Constitution-Making Handbook French
Constitution-Making Handbook French
élaboration et réforme
Quelles options ?
Imprimé en Suisse
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pas nécessairement celles d’Interpeace.
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À propos d’Interpeace
Interpeace aide les sociétés à bâtir une paix
durable depuis 1994.
i
a très peu insisté sur la conception et la mise en œuvre d’un processus constitutionnel
participatif et inclusif, gage d’une paix durable.
Cet ouvrage, intitulé « Le processus constitutionnel : élaboration et réforme - Quelles
options ? » vient à point nommé s’ajouter à l’arsenal d’outils dont disposent les organisations
nationales et internationales ainsi que les États engagés dans l’élaboration de constitutions
dans des situations postérieures au conflit. Il est d’autant plus bienvenu qu’il ne propose
pas de solution unique pour des processus hautement politiques et sensibles qui présentent
chacun des problèmes et des opportunités spécifiques.
J’aurais sans aucun doute apprécié disposer de l’ouvrage « Le processus constitutionnel :
élaboration et réforme - Quelles options ? » lorsque j’étais Représentant spécial du
Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afghanistan. Ce manuel pose les bonnes
questions, à commencer par la plus simple, qu’on oublie souvent de poser : « Une
nouvelle constitution est-elle nécessaire ? ». C’est justement une question que nous avons
omis lorsque nous avons lancé notre processus constitutionnel à Kaboul. Avec le recul,
je suis presque convaincu que nous aurions pu épargner au peuple afghan et à nous-
mêmes beaucoup d’efforts. La constitution de 1964, allégée de ses dispositions relatives
à la monarchie, aurait pu servir encore de nombreuses années et permettre à la paix de
s’enraciner et à la confiance entre d’anciens ennemis d’être restaurée.
Ce manuel nous aurait aidé à éviter de compter principalement sur de « talentueux
amateurs » - sans parler de ce que j’appelle la « supply-driven help » (c’est-à-dire une
aide mue par les intérêts de la communauté internationale) que nous n’avons pas toujours
réussi à repousser. Il est également important de relever que le manuel nous aurait été
précieux lorsque nous avons été confrontés à divers manques et faiblesses, notamment
la rareté de l’offre d’éducation civique pour préparer les citoyens marginalisés et leur
permettre de se faire entendre dans le processus.
Le travail des auteurs est louable en ce qu’ils s’appuient sur l’étendue de leur propre
expérience mais aussi sur celle de nombreux praticiens du monde entier. Cette
somme d’expérience, acquise au travers de confrontations concrètes sur les questions
abordées, ressort tout au long de l’ouvrage. Le manuel rappelle au lecteur que les
différences historiques, culturelles, institutionnelles, ethniques et linguistiques entre
les pays engendrent des différences dans les solutions aux problèmes ; qu’il n’y a pas
deux processus qui se ressemblent et qu’il n’existe pas de modèle unique qui mène
nécessairement au résultat espéré, les variables étant trop nombreuses. D’ailleurs, cela est
probablement plus vrai pour l’élaboration d’une constitution que pour toute autre mission
de démocratisation ou de consolidation de la paix. Les enjeux sont plus importants car le
résultat détermine la manière dont le pouvoir et les ressources seront ensuite partagés. En
dépit de la diversité des processus et des contextes, les auteurs réussissent habilement à
aborder les problèmes pratiques que les responsables du processus constitutionnel doivent
résoudre à chaque étape, en identifiant les institutions et les tâches ainsi que les risques et
opportunités qui s’y rattachent.
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Je suis conscient que le manuel s’adresse surtout aux responsables nationaux du processus
constitutionnel et qu’il est destiné à les aider à s’affranchir des difficultés que comporte
leur tâche. Dans certains cas, les ressortissants du pays concerné disposent de ressources
humaines et matérielles pour remplir efficacement la mission qui leur est confiée.
Cependant, dans de nombreux autres cas, ils doivent s’appuyer sur la communauté
internationale pour surmonter les effets dévastateurs de la guerre. Le manuel propose aussi
des options stratégiques que peuvent appliquer les acteurs nationaux pour s’approprier le
processus lorsqu’ils sont confrontés à des pressions visant à leur faire servir des intérêts
extérieurs. Il aide aussi les représentants de la communauté internationale à éviter les
pièges de l’appui international en la matière, notamment l’erreur habituelle qui consiste
à imposer un calendrier court et à se précipiter. L’existence d’une constitution, comme le
souligne le manuel, ne signifie pas que l’objectif de la communauté internationale a été
atteint. Le but est de consolider la paix, et cela prend nécessairement du temps.
C’est une tâche délicate que de mettre un terme à un conflit et de rebâtir des États et
des sociétés ravagés par la guerre. Cela est davantage évident lorsqu’il s’agit de mener
un processus constitutionnel car, dans ces circonstances, il faut revenir sur le passé et
conclure des accords entre des citoyens et des communautés qui ne se font pas confiance.
Ce manuel est un outil important, autant pour les acteurs internationaux que pour les
acteurs nationaux. Il enrichira le processus d’apprentissage et nous aidera à nous améliorer
dans les activités que nous menons pour asseoir la paix et transformer les sociétés.
Lakhdar Brahimi est ancien ministre des Affaires étrangères de l’Algérie. Il fut Représentant
spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Afrique du Sud, en Haïti, en Afghanistan
et en Irak.
iii
Préface
Par Scott M. Weber
Pour assurer le succès des initiatives de consolidation de la paix en ce vingt-et-unième
siècle, il est essentiel d’améliorer le processus constitutionnel et l’appui fourni en la matière.
L’ère dans laquelle nous vivons est celle des processus d’élaboration de constitutions. En
effet, plus de la moitié des près de deux cents constitutions qui existent dans le monde
ont été soit élaborées, soit réformées, au cours de ces trente dernières années. Quelque
vingt réformes constitutionnelles ou nouvelles constitutions sont adoptées chaque année,
souvent dans le cadre de processus de consolidation de la paix dans des pays touchés
par la guerre ou confrontés à des crises économiques ou sociales. Poser des fondations
constitutionnelles dans ce contexte n’est pas chose aisée. Les conflits autour des ressources,
des droits, des pouvoirs, de l’identité et des injustices du passé sont endémiques et la
méfiance est profondément enracinée. Chaque sujet de tension est potentiellement explosif,
politique et urgent à traiter. En raison de cette urgence, l’on a tendance, en particulier dans
la communauté internationale, à insister sur la mise en place rapide d’une constitution
pour ramener l’ordre dans la société et faire avancer la transition politique. Il s’agit là d’un
problème habituel dans ce domaine, une tendance à insister sur le quoi plutôt que sur le
comment. Et pourtant, c’est précisément dans ce type de circonstances qu’il faut veiller à
élaborer la constitution dans le cadre d’un processus qui encourage un consensus durable et
qui permette d’enraciner les processus, principes et valeurs démocratiques.
Il existe aujourd’hui un manque criant de formation pratique pour ceux qui sont chargés
d’élaborer les constitutions de leur pays, leurs conseillers et la communauté internationale
qui les assiste, en matière de conception et de mise en œuvre d’un processus constitutionnel
susceptible d’asseoir une paix durable. Interpeace a lancé Élaborer des constitutions pour
la paix précisément pour combler ce manque car aujourd’hui, le processus d’élaboration
d’une constitution est aussi important que le contenu qui en résulte. Pour construire une
paix durable, Interpeace renforce les capacités des sociétés à surmonter les antagonismes
profonds et à résoudre les conflits d’une manière non violente.
Ce manuel est conçu comme une première étape dans la mise à disposition d’éléments
d’orientation si nécessaires au processus constitutionnel. Il s’appuie sur les principes de
consolidation de la paix qui sous-tendent et guident la mission et le travail d’Interpeace.
iv
un processus de consolidation de la paix, les acteurs nationaux seront d’autant plus enclins à
s’approprier les solutions s’ils ont contribué à définir le problème. De la même manière, les
citoyens protègeront d’autant plus leur constitution et exerceront d’autant mieux les devoirs
auxquels elle les astreint s’ils sentent qu’elle leur appartient. Une constitution, comme la
paix, ne peut être imposée de l’extérieur.
v
pour rassembler, instaurer la confiance et cultiver un sentiment commun d’appropriation,
mais ce temps n’est jamais vain.
Ce manuel ne se prétend pas un modèle universel car il n’existe pas de démarche qui
s’applique à tous les contextes. Il est conçu pour présenter une vaste gamme d’options
susceptibles de servir dans les diverses phases du processus constitutionnel, depuis la
décision sur la nécessité du processus jusqu’au choix de l’organe qui le dirigera, en passant
par ses modalités de mise en œuvre. Il peut également servir d’outil de planification car il
propose une vue d’ensemble des diverses tâches et institutions susceptibles de servir à ce
processus.
Autant il convient d’envisager l’élaboration d’une constitution non pas sous l’angle du
produit final mais sous celui du processus qui aboutit à la constitution, autant la création
de ce manuel s’inscrit elle aussi dans une perspective dynamique. Au fur et à mesure
que nous acquerrons de nouvelles connaissances et des enseignements tirés de nos
expériences, nous les intègrerons ou ajouterons des notes d’orientation complémentaires
dans la version en ligne du manuel sur le site Internet accessible à l’adresse suivante :
[Link]. Ceci permettra de faire en sorte que, tout comme les
meilleures constitutions, cet ouvrage demeure un document vivant, qui restera actuel et
pertinent au fil des années. D’autres documents d’orientation sont également disponibles
sur le même site.
Ce manuel n’aurait pu être élaboré sans la sagesse, la rigueur intellectuelle et l’engagement
sans faille de ses auteurs Michele Brandt, Jill Cottrell, Yash Ghai et Anthony Regan. Grâce à
leurs connaissances académiques et à leur longue expérience, ils ont non seulement produit
cet ouvrage mais aussi fourni leur conseil avisé et leur soutien au programme Élaborer
des constitutions pour la paix d’Interpeace. Rédiger un manuel qui couvre l’ensemble des
problèmes et dilemmes qui assaillent ceux qui se lancent aujourd’hui dans l’élaboration
d’une constitution fut une entreprise pionnière et titanesque. Nous sommes reconnaissants
à ces auteurs d’avoir relevé ce défi. Yash Ghai, en particulier, a passé les quatre dernières
décennies à mener des processus constitutionnels et à prodiguer des conseils en la matière
partout dans le monde. Sa connaissance du domaine est sans égal. Nous sommes honorés et
reconnaissants du rôle de Conseiller principal qu’il a joué auprès du programme Élaborer des
constitutions pour la paix et dans la production de ce manuel. Notre gratitude va également
à Jill Cottrell pour sa vaste contribution et ses conseils tout au long de la mise en œuvre
du programme ainsi que pour son dévouement au travail de correction et d’amélioration
constante du manuel. Nous adressons des remerciements particuliers à Anthony Regan qui
s’est si longuement consacré à la conception et au développement du programme Élaborer
des constitutions pour la paix d’Interpeace mais aussi à la rédaction et à la correction
du manuel. Enfin, nous remercions vivement Michele Brandt qui a lancé et qui dirige le
programme Élaborer des constitutions pour la paix. Son enthousiasme et sa persévérance
ont porté le processus qui a abouti à la réalisation de ce manuel et donc de combler une
lacune importante dans le travail de consolidation de la paix. Nous lui sommes également
reconnaissants pour son travail de correction dans la phase de finalisation du manuel.
vi
Nous avons organisé, en partenariat avec International IDEA, le United States Institute
of Peace (USIP) et le Bobst Center for Peace and Justice de l’Université de Princeton,
plusieurs dialogues internationaux réunissant des praticiens qui se sont penchés sur les
problématiques du processus constitutionnel. Ces partenariats, ainsi que le considérable
corpus de recherches et de contributions de ces nombreux praticiens et universitaires de
tous horizons, en particulier ceux du Sud, ont beaucoup apporté à ce manuel.
Nous souhaitons également exprimer notre reconnaissance à Jane Lincoln Taylor et Rhonda
Gibbes qui ont soigneusement relu le manuel au fur et à mesure de sa rédaction et à E.
Ashley Fox-Jensen pour la maquette de cet ouvrage.
Enfin, nous adressons nos remerciements aux gouvernements des pays donateurs,
l’Australie, le Danemark, les Pays-Bas et la Suisse ainsi qu’au Centre international de
recherche pour le développement du Canada, qui nous ont soutenus dans ce travail de
pionnier. Nous remercions aussi le programme State, Society, and Governance in
Melanesia de la Australian National University pour le temps accordé à Anthony Regan
afin qu’il contribue non seulement à l’élaboration du manuel mais aussi au lancement de
notre programme. Nos remerciements s’adressent également au cabinet d’avocats Cleary
Gottlieb Steen & Hamilton LLB de New York et à son associé principal Jeffrey Lewis
dont le personnel nous a aidé, sur son temps de travail, à recueillir de nombreux travaux
de recherche pour ce manuel.
vii
À propos des auteurs
Michele Brandt
Michele Brandt est juriste, spécialiste du droit constitutionnel. Elle est à l’origine du
programme Élaborer des constitutions pour la paix d’Interpeace qu’elle dirige. Ce programme
met au point des outils et des ressources destinés à améliorer l’exercice d’élaboration de
constitutions et fournit une assistance technique aux organisations internationales et aux
acteurs nationaux en la matière. À ce titre, elle a organisé plusieurs ateliers internationaux
relatifs aux questions essentielles que soulève l’élaboration d’une constitution. Pendant de
nombreuses années elle a directement participé à des processus constitutionnels. Elle fut
conseillère constitutionnelle de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan
et de la Commission constitutionnelle afghane. Au Timor-Leste, Michele a travaillé au sein
de l’Administration de transition des Nations Unies, chargée des affaires judiciaires et elle
a été membre de la Commission du service judiciaire de transition et de la Commission
législative du Conseil des ministres. Plus tard, elle a dirigé le Programme de développement
constitutionnel de la Asia Foundation. Au Cambodge, Michele fut cofondatrice du Cambodian
Women’s Crisis Center et a dirigé une association d’aide judiciaire chapeautant onze bureaux.
Elle a publié de nombreux articles relatifs aux droits de l’homme, au renforcement des
compétences, au genre, à la consolidation de la paix et à l’État de droit, notamment une étude
sur les activités d’appui constitutionnel des Nations Unies.
Jill Cottrell
Jill Cottrell a pris sa retraite en 2006 après avoir enseigné 40 ans dans plusieurs universités
au Nigeria, au Royaume-Uni et à Hong Kong. Elle est diplômée de la University of London
et de la Yale Law School. Elle fut consultante en matière constitutionnelle au Timor-Leste,
aux Maldives, en Irak et en Somalie. De 2006 à 2008, Jill a travaillé comme consultante
pour le Constitution Advisory Support Unit (CASU) du PNUD à Katmandou au Népal. Elle
a également travaillé avec International IDEA sur un projet destiné aux femmes membres
de l’Assemblée constituante dans ce pays.
Yash Ghai
Yash Ghai est diplômé d’Oxford et de Harvard. Il a exercé dans de nombreuses
universités, notamment celles de Dar es Salaam, Warwick, Uppsala et Hong Kong et a
été professeur invité à Harvard, à Yale et dans de nombreuses autres universités telles que
celles de South Pacific, du Wisconsin, de Toronto et de Melbourne ainsi qu’à la National
University of Singapore. Il a pris sa retraite de l’enseignement universitaire en 2006. Il
est l’auteur de nombreuses publications dans divers domaines notamment l’élaboration
viii
de constitutions, le droit public, la sociologie du droit, les relations ethniques, le droit
comparé, le droit et le développement. Pendant plus de 35 ans, Yash a conseillé des pays
en matière constitutionnelle, notamment dans le domaine de l’élaboration et de la réforme
de la constitution. Il fut président de la Constitution of Kenya Review Commission et de
la Kenya National Constitutional Conference (2000–2004). Plus récemment, il a dirigé
la Constitution Advisory Unit du PNUD au Népal (2006–2008) qui a accompagné le
processus constitutionnel dans ce pays. Il fut consultant pour le PNUD dans le processus
d’élaboration de la constitution de la Somalie dont le texte fait actuellement (2011) l’objet
d’une consultation publique.
Anthony Regan
Anthony Regan est un spécialiste du droit constitutionnel qui travaille depuis 1997 pour
la Australian National University (Canberra) en tant que chercheur dans le cadre du
programme State, Society, and Governance in Melanesia du College of Asia and the Pacific.
Il étudie la politique et le droit constitutionnels, ainsi que la conception de l’État dans le
cadre des mécanismes politiques et des initiatives de consolidation de la paix postérieures
au conflit. Anthony a effectué un travail consultatif dans de nombreux pays, notamment en
Papouasie–Nouvelle-Guinée où il a vécu et travaillé à temps plein pendant 15 ans (dont plus
de deux ans à Bougainville, de 2002 à 2004, consacrés à apporter son aide à l’élaboration
d’une constitution post-conflit au niveau infranational) et en Ouganda (où il a travaillé
pendant plus de trois ans, de 1991 à 1994, aux côtés de la Commission constitutionnelle et
de l’Assemblée constituante afin de les aider à élaborer une nouvelle constitution). Anthony
a également été consulté pour l’élaboration de la constitution et la résolution de conflits au
Timor-Leste, dans les Îles Salomon, en Inde (en particulier au Nagaland), au Sri Lanka et aux
Fidji. Il a contribué à la mise au point du programme Élaborer des constitutions pour la paix
d’Interpeace. Il est l’auteur de nombreuses publications sur les processus constitutionnels et
la consolidation de la paix. Son ouvrage le plus récent, Light Intervention : Lessons from
Bougainville, a été publié par le United States Institute of Peace à la fin de l’année 2010.
ix
Table des matières
Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . i
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iv
Vue d’ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .10
x
1.1.4 La constitution en tant que contrat entre les citoyens ou les peuples . . . . 17
1.1.5 Orientation des nouvelles constitutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.1.6 Choix des rédacteurs de constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.1.7 Constitutionnaliser les responsabilités et les obligations . . . . . . . . . . . . . . . 19
xi
2.1.1 Point de départ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.1.2 Une nouvelle constitution est-elle nécessaire ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Des démarches plus modestes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
Un moment ultime pour élaborer une constitution ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.1.3 Démarrer le processus : les enjeux légaux et politiques . . . . . . . . . . . . . . . 43
Lorsqu’il n’existe pas de constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Lorsqu’il existe une constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Des exemples de débuts du processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
La dimension politique du début du processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.1.4 La conception du processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Qui est chargé de la conception ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Chronologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.1.5 Calendriers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Qui doit décider du calendrier ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Rigidité ou flexibilité ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Les facteurs susceptibles de contribuer à l’achèvement des travaux
en temps voulu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Que se passe-t-il lorsque le délai est écoulé ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Comment faire respecter le calendrier ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Exemples de calendriers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.1.6 La base juridique de la conception d’une constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Que faire s’il est difficile, voire impossible, de suivre les procédures
en vigueur ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.1.7 Préparer ceux qui sont chargés de l’élaboration de la constitution . . . . . . . 61
Les objectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Concevoir un programme pour les questions constitutionnelles de fond . . . . . 63
Les approches pédagogiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
2.1.8 Principes directeurs du processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
S’accorder sur des principes directeurs : une tâche
de plus en plus importante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
La nature des principes directeurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Les principes figurant dans les textes instituant des processus
constitutionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
xii
Principes directeurs : un phénomène courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Les sources des principes des processus constitutionnels . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Qui décide des principes directeurs ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Principes vérifiables dans les situations de conflit impliquant
des minorités reconnues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Autres cas de principes vérifiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Comment les principes sont-ils utilisés ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Est-il obligatoire de respecter les principes directeurs ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.1.9 Dispositions constitutionnelles dans un régime de transition . . . . . . . . . . . 75
Réformes graduelles et intérimaires : des processus liés mais différents . . . . 75
Circonstances justifiant les dispositions de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Aspects négatifs des dispositions de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Dispositifs de transition faisant office de feuille de route vers
une nouvelle constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Orientation et champ d’application des dispositions de transition . . . . . . . . . . 79
Qui négocie les dispositions de transition ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Différentes formes de dispositions de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Légalité des dispositions de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Gestion de la période de transition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Dispositions de transition gérées au niveau local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
2.1.10 Recommencer quand un processus a « échoué » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Retour à la case départ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Abandon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Quid des pays « sans constitution » ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Changement progressif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Reprendre là où l’on s’est arrêté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
La question de la « volonté politique » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Ne pas se hâter pour changer la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
xiii
La pertinence des organes de décision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Participants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Évaluation de l’impact de la participation citoyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Les possibilités qu’offre la participation citoyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Risques potentiels liés à la participation citoyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
2.2.2 Préparer les citoyens à la participation : l’éducation civique . . . . . . . . . . . 101
Étapes clés de l’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Qui mène les programmes d’éducation civique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
Planifier l’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Conseils pratiques pour la planification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Techniques d’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Télévision et radio . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
Imprimés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
Évènements sportifs et culturels, jeux et compétitions . . . . . . . . . . . . . . . 111
Site Internet officiel de l’organe constituant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
Services de messagerie mobile et réseaux sociaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Ateliers d’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Conseils pratiques pour mettre en œuvre les programmes
d’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
Contraintes liées à la mise en œuvre des programmes
d’éducation civique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
2.2.3 Consultations publiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
Consultation publique sur le processus d’élaboration constitutionnelle
et le contenu de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
Consultation publique sur les questions relatives au processus
d’élaboration constitutionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
Consultation publique sur les questions concernant le contenu
de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
Consultation publique prescrite par la loi, et point de vue des citoyens
utilisé comme source d’information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Quel est l’organe chargé de conduire les consultations publiques ? . . . . . . . . 130
Arguments en faveur des consultations publiques et affirmations
au sujet de leur impact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
xiv
Quelques principes directeurs pour conduire un processus
de consultation publique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
Planifier la consultation publique longtemps à l’avance . . . . . . . . . . . . . . . 135
Établir des calendriers réalistes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
Préparer la population afin qu’elle participe de façon significative . . . . . . 136
Être transparent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Être représentatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
S’assurer que le processus consultatif est accessible, sûr et inclusif . . . . . 137
Écouter avec respect l’opinion des citoyens. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
Enregistrer, classer, analyser et prendre en considération fidèlement
les opinions exprimées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Examiner attentivement les opinions des citoyens lors de la prise
de décisions clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Rendre des comptes et communiquer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Veiller à ce que les acteurs nationaux s’approprient et pilotent
le processus de consultation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Évaluer le processus de consultation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Choisir les modes de consultation des citoyens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
Appel aux citoyens à formuler leur opinion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
L’utilisation de l’Internet, des lignes téléphoniques, de textos et des réseaux
sociaux pour inviter les citoyens à s’exprimer et recueillir leurs avis . . . . 141
Le recours à des questions servant à guider le processus . . . . . . . . . . . . . . . 142
Conseils pratiques pour rédiger les questions qui guideront
le processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
Le recours aux enquêtes basées sur un questionnaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
Réaliser une enquête scientifique basée sur un questionnaire . . . . . . . . . . 143
Questionnaires remplis à titre volontaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
Rapports des sondages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
Conseils pratiques pour réaliser des enquêtes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
Le recours à des réunions de consultation publique en face-à-face . . . . . . . . 147
Réunions de consultation publique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
Les groupes de discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
Rencontres avec les groupes sectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
Réunions thématiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
xv
Conseils pratiques pour l’organisation de tous types
de réunions directes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Utilisation de la vidéo pour faciliter la consultation publique . . . . . . . . . . . . . 154
2.2.4 Recueillir et analyser l’avis des citoyens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Exemples de processus où l’opinion des citoyens a été entendue . . . . . . . . . 156
Conséquences des choix de consultation publique sur la réception
et l’analyse des opinions des citoyens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Ce qu’il faut pour recueillir et traiter les opinions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Qui recueille et analyse les opinions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Diverses formes sous lesquelles les opinions peuvent être communiquées,
recueillies et conservées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
Analyse des opinions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
Personnel, ressources et fonds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
Rapports des organes chargés de l’élaboration de la constitution
sur l’exploitation des opinions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
xvi
Détails sur les archives et leur conservation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
2.3.9 Services de traduction et d’interprétation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
Traduction à l’usage des nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
Traduction à l’usage des étrangers et traduction de la documentation
étrangère à l’usage des nationaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
Conseils pratiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
2.3.10 Sécurité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
2.3.11 Les médias . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
Stratégie médiatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
Définir des règles relatives à l’accès par les médias . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
2.3.12 « Gérer » les relations avec la communauté internationale . . . . . . . . . . . 196
Qui est la « communauté internationale » dans un processus d’élaboration
constitutionnelle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
Les intérêts et les rôles de la communauté internationale . . . . . . . . . . . . . . . 197
Le financement des donateurs pour le processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198
2.3.13 É
laborer le règlement intérieur et les règles concernant la prise
de décisions – qui et quand ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Qui établit les règles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Sources des règles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
À quoi servent les règles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
2.3.14 Traiter les problèmes au cours du processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
Pourquoi certains processus en arrivent-ils au point mort ?. . . . . . . . . . . . . . . 205
Comment les processus en arrivent-ils au point mort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
À quel moment les processus en arrivent-ils au point mort ? . . . . . . . . . . . . . 205
xvii
Analyser les failles de la constitution en vigueur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211
Qu’est-ce qui n’allait pas dans la constitution précédente ? . . . . . . . . . . . . . . 212
Quelques mises en garde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
Sources des idées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
xviii
Structure constitutionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
Risques et dangers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
Quelques éléments à l’intention des rédacteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
xix
Codes de conduite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253
Démocratie directe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253
Dispositifs externes pour encourager la sauvegarde et (l’application)
de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 254
xx
Influences françaises et autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 279
Quelques caractéristiques et problèmes liés aux conférences nationales. . . . 280
Processus de mise en place des conférences nationales. . . . . . . . . . . . . . . 280
Rôles et responsabilités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
Taille, composition et durée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282
Problèmes découlant de la taille importante, de la composition
complexe et de la courte durée des processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283
Présider et se tourner vers l’avenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284
Résultats constitutionnels des conférences nationales . . . . . . . . . . . . . . . . 285
Conseils pratiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285
xxi
Direction de l’organe chargé de la gestion administrative . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307
Création de services ou de départements spécialisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 310
Nécessité de se doter d’un organigramme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312
Conseils pratiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 312
xxii
3.5.1 Adoption et ratification de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330
Utilisation du référendum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 330
Prévalence des référendums . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 331
Statuts des référendums . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 332
Règles relatives au vote . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 332
Débats sur les référendums . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333
Arguments en faveur du référendum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333
Souveraineté du peuple et démocratie, respect des normes internationales,
autodétermination . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333
Participation du peuple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 333
Contrôle des rédacteurs de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
Reddition des comptes des rédacteurs de la constitution . . . . . . . . . . . . . . 334
Incitation au compromis pour assurer le soutien général de toutes
les communautés ethniques et autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
Modification après un examen minutieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
Informer les citoyens sur les questions constitutionnelles . . . . . . . . . . . . . 335
Construction de la nation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 335
Faire de la légitimité et des aspirations du peuple
une réalité incontestable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 335
Arguments contre le référendum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
La constitution n’est pas une problématique monovalente, mais le fruit
d’un ensemble de valeurs et d’institutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
Danger des campagnes mensongères . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
Voter pour les mauvaises raisons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
Danger de manipulation et d’intimidation et recherche d’une fausse
légitimité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 336
Référendum aux effets polarisants ou sources de discorde dans les États
multi-ethniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337
La meilleure forme de participation citoyenne est celle qui intervient au
début du processus : lorsque c’est le peuple qui décide . . . . . . . . . . . . . . . 337
Le référendum peut être utilisé pour fausser les résultats d’un processus
participatif juste et équitable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337
Dans les États multi-ethniques, la meilleure solution est de négocier
en toute bonne foi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337
xxiii
La légitimité repose sur l’équité et l’efficacité de la constitution. . . . . . . . . 338
Importance de la question . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 338
Commentaire sur le débat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 338
Réformes référendaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 338
xxiv
Considérer l’élaboration de la constitution comme un travail principalement
technique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
Des solutions électorales à des problèmes de représentation
et de légitimité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
Absence de développement des compétences des acteurs nationaux et de
promotion de l’appropriation du processus par les acteurs nationaux . . . . . . 362
Assistance ou implication prenant fin avec l’adoption de la constitution . . . . 363
4.2.2 Conseils d’actualité pour la communauté internationale . . . . . . . . . . . . . . 363
Conseils pratiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 364
xxv
Encadrés
Encadré 1. Le mouvement populaire colombien en faveur de la réforme. . . . . . . 47
Encadré 2. Le processus kenyan [2010] et le processus
de Bougainville [2004] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Encadré 3. Des délais préjudiciables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Encadré 4. « Légalité révolutionnaire » et « Nécessité » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Encadré 5. Afrique du Sud : les jugements de certification . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Encadré 6. Négociations sur les dispositions de transition au Népal . . . . . . . . . . 79
Encadré 7. Changement « graduel » au Chili . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Encadré 8 Kenya : options pour « repartir à zéro » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Encadré 9. Qui doit participer ? Et comment ? (ou ce que l’on appelle aussi
la « cartographie de la participation ») . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Encadré 10. Voile d’ignorance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Encadré 11. L’éducation civique au Rwanda avant le référendum (2003). . . . . . . 103
Encadré 12. Afrique du Sud [1996] : préparation des citoyens à la participation
au processus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
Encadré 13. Exemples de sites officiels d’organes constituants . . . . . . . . . . . . . . 110
Encadré 14. Évaluation des ateliers d’éducation civique :
quelques observations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
Encadré 15. Exemples d’obligations légales d’organisation de consultations
publiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
Encadré 16. Ouganda - Utilisation des points de vue recueillis. . . . . . . . . . . . . . . 129
Encadré 17. Népal 2009 : Problèmes qui se posent lorsque le processus
est mal conduit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
Encadré 18. Utilisation de l’Internet au Kosovo [2008] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
Encadré 19. Les pièges à éviter lorsqu’on fait appel à des bénévoles
pour administrer des questionnaires : le cas de l’Irak [2005] . . . . . 145
Encadré 20. Comment les deux millions de propositions de l’Afrique du Sud
ont été prises en compte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Encadré 21. Utilisation de l’opinion des citoyens en Papouasie-Nouvelle-Guinée
[1975] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
Encadré 22. Utilisation des réseaux sociaux dans la préparation
d’une constitution : le cas de l’Islande [processus en cours] . . . . . . 162
xxvi
Encadré 23. Exemple de processus de planification stratégique . . . . . . . . . . . . . . 170
Encadré 24. Avantages de la diversité dans le personnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
Encadré 25. Exemples de détachement de personnel : Timor-Leste [2002] . . . . 178
Encadré 26. Traduire le langage constitutionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
Encadré 27. Création d’un groupe de donateurs : Afghanistan [2004] . . . . . . . . 200
Encadré 28. Qui établit les règles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
Encadré 29. Qu’est-ce qu’une majorité simple ? Le débat à l’assemblée
constituante du Timor-Leste [2002] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
Encadré 30. Obstacles à la présence des femmes dans les organes
de décision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
Encadré 31. Le parlement, source d’incohérences dans la constitution
des Fidji . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
Encadré 32. Rédaction du texte de certaines constitutions modernes . . . . . . . . . 237
Encadré 33. Entrée en vigueur de la constitution en Érythrée [1997] :
une erreur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
Encadré 34. Adoption, promulgation et publication de la constitution
kenyane [2010] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
Encadré 35. Commissions ou comités ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256
Encadré 36. Caractère non-délibérant du parlement dans le processus
d’élaboration de constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
Encadré 37. Afrique du Sud : Un organe, deux rôles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263
Encadré 38. Participation active des membres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
Encadré 39. Questions à prendre en compte pour la création d’une commission
constitutionnelle ou d’une commission parlementaire . . . . . . . . . . . 302
Encadré 40. Népal [processus en cours] : mauvaise organisation
de la structure de gestion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 308
Encadré 41. Élection en vue d’établir une assemblée constituante . . . . . . . . . . . 318
Encadré 42. Oranges et bananes – Kenya [2005] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 320
Encadré 43. Ministres des affaires constitutionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 321
Encadré 44. Utilisation des pétitions en Afrique du Sud [1996] . . . . . . . . . . . . . . 347
Encadré 45. L’abolition de la peine de mort en Afrique du Sud . . . . . . . . . . . . . . 349
Encadré 46. Surveillance exercée par la société civile au Zimbabwe . . . . . . . . . . 354
xxvii
Tableaux
Tableau 1 : Pays/régions abordés dans le manuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Tableau 2 : Qui fait quoi ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Tableau 3 : Calendrier des réformes constitutionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Tableau 4 : Les débuts de la révision de la constitution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Tableau 5 : Stades d’un processus d’élaboration constitutionnelle lorsqu’une
consultation publique a eu lieu sur le contenu de la constitution. . . 126
Tableau 6 : Types de postes pourvus dans un processus d’élaboration
constitutionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
Tableau 7 : Comparaison entre une assemblée constituante
et un parlement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258
Tableau 8 : Tâches des assemblées constitutionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 266
Tableau 9 : Composition des assemblées constitutionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Tableau 10 : Conférences nationales dans les pays africains francophones,
1990 à 1993 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
xxviii
Vue d’ensemble
Vue d’ensemble
Utilité et finalité de ce manuel
Proposer des options en matière de processus d’élaboration
et de réforme de la constitution
C’est la première fois que les acteurs engagés dans les processus d’élaboration de
constitutions disposent d’un outil tel que ce manuel. Depuis la sortie de la guerre froide à la
fin des années 1980, on constate une multiplication spectaculaire du nombre de processus
constitutionnels, surtout destinés à mettre un terme à des conflits violents ou à de profondes
divisions. Pourtant, les acteurs du processus constitutionnel et ceux de la communauté
internationale qui les assistent ont reçu très peu de formation ou d’informations sur le
processus d’élaboration d’une constitution, sur le vaste corpus d’expérience qui existe en
matière de processus constitutionnels que ce soit en situation postérieure au conflit ou de
façon générale, et sur la gamme de résultats envisageables. Quiconque souhaite réfléchir à ce
qu’implique la conception, le lancement ou la mise en œuvre d’un processus constitutionnel a
la possibilité de se référer à des études de cas portant sur certains processus constitutionnels
donnés et aux analyses comparatives universitaires de quelques institutions ou mécanismes
particuliers. Cependant, s’engager dans un processus constitutionnel implique des milliers
de choix à faire notamment en matière de conception, de mise en œuvre et autres, en
particulier lorsqu’il s’agit d’objectifs aussi difficiles à atteindre que la transformation ou la
résolution des conflits. Pourtant, jusqu’à présent, les acteurs des processus constitutionnels
n’avaient aucun moyen d’accéder à des connaissances pratiques sur la gamme des tâches et
des institutions à envisager dans le cadre de ces processus.
Nous nous sommes nous-mêmes retrouvés dans la situation de ces acteurs. Nous avons, les
uns et les autres, dirigé, conseillé ou participé à des dizaines de processus d’élaboration de
constitutions. Nous avons dû apprendre sur le tas - parfois les uns des autres, parfois d’autres
praticiens - mais toujours sans avoir une idée de l’ensemble des options et des expériences
pertinentes acquises en quarante années d’élaboration de constitutions.
Ce manuel vise à combler ce manque. La majeure partie des connaissances qui ont servi à
le confectionner ne figure pas dans la littérature universitaire. Dans l’optique de recenser
la somme d’options et d’expériences connues en matière d’élaboration de constitutions,
nous avons organisé pendant trois ans des ateliers et des entretiens qui nous ont permis de
rencontrer plus de 120 praticiens et universitaires issus de dizaines de pays dans toutes les
régions du monde.
Bien que les processus constitutionnels relèvent de contextes, de procédures et d’organes
divers, ce manuel recense les nombreuses tâches qui doivent être effectuées ainsi que les
diverses institutions et procédures qui doivent intervenir pour ce faire. Il traite aussi des
Interpeace 1
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
2
Vue d’ensemble
L’autre objectif de ce manuel consiste à mettre en lumière l’importance des processus qui
interviennent dans l’élaboration d’une constitution. En effet, de nombreuses études ont été
effectuées (notamment par des constitutionnalistes ou des politologues) sur les choix relatifs
au contenu des constitutions et leurs potentielles répercussions sur les conflits et les divisions
profondes dans certaines sociétés. En revanche, il existe très peu d’études sur l’impact des
processus constitutionnels sur la résolution des conflits, la réduction des fractures profondes
dans la société ou sur le succès ou l’échec d’un processus constitutionnel de manière générale
(surtout si, par exemple, les observateurs sont tentés de mesurer la réussite du processus à
l’aune de la longévité de la constitution). Comme cela est précisé dans le premier chapitre,
les quelques études effectuées jusqu’ici ne fournissent pas de données probantes permettant
de prédire les conséquences d’une procédure par rapport à une autre, ou du recours à une
combinaison particulière de procédures. Certains chercheurs ont simplement relevé de
façon générale que les processus les plus démocratiques tendent à produire des constitutions
plus démocratiques et que plus l’organe constituant est démocratique, plus grandes sont les
chances que le pays concerné ne retombe pas dans la violence.
Ce manque de données probantes est lié à l’immense diversité de formats et de contextes
dans lesquels les processus sont mis en œuvre. Le contexte détermine à lui seul une
multitude de variables qui pèsent lourdement sur les résultats du processus constitutionnel
mais qui ne peuvent pas être pris en compte directement ni dans l’évaluation d’un processus
constitutionnel ni dans les leçons à tirer d’un processus au moment d’en élaborer un autre.
Citons parmi ces variables la culture, l’histoire, le leadership, les ressources et l’activité
économique, la nature du conflit ou de la fracture, le nombre de langues, la géographie,
ainsi que l’intérêt stratégique des acteurs internationaux. Évaluer les résultats est une tâche
difficile car bien souvent, les processus ne constituent pas un produit bien structuré mais
sont plutôt le fruit d’intenses négociations dominées par la classe politique et menées à huis
clos (voir l’analyse de ce point dans la partie 1). Une participation large et représentative
est susceptible de conduire à l’implication de nouveaux acteurs et de rendre l’issue de ces
négociations encore moins prévisible.
Ainsi, l’issue d’un processus ou d’une procédure ne dépend pas tant de sa conception et
de sa mise en œuvre que d’autres dynamiques : le fait que des dirigeants politiques ou des
éléments perturbateurs fassent échouer le processus ; le niveau de moyens mis en place
pour mener à bien le processus ; l’habileté des dirigeants politiques ou des négociateurs ;
un changement dans les priorités ou l’implication de la communauté internationale ; le coût
potentiel d’un échec (par exemple, un retour à la guerre), et bien d’autres facteurs encore.
Parvenir même à déterminer si un processus d’élaboration d’une constitution est une
« réussite » ou un « échec » est en soi très difficile. La légitimité d’une constitution peut
constituer un facteur de succès. Mais dans ce cas, qui détermine le caractère « légitime »
du résultat ? Comment le mesure-t-on ? La longévité d’une constitution pourrait être
considérée comme un indicateur de réussite du processus dont elle est l’aboutissement.
Cependant, beaucoup estiment que les constitutions conçues pour permettre la transition de
la guerre à la paix doivent, une fois cette transition accomplie, être modifiées pour répondre
Interpeace 3
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
aux nouveaux besoins d’une période plus stable. Il n’est pas aisé non plus de trouver une
corrélation entre la longévité et les choix de procédure ou de mise en œuvre. En effet, une
constitution peut avoir eu une durée de vie très courte pour des raisons indépendantes de
son processus d’élaboration. Du reste, tout processus qui n’aboutit pas à une constitution
peut toutefois ouvrir la voie à une future réforme constitutionnelle et à des institutions et
des pratiques plus démocratiques. Par exemple, l’existence d’un important volet d’éducation
civique dans un processus « qui a échoué » peut conduire les citoyens à exiger dans l’avenir
une constitution reposant sur un consensus, voire entraîner des effets positifs sur le
constitutionnalisme dans le cadre de la constitution existante.
Malgré le manque de données probantes sur les conséquences des processus et procédures
d’élaboration de constitutions, on constate, dans ces processus et principes généraux, une
nette tendance à établir de nouvelles normes concernant les facteurs de nature à favoriser
une paix plus durable dans les situations de conflit ou postérieures au conflit. Comme on le
verra dans les parties 1 et 2, ce manuel met un accent particulier sur la participation et la
représentativité, qui sont étroitement liées à l’élargissement progressif des concepts de droits
démocratiques des citoyens. Certains considèrent que la participation de tous fait partie, avec
d’autres grands principes qui s’appliquent à l’élaboration de constitution tels que l’inclusion,
la représentation, la transparence et l’appropriation, d’un « nouveau constitutionnalisme ».
Ces principes, ainsi que leurs avantages potentiels, seront abordés à la fin de cette partie.
4
Vue d’ensemble
Interpeace 5
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
ou telle tâche. C’est la raison pour laquelle il n’était pas judicieux d’agencer ce manuel de
manière linéaire, en commençant par une tâche particulière que devrait idéalement effectuer
une institution précise. Nous avons plutôt décidé de structurer le corps principal de notre
propos (les parties 2 et 3) en commençant par les tâches à accomplir suivies des institutions
et procédures que l’on peut mettre à contribution pour accomplir ces tâches. Il s’agit
d’éléments communs à tout processus d’élaboration de constitutions, dans lesquels on puisera
pour concevoir un processus. De nombreux facteurs peuvent peser sur les choix opérés au
moment de la conception d’un processus donné. Certaines institutions fréquemment mises à
contribution en raison des traditions juridiques et politiques d’un pays donné sont rarement
utilisées ailleurs. Du reste, les idées sur l’élaboration de constitutions et le contenu des
constitutions qui ont fait leur apparition dans un endroit sont souvent copiées ou modifiées par
d’autres. Par conséquent, une institution qui semble à première vue tout à fait exotique peut
susciter l’intérêt d’autres pays. Ne serait-ce que pour cette seule raison, il nous faut couvrir de
façon exhaustive la vaste palette d’expériences en matière d’élaboration de constitutions.
Si les institutions ne s’exportent pas toujours de façon heureuse d’un pays à l’autre, les
tâches à accomplir dans le cadre d’un processus d’élaboration de constitution sont, quant
à elles, relativement similaires. À titre d’exemple, les rédacteurs de constitution doivent
généralement accomplir la plupart des tâches suivantes :
• Réfléchir aux enjeux auxquels le pays est confronté et les étudier ;
• Examiner les options de dispositions constitutionnelles qui répondent le mieux à ces enjeux ;
• Informer la population des enjeux et des choix opérés et la consulter à ce sujet ;
• Négocier les choix constitutionnels avec les principaux groupes politiques et ceux qui ont
le pouvoir de décision ;
• Administrer et gérer le processus d’élaboration de la constitution ;
• Rédiger un nouveau texte constitutionnel, débattre et l’adopter ;
• Prendre des dispositions pour assurer l’application de la nouvelle constitution.
Si dans pratiquement tous les processus certaines tâches majeures liées à l’élaboration de la
constitution sont incontournables, en revanche, les institutions auxquelles on a recours pour
les réaliser varient d’un pays à l’autre. C’est partiellement pour cette raison que nous avons
distingué la partie sur les tâches de celle sur les institutions et procédures utilisées pour
les réaliser. Par ailleurs, certains groupes qui ont souvent un rôle décisif dans un processus
constitutionnel (par exemple, les médias, la société civile, les ministères, les partis
politiques, et la communauté internationale) sont à bien des égards maintenus à l’écart de
ce processus, raison pour laquelle nous les abordons dans une partie distincte de celle des
tâches et des institutions.
Il nous faut rappeler ici que notre intention n’est nullement de prescrire au lecteur une liste
de tâches données à accomplir quoi qu’il arrive, ou d’institutions précises à utiliser pour
les réaliser. Notre propos consiste plutôt à proposer un vaste menu d’options à quiconque
souhaite concevoir un processus constitutionnel (voire élaborer une constitution de façon
progressive pour s’adapter à un contexte en perpétuelle mutation).
6
Vue d’ensemble
Interpeace 7
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
8
Vue d’ensemble
Chaque étude de cas donne un aperçu des raisons pour lesquelles une nouvelle constitution
a été préparée, le temps que cela a pris, les institutions et les processus (y compris les
référendums) associés, si ces derniers furent globalement participatifs ou non, le degré de
participation internationale, et si le processus a abouti ou non à une constitution qui a été
adoptée. Les cas ont été choisis de façon à respecter un équilibre géographique, et à illustrer
la diversité des objectifs constitutionnels, des situations, des tâches, des institutions, de
la participation de groupes externes et des résultats obtenus. Dans l’annexe D, le lecteur
trouvera des références à d’autres ouvrages, en particulier à des études de cas offrant une
analyse plus approfondie de certains processus précis.
Certains pays cités à titre d’exemple dans le corps du manuel pour illustrer un point donné
renvoient à des études de cas présentées en annexe A. En se reportant à l’étude de cas
d’où l’exemple a été tiré, le lecteur sera en mesure de mieux cerner la structure globale du
processus dans ce pays.
Nous avons voulu conférer à ce manuel une structure suffisamment souple pour qu’il puisse
être exploité en fonction des besoins du lecteur. Certaines personnes voudront le lire du
début à la fin. D’autres s’intéresseront davantage à certains aspects, ou se concentreront sur
certaines parties, à mesure qu’elles acquièrent une importance particulière à leur yeux. Bien
que nous ayons tenté de faire en sorte que chaque partie soit la plus autonome possible, nous
recommandons au lecteur de commencer par la première partie. En effet, cette partie est
essentielle pour bien appréhender les principaux aspects et enjeux développés ensuite dans
le reste du manuel.
Cet ouvrage ne pouvant être structuré en étapes bien ordonnées, nous avons inclus de
nombreuses références croisées. Ces renvois aideront le lecteur à naviguer aisément entre
des parties du manuel liées entre elles, mais éloignées l’une de l’autre dans le texte. À titre
d’exemple, la partie traitant des tâches liées à la gestion d’un processus (dans la partie 1)
renverra à l’étude des organes chargés de gérer les processus (dans la partie 3) ; de même,
la discussion sur les référendums renverra à la partie sur les tâches liées à l’adoption d’une
constitution et à celle qui traite des sujets de discorde (qui figurent dans la partie 2). Les
références renvoient également aux études de cas de l’annexe A et à de la documentation
figurant dans d’autres annexes, ce qui inclut des exemples de codes de conduite et un
glossaire des termes utilisés par les rédacteurs de constitution et ceux qui rédigent des
ouvrages sur ces derniers.
Dans l’ensemble du texte, la mention d’une année entre crochets après le nom d’un pays (par
exemple, « Afghanistan [2004] ») indique l’année où un processus constitutionnel donné
a pris fin, pour autant que ledit processus ait abouti à l’adoption d’une constitution ou à
un ensemble de réformes proposées. Lorsque l’expression « [processus en cours] » apparaît
après le nom d’un pays, cela indique que le processus est toujours en cours dans ce pays au
moment de la rédaction (mi-2011).
Le tableau 1 présente les contextes nationaux mentionnés dans le manuel et note ceux qui
font l’objet d’une étude de cas correspondante dans les annexes.
Interpeace 9
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Remerciements
Des dizaines d’experts et de praticiens ont contribué pendant quatre ans à l’élaboration de ce
manuel, en participant à des réunions internationales et des ateliers organisés par Interpeace
sur les questions constitutionnelles. Certains des rapports de ces discussions (et les noms de
ceux qui y ont pris part) sont disponibles à l’adresse [Link].
Des dizaines d’autres personnes ont été interrogées sur des sujets précis dans le cadre des
recherches pour ce manuel.
Ce groupe, caractérisé par un équilibre hommes-femmes, était composé de personnes issues
de toutes les régions du monde (bien que principalement de l’hémisphère sud) représentant,
en terme de points de vue, une somme d’expérience fort diverse en matière de processus
d’élaboration de constitution : on comptait en effet parmi eux des conseillers, des responsables
d’organes administratifs ou constituants, des membres de partis politiques, ou des membres
de la société civile. Ils étaient originaires ou avaient travaillé dans des pays aussi divers que
l’Afghanistan, le Bénin, la Bolivie, Bougainville, le Cambodge, la Colombie, la République
démocratique du Congo, Timor-Leste, le Salvador, l’Érythrée, les Fidji, la Géorgie, la Hongrie,
l’Irak, le Kenya, Nauru, le Népal, Puntland, les Îles Salomon, la Somalie, l’Afrique du Sud, la
Thaïlande ou encore l’Ouganda. Nous leur sommes très reconnaissants pour leur contribution.
Bien que l’objectif de ce manuel soit davantage pratique que scientifique, nous tenons à
mentionner la reconnaissance profonde que nous avons à l’égard d’un certain nombre de
chercheurs dont les études ont constitué une précieuse base d’information pour cet ouvrage.
On trouvera à l’annexe D les références des ouvrages que nous avons cités dans le texte.
Nous sommes reconnaissants à Nicholas Haysom et au Professeur Jennifer Widner pour
leurs précieux commentaires sur une première ébauche du manuel.
La participation citoyenne
Il est indubitable que les élites politiques jouent un rôle majeur dans la prise de décisions
sur la façon de structurer un nouvel État. Cependant, il existe désormais une tendance bien
établie consistant à intégrer au processus des mécanismes de participation à large assise
afin d’éviter que la constitution ne se borne, en fin de compte, qu’à répartir le butin entre
factions concurrentes, et afin que cette nouvelle constitution ait davantage de chance de jouir
d’une grande légitimité populaire. De nos jours, les formes de participation citoyenne vont
au-delà du vote pour des représentants constitutionnels ou un référendum. Elles englobent
plutôt l’éducation civique et les campagnes dans les médias, la consultation publique (sur les
10
Vue d’ensemble
Transparence
Contrairement au processus dirigé par les élites qui avait coutume de se dérouler dans une
salle de conférence à huis clos, comme c’était la règle jusqu’aux années 1970, un processus
transparent permet la participation des citoyens, des médias et de la société civile. D’une part,
cela permet de les tenir informés du déroulement du processus, des modes de nomination et
d’élection de leurs représentants, du processus d’adoption et de leur rôle dans le processus,
et d’autre part, de leur donner un retour d’information sur les résultats des consultations
publiques. La transparence implique également de donner accès aux médias aux moments
opportuns. Tout au long de ce manuel nous indiquerons lorsque la transparence est un atout
et lorsque, au contraire, un processus plus ouvert peut devenir périlleux.
Interpeace 11
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Si les études n’ont pas encore apporté la preuve irréfutable des effets bénéfiques exposés
ci-dessus, on peut néanmoins se douter que concevoir des processus autour de ces principes
aura certainement un impact positif. En revanche, il n’existe pas de remède universel
applicable à tous les processus constitutionnels pour parvenir à ces résultats. Ces processus
sont hautement politiques et chaque contexte aura des défis et des opportunités qui lui sont
propres.
Les processus inclusifs, participatifs, transparents et dont les acteurs nationaux se sont
engagés à en assurer la responsabilité sont généralement très longs à réaliser. Dans les
processus d’élaboration des constitutions en Ouganda [1995], en Afrique du Sud [1996],
et à Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée [2004], il a fallu des années aux acteurs
12
Vue d’ensemble
nationaux pour délibérer sur leur nouvel ordre constitutionnel en raison des mesures
spéciales qu’ils avaient adoptées pour favoriser une plus grande participation de tous,
la transparence et l’inclusion à chaque étape du processus. Ils ont mené ce processus en
recevant très peu d’orientations de la communauté internationale (même si l’Ouganda et
Bougainville ont bénéficié d’un soutien international sous forme de financement, et de mise
à disposition restreinte de conseillers).
Dans chacun de ces cas, les pays ont saisi l’occasion du processus d’élaboration de la
constitution pour promouvoir l’identité et l’appropriation nationales grâce à la participation
directe des citoyens, à des campagnes d’éducation civique, au dialogue, à la réconciliation
et à la résolution des conflits entre communautés opposées, à des consultations publiques
sur les options constitutionnelles, et à la recherche d’un consensus entre toutes les parties
prenantes. Les dirigeants de ces processus, dont les acteurs nationaux se sont engagés à
assumer la responsabilité, ont rapidement compris l’intérêt de se concentrer sur le processus
et non pas uniquement sur le contenu de la constitution. Ceci est à opposer aux processus
fortement encadrés par la communauté internationale à qui l’on impose des délais très
courts, et qui ont conduit à l’exclusion de la société civile et du grand public (voir partie 4.2).
S’il est vrai que ces principes directeurs reviennent à plusieurs endroits de ce manuel, nous
ne professons pas que leur application universelle constitue la clé du succès. Dans certaines
circonstances, il sera peut-être nécessaire de mettre en œuvre un processus qui n’épouse pas
pleinement ces principes. S’accommoder des élites peut être nécessaire à certaines étapes.
Par exemple, les processus qui conduisent à des constitutions de transition, et ceux qui
sont mis en œuvre dans un cadre de forte instabilité, peuvent exiger que les parties au
conflit négocient un changement constitutionnel pour atténuer les conflits en l’absence de
moyens totalement transparents et participatifs (par exemple, les négociations pour apporter
des modifications à la constitution de la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui ont débouché sur
l’Accord de paix de Bougainville de 2001).
Lors d’un conflit violent, il se peut que les rédacteurs de la constitution soient amenés à
restreindre la participation citoyenne car l’insécurité empêche toute consultation publique
ou simplement celle des groupes clés. La participation populaire peut être difficile à gérer ;
c’est un outil qui n’associe pas automatiquement tous les groupes sociaux et qui peut être
manipulé par des intérêts politiques fortement ancrés, ce qui contribue parfois à alimenter
la division et l’incertitude. Il est pratiquement impossible de parvenir à une véritable
participation de tous, et les mesures déployées pour y parvenir peuvent muer l’ensemble
de l’exercice en processus lourd et ingérable. Poussée trop loin, elle s’ajoute aux difficultés
qu’ont les décideurs à prendre des décisions équilibrées et éclairées. Si la transparence est
certes un objectif louable, elle peut faire échouer tout le processus si les parties délibérantes
sont obligées de tenter de parvenir à des compromis constitutionnels sous le regard des
citoyens.
L’expérience montre que ces principes doivent être appliqués à bon escient, de manière à
minimiser les risques et à contribuer à une paix durable en prenant en considération les
Interpeace 13
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
circonstances propres à chaque cas. Ce manuel fournit des directives sur l’application de ces
principes, mais en faisant toujours référence aux réalités politiques et sociales auxquelles
sont confrontés les rédacteurs de constitution.
14
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Au cours de ces trois à quatre dernières décennies, les constitutions et leur élaboration
ont suscité beaucoup de préoccupations. L’ordre mondial a considérablement évolué durant
cette période ; la fin du colonialisme et l’avènement de nouveaux États, la fin des régimes
militaires, l’effondrement du communisme et les actions menées en vue de mettre fin aux
conflits civils, en particulier au sein des États multi-ethniques, sont autant de facteurs qui
ont contribué à la naissance des constitutions. La diversité des contextes dans lesquels elles
ont été élaborées démontre à quel point la finalité première d’une constitution peut varier :
construction de la nation avec l’émergence d’un nouvel État, consolidation de la démocratie
avec le retour des militaires dans les casernes ou le renversement de présidents autocrates,
libéralisme et création de marchés privés avec la fin du communisme, paix et coopération
entre les communautés pour mettre fin aux conflits internes, etc. Ces objectifs déterminent
l’orientation de la constitution, et souvent son processus d’élaboration.
Les constitutions dépendent parfois du contexte qui prévaut dans un pays. En effet, la
conception, la compréhension et, par conséquent, le respect de la constitution sont liés
à l’histoire du pays, et à la mesure dans laquelle la confiance dans la loi et son respect
constituent un mode d’organisation de la société et de l’État. Par conséquent, les termes
« constitution » et « constitutionalisme » n’ont pas toujours eu le même sens ou le même
impact dans tous les pays.
Interpeace 15
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
16
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Interpeace 17
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
la promotion des droits et non pas uniquement leur défense, une administration intègre et
un environnement durable - la constitution contemporaine va au-delà de l’ancienne, qui
elle, donnait la primeur aux structures et aux pouvoirs de l’État (et où les modes d’élection
des législateurs ou du gouvernement étaient tacites au lieu d’être clairement stipulés). Cette
constitution ne mentionnait pas les politiques de l’État, laissant le soin au processus politique
de les formuler dans le cadre de la constitution. Avec l’avènement des classes moyennes au
cours du dix-neuvième siècle, certains droits civils (dont la propriété) ont été intégrés dans
le cadre politique et législatif, mais pendant longtemps il n’y a eu aucune véritable limite
aux pouvoirs de l’État.
Avec l’accroissement des fonctions, des pouvoirs et des obligations de l’État, la constitution
a commencé à s’imposer au sein de la société, afin d’essayer de la modeler, d’aider les
citoyens ou les communautés défavorisées, de s’occuper de l’éducation, de la santé, de
l’économie et d’autres problématiques qui ont une forte incidence sur la société. L’Inde a
été l’un des premiers pays à considérer la constitution comme un outil de transformation
des relations sociales, politiques et économiques, et cela a suscité des critiques pour deux
raisons. Certains estiment que la fonction intrinsèque de la constitution consiste à définir
les institutions étatiques et à en délimiter les fonctions. Selon eux, l’incapacité à réaliser la
plupart des valeurs et aspirations inscrites dans la constitution discrédite la constitution et
lui ôte toute légitimité. Il s’agit là d’une conviction – souvent fondée sur l’idéologie de son
auteur – qu’il est difficile d’évaluer.
Dans nombre de pays où sévit une grande pauvreté, une constitution qui ne traduit aucune
volonté d’éradiquer ce fléau et de veiller à la justice sociale aura peu de légitimité aux
yeux des masses. Une constitution visant à transformer la société est également porteuse
d’autres risques, en ce qu’elle suscite beaucoup d’attentes qui, déçues, peuvent conduire à
une perte de légitimité. Une constitution qui cherche à transformer les relations sociales et
économiques, sera presque certainement rejetée par les privilégiés et les nantis, qui sont
généralement assez puissants et habiles pour la saper.
18
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
trop rigide et incapable d’apporter des solutions à des problèmes imprévus ? Les longues
constitutions, comme le sont beaucoup des plus récentes, constituent-elles un problème ? Et
quels sont les critères de réussite d’une constitution que les rédacteurs doivent appliquer ? La
longévité en fait-elle partie ? Si oui, pourquoi ? Est-ce que chaque génération (le « peuple »
pour le moment) ne devrait pas décider de son propre système de gouvernance ?
Dans son évaluation de plusieurs de ces questions, Giovanni Sartori, politologue de renom,
arrive à la conclusion suivante : « La plupart des constitutions récentes sont de mauvais
instruments de gouvernement » (Sartori, 1997 : 197). Cette conclusion est en porte-à-faux avec
celle d’autres commentateurs, qui estiment que dans le monde contemporain, la constitution
peut avoir plusieurs fonctions et qu’elle doit assurer un juste équilibre entre des intérêts
contradictoires. Il appartient aux auteurs de constitution d’en définir l’orientation et la portée.
Pour les besoins de ce manuel, il nous faut comprendre l’impact des différentes méthodes de
rédaction sur l’orientation et la portée des constitutions, et en particulier les conséquences de
la participation de tous au processus. Cette question sera débattue de manière exhaustive.
Interpeace 19
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
plus tard qu’au vingtième siècle (en Éthiopie, en Jordanie, au Koweït, au Népal et en Arabie
Saoudite, par exemple). Beaucoup de constitutions ont été imposées à des peuples vaincus
ou colonisés (par exemple, dans les systèmes des empires occidentaux ; la constitution de
MacArthur au Japon après la Deuxième Guerre mondiale, dans une moindre mesure dans
l’Allemagne d’après-guerre et dans les colonies au moment de l’indépendance). Au début puis
au milieu du vingtième siècle, les processus démocratiques d’élaboration de constitutions
devinrent la norme avec un parlement ou une assemblée constituante qui en assumait la
principale responsabilité (bien que bon nombre de constitutions furent préparées sans la
participation des citoyens). Depuis le dernier quart de ce siècle, la priorité a été donnée à
une participation active du peuple au processus – à travers des individus, des organisations
sociales ou des communautés – comme ce fut le cas dans des pays aussi divers que la Bolivie,
le Kenya, la Papouasie–Nouvelle-Guinée, la Thaïlande et l’Ouganda. Ce changement a été
considérablement facilité par l’élargissement du concept de droits démocratiques des peuples,
ce qui inclut la participation de tous, telle que prévue par le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, et en particulier le droit à l’autodétermination.
Dans le contexte des divers objectifs qu’une constitution contemporaine est appelée à réaliser,
la participation de tous se traduit par un processus complexe et souvent long. Autrefois, les
experts en droit constitutionnel et en sciences politiques jouaient un rôle essentiel dans le
processus, sous la houlette de l’exécutif. Aujourd’hui, l’éventail des participants au processus
d’élaboration de constitutions s’est considérablement élargi, de manière proportionnelle
aux nombreuses questions que les constitutions doivent aborder. Une grande attention est
donc accordée à la conception de ce processus et aux principes fondamentaux qui doivent
déterminer le fond d’une constitution. Ladite conception relève souvent de négociations
nationales (qui peuvent être longues), parfois déterminées ou influencées par la communauté
internationale (notamment dans les cas de profond conflit interne comme en Afghanistan, au
Cambodge, au Kenya, au Kosovo, en Namibie et au Zimbabwe).
20
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
d’énormes enjeux pour de nombreux groupes, en particulier pour la classe politique. Les
processus d’élaboration d’une constitution ne constituent pas un produit bien structuré
mais sont plutôt le fruit de négociations. Souvent, il y a peu de possibilités de contrôler les
acteurs politiques qui cherchent à dominer le processus. Au Kenya, on a constaté une grande
convergence autour de la conception d’un processus qui a débuté à la fin de l’an 2000 dans
lequel les experts ont joué un rôle clé, et auquel ont fortement participé les populations.
Toutefois, au fur et à mesure qu’apparaissaient clairement toutes les implications de fond de
l’élaboration de la constitution (et peut-être aussi parce que les populations prirent de plus
en plus conscience de leur pouvoir), la classe politique tenta d’exclure les autres groupes
de la prise de décision et cette belle convergence vola en éclat. Au milieu de l’année 2004,
les politiciens ont pris les rênes du processus et à partir de 2008, ce dernier fut fermement
placé sous le contrôle de la classe politique.
D’autre part, plusieurs éléments peuvent compromettre le projet initial. En effet, le processus
peut finir par acquérir une dynamique propre, la participation populaire peut entraîner un
élargissement du programme de réforme - étant donné que les groupes jusque-là exclus
veulent être représentés - et des éléments perturbateurs peuvent apparaître de façon
impromptue. Il peut aussi y avoir un boycott sélectif du processus par un groupe d’intérêt (ou
même, comme en Irak et en Somalie, l’intimidation de ceux qui participent au processus).
Une partie importante du processus consistera en des négociations à différents niveaux et
à diverses étapes dont les résultats ne peuvent être prédits. La survie du processus peut
dépendre de la capacité à prendre en compte toutes ces forces ou à répondre de manière
constructive à de nouvelles demandes. Avoir conscience de la dynamique du processus est
un atout de taille.
Interpeace 21
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
22
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Bien souvent, la conception est réalisée par des parties prenantes à un conflit. Le cas
du Népal en 2006 est inhabituel en ce sens que l’accord a été conclu sans intervention
extérieure. La plupart des accords sur les processus conclus dans de telles situations ont
nécessité une intervention significative de la communauté internationale. L’exemple de la
Bosnie-Herzégovine [1995] est patent, quoiqu’assez inhabituel. En effet, la constitution
de ce pays fut élaborée par la communauté internationale dans une caserne militaire aux
États-Unis – en fait, il n’y a tout simplement pas eu de processus. En règle générale, la
conception du processus (ou à tout le moins son ébauche) se fait dans le cadre de conférences
internationales ou de négociations internationales (comme en Afghanistan et au Cambodge),
ou alors dans le cadre d’une intense médiation des États aux intérêts dominants, souvent
occidentaux (comme au Soudan, dans les États de l’ex-Yougoslavie et au Kosovo). Le
processus en Somalie fut conclu grâce à la médiation de l’Autorité intergouvernementale
pour le développement, avec l’intermédiation du gouvernement kenyan en 2004.
Comme l’on peut s’y attendre, les principes et le degré de détail varient selon le contexte
et les principales parties impliquées. Le processus est plus détaillé lorsqu’il est négocié
localement ; il l’est beaucoup moins lorsque la communauté internationale est impliquée (le
cas du Soudan est une exception). Les experts jouent un rôle moins proéminent lorsque la
communauté internationale est impliquée. La question de l’appropriation du processus est
inhérente au mode de prise de décision dudit processus, tout comme d’ailleurs le degré de
participation des citoyens.
Un processus planifié offre de grands avantages. D’abord c’est un bon moyen de recenser
les acteurs clés et d’informer les citoyens sur les objectifs, la feuille de route, et leur propre
rôle. Il donne à ceux qui sont chargés de sa gestion, des orientations quant aux procédures
et au calendrier, et permet de minimiser les différends sur les rôles respectifs des acteurs.
Il permet de donner aussi une indication des ressources requises. Les règles relatives à la
rédaction et l’adoption de la constitution influent souvent sur les résultats du processus,
en termes de légitimité, d’orientation et de contenu de la constitution. Il peut arriver, par
exemple, que lorsque les parties politiques dominent le processus, une plus grande attention
soit accordée au système de gouvernement. Et plus le processus sera participatif, plus la
constitution aura des chances de traduire les aspirations des uns et des autres.
Interpeace 23
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Si la constitution est élaborée en temps de paix, le processus offre plusieurs options, dont
celle d’inclure une forte participation. Si le pays sort d’un conflit interne ou externe, on
penchera peut-être en faveur d’un processus plus encadré, avec peu ou pas de consultation
publique. Les négociations qui se déroulent pendant un conflit en cours prennent de façon
croissante la forme d’un règlement constitutionnel. Dans ces cas de figure, le processus
est confidentiel et souvent secret, entièrement dominé par les dirigeants des « factions
belligérantes », avec peu d’espace accordé à une large participation citoyenne.
1.4.1 Ressources
Il n’est pas possible à l’heure actuelle d’élaborer une constitution avec peu de moyens. Le
processus tel que décrit ci-après est très onéreux. Bon nombre de pays désireux de préparer
une nouvelle constitution et d’amorcer un nouveau départ sortent d’une longue période de
conflit ; leurs ressources sont épuisées ou accaparées par des chefs de guerre, l’économie
est en lambeaux, ils sont confrontés à des problèmes urgents de pauvreté et les caisses
du trésor sont vides. Il importe, au début du processus de planification, d’accorder une
attention particulière aux implications financières et aux moyens de mobiliser des fonds
suffisants. Tous les peuples ont droit à un processus participatif et équitable, mais tous
les pays ne peuvent pas se le permettre. Il est souvent possible d’obtenir une assistance
financière extérieure sous forme d’équipement ou de personnel, mais cela peut entraîner
une perte de contrôle du pays sur le calendrier et le processus. Il faut trouver les moyens de
minimiser les frais autant que possible. Parfois, il convient de revoir à la baisse les objectifs
trop ambitieux du processus. Toutefois, s’il est bien conçu et que l’on s’efforce d’éviter les
dépenses inutiles, la communauté internationale apportera certainement son assistance.
Il convient d’estimer les frais suffisamment tôt pour pouvoir effectuer une planification
réaliste du processus et débuter la recherche de soutien extérieur.
24
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Ces considérations ont été d’une importance capitale en Afrique du Sud, et dans l’ensemble,
l’ordre de déroulement des tâches qui a conduit à l’adoption de la constitution finale a
facilité son processus d’élaboration. Par contre, le récent cas du Népal (début de l’année
2006) a démontré qu’à défaut de régler ces questions de manière satisfaisante, les parties
peuvent s’enliser dans le processus constitutionnel. Toutefois, il peut s’avérer nécessaire de
s’accorder dans les grandes lignes sur la future manière de gouverner le pays (c’est-à-dire
les principes de la nouvelle constitution) pour pouvoir régler les questions préliminaires
mentionnées ci-dessus. Parfois, le chronogramme sera fonction de la situation particulière
du pays. Il semblerait que Cory Aquino des Philippines voulait une constitution d’urgence
après son élection et la déposition de Marcos car elle craignait un coup d’État militaire, et
pensait qu’une nouvelle constitution la mettrait à l’abri ou en réduirait les chances. Cette
urgence n’était pas de mise au Népal ; le roi avait été contraint de renoncer à ses pouvoirs
et un accord préliminaire entre les Maoïstes (qui venaient de mettre fin à leur insurrection)
et les partis « démocratiques » fournissait une base satisfaisante pour leur permettre
d’imprimer un rythme plus décontracté à l’élaboration d’une nouvelle constitution.
Dans un contexte où le conflit n’est pas tout à fait achevé, l’un des facteurs importants dans
la décision de procéder à l’élaboration de la constitution, est de savoir à quel moment il sera
possible d’avoir une forte participation de tous. Cela peut aller bien au-delà de la période
de cessez-le-feu. Il peut arriver que cette participation s’élargisse au fur et à mesure que le
processus progresse, que le calme revienne et que les populations se sentent en sécurité. Au
cas où une forte participation serait difficile à mettre en place, l’une des solutions proposées
ci-après consiste à se concentrer sur les mécanismes de transition et à promouvoir autant
que possible la participation citoyenne tout en conservant l’option d’un processus plus
participatif pour plus tard (voir parties 2.1.9 et 2.2.2).
Parmi les autres formes de tensions qui interviennent dans le processus constitutionnel en
période de conflit ou postérieur au conflit, citons l’équilibre entre la consolidation de la paix
(qui peut être favorisée par la communauté internationale), et la pression des citoyens pour
une nouvelle constitution ; entre les incitations à la cessation des combats et la menace de
procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité (qui posent les difficiles questions
de l’impunité, aggravées par l’interdiction de l’amnistie dans le cadre de nouvelles normes
internationales), et le choix entre la tenue des élections avant le processus et la nécessité de
rétablir la confiance entre les factions en guerre et entre ces dernières et la population.
L’autre contexte dans lequel se pose la question de l’ordre de déroulement des opérations est
celui où les conditions pour l’élaboration de la constitution sont réunies et que la question
est de savoir comment organiser au mieux les tâches à entreprendre. Cet ordre dépend de
divers facteurs, dont le niveau de participation citoyenne et la répartition des responsabilités
des différentes tâches. Elle est aussi fonction des objectifs du processus, qui peuvent
inclure la réconciliation nationale, la consolidation de la nation et la démocratisation. La
première étape consiste à s’entendre sur la nécessité d’une réforme constitutionnelle, sur
les principes constitutionnels qui la sous-tendent et les modalités du processus. Ensuite,
il s’agira d’associer la population au processus en dispensant une éducation civique et
Interpeace 25
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
1.4.3 Délais
Il est utile de fixer des délais pour les différentes étapes du processus ; ces délais sont
généralement prévus dans la législation ou dans un texte de base. Les délais doivent être
soigneusement fixés, parce que s’ils sont trop courts, ils peuvent limiter la participation
citoyenne et donner l’impression que le processus est manipulé ; alors que s’ils sont trop
longs, ils prolongent indûment le processus alors qu’il faut le boucler et établir un nouvel
ordre. Les processus ont tendance à dépasser les estimations ou les délais prescrits, ce
qui peut être dû à plusieurs raisons : leur complexité, un démarrage poussif, une sincère
sous-estimation du temps nécessaire, la recherche de ressources financières et autres, les
urgences, l’intérêt personnel des délégués, des commissaires et du personnel des institutions
concernées à prolonger le processus.
26
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Les délais peuvent s’avérer utiles, mais il faut les assortir d’un mécanisme d’application –
un moyen quelconque de pénaliser ceux qui ne les respectent pas. En réalité, les délais ne
sont souvent pas respectés par manque de volonté politique, ou parce que des questions
en suspens n’ont pas été réglées (le processus du Népal en est un exemple éloquent). Les
processus d’élaboration d’une constitution sont devenus très complexes, et leur poursuite
requiert un consensus à différentes étapes, mais souvent on estime à tort qu’ils se dérouleront
sans accrocs.
Interpeace 27
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
au Népal et en Afrique du Sud). Même dans ces cas de figure, une législation peut s’avérer
nécessaire, pour donner effet à l’accord, dans la mesure où ce dernier peut avoir une incidence
sur le pouvoir d’une institution existante (le parlement, par exemple) voire même sur la méthode
usuelle d’amendement de la constitution. Une législation (même inscrite dans la constitution)
peut également s’avérer nécessaire si la confiance ne règne pas entre les principaux partis,
comme ce fut le cas au Kenya [2010], quand le processus de 2005 fut sapé, ce qui fut attribué
en partie à l’absence de constitutionnalisation. Une législation est aussi nécessaire si de
nouvelles institutions doivent être créées pour les besoins du processus (ex : une commission
indépendante, bien que cela puisse se faire avec une loi existante autorisant le Chef de l’État ou
du gouvernement à créer de tels organes par voie administrative). Si elle est constitutionnelle,
la législation réduit certes la flexibilité du processus, mais elle le sécurise davantage (ce qui
est parfois plus important). Dans des circonstances exceptionnelles, le processus dans son
intégralité, qui suppose des changements constitutionnels fondamentaux, peut être mené sur la
seule base d’une entente mutuelle (la Hongrie et le Bénin en sont de bons exemples).
28
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
un changement graduel, c’est dans l’espoir qu’en toute logique le changement conduira à
d’autres réformes (sans susciter la résistance du régime en place).
Interpeace 29
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
En règle générale, les acteurs les plus importants sont les partis politiques, sauf dans les
situations de conflit ou postérieures au conflit, où les factions armées dominent, même si
cette domination est temporaire. Les partis politiques sont plus enclins à promouvoir une
plus grande participation citoyenne que les milices – mais le niveau de participation sera
déterminé en fonction de la nature démocratique et participative des partis eux-mêmes.
Aussi bien en Afrique du Sud qu’au Népal, les partis politiques ont dominé les négociations
sur la réforme et le processus d’élaboration de la constitution, mais ce processus fut assez
participatif en Afrique du Sud et un peu moins au Népal car dans ce dernier chacun des
partis était dominé par un ou deux dirigeants.
L’augmentation du nombre de groupes participant aux processus a compliqué cet exercice.
En effet, la participation de groupes aux priorités et agendas multiples rend difficile la
négociation et le processus d’élaboration de la constitution peut être ralenti. Au lieu de
mener à un consensus national, le processus risque donc de raviver les divergences et de
rendre impossible l’adoption d’une nouvelle constitution.
La participation citoyenne peut aussi susciter une certaine concurrence. Celle qui existe
entre le peuple et la classe politique est évidente, mais elle se manifeste aussi entre les
hommes et les femmes, les conservateurs et les « modernistes », etc. Dans une certaine
mesure, la concurrence est régie par les règles de prise de décision, en particulier celles
qui stipulent quel groupe aura le dernier mot (si la décision finale revient, par exemple, à
l’assemblée, la participation sincère de la société civile et la préparation d’un projet par une
commission constitutionnelle seront inutiles si ladite assemblée, mue par des considérations
totalement différentes, oppose son véto ou amende ce projet).
Par conséquent, même si la participation citoyenne est souhaitable, elle n’est pas exempte
de risques. Elle peut se muer en désillusion, si l’on promet au peuple qu’il pourra se faire
entendre et que ses propos sont déformés ou ignorés. Ce phénomène détériore souvent la
relation de confiance entre le peuple et la classe politique qui est généralement responsable de
ce genre de fait. L’autre risque est de voir le rôle des experts minimisé, voire même dénigré,
par un populisme lié à la participation de tous, qui risque de se traduire par des incohérences
dans le document. Certaines indications montrent que la participation citoyenne peut conduire
à l’expression de points de vue conservateurs, voire même intolérants, lorsqu’il s’agit de
questions d’ordre « moral » comme la peine de mort, l’homosexualité, le mariage de personnes
de même sexe et l’avortement. Un autre danger est de voir les divisions ethniques s’exacerber
lorsque différents groupes luttent pour défendre leurs intérêts. Ceci conduit soit à des conflits
soit à des compromis peu avisés, voire impossibles ; dans les deux cas, cela contrecarre les
objectifs d’une « démocratie délibérative » et d’une prise de décision rationnelle.
La participation de tous ne se limite pas toujours aux acteurs nationaux. Dans bon nombre
de situations de conflit ou postérieures au conflit, la communauté internationale (sous
différentes formes) peut constituer un acteur important de la planification et de l’exécution
du processus. Certains volets de cette participation citoyenne peuvent être prescrits par un
traité ou par une loi, mais elle peut être aussi en grande partie opaque et parfois impliquer
des actes d’intimidation. De même, la participation étrangère peut être utile et même
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Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Interpeace 31
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
d’une commission constituée d’experts (en droit surtout, mais aussi en économie, sciences
politiques et administration publique). Si c’est la commission qui prépare le projet, elle
s’en tient normalement à certains objectifs préalablement définis et aux éléments clés de
sa procédure (y compris souvent des consultations publiques). Le parlement est un organe
représentatif, et à ce titre a une plus grande latitude pour décider des valeurs et des
procédures qui s’appliquent (voir partie 3.1.2 sur les commissions et les assemblées). Le
processus reposant sur une commission donne une plus grande place aux experts, et l’autre
aux politiciens. Ce type de répartition des responsabilités déterminera en partie comment
l’avis des experts sera équilibré avec les vues plus politiques ou « populistes ».
L’avantage des commissions est que cette partie du processus – les décisions vitales sur le
projet de constitution – peut dans une certaine mesure être dissociée des parties politiques,
tirer profit des connaissances des experts, promouvoir la participation citoyenne, et formuler
des propositions orientées vers les intérêts nationaux et non sectaires, et, par conséquent,
offrir une base équitable de négociation et faciliter le compromis. Toutefois, la commission
pâtit souvent de compter parmi ses membres non pas des experts, mais des représentants
d’autres intérêts, généralement politiques.
La plupart des pays doivent faire un choix entre le parlement ordinaire et un organe
spécialement constitué pour créer la constitution. Deux types de facteurs influencent ces
décisions. La tradition historique, l’exigence de continuité juridique (changements effectués
comme prévu dans la constitution), la légitimité du parlement (s’il est suffisamment respecté,
il peut être chargé d’effectuer les modifications), la domination de partis politiques (ce qui a
tendance à favoriser le parlement), et la possibilité de tenir de nouvelles élections (avant ou
après le processus). Le deuxième facteur est d’ordre stratégique : le choix de l’organe plus
susceptible de ne pas trop promouvoir ses propres intérêts dans le résultat du processus (la
commission ou le parlement), la nécessité d’inclure des représentants de tous les secteurs
de la société (ce qui penche en faveur d’une assemblée constitutionnelle spéciale), la valeur
accordée à la société civile (ce qui mène à un processus participatif), l’urgence qu’il y a à
parachever la constitution (ce qui profite au parlement) (voir la partie 3.1.2).
La rédaction du texte devrait, et est généralement, laissée au soin des juristes qui décident
de la structure (architecture) de la constitution et du langage du texte. Il est important que la
rédaction soit menée par des juristes et non pas par les membres du parlement. En effet, les
termes juridiques ont une signification immuable et sont cruciaux aux besoins de précision
et de cohérence que requiert un texte constitutionnel. La rédaction ne devrait pas non plus
mobiliser un grand nombre de personnes. Il est important de choisir des rédacteurs qui ont
l’expérience des instruments constitutionnels, qui à bien des égards, sont différents de la
législation habituelle. Un langage simple doit être utilisé autant que possible. Les rédacteurs
doivent avoir la latitude d’utiliser leur jugement professionnel sur l’architecture et le texte de
la constitution, mais ils doivent en même temps respecter les décisions politiques prises par le
parlement. Toutefois, il est tout-à-fait normal pour eux d’attirer l’attention du parlement sur une
décision qui semble impossible à appliquer ou qui va à l’encontre des valeurs constitutionnelles
fondamentales, puis de demander de nouvelles instructions (voir la partie 2.6.2).
32
Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Interpeace 33
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
œuvre ainsi que les calendriers d’exécution y afférents ; une commission indépendante
chargée du contrôle et de la mise en œuvre ; une disposition constitutionnelle stipulant que
dans la mesure du possible les principes sont mis en œuvre par les autorités exécutives,
même en l’absence de toute législation promulguée à cette fin ; une disposition stipulant
que les tribunaux peuvent prononcer des ordonnances dans le même cadre ; des mesures
d’autonomisation de la société civile pour lui permettre de participer à la mise en œuvre
et à la mobilisation autour de la constitution ; et la mise en œuvre de principes donnés
comme condition préalable à l’exercice de certains pouvoirs par l’exécutif ou le législatif,
entre autres.
Interpeace 35
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
possibles dans un pays donné. Ce tableau n’est pas prescriptif – il vise à clarifier la relation
entre les tâches et les institutions ;
Prenons quelques exemples de la première rangée du tableau 2.
• La préparation d’une feuille de route ou d’un calendrier pour le processus peut être confiée
à une assemblée constituante (si celle-ci était en charge du processus). En l’absence
d’assemblée constituante, ou lorsqu’elle intervient tardivement dans le processus, la
feuille de route peut être préparée dans le cadre d’une loi ou par le législateur ; elle peut
aussi avoir été établie dans le cadre d’un accord de paix, d’un processus de « table ronde »
ou par le gouvernement. Souvent, la société civile et les partis politiques (et parfois la
communauté internationale) auront des contributions à apporter – même s’ils n’ont pas le
pouvoir de préparer une feuille de route contraignante ;
• Tous les segments de la société peuvent participer en formulant des idées nouvelles pour
la nouvelle constitution ;
• La préparation de principes directeurs pour le processus et le contenu de la constitution
peut s’effectuer de différentes manières. Parfois, une assemblée constituante s’en sera
occupée peu avant le début du processus. Parfois, ces principes seront définis par la loi ou
un accord politique (par un processus de paix ou des partis politiques) ; là aussi la société
civile pourra y participer.
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Partie 1 : Introduction aux processus d’élaboration de constitutions
Conférence nationale
Organes spéciaux
Partis politiques
Autres organes
Société civile
Référendum
Table ronde
Assemblée
Tribunaux
Experts
Tâches
Démarrage du processus
Feuille de route
Proposition d’idées
Principes directeurs
Éducation civique
Consultations sur le projet
Autres formes de consultation
Soumissions
Réception et traitement des avis
Gestion des ressources
Gestion des media
Gestion des acteurs internationaux
Élaboration des règles de procédure
Calendrier
Choix des questions
Traitement des questions
fractionnelles (organes spéciaux)
Cohérence technique
Préparation de propositions concrètes
Rédaction technique du texte
Adoption de la constitution
Mise en œuvre
Traitement des problèmes
Suivi – évaluation
Traitement des processus non aboutis
Interpeace 37
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Partie 2 : Tâches à
accomplir dans un
processus d’élaboration
d’une constitution
Dans cet ouvrage, nous partons de l’hypothèse que les lecteurs participent ou pourraient être
amenés à participer au processus d’élaboration d’une nouvelle constitution, ou souhaitent en
comprendre ses implications – tout particulièrement lorsque ce processus implique une large
consultation et participation de la population. Les étapes du processus diffèrent selon les
traditions politiques et juridiques, le contexte, les conditions locales et d’autres paramètres.
Dans cette deuxième partie, nous allons passer en revue les différentes tâches qui composent le
vaste « processus participatif d’élaboration d’une constitution ». Cependant, nous souhaitons
faire une distinction entre les tâches à entreprendre et les structures qui servent à les mettre
en place – c’est pourquoi ce dernier point ne sera abordé que dans la partie suivante. En effet,
bien que ces deux composantes soient indissociables, il nous semble important d’éviter toute
confusion en termes de terminologies, celles-ci pouvant varier d’un contexte national à un
autre. Par exemple, des formules telles que « l’assemblée constituante se charge de ceci » ou
encore « la commission se charge de cela » n’ont pas la même signification selon le contexte
national et peuvent mener à confusion : dans certains cas il se peut que d’autres organes
que l’assemblée constituante ou une commission soient chargés de mener les tâches ; et
dans d’autres il est même possible que la notion d’assemblée constituante ou de commission
n’existe pas. Dans cette partie nous allons donc étudier l’essence même de chaque tâche.
Afin de visualiser comment une tâche donnée sera effectuée dans un pays donné et quels
sont les défis et les opportunités qui l’accompagnent, il sera nécessaire de réfléchir très
rapidement à l’entité qui sera chargée de la mener à bien. Nous n’avons pas ici la prétention
de dicter une ligne directrice, mais plutôt de partager les leçons tirées des expériences
passées. Il appartient à chaque pays de décider, en fonction de ses ressources, de ses réalités
et des pressions subies, comment accomplir les différentes tâches. Le tableau 2 (voir partie
1.6) indique les entités chargées des différentes tâches dans un certain nombre de processus
d’élaboration de constitutions. Dans la troisième partie, qui porte sur les institutions et les
structures, nous expliquons ce qu’elles ont produit dans le passé et pourraient faire à l’avenir.
Types de tâches
Le travail d’élaboration d’une constitution peut être comparé à la conception d’un grand
bâtiment public. Ainsi, les autorités peuvent imaginer que leur tâche consiste à décider de
38
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Interpeace 39
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
des dirigeants afghans de la transition était celle de 1964 ; dépouillée de ses éléments
royalistes, elle a été adoptée en tant que constitution provisoire.
• Suisse – ce pays avait une constitution datant de 1874 qui avait été amendée 140 fois. La
changer était difficile mais étant donné qu’elle ne reflétait plus de nombreux principes
communément admis, y compris en matière de droits de l’homme, il a été décidé de la
remplacer par un nouveau texte.
Interpeace 41
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
ou de règlementer les affaires de l’État. Il n’est pas aisé de bien faire fonctionner une
constitution ; ce n’est que lorsque la classe politique, les citoyens, les tribunaux et les
autres institutions la prennent au sérieux et prennent les mesures qui s’imposent pour
la faire fonctionner qu’elle peut donner de bons résultats. Il est illusoire de croire que la
seule adoption d’une nouvelle constitution pourra régler les problèmes.
Aucun des arguments précités ne vise à affirmer qu’un exercice majeur d’élaboration
constitutionnelle est superflu mais il est important de se demander si une nouvelle
constitution est nécessaire ou nécessaire dans l’immédiat et s’il ne vaudrait pas mieux
adopter une démarche graduelle, plus modeste.
Dans certains pays, il suffira d’aborder un problème en ayant recours à la constitution, sans
que cette dernière ne soit modifiée dans son ensemble. Il peut être plus pratique de mettre
en place un processus simple de révision de la constitution en confiant à un noyau restreint
d’experts une tâche limitée dans sa portée et dans le temps (avec la possibilité de procéder à
une consultation publique) plutôt qu’un processus plus lourd et coûteux, et qui peut prendre
du temps et même diviser l’opinion.
Il existe une corrélation entre la complexité des changements attendus et la sophistication
du processus mis en place. D’une part, plus les changements sont fondamentaux, plus il sera
nécessaire de prévoir une participation citoyenne. D’autre part, plus le processus est élaboré,
plus il sera probable que des propositions ambitieuses en émanent, indépendamment du
mandat initial. À titre d’exemple, l’assemblée constituante française originelle avait
pour tâche d’approuver des fonds pour le roi. Pourtant, au fil du temps elle s’est muée en
gouvernement et auteure de la constitution. Ce genre de situation s’est également produit en
Afrique de l’Ouest où des conférences constitutionnelles nationales ont débouché sur des
changements plus radicaux qu’initialement envisagés.
Une démarche plus modeste est-elle possible ? Même dans le cas de figure où il n’existe
pas de constitution, il n’est pas forcément nécessaire de se lancer immédiatement dans un
processus important d’élaboration de constitution, des arrangements limités et provisoires
pouvant suffire. Israël est un exemple intéressant à cet égard. Le pays a été créé en 1948 et
avait l’intention d’organiser une assemblée constituante mais il a été tout de suite envahi.
La période 1948-1949 n’étant pas considérée comme propice compte tenu du potentiel de
désaccord (en particulier sur le lien entre la religion et l’État), le pays a abandonné l’idée
d’une assemblée constituante et a promulgué une constitution au fil des années par touches
successives (en utilisant le modèle de gouvernement du Royaume-Uni comme cadre de
base). Diverses tentatives visant à trouver un accord sur un seul document constitutionnel
furent infructueuses. Au Chili et en Indonésie, d’importantes initiatives de réforme
constitutionnelle ont échoué mais diverses modifications ont été apportées au fil des années
en vue de mettre ces pays à l’abri de tout régime autocratique.
42
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
On dit parfois que certaines situations favorisent l’élaboration et l’adoption d’une nouvelle
constitution. En effet, certains pensent qu’une crise ou la perception d’une crise imminente
sont des conditions préalables à l’élaboration et adoption d’une constitution, puisqu’un pays
en paix ne ressentira que rarement le besoin de se doter d’une nouvelle constitution. Si la
perception d’une crise à venir est partagée par un grand nombre, elle peut avoir des effets
positifs : elle insufflera un élan aux parties dont la rivalité empêche toute collaboration en
temps ordinaire. Un sentiment positif et enthousiaste concernant l’avenir peut entraîner le
même type de mouvement, bien qu’il soit rare aujourd’hui que tous les segments de la société
partagent un sentiment d’excitation, comme l’a montré récemment l’expérience de la Bolivie.
Toutefois, plusieurs pays ont élaboré une constitution ou procédé à une révision majeure de
celle-ci alors qu’ils étaient en paix. Le Canada, la Finlande et la Suisse en sont des exemples
récents.
D’autre part, il n’est pas toujours aisé de prévoir les circonstances qui seront favorables à
l’adoption d’une toute nouvelle constitution. Ceci est avéré, notamment lorsque le travail
de révision est si important qu’il prend plusieurs années. Dans ce cas, le contexte à la fin du
processus peut fortement différer des circonstances initiales. C’est bien ce qui s’est passé au
Kenya ; une élection a eu lieu à mi-chemin dans le processus de révision de la constitution, et
le nouveau gouvernement en place ne fut guère enthousiasmé par les modifications proposées.
Les moments constitutionnels n’aboutissent pas automatiquement à l’adoption d’une
meilleure constitution. Ainsi, en 2012, le président du Sri Lanka a voulu tirer profit de sa
victoire militaire contre les rebelles tamouls pour apporter des changements radicaux à la
constitution, dont certains visaient à renforcer son pouvoir personnel et celui de sa fonction.
Interpeace 43
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Toute constitution en vigueur contient une disposition relative à sa modification, mais il est
rare que le processus complet de modification soit précisé. La disposition se limite souvent
à indiquer comment se fera l’adoption définitive d’un amendement.
44
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Quelques constitutions prévoient une réforme constitutionnelle. Il peut être précisé qui peut
introduire un amendement – le gouvernement, les députés, le peuple – et le calendrier à
respecter, ceci pour éviter de trop fréquentes modifications ou pour en assurer un examen
périodique. Le tableau 3 indique quelques dispositions constitutionnelles relatives au
lancement d’un processus de révision.
Certaines constitutions contiennent des dispositions qui ne peuvent pas être amendées du
tout. La Cour suprême indienne a statué que certains concepts de la constitution (tels que
le fédéralisme, le républicanisme et la laïcité) étaient si fondamentaux qu’ils devaient être
immuables.
Le tableau 4 montre comment le processus d’élaboration de constitution a été amorcé dans les
pays où les lois en vigueur ne prévoyaient ni de mécanisme ni de point de départ à cet effet.
Quelles L’Assemblée s’est À la proclamation Le gouverne- Les mesures dé- Une constitution
mesures convertie en un de l’indépen- ment (sous finies dans l’ac- provisoire a
ont été parlement ordi- dance, tous les la pression cord de Bonn été rédigée à
prises ? naire et elle n’a pouvoirs ont intérieure et ont été suivies travers un accord
pas adopté de été concentrés extérieure) a – bien que le entre les partis
constitution ; elle entre les mains mis en place, président ait politiques et elle
s’est appuyée sur du président. La en consultation décidé d’ajouter a été adoptée par
un cadre insti- proclamation a avec l’oppo- la création une chambre du
tutionnel datant été suivie d’une sition, une (par décret) parlement
de la période du guerre contre le commission de d’un comité de
mandat britan- Pakistan. Après révision. Cette rédaction de
nique sa mise en liberté dernière a pré- la constitution
au Pakistan, paré un projet chargé de pré-
le Président a qui a été soumis parer un projet
promulgué une au parlement à soumettre à
constitution pro- conformément la commission
visoire, ordonné aux dispositions constitution-
la mise en place de la constitu- nelle
d’une assemblée tion existante
constituante qui a
rédigé une consti-
tution définitive
Interpeace 45
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
L’action constitutionnelle peut être une initiative citoyenne (prévue de façon expresse
dans certaines constitutions – voir tableau 5) ou un processus de pétition publique
conforme à la constitution. Dans de nombreux cas, la constitution confère au parlement la
décision de réviser le texte.
Nous entendons par « action intellectuelle » des arguments rationnels en faveur d’une
nouvelle constitution qui cherchent à convaincre la population et le gouvernement qu’il
faut faire quelque chose. Pour reprendre l’exemple du Kenya, pendant les années 1990,
plusieurs organisations ont produit des projets de nouvelles constitutions afin d’insister
non seulement sur les carences de la constitution en vigueur mais de montrer aussi qu’il
était possible d’envisager des alternatives réalisables.
46
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Interpeace 47
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
de négociations entre les partis politiques ou entre des groupes belligérants (également
ceux appartenant à des époques passées), ce qui peut rendre le processus très long. Par
ailleurs, la pression exercée en vue de démarrer le processus, accompagnée d’un sentiment
d’urgence, peut être si forte que les décisions concernant le processus seront prises à la hâte.
Néanmoins, il est difficile de dicter un « bonne » manière de concevoir le processus puisque
tout dépendra du pays et des circonstances.
Il serait utile d’observer comment certains pays s’y sont pris. En Afrique du Sud [1996],
le processus d’élaboration de la constitution définitive a été énoncé dans la constitution
provisoire. Cette dernière était elle-même le fruit de négociations entre les principaux partis
politiques. Cette démarche semble avoir donné de bons résultats dans ce pays car les partis
politiques jouissaient d’une grande légitimité aux yeux du peuple. Toutefois, dans d’autres
pays, les partis peuvent représenter un élément de conflit qui a pu influencer la volonté de
se doter d’une nouvelle constitution. Au Kenya, les grandes lignes du processus ont été
établies par une conférence nationale à laquelle ont participé les partis politiques mais
aussi la société civile. Au Népal, les partis ont tenté de garder la maîtrise du processus
de conception. Dans ces pays, certains groupes de la société, en particulier des groupes
ethniques, ont voulu à tout prix imposer leurs priorités aux partis politiques. Or, les partis
étaient peu enclins à prendre ces groupes au sérieux, ce qui a poussé ces derniers à semer
le trouble ou à avoir recours à la violence. À ce moment-là, le gouvernement a été obligé
d’écouter et d’accepter (bien qu’à contrecœur) de convenir du processus (celui-ci portait la
plupart du temps sur le système de représentation au sein de l’assemblée constituante). Ce
processus de conception fut bancal et pris beaucoup de temps.
Dans de nombreux pays, la réforme est née du sentiment d’exclusion ressenti par certains
pans de la société. Si la constitution est considérée comme un remède à ce problème, il
semble logique que son processus d’élaboration soit inclusif. C’était ce que revendiquaient
de nombreux groupes au Népal. Il y a une vaste littérature sur la question du besoin
d’ouvrir les négociations de paix à tous. On pourrait utiliser les mêmes arguments pour
le processus d’élaboration de constitution, qui peut lui-même s’inscrire dans le processus
de paix. La résolution 1325 [2000] du Conseil de sécurité des Nations Unies demande la
participation pleine et égale des femmes au processus de paix. Dans de nombreux cas, elles
ont été exclues alors même qu’elles ont participé à la lutte armée. La marginalisation de
certaines communautés est courante, comme c’est le cas, par exemple, des Dalits en Asie
du Sud. En outre, l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
accorde désormais le droit de participer à l’élaboration constitutionnelle selon certaines
interprétations. Il devrait aussi être compris comme affirmant le droit d’être associé ou du
moins consulté pour la conception du processus.
Divers facteurs peuvent entraver la bonne conception du processus, notamment l’attention
donnée à sa préparation. C’est le cas des négociations de paix, qui nécessitent une minutieuse
préparation – la personne assumant la présidence sera choisie avec soin tout comme le
lieu et même le plan des sièges. En revanche, la conception du processus d’élaboration
de constitution n’est pas toujours aussi méticuleuse. Il arrive que les juristes décident
48
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
qu’un tel processus est une question technique qu’ils sont les mieux à même de régler. La
tendance consistera parfois à suivre le même schéma que le processus antérieur, même si la
constitution ainsi élaborée était imparfaite.
Il serait utile de convenir au préalable de certains principes fondamentaux que doit respecter
le processus d’élaboration constitutionnelle et même de certains éléments de la nouvelle
constitution, sujet sur lequel nous reviendrons dans le courant de ce chapitre.
La table des matières de cet ouvrage, surtout pour la troisième partie qui a trait aux institutions
et aux processus, est une bonne indication des différents points que les concepteurs du
processus doivent avoir à l’esprit. De façon générale, ces points sont les suivants :
• Qui décide – et qui doit pouvoir participer à la discussion même s’il ne s’agit pas de
prendre les décisions définitives ?
• Financement – combien le processus va-t-il coûter, d’où proviennent les fonds et qui sera
chargé de rendre des comptes ?
• Calendrier – faut-il en préparer un, et dans l’affirmative, doit-il être inflexible ou assez
souple et ouvert au changement ? Doit-il être serré ou prévoir, au contraire, beaucoup de
temps ?
• Adoption – comment la nouvelle constitution doit-elle être adoptée – par l’organe qui l’a
discutée et décidée, par le président qui signe habituellement les lois ou par le peuple par
voie référendaire ? Doit-il y avoir d’autres conditions préalables ?
• Qualité technique – comment garantir la qualité technique du texte ?
• Transparence – comment le citoyen sera-t-il associé, quels parties des travaux officiels
seront publics et quel sera le rôle des médias ?
Les décisions sur ces questions sont de nature hautement politique et feront l’objet de
négociations ardues. Prenons l’exemple des Fidji : la question de la composition de la
commission qui devait rédiger le projet de constitution a été âprement débattue par le
gouvernement et les principaux partis politiques. Combien de membres la commission doit-
elle compter (surtout pour être jugée représentative) ? Doivent-ils tous être ressortissants du
pays ou faut-il réserver un certain nombre de sièges aux étrangers ? Le président doit-il être
originaire du pays ou de l’étranger, et si oui de quel pays ? Aux Fidji toujours, les termes
de référence de la commission constitutionnelle ont été longuement discutés. En 1987, dans
les termes de référence de départ, il était prévu « de proposer au Gouverneur général des
amendements qui garantiront les intérêts politiques des Fidjiens autochtones et ce faisant
tiendront compte des meilleurs intérêts des autres peuples des Fidji ». Face à l’objection des
forces d’opposition (largement composées des « autres peuples »), les termes en italique
finalement retenus furent : « en tenant pleinement compte des intérêts des autres peuples des
Fidji ». Puis en 1995, le gouvernement a voulu restreindre les modifications à la constitution de
1990 et réaffirmer dans les termes de référence la primauté des intérêts des Fidjiens de souche
tandis que l’opposition voulait une réforme complète et l’équité pour toutes les communautés.
Interpeace 49
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
La conception du processus constitutionnel peut, dans une certaine mesure au moins, être
réalisée dans le cadre des négociations dans un processus de paix. Dans certains pays, la
conception est passée par une consultation publique ou la consultation d’un organe jouissant
d’une légitimité du peuple. En Équateur, vers le milieu des années 1990, une question a
été exceptionnellement soumise à un référendum populaire à caractère non exécutoire : les
délégués de l’assemblée constituante devaient-ils être élus au suffrage direct comme c’est le
cas des députés ou être élus par des mouvements sociaux ?
Chronologie
Tout processus participatif suppose d’accomplir certaines tâches, mais leur chronologie
diffèrera en fonction du processus d’élaboration de constitution retenu. Si le déroulement
logique de certains évènements est évident, pour d’autres les avis diffèrent sur l’ordre
chronologique à appliquer. La différence la plus marquée concerne l’étape de préparation du
projet de constitution. La problématique se présente comme suit :
• Faut-il procéder à une consultation publique même en l’absence de tout projet ? Ou, au
contraire, faut-il demander l’avis de l’opinion publique en se basant sur un projet ou des
propositions concrètes ?
• L’assemblée constituante doit-elle commencer ses débats sur la base d’un projet de texte ?
Le fond du problème est de savoir dans quelle mesure il faut chercher à connaître l’opinion
du peuple, que ce soit par consultation directe ou par le biais d’une assemblée constituante,
sur la base de propositions concrètes ou de façon plus abstraite.
D’où doit provenir le projet de texte sur lequel l’opinion du peuple sera demandée ? Trois
options possibles se présentent : le projet émane d’un ou de plusieurs partis politiques, d’une
commission ou d’un comité, ou d’un seul expert.
Mais d’autre part, si la consultation publique a lieu sans débat structuré fondé sur des
propositions concrètes, l’on peut craindre un flottement de l’opinion publique qui ne cernera
pas la nature de la constitution ni la manière dont elle peut contribuer à son élaboration.
Certains craindront que le peuple ait des attentes trop grandes vis-à-vis de la constitution.
Cet argument reflète en soi une vue bien précise du champ d’application idoine d’une
constitution, et renvoie à la question de savoir si une constitution doit établir des droits
économiques, sociaux et culturels.
50
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
2.1.5 Calendriers
Un processus d’élaboration de constitution conçu (par opposition à un processus graduel
de changement constitutionnel) inclut habituellement un calendrier et une chronologie des
évènements, ce qui est souhaitable pour diverses raisons ; il faut savoir saisir le « moment
constitutionnel » (voir partie 2.1.2), maîtriser les coûts du processus et s’assurer que des
intérêts particuliers ne viennent pas hâter le processus ou, au contraire, l’éterniser. Se
tromper dans le calendrier peut avoir différentes incidences :
• Un document manquant de légitimité aux yeux des citoyens ;
• Un document de mauvaise qualité ;
Interpeace 51
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Jusqu’à quel point un calendrier doit-il être détaillé ? Il est difficile de prévoir avec précision
combien de temps durera chaque étape du processus. Il est vrai qu’il est possible de
programmer des réunions à des fins d’éducation civique ainsi que pour recueillir l’avis des
citoyens, mais le niveau d’enthousiasme de ces derniers aura une incidence sur le temps
nécessaire pour analyser les points de vue exprimés (voir la partie 2.2.4). Parfois, un surcroît
de temps et de ressources sera nécessaire. L’idéal serait de prévoir suffisamment de temps
pour chaque étape faute de quoi on court le risque de devoir raccourcir ou, au contraire,
rallonger le temps prévu pour les autres étapes.
52
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Il est vrai que certains facteurs peuvent laisser penser qu’il y a urgence :
• Le risque de retomber dans un conflit ;
• Le risque de coup d’État (ce qui explique pourquoi aux Philippines le processus de
rédaction de la constitution de 1987 a été achevé en l’espace de six mois) ;
• Le désir d’achever le processus avant la tenue des élections (soit parce que l’on sait qu’un
nouveau gouvernement s’opposera au changement ou encore parce qu’avant les élections,
il est difficile pour les différents acteurs politiques de savoir comment telle ou telle
disposition pourra jouer en leur faveur) ;
• Des pressions de l’extérieur (d’ordre financier ou autre).
Toutefois, il ne faut pas précipiter le processus. En effet, il faut prévoir suffisamment de
temps pour expliquer aux citoyens en quoi consiste une constitution, former les acteurs
politiques, permettre aux citoyens de se faire une opinion et de la faire connaître, examiner
tous ces points de vue, et dégager un consensus autour de questions délicates. Pour décider
ce que signifie « suffisamment » de temps, il est utile de tenir compte des points suivants :
• Le niveau de connaissance de la population et d’éducation civique qui lui a été prodigué ;
• Le contexte et la communication – comment va-t-on faire connaître le processus aux
citoyens et par quel biais ces derniers peuvent-il communiquer leurs opinions ;
• Prévoir du temps pour prendre en compte les points de vue exprimés (sinon ils seront
simplement rangés au fond d’un tiroir et oubliés) ;
• La nécessité de faire élire l’assemblée constituante ;
• L’implication à temps plein ou à temps partiel des participants au processus (par ex. les
membres de la commission ou de l’assemblée constituante) ;
• Le volet financier (déterminant pour savoir, par exemple, si la commission va travailler à
temps plein ou si l’on va faire appel à d’autres personnes pour examiner les propositions).
Certains acteurs veulent obtenir une constitution rapidement ou alors, au contraire, prolonger
le processus, tandis que d’autres ne veulent pas de constitution du tout. En conséquence, le
choix de la personne qui doit fixer le calendrier sera déterminant pour la réussite ou l’échec
de l’entreprise. En effet, il est important d’être conscient des facteurs suivants :
• En tant que groupe, la classe politique pourrait souhaiter améliorer ses chances d’être élue
en produisant une constitution à tout prix, quelle que soit sa qualité ;
• À titre individuel, les politiciens pensent qu’une nouvelle constitution leur donnera la
possibilité d’être réélus (certains présidents ont avancé cet argument : si une nouvelle
constitution entre en vigueur, l’ancienne limitation du nombre de mandats devient
caduque !) ;
Interpeace 53
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
• Les participants au processus qui ne sont pas issus du monde politique peuvent trouver
leur rôle plaisant, et même financièrement gratifiant, auquel cas ils souhaiteront prolonger
le processus aussi longtemps que possible ;
• Les acteurs internationaux veulent souvent avoir une idée précise de la date de sortie du
texte et sont prêts à sacrifier la qualité à la rapidité (voir la partie 4.2).
Rigidité ou flexibilité ?
Il n’est pas inhabituel que les délais soient prolongés. Cette flexibilité peut certes être
accordée à l’organe constituant mais faute de limites, une totale latitude rendrait tout
calendrier inutile. Suivant les circonstances politiques, il se peut que l’on ressente le besoin
d’accélérer le rythme. Dans d’autres cas, la décision de prolonger ou non le délai peut être
confiée au même organe qui a initialement fixé le calendrier, qu’il s’agisse des parties à un
accord de paix, du parlement, de parties étrangères, etc.
Au Népal, la constitution de transition prévoyait la possibilité exceptionnelle de proroger le
délai de six mois au cas où un état d’urgence causerait du retard. Cette prorogation pouvait
être décidée par résolution de l’assemblée constituante elle-même (largement contrôlée par
les partis) adoptée à la majorité des membres présents et votants.
Si le calendrier est réaliste, il a davantage de chances d’être respecté mais d’autres facteurs
entrent également en ligne de compte :
• La personne en charge de présider et gérer le calendrier (quel que soit l’organe ou la
structure de gestion) doit proposer une éthique de travail aux participants et leur faire
prendre conscience de l’importance du facteur temps ;
• L’engagement politique est crucial, de sorte que si les acteurs demandent une prorogation,
ils en seront dissuadés de peur de « perdre la face » ;
• S’assurer que la population comprend et, dans l’idéal, soutient le calendrier ;
• Instaurer des mécanismes de résolution de questions particulièrement délicates (voir partie
2.5.2) ;
• Faire en sorte que la participation au processus ne soit pas trop lucrative ;
• Essayer de faire en sorte que le soutien financier soit suffisant ;
• De façon générale, gérer efficacement le processus et introduire des mesures pour éviter
la corruption (voir partie 2.3).
La réponse juridique à cette question se trouve dans le document dans lequel le délai a été
fixé.
• Au cas où ceci implique d’abandonner tout le processus, alors la constitution existante
restera en vigueur. Or, cette dernière peut être un texte provisoire qui ne se prête pas à une
54
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
application dans le long terme, ou encore une constitution complète mais insatisfaisante ;
• Le document dans lequel le délai a été fixé peut exiger la tenue d’une élection suivie de la
relance du processus (comme cela a été le cas en Irak).
Exemples de calendriers
Interpeace 55
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
La consultation publique devant avoir lieu au début du processus a duré environ quatre mois
au Kenya [2005], presque trois mois aux Fidji [1997] ; au Rwanda [2003] il a fallu environ
six mois pour procéder à l’éducation civique et à la consultation publique.
La rédaction du projet de constitution qui devait être soumis à consultation publique a
duré deux mois au Rwanda [2003] et un mois au Kenya [2005] mais un travail préliminaire
important avait été accompli dans ce dernier pays et sans doute dans le premier également.
La consultation publique sur un projet de constitution ou sur des propositions concrètes a
duré une semaine au Timor-Leste [2002] et environ quatre mois en Érythrée [1997]. Il était
clair pour tous que la période d’une semaine au Timor-Leste était trop courte mais elle était
le résultat d’une forte pression exercée pour achever le processus.
Les débats sur le projet de constitution au sein de l’assemblée constituante en Afghanistan
[2004] ont duré deux semaines, cinq mois au Timor-Leste [2002], onze mois en Inde [1950]
et au Kenya [2005]. Le processus afghan consistait dans l’ensemble à approuver le texte sans
discussion tandis qu’au Timor-Leste, où il n’y avait pas de commission distincte, l’assemblée
a supervisé pratiquement tout le processus. En Afghanistan [2004] et au Kenya [2005], c’est
une commission distincte qui a préparé la constitution. En Inde, l’assemblée constituante
jouait en même temps le rôle de parlement et au Kenya tous les députés étaient membres de
l’assemblée constituante ce qui signifie que lorsque le parlement était en session, l’assemblée
ne pouvait pas se réunir.
Des campagnes référendaires pour ou contre un projet complet de constitution ont duré
moins de quatre semaines en Albanie, un mois au Venezuela, cinq semaines en Espagne et
trois mois au Kenya.
Ces chiffres, qui ne sont que d’une utilité limitée pour les planificateurs, visent simplement
à montrer à quel point les calendriers peuvent varier et quels sont les facteurs qui peuvent
les influencer.
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
faire dans le cadre des pouvoirs généraux conférés par la constitution ou en vertu d’un texte
de loi. Dans certains pays, la réforme constitutionnelle a été menée par une commission
en vertu d’une loi qui permet au gouvernement (ou uniquement au président) de mettre
en place une commission d’enquête. Lorsqu’il s’agit d’une vraie situation de révolution, il
se peut qu’il n’existe pas de constitution, auquel cas la conception du processus doit faire
partie des accords conclus entre les différentes parties prenantes. Il se peut encore qu’il
n’existe pas de moyens de légiférer.
Quelles sont les implications de la forme juridique du projet de texte ? Et plus important
sans doute, le processus est-il susceptible d’être interrompu une fois qu’il est enclenché ?
Un décret-loi peut être « annulé », une loi abrogée. Un accord entre les parties n’a pas de
valeur juridique au sens technique (par exemple, un tribunal a le droit de refuser d’entendre
une cause au motif que l’une des parties a rejeté un tel accord éminemment politique). Au
Kenya, on a longuement débattu de la question de savoir si le processus devait être inscrit
dans la constitution en vigueur – de crainte que des intérêts particuliers n’y interfèrent. Il
s’est avéré que ces craintes étaient bien fondées au Kenya, par exemple, où l’on s’est servi
des tribunaux pour freiner (sinon interrompre) le processus.
La forme juridique du projet de texte est importante à d’autres égards. Certaines formes
sont plus acceptables ou légitimes que d’autres aux yeux de groupes de la société autrefois
opposés. Il est fort possible qu’un décret-loi promulgué par une seule personne ne jouisse
pas du soutien national que certains souhaiteraient voir.
De nombreuses questions concernant le projet de texte méritent d’être examinées de près.
Jusqu’où doit-il entrer dans les détails ? Est-il possible de le modifier ? Doit-il simplement
servir d’orientation générale ou doit-il avoir force contraignante pour les organes chargés de
l’élaboration d’une constitution ?
Les juristes accordent une importance particulière à certains aspects de cette question
juridique, notamment à propos de la continuité juridique : le nouveau régime, qu’il soit
provisoire ou permanent, doit-il être légal du point de vue de l’ancien régime ? En Afrique
du Sud, le régime qui existait jusque dans les années 1990 n’avait aucune légitimité de l’avis
de la majorité des citoyens et il avait fait l’objet de sanctions internationales. On pourrait
affirmer qu’il était illégal. Toutefois, il a été décidé d’avancer progressivement vers une
nouvelle constitution en continuant d’appliquer les procédures prévues par la législation
en vigueur. C’est ainsi que la constitution provisoire de 1993 a été adoptée conformément
aux procédures établies dans la constitution datant de l’apartheid, car l’on pensait que cela
conférerait une base juridique solide à la constitution définitive de 1996.
Cependant, certains pays ont décidé d’opter délibérément pour une rupture juridique avec le
passé. Ils insistent sur le fait que la base de la nouvelle constitution ne doit pas reposer sur
des lois du passé (y compris les lois d’une puissance coloniale) mais plutôt sur l’expression
de la volonté du peuple.
Il faut avouer que parfois l’argument de la continuité juridique n’est qu’un piètre prétexte. En
cas de coup d’État amenant un régime militaire au pouvoir, dans des conditions clairement
Interpeace 57
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
58
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
dans des contextes non-socialistes (Kelsen, 2002). L’argument clé est formulé ainsi :
les meneurs du coup ont constitué un gouvernement qui est effectivement maître de
la situation et qui est accepté (connu également sous le nom de doctrine du « coup
réussi »). En 2000, la Cour d’Appel des Fidji a rejeté cet argument car les militaires
n’ont pas été en mesure de prouver que le peuple avait réellement accepté la situation.
L’autre argument est celui de la nécessité, ou celui du « plaidoyer du tyran » comme
le décrit le poète Milton dans un contexte différent (Milton, 1968). Les tribunaux qui
ont accepté cet argument ont également ajouté qu’il implique que le gouvernement
doive rétablir l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais. La nécessité ne peut
guère servir de fondement pour permettre à un régime, foncièrement illégal, de se
maintenir longtemps au pouvoir.
Que faire s’il est difficile, voire impossible, de suivre les procédures
en vigueur?
Interpeace 59
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Sénat n’a pas été réinstauré (même le statut juridique de la Chambre des représentants
était équivoque) et nul ne voulait associer le roi.
On peut surmonter ces difficultés de plusieurs façons :
• Avoir recours à autant de dispositions existantes que possible (Népal) ;
• Avoir recours à la négociation, utilisant les mécanismes existants même s’ils vont à
l’encontre des intérêts de ceux qui doivent prendre les mesures qui s’imposent (Afrique
du Sud) ;
• Accepter le fait qu’il est difficile de changer la constitution et manœuvrer dans le cadre
des limites imposées (Australie) ;
• Agir en dehors de la constitution en convoquant une conférence nationale ou une
convention ou assemblée constitutionnelle.
Dans les pays en sortie de conflit, il faudra peut-être s’écarter de la lettre de la loi. Une fois
la constitution adoptée, il est peu probable qu’elle soit attaquée pour manque de validité
juridique. Il est rare que les tribunaux déclarent illégaux le régime et la constitution
qu’ils servent encore que cela se soit passé au Nigeria (1966) et aux Fidji (2000 et 2009).
Ils acceptent souvent les arguments qui invoquent les principes de « nécessité » ou de
« légalité révolutionnaire » (voir encadré 4).
Habituellement, une constitution de transition contient des orientations plus détaillées
(voir la partie 2.1.9). D’ailleurs c’est souvent le but de ce type de constitution. Il faut
si possible réfléchir longuement au niveau de détail que l’on veut introduire dans la
constitution. Les constitutions sont difficiles à changer, c’est leur force mais parfois
aussi leur faiblesse. Il est aisé d’interrompre un processus d’élaboration de constitution
mis en place suivant une procédure administrative, et les lois ordinaires peuvent être
abrogées ou modifiées à la majorité simple du parlement. Il serait donc avisé d’inscrire
dans un document la structure fondamentale du processus d’élaboration de constitution.
Cependant, si tous les détails sont mentionnés, certains problèmes peuvent émerger.
Par exemple, dans le cas où le document stipule un délai mais celui-ci ne peut pas être
respecté, il sera nécessaire de changer le document. Au Népal, le parlement provisoire
(autre nom donné à une assemblée constituante) a amendé la constitution provisoire et le
président a signé l’amendement (alors que certaines personnes avaient soutenu qu’un tel
amendement allait à l’encontre du but visé par la fixation d’un délai, voire même qu’il était
inconstitutionnel et que le président devait refuser de le signer). Cependant si les forces
qui s’opposaient à l’élaboration d’une nouvelle constitution n’avaient pas été capables de
réunir une majorité des deux tiers, le processus d’élaboration constitutionnelle aurait été
interrompu.
Peu de pays se sont dotés d’une loi ordinaire qui prévoit un processus d’élaboration
constitutionnelle pleinement participatif. Ainsi, certains pays lancent ce type de processus
en adoptant une loi spéciale (indiquant parfois la composition des organes chargés de
l’élaboration de la constitution, les processus de consultation publique et le calendrier).
60
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Le cas de l’Ouganda figurant à l’annexe A.12 en est un exemple. S’il est vrai que les lois
sont plus faciles à modifier si les circonstances évoluent (et elles évoluent souvent, surtout
dans les sociétés sortant de conflit), parfois il ne suffit pas uniquement de changer la loi.
L’attention portée aux détails doit être pesée avec soin, en particulier en ce qui concerne
le calendrier. Car si les calendriers ou les procédures ne sont pas établis sur une base
juridique, d’une part il sera difficile pour le peuple de comprendre le processus et d’autre
part il sera plus facile d’y faire obstacle. Certaines questions peuvent être réglées par
la législation déjà en vigueur, comme celle de la vérification des comptes des organes
publics.
Aux Samoa américaines [2010], le processus de révision de la constitution a été mis en
place par une série de décrets édictés par le gouverneur du territoire. Cela s’est fait dans le
cadre de la constitution en vigueur qui donnait le pouvoir de « proclamer des règlements
qui ne s’opposent ni aux lois des États-Unis applicables aux Samoa américaines, ni à
la législation des Samoa américaines ni à la présente Constitution. » Un tel décret peut
être annulé aussi aisément qu’il a été édicté et présente une sécurité moindre pour le
processus.
D’autres règles moins formelles telles que les codes de conduite (voir annexe C) et les
dispositifs administratifs seront également nécessaires pour compléter les détails du
processus. Donner l’ordre à la police de permettre la tenue de réunions publiques ou de
ne pas appliquer les lois en vigueur interdisant ce type de réunions pourra être important
dans certains processus.
En résumé, les détails du processus se trouvent dans l’un ou l’ensemble des documents ou
décisions ci-dessous :
• Accords de paix (habituellement non exécutoires surtout par les tribunaux du pays) ;
• Constitutions – antérieures ou provisoires ;
• Législation en vigueur ;
• Lois spéciales (promulguées parfois par le biais de moyens extraordinaires – par décret
militaire, par exemple) ;
• Règlements élaborés au titre d’une loi ;
• Codes de pratique (qui n’ont pas nécessairement valeur de loi) ;
• Accords informels entre les partis politiques ou conclus dans le cadre de conférences
nationales ;
• Instructions administratives.
Interpeace 61
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
séminaires organisés par des groupes extérieurs, mais ils ne bénéficient pas d’un programme
de formation sur mesure qui réponde à leurs besoins particuliers.
Il faudrait préparer ces responsables à diverses étapes. Ainsi, l’examen du règlement
intérieur et des questions constitutionnelles de fond pourrait être proposé dans un premier
temps, suivi de séances de formation concernant la manière de préparer l’éducation
civique et à la consultation publique. S’il s’agit d’un processus auquel participent plusieurs
organes constituants (par exemple, une commission constitutionnelle puis une assemblée
constituante), il faudra prévoir un programme de formation différent pour chacun d’entre eux.
Si le pays a traversé un conflit, les personnes chargées de l’élaboration de la constitution
auront possiblement manqué des opportunités professionnelles et éducatives, ou alors il se
peut qu’elles n’aient aucune expérience en matière de gouvernance. Des programmes de
formation seront donc indispensables et même sollicités ; mais proposer à ces personnes
de les former risque d’être délicat, elles pourront prendre ombrage de cette proposition
insinuant qu’elles n’ont pas le bagage suffisant pour s’acquitter de leur tâche. Pensons
surtout à ceux qui ont déjà été députés et qui ont le sentiment de bien maîtriser le sujet,
après tout, ils ont appliqué eux-mêmes la constitution. Par le passé, il est arrivé que les
responsables de l’élaboration de la constitution aient bloqué toute tentative de mettre en
place des programmes de formation.
Pour surmonter ces problèmes, il serait utile d’introduire dans le cadre juridique ou le
règlement intérieur une clause exigeant à tous ceux qui sont chargés de l’élaboration de la
constitution de participer aux programmes de formation officiels. Il faudra faire attention
au choix des termes utilisés dans l’organisation de ces programmes. Les termes classiques
tels que, « formation », « programmes d’études », « orientation », « initiation », « accueil »,
« renforcement des compétences », « développement des compétences » peuvent être
jugés condescendants. Les termes « séminaires », ou « ateliers » sont plus acceptables aux
yeux de ceux qui estiment ne pas avoir besoin d’une « formation ». Cependant, pour des
raisons de commodité, nous emploierons le terme « formation » dans cette partie.
Les objectifs
Dans l’idéal, il faudrait préparer ceux qui sont chargés de l’élaboration de la constitution à :
• Planifier et gérer de manière stratégique le processus (si c’est ce que l’on demande aux
membres) ;
• Comprendre la structure du processus et tout mandat ou législation régissant le processus,
ainsi que le règlement intérieur et le code de conduite ;
• Convenir des principes qui les guideront dans leur travail et leur permettront de cerner le
mandat et les principes énoncés dans le cadre juridique ;
• Servir l’intérêt national et ceux de leur groupes particuliers, apprendre à se servir du
processus pour dégager un consensus ou même contribuer à la construction de la nation ;
• Communiquer efficacement avec les citoyens et d’autres parties prenantes ;
62
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Interpeace 63
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
mais devront aussi contribuer à l’examen de toutes les questions en y apportant leurs
perspectives et connaissances.
De nombreuses personnes chargées de l’élaboration de la constitution ont certes une
maîtrise des questions constitutionnelles mais qui se borne souvent aux enjeux qui
les concernent directement ainsi que leurs communautés. Les députés, par exemple,
maîtrisent certainement les questions relatives au système électoral et au processus
législatif mais beaucoup moins celles qui ont trait au système financier national ou aux
droits de l’homme. Peu de personnes savent comment fonctionnent les forces de sécurité
et comment elles sont, ou pourraient être, mieux contrôlées. Une minorité d’individus,
même les juristes, auront lu une constitution de bout en bout.
Ceux qui sont chargés de l’élaboration de la constitution devront à leur tour former les
électeurs, le grand public et si eux-mêmes n’ont pas les connaissances requises, ils seront
mal placés pour le faire. Dans l’exercice d’élaboration de la constitution et du fait qu’il y a
conflit ou différend sur les questions constitutionnelles, de nouvelles idées vont émerger ;
or si ceux qui sont chargés de l’élaboration de la constitution connaissent mal le document
en vigueur, ils ne seront pas en mesure d’apprécier la valeur de ces nouvelles idées.
De même, tandis qu’il est attendu des personnes chargées de l’élaboration de la constitution
qu’elles maîtrisent le jargon constitutionnel et les concepts de base, on ne peut pas leur
demander d’acquérir les compétences techniques de rédaction de la constitution. Elles
doivent bien comprendre leur rôle et celui des autres acteurs qui participent au processus,
dont celui des rédacteurs.
Compte tenu de cela, les programmes de formation devraient au moins permettre aux
personnes chargées de l’élaboration de la constitution de :
• Participer pleinement aux discussions sur toutes les questions et savoir tirer bon profit
des conseils des experts lorsqu’elles sont conscientes des limites de leurs connaissances ;
• Expliquer les concepts constitutionnels de base aux citoyens ;
• Comprendre les suggestions proposées pour le projet de constitution et être capable de
poser des questions à ceux qui les formulent ;
• Lire et comprendre les projets de constitution, pour s’assurer que les décisions prises sur les
questions constitutionnelles figurent fidèlement dans le libellé du texte de la constitution.
Les personnes chargées de l’élaboration de la constitution sont parfois réparties dans
des comités thématiques où sont examinées les différentes options relatives à des
domaines techniques spécifiques comme celui du système judiciaire. Pour faire leur
travail correctement, les membres de ces commissions devront bénéficier d’une formation
pointue dans ces domaines.
Selon la culture du pays, les programmes de formation sont abordés de façon différente.
Dans certains pays, on optera pour une méthode participative. Souvent dispenser un
64
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
simple cours magistral ne suffit pas car ceux qui sont chargés de l’élaboration de la
constitution n’ont pas l’habitude d’assimiler de grandes quantités d’information par ce
biais. L’expérience montre que pour l’apprentissage de procédures, le jeu de rôles et
d’autres méthodes participatives ont plus de chance d’être efficaces et acceptés. Des études
menées sur l’enseignement universitaire révèlent que l’attention des étudiants baisse au
bout de vingt minutes environ et qu’il faut combiner les cours magistraux avec d’autres
techniques comme les discussions en groupes restreints ou des sessions de questions et de
réponses qui stimulent l’intérêt et l’attention.
Il serait utile de consulter ceux qui sont chargés d’élaborer la constitution afin de
savoir quels sont leurs besoins en matière de connaissances pour pouvoir s’acquitter
convenablement de leur tâche. Après tout, ils ne sont pas au même niveau de connaissances
et ont tous des besoins différents. Certains d’entre eux sont peut-être illettrés ou ne
comprennent pas la langue de travail utilisée.
Celui qui conçoit et gère le programme de formation pour les personnes chargées d’élaborer
la constitution doit mettre à profit les ressources locales de formation pour adultes avant
de se tourner vers l’assistance d’experts étrangers. Certaines organisations internationales
et ambassades disposent sans doute d’expertise sur des sujets précis mais s’il est fait appel
à cette offre de formation extérieure, il faudra veiller à bien la coordonner pour s’assurer
qu’elle réponde aux besoins du processus de manière efficace.
Il existe aussi des possibilités d’effectuer des voyages d’étude à l’étranger. À la fin 1947,
le conseiller constitutionnel auprès de l’assemblée constituante de l’Inde s’est rendu à
Washington, Ottawa, New York, Dublin et Londres, des visites qui lui ont donné
l’occasion de rencontrer une pléiade de juges, d’hommes politiques et d’érudits. À la
suite de ces discussions, il a proposé plusieurs modifications du projet de constitution
qu’il avait déjà préparé sur la base des diverses propositions faites par la commission.
En l’occurrence, il s’agissait d’un juriste connaissant parfaitement le projet, capable de
discuter avec aisance du sujet et de tirer pleinement profit des échanges qu’il a eus dans le
cadre de ses rencontres.
De nombreuses personnes qui sont chargées de l’élaboration de la constitution souhaitent
pouvoir se rendre dans d’autres pays afin de tirer des enseignements de leurs systèmes.
Ci-après plusieurs exemples de visites récentes :
• Des membres de la Commission de révision de la constitution des Fidji sont allés en
Malaisie, à l’Île Maurice et en Afrique du Sud (pays choisis en raison de la dimension
ethnique de leur vie politique et de leurs débats constitutionnels) ;
• Des fonctionnaires et représentants de la société civile des États du Kordofan méridional
et du Nil Bleu du Soudan se sont rendus en Indonésie pour tirer des enseignements de
l’expérience de ce pays en matière de sécession (Timor-Leste) et d’autonomie (Aceh) car
dans l’Accord de paix global au Soudan, une disposition prévoit que ces États soudanais
doivent procéder à une consultation publique sur leur avenir dans le cadre de l’accord de
paix du Soudan du Sud ;
Interpeace 65
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
66
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
• S’assurer que les compétences linguistiques des participants soient suffisantes (ou
prévoir une traduction adéquate) ;
• Préparer le voyage en amont afin que les participants sachent où ils vont et pourquoi, en
quoi l’expérience a trait à la situation chez eux – ils doivent être motivés, savoir quels
sont les éléments d’information qu’ils vont rechercher et quelles questions poser ;
• Organiser une réunion de restitution pour consolider les acquis des participants ;
• Informer au préalable ceux qui feront des communications pour qu’ils aient quelques
renseignements de caractère général sur les personnes qu’ils vont rencontrer ;
• Choisir avec soin les exposants – il risque d’être fort impressionnant pour les visiteurs
de rencontrer le président du pays ou le président de la Cour Suprême mais ces
personnalités ne sont pas nécessairement les personnes ressource les plus indiquées ;
• Faire le nécessaire pour que les participants enrichissent le processus d’élaboration de
constitution par les connaissances acquises.
Ressources
Outre les modes de formation présentiels, il serait utile de fournir des informations
essentielles à ceux qui sont chargés d’élaborer la constitution avant même la première réunion
de l’organe constituant (surtout s’il s’agit d’une assemblée constituante ou de tout autre
organe important composé de non-experts). Ces informations, contenues dans un guide,
porteront sur des questions pratiques et logistiques concernant le transport, le logement, les
mesures de sécurité, la rémunération, etc. Ce guide décrirait aussi les ressources, telles que
des chercheurs ou un accès à l’Internet, qui sont mises à disposition des membres.
Dans la documentation fournie, il est important de décrire le mandat juridique, les étapes
du processus, tout règlement intérieur ou code de conduite qui doit régir la conduite des
membres, ainsi que tout autre document pertinent. Dans l’idéal, il faudrait aussi fournir
des documents de référence sur le constitutionalisme et sur les principales caractéristiques
de la constitution existante, une analyse historique du constitutionalisme dans le pays et
une introduction à certaines questions constitutionnelles clés. En Afghanistan [2004], le
secrétariat de la Loya Jirga constitutionnelle, une forme d’assemblée constituante, avait
préparé cette documentation avec l’aide d’un conseiller étranger.
Dans l’élaboration d’un processus constitutionnel, il importe que les principales parties
impliquées s’accordent sur un ensemble de principes devant guider ledit processus. Ceux-
ci sont souvent appelés « principes directeurs » (et parfois « principes constitutionnels »
ou encore, « principes immuables »).
Interpeace 67
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Ces principes peuvent définir à la fois la méthodologie du processus (par exemple, exiger
qu’il soit consultatif et participatif) et le contenu de la constitution qui est censée en
résulter. Les principes directeurs tiennent généralement compte des aspects clés du
contexte historique dans lequel se déroule chaque processus, ainsi que, plus globalement,
des normes et principes internationaux énoncés ci-dessous.
S’accorder sur des principes directeurs peut avoir de nombreux avantages, particulièrement
en situation de conflit ou de transition. En effet, ces derniers peuvent contribuer à garantir
la transparence du processus et lui conférer une certaine légitimité aux yeux des citoyens.
Toutes les parties intéressées par le processus seront ainsi mieux préparées et plus au fait
de la manière dont elles peuvent participer au processus et en suivre l’évolution. Dans
des situations de conflit, postérieures au conflit ou de transition marquées par des abus
de l’État et d’autres acteurs, l’adoption de préceptes fixes concernant le contenu de la
constitution risque d’être particulièrement importante. En effet, ces principes peuvent
contribuer à une vision commune pour un avenir meilleur. Ils peuvent aussi donner de
l’assurance à des franges minoritaires de la population craignant de perdre des pouvoirs
ou privilèges dans un processus constitutionnel accaparé par la majorité.
Il n’est pas toujours nécessaire de disposer de principes directeurs, c’est le cas, par
exemple, lorsqu’un processus constitutionnel se déroule de façon progressive, sans que
les parties ne s’accordent forcément sur les détails. Dans certains cas, tenter de s’accorder
à l’avance sur des principes peut être source de divisions.
Dans la plupart des cas, les principes directeurs sont des termes de référence s’appliquant
à l’ensemble du processus. Ils visent à donner une orientation au processus sans pour
autant être inutilement restrictifs. Ils sont généralement considérés davantage comme des
obligations politiques que des principes juridiquement contraignants et exécutoires. De
ce fait, ils sont souvent énoncés en des termes généraux et non dans un langage précis et
directif.
Dans certains cas, surtout dans les processus visant à résoudre de graves conflits, le
champ des principes est élargi afin d’inclure des dispositions détaillées sur le processus
et sur le contenu du texte, ainsi qu’une vérification avant que le projet de constitution
n’entre en vigueur. Par exemple, lors du processus sud-africain [1996], les principales
parties impliquées dans les négociations de sortie du régime de l’apartheid ont décidé
de la création d’une assemblée constitutionnelle élue qui consulterait le peuple sur la
constitution finale, ainsi que de trente-quatre principes constitutionnels fournissant
des directives détaillées sur le contenu de la nouvelle constitution à élaborer par cette
assemblée constitutionnelle. Il s’agissait de la forme et des structures du gouvernement ;
des relations entre le gouvernement national et les gouvernements infranationaux afin de
garantir une autonomie locale ; de la protection des intérêts des principales minorités ; de
la protection des droits de l’homme ; de la création d’institutions publiques indépendantes
68
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Ces principes sont généralement énoncés dans les textes fondamentaux d’un processus,
tels que la législation créant une commission constitutionnelle ou une assemblée
constituante, les termes de référence d’une commission parlementaire sur l’élaboration
de la constitution, d’un accord de paix ou d’une constitution provisoire prévoyant un
processus constitutionnel destiné à contribuer à la résolution d’un conflit. Ces principes
se retrouvent aussi (avec quelques variantes) dans les accords internationaux prévoyant
un processus constitutionnel (à l’instar de l’Accord de Bonn sur l’Afghanistan et de
l’Accord de Paris sur le Cambodge), ainsi que dans les décisions et directives de mission
des Nations Unies sur les processus dans lesquels elles jouent un rôle majeur, à l’exemple
de la Namibie et du Timor-Leste.
On constate un grand intérêt pour les principes directeurs constitutionnels depuis qu’ils
ont été utilisés dans le processus sud-africain – au point que certains pensent qu’ils ont été
utilisés pour la première fois à cette occasion. Mais divers principes directeurs ont déjà été
utilisés dans de nombreux processus, aussi bien avant qu’après l’expérience de l’Afrique
du Sud. Cependant, il est vrai qu’ils sont rarement aussi rigoureusement exécutoires qu’ils
l’ont été dans ce pays. Parmi les exemples plus anciens, citons les termes de référence fixés
par le gouvernement britannique pour le processus constitutionnel engagé fin 1946 en vue
de l’indépendance de l’Inde ; les conférences constitutionnelles visant l’élaboration d’autres
constitutions préalables à la décolonisation dans les années 1950 et 1960 ; les termes de
référence que le pouvoir législatif colonial de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a assigné au
comité de planification constitutionnelle en 1972 ; les « Principes constitutionnels » de la
Namibie adoptés par les combattants de la liberté namibiens (la SWAPO – South West
Africa People’s Organization) et les acteurs de la communauté internationale en 1982, sept
ans avant que ne se réunisse l’assemblée constituante du pays. Le processus indien s’est
doté de ses propres principes, incarnés dans la « Objectives Resolution » proposée par
Nehru au début des travaux de l’assemblée constituante. Beaucoup d’autres exemples de
principes directeurs ont été appliqués depuis le cas sud-africain, notamment le processus
de Bougainville [2004], le processus du Burundi [2005], les deux processus du Kenya
[2005 et 2010] et le processus du Népal [en cours] (dans lequel la constitution provisoire de
2007 prévoit un nombre important de principes, bien qu’ils ne soient pas clairement liés au
processus constitutionnel, contrairement aux fonctions de l’État en général). L’assemblée
Interpeace 69
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
constituante bolivienne s’est dotée d’une commission sur la « Vision de la nation », qui a
élaboré des principes appliqués au reste du processus.
Les décisions relatives aux principes directeurs peuvent être prises par une grande diversité
d’acteurs. Dans le cas de constitutions de décolonisation, le gouvernement colonial ou
le parlement local créé par le gouvernement colonial a souvent tendance à formuler des
termes de référence destinés à maintenir les processus dans des limites acceptables pour
le colonisateur. Dans de nombreuses situations postérieures à un conflit, ces principes
sont négociés entre les parties et inclus dans les accords de paix mais également de plus
en plus dans les constitutions intérimaires. Dans bon nombre de cas où la communauté
internationale est associée à un processus de paix, celle-ci joue un rôle majeur dans les
négociations et même dans la définition des principes. Dans d’autres situations de conflit
et postérieures au conflit, ce sont les parties prenantes au processus de paix qui décident
des principes. Dans d’autres cas encore, le pouvoir en place les intègre dans les lois
mettant en place le processus. Parfois, le gouvernement a consulté les autres parties afin
de rendre le processus le plus libre et le plus transparent possible, alors que dans d’autres,
le gouvernement peut chercher à contrôler ou à restreindre la marge de manœuvre des
autres parties durant le processus.
Cependant, dans de nombreux cas, les parties les plus intéressées par l’élaboration de
principes directeurs ne seront même pas associées au processus constitutionnel que ces
principes sont censés guider, ou n’auront aucune emprise sur celui-ci. Elles chercheront
70
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
alors à se servir des principes pour réduire le risque que les choix effectués lors du
processus n’aient des répercussions négatives sur leurs intérêts. C’est pourquoi, dans les
situations de conflit ou postérieures à un conflit, il importe que la gamme la plus large
possible de groupes d’intérêts participe à l’adoption des principes directeurs.
Les ensembles de principes censés être vérifiés (parfois appelés « principes immuables »)
ne sont pas courants. Ils sont principalement élaborés dans des situations de grave conflit,
comme en Afrique du Sud et au Burundi, et visent à offrir des garanties à une ou plusieurs
parties ayant de sérieuses inquiétudes quant à leur avenir (en termes de sécurité, de pouvoir
et d’autres questions similaires). Ces garanties sont fournies par les principes immuables
déterminant certains aspects du contenu de la constitution finale. De ce fait, ils sont souvent
plutôt longs et détaillés, comme ce fut le cas de la constitution provisoire de l’Afrique du
Sud en 1994 et de l’Accord de paix et de réconciliation d’Arusha pour le Burundi en 2000.
Les principes exceptionnellement détaillés dans le cas du Burundi sont apparus dans un
protocole à l’Accord de paix et de réconciliation intitulé Démocratie et Bonne Gouvernance.
Dans ce texte figuraient des « Principes pour la constitution après la transition » à la fois
longs et détaillés qui n’étaient pas loin de former à eux seuls une constitution complète.
Interpeace 71
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
minoritaires qui avaient dominé l’État par le passé et estimaient qu’une nouvelle
constitution résultant d’un processus dominé par la majorité précédemment exclue
serait de nature à menacer leurs intérêts. En entérinant à l’avance des principes détaillés
que devra respecter toute version finale de la constitution, les groupes minoritaires se
sont forgé de solides assurances sur le fait que leurs intérêts seront protégés. Cela les
a encouragés à prendre part au processus plutôt que de s’en tenir à l’écart, réduisant de
cette façon le risque qu’ils viennent saper le processus. En outre, parce que les principes
avaient été approuvés par les parties au conflit, et avaient vocation à être vérifiables (ou
exécutoires), ils pouvaient être considérés comme des bornes cadrant les décisions prises
au cours des processus constitutionnels consultatifs et participatifs qui s’en sont suivis.
Au Burundi [2005], la cour constitutionnelle n’ayant pas réussi à se prononcer sur le projet
de constitution, celui-ci lui a été retiré à l’issue du délai fixé par l’accord d’Arusha et a été
soumis au jugement de la population par référendum (c’est-à-dire l’étape suivante dans le
processus convenu), où il fut adopté à l’écrasante majorité. Les principes contenus dans
l’accord représentaient quasiment une constitution à part entière, c’est probablement la
raison pour laquelle l’approbation du projet de constitution par référendum fut considérée
comme une garantie suffisante de ce que les principes avaient été respectés.
Si une analyse minutieuse et compétente de la constitution, comme ce fut le cas pour la
certification sud-africaine peut s’avérer précieuse, faire intervenir la cour constitutionnelle
n’aboutit pas toujours à des résultats heureux. En effet, en Angola, six des sept juges de
la cour constitutionnelle de l’Angola avaient été désignés par le Président Dos Santos ; ils
ont largement approuvé la nouvelle constitution, qui pourtant semblait avoir été taillée sur
mesure pour permettre au président Dos Santos de se maintenir au pouvoir.
72
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Lorsque les principes sont vérifiables, ceux qui sont associés au processus sont fortement
encouragés à veiller à ce que les propositions constitutionnelles tiennent pleinement compte
des principes à chaque étape. Cela sera particulièrement important non seulement au
cours de l’élaboration de la constitution, mais aussi lorsque des propositions seront faites
par les citoyens ou débattues au sein d’une commission constitutionnelle, d’une assemblée
constituante ou d’un autre organe délibérant. En pratique, il peut être important qu’une
institution ou un organe donné participant au processus soit chargé de vérifier le respect
des principes. Par exemple, dans une commission constitutionnelle ou une assemblée
constituante, un comité peut être mis en place à cet effet. Dans les processus où les
principes sont plutôt assimilables à des obligations politiques ou à des termes de référence, il
demeurera important, pour la légitimité du processus, que les principes paraissent respectés.
Ainsi, il conviendra de conférer les responsabilités de vérification interne correspondantes
à ceux qui sont associés au processus.
Dans la plupart des cas, les principes directeurs sont exprimés en termes généraux qui visent
davantage à guider qu’à restreindre. Lorsqu’un processus est fortement participatif, il sera
souvent difficile d’utiliser des principes directeurs pour restreindre les choix effectués dans
le cadre dudit processus. Il arrive parfois même que le libellé des principes mette à lumière
un potentiel dilemme si ces principes venaient à être appliqués. Par exemple, les lois ayant
donné lieu aux deux processus du Kenya [2005 et 2010] exigeaient que les institutions créées
pour mettre en œuvre ces processus appliquent des principes louables (tels que l’obligation
de rendre compte, la prise en compte de la diversité et le respect des principes universels des
droits de l’homme) tout en veillant à ce « que le résultat final du processus d’examen reflète
Interpeace 73
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
fidèlement la volonté du peuple kényan », sans pour autant fournir des instructions sur la
manière de gérer les situations où la volonté du peuple irait à l’encontre de ces principes.
Commentaires
L’expérience de l’Afrique du Sud a probablement idéalisé les principes directeurs. S’il n’est
pas mauvais en soi d’adopter des principes à un moment où les circonstances permettent
une réflexion approfondie, ou de recourir à d’importantes négociations politiques pour
façonner le processus constitutionnel à venir, de tels principes présentent néanmoins
un caractère antidémocratique. Ils sont conçus par ceux qui détiennent une position de
pouvoir à un temps T du processus afin de limiter les possibilités de ceux qui prendront des
décisions plus tard. Ceux qui détiennent le pouvoir à ce moment T ont leurs propres intérêts
en tête, et même s’ils agissent dans l’intérêt de la nation, il s’agit peut-être d’une vision
étroite de cet intérêt. En Égypte [1971], le président Sadate a donné à l’assemblée nationale
des directives sur la constitution, indiquant notamment que 50 pour cent des organes élus
devaient comprendre des Fellahin et des ouvriers. Au Nigéria en 1988, le président militaire
a indiqué à l’assemblée constituante qu’il y avait des « zones interdites » parmi lesquelles
figuraient le système fédéral, le système présidentiel et le caractère laïc de l’État.
Bien souvent, la question des principes n’offre pas beaucoup de choix. Néanmoins, s’il est
possible (mais pas inéluctable) d’élaborer des principes, les éléments suivants pourraient
être utiles :
• Les principes sont en mesure de protéger les intérêts de minorités qui n’ont généralement
pas la sympathie de la population ;
• Il peut s’avérer utile de laisser les rédacteurs de la constitution discuter et décider eux-
mêmes des principes, afin de concentrer le débat sur des questions d’ordre général plutôt
que d’entrer prématurément dans les détails ;
• Il se peut qu’à un stade ultérieur du processus on se penche sur des « questions éthiques »
telles que l’avortement. Il peut alors s’avérer utile qu’il y ait déjà eu en amont, une entente
préalable sur un certain nombre de principes fondamentaux ;
• De la même façon, la manipulation politique peut prendre de l’ampleur à mesure que l’on
avance dans le processus tandis que décline l’intérêt pour les principes fondamentaux ;
• Cela peut paraître antidémocratique, mais s’adosser sur les principes pour éviter une
dictature de la majorité n’est pas forcément une mauvaise chose ; l’un des objectifs
majeurs d’une constitution moderne est précisément de limiter cette dictature une fois la
constitution adoptée.
D’autre part, il également vrai que :
• Les principes peuvent brider un véritable processus de réforme, en particulier s’ils sont
établis par un régime sortant ;
• L’élaboration de principes est potentiellement chronophage ;
• Pour éviter tout risque de « corseter » le processus on en arrive à formuler des principes
en des termes si généraux qu’ils finissent par perdre pratiquement toute utilité.
74
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Les réformes graduelles ne sont pas des dispositions de transition. Elles sont parfois
appelées « réformes minimales », mais ce terme peut s’avérer trompeur dans certains cas de
réforme graduelle, comme en Indonésie, où les changements étaient loin d’être minimes. Les
réformes graduelles s’opposent aux grandes réformes ; contrairement à ces dernières, elles
sont fragmentaires mais, contrairement aux dispositions de transition, elles ne précèdent
pas forcément des réformes plus vastes. Ce sont souvent les meilleures réformes possibles
dans des contextes troublés et il est difficile de décider s’il faut les rejeter, sachant que
cela peut empêcher des réformes plus profondes, ou de les approuver dans l’espoir qu’elles
déboucheront plus tard sur des réformes plus vastes, possiblement grâce à la dynamique créée
par les réformes initiales limitées mais stratégiques. Le Chili, la Hongrie et l’Indonésie sont
des exemples majeurs de processus graduels qui ont entraîné des changements importants
dans la structure des États en question (pour lire des arguments contre le lancement d’un
processus constitutionnel à part entière, auquel pourrait se substituer un changement
graduel, voir la partie 2.1.2).
Interpeace 75
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Cambodge, en Irak et au Népal), ce qui inclut de décider qui a le droit de vote, peut-être par
« filtrage » (c’est-à-dire dans ce contexte, exclure des personnes liées à d’anciens régimes),
comme en Irak, ou au contraire, par l’intégration de communautés jusqu’alors privées de
citoyenneté et de droit de vote, comme au Népal.
Un processus constitutionnel miné par la méfiance a peu de chances d’aboutir à une bonne
constitution, voire à une constitution tout court. La confiance est une condition générale
du succès de tout processus, mais elle est particulièrement importante lorsque les parties
en négociation se sont fait la guerre jusqu’à une date récente. Certains ont avancé que les
difficultés du processus irakien étaient dues au fait qu’il avait été précipité ; le temps aurait
manqué en effet pour instaurer la confiance ou développer une vision pour le pays.
Il est souhaitable de profiter de la période « transitoire » de paix pour rétablir la confiance
entre les anciens belligérants. À ce stade, il importera d’adopter une approche consociative
(où tous les groupes clés sont représentés), même si l’objectif n’est pas de maintenir cette
formule pour établir la constitution définitive (comme en Irak, en Afrique du Sud et au
Soudan). Les dispositions de transition sont parfois un moyen de différer des questions
épineuses, difficiles à résoudre au lendemain d’un conflit mais plus faciles à aborder plus
tard grâce à la bonne volonté instaurée au cours de la période de transition.
Le bilan global de telles dispositions n’est pas impressionnant. Mais dans beaucoup de
situations de conflit et postérieures à un conflit, une certaine dose de partage du pouvoir
semble inévitable (comme au Kenya en 2007, au Cambodge, en Irak, en Afrique du Sud,
au Soudan et au Zimbabwe). Par conséquent, il convient d’accorder plus d’attention aux
modalités des accords de partenariat qui se nouent. Aux Fidji, les partis indo-fidjiens ont
décliné l’invitation du Premier ministre à intégrer le gouvernement, préférant se lancer
dans la bataille de la prochaine élection sans porter les « stigmates » d’une participation
à ce gouvernement, avant ou après l’adoption de la constitution de 1997. En effet, cette
constitution reposait, peut-être à tort, sur un « gouvernement d’union nationale » dont les
bases politiques étaient fondées sur un partenariat entre les deux principaux artisans de la
constitution avant les élections. Toutefois, ce partenariat a explosé lorsque, contrairement
à leurs attentes, ces partis ont réalisé une contre-performance lors de la première élection
organisée après l’adoption de la nouvelle constitution.
On peut considérer qu’une constitution transitoire est nécessaire pour offrir un cadre
juridique à la gestion du pays lorsque les anciennes institutions se sont effondrées ou que les
anciens partis ont disparu ou sont fortement affaiblis (comme en Somalie). En Afghanistan,
par exemple, les dispositions en question ont été appelées « accords intérimaires d’urgence »
et se justifiaient par « la situation d’instabilité », compte tenu du temps nécessaire pour
recréer l’État afghan. Il peut s’avérer indispensable de réhabiliter d’urgence des institutions
publiques cruciales parallèlement à la tenue de négociations sur un règlement à long
terme (comme en Afghanistan, au Cambodge et en Irak). Parfois, un ou plusieurs groupes
jusqu’alors exclus peuvent estimer que l’ancienne constitution n’est plus acceptable, pour
des raisons historiques ou idéologiques, même si, grâce à des amendements, des ententes
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Interpeace 77
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Le champ d’application des dispositions de transition dépend de facteurs tels que la durée
de la période précédant l’entrée en vigueur de la constitution définitive (plus la période est
longue, plus les dispositions de transition doivent être détaillées) ; la possibilité d’utiliser la
constitution existante dans l’intervalle ; la marge de manœuvre à accorder aux rédacteurs de
la constitution (moins ils ont de marge de manœuvre, plus longues sont les dispositions de
transition) ; et le fait que les dispositions de transition soient placées ou non sous l’égide de
la communauté internationale (auquel cas elles seront brèves – comme au Cambodge et au
Timor-Leste).
Il est donc clair que l’orientation et le champ d’application des dispositions de transition sont
mis en place en fonction du contexte et des stratégies de création du nouvel ordre politique,
d’où leur grande diversité. Certaines sont brèves, largement concentrées sur la feuille de
route, ajustant les institutions étatiques dans cette perspective. D’autres n’ont même pas
prévu certaines institutions de l’État, tandis que d’autres encore sont aussi détaillées qu’une
constitution définitive peut l’être. La constitution népalaise de 1951 ne contenait aucune
disposition relative au pouvoir législatif, mais simplement une assemblée consultative pour
le roi. La constitution de transition de 2007, toujours au Népal, ne prévoyait pas d’élections.
Mais la constitution de transition sud-africaine de 1993 était exhaustive et détaillée.
Interpeace 79
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Les experts semblent partagés entre ceux qui préconisent un document bref à la manière
d’un document commercial avec un contenu se limitant au strict minimum et ceux qui
avancent qu’une constitution de transition doit être très détaillée et aussi démocratique
que la constitution définitive (en partie afin de cultiver des pratiques et des habitudes
démocratiques). Cette dernière approche n’est guère facile à appliquer, au regard des
difficultés enregistrées par les processus de transition que nous avons cités. Cette formule
peut également être source de rigidité là où il faut de la souplesse (particulièrement dans
des contextes instables, comme au Népal). Il est probablement plus important de rendre
le processus inclusif et de le fonder sur des principes que d’essayer d’établir des règles
démocratiques pour l’administration de transition. Mais cela dépend beaucoup du contexte
et il est difficile d’être dogmatique sur ces questions.
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Les dispositions de transition (c’est-à-dire la manière dont les affaires de l’État doivent
être conduites entre le début des négociations et la mise en œuvre d’un accord définitif)
sont organisées de façons très diverses. Dans de nombreux cas, il est possible de s’appuyer
sur des mécanismes existants (dûment modifiés, comme dans de nombreuses transitions
en Europe de l’Est), alors que dans d’autres il faut créer de nouvelles dispositions (ce qui
peut mobiliser beaucoup de temps et d’énergie). Il est déterminant de savoir si les intérêts
des nouvelles forces qui se rebellent pour obtenir une reconnaissance peuvent être pris
en compte dans les dispositions existantes. Il est difficile de généraliser, car beaucoup
d’éléments découlent de chaque contexte.
Un dilemme particulier de la structuration des dispositions de transition consiste à savoir
s’il faut s’en tenir à la constitution en vigueur, même si elle est discréditée, ou adopter
une constitution de transition. Les dispositions sud-africaines [1996] illustrent plusieurs
des questions susmentionnées. Même si le Congrès national africain avait des objections
morales et politiques fondamentales contre la constitution de l’apartheid, il a accepté de
travailler dans le cadre de celle-ci au début du processus. Deux considérations au moins
ont motivé sa décision. La première était de rassurer les membres de la communauté
blanche sur le fait que les changements ne seraient pas brusques et ne leur seraient pas
imposés (puisqu’ils étaient chargés des procédures d’amendement). La deuxième raison
était de jeter les bases d’un État de droit en acceptant le principe de la continuité juridique
(voir la partie 2.1.6). La dimension « dispositions de transition » faisait partie de l’accord
entre les groupes engagés dans les négociations sur le fait que le gouvernement et le
parlement agiraient conformément aux instructions d’un conseil exécutif interpartis
officieux. Durant cette période, les principaux piliers juridiques du système d’apartheid
ont été démantelés par les législateurs de l’apartheid. Mais même avec cette concession,
les partisans du Congrès national africain n’auraient pas accepté le maintien du système
constitutionnel et juridique de l’apartheid. La période de transition initiale a donc
permis de s’entendre sur de nouvelles dispositions pour la phase suivante. Les nouvelles
dispositions, sous la forme d’une constitution de transition, étaient fondamentalement
Interpeace 81
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Parfois, il est possible d’utiliser la constitution en vigueur soit sous une forme légèrement
amendée (exemple : au Kenya en 2007) soit sans aucun amendement mais étant entendu
que le pouvoir qu’elle confère sera exercé par les factions rivales en prenant des décisions
conjointes (comme en Hongrie pendant la sortie progressive du communisme). En
Afghanistan, une constitution plus ancienne, considérée comme la plus démocratique de
toutes les constitutions antérieures, a été adoptée, mais avec tellement de modifications
qu’elle ne permettait pas de mettre en place un cadre efficace pour prendre des décisions
clés sur la constitution de transition ou sur la feuille de route.
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
S’il s’agit de facteurs externes, deux scénarios sont possibles : (a) le pays est pris en charge
par la communauté internationale et une organisation régionale où les Nations Unies
reprennent la gestion des affaires de l’État (comme au Cambodge, au Kosovo et au Timor-
Leste), ou (b) il y a implication massive de la communauté internationale (comme en
Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, en Irak et en Namibie). Dans le premier cas, le pouvoir
n’est restitué au pays qu’une fois le litige « résolu », le droit et l’ordre rétablis (y compris un
éventuel désarmement), une nouvelle constitution adoptée et des élections organisées. Dans
le second cas, la coalition internationale œuvre en étroite collaboration avec les autorités
nationales (qui ont souvent un statut « de transition ») et laisse les « sièges du pouvoir »
ouverts à un processus électoral concurrentiel. En Namibie [1990], par exemple, l’autorité a
été confiée à un administrateur sud-africain (favorable à la faction dominée par des Blancs),
mais il exerçait ses pouvoirs en étroite concertation avec le représentant des Nations Unies,
qui rendait compte en dernier ressort au Conseil de sécurité, par le biais du Secrétaire
général. En Afghanistan [2004], l’Accord de Bonn prévoyait un gouvernement de transition
qui devait recevoir l’aval d’une Loya Jirga d’urgence en partie élue, et il avait été demandé
aux Nations Unies de lui porter assistance. Dans la pratique, les Nations Unies conseillaient
Hamid Karzaï et fournissaient un important appui administratif.
Les dispositions du Cambodge [1996] et de l’Irak [2005] se situaient dans une position
médiane, c’est-à-dire entre un contrôle total exercé par des intervenants extérieurs et des
intervenants locaux. Au Cambodge, certaines fonctions étaient remplies par les Nations
Unies, en particulier l’organisation des élections à l’assemblée constituante et la protection et
la promotion des droits de l’homme. L’administration courante était assurée conformément
aux décisions du gouvernement cambodgien, qui se composait de divers groupes politiques
locaux.
En Irak, l’administration était tout d’abord entièrement sous l’autorité des États-Unis,
représentés par Paul Bremer, désigné par le président des États-Unis et sous la supervision
générale de l’Autorité provisoire de la coalition qui se composait des États-Unis et du
Royaume-Uni. En juillet 2003, Bremer a nommé vingt-cinq Irakiens au Conseil de
gouvernement irakien pour l’assister dans cette tâche. Ce conseil a nommé un conseil des
ministres et un comité constitutionnel préparatoire. L’initiative de Bremer visait à accélérer
Interpeace 83
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Dans la mesure où le début et l’évolution des négociations ont souvent pour effet de
relancer le dialogue entre les parties, il n’est pas rare que les dispositions de transition
soient modifiées au bout d’un certain temps. L’Afrique du Sud en est une bonne illustration.
Elle est passée par deux phases distinctes de dispositions de transition. Tout d’abord, elle
a maintenu le système et le gouvernement mis en place sous la constitution précédente
(et contestée). Nelson Mandela était soucieux de maintenir une continuité juridique,
mais l’ancien système était adossé à un processus décisionnel auquel participaient toutes
les parties clés aux négociations. Un comité exécutif de ces parties a été créé dans le
cadre du processus de paix. Le conseil des ministres a accepté d’exercer les pouvoirs du
gouvernement et, autant que nécessaire, ceux du parlement, conformément aux conseils du
comité. Grâce à ce mécanisme, certaines lois de l’apartheid ont été abrogées, et des progrès
considérables ont été accomplis vers un nouveau règlement constitutionnel. Une deuxième
étape a été franchie avec l’adoption d’une constitution de transition (adoptée dans le cadre
de l’ancienne constitution) et la tenue, dans le cadre d’une constitution de transition, des
premières élections générales non raciales du pays. Durant cette seconde étape, il y a eu
la formation d’un gouvernement d’union nationale dans lequel étaient représentés tous
les principaux groupes politiques. L’une des missions importantes confiées au parlement
nouvellement élu était de rédiger et d’adopter la constitution définitive. Après la dissolution
du parlement, des élections ont été organisées dans le cadre de la nouvelle constitution (et
un gouvernement a été formé pour gérer la fin de la période de transition.
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
abouti à aucune constitution viable, est lui aussi fortement répandu. Et dans d’autres cas,
le processus peut constituer un échec aux yeux de certains parce qu’il n’a pas produit la
constitution souhaitée. Mais un processus qui n’a pas abouti à une nouvelle constitution
n’est pas forcément un échec. Il peut avoir permis de faire d’énormes progrès, y compris de
se rendre compte que le pays peut continuer d’exister avec son actuelle constitution.
Au-delà de ces affirmations plutôt générales, nous notons ailleurs (voir la partie 2.3.14)
qu’un échec peut intervenir pour différentes raisons, de différentes façons et à différents
niveaux. Nous explorons ici certains des facteurs, ainsi que les stratégies, qui peuvent être
pertinents au moment de décider s’il faut remédier à un « échec » et comment.
La situation n’est jamais identique à deux moments différents de l’histoire d’un pays.
Les acteurs impliqués auront changé. La situation politique, les questions de paix et de
sécurité et l’économie influent sur l’attitude des acteurs envers la nécessité d’une nouvelle
constitution, et l’entité qui tient les rênes du pouvoir a elle aussi son importance. Parfois, les
pressions exercées pour obtenir une nouvelle constitution visent en réalité à se débarrasser
d’un dirigeant en particulier ou d’une certaine génération d’hommes politiques. Lorsque
cet objectif est atteint, il est possible que, au moins pendant un certain temps, les citoyens
se préoccupent beaucoup moins de changer la constitution. Et si les nouveaux dirigeants
sont ceux qui faisaient pression pour un changement de constitution, il se peut qu’ils se
découvrent un regain d’intérêt pour la constitution qu’ils dénonçaient naguère (maintenant
qu’elle les a installés au pouvoir et leur permet de s’y maintenir). Enfin, ce processus, même
en cas d’« échec », aura eu un impact : il aura façonné les connaissances des populations
sur les constitutions, ainsi que leurs espoirs et leurs attentes. Elles peuvent être moins
intéressées à y participer en raison du cynisme forgé par l’échec ; elles peuvent être mieux
informées (ou penser l’être) ; elles peuvent aspirer encore plus désespérément au changement
et être encore plus engagées à cette fin ; elles peuvent avoir tellement soif de changement
qu’elles fermeront les yeux sur les lacunes présentes dans le nouveau projet de constitution.
Après un temps assez long, l’échec d’un processus peut s’avérer sans grande pertinence, et
pour l’essentiel, les mêmes questions demeurent pour ceux pour qui le passage à une nouvelle
constitution revêt de l’intérêt ou reste une obligation, comme si le pays recommençait de
zéro tout le processus.
Même si ce laps de temps n’est pas très long, le pays peut estimer que le meilleur
enseignement à tirer de l’expérience consiste à tout reprendre – en usant le même processus
ou un autre. En d’autres termes, rien n’est fait pour tirer un quelconque parti de celui qui n’a
pas donné les résultats escomptés.
Abandon
La décision peut également être prise d’abandonner toutes les actions menées en vue de
changer la constitution. À supposer que le pays tienne toujours au constitutionalisme,
Interpeace 85
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
l’option serait d’essayer de faire en sorte que l’actuelle constitution puisse fonctionner.
Comme indiqué à la partie 2.1.2, ce serait une démarche avisée dans nombre de cas. Une
constitution n’est jamais mise en œuvre entièrement, et l’histoire de beaucoup de pays
serait tout-à-fait différente aujourd’hui, si les autorités et les citoyens avaient sérieusement
essayé de mettre en pratique ce qu’ils avaient élaboré (en termes constitutionnels). Décider
d’abandonner n’apaise certainement pas la demande pour une nouvelle constitution, sauf si
les populations ont eu leur mot à dire dans la décision ou l’ont au moins approuvée, et que
des dispositions vigoureuses et visibles sont prises pour faire fonctionner les institutions
que propose la constitution.
Un pays qui « n’a pas de constitution » fera face à une variante particulièrement difficile de cette
situation. En fait, il n’existe pratiquement pas de tel pays. Même un nouveau pays comme le
Timor-Leste aurait pu adopter un ensemble d’institutions en se fondant sur la constitution de
l’Indonésie. Certains diraient que la Somalie ne fait pas preuve d’un bon sens des priorités
en essayant d’élaborer une constitution alors que même l’étendue du contrôle qu’exerce le
gouvernement sur la capitale est contestée. Ce pays pouvait s’appuyer sur les institutions
locales pour construire progressivement un État, ou recourir aux premières constitutions
(ou alors faire de ses chartes provisoires des instruments plus permanents). Cette dernière
solution – le recours à une constitution provisoire pour une longue durée – a été utilisée par
divers pays, dont le Népal et le Soudan.
Changement progressif
Une autre formule possible consiste à abandonner l’idée d’un processus formel de révision
constitutionnelle, et d’essayer de procéder à un changement graduel du texte existant, dans
l’espoir qu’après un certain temps, le pays disposera d’un document opérationnel et légitime
aux yeux des citoyens. Le Parlement israélien a adopté une série de lois définissant le cadre
constitutionnel, en prévoyant que cela conduirait à terme à une constitution unifiée.
Ces processus soulèvent des interrogations : le résultat est-il cohérent ? Le processus est-il
transparent et participatif ? Par ailleurs, certaines constitutions rendent le changement si
difficile qu’il en devient impossible.
D’autres pays ont essayé de retenir ce qui a été considéré comme les acquis du processus
qui a « échoué », pour les traduire en nouvelle constitution.
Des enseignements tirés du processus kényan – et qui peuvent valoir également pour
d’autres pays – il ressort entre autre que :
• Les anciennes questions litigieuses qui préoccupent la classe politique (et sont relatives
au pouvoir notamment) n’ont pas été résolues et menacent le nouveau processus autant
qu’elles ont menacé l’ancien ;
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
• Il est difficile de s’entendre sur les questions qui sont « litigieuses », parce que d’autres
sont constamment soulevées ;
• Des erreurs de conception faites dans le processus précédent, dont certaines délibérément
pour le saper, ressurgissent et affectent le nouveau processus ;
• Certains, dont des professionnels des médias, ont une mémoire extrêmement courte en ce
qui concerne les détails de la constitution (en qualifiant de « nouvelles » des dispositions
qui figurent dans plusieurs projets).
Certains ne seront pas satisfaits de la nouvelle constitution ; d’autres auront perdu du terrain
sur certains aspects du débat, et d’autres le pouvoir. Ceux qui ont essayé de saper le processus
continueront de soulever des questions relatives à la nouvelle constitution (bien qu’elles ne
constituent pas de réelles objections par rapport au nouveau texte). Une fois qu’un pays
dispose d’une nouvelle constitution, l’idéal serait qu’il continue d’aller de l’avant. Cependant,
la mise en œuvre est une tâche énorme et les débats sans fin sur le contenu ne feront que la
retarder. Le risque existe de voir un amendement constitutionnel remplacer l’ancien débat
sur l’élaboration de la constitution. Naturellement, des amendements essentiels – lorsque,
par exemple, certaines dispositions s’avèrent inapplicables – doivent être effectués, mais en
Interpeace 87
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
principe, durant les premières années d’existence de la constitution, tous les efforts doivent
viser à la rendre opérationnelle telle qu’elle a été rédigée.
Dans le cas d’une société qui sort d’un conflit, il se peut qu’il n’existe pas d’institutions
véritablement représentatives de toutes les franges de la population.
En effet, le parlement, les partis politiques et le gouvernement local peuvent s’être
effondrés, ou simplement s’avérer inefficaces ou non représentatifs (d’ailleurs, ceci
peut avoir été à l’origine du conflit). Les parties et institutions formelles qui existent
ne doivent pas être laissées pour compte car leur coopération peut être essentielle à la
réussite du projet.
Les organisations formelles doivent être identifiées, notamment les syndicats et
associations d’exploitants agricoles, les réseaux et organisations de la société civile, les
chambres de commerces, les organisations professionnelles (enseignants, infirmiers,
juristes), et les groupes de pression représentant les « autorités traditionnelles ».
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Interpeace 89
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Pacte international relatif aux droits civils et politiques), le droit des minorités à l’autonomie
(Déclarations des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et sur les droits des
personnes appartenant à des minorités) et le droit à l’autodétermination (Charte des Nations
Unies, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels). Certaines autorités considèrent que
ces instruments et d’autres sur les droits humains constituent le fondement de tout droit à
participer à l’élaboration de la constitution. En dépit de ces raisons normatives et pratiques,
l’opportunité d’une participation citoyenne suscite beaucoup de controverses. Avant de se
pencher sur les controverses, expliquons ce que l’on entend par « participation citoyenne »,
quels sont les principaux participants et les principales méthodes de participation citoyenne.
La participation citoyenne revêt plusieurs aspects, et l’on peut faire les distinctions suivantes
entre les différents types de participation : (a) participation directe ou participation/
représentation indirecte (le terme indirect pose les questions de modes d’élection, de
nomination et de reddition des comptes, ou de communication d’information) ; (b)
participation aux discussions, aux groupes de pression, etc., ou participation à la prise de
décision ; (c) participation en tant que partie prenante à un processus officiel ou participation
informelle avec des populations qui prennent leurs propres initiatives.
La participation citoyenne couvre un large éventail d’activités, dont le scrutin et la candidature
à des élections ; la participation à la prise de décision (dans nombre d’institutions étatiques et
en particulier le législatif et l’exécutif) parfois avec un droit de véto sur certaines questions ;
les possibilités de peser sur les politiques officielles ; les formes d’auto-administration telles
que l’autonomie ; et la participation aux organes consultatifs. La participation citoyenne aux
processus d’élaboration constitutionnelle est plus spécifique, en ce qu’elle vise à influer sur
le résultat final, à savoir la constitution. Toutefois, même dans ce cas, elle prend diverses
formes. Elle dépasse les procédures formelles de prise en considération des points de vue
des populations, pour aller jusqu’aux initiatives privées visant à mobiliser le soutien et
exercer des pressions sur les organes chargés d’élaborer la constitution, et ce même s’il
n’existe pas de telle procédure formelle.
Il n’y a pas de modèle préétabli en la matière : la portée et la forme que revêt la participation
citoyenne sont établies en fonction de la conception globale du processus. Parfois, il peut y
avoir une tentative délibérée de limiter cette participation parce que l’on manque de confiance
dans les populations en général, parce que ces populations manquent de compréhension sur
des questions constitutionnelles ou de jugement moral, par crainte d’une constitution populiste
ou d’un vaste programme de réforme ayant des implications majeures sur l’allocation des
ressources. Certains soutiennent parfois qu’après la Deuxième Guerre mondiale, le manque
de confiance dans la politique populaire a donné lieu à des restrictions sur la participation
citoyenne au processus d’élaboration constitutionnelle (particulièrement en Allemagne et au
Japon, même si dans ce dernier pays, l’on craignait que la pression publique n’empêche de
procéder aux réformes politiques que les forces alliées jugeaient nécessaires).
Interpeace 91
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
du projet de constitution produit par un autre organisme (comme le législatif), et cela offre
au citoyen une autre opportunité d’examiner son bien-fondé. Souvent, la décision finale
sur l’adoption de la constitution dans son ensemble relève du législatif ou de l’assemblée
constituante. Mais lorsque le projet est soumis au référendum, cette décision relève du
peuple – la plus haute forme de participation citoyenne.
Interpeace 93
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Participants
Le concept de « peuple » (ou de « citoyen ») est plus complexe qu’il n’y paraît. L’impact de la
participation populaire ne peut être évalué correctement si l’on ne décompose pas ce concept
de « peuple ». Le « peuple » en soi n’existe pas. Il existe plutôt des groupes religieux, ethniques,
d’handicapés, de femmes, de jeunes, de peuples de la forêt, « d’autochtones », d’exploitants
agricoles, de paysans, de capitalistes et d’ouvriers, de juristes, de médecins, de commissaires-
priseurs, de politiciens actifs, ratés ou aspirants, chacun poursuivant ses propres intérêts. Ils
apportent différents niveaux de compréhension et de compétences au processus. Les acteurs
clés de la communauté internationale poursuivent eux aussi leurs propres objectifs. Il arrive
que la composition ou les procédures des organes de décision dans le processus d’élaboration
constitutionnelle privilégient l’un ou l’autre de ces groupes. À moins de croire en la main
invisible qui guide le marché politique, l’on ne peut associer tous ces groupes pour contribuer
à la production d’une « bonne » constitution. Il est essentiel de gérer la participation citoyenne
adéquatement et équitablement pour aboutir à un bon processus. Malgré leur complexité, il est
parfois impossible de ne pas utiliser les termes « peuple » et « citoyen », mais dans ce cas, il
faudra garder à l’esprit les considérations citées ci-haut.
Un accord pourra aboutir plus facilement si les parties prenantes au processus sont peu
nombreuses et les discussions confidentielles (mais parfois associer de nouveau groupes
peut aider, car les différends bipolarisés sont aussi difficiles à régler). Toutefois, même s’ils
sont couronnés de succès, ces accords et la constitution qui en résulte dépendent largement
de la bonne volonté des négociateurs et peuvent ne pas répondre aux préoccupations des
populations. Il peut leur manquer de solides fondations sociales.
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
La participation de factions qui ont eu recours à la violence pour parvenir à leurs fins est
particulièrement problématique (surtout en situation postérieure à un conflit). En effet, ils
ont démontré leur peu de considération pour le respect des droits humains et toute résolution
pacifique des différends. Souvent, ils exigent des préalables aux négociations de paix et à
l’élaboration de la constitution, y compris l’amnistie pour avoir bafoué les droits d’autrui
et porté atteinte à la paix. Ces amnisties suscitent des controverses et font penser que les
auteurs de violences et d’abus vont simplement réaffirmer leur puissance et compromettre la
sécurité et le bien-être des autres. Par contre, refuser de composer avec eux peut compliquer
le processus de paix (l’Irak s’en est rendu compte avec la « purification » c’est-à-dire
l’exclusion de la fonction publique de milliers de personnes accusées d’avoir fait partie du
régime de Saddam Hussein). Accorder l’amnistie pour des délits antérieurs à la condition
que de nouvelles violences ne soient pas perpétrées, peut être une incitation à mettre fin à
la violence. Parfois, la solution consiste à différer la question de la reddition des comptes.
Dans des pays où le manque de confiance envers la classe politique est très marqué, la
prédominance dont elle jouit généralement dans le processus d’élaboration de constitution
est remise en cause. On peut arguer en effet que cette classe politique n’a que des intérêts
particuliers ou partisans, étroitement liés à l’accès au pouvoir de l’État et à l’exploitation
de ses ressources, qu’ils essayent de défendre ou de préserver à travers ce processus. Les
politiques peuvent aussi avoir intérêt à fomenter des querelles ethniques pour maintenir
leurs positions de leadership, sans se soucier de l’intérêt national. Ainsi, leur rôle peut
s’avérer profondément conflictuel. Dans la mesure où la classe politique est parfois la
principale bénéficiaire des ressources de l’État, certains soutiendront que son influence
dans l’élaboration d’une constitution devrait être restreinte. Toutefois, il est exceptionnel
de réussir à réduire cette influence, et dans la pratique, il est rare qu’une constitution
soit préparée sans la pleine participation des politiques, puisqu’ils contrôlent l’État et les
institutions chargées du processus d’élaboration de constitution.
Il est difficile d’évaluer l’impact de la participation citoyenne. Il est par contre plus
aisé de mesurer le rôle que jouent les règles et les procédures dans le processus officiel.
Traditionnellement, la participation citoyenne et le concept de pouvoir constituant ont
été analysés sous l’angle de la principale procédure de prise de décision : par exemple, le
référendum ou l’assemblée constituante. Les études sur l’élaboration constitutionnelle portent
principalement sur les organes de prise de décision, et font souvent fi des pressions que
peuvent subir les décideurs. Pour avoir un tableau complet, il est nécessaire de tenir également
compte des processus informels, de la mobilisation de l’appui des groupes de soutien
et des communautés, ainsi que de la contribution de la société civile en termes d’idées et
d’organisation. En partie grâce à l’apparition de normes régionales ou internationales, beaucoup
de segments de la société (femmes, personnes âgées, personnes handicapées, autochtones)
peuvent mobiliser des campagnes impressionnantes. En outre, les efforts et l’influence de
certains groupes sont évidents ou transparents, mais d’autres (acteurs internationaux, grandes
ambassades, agences internationales) façonnent le processus à l’abri des regards.
Interpeace 95
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Peu d’études ont été effectuées sur ces questions, et jusqu’ici peu de jugements fondés ont été
formulés ; ces facteurs ont suscité des avis contradictoires. Il est donc nécessaire de mener
davantage de recherches, surtout empiriques. Les principaux arguments ou affirmations des
partisans et des détracteurs de la participation citoyenne sont présentés ci-après.
En sus des principes théoriques évoqués au début de cette section, il existe des justifications
pratiques à la participation citoyenne. Dans un certain nombre de pays d’Asie, insulaires du
Pacifique et d’Afrique, les partis politiques ne sont pas des partis populaires et ne représentent
pas des groupes de personnes ayant des intérêts communs (à l’instar des partis occidentaux).
Il n’existe pas non plus d’organes intermédiaires s’exprimant au nom du peuple. Souvent, la
seule alternative, s’il est jugé opportun d’interagir avec les populations, consiste à les faire
participer directement, dans les quartiers pauvres, les villages et les petites villes.
La participation citoyenne est censée consolider l’unité nationale à travers un processus
inclusif reflétant la diversité religieuse et linguistique, en aplanissant les divergences
nationales et en réalisant un juste équilibre entre l’identité et les valeurs nationales et
celles des communautés régionales ou culturelles. L’implication des populations dans le
processus d’élaboration de constitution peut permettre de réconcilier des parties en conflit.
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Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Les critiques se fondent entre autres sur les allégations que ces organismes dépendent
de l’extérieur, souvent de sources internationales, qu’ils sont réceptifs aux opportunités
économiques (« levées de fonds »), implantés en milieu urbain, non-démocratiques (ne
sont pas des associations de membres), bureaucratiques, en rivalité pour les fonds et les
responsabilités, peu familiers des questions constitutionnelles, et sont souvent alliés à des
partis politiques (ou ethniques).
Le processus participatif est plutôt à l’opposé du « voile d’ignorance ». Cette théorie de John
Rawls est fondée sur l’hypothèse selon laquelle les décideurs ne se rendent pas compte
de leurs propres caractéristiques (noir/blanc, homme/femme, haute classe/basse classe), et
votent donc non pas pour un intérêt particulier, mais pour l’intérêt général (Rawls, 1971).
Dans le processus participatif, l’objectif est d’interagir avec des individus et des groupes aux
intérêts divers, de manière à ce qu’ils puissent promouvoir ces intérêts (et non les intérêts
généraux de tous les groupes et citoyens). Les intérêts particuliers sont souvent promus avec
vigueur, et parfois même par l’intimidation.
La diversité des intérêts (souvent contradictoires) généralement en jeu dans un processus
hautement participatif est telle qu’il s’avère difficile d’arriver à un accord. Les difficultés
sont exacerbées lorsqu’il s’agit de trouver un consensus sur des questions constitutionnelles
majeures. Beaucoup de temps et d’efforts peuvent être alors déployés pour essayer de parvenir
à un consensus, après de complexes marchandages. Il peut arriver qu’un petit groupe se
retrouve avec un pouvoir de veto. Bien qu’il soit prévu dans les processus un mécanisme
permettant d’arriver à une décision en l’absence de consensus (voir la partie 2.5.2 sur les
questions litigieuses), le processus devient trop long (bien au-delà du stade où le citoyen peut
apporter une contribution utile). La constitution elle-même peut finir par être trop longue, car
un règlement ne serait possible qu’avec la reconnaissance des revendications d’intérêts divers.
Parfois, entamer un processus participatif dans une société profondément divisée peut avoir
des conséquences. En effet, les décisions ne sont pas prises en s’appuyant sur le caractère
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Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Conclusion
Les points de vue sont extrêmement divergents sur les conséquences du processus
participatif. Ces divergences se fondent d’une part sur des facteurs idéologiques, et d’autre
part sur des raisons pratiques. Ce débat n’a jusqu’ici retenu que peu d’attention, ce qui rend
difficile toute généralisation. Il convient de prêter une plus grande attention à la dynamique
100
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
de la participation citoyenne, aux phases où elle est la plus appropriée, et aux modes de
participation citoyenne.
Il est clair que la participation citoyenne présente des avantages tant pour le processus
que pour les perspectives de constitutionalisme à long terme. La plupart des objectifs
d’un processus d’élaboration constitutionnelle, tels que la promotion de la réconciliation,
le renforcement de l’unité nationale ou l’élargissement du programme social, ne peuvent
être atteints en l’absence de participation citoyenne. Aujourd’hui, on s’accorde à reconnaître
que certaines causes reposant sur les principes d’autodétermination et de droits politiques
doivent faire partie intégrante du processus.
Toutefois, les dangers de la participation citoyenne sont également réels. Il s’agit d’éviter
les pièges de la manipulation par des groupes d’intérêts, l’éthnicisation de l’opinion, le
populisme, etc. Autrement, le processus constitutionnel deviendra simplement une autre
façon de faire de la politique, et non pas un processus délibérant sujet à favoriser le consensus
et la réconciliation. Il doit encourager les discussions non seulement entre les populations et
les rédacteurs de la constitution (commissions constitutionnelles, assemblées constituantes,
etc.), mais aussi entre les populations elles-mêmes. Ceci leur permet de prendre conscience
de l’histoire, des contributions, des préoccupations et des aspirations des uns et des autres,
et de développer cette compréhension si cruciale pour réaliser l’unité nationale, régler les
conflits et bâtir la paix.
Tout processus délibérant doit offrir des possibilités de participation citoyenne qui ne
soient pas ponctuelles et isolées, mais, au contraire, l’occasion de discuter et d’interagir en
permanence au sujet de la conception du processus, des questions clés, de la préparation
du projet et de la mise en œuvre finale de la constitution. La partie qui suit porte sur les
principaux aspects pratiques de la préparation des citoyens à la participation, à travers
l’éducation civique et la consultation à différentes étapes du processus.
Interpeace 101
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Par conséquent, l’éducation civique est au cœur du processus participatif. Pour les besoins
du présent manuel, on entendra par « éducation civique » dans un processus d’élaboration
constitutionnelle, toute activité permettant de préparer les citoyens à y participer, avant et
après la préparation et l’adoption de la constitution. Avant l’adoption de la constitution,
préparer les individus consiste à améliorer leurs connaissances, non seulement du processus
d’élaboration (pour qu’ils comprennent mieux la nature et la portée des possibilités qu’ils ont
de participer), mais aussi des rôles d’une constitution et des choix de contenu possibles lors
de l’élaboration d’une nouvelle constitution. Après l’adoption de la constitution, préparer les
individus signifie développer leurs compétences et leurs connaissances pour leur permettre
de prendre part à la vie publique et d’exercer et de protéger les droits que leur confère la
constitution. Il importe de souligner que la participation au processus est également une
forme d’éducation civique, et si le processus participatif est crédible, il peut changer les
attitudes et les croyances, tout en instruisant les citoyens.
L’éducation civique est largement reconnue comme une composante importante du
processus d’élaboration de constitution, surtout les processus hautement participatifs.
L’on y fait référence dans les mandats officiels de certains organismes constituants, tels
que la Commission constitutionnelle ougandaise, à qui les Statuts de 1998 confèrent le
pouvoir de « stimuler le débat public et la connaissance des questions constitutionnelles ».
Tout programme d’éducation civique doit être ouvert, crédible et inclusif. Puisque la
constitution a un impact sur toutes les populations du pays, elle doit représenter chaque
individu – toutes les classes d’âge (des jeunes écoliers aux personnes âgées), et autant
que possible, chaque composante importante de la société, qu’elle soit définie en terme de
classe, culture, ethnie, religion, ou sur toute autre base. Elle doit viser en priorité ceux qui
participent rarement à la vie politique du pays (comme les minorités et les groupes exclus).
Pour réussir à préparer les populations à cet égard, il ne s’agit pas d’organiser un évènement
ou un atelier ponctuel, mais d’entretenir en permanence une culture de la participation
citoyenne, des valeurs et pratiques démocratiques, ainsi que du constitutionalisme.
Cette partie donne un aperçu des objectifs en matière d’éducation civique, des discussions sur
les organes ou acteurs qui doivent effectuer cette tâche, et une description de certaines des
méthodes déjà utilisées dans des processus antérieurs. Elle comprend également une analyse
des problèmes couramment rencontrés lors de la mise en œuvre d’initiatives plus formelles
d’éducation civique dans les processus d’élaboration constitutionnelle. Des conseils pratiques
pour l’amélioration des ateliers d’éducation civique y sont donnés en guise de conclusion.
102
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
attention sur les possibilités de participation citoyenne, ainsi que sur la manière dont
elles pourront participer au processus ; les objectifs peuvent consister (selon la nature
du processus en question) à préparer les populations à donner leur point de vue dès les
premières étapes du processus sur des questions telles que :
- La manière de concevoir les dernières phases du processus ; et
- Les questions à examiner durant le processus.
À ce stade, l’éducation civique les informe des questions relatives à la nature des
constitutions et des types de choix pouvant être adoptés au moment de prendre des
décisions sur une nouvelle constitution, y compris des questions visant à mieux cerner :
- Ce qu’est une constitution, ce qu’elle peut faire et ce qu’elle ne peut pas faire ;
Interpeace 103
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
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Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
société civile. Les 486 ateliers présentiels organisés ont ciblé les communautés
défavorisées du pays. Des éducateurs civiques furent recrutés et formés, et un
manuel créé pour s’assurer que les messages et la méthodologie soient cohérents. Les
ateliers de trois heures utilisaient des méthodes participatives telles que les jeux de
rôles avec pour objectif d’inculquer aux citoyens défavorisés des connaissances sur
le processus, l’histoire constitutionnelle de l’Afrique du Sud et les droits humains,
mais aussi encourager les participants à apporter leur contribution. Ces formations
ne portaient pas sur des questions constitutionnelles précises, sur des options ou le
projet de constitution lui-même, et la plupart furent organisées après les réunions de
consultation publique.
Des panels multipartites composés de membres de l’assemblée constituante ont pris
part à ces réunions, et ce dans l’ensemble des neuf provinces du pays. Il s’agissait
d’informer (les citoyens posaient des questions aux membres et recevaient des
informations sur le processus) et de recueillir des points de vue sur les questions
constitutionnelles avant la préparation du projet de constitution. Pour la première
fois, la population vit des factions autrefois en guerre, s’asseoir autour d’une table et
discuter paisiblement de questions constitutionnelles. Le processus créa également
un précédent, avec l’entrée en politique des Sud-Africains noirs, comme jamais ils ne
l’avaient fait auparavant.
Quatre millions et demi d’exemplaires du projet de constitution (dans une version
simplifiée) furent envoyés gratuitement par courrier, distribués dans les taxis, les
journaux et les écoles. Des exemplaires de la constitution finale furent envoyés
aux membres des forces officielles de sécurité, des versions en braille et des
enregistrements de la constitution définitive furent réalisés, ainsi qu’une version en
bande dessinée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Du matériel
pédagogique sur la constitution finale fut distribué aux écoles, durant la « National
Constitution Week » (Semaine Nationale de la Constitution), instaurée pour
promouvoir le constitutionnalisme et l’appropriation de la nouvelle constitution de
l’Afrique du Sud. Pour assurer les tâches postérieures à l’adoption, le département de
la liaison communautaire a continué de fonctionner pendant quelques mois après que
l’assemblée constituante ait fini son travail.
Il est ressorti d’une évaluation extérieure que les trois quarts des Sud-Africains, soit
environ trente millions d’individus avaient entendu parler du processus et qu’une
vingtaine de millions savaient qu’ils pouvaient faire une proposition sur les questions
constitutionnelles. Nul ne sait clairement ce que signifient ces chiffres en termes
de préparation des citoyens à se prononcer sur des choix constitutionnels – l’un des
objectifs affichés du programme d’éducation civique. Néanmoins, la profondeur et la
créativité du processus participatif sud-africain ont convaincu maints rédacteurs de
constitution de la nécessité de préparer le citoyen à participer au processus.
Interpeace 105
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Les organes chargés de l’élaboration de la constitution sont parfois mandatés pour faire
de l’éducation civique. Même si ce rôle ne leur est pas dévolu, certains de ces organismes
peuvent toujours se l’arroger, généralement suite à un engagement en faveur d’un processus
axé sur le peuple (l’Afrique du Sud en est une bonne illustration).
Les tâches requises pour préparer les populations à participer peuvent sembler
insurmontables. Cependant, les personnes chargées d’élaborer la constitution s’acquittent
rarement seuls de ces tâches. Lorsqu’ils sont invités à le faire, ils sont épaulés par un organe
de gestion administrative (voir partie 3.3) ou une institution de l’État. En outre, les médias
et la société civile (y compris les groupements féminins, les organisations des droits de
l’homme, les syndicats, les organisations religieuses et les groupes minoritaires) jouent
souvent des rôles significatifs à cet égard.
Dans certains processus, un programme national est créé ; la société civile et les dirigeants
locaux s’accordent pour suivre ce programme et sont formés pour l’utiliser. Une durée
suffisante doit être prévue pour la formation des éducateurs, afin qu’ils puissent dispenser
correctement ce programme, en ayant recours notamment aux méthodes participatives. Pour
106
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
définir clairement les responsabilités des différents intervenants et les liens entre eux, les
auteurs de constitution pourraient conclure des protocoles d’accord avec les entités chargées
de l’éducation civique, et les inviter à signer un code de conduite (voir annexe C.2). Parfois,
des mécanismes sont également mis en place pour s’assurer que le programme d’éducation
civique est réellement exécuté comme convenu.
Un organe constituant qui noue de bonnes relations de collaboration avec la société civile
et les médias pour proposer un programme d’éducation civique efficace crée souvent
un précédent ouvrant la voie à une future participation ouverte et démocratique à la
gouvernance. Il en résulte souvent que l’organe constituant et le processus lui-même seront
de ce fait jugés crédibles, accessibles et transparents.
La société civile peut parfois prendre l’initiative de dispenser l’éducation civique. L’idéal
serait qu’il y ait une coordination avec le processus officiel, mais il arrive que l’organe
constituant adopte une approche descendante, et n’ait aucun intérêt à associer les
populations. Dans ce cas, la société civile peut décider d’agir de son côté pour promouvoir
un processus participatif (voir la partie 4.1).
Le paragraphe 2.3.2 porte sur la préparation des plans stratégiques et opérationnels des
processus constitutionnels, plans qui doivent normalement comporter des dispositions
relatives aux programmes d’éducation civique. L’encadré 23 propose des idées concrètes
sur la manière de planifier ces programmes. Si les ressources sont limitées, l’organe
constituant peut se rabattre sur les moyens existants pour dispenser l’éducation civique,
telles que les organisations communautaires, les institutions universitaires, les écoles, les
églises, les chaines de télévision populaires, les blogs, les sites Internet ou les programmes
radiophoniques, ainsi que les programmes de l’État.
Interpeace 107
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
• La plupart des organes chargés d’élaborer les constitutions ne disposent pas de temps et de
ressources illimités ; par conséquent, ils doivent décider ce qui est faisable et rentable. Par
exemple, il serait intéressant de lancer un site Internet perfectionné, mais s’il n’y a qu’un
infime pourcentage de la population pour l’utiliser, il serait mieux d’investir les ressources
ailleurs ;
• Il convient d’effectuer des évaluations de l’impact des initiatives d’éducation civique pour
mesurer si les résultats escomptés sont atteints ; certains responsables de l’élaboration de
constitution ont recruté des experts en éducation civique ou en publicité pour mener des
études, mettre au point et expérimenter des techniques d’éducation civique.
La plupart des programmes d’éducation civique allient plusieurs méthodes pour atteindre
les différents groupes et communautés. L’expérience de l’Afrique du Sud (évoquée
dans l’encadré 12 ci-dessus) est assez significative. Dans les cas où il existe des médias
indépendants, compter largement sur les médias est monnaie courante (voir partie 2.3.11 qui
porte sur les relations avec les médias). Il peut s’agir d’établir des liens avec des journaux,
stations de radio ou de télévision fiables, ou pour l’organe chargé de l’élaboration de la
constitution, de développer la capacité requise pour produire ses propres programmes et
exploiter les outils des réseaux sociaux.
Une étude s’avérera peut-être nécessaire pour déterminer le moyen ou la méthode la plus
efficace pour atteindre un groupe donné au bon moment afin de transmettre l’information
de la manière la plus fiable et la plus crédible possible. Souvent, les ONG internationales
sont en mesure de financer ces études. Transmettre efficacement des informations et des
messages éducatifs à une audience donnée dépend fortement du contexte et de la culture
locale. Ce qui a réussi quelque part peut échouer ailleurs. En général, il est nécessaire
de tenir compte des différences entre les audiences dans un même pays (par exemple,
les femmes, les citoyens illettrés et les minorités). Cette partie présente des exemples de
techniques d’éducation civique utilisées à différentes étapes du processus d’élaboration de
constitution.
Télévision et radio
Des études menées dans soixante districts du Népal ont montré que 90 pour cent de la
population écoute la radio pratiquement deux heures par jour, et que celle-ci est considérée
comme la source d’information la plus fiable. Dans la plupart des pays en voie de
développement, c’est la radio qui a généralement la couverture d’audience la plus large. La
radiodiffusion FM a permis de multiplier les stations radio et de répondre ainsi aux besoins
de la plupart des groupes linguistiques. Dans les pays où l’approvisionnement en électricité
n’est pas régulier, les radios à batterie peuvent être utilisées. Lorsque les batteries sont trop
chères, les donateurs distribuent parfois des appareils à bobine ou à batterie solaire (par
exemple, en République démocratique du Congo, au Liberia et au Malawi).
108
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Imprimés
À Nauru, petit pays insulaire du Pacifique Sud, où la moitié du territoire ne recevait aucun
signal (ni radio ni télévision), trois grands panneaux d’affichage ont été placés à des endroits
stratégiques très visibles. Sur l’un d’eux était affiché : « La constitution appartient au peuple.
La révision nous permettra de mieux connaître la constitution et d’être des citoyens actifs
de Nauru, » et sur un autre, : « La constitution appartient au peuple de Nauru. La révision
est l’occasion d’en faire une Constitution véritablement nauruane. Votre point de vue et vos
opinions seront sollicités dans la deuxième phase, la consultation publique. ». Le troisième
présentait les six étapes du processus de révision (Le Roy, 2010).
Les journaux, les magazines et sites Internet populaires peuvent être rémunérés ou
encouragés à publier :
• Des exemplaires du projet de constitution, du texte final de la constitution ou de tout autre
document important ;
• Des appels à proposition d’options constitutionnelles avec une adresse où les envoyer ;
• Des informations relatives à des évènements, activités ou échéances liés au processus
d’élaboration constitutionnelle ;
• Des chroniques régulières qui répondent aux questions des lecteurs sur le processus
constitutionnel ;
• Des articles ou bandes dessinées sur le processus.
Interpeace 109
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
Des actions internes peuvent également venir compléter ces initiatives. On pourra, par
exemple, produire des bulletins d’information, brochures, affiches, dépliants et livrets sur
des supports divers et variés qui traitent des débats exhaustifs sur des questions complexes
jusqu’aux bandes dessinées sur le processus ou la constitution. En Afghanistan et dans
d’autres pays, des magazines bihebdomadaires ou mensuels ont été distribués à plus de cent
mille lecteurs. La diffusion de ces publications peut se faire par les sites web, Facebook,
Twitter, etc. Certains pays ont utilisé les antennes régionales ou locales des organes chargés
d’élaborer la constitution pour diffuser des documents dans des zones reculées. On pourra
également mettre à contribution les nouvelles technologies telles que les livres numériques
qui peuvent être distribués aux communautés après y avoir préinstallé du matériel
d’éducation civique.
Pour préparer les populations à exprimer leur point de vue, l’Ouganda a fait distribuer la
constitution accompagnée d’un manuel intitulé « Guide des questions constitutionnelles », et
d’un document expliquant comment préparer des mémorandums contenant des propositions
sur les questions constitutionnelles. Dans plusieurs pays, après la production d’un projet de
constitution, ou après l’adoption d’une nouvelle constitution, les organes chargés d’élaborer
la constitution ont préparé des manuels expliquant le texte de la constitution, et la raison de
certains choix. Dans certains cas, des bandes dessinées ont été publiées pour les citoyens
ayant un faible niveau d’alphabétisation.
110
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
Aux Fidji, un concours d’art a été organisé sur le thème de la nouvelle constitution. D’autres
pays ont organisé des concours de poterie, de chant et de rédaction pour encourager la
population à participer au processus. Ces concours s’adressaient aux adultes et aux élèves.
Les évènements sportifs peuvent aussi servir de moyen efficace pour présenter le processus
d’élaboration constitutionnelle aux jeunes.
La population peut également être encouragée à formuler des questions, des commentaires
et des suggestions directement sur le site Internet ou via des liens vers des réseaux sociaux.
Toutefois, l’organe constituant doit avoir les ressources nécessaires pour répondre et gérer
efficacement le flux d’informations. Si cinq mille questions sont posées, l’idéal serait
que chacune reçoive une réponse. À cet égard, réserver une partie du site aux questions
fréquemment posées permet de répondre aux questions de base.
Un site Internet officiel peut être une ressource précieuse pour la population, les journalistes,
les membres de la société civile, les conseillers au processus, les acteurs étatiques, les
acteurs internationaux, et surtout les membres de la diaspora. La volonté de l’organe
constituant, de mettre en ligne son budget, les projets de constitution, et d’autres documents
clés peut contribuer à rendre le processus plus transparent, plus ouvert, et, par conséquent,
plus crédible. La liste ci-après énumérant les rubriques que l’on pourra trouver sur un site
Internet officiel est inspirée de l’expérience tirée d’un certain nombre de processus :
• Page introductive
- Aperçu du rôle et de la structure de l’organe constituant ;
- Aperçu des raisons pour lesquelles le processus a lieu.
Interpeace 111
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
• Questions et réponses
- Liste des questions fréquemment posées sur le processus ;
- Mécanisme permettant aux citoyens d’obtenir des réponses aux questions posées sur le
processus ou les questions constitutionnelles.
112
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
• Liens hypertextes vers des sites Internet externes (y compris vers des réseaux
sociaux) et outils de recherche
Les ateliers en « face à face » durant lesquels les citoyens participent physiquement sont un
moyen classique de mettre en oeuvre les programmes d’éducation civique. En général, ils
servent à compléter les messages (au sujet du processus d’élaboration de constitution et des
possibilités de participation offertes aux citoyens) portés par d’autres moyens (télévision,
radio et presse écrite) mais leur rôle est souvent crucial dans ces programmes. En effet, ils
permettent de faire une certaine publicité au processus constitutionnel et mettent les acteurs
de ce processus en contact direct avec le peuple, leur permettant ainsi de juger par eux-
mêmes de la connaissance que « le peuple », ou les groupes sociaux particuliers, ont des
questions constitutionnelles.
Le plus important, peut-être, est que ces ateliers représentent souvent le seul moyen efficace
pour établir un contact avec les groupes défavorisés ou difficiles d’accès qui sont peu exposés
aux médias, analphabètes ou qui ne parlent pas la langue dominante. Il est important de
faire l’effort d’aller vers ces groupes. On comprend la difficulté de la chose à travers les
mots de cette villageoise du Zimbabwe qui disait récemment que les gens pouvaient «se
désintéresser» de l’information et des messages pédagogiques parce qu’ils ne se sentaient
pas concernés et que c’était une affaire de juristes.
Il n’existe pas de bonne méthode particulière pour conduire ces ateliers. Dans la partie
suivante intitulée « Conseils pratiques pour mettre en oeuvre les programmes d’éducation
civique », nous proposons des éléments pertinents à cet égard tirés de l’expérience et des
conseils de praticiens. Certains des aspects liés à l’organisation de rencontres directes dans
le cadre de consultations publiques restent pertinents ici aussi (voir en particulier la section
Interpeace 113
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
2.2.3, qui se trouve dans la partie intitulée « Conseils pratiques pour l’organisation de tous
types de réunions directes »).
Dans le domaine de la démocratisation, la question de l’efficacité des ateliers d’éducation
civique a été vivement débattue. Peut-on dire que les participants en ressortent avec des
connaissances, convictions et comportements meilleurs en matière de démocratie ? Des
études montrent que oui, à la condition impérative que les ateliers soient soigneusement
préparés, que les ressources et le temps qui leurs sont alloués soient suffisants, que
les méthodologies utilisées soient participatives et fassent le lien entre la thématique
abordée et les réalités que vivent les participants, et enfin, que des sessions de suivi soient
assurées (par exemple, Finkel, 2003). Dans les processus d’élaboration de constitutions,
les concepteurs des programmes d’éducation civique doivent bien réfléchir à la façon dont
ces enseignements sont susceptibles d’améliorer leurs plans et stratégies. Cela signifie, par
exemple, de s’efforcer de maintenir un lien permanent avec les groupes exclus plutôt que
d’organiser ponctuellement des ateliers isolés réunissant un grand nombre de participants.
Chaque programme doit se fixer des objectifs réalistes.
Comme mentionné plus haut, l’un des objectifs essentiels de l’éducation civique, dans un
processus constitutionnel participatif, est normalement d’aider les citoyens à donner leur
avis sur le processus et sur les questions constitutionnelles. Lorsque des ateliers sont prévus
dans ce cadre, il convient de les préparer et de les structurer autour de ces objectifs. Quand
des programmes d’éducation civique sont élaborés dans la précipitation, ces objectifs sont
parfois perdus de vue. Par exemple, l’un des objectifs des ateliers d’éducation civique de
l’Afrique du Sud consistait à préparer les groupes défavorisés à faire des propositions ou
à formuler des opinions au cours de la phase de consultation publique (voir encadré 12).
Malheureusement, les différents ateliers n’ont pas abordé les concepts constitutionnels et
aucun atelier de suivi n’a été prévu pour aider les participants à formuler des propositions
pour les entités chargées du processus constitutionnel. Il s’ajoute à cela que les ateliers se
sont tenus après l’élaboration du projet de texte. Dans l’idéal, il aurait fallu organiser ces
ateliers avant la rédaction du texte (comme cela fut le cas au Kenya, à Nauru, en Papouasie-
Nouvelle-Guinée, en Thaïlande et en Ouganda).
Ceux qui préparent et mettent en œuvre les programmes d’éducation civique sont souvent
confrontés à des délais très courts. Cela est probablement dû à une mauvaise préparation, à
un défaut de compréhension de la complexité de la tâche ou alors au fait que les programmes
d’éducation civique font naître une demande forte des citoyens pour des programmes plus
étendus. Il peut également y avoir des pressions de la part de ceux qui mènent le processus
d’élaboration de constitution pour que le programme d’éducation civique soit mis en œuvre
le plus rapidement possible afin de ne pas retarder le processus dans son ensemble. Ce
type de pressions, et bien d’autres, explique qu’il soit difficile d’effectuer des études sur les
niveaux de connaissances civiques ainsi que les croyances et attitudes populaires. En outre,
lorsqu’un programme est en cours, on s’aperçoit souvent que peu d’efforts sont déployés
pour expérimenter d’abord l’approche choisie ou évaluer l’impact des ateliers. La réussite se
mesure davantage à l’aune du nombre d’ateliers organisés et de participants à ces derniers,
114
Partie 2 : Tâches à accomplir dans un processus d’élaboration d’une constitution
qu’à celle des connaissances réellement acquises ou des changements dans les pratiques, les
convictions et les attitudes.
Pour que l’éducation civique et les ateliers soient couronnés de succès, il est essentiel que le
matériel pédagogique soit accessible à la population. Parfois, la conception et la présentation
des ateliers réduisent leurs chances de succès. Au Népal [processus en cours], par exemple,
les juristes ont préparé des supports pédagogiques très denses sur lesquels les éducateurs ont
fondé leur enseignement, sur des thèmes tels que la différence entre un système parlementaire
et un système présidentiel. Cependant, beaucoup de ces éducateurs maîtrisaient mal la
constitution et son fonctionnement. Cela n’est d’ailleurs pas inhabituel et le citoyen ne sort
certainement pas de ces ateliers mieux armé pour pouvoir participer utilement au processus.
Les ateliers d’éducation civique ont parfois été organisés uniquement pour « les
apparences ». La tendance au recours à des processus constitutionnels plus participatifs a
mis la pression à certaines autorités se sentant ainsi contraintes d’organiser un processus
qui paraisse participatif ou du moins « centré sur le peuple ». Ces pressions émanent
d’éléments extérieurs (par exemple, les médias, la société civile, les acteurs internationaux,
etc.) qui exigent une participation citoyenne, notamment à travers des ateliers conçus
pour encourager cette participation. Au Timor-Leste [2002], la société civile a exigé un
processus participatif. Les ateliers officiels d’éducation civique et les rencontres initiales de
consultation publique se sont tenus concomitamment. Par conséquent, les participants n’ont
pas eu le temps de réfléchir à ce qu’ils avaient appris en éducation civique pour pouvoir
influer sur l’élaboration de la constitution avec des opinions et des suggestions réfléchies.
Les membres de la société civile ont d’ailleurs protesté auprès du Conseil de sécurité
des Nations Unies, arguant que les citoyens n’avaient pas eu l’opportunité de participer
significativement au processus et de réfléchir aux décisions constitutionnelles qui leurs
étaient soumises. Il n’existe que peu d’évaluations empiriques des programmes d’éducation
civique déployés dans le cadre du processus d’élaboration de constitution mais on peut
penser que les résultats positifs n’ont pas été nombreux car ces programmes ne sont pas
de nature à préparer adéquatement les citoyens à participer au processus. Il se peut même
qu’ils les discréditent voire les affaiblissent.
Pour la conception et la mise en œuvre de bons programmes d’éducation civique, les leçons
que l’on peut tirer de l’expérience de dizaines de praticiens de la démocratisation et des
processus d’élaboration de constitution permettent de prodiguer quelques conseils. Certains
de ces conseils portent particulièrement sur les ateliers d’éducation civique et d’autres
portent sur les programmes d’éducation civique de manière plus générale.
• Se préparer soigneusement et consacrer des ressources suffisantes. Un programme
d’éducation civique à l’échelle d’un pays exige que l’on prenne le temps d’effectuer un
minimum d’études de base, de planifier, de former le personnel et de mettre la méthode
Interpeace 115
Le processus constitutionnel : élaboration et réforme – Quelles options ?
choisie à l’essai, avant de le mettre en œuvre. Une planification et une gestion solides
sont nécessaires pour coordonner le travail de dizaines ou de centaines de partenaires et
d’éducateurs (en général des ONG, des dirigeants locaux, des organismes publics) et pour
préparer des campagnes dans les médias, des ateliers, des réunions publiques, diverses
activités comme des évènements sportifs et des concours de chant, des imprimés, des
émissions de radio et de télévision, des sites Internet, des liens vers les réseaux sociaux,
etc. La société civile et d’autres partenaires sont donc généralement mis à contribution.
Dans l’idéal, ces partenaires sont choisis sur la base de critères tels que la réputation,
l’expérience en matière de conception et de mise en œuvre de programmes d’éducation
civique ou d’utilisation de méthodes participatives. On voit bien, donc, qu’un organe
chargé d’élaborer une constitution a besoin d’une vaste expertise (pour laquelle elle peut
recourir aux services de consultants à court terme) même pour choisir ses partenaires.
• Identifier les groupes et les communautés défavorisés par le passé et requérant une
attention particulière pour assurer leur participation (voir encadré 9). Cela signifie
traduire les supports écrits, les émissions de radio et de télévision ainsi que les exposés
prévus dans l’atelier en langues minoritaires. Au cours de ces ateliers, il convient d’assurer
la garde des enfants, de prévoir des travaux en soirée ou tôt le matin aux heures où les
femmes et les agriculteurs sont disponibles, ainsi que de fournir le gîte et le couvert lorsque
les groupes ou les populations ciblées sont nomades ou dispersés. Il peut s’avérer nécessaire
de former des membres de groupes ou de communautés donnés afin qu’ils servent de
personnes ressources au sein de l’atelier et de relais auprès de l’organe constituant.
• Recourir à une méthode participative dans les ateliers. Pour réaliser les objectifs
pédagogiques du programme, l’accent doit être mis, entre autres, sur les jeux de rôles,
les simulations de débats ou de discussions politiques et les activités en petits groupes.
On peut, par exemple, organiser des simulations de sessions de l’assemblée constituante
ou des débats avec des femmes ou des étudiants. Au Népal, des représentants de groupes
défavorisés ont été réunis pour discuter de questions constitutionnelles sur le modèle de
l’assemblée constituante. Des spectacles de rue ou de courtes pièces de théâtre constituent
également un moyen efficace de permettre aux citoyens de connaître leurs droits.
• Former les animateurs des ateliers. Les animateurs doivent être formés aux méthodes
participatives mais ils doivent eux aussi acquérir des connaissances de base en matière
constitutionnelle. La durée de la formation dépend des objectifs et du niveau des
connaissances des animateurs.
• Commencer les discussions par les questions qui intéressent les participants. Les
participants peuvent se sentir particulièrement concernés par des questions telles que
le droit à la terre, le droit à la santé ou les droits politiques. L’animateur doit concevoir
des exercices participatif