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UNIVERSITE DE LOME

FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION


(FASEG)

SEMESTRE 2

SUPPORT DE COURS

Modèles de base de l’analyse


macroéconomique

ENSEIGNANTS:

AMADOU AKILOU & DJAHINI-A. DOSSE MAWUSSI

Année universitaire 2018-2019


SOMMAIRE

Chapitre 1 : L’équilibre macroéconomique avec des prix flexibles : l’approche « classique » ou


« néoclassique ».................................................................................................................................... 2

1. L’équilibre sur le marché du travail ............................................................................................ 2

2. L’équilibre sur le marché des Biens et services .......................................................................... 8

3. L’équilibre monétaire ................................................................................................................. 11

4. Résumé de l’approche néoclassique ........................................................................................... 15

Chapitre 2 : L’équilibre macroéconomique avec des prix rigides : l’approche keynésienne ....... 17

1. Les déterminants de la demande globale............................................................................... 17

2. L’équilibre sur le marché des biens et services ..................................................................... 20

3. L’équilibre sur le marché monétaire ......................................................................................... 23

4. Equilibre du marché du travail .................................................................................................. 27

5. Résumé de l’approche keynésienne ........................................................................................... 31

Chapitre 3 : Le modèle IS-LM : les politiques macroéconomiques en économie fermée ............. 34

1. La construction du modèle ......................................................................................................... 34

2. Les politiques conjoncturelles .................................................................................................... 40

Chapitre 4 : Offre globale, demande globale, inflation et chômage................................................ 47

1. Offre globale, demande globale et courbe de Phillips .............................................................. 47

2. Déséquilibres économiques et stratégies d’ajustement ............................................................ 55

Conseils bibliographiques ................................................................................................................... 64

Travaux dirigés .................................................................................................................................... 65

1
Chapitre 1 : L’équilibre macroéconomique avec des prix flexibles :
l’approche « classique » ou « néoclassique »

Dans le langage moderne, les économistes qualifient indifféremment de « classique » ou « néoclassique


» les modèles faisant confiance au mécanisme des prix. On regroupe sous l’une ou l’autre de ces deux
appellations quatre écoles dans l’histoire de la pensée économique :

 L’école classique, développée du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle par des auteurs
souvent considérés comme les « pères fondateurs » de l’économie politique moderne (A. Smith,
D. Ricardo, J.-B. Say, T.R. Malthus, J. Stuart Mill) ;
 L’école néoclassique, qui de la fin du XIXe au milieu du XXe, reprend les grands principes
libéraux de la plupart des classiques et de certains de leurs instruments d’analyse, mais unifie
l’analyse économique comme une science (pour une bonne part mathématique) des choix
individuels et de la coordination de ces choix par les marchés (citons L. Walras, V. Pareto, A.
Marshall, A. C. Pigou. J. Schumpeter, M. Allias, K. J. Arrow, G. Debreu)
 Les monétaristes qui s’appliquent à démontrer la validité à long terme de la théorie classique de
la monnaie, la supériorité des politiques monétaires sur les politiques budgétaires et les effets
pervers de l’instabilité monétaire (F. Von Hayek, M. Friedman) ;
 Les nouveaux classiques, qui dans les années 1970, introduisent l’hypothèse des anticipations
rationnelles et pensent démontrer l’inefficacité totale des politiques économiques (citons R.
Barros, R. Lucas, Sargent).

L’approche classique ou néoclassique part d’une hypothèse centrale : les prix sont parfaitement
flexibles et assurent un équilibre automatique et instantané de l’offre et de la demande sur tous les
marchés.

La section 1 du présent chapitre analyse l’équilibre sur le marché du travail qui permet de déterminer
l’emploi. Le volume de travail permet ensuite de déterminer le volume de production ; la section 2
étudie les mécanismes par lesquels la demande va s’adapter automatiquement à l’offre sur le marché
des biens et services. Comme nous le verrons, on peut décrire l’équilibre « réel » de l’économie nationale
(travail, investissement, emploi, production…) sans tenir compte de sa nature monétaire. La monnaie
n’a pas d’influence réelle sur l’économie. Il est nécessaire toutefois de l’introduire dans un troisième
temps pour déterminer le niveau des prix (section 3).

1. L’équilibre sur le marché du travail


A. Le fonctionnement du marché du travail

Les hypothèses

Le marché du travail est supposé en situation de concurrence parfaite. Cela implique notamment que
le travail est un facteur de production parfaitement homogène (les entreprises sont indifférentes à la
personnalité des travailleurs embauchés ; elles ne considèrent dans leur calcul économique que la
quantité de travail et le prix du travail) ; qu’il existe un grand nombre d’employeurs et d’employés
(atomicité), libres d’entrer et de sortir du marché, négociant librement et de façon individuelle les
contrats de travail (la conséquence majeure de cette concurrence est qu’aucun employeur et aucun
travailleur n’a suffisamment le poids sur le marché pour influencer le salaire qui est déterminé par

2
l’équilibre entre l’offre et la demande de travail et s’impose à tous ; il est parfaitement flexible) ; la
concurrence suppose également que l’information est parfaite (à chaque instant, tous les employeurs et
tous les travailleurs connaissent toutes les offres et les demandes de travail pour chaque type d’emploi.
En conséquence, tout mouvement dans l’offre ou la demande entraîne une renégociation immédiate des
contrats, qui détermine un nouveau salaire d’équilibre).

Offre et demande de travail

On désigne le salaire nominal par w, le salaire réel par wr (wr=w/P, le salaire nominal divisé par un
indice de prix), le niveau général des prix par P, l’offre de travail par Lo et la demande de travail par Ld.

Conformément aux résultats de l’analyse microéconomique, l’offre de travail (Lo) est une fonction
croissante du salaire réel [wr].

Le coût d’opportunité du travail étant le loisir, à l’équilibre, l’utilité marginale du revenu retiré du travail
doit être égale à l’utilité marginale du loisir sacrifié pour accomplir ce travail. Si le temps de travail
augmente, le loisir diminue, l’utilité marginale du loisir sacrifié augmente et doit donc être compensée
par un salaire croissant. Les travailleurs ne sont pas victimes d’une illusion monétaire qui les conduirait
à ne s’intéresser qu’au salaire nominal ; en effet, en offrant leur temps de travail, ils sacrifient du loisir
en échange d’un revenu en vue d’acquérir des biens et des services ; ils s’intéressent donc à la quantité
de biens et services que le salaire nominal leur permet d’acheter ; cette quantité est égale au salaire
nominal divisé par le prix moyen des biens et services, c’est-à-dire au salaire réel : wr = w/P. Plus wr
est élevé, plus les travailleurs sont disposés à sacrifier leur temps de loisir pour le consacrer au travail.

La demande de travail par les employeurs (Ld) est une fonction décroissante du salaire réel à cause
de la loi des rendements décroissants. En effet, à l’équilibre les entreprises rationnelles utilisent une
quantité de travail telle que le coût réel du travail (wr) soit égal à sa productivité marginale physique
(PmL). La demande de travail est décroissante, tout comme la productivité marginale du travail.

𝑤
wr = Figure 1
𝑝

Ld1
Ld2 Lo

wr1

wr2

0 L3 L2 L1 L

3
LA FLEXIBILITE DES SALAIRES

La concurrence entre les employeurs pour attirer les salariés, d’une part et la concurrence entre les
travailleurs pour obtenir l’emploi, d’autre part garantissent une flexibilité totale et parfaite des salaires
réels. Sur la figure 1, si la demande de travail diminue de Ld1 à Ld2, le salaire d’équilibre diminue de
wr1 à wr2.

En effet, au taux de salaire initial, la demande (L3) est nettement inférieure à l’offre de travail (L1). Pour
rétablir l’équilibre, il faut réduire l’offre et augmenter la demande. Cela est réalisé concrètement par la
concurrence entre les travailleurs pour obtenir les emplois disponibles, qui les conduit à accepter des
salaires plus faibles ; au fur et à mesure que les salaires baissent, l’offre de travail diminue et la demande
de travail se trouve stimulée ; le processus continue tant qu’il existe une offre excédentaire de travail. Si
l’information est parfaite, c’est-à-dire si tous les intervenants sur le marché connaissent simultanément
et instantanément la nouvelle situation du marché, on peut renégocier aussitôt tous les contrats, comme
on le ferait en bourse pour un titre dont la demande diminue. S’il n’existe aucun obstacle à cette
renégociation et aucun coût de négociation, on peut considérer les salaires comme parfaitement
flexibles ; et le retour à l’équilibre est instantané.

Une augmentation de l’offre de travail abaisse le salaire réel et une augmentation de la demande de
travail ou une diminution de l’offre de travail élève le salaire réel (noter que lorsqu’on parle d’une
variation de l’offre ou de la demande, sans autre précision, il s’agit d’un déplacement de toute la courbe
et non d’un déplacement le long de la courbe d’offre ou de demande).

B. Interprétation néoclassique du chômage

CHÔMAGE VOLONTAIRE ET CHÔMAGE INVOLONTAIRE

Il y a chômage involontaire quand les individus souhaitent travailler au taux de salaire


courant offert sur le marché et ne trouvent pas d’emploi, et chômage volontaire quand des
individus ne trouvent pas d’emploi parce qu’ils demandent un salaire supérieur au salaire
d’équilibre du marché.

Dans la théorie néoclassique élémentaire, le seul chômage envisageable est le chômage volontaire.
Etant donné que cette première conclusion est en contradiction trop flagrante avec la réalité, des
développements de la théorie macroéconomique ont permis une interprétation néoclassique du chômage
involontaire.

LES SALAIRES RIGIDES ET « TROP » ELEVES : LE CHÔMAGE « CLASSIQUE »

Une première explication classique du chômage met en cause les rigidités institutionnelles (comme par
exemple les syndicats, le droit de travail, le salaire minimum) qui empêchent le fonctionnement normal
du marché du travail (notamment en limitent la flexibilité des salaires, particulièrement à la baisse). Or
dans la théorie néoclassique, lorsque la demande de travail diminue, on ne peut éviter le chômage que
s’il se produit une baisse des salaires réels.

Sur la figure 2, supposons qu’une récession conduise les entreprises à réduire la demande de travail de
Ld1 à Ld2. Ce mouvement devrait entrainer une baisse du salaire wr1 à wr2. Si le salaire réel est rigide à
la baisse les employeurs sont contraints de maintenir le salaire à wr 1 et de réduire l’emploi à L3, alors
que l’offre de travail reste inchangée en L1.

4
La différence L1-L3 constitue un chômage « involontaire » : les travailleurs ne demandent que le salaire
qui est effectivement payé dans les entreprises (wr1). Toutefois à ce taux de salaire, il n’y a pas assez
d’emplois disponibles. Il ne faut pas se méprendre sur l’origine de ce chômage. Il ne provient pas d’une
insuffisance des débouchés pour les entreprises (comme nous le verrons au chapitre suivant, il s’agira
dans ce cas d’un chômage keynésien).

Les entreprises seraient disposées à embaucher davantage de travailleurs et pourraient écouler sans
difficulté la production supplémentaire. Elles ne le font pas parce que ce n’est pas rentable : avec un
salaire fixé à wr1 elles préfèrent réduire l’emploi et la production (ce qui engendre momentanément un
excès de demande sur le marché des biens). On désigne cette situation par le terme de « chômage
classique ».

En termes de politique économique, l’interprétation libérale de cette situation est claire : des individus
sont condamnés au chômage par des institutions qui empêchent les entreprises de négocier librement les
salaires et de proposer des emplois à ceux qui accepteraient d’être rémunérés au nouveau prix d’équilibre
du travail qui est désormais wr2 ; pour atteindre le plein emploi, il faudrait une plus grande flexibilité
salariale.

Figure 2

chômage

wr

wr1

wr2

0 L3 L2 L1 L

L’INDEMNISATION DU CHÔMAGE

L’explication précédente soulève une question : pourquoi les travailleurs et leurs organisations
syndicales préfèrent-ils le chômage à la baisse des salaires ? L’économiste français Jacques Rueff a
proposée dès les années 1920, une réponse souvent reprise dans les modèles d’inspiration néoclassique :
l’indemnisation du chômage introduit un biais en faveur des licenciements. En effet, si les travailleurs
acceptent des baisses de salaire, ils ne sont pas indemnisés pour la diminution de leur revenu, tandis
qu’ils le sont quand ils sont licenciés. Les syndicats seraient donc incités à résister plus fermement aux
baisses de salaire qu’aux réductions d’emploi. Par ailleurs l’indemnisation, associée à l’utilité du loisir

5
supplémentaire, réduit le coût du chômage pour les individus, ce qui doit les inciter à prendre davantage
de temps pour chercher un nouvel emploi.

Notons que cet argument perd sa portée explicative dans le contexte des pays en développement où il
n’existe pas d’indemnisation du chômage.

LA THEORIE DE LA RECHERCHE D’EMPLOI : LE CHÔMAGE « FRICTIONNEL »

La théorie du job search (recherche d’emploi) a été développée aux Etats-Unis, surtout dans les années
1960 essentiellement à partir des travaux de G. Stigler et E.S. Phelps. Elle postule l’hypothèse d’une
information imparfaite sur le marché du travail. En effet, en l’absence de toute rigidité salariale, le
chômage peut apparaître si l’information est imparfaite sur le marché du travail.

Dans un contexte d’imperfection de l’information, les travailleurs ont intérêt à consacrer un certain
temps à la recherche d’information, pour trouver le meilleur salaire et les employeurs pour trouver le
meilleur employé. Même s’il existe toujours un emploi disponible correspondant exactement aux
attentes et aux qualifications des individus cherchant un travail, il y aura un volant de chômage
incompressible correspondant au temps qui est nécessaire aux agents pour acquérir l’information sur le
marché du travail. Le chômage reflète donc un choix individuel rationnel ; il s’agit d’une activité
coûteuse (perte de revenu) mais qui présente une certaine rentabilité (trouver un meilleur emploi) ; la
recherche individuelle s’arrête quand sa rentabilité marginale (le gain de salaire que l’on peut espérer
en cherchant une journée de plus, par exemple) est égale à son coût marginal (le salaire perdu en refusant
de travailler durant cette journée de recherche supplémentaire).

Ce chômage incompressible est souvent qualifié de « frictionnel » : il existe en permanence des frictions
entre les offres et les demandes de travail de façon à les ajuster au mieux ; cet ajustement se produit
toujours (chaque offre de travail finit par rencontrer une demande), mais il prend le temps que les agents
estiment rationnel de lui consacrer. Ce chômage frictionnel est d’autant plus important que la mobilité
professionnelle ou géographique des travailleurs et des entreprises est forte. Tout passage par le marché
du travail implique en effet une période de chômage correspondant au temps optimal de recherche
d’emploi. Mais il s’agit d’un chômage de plein-emploi. Tous les individus souhaitant travailler aux taux
de salaires actuellement payés dans les entreprises trouvent un emploi.

LE CHOMAGE « STRUCTUREL »

Dans l’approche néoclassique, le chômage structurel est un chômage de recherche volontaire qui
résulte d’une inadaptation momentanée entre la structure des offres et des demandes de travail.

Les évolutions de la structure de la demande des biens et services sont à l’origine du chômage structurel.
En effet, la production de certains secteurs décline, tandis qu’elle se développe rapidement dans d’autres
secteurs. Ces mutations rejaillissent sur la structure de la demande de travail. Ainsi, certaines
qualifications professionnelles sont de moins en moins recherchées tandis que d’autres sont très
demandées. La structure des offres de travail peut donc se trouver en partie inadaptée à celle des
demandes. En effet, le système d’éducation et de formation professionnelle met un certain temps à
s’adapter aux nouveaux besoins de l’économie, et la réduction de l’emploi dans les secteurs en déclin
amène sur le marché du travail des individus dont l’expérience professionnelle est de moins en moins
demandée par les entreprises.

Cette situation occasionne une offre de main-d’œuvre excédentaire pour les qualifications les moins
recherchées. L’approche néoclassique considère le chômage qui en résulte comme un chômage

6
volontaire. En effet, la présence d’une offre excédentaire pour certaines qualifications signifie que leur
prix d’équilibre sur le marché est plus faible. Mais, dans un premier temps, les jeunes qui arrivent sur le
marché avec une formation insuffisante ou inadaptée demandent un salaire d’entrée équivalent à celui
de leurs aînés ; de même, les travailleurs provenant des secteurs en déclin demandent un salaire
correspondant à la valeur de marché passée de leur expérience. Les individus mettent du temps à réaliser
et à accepter que leur qualification s’est dévalorisée sur le marché du travail et qu’ils ne peuvent trouver
un emploi qu’en acceptant un salaire inférieur ou en sortant momentanément du marché pour suivre une
nouvelle formation. Ce chômage structurel se trouvera bien entendu renforcer par toute réglementation
ou institution qui limite la flexibilité des salaires à la baisse. Ainsi, le salaire minimum est perçu comme
un obstacle à l’emploi des jeunes insuffisamment qualifiés.

LE TAUX DE CHÔMAGE « NATUREL »

Le taux de chômage naturel est le taux de chômage correspondant au fonctionnement


normal et efficace du marché du travail, compte tenu de l’imperfection de l’information et
des contraintes institutionnelles.

Le chômage naturel comprend donc le chômage frictionnel (ou de recherche), chômage structurel (qui
n’est qu’une variante du précédent) et le chômage classique. Il est très largement volontaire ; seule une
partie du chômage classique est involontaire : celle qui provient d’institutions empêchant les employeurs
d’offrir des emplois aux individus qui accepteraient un salaire réel inférieur au salaire courant. La partie
involontaire du chômage est donc réductible par une remise en cause des institutions qui rigidifient les
salaires à la baisse. Cela constitue la seule voie offerte à la politique économique ; une fois éliminé le
chômage classique, le chômage naturel est incompressible ; il s’agit alors du chômage correspondant à
l’équilibre entre l’offre et la demande de travail et nécessaire à la réalisation de cet équilibre. La
conclusion essentielle de l’approche néoclassique reste donc : une économie où les salaires réels sont
parfaitement flexibles est toujours au plein-emploi, le chômage qui subsiste dans cette économie est un
chômage volontaire et efficace, un « chômage » de « plein-emploi ».

Remarque

Le taux de chômage naturel est parfois désigné par l’expression NAIRU (non accelerating inflation rate of
unemployment), qui signifie : taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation. En effet, nous verrons que, pour
l’approche classique, les politiques de stimulation de la demande sont impuissantes à abaisser durablement le
taux de chômage en deçà du taux naturel ; elles ne font qu’augmenter le taux d’inflation. Cependant, les
monétaristes estiment que ces politiques peuvent momentanément abaisser le taux de chômage, au prix d’une
inflation plus élevée ; mais le taux de chômage revient inéluctablement vers son taux naturel ; on ne peut donc
maintenir un taux de chômage effectif inferieur qu’en répétant successivement les politiques de relance par la
demande et donc en accélérant continuellement l’inflation. Le taux de chômage naturel est le seul qui soit
compatible avec la stabilité de l’inflation.

THEORIE DU SALAIRE D’EFFICIENCE

H. Leibenstein (1957) observa que dans les pays en développement, l’élévation des salaires a un effet
positif sur la productivité du travail. En partant de cette idée, divers modèles vont montrer qu’un
employeur rationnel doit fixer un salaire optimal (dénommé « salaire d’efficience ») supérieur au salaire
d’équilibre. Pour J.stiglitz (1974), ce sur-salaire incite les salariés à rester dans l’entreprise et réduit ainsi
les coûts liés à la rotation de la main d’œuvre ; pour Akerlov (1984), il stimule la motivation des salariés
et donc l’intensité et la qualité de leur travail ; pour J.J. Laffont (1985), le sur-salaire incite les salariés
à révéler l’information cachée qu’ils détiennent sur l’efficacité réelle de leur travail et sur les moyens de

7
l’améliorer. Quelle qu’en soit la raison, un salaire supérieur au prix d’équilibre du marché entraîne le
chômage.

2. L’équilibre sur le marché des Biens et services


A. L’offre globale de biens et services

LE PRODUIT INTERIEUR DE PLEIN-EMPLOI

Dans la démarche classique, tous les facteurs de production (y compris donc le capital) sont toujours
pleinement employés. Dans le cas contraire, le prix des facteurs offerts sur le marché mais non encore
utilisés s’abaisserait rapidement pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande de facteurs. Le
volume des facteurs disponibles détermine donc la production de la nation. En courte période, seul le
facteur travail est variable, et le volume de production dépend uniquement de la quantité disponible du
facteur travail.

La fonction de production de courte période est représentée sur la figure 3 : Y (le PIB, ou revenu réel)
est une fonction croissante de L (le volume de l’emploi). Y croît de moins en moins vite en raison de la
loi des rendements décroissants selon laquelle la productivité marginale d’un facteur est positive mais
décroissante, toutes choses étant égales par ailleurs. Cette fonction de production est construite pour
une quantité de capital et pour une technologie donnée. Une augmentation du stock de capital ou une
amélioration des techniques de production déplacent la fonction de production vers le haut.

Le revenu d’équilibre déterminé par la fonction de production est forcément Ype, le revenu qui
correspond au plein-emploi, puisque, en raison des hypothèses sur le fonctionnement du marché du
travail, la quantité de travail utilisée correspond nécessairement au plein-emploi (Lpe).

Figure 3
Y

Ype Y= f(L)

0 Lpe L

LA COURBE D’OFFRE GLOBALE

La courbe d’offre globale indique la relation entre le produit intérieur réel (Y) et le niveau général des
prix (P). Dans l’approche classique, l’offre globale (O) est indépendante du niveau général des prix car
les marchés de facteurs sont efficients et garantissent le plein-emploi des facteurs. L’offre globale ne
`zdépend donc que de la quantité des facteurs offerts et qui sont, par hypothèse, totalement employés.
La courbe d’offre globale peut être représentée par une droite verticale au niveau de Ype comme indiquée
sur la figure 4.

8
Figure 4
P

Offre
globale

0 Ype Y
B. l’équilibre entre l’offre et la demande

Puisque les entreprises choisiront nécessairement une production qui utilise totalement et au mieux
l’ensemble des facteurs de production disponibles, la question qui se pose est de savoir si la demande
sera suffisante pour assurer un débouché à l’ensemble des biens et services ainsi produits.

LA LOI DES DEBOUCHES DE J.-B.SAY

En 1803, Jean-Baptiste Say (1767 -1832) énonce la loi des débouchés pour montrer l’impossibilité d’un
déséquilibre entre l’offre et la demande globales. On peut résumer ainsi cette loi :

La valeur des biens et services offerts se transforme en un revenu qui est intégralement
dépensé pour l’achat de biens et services ; en conséquence, dans l’économie prise dans son
ensemble, la demande globale est nécessairement égale à l’offre globale.

Tous les biens offerts dans l’économie ont donc un débouché. Toute surproduction généralisée est
inconcevable. Le produit intérieur de plein-emploi (Ype) est donc assuré de trouver un débouché sur le
marché des biens et services, à la condition toutefois que tout le revenu soit dépensé. Même dans le cas
où les agents constituent une épargne et qu’en conséquence une partie du revenu n’est pas dépensé, la
dépense globale reste égale à l’offre globale, parce que la partie du revenu qui n’est pas consacrée à la
consommation est utilisée pour financer l’investissement. La loi des débouchés suppose donc un
mécanisme d’équilibre automatique entre l’épargne et l’investissement. Il est alors opportun de
préciser la vision néoclassique de la fonction d’épargne et de la fonction d’investissement.

LA FONCTION D’EPARGNE (S)

Dans la vision classique, les individus n’ont pas de préférence pour la liquidité ; ils épargnent pour
effectuer des placements rémunérés par un taux d’intérêt, qui augmente leur richesse future. Les agents
n’étant pas victime d’une illusion monétaire, ils tiennent compte du taux d’intérêt réel, c’est-à-dire du
taux d’intérêt nominal (le taux affiché sur les marchés financiers) diminué du taux d’inflation. L’épargne
(S) est donc une fonction croissante du taux d’intérêt réel (i). S = S(i). Avec S’ (i) > 0

9
LA FONCTION D’INVESTISSEMENT

La demande de capital (de biens d’investissement) est telle que la productivité marginale physique du
capital (PmK) est égale au taux d’intérêt réel. On en déduit que la demande de capital est une fonction
décroissante du taux d’intérêt réel. En effet, un producteur qui ne dispose pas des fonds nécessaires à
l’achat de capital doit les emprunter et payer un intérêt. Pour déterminer le volume de son
investissement, il compare donc le coût d’emprunt d’un FCFA supplémentaire (le taux d’intérêt) à la
productivité du FCFA supplémentaire investi (PmK). Si le producteur autofinance son investissement à
l’aide des profits, le taux d’intérêt mesure toujours le coût du capital. En effet, au lieu d’investir ses
profits dans des biens d’investissement, le producteur peut les placer sur les marchés financiers. Pour
chaque FCFA investi dans la production, il perd le taux d’intérêt qu’il pourrait percevoir dans un
placement financier. Dans les deux cas (financement par emprunt ou autofinancement), le producteur
développe son capital tant que la productivité marginale de 1 FCFA investi dans la production est
supérieure au taux d’intérêt réel couramment versé pour 1 FCFA placé sur les marchés financiers.
Partant d’une position d’équilibre, si le taux d’intérêt réel s’élève, toutes choses étant égales par ailleurs,
le coût du capital devient supérieur à sa productivité marginale et il est rationnel de réduire la demande
de capital. L’investissement (I) est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt réel (i) : I = I (i),
avec I’(i) < 0

L’EQUILIBRE EPARGNE = INVESTISSEMENT

Figure 5

Epargne
Investissement
i

S(i)

I2

i*

i2
I(i)

0 I=S I,S

Sur la figure 5, nous représentons l’épargne comme une fonction croissante, et l’investissement comme
une fonction décroissante de i. Il existe un taux d’intérêt réel i* tel que I = S. Dans l’approche
néoclassique, les marchés financiers sont parfaitement concurrentiels. La flexibilité totale et instantanée

10
des taux d’intérêt garantit donc qu’à tout moment, I(i) = S(i). L’épargne n’est pas vue comme une fuite
dans le circuit économique. Elle n’est qu’une dépense en biens d’investissement. La loi des débouchés
est donc vérifiée. Le produit intérieur qui assure le plein-emploi (Ype) est toujours confronté à une
demande suffisante pour utiliser la totalité de la production. Le marché du travail et le marché des biens
et services sont simultanément en équilibre, et il n’y a pas de chômage autre que le chômage naturel de
plein-emploi.

3. L’équilibre monétaire
En se basant sur la loi des débouchés, l’offre globale est égale à la demande globale quel que soit le
niveau général des prix. Il existe donc une infinité de prix pour lesquels l’offre globale est égale à la
demande globale. La prise en compte du marché monétaire permet de déterminer le niveau général des
prix P et d’augmenter le réalisme du modèle.

A. La demande et l’offre de monnaie

LES FONCTIONS DE LA MONNAIE

La monnaie, au sens strict, est constituée de l’ensemble des moyens de paiement


immédiatement utilisables pour effectuer des règlements et acceptés par tous dans une
communauté donnée.

On reconnait habituellement trois fonctions à la monnaie : elle constitue un étalon de mesure de tous
les biens ; elle est un intermédiaire dans les échanges qui évite les limites du troc ; elle est une réserve
de valeur.

LA DEMANDE DE MONNAIE DE TRANSACTION

Dans un univers d’information parfaite et sans incertitude, les agents n’ont pas de préférence pour la
liquidité. Dans l’approche néoclassique élémentaire, le seul motif de demande de monnaie est donc le
financement efficace des transactions. Il en ressort que plus la valeur des biens et services en circulation
dans l’économie est importante, plus la quantité des moyens de paiement nécessaire pour effectuer les
transactions est importante. On peut donc exprimer la demande de monnaie (Md) comme une fonction
croissante de la valeur des biens et services en circulation dans l’économie (P.Y) :

Md = k p Y …(3)

P est le niveau général des prix, Y, le revenu réel (ou PIB en volume), P.Y, le revenu nominal (ou PIB
en valeur), et k, un coefficient positif mesurant l’intensité de la relation entre Md et P.Y. (L’équation
(3) est souvent dénommée équation de Cambridge, du nom de l’école de pensée qui, la première, a
proposé cette présentation de la demande de monnaie.)

LA VITESSE DE CIRCULATION DE LA MONNAIE

Précisons la signification concrète de k. à partir de (3), on peut tirer :

𝑀𝑑
k = 𝑃.𝑌 …(4)

Le coefficient k est donc la quantité de monnaie (le nombre d’unités monétaires) désirée pour assurer
les transactions, divisée par la valeur totale des biens et services en circulation dans l’économie : il

11
mesure le nombre d’unités monétaires nécessaires pour réaliser une unité monétaire d’échanges de biens
et services dans l’année (si Y est le PIB annuel).

Si k = 0,5 cela signifie que pour 1 FCFA de PIB, une pièce de 50 centimes de FCFA (si cela existait)
suffit à assurer les échanges ; elle sera donc en moyenne utilisée deux fois. Si k = 0,20, une pièce de 20
centimes de FCFA suffit à assurer les échanges correspondant à 1 FCFA de PIB ; elle sera donc en
moyenne utilisée cinq fois, etc. Le coefficient k est donc tout simplement l’inverse de la vitesse de
circulation de monnaie (V).

La vitesse de circulation de la monnaie mesure la valeur des échanges des biens et services
qui peut être assurée par la circulation d’une unité monétaire (1 FCFA par exemple).

Par définition, donc, V est le rapport entre la valeur des biens et services en circulation durant l’année
(P.Y) et le nombre d’unité monétaires en circulation pour assurer les transactions (Md) :

𝑃.𝑌
V = 𝑀𝑑 …(5)

LA FONCTION DE DEMANDE DE MONNAIE

A partir de (3) et (5), on peut adopter deux présentation équivalentes de la demande de monnaie :

Md = k.P.Y

1
Ou bien Md = P.Y …(6)
𝑉

𝑀𝑑 1
En divisant chaque membre de l’équation (6) par P, la demande de monnaie devient : 𝑃
=
𝑉
Y. Cette
équation est strictement identique à la réaction (6), mais cette présentation attire davantage l’attention
sur l’absence d’illusion monétaire des agents économiques. Leur demande d’encaisses pour financer les
Md
transactions est une demande d’encaisses réelles ( P
) en relation avec le volume des biens et services
en circulation (Y) : les encaisses sont destinées à acheter les biens et des services et les agents ne
s’intéressent donc qu’au pouvoir d’achat effectif de la monnaie détenue et non à sa valeur nominale.

LA STABILITE DE LA DEMANDE DE MONNAIE

D’après (6), on voit que la demande de monnaie peut être considérée comme une fonction stable du
revenu nominal (P.Y) si la vitesse de circulation de la monnaie est stable.

La vitesse de circulation de la monnaie peut dépendre de deux types de facteurs : les habitudes de
paiement d’une communauté donnée, qui dépendent elles-mêmes de l’état des techniques de paiement
et de l’organisation du système bancaire ; et les taux d’intérêt, qui déterminent le coût de détention des
encaisses non ou peu rémunérées. L’approche néoclassique élémentaire néglige ce dernier facteur. La
demande de monnaie est supposée peu sensible, voire complètement inélastique, au taux d’intérêt. Ainsi,
le taux d’intérêt ne détermine que l’arbitrage entre l’épargne et la consommation.

La monnaie n’étant demandée que pour effectuer les échanges, la quantité qui est nécessaire pour assurer
cette fonction ne dépend que des habitudes et des techniques de paiement. Ces dernières pouvant être
considérées comme relativement stables dans une économie donnée, la vitesse de circulation de la
monnaie doit être à peu près constante, du moins à court terme. Si V est constante, la demande de
monnaie apparait donc comme une fonction stable du revenu nominal comme l’indique la relation (6).

12
L’OFFRE DE MONNAIE

L’analyse macroéconomique admet par hypothèse que ce sont les autorités monétaires qui déterminent
l’offre de monnaie. On dit que l’offre de monnaie (Mo) est exogène :

̅
Mo = 𝑀 …(7)

B. L’équilibre du marché monétaire

L’équilibre du marché monétaire suppose simplement que Mo soit égale à Md. Soit, en rapprochant les
égalités (6) et (7) :

̅ = Md = 1 P.Y
𝑀 𝑉

Ce qui nous donne

̅ .V = P.Y
𝑀 …(8)

Tant que l’on ne fait pas d’hypothèses sur l’évolution des différentes variables et les liens de causalité
qui existent entre elles, l’équation (8) n’est qu’une identité comptable qui dit ceci : la valeur totale des
échanges effectués dans l’année (P.Y) est égale au nombre d’unités monétaires utilisées dans les
échanges (M) multiplié par le nombre de fois où chaque unité monétaire a été en moyenne utilisée dans
l’année (V). Il convient donc, pour dépasser l’identité comptable, de préciser les hypothèses
néoclassiques qui donnent une réelle signification théorique à cette présentation de l’équilibre
monétaire.

LA THEORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE

Reprenons la relation (8) :

̅ . 𝑉̅ = P.Y
𝑀 …(8)

Puisque dans la logique néoclassique Y correspond au PIB qui assure le plein-emploi des facteurs de
production,Y = Ype est une donnée exogène. De même V dépend uniquement des habitudes et des
techniques de paiement, qui n’évoluent que très lentement dans le long terme. Donc, à un moment donné,
V peut être considérée comme une donnée institutionnelle constante : V=𝑉̅. En tenant compte de ces
hypothèses, la relation (8) devient :

̅ . 𝑉̅ = P.Y pe
𝑀 …(9)

Puisque V et Ype sont des données exogènes, indépendantes de la quantité de monnaie, la relation (9)
décrit une relation directe entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau général des prix. Une
augmentation de la quantité de monnaie en circulation, pour V et Ype constants, entraine nécessairement
de l’inflation (hausse de P). Inversement, une réduction de M provoque une baisse du niveau général
des prix (déflation). Telle est l’hypothèse essentielle de la théorie quantitative de la monnaie. La
quantité de monnaie détermine le niveau général des prix ; elle n’a aucune influence réelle sur
l’économie : la production (Y) et l’utilisation des facteurs ne sont pas affectées par les variations de M.
On dit que la monnaie est « neutre » ; elle ne modifie que les valeurs nominales, le prix absolu des
choses, mais laisse inchangés les quantités et les prix réels (les prix relatifs).

13
L’EFFET D’ENCAISSE REELLE (OU « EFFET PIGOU »)

Par quel mécanisme concret les variations de la quantité de monnaie sont-elles reflétées dans le niveau
général des prix ? Par ce que l’on appelle l’effet d’encaisse réelle (initialement énoncé par Arthur Cecil
Pigou).

L’effet d’encaisse réelle est la variation des dépenses monétaires décidée par les détenteurs
de monnaie en vue de ramener au niveau désiré la valeur réelle de leurs encaisses
monétaires après qu’elles ont été modifiées par un choc quelconque.

Il convient de signaler que dans la réalité, la vitesse de la circulation de la monnaie n’est pas constante
mais connaît des fluctuations significatives, et les variations de la quantité de monnaie semblent le plus
souvent entraîner simultanément des variations de prix et des variations de la production. Pour expliquer
cette instabilité de la demande de monnaie et l’absence de neutralité de la monnaie (à court terme), les
monétaristes ont proposé une interprétation plus large de la théorie quantitative de la monnaie, dont nous
nous contenterons ici de résumer les résultats.

L’APPROCHE MONETARISTE DE LA DEMANDE DE MONNAIE

En premier lieu, les monétaristes tentent de montrer que la demande de monnaie peut en effet présenter
quelque instabilité à court terme, mais qu’elle est stable à long terme. Selon eux, la demande de monnaie
ne dépend pas du revenu courant des agents mais de leur revenu permanent.

Le revenu permanent est le flux de revenu perpétuel qu’un agent peut escompter retirer de
l’exploitation de son patrimoine sans diminuer la valeur de ce dernier.

Pour les monétaristes, il y a quelque bon sens à considérer que les individus ne déterminent pas leur
comportement uniquement à partir du revenu qu’ils perçoivent aujourd’hui, mais aussi en fonction de la
façon dont ils anticipent leur revenu permanent. Aussi systématisent-ils cette réflexion de bon sens en
faisant l’hypothèse que la demande d’encaisses réelles ne dépend que du revenu permanent réel. On
peut formuler cette hypothèse ainsi :

𝑀𝑑 𝑅
= f ( 𝑝) …(10)
𝑃 𝑃𝑝

Où Rp mesure le revenu permanent et Pp, le niveau général des prix permanent qui reflète la façon dont
les agents anticipent l’inflation à long terme. Si l’hypothèse monétariste est vérifiée, les fluctuations à
court terme du revenu courant n’affecteront pas la demande de monnaie ; le rapport entre la quantité de
monnaie et le revenu courant (c’est –à-dire la vitesse de circulation de la monnaie) peut donc être
instable. Mais ce phénomène, observé à court terme, masque la stabilité de la relation de long terme
entre la demande de monnaie et le revenu permanent.

L’APPROCHE MONETARISTE DE LA NEUTRALITE

Pour les monétaristes, à court terme, les imperfections dans le fonctionnement des marchés et la lenteur
des agents à percevoir correctement l’inflation permettent aux variations de la monnaie d’avoir des effets
réels sur l’économie. Il en ressort donc qu’à court terme, une augmentation des encaisses monétaires
des ménages provoquée par une politique d’extension du crédit à la consommation peut temporairement
stimuler l’activé économique en même temps que l’inflation. La monnaie a donc des effets réels, elle
n’est pas complètement neutre.

14
Mais ces effets ne sont pas durables car à long terme, les individus anticipent correctement l’inflation,
et au terme du processus, les encaisses monétaires, les prix et les salaires nominaux sont plus élevés
mais les encaisses réelles, les salaires réels, la production et l’emploi sont inchangés. A long terme, la
monnaie est neutre et la théorie quantitative de la monnaie est vérifiée.

Dans les années 1970, la théorie des anticipations rationnelles (initiée par R. Barro, R. Lucas, T.
Sargent) critiquera la théorie monétariste, en estimant que des individus rationnels anticipent
correctement l’inflation dès l’instant où le gouvernement annonce une politique monétaire
expansionniste. Dans ce cas, il est impossible d’augmenter l’offre en « faisant croire » aux salariés que
les salaires réels augmentent. Cette approche revient donc à la théorie classique de la monnaie : la
monnaie est neutre même à courte terme.

4. Résumé de l’approche néoclassique


L’ENCHAINEMENT DES EQUILIBRES

Puisque les marchés de facteurs sont parfaitement concurrentiels, les prix des facteurs sont parfaitement
flexibles et le produit national est toujours à un niveau de plein–emploi ; il n’y a pas de chômage en
dehors du chômage de recherche volontaire ou du chômage lié à des rigidités institutionnelles qui
bloquent la libre négociation des salaires ; il n’y a pas de capacités de production inutilisées ; le PIB
effectif est égal au PIB potentiel.

Toute crise de surproduction est impossible car la totalité du PIB est écoulée sans difficulté sur les
différents marchés grâce à la loi des débouchés. En effet, toute la production est transformée en revenu ;
tout le revenu est utilisé en dépenses de consommation ou en épargne ; toute l’épargne sert au
financement des dépenses d’investissement grâce aux fluctuations des taux d’intérêt. Les éventuels
déséquilibres ex ante entre la structure de la demande et la structure de l’offre sont corrigés
immédiatement par des fluctuations des prix relatifs des différents biens et services.

La monnaie est demandée uniquement pour effectuer les échanges. La demande de monnaie est donc
très stable ; les agents économiques maintiennent la valeur réelle de leurs encaisses dans une proportion
stable par rapport au volume réel des échanges ; toute variation inattendue de la quantité de monnaie en
circulation conduit les agents à ajuster la valeur de leurs dépenses de façon à rétablir le niveau désiré
des encaisses réelles ; l’économie étant en permanence au plein-emploi, l’offre globale des biens et
services ne peut varier, en conséquence, les mouvements de la demande induits par les variations de la
quantité de monnaie se reflètent entièrement dans le niveau général des prix. La monnaie n’a donc pas
d’effet réel sur l’économie ; elle détermine seulement le niveau général des prix et n’agit ni sur les prix
relatifs des biens ou des facteurs, ni sur l’emploi, ni sur la production.

POLITIQUE ECONOMIQUE

Dans ce contexte, il n’y a guère de place pour la politique macroéconomique. Les seules interventions
nécessaires sont celles qui garantissent un fonctionnement concurrentiel des marchés et limitent les
rigidités institutionnelles qui pèsent éventuellement sur les fluctuations des prix et salaires.

METHODOLOGIE

Les principales caractéristiques méthodologiques de l’approche néoclassique sont les suivantes :

15
 L’analyse est microéconomique. Plus précisément, le souci théorique est de développer une
explication du fonctionnement de l’économie nationale qui dérive du postulat de rationalité des
comportements individuels, ou qui, du moins, soit compatible avec ce postulat ; si les problèmes,
à l’échelle nationale, sont toujours macroéconomique, la théorie, elle, doit avoir des fondements
microéconomiques.
 L’analyse est statique et non dynamique. Ainsi, quand on examine l’évolution d’un marché
après un changement quelconque (exemple : une variation de la demande), on n’étudie pas
précisément les processus concrets par lesquels le marché va passer d’une position d’équilibre
à une autre ; on se contente de décrire le nouvel équilibre. Ce qui se passe entre deux points
d’équilibre et le temps que cela prend ne constituent pas un sujet d’analyse très important quand
on part du postulat que tout marché est automatiquement et instantanément équilibré grâce à la
parfaite flexibilité des prix.
 L’analyse se situe dans le long terme. Il s’agit là d’un corollaire de la caractéristique
précédente. Le long terme peut être considéré comme une période suffisamment longue pour
que tous les ajustements nécessaires à l’équilibre des marchés aient eu le temps de s’opérer.
Puisqu’on raisonne ici en postulant un équilibre instantané de tous les marchés, l’analyse
s’intéresse, par définition, au long terme. En fait, cela revient à ne pas réellement prendre en
compte le rôle du temps dans les processus économiques. Cette démarche est raisonnable si le
temps nécessaire au passage d’un point d’équilibre à un autre est relativement court, ou encore
si le court terme est vraiment court ; dans ce cas, en effet, ce qui importe, c’est le résultat final
du processus d’ajustement, ce vers quoi, très rapidement, l’économie va tendre.

16
Chapitre 2 : L’équilibre macroéconomique avec des prix rigides :
l’approche keynésienne

La véritable critique de Keynes à l’égard de l’économie politique classique et néoclassique se situe sur
le plan des fondements microéconomiques de l’analyse macroéconomique : dans un univers
d’information imparfaite, on ne peut pas faire confiance aux mécanismes de prix pour rétablir
rapidement l’équilibre sur tous les marchés, comme le prétend la théorie de l’équilibre général.
Contrairement à la théorie classique, pour Keynes les ajustements ne se font pas par les prix (salaires,
prix des biens, taux d’intérêt), mais par les quantités (production, emploi, chômage).

La logique keynésienne est une logique de demande. Puisque les prix ne sont pas parfaitement flexibles,
mais rigides à court terme, la réalisation des plans en termes de quantités échangées n’est pas garantie
par un mécanisme d’équilibre automatique. Il existe alors une incertitude réelle quant à la réalisation
des plans des entreprises. Dans ces conditions, les agents prennent leurs décisions en fonction de la
demande anticipée pour les biens ou les facteurs qu’ils ont à offrir. Contrairement à la logique
néoclassique, où l’offre créait sa propre demande, c’est à présent la demande effective à laquelle les
agents s’attendent à être confrontés, à l’équilibre, qui détermine l’offre.

Dans ce chapitre, nous commençons par étudier les facteurs déterminant la demande (section 1). Ensuite
nous étudions l’équilibre sur le marché des biens et services (section 2). L’équilibre du marché monétaire
est étudié à la section 3). Enfin, la section 4 étudie le marché du travail.

1. Les déterminants de la demande globale


A. La demande de consommation et épargne

LA FONCTION DE CONSOMMATION DE KEYNES

La fonction de consommation keynésienne est basée sur la loi psychologique fondamentale selon
laquelle les agents augmentent leur consommation (C) quand le revenu (Y) s’élève, mais dans une
proportion moindre que l’augmentation du revenu. On appelle propension marginale à consommer (c)
la variation de la consommation induite par une variation marginale (infinitésimale) du revenu, soit :

𝑑𝐶
c = 𝑑𝑌 , avec 0 < c < 1.

Si c = 0,8 cela signifie que les agents consomment 80% d’une augmentation du revenu, ou encore qu’une
augmentation de 1 FCFA du revenu induit 0,8 FCFA de consommation supplémentaire. En considérant
qu’il existe une consommation incompressible (Co) indépendante du niveau du revenu la fonction de
consommation peut être formulée comme suit :

C = Co + c Y …(1)

Notons que, la propension moyenne à consommer qui est la part du revenu consacrée à la
consommation se détermine comme suit :

𝐶 𝐶0
𝑌
= 𝑌
+ c.

17
La propension moyenne à consommer est donc supérieure à la propension marginale à consommer et
décroit régulièrement quand le revenu augmente. Un certain nombre d’estimations statistiques ont
conduit à penser que la formulation (1) correspondrait assez bien à la fonction de consommation à court
ou moyen terme, tandis qu’à long terme, la consommation est plutôt décrite par la relation C=cY (2). La
contradiction apparente entre les fonctions de consommation à court terme et à long terme a contribué
à des développements critiques de la fonction de consommation keynésienne (théories du revenu
permanent et du cycle de vie notamment). Au stade présent de notre analyse, le choix de l’une ou l’autre
forme n’a pas d’incidence réelle et nous retiendrons la formulation (1) qui est la plus fréquente.

LA FONCTION D’EPARGNE

Dans la logique keynésienne, l’épargne (S) est un résidu : elle est tout simplement la partie du revenu
qui n’est pas consommée.

S = Y – C = Y – c Y –C0= (1 – c) Y–C0

Si la propension marginale à consommer est de 0,8 et qu’en conséquence 80 % du revenu est consommé,
20 % du revenu est épargné. La propension marginale à épargner (s) est simplement le complémentaire,
par rapport à 1, de la propension marginale à consommer (c) :

s = 1 – c, et S = s Y–C0 d’où S=S(Y).

On voit clairement la différence de méthode avec l’approche néoclassique. En effet, dans l’approche
néoclassique, l’épargne dépend du taux d’intérêt ; elle reflète donc essentiellement un comportement de
placement financier ; le taux d’intérêt arbitre entre la consommation présente et l’épargne (qui représente
des consommations futures).

Par contre dans l’approche keynésienne, les agents cherchent d’abord à satisfaire leurs besoins de
consommation présente. S’il reste quelque chose par rapport au revenu qu’ils ont effectivement perçu,
cela constitue une épargne. C’est alors seulement qu’ils seront sensibles aux taux d’intérêt pour
déterminer sous quelle forme il faut détenir cette épargne (liquide, compte d’épargne, obligations…).
Le taux d’intérêt détermine l’arbitrage entre les différentes formes de placements financiers des ménages
et non pas le volume global de leur épargne. L’épargne est une fonction croissante du revenu.

B. La demande d’investissement

S’agissant de la fonction d’investissement, l’analyse keynésienne suit la tradition néoclassique en faisant


de l’investissement (I) une fonction décroissante du taux d’intérêt réel (i). L’analyse s’appuie sur les
critères de choix d’investissement que sont le bénéfice actualisé et le taux de rendement interne (ou
efficacité marginale du capital dans la terminologie de Keynes). Toutefois, dans l’analyse keynésienne,
en dehors de l’investissement induit, il existe un investissement autonome.

LE BENEFICE ACTUALISE

L’investisseur compare les flux de revenus futurs qu’il attend de son investissement au cours des n
années à venir (R1, R2, R3,…, Rn), au coût de l’investissement (I). Dans ce calcul, il faut tenir compte de
la valeur temporelle de l’argent : une somme versée dans le futur a moins de valeur qu’une somme
équivalente versée aujourd’hui. Pour mesurer correctement le bénéfice tiré de l’investissement, il faut
donc ramener les revenus futurs à leur valeur actuelle par la technique de l’actualisation.

18
Le principe d’actualisation est très simple. Prenons par exemple une somme So qui rapporte chaque
année un intérêt i. Cette somme vaudra :

S1 = S0 (1+i) au bout d’un an,

S2 = S1 (1+i) = S0 (1+i)2 au bout de deux ans,

S3 = S2 (1+i) = S0 (1+i)3 au bout de trois ans,

Sn = S0 (1+i)n au bout de n années.

De cette dernière expression on peut tirer la valeur présente (S0) d’une somme Sn reçue dans n année :

Sn
S0 = …(3)
(1+𝑖)𝑛

Le bénéfice actualisé (BA) est égal à la valeur présente du flux de revenu attendu pendant les n années
correspondant à la durée d’exploitation de l’investissement (R1, R2, …, Rn), moins le coût de
l’investissement (I) :

1 𝑅 2 𝑅 𝑛 𝑅
𝐵𝐴 = (1+𝑖) 1 + (1+𝑖)2 + ⋯ + (1+𝑖)𝑛 − 𝐼 ………………(4)

Où i est le taux d’actualisation retenu pour mesurer le rythme auquel l’investisseur estime que les valeurs
se déprécient dans le temps. L’entreprise ne retient que les projets d’investissement ayant un bénéfice
actualisé positif et accorde sa préférence à ceux qui présentent le BA le plus élevé. Toutefois, il ne suffit
pas que le bénéfice actualisé soit positif, voire élevé, pour justifier l’investissement. Il faudrait que le
taux de rendement interne de l’investissement soit supérieur ou égal au taux de rendement des
placements financiers disponibles (pour un degré de risque équivalent entre les deux formes de
placement).

LE TAUX DE RENDEMENT INTERNE (OU EFFICACITE MARGINALE DU CAPITAL)

Le taux de rendement interne d’un investissement est le taux d’actualisation qui annule le
bénéfice actualisé.

Considérons qu’une machine qui vaut 1000 FCFA et dont la durée de vie est d’une année, doit rapporter
1100 FCFA dans un an. Pour obtenir dans un an une somme de 1100 FCFA en plaçant 1000 FCFA cette
année, il faut un taux de rendement r tel que : 1000(1 + 𝑟) = 1100, ou encore tel que :

1100
(1 + 𝑟) = = 1,1 (5)
1000

Donc, r = 0,1 = 10 %. Si le taux d’intérêt effectif sur les titres est inférieur ou égal à 10 %, on peut
procéder à l’investissement. Si le taux d’intérêt est supérieur, il vaut mieux effectuer un placement
financier. On constate que r est le taux d’actualisation qui annule le bénéfice actualisé. En effet, d’après
1100
la relation (5) ci-dessus, on peut écrire :1000 = 1+𝑟
. Le coût de l’investissement (1000) est bien égal à
la valeur présente des recettes attendues[1100/(1 + 𝑟)]. On retiendra donc, de façon générale : pour n
années, le taux de rendement interne est donc le taux r tel que :

1𝑅 2 𝑅 𝑛𝑅
𝐵𝐴 = (1+𝑖) 1 + (1+𝑖)2 + ⋯ + (1+𝑖)𝑛 − 𝐼 = 0 (6)

19
Les investissements ont lieu quand r est supérieur ou égal à i. Si i s’élève, un nombre plus important de
projets passent en dessous du seuil de rentabilité (certains projets rentables deviennent non rentables) et
I diminue. Inversement, si i diminue, l’investissement est stimulé. L’investissement est donc une fonction
décroissante de i.

LA FONCTION D’INVESTISSEMENT

En faisant l’hypothèse d’une fonction linéaire, la fonction d’investissement se présente comme suit:

I = bi, avec b < 0 …(7)

Où b peut être interprété comme la sensibilité de l’investissement au taux d’intérêt. Cependant, au cours
d'une période donnée, le montant de l'investissement global comporte outre la partie qui est liée au taux
d’intérêt une composante autonome qui dépend des anticipations exogènes des entreprises et du
comportement de l’Etat en matière de dépenses publiques. Ainsi l’expression de la fonction
d’investissement selon l’optique keynésienne est la suivante : I = bi + I0 où I0 désigne l’investissement
autonome.

C. La demande extérieure

Dans une économie ouverte, la demande globale est constituée de la demande intérieure (C et I) et de la
demande extérieure (les exportations, X). Le volume des exportations dépend en premier lieu des
produits exportés et de la situation économique des pays étrangers. Pour des prix donnés, on peut donc
les considérer comme exogènes par rapport à l’équilibre économique national. Comme une partie des
produits achetés par les agents résidents est importée, on peut utiliser le concept de demande extérieure
nette en déduisant des exportations les importations de biens et services (M). La demande extérieure
nette est donc : X – M. Puisque les importations dépendent directement du volume de l’activité
intérieure, elles ne peuvent pas être considérées comme exogènes. Les agents intérieurs consacrent en
effet une fraction de leurs dépenses à des produits étrangers (biens de consommation ou d’équipement,
matières premières…) ; ils ont une certaine propension à importer. On fait donc l’hypothèse que M est
une fonction croissante du revenu intérieur (Y): M = mY, avec 0 < m <1. m est la propension marginale
à importer ; elle mesure la fraction d’une augmentation du revenu national qui est consacrée à des
importations. La demande extérieure nette est donc égale à X – mY.

2. L’équilibre sur le marché des biens et services

L’équilibre offre-demande globales

L’EQUILIBRE COMPTABLE ET L’EQUILIBRE ECONOMIQUE

L’équilibre entre l’offre et la demande globales suppose, en économie fermée, l’égalité :

Y=C+I …(8)

Ou encore : Y – C = I, ce qui est équivalent à : S = I.

Si dans le modèle néoclassique, les fluctuations du taux d’intérêt permettent d’équilibrer


automatiquement S et I, dans l’approche keynésienne, ce mécanisme ne joue pas puisque l’épargne
dépend du revenu alors que l’investissement dépend du taux d’intérêt. On a : S(Y) = I(i). L’épargne et
l’investissement dépendent de variables différentes et reflètent des comportements non coordonnés

20
d’agents le plus souvent différents. Il n’y a aucune raison a priori pour que l’épargne, décidée pour
l’essentiel par les ménages en fonction de leur revenu et de leurs désirs de consommation, soit justement
égale à la valeur des investissements, déterminée pour l’essentiel par les entreprises en fonction des taux
d’intérêt et des anticipations sur la demande future. L’équilibre économique entre l’offre et la demande
globales n’est plus garanti.

Certes, l’équilibre comptable est toujours vérifié. Ainsi, s’il y a trop d’épargne, les entreprises ont du
mal à écouler leurs biens de consommation, et les stocks (et donc l’investissement) augmentent.
L’équilibre comptable entre I et S est rétabli par une augmentation des stocks, mais celle-ci constitue un
investissement non désiré au départ (ex ante) par les entreprises. Les agents ne parviennent pas à réaliser
leurs plans. Il apparaît ainsi un déséquilibre économique que les mécanismes de prix sont impuissants à
corriger.

L’EQUILIBRE DE SOUS-EMPLOI

La figure 6 représente l’équilibre du marché des biens et services.

Figure 6

DG
Epe
DG1
E1

DA
Tapez une équation ici.
45°
Y
Y1 Ype

La demande globale (DG) est égale : DG = Co + cY + I + X – mY.

Elle comprend donc une partie autonome (indépendante du revenu), DA :

DA = C0 + I + X. La demande autonome est portée sur l’axe vertical au point DA. Au-delà de ce point,
quand le revenu varie, la demande globale varie d’un montant égal à : demande variable = cY – mY.

L’offre globale est représentée par la droite à 45° qui décrit l’ensemble des points pour lesquels l’offre
globale (Y) est égale à la demande globale (DG). Quand la demande globale est égale à DG 1, le point
d’équilibre entre l’offre et la demande globales est donc le point E1, et, en ce point, le revenu réel est
égal à Y1.

On le voit, dans le modèle keynésien, c’est le niveau de la demande qui détermine le revenu d’équilibre
et non l’inverse (comme dans l’approche classique). Rien ne garantit donc que Y1 assure le plein-emploi
des facteurs de production et en particulier du facteur travail. En effet, Y1 n’a pas été fixé en tenant
compte du volume des facteurs disponibles mais a été déterminé par les producteurs en fonction de la

21
demande intérieure et extérieure à laquelle ils pensent être confrontés à l’équilibre (principe de la
demande effective).

On peut donc avoir un équilibre sur le marché des biens et services, et du chômage sur le marché du
travail : il s’agit d’un équilibre de sous-emploi ; la demande est suffisante pour écouler la production,
mais insuffisante pour employer tous les travailleurs à la recherche d’un emploi. Puisque l’approche
keynésienne conteste l’existence d’un mécanisme de rééquilibrage automatique du marché du travail
par les fluctuations du salaire réel, le chômage peut durer. Ce chômage vient d’une insuffisance de la
demande globale à laquelle rien ne viendra remédier puisque, au point E, l’offre est égale à la demande
et que les producteurs ne sont pas incités à produire davantage (à travers une politique économique par
exemple). Pour résorber ce chômage, il faudrait que les entreprises anticipent une augmentation de la
demande future et, par exemple, se remettent à investir, poussant ainsi la demande globale vers le haut.

L’ECART INFLATIONNISTE

Sur la figure 7, lorsque la demande est au niveau DG1, on est en situation de sous-emploi. Une politique
économique est nécessaire pour amener la demande au niveau DGpe qui assure le plein emploi. Mais dès
que la demande dépasse DGpe, ce sont les prix qui s’élèvent et non les quantités produites. A gauche du
point Epe, l’économie connaît le chômage par insuffisance de la demande ; à droite de ce point, elle subit
l’inflation par excès de la demande.

Figure 7

Sous-
emploi inflation
DG

DG2

E2
DGpe

DA2 Epe
DG1
Tapez une équation ici.
E1

DA1
Tapez une équation ici.

0 Y1 Ype Y2 Y

INTERPRETATION KEYNESIENNE DE LA COURBE DE PHILIPS

Dans la vision keynésienne, il existe une relation inverse entre l’inflation et le chômage. En effet, au fur
et à mesure que l’on utilise plus intensivement les capacités de production disponibles, les tensions

22
inflationnistes se font sentir avant même que l’économie soit au plein-emploi. En particulier, il faut tenir
compte du fait que toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité ne parviennent pas au plein-emploi
en même temps. Certaines entreprises ou certains secteurs travaillant déjà à la limite des capacités de
production disponibles commencent à augmenter leurs prix alors que les autres disposent encore de
capacités inutilisées plus ou moins importantes. L’inflation augmente donc progressivement et le
chômage diminue au fur et à mesure que l’on se rapproche du plein-emploi. De ce point de vue la courbe
de Phillips a l’allure générale décrite sur la figure 8.

Figure 8
Taux
d’inflation

Courbe de
Philips

0 Upe Taux de
chômage

A la suite des travaux de Phillips (en 1958), de nombreuses estimations statistiques ont montré qu’une
relation inverse de ce type existait bien dans la plupart des pays industrialisés, du moins dans les années
1950 et 1960. Cette relation est conforme à la logique Keynésienne : l’inflation et le chômage sont des
problèmes essentiellement opposés et non concomitants ; quand l’un s’accentue, l’autre régresse. Dans
ces conditions, il existe un dilemme de la politique économique qui consisterait à arbitrer entre
l’accélération de l’inflation et celle du chômage. La quasi-disparition d’une relation de Phillips stable
dans les années 1970, avec l’aggravation simultanée du chômage et de l’inflation (la stagflation), a
plongé bien des pays industriels dans un dilemme encore plus délicat. Les débats théoriques autour de
la courbe de Phillips seront développés dans le chapitre 4.

3. L’équilibre sur le marché monétaire


A. L’offre et la demande de monnaie

L’OFFRE DE MONNAIE

Tout comme dans l’analyse classique, le modèle keynésien considère que l’offre de monnaie est
𝑀𝑜 ̅
𝑀
̅ . L’offre d’encaisses réelles est donc :
exogène : Mo = 𝑀 =𝑃 …(23)
𝑃

23
LA DEMANDE DE MONNAIE

Dans l’approche keynésienne, les agents économiques détiennent la liquidité non seulement pour le
motif de transaction, mais également pour des motifs de précaution et de spéculation.

Les motifs de transaction et de précaution

Le motif de transaction désigne la quantité de liquidité que les agents économiques souhaitent détenir
pour effectuer les échanges. Dans la terminologie de Keynes, cette demande de monnaie correspond au
motif de revenu pour les ménages, et au motif d’entreprise pour les producteurs.

Le motif de précaution désigne la quantité de liquidité que les agents économiques souhaitent détenir
pour faire face à des dépenses imprévues (maladie, accident, funérailles, etc.). Tous ces deux motifs de
détention d’encaisses sont liés aux transactions sur les biens et services ; on les regroupe donc en une
seule composante que nous désignons par L1. Cette demande de monnaie est d’autant plus importante
que le niveau d’activité économique est élevé. On a donc :

L1 = L1(Y), avec L1’(Y) > 0 …(24)

De façon explicite, on peut adopter cette formulation simple de la fonction de demande de monnaie L1:

L1 = gY, avec g > 0 …(25)

où le coefficient g peut être interprété comme un indicateur de l’élasticité de la demande de monnaie


par rapport au revenu. Cette dernière dépend des habitudes de paiement, de la plus ou moins grande
facilité avec laquelle on peut transformer ses avoirs en monnaie liquide au moment où l’on en a besoin
pour les échanges, de l’organisation du système bancaire.

Jusqu’alors, l’approche keynésienne de la demande de monnaie suit d’assez près les analyses
néoclassiques. La divergence vient de l’introduction d’une autre fonction essentielle de la monnaie. La
monnaie n’est pas seulement un intermédiaire dans les échanges, elle constitue aussi une réserve de
valeur et, et, à ce titre, elle peut être détenue pour elle-même, indépendamment du volume des échanges
de biens et services, à des fins de spéculation sur les marchés financiers.

Le motif de spéculation

Le motif de spéculation désigne la quantité de liquidité que les agents économiques souhaitent détenir
pour éviter des pertes ou pour réaliser des gains sur la valeur de leurs actifs financiers (les obligations).
Selon la loi de Fisher relative à la valeur du capital et qui relie le taux d’intérêt à l’évolution du prix de
l’actif financier sur le marché, la valeur boursière d’une obligation (P0) est déterminée comme le rapport
𝑅
entre son flux de revenu fixe (R) et son taux d’intérêt courant (i) par la relation 𝑃0 = 𝑖 . Il existe donc,
une relation inverse entre la valeur boursière de l’obligation et son taux d’intérêt courant i.

Les fluctuations du taux d’intérêt influencent donc directement l’incitation des agents à placer leurs
encaisses monétaires ou à les conserver sous forme liquide. Plus le taux d’intérêt est élevé, plus le cours
des obligations est bas, plus les agents anticipent un retournement des cours à la hausse. C’est donc le
moment d’acheter des titres à bas prix dans l’espoir de réaliser un gain en capital quand le taux d’intérêt
se mettra à nouveau à baisser et le cours des titres à monter ; les encaisses spéculatives diminuent.

24
Inversement, plus le taux d’intérêt est bas, plus le cours des obligations est élevé, plus les agents
anticipent un retournement à la baisse. C’est donc le moment de vendre des titres à un cours élevé, pour
éviter une perte en capital quand le taux d’intérêt se mettra à nouveau à monter et le cours des titres à
baisser ; les encaisses spéculatives augmentent.

Il s’en suit que pour des taux d’intérêt faibles, la demande de monnaie spéculative est élevée et pour des
taux d’intérêt élevés, la demande de monnaie spéculative est faible. Les encaisses de spéculation (L2)
sont donc une fonction inverse du taux d’intérêt :

L2 = L2 (i), avec L2’ (i) <0 …(26)

On peut utiliser une formulation linéaire très simple de cette fonction :

L2 = hi, avec h < 0 …(27)

où le coefficient h peut être interprété comme un indicateur de la sensibilité de la demande de monnaie


par rapport au taux d’intérêt.

Si l’on tient compte des deux composantes de la demande d’encaisses réelles chez Keynes, on obtient
une fonction globale de demande de monnaie de la forme :

𝑀𝑑
= L1 (Y) + L2 (i) = gY + hi …(28)
𝑃

B. L’équilibre du Marché monétaire

LE MARCHE MONETAIRE

L’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie peut donc s’écrire en rapprochant les équations (23)
et (28)

̅
𝑀
𝑃
= L1(Y) + L2(i) = gY + hi …(29)

Sur la figure 9, nous représentons l’équilibre du marché monétaire.

La demande comprend deux composantes : L1 et L2. L1 ne dépend que du revenu Y, qui est déterminé
par l’équilibre du marché des biens et services. Elle est donc indépendante de i, et elle est représentée
par une droite verticale au niveau L1. La distance qui va de 0 à L1 mesure les encaisses de transactions
détenues par les agents quel que soit le taux d’intérêt, pour un niveau de revenu Y (donné).

Au-delà de la quantité L1 commence l’encaisse de spéculation L2, qui est une fonction décroissante de i.

Au point L1 sur la figure 9, L2 est nulle ; le taux d’intérêt atteint un niveau tellement élevé que tous les
agents sont persuadés qu’il ne peut que baisser ; tout le monde anticipe donc une hausse du cours des
titres et échange la totalité des encaisses spéculatives contre les titres.

A l’autre extrême, Keynes fait l’hypothèse qu’il existe un taux d’intérêt plancher i0, à partir duquel tous
les agents sont convaincus que les taux ne peuvent que remonter ; tout le monde anticipe alors une baisse
des cours et préfère détenir des encaisses spéculatives ; il existe alors une préférence absolue pour la
liquidité ; dans cette situation, toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation sera absorbée
par les encaisses spéculatives : personne n’est « assez fou » pour placer cette monnaie supplémentaire

25
alors qu’il paraît certain que les cours des titres ne peuvent plus que baisser ; c’est pourquoi Keynes
dénomme cette situation extrême « trappe à la liquidité ».

Le taux d’intérêt effectif est déterminé par le point de rencontre entre l’offre et la demande (i*).

Figure 9

i Mo
P

i1

Md
i*
P
i0

0 L1 ̅
M M
P P

INTERACTION ENTRE SECTEUR REEL ET SECTEUR MONETAIRE

Si i est fixé sur le marché monétaire, il n’y a pas, comme dans l’approche classique, dichotomie entre
l’analyse des phénomènes réels et celle des phénomènes monétaires. En effet, les variations du taux
d’intérêt engendrées sur le marché monétaire entraînent des variations de l’investissement, et donc, à
travers l’effet multiplicateur, des fluctuations du produit intérieur, qui, à leur tour, modifient l’emploi.

Inversement, les fluctuations du marché des biens et services ont une incidence directe sur le marché
monétaire. Par exemple, une élévation du niveau d’activité (Y) entraîne une augmentation de la demande
de monnaie de transaction, parce que le volume des échanges se développe ; pour une offre de monnaie
inchangée, cette pression nouvelle de la demande de monnaie fait monter le taux d’intérêt. Sur la figure
9, la courbe de demande est construite pour un niveau donné de Y ; toute augmentation de Y déplace la
courbe vers la droite : quel que soit i, la demande d’encaisse est plus forte ; si M0 reste inchangée, le
taux d’intérêt d’équilibre i* est nécessairement plus élevé.

On peut ainsi comprendre pourquoi l’efficacité du multiplicateur keynésien dépend du taux d’intérêt.
Lorsqu’une politique de stimulation de l’activité par les dépenses publiques est mise en œuvre, nous
avions mesuré un effet multiplicateur (cf cours de macro1) qui ne tenait compte que des effets sur le
marché des biens et services. Mais, au fur et à mesure que l’effet multiplicateur agit sur le PIB, la
demande de monnaie pour financer les transactions augmente ; il s’ensuit une hausse de i sur le marché
monétaire, ce qui freine l’investissement et contrarie l’effet valorisable des dépenses publiques sur le

26
PIB. L’effet final de la politique économique dépend donc du degré de réaction du taux d’intérêt et de
la sensibilité de l’investissement au taux d’intérêt.

4. Equilibre du marché du travail

A. Le fonctionnement du marché du travail

L’OFFRE DE TRAVAIL DEPEND DU SALAIRE NOMINAL

Keynes ne conteste pas l’analyse classique de la demande de travail. La demande de travail est une
fonction décroissante du salaire réel, et, à l’équilibre, le salaire réel doit être égal à la productivité
marginale physique du travail.

La divergence tient au traitement de l’offre de travail. Pour Keynes, l’offre de travail n’est pas une
fonction croissante du salaire réel mais une fonction du salaire nominal. En effet, dans l’économie réelle,
les contrats de travail ne fixent pas le salaire réel (pouvoir d’achat des travailleurs), mais le salaire
nominal. Concrètement donc, les individus présents sur le marché ont à déterminer leur comportement
par rapport aux salaires nominaux qui sont les seuls effectivement offerts et négociés dans les
entreprises.

LE SALAIRE NOMINAL EST RIGIDE A COURT TERME

Le salaire nominal reflète à un moment donné, dans la société, un équilibre contractuel qui détermine
la juste rémunération de chaque niveau de qualification. Le salaire nominal est le résultat du rapport de
force entre employeurs et employés dans la négociation salariale. Etant donnée une périodicité
relativement longue des négociations salariales, il est raisonnable de penser que le salaire nominal est,
à un moment donné, exogène par rapport à la conjoncture et au niveau de l’emploi. Le salaire nominal
est donc rigide surtout à la baisse.

L’EQUILIBRE DE SOUS-EMPLOI

Sur la figure 10, la demande de travail Ld est une fonction décroissante du salaire réel. Pour un salaire
nominal w1 donné, l’offre de travail Lo est rigide ; elle ne devient croissante qu’à partir d’un niveau très
élevé de l’emploi. Etant donné que c’est le principe de la demande effective qui détermine le niveau de
l’emploi, on peut obtenir un équilibre de plein emploi ou un équilibre de sous-emploi.

𝑤 Figure 10
wr =
𝑃

Lo

𝑤1 E2
𝑃 E1
Ld1
Ld2

0 L2 Lpe L

27
Supposons que l’économie est au plein emploi au point E1. En partant de cet équilibre, supposons une
réduction de la demande de biens et services. La demande de travail baisse de Ld1 à Ld2. Le nouveau
point d’équilibre du marché du travail E2 implique l’apparition d’un chômage involontaire égal Lpe –L2.
Il s’agit d’un chômage involontaire car pour un salaire nominal w1 inchangé, les travailleurs qui étaient
employés en situation de plein emploi sont toujours disposés à travailler mais ne trouvent plus d’emploi.
Leur chômage ne s’explique pas par l’exigence d’un salaire supérieur au salaire d’équilibre, mais
s’explique uniquement par une insuffisance de la demande sur le marché des biens et services. En
l’absence de mécanismes automatiques susceptibles de faire remonter la demande des biens et, à sa suite,
la demande de travail, le marché du travail peut rester durablement en E2 ; il s’agit bien d’un équilibre,
mais d’un équilibre de sous-emploi.

LA BAISSE DES SALAIRES NOMINAUX NE REDUIT PAS LE CHOÔMAGE

Selon Keynes, le salaire a une double nature: il s’agit d’un coût de production pour l’entreprise mais
d’un revenu pour les travailleurs. La baisse des salaires, en réduisant le coût du travail par rapport à celui
du capital, exerce bien un effet stimulant sur la demande de travail (effet de substitution). Mais elle
réduit aussi le revenu distribué aux ménages et déclenche un effet multiplicateur à la baisse sur la
demande globale, limitant ainsi encore plus les débouchés des producteurs ; il s’en suit un nouveau recul
de la demande de travail, qui rend nécessaire une nouvelle baisse des salaires, et ainsi de suite. Une
politique de baisse des salaires risque donc, à court terme, d’éloigner de l’équilibre au lieu d’en
rapprocher et de déclencher un processus cumulatif de récession.

Pour Keynes, pour lutter efficacement contre le chômage, il faut une politique de stimulation de la
demande globale notamment une politique budgétaire et/ou une politique monétaire expansionniste.

LA THEORIE DU SALAIRE D’EFFICIENCE

La théorie du salaire d’efficience, vient renforcer l’idée selon laquelle la baisse des salaires ne rétablit
pas l’équilibre selon le processus supposé par l’analyse néoclassique. Cette théorie s’appuie sur
l’hypothèse selon laquelle la productivité du travail peut être une fonction croissante du salaire.

La motivation des individus est un élément important de la productivité réelle qui ne dépend pas que du
temps de travail mais aussi de l’effort réellement consenti par les travailleurs. L’effort est conditionné
par la motivation des travailleurs. Cette motivation des travailleurs est en partie fonction de leur
rémunération. Dans ces conditions, une élévation des rémunérations améliore la motivation et donc la
productivité des travailleurs ; inversement, une réduction des salaires altère leur motivation et leur
productivité. En outre, la relation risque de jouer plus fortement à la baisse qu’à la hausse si les individus
considèrent les hausses comme la juste récompense de leur efficacité et les baisses comme une remise
en cause unilatérale des règles du jeu acceptés par les employeurs dans le contrat de travail.

Si tel est le cas, en période de sous-emploi, la baisse des salaires sera insuffisante pour rétablir
l’équilibre : chaque réduction de salaire détériore la productivité du travail et déplace le point d’équilibre
vers le bas. Peut-être ce processus converge-t-il finalement vers un nouvel équilibre, mais avec une
baisse des salaires et donc une baisse des revenus distribués aux travailleurs beaucoup plus importante
que celle supposée nécessaire et suffisante par l’analyse néoclassique. Dans ces conditions, il est de plus
en plus probable que l’effet revenu négatif mis en évidence par Keynes l’emporte sur l’effet substitution
favorable à l’emploi mis en avant par les néoclassiques.

28
B. Les fondements microéconomiques de la rigidité des salaires

Etant donné que l’’approche keynésienne accorde une place importante à l’hypothèse de rigidité des
prix et des salaires, elle a suscité de nombreux travaux pour mieux expliquer les raisons pour lesquelles
ces rigidités pouvaient apparaître.

LA THEORIE DU CAPITAL HUMAIN

Cette théorie remet en cause l’hypothèse néoclassique d’homogénéité du facteur travail en mettant en
avant les caractéristiques individuelles (les qualifications, l’expérience, l’effort, la qualité des relations,
l’honnêteté etc.). Ainsi, aux yeux de l’employeur, deux travailleurs occupés à un poste identique ne sont
pas équivalents.

Par ailleurs, la productivité des salariés est en partie spécifique à l’entreprise, et résulte d’une
accoutumance à des équipements, des méthodes de production, des équipes de travail, une clientèle, etc.,
qui lui sont propres. En conséquence, la productivité des individus est plus forte dans leur entreprise que
dans une autre, même pour un poste équivalent. La prise en compte de ces nouvelles hypothèses conduit
à montrer que, contrairement à la conclusion classique, le salaire d’équilibre devrait, le plus souvent,
s’éloigner de la productivité marginale.

Les travailleurs n’acquièrent de l’expérience spécifique à la firme qu’au fil des ans. Lorsqu’ils sont
nouvellement embauchés, leur productivité est donc inférieure au salaire réel que l’entreprise leur verse.
Cela suppose que l’entreprise investit dans la formation des travailleurs. Mais plus les travailleurs ont
acquis d’expérience dans l’entreprise, plus leur productivité marginale spécifique à l’entreprise
augmente et devient nettement supérieure à leur productivité sur le marché. Dans cette seconde phase,
le salaire réel devient inférieur à la productivité marginale dans l’entreprise ; celle-ci récupère le
rendement de son investissement en capital humain.

En cas de ralentissement inattendu de la demande à la firme, celle-ci n’est pas incitée à réduire les
salaires des travailleurs expérimentés tant que la productivité marginale reste supérieure au salaire réel.
Tant qu’elle s’attend à une reprise de l’activité, la firme peut préférer payer un « sur-salaire » pour
conserver les travailleurs expérimentés. La remise en cause des salaires n’intervient que si la récession
a suffisamment duré ; les salaires peuvent s’ajuster à la baisse, mais uniquement dans le long terme.

LA THEORIE DES CONTRATS IMPLICITES

Les entreprises cherchent à stabiliser le contrat de travail pour éviter les coûts liés à la rotation de la
main d’œuvre. Les travailleurs cherchent à se protéger contre les risques économiques. Il y a là une
opportunité d’échange : les employeurs peuvent offrir un service d’assurance en offrant une
rémunération relativement indépendante de la conjoncture ; en contrepartie, les travailleurs acceptent un
salaire moyen inférieur à celui qu’ils exigeraient d’une entreprise qui ajuste systématiquement les
salaires en fonction de la productivité. En période de forte activité, la productivité marginale augmente
plus vite que les salaires : les travailleurs payent, en quelque sorte, leur prime d’assurance. En période
de faible activité, la productivité marginale diminue et passe en dessous du salaire qui n’est pas remis
en cause : les salariés touchent leur indemnité d’assurance.

Il s’agit d’un contrat d’assurance implicite car il n’est pas écrit dans les contrats de travail. Mais la
préoccupation des entreprises et des individus quant à leur réputation sur le marché du travail suffit à
rendre cet engagement implicite contraignant : la possibilité de conclure à l’avenir des contrats
avantageux dépend de la fiabilité dont ils ont fait preuve dans l’exécution de leurs contrats passés. Là
encore, la rupture de ce type de contrat n’est envisageable qu’à long terme, par exemple face à la

29
réduction définitive de l’activité qui conduit l’employeur à penser qu’il ne pourra jamais récupérer les
« primes » futures compensant les indemnités qu’il doit verser durant la récession.

IMPERFECTION DE L’INFORMATION ET COÛTS D’AJUSTEMENT

De façon implicite, l’hypothèse classique de flexibilité parfaite des salaires comprend deux autres
hypothèses qui prêtent le flanc à la critique :

- les ajustements de salaires n’engendrent aucun coût ;


- il existe un mécanisme de circulation de l’information qui permet de déterminer le nouveau
salaire d’équilibre, à la suite d’un choc quelconque.

Les changements de salaire entraînent assurément des coûts supplémentaires pour l’employeur : coûts
de gestion du personnel, coûts de négociation avec les travailleurs ou leurs représentants (qui peuvent
inclure le coût des grèves éventuels), pertes en capital humain quand les réductions de salaires entraînent
des démissions, etc.

Par ailleurs, l’employeur ne sait pas à quel niveau précis se situe le nouveau prix d’équilibre. Sur la
figure 11, nous reprenons l’analyse classique d’une réduction de la demande de travail de Ld1 à Ld2. Le
salaire réel devrait passer de wr1 à wr2. Mais comment les entreprises peuvent- elles connaitre wr2 ? Les
employeurs se doutent bien qu’en réduisant wr ils vont réduire aussi l’offre de travail, mais ils ignorent
dans quelles proportions précises.

Figure 11

wr Lo3

Lo1

Lo2
C
wr1

B A
wr2 Ld1

Ld2

0 L2 L1 L

30
L’approche classique suppose que les employeurs n’ont pas de décision à prendre : c’est l’équilibre entre
l’offre et la demande sur le marché qui décide et donne l’information aux entreprises.

Mais dans l’économie réelle, ce marché parfait n’existe pas ; les employeurs doivent fixer les salaires et
adapter leur politique de salaire, dans le temps, au fur et à mesure qu’ils disposent d’informations sur
l’évolution des rémunérations dans le reste de l’économie. La circulation de l’information est lente et à
court terme, l’employeur ne sait pas quel est le nouveau salaire d’équilibre.

Sur la figure 11, admettons que l’employeur imagine une offre de travail Lo1 ; après la réduction de la
demande, il fixe donc un salaire wr2 dans l’espoir d’obtenir la quantité de travail L2 qui maximise son
profit à ce taux de salaire. Si l’offre véritable est Lo2, le nouveau salaire est trop élevé, l’offre de travail
et donc l’emploi resteront trop importants (au point A) ; il faudra négocier une nouvelle baisse des
salaires, sans indication sur l’ampleur de la baisse nécessaire.

Si l’offre véritable est Lo3, le nouveau salaire est trop faible ; des démissions imprévues laissent
l’entreprise avec un volume de travail inférieur à l’optimum (au point B), et elle devra réembaucher en
élevant les salaires. Un tel tâtonnement concret autour du prix d’équilibre impliquerait des coûts de
gestion et de désorganisation de la production considérables. L’entreprise peut préférer le seul résultat
certain à court terme : ajuster l’emploi en laissant le salaire inchangé (point C sur la figure 11). Ce choix
est un optimum de second rang par rapport au point d’équilibre néoclassique, mais c’est le seul
accessible à court terme ; il permet à l’entreprise de prévoir exactement quel sera l’emploi disponible et
le coût global du travail après l’ajustement. En outre, dans un contexte d’investissement en capital
humain qui rend l’employer attentif à l’identité des travailleurs qui restent dans l’entreprise, cette
méthode d’ajustement permet de choisir les individus qui quittent l’entreprise.

Les trois pistes de recherche que nous venons de présenter (théorie du capital humain, théorie des
contrats implicites et les imperfections de l’information) apportent ainsi un fondement
microéconomique à l’hypothèse de rigidité des salaires, du moins à court terme. La rigidité des salaires
n’apparaît pas comme la conséquence de blocages institutionnels qui gêneraient le fonctionnement
optimal du marché du travail. Elle est le résultat du calcul rationnel des employeurs et correspond au
fonctionnement normal du marché du travail « réel » que l’on ne peut assimiler à une bourse où
l’information circulerait à une vitesse infinie.

Ces trois approches concluent «également à une flexibilité plus forte à long terme qu’à court terme. Les
contrats qui lient les agents sont adaptés à un état donné de l’environnement. Quand l’environnement
est modifié, les contrats ne peuvent être révisés qu’au terme d’un processus plus ou moins long
d’acquisition et de circulation de l’information. Les agents ont besoin de temps pour mesurer l’ampleur
des phénomènes et leur durabilité et pour partager à peu près les mêmes informations avant de négocier
les règles du jeu.

5. Résumé de l’approche keynésienne

L’ENCHAINEMENT DES EQUILIBRES

Dans un contexte d’incertitude sur la réalisation effective de leurs plans, c’est la demande de produits
qui détermine la production et donc l’emploi. On part donc de l’équilibre sur le marché des biens et
services où le niveau de la demande globale effective confrontée à l’offre globale détermine le produit
intérieur : c’est le principe de la demande effective.

31
Mais l’équilibre du marché des biens n’est pas indépendant de l’équilibre monétaire. En effet, une partie
importante de la demande globale, l’investissement, dépend du taux d’intérêt. Or le taux d’intérêt est
déterminé sur le marché monétaire, par l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie. Autrement
dit, le seul examen du marché des biens et services ne suffit pas à déterminer complètement le PIB (Y).

Une fois déterminés simultanément le revenu Y et le taux d’intérêt i, il reste à savoir si le produit
intérieur assure le plein emploi des facteurs, et en particulier du facteur travail. Puisque c’est la demande
effective qui détermine le niveau de l’emploi, il n’y a donc aucune raison a priori pour que le PIB assure
le plein emploi ex ante. De plus, cet équilibre de sous-emploi peut être durable. En effet, sur le marché
du travail, comme sur le marché des produits, ce sont les quantités qui s’ajustent à court terme et non
les prix : les salaires sont rigides. Même si les salaires étaient flexibles comme dans l’approche
néoclassique, cela ne garantirait pas le retour au plein emploi. L’économie peut donc rester en situation
de sous-emploi sans qu’aucun mécanisme automatique ne se mette en œuvre pour corriger ce
déséquilibre.

POLITIQUE ECONOMIQUE

Etant donné que le fonctionnement normal de l’économie peut conduire à un équilibre de sous-emploi-
durable, la politique macroéconomique est nécessaire.

Puisque les marchés ne sont pas dotés de pouvoirs autorégulateurs qui puissent conduire
systématiquement au plein emploi, seule une intervention de l’Etat peut lutter contre le sous-emploi. La
cause du chômage dans l’approche keynésienne étant une insuffisance de la demande globale, le
remède consiste en des interventions qui stimulent la demande globale. La politique budgétaire
constitue alors un outil particulièrement important. En effet, les dépenses publiques sont un élément de
la demande globale. Celle-ci est donc directement influencée par les choix de l’Etat. Les pouvoirs
publics peuvent également intervenir par la politique monétaire, puisque l’investissement dépend du
taux d’intérêt et que ce dernier dépend directement de l’offre de monnaie décidée par la politique
économique. L’examen des effets combinés des politiques keynésiennes sera développé au chapitre
suivant dans le cadre du modèle IS-LM.

METHOLOGIE

Les principales caractéristiques méthodologiques de l’approche keynésienne sont les suivantes :

- L’imperfection de l’information et la rigidité des prix.

Le postulat essentiel de l’approche keynésienne, celui qui renverse la logique d’analyse par rapport à
l’approche néoclassique, porte sur l’imperfection de l’information. Dans l’économie réelle,
l’information circule imparfaitement sur des marchés. Sur la plupart des marchés non financiers les prix
s’ajustent approximativement et avec retard aux transformations de l’environnement. Les prix sont donc
rigides à court terme et les ajustements se font par les quantités. Même quand les prix sont flexibles, ils
délivrent aux agents des informations complexes, qui demandent du temps pour être déchiffrées, qui
peuvent susciter des interprétations différentes selon les agents, et qui ne conduisent pas nécessairement
à l’équilibre optimum.

- L’analyse est dynamique.

Sur le plan formel, le modèle keynésien élémentaire reste un modèle de « statique comparative » : on
compare les différents états d’équilibre de l’économie. Mais la problématique keynésienne est
fondamentalement dynamique. En effet, l’équilibre économique n’étant jamais garanti a priori quand un

32
marché quelconque subit un choc, le cœur même de l’analyse est constitué par l’examen des processus
concrets des cheminements du point d’équilibre initial vers un nouvel équilibre. Le débat sur les
mécanismes d’ajustement (prix ou quantité), qui n’a pas de sens dans un contexte néoclassique
d’ajustement instantané des marchés, est au contraire essentiel dans l’approche keynésienne.

- L’analyse se situe dans le court terme.

L’approche keynésienne suppose que le long terme néoclassique (la période suffisamment longue pour
que tous les ajustements nécessaires à l’équilibre des marchés ait eu le temps de s’opérer) est vraiment
long. S’il faut attendre des années pour que les marchés tendent vers les équilibres prévus par l’analyse
néoclassique, les préoccupations réelles des agents se situent, elles, dans le court terme. En outre,
l’environnement d’un marché qui est en train de tendre vers une solution de long terme change
continuellement si bien que la situation de long terme aussi change en permanence : dans le monde réel,
les marchés sont donc probablement en permanence en situation de déséquilibre de court terme. Le court
terme paraît donc un horizon pertinent pour l’analyse et la politique économique.

A travers ces différentes caractéristiques méthodologiques, on perçoit que l’approche keynésienne


réintroduit des dimensions essentielles de l’analyse économique : l’information, les anticipations, le
temps, l’incertitude.

33
Chapitre 3 : Le modèle IS-LM : les politiques macroéconomiques en
économie fermée

Le modèle IS-LM a été proposé par John Hicks en 1937, comme une interprétation de la théorie générale
de Keynes. Il permet d’étudier simultanément l’équilibre sur le marché des produits (IS) et l’équilibre
sur le marché monétaire (LM). Son intérêt majeur est donc de montrer l’interaction entre le secteur réel
et le secteur monétaire. Le modèle IS-LM constitue en outre un outil d’analyse des effets des politiques
conjoncturelles. En effet la politique budgétaire déplace la courbe IS tandis que la politique monétaire
déplace la courbe LM. Les mouvements combinés des deux courbes permettent ainsi de prévoir les effets
théoriques de différentes combinaisons de politiques économiques.

1. La construction du modèle

A. La courbe IS

La courbe IS représente l’ensemble des combinaisons de taux d’intérêt (i) et de revenu(y)


qui assurent l’équilibre du marché des biens et services.

CONSRUCTION LOGIQUE DE LA COURBE IS

L’équilibre sur le marché des biens et services est décrit par la relation :

Y=C+I … (1)

Qui est équivalente à : I (i) = S (Y) … (2)

L’équilibre sur le marché des biens et services suppose l’équilibre entre l’épargne (S) et l’investissement
(I), d’où le nom de la courbe qui le représente (IS). L’équation (2) indique qu’à l’équilibre il existe une
relation entre i (dont dépend l’investissement) et Y (qui détermine l’épargne).

Y est déterminé par l’équilibre entre l’offre et la demande des biens et services, et i est fixé sur le marché
monétaire. Sur le marché des biens et services, Y est donc une variable endogène (expliquée sur ce
marché) et i est une variable exogène (explicative). Pour déterminer la relation entre i et Y, sur ce
marché, on doit donc se demander comment évolue Y (la variable expliquée) quand i (la variable
explicative) varie. Une augmentation du taux d’intérêt décourage l’investissement. La baisse de
l’investissement entraine une réduction du revenu (Y). Inversement une baisse du taux d’intérêt
encourage l’investissement, ce qui provoque une augmentation du revenu (Y). Ainsi, des taux d’intérêt
élevés dépriment l’investissement et sont donc associés à des niveaux faibles de revenu tandis que des
taux d’intérêt faibles stimulent l’investissement, et sont associés à des niveaux élevés du revenu.

A l’équilibre sur le marché des biens et services, il existe donc une relation inverse entre i et Y : la
courbe IS est décroissante. En supposant une relation linéaire IS se représente par une droite comme
indiqué sur la figure 12 :

34
Figure 12
i

IS

0 Y

DEMONSTRATION MATHEMATIQUE DE LA RELATION DECROISSANTE

Mathématiquement, la relation entre i et Y est nécessairement décroissante : quand i augmente, I(i)


diminue. L’équilibre n’est possible que si S(Y) diminue à son tour. Comme S est une fonction croissante
de Y, S diminue si, et seulement si, Y diminue. La hausse de i suppose donc une baisse de Y pour que
I(i) reste égale à S(Y).

L’équilibre sur le marché des biens peut s’écrire ainsi :

Y = Co + cY + bi + G

On peut exprimer i en fonction de Y, comme dans la représentation graphique de IS :

bi = Y - cY - Co – G = (1 – c) Y – DA = sY – DA

Ou DA = demande autonome = Co – G.
𝑠 𝐷𝐴
On a donc : i = 𝑏 Y - 𝑏

Il s’agit bien d’une fonction linéaire (de la forme y = ax + b) dont la pente est ( 𝑠⁄𝑏) et l’ordonnée à
l’origine (𝐷𝐴⁄𝑏). On peut démontrer facilement que cette fonction est décroissante (que la pente est
négative). En effet, la dérivée de i par rapport à Y est :
𝑑𝑖 𝑠
𝑑𝑌
= 𝑏
.

Or s, la propension marginale à épargner, est toujours positive ; le coefficient b qui mesure la sensibilité
de l’investissement au taux d’intérêt est toujours négatif ; donc la pente de la droite IS ( 𝑠⁄𝑏) est toujours
négative.

INTERPRETATION DE LA PENTE ET DE LA POSITION DE IS

Lorsque nous parlons ici de forte ou faible pente, nous raisonnons en valeur absolue, en faisant donc
abstraction du fait que la pente ( 𝑠⁄𝑏) est négative. La figure 13 illustre la signification de la pente de
IS.

35
Figure 13
i

Pente forte

Δi
Pente faible

0 ΔY1 ΔY2 Y

Une variation donnée du taux d’intérêt (Δi) a un effet peu sensible sur Y quand la pente de IS est forte
(ΔY1 ) ; elle a un effet important sur Y quand la pente est faible (ΔY2 ). Une forte pente implique donc
une influence limitée du taux d’intérêt sur le revenu. En effet la pente ( 𝑠⁄𝑏) est d’autant plus forte que
s est élevée et que b est faible (en valeur absolue).

Si la sensibilité de l’investissement par rapport au taux d’intérêt (b) est faible, les variations du taux
d’intérêt i auront peu d’effet sur l’investissement I et donc sur Y. Par ailleurs, l’effet multiplicateur de I
sur Y est d’autant plus faible que la propension marginale à épargner est forte (rappelons que le
multiplicateur k est égal à : 1⁄(1 − 𝑐) = 1⁄𝑠 ).

Inversement, une faible pente de IS signifie que s est peu élevée et/ou que b est élevée. Si s est faible, la
propension à consommer est forte et l’effet multiplicateur de I sur Y est important. Si b est élevée, le
taux d’intérêt agit fortement sur l’investissement, et donc aussi sur la production. On vérifie ainsi qu’une
pente faible est associée à un effet important de i sur Y.

Pour des valeurs données de s et b, qu’est-ce qui détermine la position de IS ?

En se référant à l’équation 4, si b et s sont fixes, seule la demande autonome (DA) peut modifier la
position de IS. Concrètement, si la demande autonome augmente, pour un taux d’intérêt donné, la
production augmente. Sur la figure 14, IS se déplace vers la droite.

Comment mesurer l’ampleur de ce déplacement ?

La réponse est donnée par le multiplicateur, qui indique comment varie Y en réaction à une variation de
la demande autonome. La variation Y2 – Y1 est donc simplement :

Y2 – Y1 = 𝛥𝑌 = k. ΔDA, ou k est le multiplicateur. Ainsi, une augmentation des dépenses publiques, une
diminution des impôts, une augmentation des exportations déplacent la courbe IS vers la droite ; des
variations en sens inverse de ces différentes variables déplacent la courbe IS vers la gauche ; l’ampleur
du déplacement est égal à l’effet multiplicateur correspondant (cf. chapitre 2, section 2, B).

36
Figure 14

IS1 IS2

0 Y1 Y2 Y

A. La courbe LM

La courbe LM représente l’ensemble des combinaisons de taux d’intérêt (i) et de revenu (Y)
qui assurent l’équilibre du marché monétaire.

CONSTRUCTION LOGIQUE DE LA COURBE LM

L’équilibre sur le marché monétaire est décrit par la relation :


𝑀
= 𝐿1(𝑌) + 𝐿2(𝑖) … (5)
𝑃

L’équilibre monétaire suppose l’égalité entre la demande (L1 et L2) et l’offre ( 𝑀⁄𝑃) de monnaie, d’où
le nom de la courbe qui le représente (LM). L’équation (5) montre qu’à l’équilibre sur le marché
monétaire, il existe une relation entre i et Y.

Y est déterminé par l’équilibre entre l’offre et la demande de biens et services, tandis que i est déterminé
sur le marché monétaire. Sur le marché monétaire, i est donc une variable endogène (expliquée) et Y
une variable exogène (explicative). Pour déterminer la relation entre i et Y, sur ce marché on doit donc
se demander comment évolue i (la variable expliquée) quand Y (la variable explicative) varie.

Si le revenu national s’élève, les agents ont besoin davantage de liquidité pour financer les échanges, et
la demande de monnaie de transaction (L1) augmente ; pour une offre de monnaie inchangée, les agents
économiques doivent vendre les obligations pour satisfaire à cette augmentation de L1. La vente des
obligations fait monter le taux d’intérêt à l’équilibre sur le marché monétaire. Il existe donc une relation
positive entre i et Y, ce que décrit la courbe LM. La courbe LM est donc croissante comme indiquée sur
la figure 15.

37
Figure 15

LM

0 Y

DEMONSTRATION MATHEMATIQUE DE LA RELATION CROISSANTE

Mathématiquement la relation entre i et Y, sur le marché monétaire, est nécessairement croissante :


quand Y augmente, L1 augmente. L’offre de monnaie est inchangée, l’équilibre entre l’offre et la
demande (L1+L2) n’est possible que si L2 diminue, c’est-à-dire si les agents acceptent de libérer des
encaisses spéculatives pour financer un volume d’échanges plus important. Comme L2 est une fonction
décroissante de i, L2 diminue, si et seulement si, i augmente. La hausse de Y suppose donc une hausse
̅ ⁄𝑃 = L1 + L2.
de i pour que 𝑀

L’équilibre sur le marché monétaire peut s’écrire comme suit :


̅
𝑀
= 𝐿1(𝑌) − 𝐿2(𝑖) = 𝑔𝑌 + ℎ𝑖 (6)
𝑃

̅
𝑀
On peut exprimer i en fonction de Y, comme dans la représentation graphique de LM : ℎ𝑖 = 𝑃
− 𝑔𝑌

̅ /𝑃
𝑀 𝑔
On a donc : 𝑖 = − 𝑌 (7)
ℎ ℎ

Il s’agit bien d’une fonction linéaire (de la forme y = ax+b) dont la pente est (𝑔⁄ℎ). On peut démontrer
facilement que cette fonction est croissante (que la pente est positive). En effet la dérivée de i par rapport
𝑑𝑖 𝑔
à Y est : = −
𝑑𝑌 ℎ

L’élasticité revenu de la demande de monnaie est positive (donc g > 0), et l’élasticité intérêt de la
demande de monnaie est négative (h < 0) ; donc le rapport (𝑔⁄ℎ) est toujours négatif et la pente de LM
(-𝑔⁄ℎ) est toujours positive ; i varie toujours dans le même sens que Y.

INTERPRETATION DE LA PENTE ET DE LA POSITION DE LM

La figure 16 illustre la signification pratique de la pente de LM. Une variation donnée du revenu a un
effet peu sensible sur i quand la pente de LM est faible (Δi 1) ; elle a un effet important sur i quand la
pente est forte (Δi2). On peut vérifier qu’une forte pente implique une influence importante du revenu
sur le taux d’intérêt.

38
Figure 17

Pente forte

Δi2

Δi1 Pente faible

0 ΔY Y

En effet, la pente (𝑔⁄ℎ) est d’autant plus forte, en valeur absolue, que g est élevée et que h est faible. Si
la sensibilité de la demande de monnaie par rapport au revenu (g) est forte, les variations du revenu (Y)
entrainent de fortes variations de la demande d’encaisses et donc du taux d’intérêt. Par ailleurs, la
réaction du taux d’intérêt est d’autant plus forte que la sensibilité de la demande de monnaie par rapport
au taux d’intérêt (h) est faible. En effet, si les agents sont peu sensibles aux variations de i, il faudra une
très forte variation du taux d’intérêt pour les convaincre de modifier leurs encaisses spéculatives au
profit ou au détriment des encaisses de transaction. On laisse à l’étudiant le soin de développer le
raisonnement inverse-quand la pente de LM est faible.

Le débat sur la monnaie porte surtout sur le degré de sensibilité de la demande de monnaie au taux
d’intérêt. Selon le niveau de cette sensibilité, la courbe LM peut en théorie prendre trois formes comme
illustré sur la figure 17.

Figure 17

i
phase classique

Phase 2 : normale
Phase 1 : trappe à
liquidité

0 Y

- Dans la phase 1, l’élévation de Y n’a aucun effet sur i. Cela correspond à la « trappe à liquidité »,
où la demande de monnaie est parfaitement élastique au taux d’intérêt. Le niveau des encaisses

39
spéculatives est tel que les agents acceptent de les réduire pour financer les transactions
supplémentaires sans hausse du taux d’intérêt.
- Dans la phase 2, que nous appelons « phase normale », la demande de monnaie est
imparfaitement élastique au taux d’intérêt ; il faut une augmentation de i pour réduire les
encaisses spéculatives et financer le développement de l’activité.
- Dans la phase 3, que l’on peut appeler « phase classique », la demande de monnaie est
parfaitement inélastique au taux d’intérêt ; les encaisses spéculatives sont nulles ; une
augmentation, même infinie, du taux d’intérêt ne peut donc pas dégager les encaisses qui
seraient nécessaires pour financer un volume d’activité plus important.

Pour une pente donnée, la position de la courbe LM dépend de l’offre de monnaie. En effet, sur le marché
monétaire, une augmentation de l’offre de monnaie, pour une demande de monnaie et un niveau de
revenu donnés, fait déplacer LM vers la droite. Par contre une diminution de l’offre de monnaie fait
déplacer la courbe LM vers la gauche.

C. L’équilibre global en économie fermée

L’équilibre global est obtenu à l’intersection de IS et LM, c’est-à-dire au point E sur la figure 18. Il
s’agit d’un équilibre simultané sur les deux marchés.

Figure 18

LM

E
i0

B IS

0 Y0 Y

La solution algébrique est obtenue en résolvant le système formé par les équations de IS et de LM. A
l’équilibre, on détermine le taux d’intérêt et le revenu d’équilibre (Y0, i0).

2. Les politiques conjoncturelles


A. La politique budgétaire

LES EFFETS DE LA POLITIQUE BUDGETAIRE

Une politique budgétaire expansionniste déplace la courbe IS vers la droite. En effet, cette politique, en
injectant des dépenses ou des revenus supplémentaires dans le circuit économique, exerce un effet

40
multiplicateur sur la production, dont l’ampleur est mesurée par le déplacement latéral de IS (le passage
de Y1 à Y3 sur la figure 19).

Figure 19

IS1 IS2 LM

i2

i1

0 Y1 Y2 Y3 Y

Si le taux d’intérêt restait constant, le nouveau revenu d’équilibre serait Y3. Mais le développement de
l’activité entraine une demande supplémentaire de monnaie pour financer les transactions ; sur le marché
monétaire, cela induit une augmentation du taux d’intérêt ; la hausse de i freine l’investissement privé
et l’effet final sur la production est plus faible que prévu par le seul calcul du multiplicateur : on atteint
un revenu Y2 et non Y3.

LES CONDITIONS D’EFFICACITE DE LA POLITIQUE BUDGETAIRE

On peut résumer ainsi l’enchainement des effets d’une politique budgétaire expansionniste, en indiquant
en dessous si l’effet doit être fort ou faible pour que la politique soit efficace :

Effet
Politique multiplicateur Hausse de L1 Hausse de i Baisse de I

sur Y ………. ……….


………. ……….
fort faible faible
faible

La logique de cet enchainement est simple : il s’agit d’obtenir l’effet stimulant maximum sur Y en
limitant au maximum la hausse du taux d’intérêt et son effet négatif sur l’investissement.
L’enchainement des effets est le même dans le cas d’une politique restrictive ; il suffit d’inverser le sens
de variation des différentes variables.

Les conditions d’efficacité de la politique budgétaire sont donc les suivantes :

 un multiplicateur élevé (et donc une forte propension à consommer et une faible propension à
importer) ;
 une demande de monnaie peu élastique au revenu (pour que l’élévation de Y n’entraine pas une
forte augmentation de la demande de monnaie) ;

41
 une demande de monnaie fortement élastique au taux d’intérêt (dans ce cas, en effet, une faible
hausse de i suffit à réduire les encaisses spéculatives pour faire satisfaire la demande
supplémentaire de monnaie de transaction) ;
 une faible élasticité de l’investissement au taux d’intérêt (pour que I soit peu déprimé par
l’élévation du taux d’intérêt) ;
 des capacités de production inutilisées et une offre de biens et services élastique à court terme
(sinon, l’effet multiplicateur s’exerce sur les prix et non sur la production).

B. La politique monétaire

LES EFFETS DE LA POLITIQUE MONETAIRE

Une politique monétaire expansionniste, qui se traduit par une augmentation de l’offre de monnaie,
déplace la courbe LM vers la droite. Sur le marché monétaire, l’offre de monnaie supplémentaire fait
baisser le taux d’intérêt ; la baisse de i stimule l’investissement privé (I) ; l’augmentation de
l’investissement a un effet multiplicateur sur le revenu. Sur la figure 20, on atteint un revenu plus élevé
(Y2) avec un taux d’intérêt plus faible (i2). Inversement, une politique monétaire restrictive déplace LM
vers la gauche, élève le taux d’intérêt, déprime l’investissement et réduit le revenu national.

Figure 20

i
LM1

i1
LM2

i2
IS

0 Y1 Y2 Y

LES CONDITIONS D’EFFICACITE DE LA POLITIQUE MONETAIRE

On peut résumer ainsi l’enchainement des effets d’une politique monétaire expansionniste, en indiquant
en dessous si l’effet doit être fort ou faible pour que la politique soit efficace :

Politique Baisse de i Hausse de I Effet multiplicateur sur Y

………. ………. ……………………….

fort forte fort

Il faut en effet une baisse maximale des taux d’intérêt qui stimule au mieux l’investissement pour que
celui-ci ait à son tour l’impact maximum sur la production.

42
Les conditions d’efficacité de la politique monétaire sont donc les suivantes :

 une demande de monnaie peu élastique au taux d’intérêt (dans ce cas, en effet, une forte baisse
de i sera nécessaire pour que les agents acceptent d’absorber la monnaie offerte
supplémentaire) ;
 une forte élasticité de l’investissement au taux d’intérêt (pour que I soit largement stimulé par
la baisse du taux d’intérêt).
 un multiplicateur élevé ;
 des capacités de production inutilisées et une offre de biens et services élastique à court terme
(sinon l’effet multiplicateur s’exerce sur les prix et non sur la production).

C. Interprétations keynésienne et néoclassique

LA LOGIQUE KEYNESIENNE

Dans la logique keynésienne, les politiques conjoncturelles sont justifiées parce que les marchés ne
peuvent pas conduire spontanément l’économie vers le plein-emploi. La situation keynésienne ordinaire
est donc une position telle que le point A sur la figure 21 : le revenu d’équilibre spontané de l’économie
est Y*, inférieure au revenu Ype qui assure le plein-emploi.

Figure 21

i LM1
IS2
LM3
IS3
LM2
IS1 B

A D

0 Y* Ype Y

Pour atteindre le plein-emploi, on peut envisager une politique budgétaire, une politique monétaire ou
une combinaison des deux (policy mix).

Une politique budgétaire, en déplaçant la courbe IS en IS2 peut permettre d’atteindre le plein-emploi au
point B. Une politique monétaire, en déplaçant LM en LM2 peut également permettre d’atteindre le
plein-emploi au point C. La différence entre ces deux stratégies tient au niveau des taux d’intérêt et donc
de l’investissement.

En en choisissant la politique budgétaire, on choisit une relance favorable à la consommation privée et


au secteur public, mais défavorable aux investissements privés qui sont pénalisés par le niveau élevé du

43
taux d’intérêt. En revanche, en choisissant la politique monétaire, la relance se fait d’abord au profit et
par l’intermédiaire des investissements privés, fortement stimulés par le faible niveau du taux d’intérêt.

Le choix entre les deux stratégies dépend donc de préférences politiques sur le partage des bénéfices de
la relance entre les différents secteurs et agents.

LA COMBINAISON DES POLITIQUES ECONOMIQUES

Il est également possible de pratiquer une combinaison des deux politiques (Policy mix) et d’atteindre
ainsi le plein-emploi en n’importe quel point situé entre B et C. Par exemple une politique budgétaire
déplaçant IS en IS3 peut être accompagnée d’une politique monétaire déplaçant LM en LM3. Dans ce
cas, l’effet pervers de la relance budgétaire sur le taux d’intérêt et l’investissement est totalement
neutralisé par la politique monétaire qui maintient le taux d’intérêt constant. Concrètement, au fur et à
mesure que la relance de l’activité entraine des pressions sur la demande de monnaie, la banque centrale
offre à un intérêt inchangé, la monnaie demandée sur le marché monétaire. On dit que la politique
monétaire est « accommodante ».

Tous les mouvements décrits ci-dessus se font sans variation du niveau général des prix. Rappelons en
effet que dans l’approche keynésienne, les prix sont fixés à court terme et que ce sont les quantités qui
s’ajustent. Tant que l’on n’est pas au plein-emploi, l’offre de biens et services est considérée comme
parfaitement élastique : la production peut augmenter sans augmentation des prix. En revanche, tout
déplacement de IS et LM tendant à établir l’équilibre au-delà de la droite tracée au niveau de Ype, doit
déclencher l’inflation.

UNE INTERPRETATION NEOCLASSIQUE DE LA POLITIQUE MONETAIRE

Dans la logique néoclassique, le modèle IS-LM n’a guère d’utilité. En effet, si la flexibilité des prix
suffit à garantir l’équilibre général, le point d’équilibre spontané du modèle IS-LM correspond à
l’équilibre de plein-emploi, et aucun mouvement de IS ou de LM n’est souhaitable. Tout au plus le
modèle permet-il d’analyser certains effets déstabilisants de politiques qui tenteraient d’abaisser le
chômage en dessous de son niveau naturel (et donc de faire passer Y au-dessus de Ype).

i Figure 22

LM1
Deuxième temps :

A P augmente
LM2
B

Premier temps :

M augmente IS

0 Ype Y

44
La figure 22 permet d’examiner les effets d’une politique monétaire expansionniste dans l’optique
néoclassique. Dans le modèle néoclassique, le point d’équilibre spontané de l’économie (point A)
correspond au plein-emploi. Lorsque l’offre de monnaie augmente suite à la politique monétaire, on
observe dans un premier temps, pour un niveau des prix donné, une augmentation de l’offre réelle de
monnaie (M/P) et donc un déplacement de la courbe LM vers la droite.

Cependant, le nouveau point d’équilibre (B) est impossible. Etant donné que l’économie se trouve déjà
en situation de plein-emploi, les producteurs sont incapables de développer Y au-delà de Ype. La
politique monétaire engendre une demande excédentaire qui se traduit par une augmentation du niveau
général des prix. De ce fait, l’offre réelle de monnaie (M/P) diminue dans un second temps, ce qui se
traduit par un déplacement de la courbe LM se déplace vers la gauche. Le mouvement se poursuit jusqu’à
la disparition de toute demande excédentaire et l’on revient au point A. Au total, la politique monétaire
est sans effet sur l’emploi et le revenu.

UNE INTERPRETATION NEOCLASSIQUE DE LA POLITIQUE BUDGETAIRE

Figure 23
i

LM2

LM1
C

A IS2
IS1
0 Ype Y

Dans la logique néoclassique, une te ntative pour réduire le chômage en deçà du chômage naturel revient
à essayer de développer Y au-delà du PIB de plein-emploi. Au point A, l’économie est déjà
spontanément au plein-emploi. Si une politique budgétaire déplace alors la courbe IS vers la droite, le
modèle indique un nouvel équilibre au point B.

Mais là encore, ce nouvel équilibre est impossible. On ne peut développer Y au-delà de Ype. La demande
excédentaire engendrée par la politique budgétaire provoque une hausse du niveau général des prix. Si
P augmente, pour une offre nominale de monnaie inchangée (M), l’offre réelle de monnaie (M/P)
diminue ; autrement dit, la courbe LM se déplace vers la gauche. Le processus se poursuit jusqu’au point
C, c’est-à-dire tant qu’il existe une demande excédentaire par rapport au PIB de plein-emploi. Comme
la politique monétaire, la politique budgétaire est finalement impuissante à modifier Y. Mais à la
différence de la politique monétaire, la politique budgétaire n’est pas complètement neutre. En effet, on
ne revient pas purement et simplement au point d’équilibre initial (A), mais à un point plus élevé, c’est-
à-dire un point où le taux d’intérêt est plus élevé.

45
L’EFFET D’EVICTION FINANCIERE

Comme on l’a déjà souligné dans l’interprétation keynésienne, les points A et C ne sont pas strictement
équivalents. Au point C, l’investissement privé est plus faible qu’au point A. Ainsi la politique
budgétaire n’a pas réussi à développer une partie de la production (celle qui répond aux dépenses
publiques supplémentaires) au détriment de l’investissement privé. Il s’agit l’effet d’éviction mise en
évidence par les monétaristes : les dépenses nouvelles engendrées par la politique budgétaire évincent
d’autres dépenses ; l’effet total est nul ; seule la structure des dépenses est modifiée dans un sens qui est
conforme aux objectifs des décideurs politiques.

Il faut souligner que l’interprétation néoclassique proposée ci-dessus ne démontre pas l’inefficacité des
politiques économiques, mais la présuppose. On part en effet d’un équilibre de plein-emploi, ce qui
revient à postuler au départ l’inutilité de la politique économique. Cela dit, l’interprétation néoclassique
a le mérite de montrer comment l’économie réagit à des mesures politiques inadaptées – par exemple,
à une stimulation des dépenses trop forte compte tenu de l’élasticité de l’offre ou à une expansion trop
rapide de la monnaie.

46
Chapitre 4 : Offre globale, demande globale, inflation et chômage

Après avoir défini les courbes d’offre et de demande globales, et la courbe de Phillips, nous analyserons
ensuite les stratégies d’ajustement de l’économie aux différents déséquilibres, c’est-à-dire les chocs sur
l’offre, les chocs sur la demande et la stagflation.

1. Offre globale, demande globale et courbe de Phillips

A. La demande globale

La courbe de demande globale donne l’ensemble des combinaisons du revenu réel (Y) et du
niveau général des prix (P) pour lesquelles le marché des biens et services (IS) et le marché
monétaire (LM) sont simultanément en équilibre.

Autrement dit, la demande globale indique les combinaisons de Y et P qui correspondent à l’équilibre
du modèle IS-LM.

CONSTRUCTION DE LA COURBE DE DEMANDE GLOBALE

Le modèle IS-LM est construit pour un niveau général des prix donné. Pour construire la courbe de
demande globale, il suffit donc d’étudier comment réagit le revenu d’équilibre (Y), déterminé par
l’intersection des courbes IS et LM, quand on fait varier P.

Sur la figure 24, nous partons du point d’équilibre A correspondant à un niveau général des prix P0. La
combinaison (P0, Y0) détermine un premier point de la courbe de demande (A’ sur le graphique du bas).
Pour trouver un second point, nous examinons les effets d’une baisse de P0 en P1. La baisse des prix a
trois effets.

 L’effet Keynes

Lorsque P baisse, le niveau des encaisses réelles (M/P) augmente. LM se déplace vers la droite en LM1.
Les agents économiques font face à des encaisses non désirées. Ils s’en débarrassent en achetant plus de
titres ce qui fait baisser le taux d’intérêt. La baisse du taux d’intérêt encourage l’investissement, et le
revenu réel augmente. L’effet Keynes déplace l’équilibre du point A au point B et le niveau de la
demande globale de Y0 en Y1. La combinaison (P1, Y1) nous donne le point B’. La jonction des points
A’ et B’ nous aurait donné la courbe de demande s’il n’y avait pas d’autres effets.

 L’effet richesse

Selon Ando et Modigliani, la consommation dépend non seulement du revenu mais également de la
richesse. Ainsi, pour un flux de revenu inchangé, une augmentation du patrimoine réel détenu par un
agent le conduit à augmenter sa consommation : C = (Y, W) ou W représente la richesse. Une diminution
du niveau général des prix entraîne une augmentation de la richesse des ménages, ce qui stimule la
consommation. Quel que soit le niveau général du taux d’intérêt, la demande de biens et services
augmente : IS se déplace alors vers la droite en IS1 et le nouvel équilibre se situe au point C.

En économie fermée, la jonction des points A’ et C’ nous donnerait la courbe de la demande : elle
indiquerait le résultat combiné de l’effet Keynes et de l’effet richesse sur Y quand on passe de P 0 à P1.
Mais en économie ouverte, il faut en outre tenir compte des effets du taux de change réel.

47
 L’effet du taux de change réel

Pour un niveau inchangé de taux de change nominal (e) et des prix à l’étranger (P*), la baisse de P
augmente le taux de change réel, c’est-à-dire la compétitivité-prix des produits nationaux. En
conséquence, les importations sont freinées et les exportations stimulées, la demande extérieure nette
augmente, quel que soit le taux d’intérêt, et la courbe IS se déplace plus avant vers la droite, en IS2. On
atteint un nouveau revenu d’équilibre, Y3, au point D. la courbe de la demande globale est représentée
par jonction des points A’ et D’(droite Dg).

PENTE DE LA DEMANDE GLOBALE

La pente de la demande est négative. Elle est d’autant plus faible (en valeur absolue), ou encore que la
demande est d’autant plus élastique aux prix, que les trois effets présentés ci-dessus sont forts. La pente
de la courbe de demande globale est d’autant plus faible que :

- La demande de monnaie est peu élastique au taux d’intérêt (la réaction aux chocs monétaires
nécessite alors de fortes variations du taux d’intérêt pour rééquilibrer le marché monétaire) ;
- L’investissement est élastique par rapport aux taux d’intérêt ;
- Le multiplicateur de l’investissement est élevé ;
- La consommation est élastique par rapport à la richesse ;
- Les importations et les exportations sont élastiques par rapport aux prix.

POSITION DE LA DEMANDE GLOBALE

La demande globale étant déterminée par l’équilibre IS-LM, sa position dépend de la position des
courbes IS et LM.

Examinons tout d’abord les effets d’un déplacement de IS. On part du point A. IS se déplace vers la
droite en IS1, par exemple à la suite d’une augmentation des dépenses publiques, et l’on atteint un nouvel
équilibre au point B. Pour un prix P0 inchangé, le revenu réel d’équilibre est désormais Y1 (point B’ sur
le graphique du bas). La variation du revenu réel d’équilibre serait la même quel que soit le niveau
général des prix auquel on se situe. Autrement dit, la courbe de demande se déplace parallèlement à elle-
même, de D0 en D1.

Un déplacement de LM vers la droite, par exemple à la suite d’une politique monétaire expansionniste,
agit dans le même sens. On passe du point A au point C et le revenu réel d’équilibre augmente de Y0 en
Y1, pour un niveau général de prix P0 inchangé. Là encore, la demande augmente quel que soit le niveau
des prix, la courbe se déplace donc vers la droite.

48
Figure 24
i LM2

LM1

A C
B

IS2

IS0 IS1

0 Y0 Y1 Y2 Y3 Y

P0 A’

P1
D’

B’ C’

Dg

0 Y0 Y1 Y2 Y3 Y

En résumé, tout déplacement de IS ou de LM entraine un déplacement de la courbe de la demande


globale dans la même direction. Les facteurs qui déterminent la position de la demande globale sont
donc les mêmes que ceux qui déterminent les positions de IS et LM. Ainsi, la courbe de la demande se
déplace vers la droite à la suite de :

49
- Une augmentation des dépenses publiques ;
- Une diminution des impôts ;
- Une augmentation de la consommation autonome ;
- Une augmentation de la demande étrangère autonome ;
- Une dépréciation de la monnaie nationale (augmentation du taux de change nominal) ;
- Une augmentation des prix étrangers (augmentation du taux de change réel)
- Une augmentation de l’offre de monnaie.

Figure 25

i
LM0

B LM1

IS1
C

IS0

0 Y0 Y1 Y

B’
P0
A’

D1
D0

0 Y0 Y1 Y

50
B. L’offre globale

La courbe d’offre globale indique le volume global de biens et services que l’ensemble des
producteurs nationaux est disposé à offrir pour chaque niveau général des prix.

L’OFFRE DEPEND DU COÛT DES FACTEURS

Les producteurs combinent des facteurs de production (travail et capital) en vue d’offrir des biens et
services. Ils sont rationnels et, en conséquence, ils utilisent le volume de facteurs qui maximise les
profits ; la production globale dépend donc directement du coût des facteurs. Toute baisse du coût réel
des facteurs de productions augmente les profits associés à une utilisation plus intensive de ceux-ci, et
la production offerte augmente. Inversement, toute hausse du coût réel des facteurs freine l’offre. On
peut donc déterminer la courbe d’offre globale en examinant l’évolution du coût des facteurs quand le
niveau général des prix varie. Si la hausse de P réduit le coût réel des facteurs, l’offre globale augmente ;
elle diminue dans le cas inverse ; si le coût réel des facteurs n’est pas affecté par les variations de P,
l’offre réelle ne l’est pas davantage, elle est rigide.

En courte période, on ne retient qu’un seul facteur variable, le travail. Le stock de capital est une
donnée qui entre dans les coûts fixes de productions. La construction de la courbe d’offre revient alors
simplement à étudier les effets des variations de P sur le coût réel du travail, pour une technologie et un
stock de capital donnés. Pour un niveau inchangé des salaires nominaux, une hausse de P abaisse le coût
réel du travail et donc le coût de production. L’offre devrait s’en trouver stimulée. Si le coût du travail
baisse fortement, l’offre augmentera fortement ; si le coût du travail est peu sensible à la baisse de P,
l’offre réagira peu ; si le coût du travail est insensible au niveau général des prix, l’offre est rigide. De
son côté, le coût réel du travail dépend du degré de réaction des salaires nominaux aux variations du
niveau général des prix.

On peut également raisonner en étudiant les effets d’une augmentation de la production sur le niveau
général des prix. Pour augmenter la production, les entreprises doivent utiliser plus de travail. Si, pour
cela, les employeurs doivent élever les salaires, les coûts de productions s’élèvent et les producteurs
n’acceptent de produire davantage que pour un niveau de prix élevé.

Quel que soit le point de départ du raisonnement, on voit donc que la courbe d’offre dépend directement
du mode de formation des salaires sur le marché du travail et la façon dont ils réagissent aux fluctuations
du niveau général des prix. Selon le type d’approche retenu pour décrire l’équilibre sur le marché du
travail (classique, monétariste ou keynésienne), on obtiendra donc des courbes d’offres différentes.

LA COURBE D’OFFRE CLASSIQUE

Les marchés sont supposés en situation de concurrence pure et parfaite. La flexibilité infinie des prix et
des salaires garantit la réalisation simultanée et instantanée de l’équilibre entre l’offre et la demande sur
tous les marchés. La parfaite flexibilité des salaires assure le plein-emploi en permanence. Il n’existe
pas de chômage involontaire. L’équilibre entre l’offre (Lo) et la demande du travail (Ld) détermine un
salaire réel d’équilibre (W0 / P0) pour un niveau général des prix Po (point A). A l’équilibre, l’emploi
Lo correspond au plein-emploi. Si tel n’était pas le cas, il se produirait une variation instantanée de w
jusqu’à ce que le plein-emploi soit rétabli.

La production utilise toujours au mieux tous les facteurs disponibles. La courbe d’offre est donc verticale
au niveau de production de plein-emploi (Ype).

51
Figure 26

𝑊
Chômage
𝑃
classique

B L0
𝑊0
𝑃1

𝑊0 A
𝑃0

Chômage
keynésien
Ld

0 L1 L0 = Lpe L2 Y

P O LT
O CT

A’
P0

B’
P1 C’

0 Y1 Y0 = Ype
Y

LA COURBE D’OFFRE KEYNESIENNE

La courbe d’offre keynésienne s’appuie sur deux hypothèses inverses des hypothèses classiques : les
salaires sont rigides à la baisse et les travailleurs n’anticipent pas complètement et instantanément les
variations de prix.

52
Pour un salaire nominal inchangé (W0), la baisse de P élève le coût réel du travail et les employeurs
réduisent la demande de travail au niveau L1 (point B). Les travailleurs refusent la baisse du salaire
nominal demandée par les employeurs pour compenser la baisse des prix. En effet, à court terme, les
travailleurs anticipent un niveau général des prix inchangé et interprètent une baisse de w comme une
baisse du salaire réel. Le salaire nominal reste donc inchangé et le coût réel du travail augmente. Les
employeurs sont alors contraints d’ajuster la quantité du travail. On passe du point A au point B et
l’emploi diminue en L1. Mais l’offre reste égale à L0 ; il y a donc un chômage équivalent à L0 – L1. Y se
trouve réduit en Y1 par le recul de l’emploi. En associant P1 et Y1 sur le graphique de bas, on obtient le
point B’ et la courbe d’offre OCT. A la différence de la conclusion classique, cette situation est durable.
Le salaire reste rigide à la baisse, le chômage persiste, l’emploi et la production ne reviennent pas à leur
niveau initial. La courbe d’offre reste donc croissante.

Une hausse de P stimule l’emploi et la production. En effet, la baisse du coût réel du travail stimule la
demande du travail, et l’inflation n’est pas immédiatement anticipée par les salariés, qui acceptent donc
de travailler davantage même si la hausse du salaire nominal ne compense pas totalement la hausse des
prix.

LA LOGIQUE MONETARISTE : LES « ANTICIPATIONS ADAPTATIVES »

L’approche monétariste de la macroéconomie a proposé une articulation entre les visions classique et
keynésienne. Les monétaristes adhèrent à la vision classique pour le long terme, mais intègrent certaines
hypothèses keynésiennes de court terme : la flexibilité des prix et l’information sont imparfaites.

A court terme, les anticipations de prix sont imparfaites. Cela engendre une courbe d’offre croissante.
Dès lors, l’économie peut s’ajuster aux chocs d’offre ou de demande conformément à la logique
keynésienne, c’est-à-dire en associant des ajustements de quantités (production et emploi) aux
ajustements de prix. Mais il n’y a là qu’une illusion de court terme. A long terme, les prix sont flexibles
et les anticipations exactes. La courbe d’offre redevient verticale et la logique classique s’applique
pleinement ; le plein-emploi est assuré et la politique économique est inutile.

Sur la figure 26, l’offre keynésienne est une offre à court terme, quand les prix et les salaires sont
relativement rigides et quand dominent les ajustements par les quantités. L’offre classique est une offre
à long terme, quand tous les ajustements de prix ont eu le temps de se réaliser.

La plupart des économistes se rejoignent souvent sur cette articulation de la courbe du long terme, mais
la question qui les divise réellement est de savoir combien de temps dure le court terme. Et, si le court
terme est suffisamment long, on peut douter que l’économie converge spontanément vers un équilibre
de long terme.

ANTICIPATIONS RATIONNELLES : UN RETOUR AUX CLASSIQUES

La théorie des anticipations rationnelles est issue d’une des hypothèses proposées par Muth en 1961,
reprise ensuite et développée dans les années 1970 (notamment par Barro, Lucas, Sargent, Wallace).
Cette théorie part d’une critique de l’hypothèse des anticipations adaptatives. Les agents rationnels
tiennent compte de toute l’information dont ils disposent à un moment donné, et non pas seulement
des informations passées. En particulier, si le gouvernement annonce une politique économique, les
agents en tiennent compte aussitôt. Si les mesures annoncées sont susceptibles de modifier les prix, les
salaires, les taux d’intérêt, etc., les individus ne vont pas attendre de constater effectivement ces
modifications pour les intégrer dans leur calcul économique. La théorie des anticipations rationnelles
ajoute une hypothèse supplémentaire : les agents connaissent le fonctionnement de l’économie. Ils

53
prévoient donc correctement les effets des politiques économiques ; ils ne commettent pas des erreurs
systématiques dans les prévisions.

Si les anticipations sont rationnelles, le processus d’ajustement progressif décrit dans la logique
monétariste ne tient plus. Sur le graphique 26, on ne se déplace plus le long de la courbe d’offre de court
terme (de A’ vers B’) avant de converger progressivement vers l’équilibre de long terme (point C’). Si
les prix baissent, les salariés anticipent immédiatement et correctement la déflation en cours. Les
employeurs savent que les travailleurs anticipent correctement la baisse des prix, et ils peuvent donc
leur proposer immédiatement une baisse des salaires nominaux proportionnelle à celle des prix pour
maintenir l’emploi et la production. On passe donc tout de suite du point A au point C. Il est inutile
d’attendre l’apparition de chômage pour amener les travailleurs à accepter les baisses de salaire qui
permettront ensuite de baisser suffisamment les prix pour écouler la production. Si les anticipations
sont rationnelles, la courbe d’offre est verticale, à court terme comme à long terme.

C. La courbe de Philips

La pente de la courbe d’offre conditionne la possibilité d’agir sur le volume de production et donc sur
l’emploi et le chômage. Si l’offre est croissante, une augmentation de la demande globale élève les prix
et la production. On obtient ainsi plus d’inflation, mais aussi plus d’emploi et moins de chômage.
L’existence ou non d’un arbitrage entre l’inflation et le chômage se trouve ainsi implicitement contenue
dans la forme de la fonction d’offre globale. Ainsi, le taux d’inflation dépend du taux de chômage. Toute
réduction du chômage en deçà du taux de chômage naturel entraine une hausse des salaires ; quand cette
hausse des salaires dépasse le taux de croissance de la productivité, elle engendre l’inflation ; en
revanche, quand les gains de productivité sont supérieurs à la hausse des salaires nominaux, les prix
baissent (taux d’inflation négatif).

Sur le graphique, Un désigne le taux de chômage naturel correspondant au plein-emploi, et par U le taux
de chômage effectif. U et Un sont exprimés en pourcentage de la population active (qui comprend
l’emploi et le chômage).

- Si U = Un, le marché du travail est en équilibre et il ne s’exerce aucune pression sur les salaires
nominaux. Un est donc le taux de chômage pour lequel il n’y pas de variation des salaires. C’est
pourquoi on le désigne parfois, dans la terminologie anglo-saxonne, par NAWRU : non
accelerating wages rate of unemployment.

- Si U > Un, il existe une offre excédentaire de travail, et la concurrence entre les travailleurs pour
obtenir les emplois exerce une pression à la baisse des salaires nominaux.
- Si U < Un, il existe une demande excédentaire de travail, et la concurrence entre les employeurs
pour attirer les travailleurs exerce une pression à la hausse des salaires nominaux.

A gauche de U0, les salaires progressent plus vite que la productivité et le taux d’inflation est positif. U0
correspond au taux de chômage compatible avec la stabilité des prix (le NAIRU : non accelerating
inflation rate of unemployment). Notons que dans le cas où les gains de productivité sont nuls, U0 et Un
sont confondus : l’inflation positive commence dès que l’on passe à gauche de Un ; en effet, la hausse
des salaires n’étant compensée par aucune élévation de la productivité, elle est répercutée en totalité sur
les prix.

54
Figure 27

P w

6 10
5 9

4 8
3 7
NAIRU
2 6
1 5

0 4
-1 3
-2 2 NAWRU
-3 1
-4
0
U0 Un

2. Déséquilibres économiques et stratégies d’ajustement

A. L’ajustement aux chocs sur la demande

Sur la figure 28, on distingue une offre croissante de court terme, OCT, et une offre verticale de long
terme, OLT. Imaginons une économie en situation d’équilibre général de plein-emploi (au point A) qui
se trouve soudain confrontée à un recul inattendu de la demande globale. La demande globale diminue
de D0 en D1 ; la production régresse jusqu’à Y1 et les prix jusqu’à P1. Au point B, on est désormais en
situation de sous-emploi. Le recul de la production implique une réduction de l’emploi et l’apparition
du chômage.

LA LOGIQUE CLASSIQUE

Dans la logique classique, le retour à l’équilibre est automatique et instantané. On ne se déplace pas le
long de OCT mais le long OLT. En effet, l’excès d’offre sur les marchés des biens et services entraine la
chute des prix jusqu’à ce que la demande soit à nouveau équivalente à la production correspondant au
plein-emploi. Les prix baissent donc jusqu’en P2 et le nouvel équilibre s’établit au point C. Durant le
processus d’ajustement, les entreprises ne sont pas incitées à réduire la production et l’emploi. En effet,
quand les prix baissent, les salaires nominaux baissent dans les mêmes proportions : le coût réel du
travail ne varie pas et, en conséquence, l’emploi et la production ne changent pas ; on reste au plein-
emploi.

55
Figure 28
P

O LT
O CT

A
P0
B
P1

P2 C D0

D1

0 Y1 Ype Y

LA LOGIQUE MONETARISTE

La logique classique ne s’applique que dans le long terme. A court terme, l’offre est croissante et la
réduction de la demande globale conduit bien l’économie du point A au point B. Cela s’explique par
l’insuffisance flexibilité des prix et des salaires. Compte tenu de la nouvelle demande globale, on ne
pourrait écouler une quantité Ype inchangée qu’en abaissant le prix en P2 (point C). Mais les prix ne
peuvent pas baisser autant à court terme. En effet, les entreprises n’acceptent pas d’offrir la même
quantité que par le passé pour un prix inférieur, parce que la baisse du prix de vente élève le coût réel
de production. Si les producteurs pouvaient compenser la baisse des prix par une baisse des salaires
nominaux, leur coût réel de production serait constants et ils accepteraient de de produire YPe au prix P2.
Mais les salaires nominaux ne sont pas parfaitement flexibles à la baisse. A court terme, les travailleurs
n’anticipent pas correctement la baisse des prix en cours. Ils interprètent donc tout recul du salaire
nominal comme une réduction de leur pouvoir d’achat, et refusent de renégocier les salaires à la baisse.
Dans un premier temps, donc, le prix de vente recule, les salaires ne bougent pas ou reculent moins vite
que les prix. Le coût réel du travail augmente donc et les employeurs réduisent l’emploi et la production.

Mais il ne convient pas pour autant de mettre en œuvre une politique keynésienne visant à stimuler la
demande globale pour repousser D1 vers le haut. En effet, le point B n’est pas un point d’équilibre à
long terme : si on laisse s’opérer librement les ajustements, l’économie va converger d’elle-même vers
le plein-emploi. Au point B, il y a du chômage, la concurrence entre les travailleurs finit par exercer une
pression à la baisse sur les salaires nominaux. De plus, les travailleurs adaptent leurs anticipations aux
nouvelles informations sur les prix. Au fur et à mesure qu’ils prennent conscience de la baisse des prix
en cours et qu’ils anticipent plus précisément le niveau effectif des prix, ils acceptent volontiers les
baisses de salaires nécessaires pour maintenir leur emploi ou pour retrouver un emploi s’ils sont au
chômage. La baisse progressive des salaires nominaux permet aux entreprises d’augmenter l’emploi et
la production et d’abaisser les prix pour écouler cette offre croissante. La courbe d’offre de court terme
se déplace vers la droite. Tant qu’il existe un sous-emploi, la baisse des salaires et des prix continue.

56
L’économie converge donc nécessairement vers le point C où l’on atteint à nouveau le plein-emploi. Au
point C, les salaires et les prix ont finalement baissé dans les mêmes proportions ; le coût réel du travail
est le même qu’au point A et l’emploi revient donc à son niveau initial. Le chômage n’est qu’un
phénomène temporaire associé à l’imperfection de l’information et des anticipations, phénomène
éventuellement accentué par les rigidités qui entravent la libre négociation des salaires.

LA LOGIQUE KEYNESIENNE

Les logiques classique et monétariste diffèrent sur la période du processus d’ajustement, mais elles ont
une même vision sur sa nature. Il s’agit d’un mécanisme en trois temps :

1°) Le chômage (ou la menace du chômage) qui accompagne la récession entraîne une baisse des salaires
nominaux.

2°) La baisse des salaires nominaux permet aux producteurs de baisser les prix et de rétablir l’emploi et
la production.

3°) La baisse des prix rétablit la demande à son niveau initial et permet d’écouler une production
correspondant au plein-emploi.

La logique keynésienne conteste l’efficacité de ces trois mécanismes et conclut que les déséquilibres sur
le marché du travail et sur le marché des biens et services ne seront pas rétablis automatiquement. D’une
part, les baisses des salaires ne se produisent pas nécessairement et, quand elles se produisent, elles ne
suffisent pas à résorber le chômage. D’autre part, les baisses de salaires ne permettent pas toujours une
baisse des prix suffisante pour rétablir une demande globale insuffisante.

La logique keynésienne ne rejette pas totalement la pertinence théorique du processus d’ajustement


classique. Ce processus indique des pressions effectivement à l’œuvre dans l’économie. Mais la logique
keynésienne estime que ce processus d’ajustement est trop incertain et surtout trop long pour que l’on
puisse se contenter d’attendre un retour automatique à l’équilibre de plein-emploi.

Au lieu d’atteindre cet objectif par l’enchainement long et incertain chômage-baisse des salaires-baisse
des prix, la stratégie keynésienne se propose de le rechercher plus directement et plus rapidement en
repoussant la demande globale vers le haut à l’aide d’une politique budgétaire et / ou monétaire
expansionniste. Une telle politique repousse D1 vers D0 et ramène l’économie au point A. Cette politique
n’est même pas inflationniste puisqu’elle rétablit seulement les prix à leur niveau antérieur.

B. L’ajustement aux chocs sur l’offre


Examinons à présent l’ajustement de l’économie à un choc affectant l’offre globale. Sur la figure 29, on
part comme précédemment du point A. Survient alors un choc pétrolier qui se traduit par une hausse
soudaine et considérable du prix du pétrole, dans une économie où cette matière première est entièrement
importée et représente une part importante des besoins énergétiques. Toutes choses étant égales par
ailleurs, la conséquence immédiate de ce choc est une hausse sensible du coût réel de production et une
diminution des profits. Pour un prix donné, les producteurs sont donc incités à réduire leur production :
la courbe d’offre se déplace vers la gauche et l’on atteint un nouveau point d’équilibre, B, caractérisé
par un niveau général des prix plus élevé et une production réduite, inférieure au niveau de plein-emploi.

57
Figure 29

O CT1
O LT

C O CT0
P2
B

P1

P0
A

D1
D0

0 Y1 Ype Y

LES LOGIQUES CLASSIQUE ET MONETARISTE

Dans l’optique classique, le point B n’est pas un point d’équilibre. Il décrit seulement ce vers quoi
tendrait l’économie si les prix n’étaient pas parfaitement flexibles. Au point B en effet, Y1 < Ype. Le
chômage apparaît donc sur le marché du travail et exerce instantanément une pression à la baisse des
salaires nominaux. La baisse des salaires compense la hausse des coûts d’approvisionnement
énergétique et les producteurs peuvent maintenir leur offre au niveau initial. A la limite, si la vitesse
d’ajustement des prix est infinie et si les anticipations sont rationnelles, l’offre ne se déplace pas du tout
vers la gauche, même à court terme. Dès l’annonce du choc pétrolier, les employeurs comme les
travailleurs savent dans quelle mesure les coûts réels de productions vont augmenter, et donc dans
quelles proportions il faut baisser les salaires nominaux pour maintenir le plein-emploi. Les contrats
sont instantanément renégociés, l’offre et les prix ne changent pas, les salaires nominaux sont ajustés
dans les proportions nécessaires et l’on reste au point A.

Dans l’optique monétariste, les anticipations et la flexibilité des salaires ne sont pas parfaites à court
terme. Dans un premier temps, on se déplace bien vers le point B. Un choc sur l’offre peut donc
engendrer la stagflation : la conjonction de l’inflation et d’une baisse de la production.

Toutefois cet effet pervers n’est que temporaire. Au point B, en effet il existe un chômage qui exerce
une pression à la baisse des salaires nominaux. La baisse des salaires compense la hausse des coûts
d’approvisionnement énergétique et les producteurs peuvent à nouveau augmenter l’offre de biens et
services. L’offre repart vers la droite et le niveau général des prix baisse. Tant que la production reste
inférieure au plein emploi, le chômage subsiste ; la baisse des salaires se poursuit donc et continue de
stimuler l’offre et la baisse des prix. Le mouvement continue jusqu’ à ce que l’offre soit revenue en

58
OCTo, où le plein emploi est rétabli. Là encore, la différence entre les logiques classiques et monétaristes
ne porte que sur le temps nécessaire à l’ajustement vers le point d’équilibre de long terme.

Notons qu’à la suite de cet ajustement, le pouvoir d’achat des travailleurs a régressé. En effet, les salaires
nominaux ont baissé, mais le niveau général des prix est revenu à son niveau initial. La baisse du coût
réel du travail compense donc exactement l’augmentation des coûts de production associée au choc
pétrolier. Il faut bien en effet que quelqu’un paie la facture. En l’occurrence, ce sont les travailleurs qui
supportent la totalité du coût d’ajustement. Pourquoi les travailleurs sont-ils censés accepter cette
charge ? D’une part parce qu’ils finissent par réaliser que la réduction du pouvoir d’achat est la condition
du maintien de leurs emploi. D’autres part parce qu’ils sont plus sensibles aux variations de leurs revenu
permanent qu’à celles de leur revenu courant : il est rationnel d’accepter un coût transitoire en échange
du maintien des revenus futurs.

En conclusion, les chocs sur l’offre (comme les chocs sur la demande) n’ont éventuellement d’effets
pervers que dans le court terme. L’économie retourne d’elle-même vers l’équilibre général de
plein emploi. La politique économique est donc inutile.

LA LOGIQUE KEYNESIENNE

La logique keynésienne repose sur l’interventionnisme. Sur la figure 29, on voit qu’une politique
keynésienne de relance pourrait déplacer la demande globale de DO en D1 pour atteindre le point C.
Certes, cela renforce l’inflation, mais on évite la récession de la production et la montée du chômage.
Notons qu’au point C comme au point A, les salaires réels ont baissé. Mais cette fois, la baisse du coût
réel du travail a été obtenue par la hausse des prix, avec un salaire nominal inchangé : les travailleurs ne
semblent pas finalement mieux traités, quelle que soit la stratégie adoptée. Cependant, la stratégie
keynésienne, présente deux atouts. D’une part, elle évite la confrontation directe entre employeurs et
employés qu’exige une renégociation des salaires nominaux à la baisse. L’inflation est un moyen plus
diffus et plus simple de réduire les salaires réels. D’autre part, quitte à devoir payer la facture, les
travailleurs préfèrent la stratégie keynésienne, qui a du moins le mérite de leur éviter la période
d’ajustement par le chômage. Plus les délais associés au processus d’ajustement classique sont longs, et
plus la stratégie de relance de la demande est avantageuse.

Le problème de fond : le partage de la valeur ajoutée


Admettons que le gouvernement ait adopté la stratégie de la relance de la demande pour compenser
l’effet dépressif du choc pétrolier. Le nouveau point d’équilibre est donc le point C. Mais cet équilibre
risque fort d’être instable. Les travailleurs finissent par réaliser tout à fait l’ampleur de la hausse des prix
et comprennent que le recul de leurs pouvoirs d’achat a permis à la nation de payer la totalité de la
facture. On peut alors s’attendre à ce qu’ils réclament des hausses de salaires nominaux pour déplacer
une partie du coût sur les employeurs. Ces derniers essaieront à leur tour de reporter les hausses de
salaires qu’ils devront concéder sur de futures hausses de prix, et ainsi de suite. L’économie peut
s’enfermer dans une spirale d’inflation par les coûts.

Notons que ce problème n’est pas spécifique à la stratégie keynésienne. Il se pose exactement dans les
mêmes termes si l’on part du point A sur la figure 29. En ce point en effet, il n’y a aucune raison pour
que les travailleurs, qui ont dû supporter une période plus ou moins longue de montée du chômage et
accepter des baisses de salaires pour rétablir l’emploi, tolèrent indéfiniment de supporter seuls les coûts
associés au choc pétrolier. Là aussi, ils finissent par réclamer des hausses de salaires nominaux et par
enclencher une spirale d’inflation par les coûts.

59
Quelle que soit la réaction politique initiale au choc pétrolier, le coût entrainé par ce dernier doit être
payé d’une manière ou d’une autre. Une attitude de laisser faire peut déboucher sur un cycle
d’affrontement entre salariés et employeurs, chacun parvenant à son tour à rétablir momentanément sa
part dans la valeur ajoutée. Le rétablissement d’un équilibre stable suppose un partage du coût jugé
équitable par les parties en présence.

Sur la figure 29, une stratégie de partage des coûts peut consister à stimuler la demande et à freiner le
recul de l’offre de façon à atteindre un point situé entre A et C. la relance de la demande incombe au
gouvernement. La maitrise du recul de l’offre global peut résulter d’une diminution du taux de marge
acceptée par les producteurs. Les profits et le pouvoir d’achat régressent, chacun supportant une partie
du coût d’ajustement.

C. L’arbitrage inflation-chômage

LA LOGIQUE KEYNESIENNE EN ECHEC : LA STAGFLATION

La plupart des pays industrialisés ont connu une relation inflation-chômage relativement stable durant
les années 1950 et 1960. La politique économique pouvait donc se déplacer le long de la courbe de
Phillips, en arbitrant tantôt en faveur de l’emploi, tantôt en faveur de la stabilité des prix, selon l’état de
la conjoncture et les priorités politiques.

Mais durant les années 1970 et 1980, la courbe de Phillips ne subsiste que sur de courtes périodes de
trois à quatre ans et se déplace vers le haut. On ne peut donc plus abaisser le chômage à un niveau donné
au prix d’une inflation plus élevé, mais au prix d’une inflation de plus en plus élevée. A long terme dans
le meilleur des cas, le chômage ne diminue pas et l’inflation s’accélère. Il n’est pas rare aussi d’observer
une aggravation simultanée du chômage et de l’inflation.

Cette situation, que l’on a qualifiée de « stagflation », semble remettre directement en cause la stratégie
keynésienne de relance par la demande. Dans l’Europe des années 1970 d’ailleurs, les tentatives de
relance de la demande n’empêchent pas la montée du chômage mais contribuent certainement à
alimenter une forte inflation.

L’INTERPRETATION CLASSIQUE ET MONETARISTE DE LA STAGFLATION

Dans les logiques classiques et monétaristes, la courbe d’offre est verticale à long terme. On ne peut
donc augmenter la production et l’emploi et réduire le chômage en échange d’une inflation plus élevée.
A long terme, l’arbitrage inflation-chômage n’existe pas ; la courbe de Phillips est verticale. Cependant,
l’existence d’une courbe d’offre croissante à court terme donne momentanément la possibilité de
développer la production et l’emploi en stimulant la demande. L’arbitrage keynésien existe
éventuellement dans le court terme, mais disparait à long terme.

Or l’horizon des décideurs politiques est souvent plus court que celui des économistes : à l’approche
d’une élection, une politique de relance qui parvient à réduire temporairement le chômage peut s’avérer
politiquement rentable, même si, à long terme, elle est impuissante à abaisser durablement le chômage.
Des politiques de relance de la demande peuvent donc être mis en œuvre, bien qu’elles aient pour seul
effet durable une accélération de l’inflation qui ne freine pas la progression du chômage.

60
LES ANTICIPATIONS RATIONNELLES RENFORCENT L’EFFICACITE DES
POLITIQUES

La rationalité des anticipations renforce l’efficacité de la politique. Contrairement aux conclusions de la


théorie des anticipations rationnelles, l’inefficacité de la politique économique n’est pas le résultat du
mode de formation des anticipations, mais des hypothèses sur le fonctionnement de l’économie. Dans
une économie maintenue en permanence au plein-emploi, par une flexibilité infinie des prix et salaires,
la politique économique est inefficace quel que soit le mode de formation des anticipations. Simplement
cette inefficacité se révèle plus rapidement quand les anticipations sont rationnelles parce que l’on ne
peut pas tromper les agents sur les effets réels des politiques. En revanche, dans une économie en sous-
emploi et où les ajustements par les prix sont lents et incertains, la politique économique peut être
efficace si les anticipations sont rationnelles, les agents savent que la politique est efficace et leurs
décisions ne peuvent qu’accélérer les effets de cette politique.

UNE SYNTHESE NEOCLASSIQUE ET KEYNESIENNE

L’approche classique a le mérite d’attirer l’attention sur les effets pervers d’une erreur de diagnostic qui
amène à appliquer à un problème un instrument de politique économique inadapté. Ainsi si l’essentiel
du chômage ne provient pas d’une insuffisance de la demande mais d’un coût du travail trop élevé
(chômage classique) ou d’une formation des chômeurs inadaptée aux emplois disponibles (chômage
structurel), une relance de la demande aura les effets prédits par l’approche classique : la pression sur la
demande accélère l’inflation mais n’a aucun effet sensible sur le taux de chômage.

Un arbitrage existe entre l’inflation et le chômage keynésien (chômage associé à une demande
insuffisante). Mais l’inflation et la relance de la demande n’ont pas d’effet durable sur le chômage
classique et sur le chômage structurel. La plupart des économistes s’entendent désormais pour admettre
que ces différents types de chômage coexistent et qu’il convient, en conséquence, de combiner plusieurs
types de politiques.

Sur la figure 30, on indique les taux de chômage effectif (U0), naturel (UN) et frictionnel (UF). Les deux
lignes en pointillés délimitent la zone d’intervention nécessaire des pouvoirs publics en tenant compte
du type de chômage.

Le taux de chômage comprend une composante keynésienne (U0 - UN). Il convient de stimuler la
demande pour lutter contre ce type de chômage. Cela permet d’acheminer l’économie du point A au
point B. Une fois le point B atteint, la relance par la demande ne peut plus réduire le chômage, si ce
n’est temporairement. En ce point, la courbe de Phillips devient verticale à long terme.

Toutefois, le fait d’être au niveau naturel du taux de chômage n’implique nullement l’abandon de toute
politique économique. En effet, ce taux naturel implique trois types de chômage ( :
- chômage classique, dû à des salaires réels trop élevés ;
- chômage structurel, lié à des mutations dans la structure de la demande et de l’offre globales qui
rendent les qualifications de certains travailleurs obsolètes et inadaptées aux besoins des secteurs
susceptibles de créer des emplois ;
- chômage frictionnel (UF), qui correspond à la mobilité volontaire des travailleurs, mobilité
indispensable au fonctionnement efficace du marché du travail ; il s’agit du seul chômage contre lequel
aucune politique économique n’est requise.

61
A gauche du point A, on peut chercher à abaisser les composantes classique et structurelle du taux de
chômage par des politiques structurelles : formation et reconversion des travailleurs, politique des
revenus pour rétablir les salaires réels à un niveau compatible avec le plein emploi et limiter la
substitution du capital au travail. Ces politiques visent à déplacer la courbe de Phillips de long terme
vers la gauche.

Figure 30

P CPLT
Politique Relance de
Structurelles la demande

Chômages
A
Chômage
Classique et
keynésien CPCT
structurel

0 UF UN U0 U

LA CONTRAINTE EXTERIEURE
La synthèse évoquée ci-dessus laisse entendre qu’il est théoriquement possible d’éliminer la composante
keynésienne du chômage en pratiquant une politique de stimulation de la demande globale. Toutefois,
cette politique risque de se heurter à la contrainte extérieure.

En situation de sous-emploi, dans un pays dont les échanges sont équilibrés ou déficitaires, la politique
keynésienne bute sur la contrainte extérieure. Toute relance de la demande contribue à réduire le
chômage keynésien mais entraine inéluctablement un déficit extérieur qui, le plus souvent contraint
finalement à réduire ultérieurement la dépense intérieure.

LA NECESSITE D’UNE COOPERATION INTERNATIONALE


La seule façon de desserrer la contrainte extérieure réside dans une coordination internationale des
politiques économiques. Si des pays fortement ouverts entre eux relancent conjointement leur demande
intérieure, une part importante de la contrainte extérieure est levée : chaque pays augmente sa demande
pour les produits de ses voisins ; chaque pays voit donc son importation augmenter, mais ses
exportations suivent le même mouvement.

62
Il existe cependant des obstacles à la mise en œuvre de politiques coordonnées. La situation politique et
l'opinion publique peuvent conduire, dans chaque pays, à des arbitrages différents entre les objectifs de
la politique économique. De plus, les chocs macroéconomiques peuvent être asymétriques : les
difficultés auxquelles sont confrontés les différents pays ne sont pas identiques et appellent des
politiques divergentes. Les décideurs politiques sont ainsi pris en tenaille entre la nécessité de coopérer
avec les partenaires étrangers pour assurer l'efficacité conjointe de leurs politiques conjoncturelles, et le
désir de préserver un certain pouvoir autonome pour répondre aux exigences spécifiques de leurs
électeurs.

63
Conseils bibliographiques

A. MANUELS
Abraham-Frois G., Keynes et la macroéconomie contemporaine, Economica, 4e éd., 1993.
Alphandery E., Cours d'analyse macroéconomique, Economica, 1976.
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64
Travaux dirigés
I. Questions de cours
A. Questions de révision
1. Expliquez ce qu’est la propension marginale à consommer. Quel est le lien entre la propension
marginale à consommer et la propension marginale à épargner ?
2. Expliquez le concept de multiplicateur.
3. Quels sont les déterminants de l’investissement ?
4. Que représente la courbe IS ?
5. Pourquoi la pente de la courbe IS est-elle décroissante ?
6. Quelles variables provoquent un déplacement de la courbe IS ?
7. Que représente la courbe LM ?
8. Pourquoi la pente de la courbe LM est-elle croissante ?
9. Quelles variables provoquent le déplacement de la courbe LM ?
10. Qu’entend-on par « équilibre global »dans le modèle IS-LM ?
12. Pourquoi les effets de la politique budgétaire sur l’investissement sont-ils ambigus ?
14. Quels effets aura une politique budgétaire expansionniste sur Y et i ?
15. Quels effets aura une politique monétaire expansionniste sur Y et i ?
16. Qu’entend-on par Policy-mix ?
17. Expliquez l’effet Pigou
18. Expliquez l’effet d’éviction financière
B. Vrai/faux/incertain
1. Si toutes les variables exogènes de la relation IS sont constantes, alors un niveau de production plus
élevé n’est possible qu’à un taux d’intérêt plus bas.
2. La courbe IS est décroissante car l’équilibre sur le marché des biens implique qu’une hausse des
impôts entraine une baisse du niveau de production.
3. Si les dépenses publiques et les impôts augmentent simultanément et du même montant, la courbe IS
n’est pas déplacée.
4. La courbe LM est croissante car une offre de monnaie plus élevée est nécessaire pour accroitre la
production.
5. Une hausse des dépenses publiques réduit l’investissement.
6. Une hausse de la production à taux d’intérêt constant n’est possible qu’à l’aide d’une combinaison de
politique budgétaire et monétaire.
7. Il peut être dans l’intérêt des employeurs de payer leurs employés au-dessus de leur salaire de
réservation.
8. Le taux de chômage structurel n’est pas affecté par les changements de politique économiques.
9. La relation d’offre implique qu’une hausse de la production entraine une hausse des prix.
10. Le niveau de production naturel peut être déterminé avec la seule relation d’offre globale.
11. La relation de demande globale implique qu’une hausse du niveau des prix entraine une hausse de
la production.
12. En l’absence de changements dans la politique monétaire et/ou budgétaire, l’économie resterait
toujours à son niveau de production naturel.
13. La neutralité de la monnaie à moyen terme n’implique pas que l’on ne puisse pas ou qu’il ne faille
pas utiliser la politique monétaire pour modifier le niveau de la production.
14. La politique budgétaire ne peut pas affecter l’investissement à moyen terme, car la production revient
toujours à son niveau naturel.
15. A moyen terme, les prix et la production reviennent toujours à leurs niveaux.

65
16. La courbe de Phillips initiale est la relation négative entre chômage et inflation observée pour la
première fois au Royaume-Uni.
17. La relation d’offre globale est cohérente avec la courbe de Phillips observée jusque dans les années
1970, mais pas depuis.
18. Les hommes politiques ne peuvent utiliser l’arbitrage inflation/emploi que temporairement.
19. Avant la crise des années 1970, il n’y avait pas le taux de chômage structurel et les hommes
politiques pouvaient atteindre un taux de chômage aussi bas qu’ils le voulaient.
C. QCM
1. Selon les classiques :
a. la courbe d’offre n’est rigide qu’à court terme
b. la courbe d’offre globale est rigide à long terme mais pas à court terme
c. la courbe d’offre globale est rigide aussi bien à court terme qu’à long terme
d. aucune réponse n’est correcte
2. Dans la logique classique :
a. le salaire nominal est parfaitement flexible
b. le salaire réel est flexible mais pas le salaire nominal
c. le salaire réel est parfaitement flexible à la hausse mais pas à la baisse
d. aucune réponse n’est correcte
3. Dans la logique keynésienne :
a. le salaire nominal est rigide, surtout à la hausse
b. le salaire nominal est rigide, surtout à la baisse
c. l’offre de travail dépend du salaire réel
d. l’offre de travail dépend du salaire nominal
4. Dans la logique classique :
a. seuls les travailleurs anticipent parfaitement l’inflation
b. seuls les producteurs anticipent parfaitement l’inflation
c. tous les agents anticipent parfaitement l’inflation
d. les travailleurs font des anticipations adaptatives de l’inflation
5. Dans la logique keynésienne:
a. les travailleurs anticipent complètement et instantanément l’inflation
b. les employeurs anticipent complètement et instantanément l’inflation mais pas les travailleurs
c. tous les agents anticipent parfaitement l’inflation
d. aucune réponse n’est correcte
6. Selon les monétaristes :
a. la courbe d’offre est rigide à court terme mais pas à long terme
b. la courbe d’offre globale est rigide à long terme mais pas à court terme
c. la courbe d’offre globale est rigide aussi bien à court terme qu’à long terme
d. les prix sont flexibles et les anticipations exactes à long terme mais pas à court terme
7. Lorsque les anticipations sont rationnelles :
a. la courbe d’offre globale est verticale aussi bien à long terme qu’à court terme
b. la courbe d’offre globale n’est verticale qu’à long terme
c. la courbe d’offre globale n’est verticale qu’à court terme
d. aucune réponse n’est correcte
8. Lorsque les anticipations sont rationnelles :
a. la politique économique n’a d’utilité qu’à long terme
b. la politique économique n’a d’utilité qu’à court terme
c. la politique économique est utile aussi bien à court terme qu’à long terme
d. la politique économique n’a aucune utilité, même à court terme

66
e. aucune réponse n’est correcte
9. Le modèle néoclassique :
a. ne peut expliquer que le chômage volontaire
b. ne peut expliquer que le chômage involontaire
c. peut expliquer à la fois le chômage volontaire et le chômage involontaire
d. aucune réponse n’est juste
II. Problèmes
1. Le tableau ci-après présente des données sur le PIB réel de la France (en milliard d’euros de
2000) entre 2004 et 2005 :
2004 2005
Consommation (C) 880 897
Investissement (I) 298 308
Dépense publique (G) 355 359
Exportations (X) 440 353
Importations (M) 447 474
Variation de stocks (Is) 7 5

a. Calculez le niveau du PIB en 2004 et 2005.


b. Calculer le solde commercial pour les deux années.
2. Considérons que la consommation est représentée par l’équation qui suit :
𝐶 = 200 + 0,5𝑌𝐷 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑌𝐷 = 𝑌 − 𝑇 𝑒𝑡 𝑇 = 200
a. Quel est le niveau de consommation de l’économie si YD = 0 ? Expliquez brièvement
comment les individus arrivent tout de même à consommer avec un revenu disponible nul.
b. Étant donné ces paramètres, calculez le niveau de la consommation si Y = 1200. Qu’arrive-
t-il au niveau de YD quand Y augmente et passe de 1200 à 1300 (calculez la variation de
YD) ? De même qu’arrive-t-il au niveau de consommation ? En utilisant vos résultats,
déterminez la propension marginale à consommer dans cette économie.
c. Écrivez la fonction d’épargne de l’économie. Quel est le niveau d’épargne (S) lorsque YD
= 0 ? Expliquez pourquoi il en est ainsi. Quelle est la propension marginale à épargner dans
cette économie ? Comment la déterminez-vous ?
d. Tracez cette fonction de consommation dans le repère (YD, C) (YD sur l’axe des abscisses
et C sur l’axe des ordonnées). Que représente l’ordonnée à l’origine de la fonction ?
Expliquez. Quelle est la pente de la fonction de consommation ?
3. Considérons que l’économie est représentée par les équations qui suivent :
𝑌 =𝐶+𝐼+𝐺
𝐶 = 𝑐0 + 0,8𝑌𝐷
𝑌𝐷 = 𝑌 − 𝑇
G = 300
T = 100
c0 =300
On suppose également que l’investissement ne dépend ni du taux d’intérêt, ni du niveau des ventes : I =
200.
a. Etant donné ces variables, calculez le niveau de production d’équilibre.
b. Supposons maintenant que la confiance des consommateurs augmente et provoque une hausse
de la consommation autonome (c0), qui passe de 300 à 400. Quel sera le nouveau niveau de
production d’équilibre ? Quelle est l’ampleur de la variation du revenu à la suite de ce
phénomène ? quel est le multiplicateur dans cette économie ?

67
c. Expliquez brièvement pourquoi l’augmentation de la production est supérieure à l’augmentation
initiale de la consommation autonome.
d. On suppose désormais que la fonction de consommation vérifie :
𝐶 = 𝑐0 + 0,5𝑌𝐷 . Les autres paramètres sont les mêmes qu’initialement : G = 300 ; T = 100 ; c0
= 300.
Quelle est désormais la propension marginale à consommer ?
Quelle est la nouvelle valeur du multiplicateur ? (Pour calculer celle-ci, vous pouvez calculer
de combien varie la production d’équilibre lorsque la consommation autonome passe de 300 à
400, par exemple.)
Expliquez pourquoi le multiplicateur est plus faible plus que précédemment.
4. Supposons que les équations qui suivent représentent l’économie :
𝑌 =𝐶+𝐼+𝐺
𝐶 = 400 + 0,5𝑌𝐷
𝑌𝐷 = 𝑌 − 𝑇
On suppose aussi que l’investissement ne dépend pas du taux d’intérêt ni du niveau des ventes :
I = 200.
Initialement, la dépense gouvernementale se monte à 600 et les impôts à 400 (G = 600 ; T =
400). Il y a donc un déficit budgétaire de 200.
a. Calculer le niveau de production d’équilibre de cette économie.
b. Le gouvernement souhaite éliminer le déficit budgétaire. Il envisage tout d’abord de réduire
les dépenses publiques de 200, en adoptant désormais G = 400. De combien sera réduit le
niveau de production d’équilibre ? Quelle est la valeur du multiplicateur ?
c. A partir de la situation initiale, le gouvernement peut également choisir d’éliminer le déficit
budgétaire en augmentant les impôts de 200. On a alors G = 600 et T = 600. De combien
sera réduit dans ce cas le niveau de production d’équilibre ? Comment expliquez-vous
qu’une même réduction du déficit budgétaire ait des effets différents sur le niveau de
production d’équilibre ?
d. Pour chacune des deux politiques envisagées précédemment (réduction des dépenses
publiques ou augmentation des impôts), déterminez la variation de la consommation.
e. Revenons à la situation initiale. Le gouvernement souhaite accroitre les dépenses publiques
de 100 sans augmenter le déficit. Il augmente donc les impôts d’un même montant. On a
alors G = 700 et T = 500. Déterminez le niveau de production d’équilibre.
f. Le gouvernement souhaite augmenter la production d’équilibre jusqu’au niveau 2300 sans
augmenter le niveau initial des dépenses publiques (G = 600). A quel niveau doit-il réduire
les impôts T ? Quel est le montant du déficit public ? Etait-il possible d’obtenir le même
niveau de production d’équilibre avec un déficit public plus faible ?
5. Supposons que les relations suivantes représentent le marché des biens :
𝐶 = 180 + 0,7𝑌𝐷
𝑌𝐷 = 𝑌 − 𝑇
𝐼 = 100 − 18𝑖 + 0,1𝑌
𝑇 = 400
𝐺 = 400
𝑌 =𝐶+𝐼+𝐺
a. Déterminer le niveau de production d’équilibre. Cela signifie que vous devez revenir à une
expression avec Y à gauche et toutes les autres variables à droite.
b. Calculez le niveau de production d’équilibre lorsque le taux d’intérêt vaut : 5%, 10%, 15%,
20% (i = 5, 10, etc.). Sur une feuille séparée, tracez les quatre combinaisons de i et de Y.
Que représente cette courbe ?

68
c. Lorsque le marché des biens s’ajuste à ces augmentations de i, quels sont les effets sur la
consommation, l’épargne et l’investissement ? Expliquez brièvement pourquoi chaque
variable se modifie.
d. Calculez le niveau de production d’équilibre lorsque i = 8% (i = 8). Placez ce point sur votre
graphique. Supposons que i reste à 8%. Calculez le niveau de la production d’équilibre
lorsque G augmente de 100 (et passe à 500). Quelle est la valeur du multiplicateur ?
6. Supposons que le marché des biens est représenté par les équations de l’exercice précédent.
(Remarque : ne faites pas de calculs dans cet exercices, donnez juste des explications brèves.)
Expliquez brièvement l’effet des évènements suivants sur la courbes IS :
a. Une baisse du taux d’intérêt.
b. Une hausse du taux d’intérêt.
c. Une baisse de c0 de 180 à 100.
d. Une hausse des impôts.
7. Supposons que la demande de monnaie réelle et l’offre de monnaie réelle sont représentées par
les équations suivantes :

𝑀𝑑 ⁄𝑃 = 6𝑌 − 120𝑖
𝑀 𝑠 ⁄𝑃 = 5400
a. Égalisez ces expressions et établissez une expression de i (vous devez isoler i à gauche et
placer toutes les autres variables à droite).
b. Calculer i lorsque Y vaut 1000, 1100 et 1200. Sur une feuille séparée, tracez ces
combinaisons de i et Y. Que représente cette figure ?
c. Calculez i pour Y = 1400. Où se situe ce point sur votre courbe ? Supposons que Y se fixe
à 1400. Dans le même temps, l’offre de monnaie réelle baisse à 5000. Calculez le nouveau
point d’équilibre (celui lié à une baisse de M de 400). Quelle est l’ampleur de la variation
de i ?
d. Utilisez l’analyse en c pour expliquer brièvement l’effet sur la courbe LM.
8. Utilisez les figures ci-après pour répondre aux questions qui suivent (on suppose que les
marchés financiers sont équilibrés et que Y ne varie pas) :

Taux Taux

LM
Ms

i0 A A

Md

M Y
69
a. Quel est l’effet d’une disponibilité et d’une utilisation plus importante d’une carte de crédit à
débit différé sur la demande de monnaie ? Expliquez brièvement.
b. Illustré ces effets sur la demande de monnaie sur la figure ci-après. Expliquez brièvement
comment i doit varier pour rétablir l’équilibre.
c. Utiliser l’analyse ci-après pour expliquer la position de la courbe LM, sachant que Y n’a pas
varié.
d. Pendant la période des vacances, les individus vont détenir plus de monnaie, sans que le taux
d’intérêt ou le revenu ne soit modifié. Quel sera l’impact de ce phénomène sur la courbe LM ?
Expliquez brièvement.

9. Utiliser le modèle IS-LM pour répondre aux questions qui suivent :

a. Supposons que les achats du gouvernement augmentent. Quel sera l’effet sur les courbes IS et
LM ?
b. Quel sera l’impact de cette hausse de G sur i et Y ?
c. Quel sera l’impact de cette hausse de G sur la consommation et l’épargne ? Expliquez
brièvement.
d. Quel sera l’impact de cette hausse de G sur l’investissement ?

Remarque : illustrez graphiquement les effets de la variation de G.


10. Utilisez le modèle IS-LM pour répondre aux questions qui suivent, après supposition que l’offre de
monnaie baisse :

a. Quel sera l’impact de cette baisse de M sur les courbes IS et LM ?


b. Quel sera l’impact de cette baisse de M sur i et Y ?
c. Quel sera l’impact de cette baisse de M sur la consommation et l’épargne ? Expliquez
brièvement.
d. Quel sera l’impact de cette baisse de M sur l’investissement ?
Remarque : Illustrez graphiquement les effets de la baisse de M.

11. Les effets d’une politique budgétaire expansionniste sur l’investissement sont ambigus.

a. Expliquez pourquoi il en est ainsi.

b. Est-il possible pour l’investissement d’augmenter lorsque les achats du gouvernement


s’accroissent ? Expliquez.
c. Est-il possible pour l’investissement d’augmenter lorsque les achats du gouvernement baissent ?
Expliquez.
12. Supposez que l’économie est modélisée grâce aux équations suivantes :

𝐶 = 180 + 0,7𝑌𝐷
𝑌𝐷 = 𝑌 − 𝑇
𝐼 = 100 − 18𝑖 + 0,1𝑌
𝑇 = 400
𝐺 = 400
𝑌 =𝐶+𝐼+𝐺
𝑀𝑑 ⁄𝑃 = 6𝑌 − 120𝑖
𝑀 𝑠 ⁄𝑃 = 5400
𝑃 = 1.

70
a. Écrivez l’équation d’équilibre sur le marché des biens. Plus précisément, déterminez le revenu
d’équilibre. Cela signifie que vous devez revenir à une expression avec Y à gauche et toutes les
autres variables à droites.
b. Déterminez i de manière que les marchés financiers soient équilibrés. Plus précisément, égalisez
les expressions de la demande de monnaie et de l’offre de monnaie et établissez une expression
de i (vous devez isoler à gauche de i de toutes les autres variables, placées à droites.
c. Substituez l’expression de i trouvée en b dans l’expression de Y trouvée en a. Calculez le niveau
d’équilibre global de la production.
d. Calculez le taux d’intérêt i d’équilibre en remplaçant la valeur de Y trouvée en c dans
l’expression trouvée en b.
e. Pour cet équilibre, quels sont les niveaux de la consommation et de l’investissement ?
f. Calculez les nouvelles valeurs d’équilibre pour Y, i, C et I lorsque G augmente de 100 (G passe
de 400 à 500). Quel est l’effet sur l’investissement de cette politique fiscale expansionniste ?
Comparez la hausse de la production obtenue à la valeur du multiplicateur que vous aviez
calculée à la question d de l’exercice 5. Expliquez ce résultat.
g. En utilisant les données de départ, calculez les nouvelles valeurs d’équilibre pour Y, i C et I
lorsque M augmente de 200 (M passe de 5400 à 5600). Quel est l’effet sur l’investissement de
cette politique monétaire expansionniste ? Expliquez les mécanismes en jeu.

Taux d’intérêt

LM

i A

IS

Y Production Y
13. Utilisez la figure ci-après pour répondre aux questions qui suivent (on suppose que l’économie est
initialement au point A sur la figure et que les achats du gouvernement augmentent) :

a. Quel est l’effet d’une hausse de G sur la courbe IS ?


b. Supposons que la banque centrale souhaite maintenir i à son niveau initial. Quel type de
politique doit-elle mettre en place (expansionniste ou restrictive) pour cela ? Quel sera l’effet
de la politique de la banque centrale sur la courbe LM ? Illustrez graphiquement les effets de la
hausse de G et de la réponse de la banque centrale, et indiquez clairement le nouvel équilibre.
c. Quel est l’effet sur la consommation, l’épargne et l’investissement de ce policy-mix ? Expliquez
brièvement.

71
14. Utilisez la figure ci-après pour répondre aux questions qui suivent (on suppose que l’économie est
initialement au point A sur la figure et que les impôts baissent) :

a. Quel est l’effet d’une baisse de T sur la courbe IS ?


b. Supposons que la banque centrale souhaite maintenir Y à son niveau initial. Quel type de
politique la banque centrale doit-elle mettre en place (expansionniste ou restrictive) pour cela ?
Que sera l’effet de la politique de la banque centrale sur la courbe LM ? Illustrez graphiquement
les effets de la baisse de T et de la réponse de la banque centrale, et indiquez clairement le
nouvel équilibre.
c. Quel est l’effet sur la consommation, l’épargne et l’investissement de ce policy-mix ? Expliquez
brièvement.
Taux d’intérêt

LM

i A

IS

Y Production Y

15. Expliquez brièvement les effets des évènements suivants sur la courbes IS, la courbe LM, la
production, le taux d’intérêt, la consommation et l’investissement :

a. Une hausse de confiance des consommateurs.


b. Une baisse de la confiance des consommateurs.
c. Une plus grande utilisation de la carte de crédit à débit différé.

16. supposons que l’investissement est indépendant du taux d’intérêt. Cela signifie qu’une variation de
i n’aura aucun effet sur I.

a. Quelle est la forme de la courbe IS dans cette économie ? Quelle est la forme de la courbe LM ?
Expliquez brièvement.
b. Dans cette économie, quels seront les effets d’une variation de l’offre de monnaie sur la
production ? Expliquez.
c. Dans cette économie, quels seront les effets d’une variation de G (ou des impôts) sur la
production ? Expliquez.

17. Chocs pétroliers, inflation et chômage.


Supposons que la courbe de Phillips soit donnée par l’équation suivante :

72
𝜋𝑡 = 𝜋𝑡𝑒 + 0,008 + 0,1𝜇 − 2𝜇𝑡
Où 𝜇 est la marge des prix sur les salaires.
Supposons que 𝜇 est initialement égal à 20%, mais que, suite à une forte hausse du prix du pétrole, 𝜇
atteint 40% l’année t et reste ensuite à ce niveau.
a. Comment une hausse du prix du pétrole peut-elle entrainer une hausse de 𝜇 ?
b. Quel est l’effet de long terme de la hausse de 𝜇 sur le taux de chômage structurel ?
18. L’indexation des salaires.
Supposons que la courbe de Phillips soit donnée par l’équation suivante ?
𝜋𝑡 = 𝜋𝑡𝑒 + 0,1 − 2𝑢𝑡
où 𝜋𝑡𝑒 = 𝜋𝑡−1
Supposons maintenant que l’inflation en t-1 soit égale à zéro. A l’année t, le gouvernement décide
d’atteindre et de maintenir un taux de chômage à 4%.
a. Calculer le taux d’inflation pour les années t, t+1, t+2, t+3.
b. Supposons maintenant que la moitié des salariés ont des contrats de travail avec indexation des
salaires sur l’inflation.
c. Quel est la nouvelle équation de la courbe de Phillips ?
d. Reprenez la question a.
e. Quel est l’effet de l’indexation des salaires sur la relation entre l’inflation et le chômage ?

19. Considérons l’équilibre sur le marché des biens avec 𝐶 = 𝑐0 + 𝑐1 (𝑌 − 𝑇), I étant constant et égal à
Ī, G et T étant donnés.
a. Déterminez le produit d’équilibre. Quelle est la valeur du multiplicateur ? L’investissement dépend
maintenant des ventes et du taux d’intérêt selon la relation :
𝐼 = 𝑏0 + 𝑏1 𝑌 − 𝑏2 𝑖.
b. Déterminer le produit d’équilibre. L’effet d’un changement autonome de la dépense, à taux d’intérêt
donné, est-il plus important qu’en a ? Pourquoi ? (Vous supposerez 𝑐1 + 𝑏1 < 1.)
Ecrivons maintenant la relation LM :
𝑀⁄𝑃 = 𝑑1 𝑌 − 𝑑2 𝑖.
c. Déterminez le produit d’équilibre (indication : éliminez le taux d’intérêt des relations IS et LM).
Déduisez-en le multiplicateur (l’effet sur le produit d’une augmentation de la dépense d’une unité).
d. Le multiplicateur que vous avez obtenu est-il plus fort ou plus faible qu’en a. ?
Expliquer en quoi votre réponse dépend des paramètres choisis pour les fonctions de consommation,
d’investissement et de demande de monnaie.
20. La réponse de l’investissement à la politique budgétaire
Le modèle IS/LM peut être utilisé pour prévoir les effets de la politique budgétaire sur la production et
le taux d’intérêt. Les effets sur l’investissement sont, en revanche, plus ambigus. Pour nous en
convaincre, étudions le cas d’une baisse des dépenses publiques.
a. En utilisant le graphe IS/LM, déterminez les effets d’une baisse des dépenses publiques sur la
production et le taux d’intérêt. Pourquoi l’effet sur l’investissement est-il ambigu ?
Utilisons le modèle pour déterminer de quels paramètres dépend l’effet de la politique budgétaire sur
l’investissement. Avec plus d’informations sur ces paramètres, nous pourrons peut-être déterminer si,
par exemple, la réduction du déficit est bonne ou mauvaise pour l’investissement à court terme.
Considérons le modèle IS/LM suivant :
𝐶 = 𝑐0 + 𝑐1 (𝑌 − 𝑇)
𝐼 = 𝑏0 + 𝑏1 𝑌 − 𝑏2 𝑖
𝑀⁄𝑃 = 𝑑1 𝑌 − 𝑑2 𝑖
b. Déterminer le produit d’équilibre Y.

73
c. Déterminer le taux d’intérêt i. (Utilisez la relation LM.)
d. Déterminez l’investissement.
e. A quelle condition sur les paramètres du modèle (c0, c1, etc.) l’investissement va-t-il augmenter suite
à une baisse de G ?
f. Expliquez cette condition.
21. Politique budgétaire et monétaire : un exemple
Considérons le modèle IS/LM suivant :
𝐶 = 200 + 0,25 𝑌𝐷
𝐼 = 150 + 0,25 𝑌 − 1000𝑖
𝐺 = 250
𝑇 = 200
Demande de monnaie réelle = 2𝑌 − 8000 × 𝑖
𝑀⁄𝑃 = 1600
a. Etablissez l’équation de la courbe IS (vous devez avoir Y à gauche et tout le reste à droite de
l’équation).
b. Etablissez l’équation de la courbe LM (pour faciliter la suite de l’exercice, isolez i à gauche de
l’équation).
c. Trouvez le produit d’équilibre Y (substituez l’expression de i donnée par LM dans IS).
d. Trouvez le taux d’intérêt i (substituez l’expression de Y trouvée en [c] dans IS ou dans LM).
e. Calculez les valeurs d’équilibre de C et I et vérifiez la valeur trouvée pour Y en sommant C, I et G.
f. Supposons maintenant que l’offre de monnaie augmente et passe à 𝑀⁄𝑃 = 1840.
Trouvez les valeurs de Y, i, C et I, et expliquez les effets de la politique d’expansion monétaire.
g. Reprenons la valeur initiale soit 𝑀⁄𝑃 = 1600. Supposons maintenant que les dépenses
gouvernementales augmentent jusqu’à G = 400. Résumez les effets d’une politique d’expansion
budgétaire sur Y, i, C.
22. La trappe à liquidité
a. Supposons que le taux d’intérêt des obligations soit négatif. Préférez-vous alors détenir des titres ou
de la monnaie ? Pourquoi ?
b. Tracez la courbe de demande de monnaie en fonction du taux d’intérêt pour un niveau donné de
revenu réel. Quelle incidence a votre réponse en a. sur la forme de cette courbe ? (Indication : montrez
que la courbe devient très plate lorsque le taux d’intérêt s’approche de zéro.)
c. Déduisez-en la courbe LM. Qu’advient-il de cette courbe lorsque le taux d’intérêt s’approche de zéro ?
d. Considérez votre courbe LM. Supposons que le taux d’intérêt soit très proche de zéro et que la banque
centrale augmente l’offre de monnaie. Qu’advient-il du taux d’intérêt à niveau de revenu donné ?
e. Une politique monétaire expansionniste peut-elle augmenter le produit lorsque le taux d’intérêt est
presque nul ?
(Cette incapacité de la banque centrale à faire baisser le taux d’intérêt lorsqu’il est déjà très faible est
connue sous le nom de « trappe à liquidité » et a été mentionnée pour la première fois par Keynes dans
Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, livre paru en 1936.)
23. Combinaisons de politiques
Suggérez une combinaison de politique monétaire et budgétaire permettant d’atteindre les objectifs
suivants :
a. Augmentez Y tout en gardant i constant.
b. Réduisez le déficit budgétaire tout en gardant Y constant. Que devient i ? Et l’investissement ?

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