promulgué un nouveau code des impôts portant sur l’impôt sur le revenu, les procédures fiscales et les
douanes. Grâce à ces politiques et aux améliorations de l’administration fiscale, les recettes intérieures sont
passées d’environ 4 % du PIB à 11 % en seulement quatre ans après 2000.
Mozambique Rwanda
Externatlisation
de l'administration des douanes Décentralisation budgétaire
Introduction de la TVA
Incitations fiscales
Administration
Nouveau code des impôts
fiscale centrale
dans l’encadré 7.3). Le FMI et d’autres Sources : système de gestion des informations de voyage du
donateurs ont soutenu les réformes du FMI (IMF’s Travel Information Management System); calculs
des services du FMI.
secteur financier et de la politique
monétaire tout au long de la période
(graphique 7.6) 7.
L’une des variables essentielles de l’économie est le taux de change, qui était artificiellement
surévalué dans la plupart des pays au moment où ils étaient le plus fragile. Ce problème a
été progressivement corrigé après t0 avec la libéralisation des prix et des changes. Cette
évolution des politiques semble avoir contribué à l’amélioration de la compétitivité, comme
il ressort de l’augmentation progressive du ratio exportations sur PIB (graphique 7.7).
7
La figure 7.6 représente l’assistance technique apportée par les départements des marchés monétaires et de
capitaux à l’exception de l’assistance dans le domaine du secteur financier apportée par d’autres départements
du FMI (comme le département juridique et le département des statistiques).
Sources : système des avis d’information du FMI; FMI, base de données des perspectives économiques
mondiales; calculs des services du FMI.
L’Ouganda est parvenu à stabiliser les prix après des années de forte inflation au tournant des années 90.
Tout en monétisant le déficit budgétaire, le pays a instauré des exigences de réserves et des contrôles
directs sur le crédit afin de contenir l’expansion monétaire (Sharer, De Zoysa et McDonald 1995). Depuis
le début des années 90, la banque centrale de l’Ouganda (Bank of Uganda) a libéralisé les taux d’intérêt,
abandonné les instruments monétaires directs et entrepris des opérations sur le marché monétaire.
Associées à de meilleures politiques budgétaires, ces premières réformes ont permis de réduire l’inflation.
En 1993, les autorités ont promulgué une nouvelle loi sur les institutions financières et les statuts de la
Bank of Uganda, lesquels donnaient l’indépendance à l’institution en précisant ses fonctions d’entité
responsable du contrôle bancaire ainsi que de la formulation et de la mise en œuvre de la politique
monétaire.
Dans les années 90, la banque centrale a recouru aux bons du Trésor pour gérer la liquidité «structurelle»
à long terme et moduler la liquidité à court terme et a conduit des opérations de change pour stériliser la
liquidité «structurelle» à long terme. Après 2001, elle a renoncé à conjuguer plusieurs objectifs politiques
en un seul instrument et a commencé à pratiquer des opérations de mise en pension et de prise en
pension pour les réglages fins et des adjudications de bons du Trésor pour les opérations de stérilisation.
Parallèlement, un marché des titres secondaires a été créé grâce à la formulation d’une stratégie de
gestion de la dette et à la conception d’obligations de référence pour les échéances clés. Plus récemment,
elle a commencé à travailler à l’élaboration d’un cadre fixant un objectif d’inflation.
Les sept pays pratiquaient tous une forme ou une autre d’ancrage des taux de change en t0
et ils ont tous (hormis le Niger et le Cameroun, membres d’une union monétaire) pris des
t 0 t 1 t 2 t 3 t 4 t 5 t 6 t 7 t 8 t 9 t 10 t 11 t 12 t 13 t 14 t 15 t 16 t 17 t 18 t 19 t 20 t 21 t 22 t 23 t 24 t 25 t 26 t 27
Éthiopie 3 3 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 3 3 6 6 6 6 6
Mozambique 5 5 7 8 8 8 8 8 8 8 8 8 3 3 7 7 7 7 9 9 9 9 9
Nigéria 3 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 3 7 4 8 8 8 8
Rwanda 4 8 8 8 7 7 7 7 7 7 7 7 3 3 8 4 6 6 6
Ouganda 7 7 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 7 9 9 9 9 9
Légende
1 Ancrage fixe 10 Changes flottants
5 Ancrage souple classique 8 Autre régime administré
6 Parités mobiles Données non disponibles
Sources : FMI, base de données du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change et calculs
des services du FMI.
et externes.
Sources : FMI, base de données du département Afrique et
calculs des services du FMI.
CONCLUSIONS
De nombreux travaux de recherche ont apporté un éclairage sur les facteurs de fragilité d’un
pays ainsi que sur les conditions et les politiques susceptibles d’accroître sa résilience.
L’expérience de chaque pays est unique, mais on peut envisager l’acquisition de résilience
comme une transition d’un état de gouvernance et d’institutions très faibles — à l’extrême
impliquant une faillite totale de l’État et le conflit — à une situation dans laquelle les pays
peuvent, de façon fiable, fournir des services publics à leur population dans un contexte de
paix et de stabilité politique. L’analyse réalisée dans ce document a montré que cette
transition comporte plusieurs étapes ou éléments.
Bien que de nombreux États fragiles d’Afrique subsaharienne aient accompli d’importants
progrès depuis les années 90, de trop nombreux pays ne sont pas parvenus à rompre avec la
fragilité malgré un environnement extérieur globalement favorable (allégement de la dette,
booms des matières premières et aide financière et assistance technique importantes).
Certains pays ont même régressé, ce qui confirme la nécessité de s’assurer que les gains de
résilience et les réformes qui les sous-tendent sont suffisamment affirmés et pérennes. De
plus, de nouveaux défis sont apparus, en particulier l’expansion de groupes violents opérant
à travers les frontières, qui pose de nouvelles menaces pour la cohésion des États et les
oblige à œuvrer à l’inclusion et à la sécurité et à travailler en concertation.
La fragilité persistante de plusieurs pays montre que des facteurs critiques de fragilité de
l’État sont en jeu, à savoir des dirigeants frileux, un manque de cohésion politique, des
capacités faibles, un engagement insuffisant envers la construction des institutions
économiques et la mise en œuvre de politiques et de réformes favorables à la croissance, et
une incapacité à générer ou à bien utiliser un espace budgétaire. Ces facteurs expliquent
aussi les régressions observées, y compris les crises ou les conflits récents. Certains des pays
enfermés dans ce piège disposent de ressources naturelles importantes et n’ont pu jusqu’ici
convertir les gains exceptionnels des dernières années en résultats concrets sur le plan du
développement.
Pourtant, plusieurs pays sont parvenus à accroître leur résilience. Ces pays ont en général
adopté des dispositifs politiques plus inclusifs, renforcé la qualité de leurs politiques
économiques et avec le temps, leurs institutions et l’environnement économique
(notamment en améliorant les régimes de change, en supprimant les restrictions financières,
en mettant en œuvre de meilleures politiques budgétaires et en renforçant leurs capacités
de gestion budgétaire). Dans ce processus, une stratégie résultant d’un consensus interne
offrant un mécanisme pour mobiliser l’aide — financière et technique — de la communauté
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