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Contentieux Administratif

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CHAPITRE I – LE DOMAINE DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF : LA

SEPARATION DES TRIBUNAUX ADMINISTRATIFS ET DES TRIBUNAUX


JUDICIAIRES

La première question qu’on est amené à se poser est celle de savoir pour quelles
raisons l’Administration à des juges différents de ceux auxquels s’adressent les particuliers.
Une fois rappelées les raisons de cette séparation de la juridiction administratives et des
compétences respectives des deux ordres de juridiction.

Section I – L’origine du contentieux administratif

Pourquoi existe-t-il un juge qui soit chargé de juger les affaires dans lesquelles
l’administration est partie prenante ? Il y a à cela une explication historique et une explication
technique.

§ 1 – L’explication historique

La justice administrative malgache – comme c’est le cas d’ailleurs du droit


administratif malgache en général, et même de l’ensemble du système juridique malgache –
est l’héritière du système juridictionnel français. Ainsi, l’explication historique remonte à
l’histoire des tribunaux français.

Avant la Révolution française, la puissance des tribunaux judiciaires laissait peu de place
aux juges administratifs. La véritable justice administrative allait naître d’un double
éclatement successif.

A- Séparation des fonctions administratives et des fonctions judiciaires

Dans un premier temps, on peut noter la séparation des fonctions administratives et des
fonctions judiciaires. Cette séparation a été marquée par un ancien texte législatif qui est
encore en vigueur, dont une des dispositions stipule que « les fonctions judiciaires sont
distinctes et demeurent toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne
pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit, les opérations des
corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leur fonction ».

Cette disposition a été par la suite confirmée par d’autres textes. Ainsi, défense
impérative a été faite aux tribunaux judiciaires de connaître des actes de l’administration de
quelque espèce que ce soit.

Ainsi les législateurs révolutionnaires français entendaient-ils marquer leur méfiance vis-
à-vis des tribunaux judiciaires de l’ancien régime.

B- La séparation du juge administratif et de l’administration

Si l’on a interdit aux tribunaux judiciaires de contrôler les actes de l’administration, il n’en
était pas moins nécessaire qu’une juridiction vienne les suppléer et puisse éviter que les
particuliers ne soient livrés à la merci de l’exécutif. Cette juridiction nouvelle allait naître de
l’administration elle-même.

Ainsi, de l’administration elle-même allait se détacher de son propre juge qui devait
prendre forme au terme de trois étapes :
1- En premier lieu, il y eu ce que l’on a appelé l’administration juge. Les réclamations
des administrés furent d’abord jugées par l’administration elle-même qui devenait
alors à la fois juge et partie, sans que le particulier ait un autre moyen de se faire
rendre justice.
2- Par la suite, est venue la « justice retenue ». Pour étudier les réclamations, les
autorités administratives devaient être assistées d’organismes consultatifs : le
Conseil d’Etat crée autour du Chef de l’Etat et le Conseil de préfecture créé autour du
Préfet.
On voit ainsi qu’à l’origine, le Conseil d’Etat est une assemblé de personnalités qui
étudient les requêtes et transmettre un projet de réponse au Chef de l’Etat, un peu
comme le Service du Contentieux d’un Ministère qui propose des solutions au
Ministre.
3- Enfin la justice déléguée est intervenue. C’est l’émancipation du juge qui pourra
rendre seul ces décisions sans avoir à les faire signer par le Chef d’Etat. On dit dès
lors que le pouvoir de rendre la justice est « délégué » par le Chef d’Etat aux
Tribunaux qui peuvent s’en servir pour rendre les décisions de leur choix. C’est une
loi du 24 mai 1872 qui devait consacrer cette pratique et permettre au Conseil d’Etat
de rendre seul des arrêts « au nom du peuple français » comme les tribunaux
judiciaires, soit pour annuler une décision de l’administration, soit pour condamner
une personne publique à payer une somme à un particulier.
Avec un arrêt célèbre du 13 Décembre 1889, ce système devait être perfectionné par
l’abandon de la théorie du « Ministre-juge » (Cf. Arrêt Cadot, Conseil d’Etat 13 Déc.
1889).
Ainsi depuis la colonisation et, notamment durant la 1ère République, ce système
découlant de l’histoire du droit français a été appliqué et adapté à Madagascar. Et
tout au long de l’évolution du droit administratif malgache, avec l’introduction à
Madagascar de la culture et des traditions françaises, le droit juridictionnel malgache
a beaucoup hérité du système français.

C- Evolution historique de l’organisation de la justice administrative à Madagascar

La justice administrative malgache a fait son apparition en tant que telle par un décret de
1896, autrement dit, dès la colonisation. Le colonisateur a introduit les principes du droit
administratif français et, notamment celui de la séparation des autorités administratives et
judiciaires. C’est pourquoi l’administration avait un juge spécial. L’organisation de cette
juridiction spéciale sera marquée pendant longtemps par l’immixtion de l’administration
active au sein de la juridiction.

Le décret de 1896 a institué un Conseil du Contentieux administratif qui n’est autre que le
Conseil d’Administration de Madagascar auquel était adjoint deux magistrats de l’ordre
judiciaire. Or, le Conseil d’Administration était composé du Gouverneur Général, lui-même,
des principaux chefs de service du territoire et de deux habitants notables européens.

Le directeur des Finances et de la Comptabilité exerçait au sein du conseil du


contentieux administratif les fonctions de Commissaire du Gouvernement.

Les réformes intervenues ont essayé d’améliorer le fonctionnement de la juridiction dans


le sens de la limitation de l’immixtion de l’administration active au sein de la juridiction.
Autrement dit, dans le sens d’une plus grande indépendance de la juridiction par rapport
à l’administration active.

Trois réformes ont été opérées :

- La première intervient en 1921. Elle met en place un conseil du Contentieux


administratif séparé et distinct du Conseil d’Administration de Madagascar. La
présidence du Conseil du Contentieux administratif restait toutefois assurer par la
Conseil du Gouvernement, c'est-à-dire, par un fonctionnaire de l’administration
active.
- La seconde est intervenue en 1942. Elle attribue la présidence du Conseil du
Contentieux au Procureur Général de la Cour d’Appel, c'est-à-dire un magistrat du
Parquet et qui, par conséquent reste soumis aux ordres de l’Exécutif.
- La troisième fut réalisée par un décret du 19 Avril 1953. Elle confiait la présidence du
Conseil du Contentieux à un magistrat du siège de la Cour d’Appel de Madagascar,
c'est-à-dire un magistrat doté de l’indépendance. Ce magistrat avait comme
assesseur deux magistrats de la France d’Outre-mer à Madagascar. Le Conseil du
Contentieux Administratif de l’époque était une juridiction de premier ressort dont les
décisions pouvaient être frappées d’appel devant le Conseil d’ Etat français.
Après l’Indépendance, avec la création de la Communauté Française en 1958, la République
Malgache a reçu les pouvoirs d’aménager librement sa propre justice. La France se limitait à
exercer le contrôle.

C’est ainsi que fut élaborée la loi du 7 Décembre 1959 qui prévoyait la création d’une
Cour Administrative comportant :
- Une Section contentieuse ou tribunal administratif
- Une section des Comptes ou tribunal des Comptes
- Une Section Consultative ayant pour rôle de conseiller le Gouvernement et de donner
des avis technique sur les matières administratives à l’exception de celle touchant la
constitutionnalité des lois et décrets : matières réservées selon la Constitution de
1959 au Conseil Supérieur des institutions.
La cour Administrative était présidée par le Chef du Gouvernement en séance solennelle
et toutes Sections réunies. Le Chef du Gouvernement pouvait également participer aux
travaux du Conseil consultative.

La section contentieuse ou Tribunal Administratif était composé de magistrats de l’ordre


administratif ou à défaut, de l’ordre judiciaire ou parmi les fonctionnaires licenciés en droit.
C’est le juge de droit commun de l’Administration. Ses décisions pouvaient être soumises
pour contrôle au Conseil d’Etat français qui statuait comme Tribunal de Cassation.

Au lendemain de l’Indépendance, le problème de l’organisation du contentieux


administratif était de nouveau posé. En effet, compte tenu de la rupture définitive des liens
avec l’organisation juridictionnelle française, il fallait résoudre les conditions et les modalités
d’exercice du contrôle juridictionnel de l’administration dans la mesure où les pouvoirs
publics de l’époque ont admis le principe de l’existence d’un tel contrôle. Ainsi, deux
solutions peuvent être envisagées :
1. Maintenir le principe de la dualité de juridiction. Principe en vertu duquel
l’administration a un privilège de juridiction et doit être soumise à un juge spécial
distinct du juge de droit commun :
2. Soumettre l’administration aux juridictions de droit commun. C’est le principe de
l’unité de juridiction ou du « monisme » juridictionnel.

Il n’y aurait qu’un seul ordre de juridiction dont la compétence s’étend aussi bien au
contentieux administratif qu’aux conflits entre particuliers. Le choix fait est original. Le
législateur n’a pas institué un organisme juridictionnel spécial chargé de trancher les litiges
d’ordre administratif. Il a mis en place un organisme juridictionnel unique au sein duquel la
répartition de compétences entre deux ordres de juridiction était toutefois maintenue. Il s’agit
de la Cour Suprême. Ainsi, malgré une unicité organique sous certains aspects, le principe
de la dualité de juridiction reste appliqué.
Cette dualité de juridiction est maintenue par la Constitution malgache actuelle. L’article
127 de la Constitution de la Quatrième République du 11 Décembre 2010 qui dispose que le
Conseil d’Etat est la juridiction chargée du contrôle de la régularité des actes de
l’Administration et de l’application des lois par les juridictions de l’ordre administratif.

§2- L’explication technique

Si cette évolution historique explique l’apparition de la justice administrative, son


maintien en est justifié par des raisons de techniques juridiques.

Le droit administratif, droit éminemment jurisprudentiel, ne saurait être, en raison de ses


particularités, mieux interprété que par les tribunaux même qui ont traditionnellement
participé à son élaboration et qui en ont une connaissance plus approfondie qu’on ne peut
exiger des magistrats de l’ordre judiciaire dont les tâches sont déjà très diverses.

L’application du droit administratif suppose non seulement la connaissance de règles


spéciales, mais des aperçus sur l’organisation, les moyens et le fonctionnement de
l’administration active qu’on ne peut exiger des magistrats civils mais que leur formation doit
donner aux magistrats administratifs.

La difficulté est de déterminer les limites de la justice administrative pour éclairer les
plaideurs avec précision.

Section III – Les limites de la justice administrative : les effets de la séparation

Pour déterminer le domaine respectif des juridictions administratives et des tribunaux


judiciaires, il convient :

- En premier lieu, de fixer les règles de fond qui serviront de critère pour le partage des
compétences entre les deux ordres de juridiction.
- En second lieu, de poser les règles de procédure qui, dans les cas litigieux
permettront de mettre ces critères en pratique.
§1- Les règles de fond et les critères de compétence

A priori, il est facile de procéder dans un texte légal à une énumération détaillée des
litiges concrets soumettre à l’une et à l’autre des juridictions. Dans ce cas, ont dit qu’il y a
compétence par détermination de la loi ou compétence d’attribution, parce que c’est la loi qui
détermine les cas de compétence et les attribue à une juridiction.

Néanmoins, ce procédé ne respecte pas la souplesse inhérente à la fonction


administrative et au droit qui lui est applicable, une telle énumération compte forcément des
lacunes et ne peut prévoir la totalité des cas litigieux éventuels. On emploie alors un autre
procédé dit de la compétence par nature qui consiste non plus à fixer une liste concret, mais
à poster une règle générale et abstraite sous la forme d’un principe qu’on appelle parfois
« clause générale de compétence ».
Ces deux systèmes qui sont d’ailleurs complémentaires sont appliqués à Madagascar.
Si le premier procédé (compétence par détermination de la loi ou compétence d’attribution)
ne pose généralement pas de problèmes, il en va autrement du second dont l’emploi est
beaucoup délicat en raison du choix à faire de la clause générale de compétence. En effet,
celle-ci a varié et on ne saurait son contenu actuel sans avoir retracé sommairement son
évolution.

A-L’évolution des critères de compétence

Cette évolution s’est déroulée en trois étapes :

1. La compétence du juge administratif pour tous les procès de l’administration.

Il faut rappeler que le premier principe retenu était que tous les procès dans
lesquels l’administration se trouvait en cause devaient être portés devant le juge
administratif. Ce principe sommaire comporta de plus en plus d’exceptions et fut
bientôt abandonné.

2. La distinction des actes de puissance publique et des actes de gestion

Cette conception avait en son heure de succès. Elle supposait :

- Que le juge administratif devait connaître seulement des actes dans lesquels
l’administration utilisait ses prérogatives exceptionnelles et intervenait en tant
qu’autorité publique.
- Que les tribunaux judiciaires conservaient leur compétence pour tout acte
semble à ceux que pouvaient accomplir un particulier. Ainsi le domaine de la
responsabilité se trouvait le plus souvent soumis aux tribunaux judiciaires dès
lors que l’administration n’avait pas utilisé ses prérogatives exceptionnelles.

Cette distinction apparut artificielle car en réalité, l’activité administrative faisait


toujours apparaîtra des mélanges d’actes de puissance publique et d’actes de
gestion.
3. La distinction du service public et de la gestion privée.

- Conception initiale

C’est à propos d’une affaire de responsabilité que la jurisprudence marqua


l’abandon du critère précédent. On cite classiquement cette espèce qui est une des plus
célèbres du droit administratif : arrêt rendu le 8 février 1973 dans une affaire Bianco par
Tribunal des Conflits français dont on verra qu’il est la juridiction chargée de résoudre les
conflits de compétence entre la juridiction administrative et les tribunaux judiciaires. Il
s’agissait, en l’espèce, d’un accident causé par un wagonnet de la Manufactures des tabacs
de Bordeaux. Sur la base du critère ancien, l’affaire a dû être renvoyée aux tribunaux
judiciaires : il n’en fut rien et la compétence administrative fut reconnue au motif qu’il
s’agissait de l’organisation et du fonctionnement d’un service public.

La même question se posa devant le Conseil d’Etat à propos de la fameuse


affaire Terrier le 6 Février 1903 à propos de laquelle le Commissaire du Gouvernement
Romieu définit ce nouveau critère dans les conclusions devenues célèbres : il s’agissait d’un
chasseur de vipères qui se plaignait de n’avoir pas touché du Département la prime promise
par le Conseil général pour la destruction de ces reptiles. Là aussi le Conseil admit qu’il y
avait lieu à compétence administrative.

Ces hautes juridictions retenaient que se trouvait mis en cause le fonctionnement


pur et simple d’un service public et dont la satisfaction d’un besoin public. Le juge
administratif se trouvaient dès lors seuls compétents, s’agissant des activités de service
public, quelle que soit la forme employée par l’administration (actes d’autorité procédés de
gestion). Par exemple, la prime accordée aux chasseurs de vipères aurait pu être accordée
aussi bien par un particulier : elle ne constituait donc pas un procédé de puissance publique
et dans la distinction ancienne, elle aurait été comprise dans les actes de gestion. Il en était
de même pour l’accident survenu à la Manufacture.

Les tribunaux judiciaires ne conservaient leur compétence qu’à propos des actes
dits : « de gestion privée » dans lesquels l’administration ne se préoccupait plus de
l’organisation ou du fonctionnement des services publics, mais de simples exploitations
pécuniaires de ses biens, analogues à l’activité des particuliers.

Cette théorie étendait l’application du droit administratif et la compétence des


tribunaux administratifs, la notation de service public étant beaucoup plus large que celle de
puissance publique.

- L’insuffisance de cette conception

Il apparu que, dans de nombreux cas, l’administration tout en assurant un service


public, passait des contrats de droit privé qui devaient donc des tribunaux judiciaires. Tel fut
le sens de l’Arrêt Société des Granits Porphyroïdes des Vosges (Conseil d’Etat français du
31 Juillet 1912). Depuis cet Arrêt, sui est d’ailleurs reconnu par les juges malgaches, le
cloisonnement entre droit public et droit privé recevait de nombreuses brèches :
- Création des services publics industriels et commerciaux qui combinent le
fonctionnement d’un service public avec des procédés de droit privé et
relèvent des tribunaux civils,
- Création de nouvelles catégories de personnes publiques (CNaPS), ou
semi-publiques (Cas des Sociétés d’Economie Mixte)

Donc on voit que ces conceptions ne sont pas toujours indiscutables. Aussi,
fallait-il s’orienter vers un nouveau critère.

B- La délimitation actuelle des compétences

Ici, il faut, non seulement dégager les critères actuels de la compétence par
nature ou clause générale dégagée par la jurisprudence, mais aussi citer les cas de
compétence d’attribution prévus par la loi.

1- Les règles jurisprudentielles de compétence ou compétence par nature.

En droit administratif, le juge a été d’intervenir pour déterminer les règles de


répartition de compétence. Le juge utilise à cet effet deux critères pour fixer sa compétence :
D’une part, la clause générale de compétence et d’autre part les clauses spéciales de
compétence.

1a-La clause générale de compétence

A l’heure actuelle, le critère de détermination de compétence généralement


utilisé par le juge est celui de la clause générale de compétence. Il s’agit de prendre en
considération le droit applicable à la solution du litige.

La clause générale de compétence consiste à dire que lorsque le litige


trouve sa solution dans l’application d’une règle de droit public, il relève de la compétence de
la juridiction administrative. Si au contraire, il soulève des questions de droit privé, il relève
de la juridiction judiciaire.

De temps en temps, le législateur stipule que dans telle ou telle matière, il y


a lieu de faire application de règles de droit public ou des règles de droit privé. En l’absence
de telles dispositions législatives, il appartient au juge de rechercher les circonstances qui lui
permettent de dire qu’il y a lieu de faire application de telle ou telle règle de droit et de
déclarer en conséquence sa compétence ou son incompétence.

1b-Les clauses spéciales de compétence

Les clauses spéciales de compétence sont des règles dérogatoires à la


clause générale de compétence. Elles sont au nombre de deux : d’une part, la clause
donnant compétence à la juridiction judiciaire pour connaître des litiges relatifs au
fonctionnement des services judiciaires ; d’autre part, la clause donnant compétence à la
juridiction judiciaire pour les litiges relatifs aux atteintes commises par l’Administration au
droit de propriété et aux libertés fondamentales. Ces atteinte sont de deux sortes : l’emprise
et la voie de fait.

-La compétence des tribunaux judiciaires pour les litiges relatifs au


fonctionnement des services judiciaires.
Cette attribution de compétence est une conséquence du principe de la
séparation des fonctions administratives et judiciaires. Les tribunaux judiciaires sont seuls
compétents pour connaître des actes ou des opérations relatives à l’exercice du pouvoir
juridictionnel et au fonctionnement de la justice que ces actes ou opérations soient antérieurs
ou postérieurs aux instances judiciaires.

C’est ainsi que toutes les opérations de police se rattachent aux fonctions
judiciaires ainsi que les conséquences dommageables qui peuvent en résulter relèvent de la
compétence de la juridiction judiciaire. Exemple : les enquêtes préliminaires et les gardes à
vue.

Il en est de même pour les actes du parquet et surtout des juges judiciaires.

Cependant, les litiges relatifs à l’organisation de la justice restent de la


compétence du juge administratif, Exemple : les textes portant création ou suppression d’une
juridiction judiciaire, les actes portant application du Statut de la magistrature.

- Le compétence des tribunaux judiciaires pour les litiges relatifs à la théorie


de l’emprise.

L’attribution de compétence aux tribunaux judiciaires en matière d’emprise


est la conséquence du principe que le juge judiciaire est le gardien de la propriété privée et
des libertés fondamentales.

Définition : L’emprise est la prise de possession par l’administration d’une


propriété immobilière. De cette définition ressort deux éléments, d’une part, l’emprise est une
véritable dépossession. La simple atteinte ou les dommages causés à une propriété ne
constitue pas une emprise ; d’autre part, la dépossession doit concerner une propriété privée
immobilière. Par conséquent, la prise de possession d’une propriété mobilière n’entraîne pas
l’application de la théorie de l’emprise.

Les effets de l’existence de l’emprise : L’existence d’une emprise entraîne


différentes conséquences sur le plan des règles de répartition de compétence entre les deux
ordres de juridiction.

La détermination de la juridiction compétente sera fonction de la régularité


ou de l’irrégularité de l’emprise. En effet, une emprise peut être régulière ou irrégulière.

L’emprise est irrégulière quand elle est fondée sur un titre illégal ou quand
elle est établie sans titre juridique préalable ou selon une prise de possession illégale. Il
appartient au juge administratif d’apprécier la régularité ou l’irrégularité d’une emprise.

Si l’emprise est régulière, le juge compétent pour connaître des effets de


l’existence d’une emprise reste e juge administratif

En revanche, si l’emprise est déclarée irrégulière, le juge compétent est le


juge judiciaire Devant une emprise irrégulière, le juge judiciaire peut décider la réparation de
l’ensemble des préjudices pouvant résulter de l’emprise en prononçant des dommages
intérêts contre l’administration.

Toutefois, il ne peut pas faire des injonctions à l’administration pour faire


cesser l’emprise en ordonnant par l’expulsion du service occupant la propriété privée.
-La compétence des tribunaux judiciaires pour les litiges relatifs à une voie
de fait administrative.

Cette attribution de compétence est également. Une conséquence du


principe selon lequel les judiciaires sont les gardiennes de la propriété privée et des libertés
fondamentales.

Définition : la voie de fait se définit comme une atteint d’une particulière


gravité au droit de propriété ou à une liberté fondamentale. L’existence de la voie de fait
suppose la réunion des deux conditions suivantes :

-D’une part, la voie de fait n’existe que si l’atteint porte sur un droit de
propriété ou sur une liberté fondamentale. Toute opération irrégulière de l’administration ne
constitue pas nécessairement une voie de fait.

En matière de droit de propriété, le domaine d’application de la voie de fait, à


la différence de celui de l’emprise s’étend aussi bien à la propriété immobilière qu’à la
propriété mobilière.

En matière de liberté fondamentale, la jurisprudence a estimé que ne


constitue une liberté fondamentale que la liberté prévue et protégée par la loi.

-D’autre part la voie de fait n’existe que si l’atteint est d’une particulière
gravité. La théorie de la voie de fait n’est appliquée que dans la mesure où l’acte ou l’activité
de l’administration qui porte atteinte au droit de propriété ou à une liberté fondamentale est
manifestement insusceptible de se rattacher à un pouvoir normal de l’administration.

Il en est ainsi de deux hypothèses : D’une part, quand l’acte ou l’activité ne


résulte pas de l’application d’un texte législatif ou réglementaire. D’autre part, quand l’acte ou
l’activité ne relève en aucune manière des attributions de l’administration. C’est ainsi que
constitue une voie de fait le fait de prendre possession d’un immeuble et des constructions
qui s’y trouvent pour servir de bâtiments scolaire sans procédure normale d’expropriation.

Effets de la voie de fait : Les litiges résultant d’une voie de fait relèvent de la
juridiction judiciaire. Cette compétence est plus large qu’en matière d’emprise. En effet, le
juge judiciaire peut apprécier directement l’existence de la voie de fait sans qu’il soit obligé
de faire appel au juge administratif pour constater la voie de fait. Ainsi :

-Il peut décider exceptionnellement l’annulation de l’acte administratif à la


source de la voie de fait en appréciant sa légalité.

-Il peut même adresser des injonctions à l’administration en lui ordonnant les
mesures propres à faire cesser la voie de fait.

-Il peut aussi prononcer la condamnation de l’administration à la réparation


des préjudices subis à cause de la voie de fait.

2-La répartition de compétence en vertu de la loi.

La création d’une juridiction est un domaine réservé à la loi (Cf. article 82.3.1
éme
8 tiret de la Constitution disposant que « la loi fixe les règles concernant la création de
nouveaux ordres de juridiction et leur compétences respectives ainsi que leur organisation et
les règles de procédure qui leur sont applicables »). Le texte de création comporte
quelquefois des règles relatives à la compétence de cette juridiction.

Dans ce cas, on parle de la règle de l’énumération. Ainsi, selon la loi,


relèvent de la compétence judiciaire les contentieux suivants :

- Les litiges relatifs à l’état des personnes (Cf. cours de droit civil)
- Le contentieux des impôts indirects (Cf. l’annexe à la loi de finances n° 99-032
portant loi des finances pour l’année 2000)
- Le contentieux de la responsabilité de l’Etat et des Collectivités publiques en
cas d’émeutes ;
- Le contentieux de la responsabilité de l’administration pour les dommages
causés par les véhicules administratifs ;
- Le contentieux relatif au domaine privé national ;
- Le contentieux des réquisitions des personnes et des biens ;
- Le contentieux de la responsabilité des membres de l’enseignement public en
cas de fait dommageable commis soit par un élève soit à son préjudice.
D’un autre côté, les textes législatifs ont attribué la compétence à la juridiction administrative
pour les catégories de litiges suivantes :
- Les litiges concernant les actes des collectivités territoriales tels que les
délibérations ou les « dina » pris par les organes délibérants ;
- La décision du bureau exécutif ;
- Les litiges relatifs aux impôts directs ;
- Les litiges relatifs au domaine public de l’Etat et en particulier les litiges
concernant les édifices culturels.

§2-Les règles de procédure et les conflits de compétence


Une fois posés les critères de compétence, il reste à se demander comment ils seront mis en
jeu et qui tranchera les conflits entre les tribunaux administratifs et les tribunaux judiciaires.

A – Quel est la juridiction chargée de juger les conflits ?

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