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Partiel terminal : DISSERTATION

Sujet :

Dans Le Fantastique [2001], Valérie Tritter estime que « le fantastique est un art de
dévoilement spectaculaire de l’intériorité [...]. Le fantastique est à la recherche de la vérité de
l’homme, et pour cela explore tout ce que la psyché peut produire de bizarre et de dérangeant.
Le fantastique pourrait se donner à̀ lire comme une tératologie de l’intériorité. »

Roger Caillois, dans son Anthologie du fantastique, souligne que « le fantastique


suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager ». Cette définition du
fantastique, partagée par Denis Mellier notamment, montre que ce genre littéraire est plus
qu’une simple manifestation de l’imagination mais plutôt une « mise en crise du réel » : celle-
ci a pour but d’instaurer le doute sur ce que le lecteur, au travers du personnage, connait de
lui-même, de ce qui l’entoure, de ses valeurs, … Le fantastique instaure donc une réflexion de
l’homme, sur l’homme. Dans notre sujet, Valérie Tritter mentionne dans Le Fantastique
(2001) que « le fantastique est un art de dévoilement spectaculaire de l’intériorité [...]. Le
fantastique est à la recherche de la vérité de l’homme, et pour cela explore tout ce que la
psyché peut produire de bizarre et de dérangeant. Le fantastique pourrait se donner à̀ lire
comme une tératologie de l’intériorité. ». La tétralogie désigne l’étude des monstres. L’études
de ceux-ci, récurrents dans le genre fantastique permettrait alors une exploration de
l’intériorité, de la psyché de l’homme, pour finalement faire ressortir un questionnement sur la
nature véritable de l’homme. Ainsi, en suivant cette citation, on peut considérer ce genre
comme un moyen de réflexion plus profond que ce qu’il peut laisser paraître.
On peut alors se demander dans quelle mesure le fantastique peut soulever des
réflexions internes ou plus générales qui dépassent le cadre littéraire du fantastique. Pour
argumenter une réponse à cette question, nous nous baserons sur les nouvelles fantastiques
écrites par Théophile Gautier, Prosper Mérimée et Guy de Maupassant.
Nous verrons tout d’abord que le genre fantastique est une clé d’accès à l’intériorité.
La lecture de ces nouvelles va ensuite déboucher sur une réflexion philosophique, une
introspection de la psyché. Celle-ci va pour finir, entraîner une réflexion sur la vérité
humaine, dépassant le cadre de l’intériorité de l’homme.

Le genre fantastique est un genre intéressant puisqu’il représente plus que sa simple
définition qui renvoie à une manifestation de l’imagination. En effet, le fantastique, par sa
poétique, permet un accès à l’intériorité de l’homme : c’est un « art de dévoilement
spectaculaire de l’intériorité ».
On peut tout d’abord remarquer que le fantastique cherche à se rapprocher au mieux
de l’intériorité de chacun, notamment par la manière dont il est écrit. Dans de nombreuses
nouvelles, qu’elles soient de Maupassant ou de Gautier, on fait face à des lettres, des journaux
intimes écrits par les personnages. Cette façon d’écrire, à la première personne du singulier,
permet de se rapprocher le plus possible de l’intériorité puisque l’on est dans un point de vue
interne. Dans « Suicides » de Maupassant, le texte est majoritairement composé de la lettre
d’adieu qu’un homme écrit avant de mettre fin à ses jours. Ici, on ne peut donc pas être plus
au centre de l’intériorité du personnage, il explique que c’est après une introspection, un
retour sur sa vie passée qu’il décide de finalement se suicider. Dans « Le Horla » (1887), on
suit le protagoniste à travers son journal intime, qu’il alimente régulièrement. Ainsi, le lecteur
se sent comme à la place du personnage et suit donc d’un point de vue rapproché sa descente
progressive dans la folie. Dans « La Vénus d’Ille » de Mérimée, le début de la nouvelle tend à
insister sur le fait que le texte est en réalité une expérience qui a été vécue par le narrateur, on
est donc encore une fois au centre de la nouvelle puisque le texte est raconté à la première
personne du singulier.
Par ailleurs, Maupassant est un naturaliste : il crée une illusion de la réalité. Or, le
fantastique crée une faille dans la réalité, une mise en crise de cette dernière. Les nouvelles
étudiées sont très ancrées dans le réel. Les lieux où les nouvelles prennent place sont souvent
des lieux réels, ou bien réalistes puisque décrits avec beaucoup de détails. Dans « La nuit » de
Maupassant, l’intrigue se déroule au cœur de Paris. Ainsi, le personnage déambule dans les
rues et finit par se perdre. Mais les lieux par lesquels il passe sont précisément décrits : on
parle des « Halles », de la « Seine », du « Crédit Lyonnais », de la « rue de Grammont », du
théâtre de « Vaudeville », … Tous ces détails participent à rendre l’histoire réaliste. De même
dans « Arria Marcella » de Gautier, le site de Pompéi est très fidèlement décrit, notamment
grâce à des termes archéologiques spécifiques. C’est une fois la réalité clairement décrite et
ancrée dans le récit que le fantastique va venir chambouler cette réalité. Cette mise en crise du
monde extérieur va permettre par la suite de mettre en crise le monde intérieur, l’intériorité de
l’homme. Gautier va appeler ce nouveau monde fantastique l’ « extramonde ».
L’intrusion du fantastique dans la réalité des nouvelles est souvent caractérisée par des
créatures, des monstres extérieurs à la réalité. Dans « La Morte Amoureuse » de Gautier, le
fantastique est symbolisé par Clarimonde, qui prend la forme d’une femme morte, un
vampire. Dans « Apparition » de Maupassant, le personnage se retrouve confronté à
l’apparition d’une femme décédée qui lui demande de l’aide pour peigner sa chevelure alors
qu’il cherche à retrouver les lettres de son ami dans la chambre de la défunte. Il fait ainsi face
à un fantôme. Ces apparitions de « monstres », de créatures surnaturelles extérieures à la
réalité entraînent une réflexion sur les monstres intérieurs à l’homme, tout ce qui se cache
dans sa psyché. « On a vraiment peur que de ce qu’on ne comprend pas » : cette citation de
« La Peur » de Maupassant représente bien le fantastique car ces monstres extérieurs, que l’on
ne connait pas et que l’on ne comprend pas car ils ne sont pas relatifs à notre réalité, créent
une peur chez l’homme parce qu’ils font échos à notre intériorité.
Le genre fantastique, grâce à une écriture à la première personne, une mise en crise du
réel et une mise en scène de monstres faisant échos à l’homme permettent un accès à
l’intériorité de chacun.

Le fantastique permet donc une introspection, une réflexion sur l’intériorité et la


psyché de chacun.
Cette réflexion est tout d’abord identitaire. Le personnage (et donc le lecteur) va
douter de la réalité et cette remise en question va s’étendre à l’identité même de soi. On
recherche ainsi à comprendre la psyché, le conscient, l’inconscient,…Ce sujet, très
philosophique va se développer plus tard, avec Freud notamment, mais il est déjà abordé au
XIXème siècle, dans le nouvelles fantastiques par exemple. Dans « Le Horla » de
Maupassant, le narrateur va se retrouver confronté à un être surnaturel, qui va le hanter jour et
nuit, et même finir par le tuer. Cette ascension vers la folie du personnage montre l’aliénation
de celui-ci qui finit par ne plus être lui-même. Cette créature, le « Horla » est en fait « hors de
moi », il représente un alter égo du personnage qui va le mener à sa mort. Cette question du
dédoublement de soi est également soulignée par la confrontation intérieure entre la nature et
la culture au cœur même du moi. Dans la nouvelle « Lokis » de Mérimée, les animaux vivent
dans une société en parallèle des hommes, les ours peuvent féconder les femmes, … Cette
nouvelle parle clairement de l’opposition entre le moi civilisé et le moi sauvage, animal : en
effet une part bestiale réside en chaque homme.
Le moi est aussi contrôlé par les désirs internes à chacun. Cette idée vient à la suite de
la précédente puisque ces désirs peuvent être interprétés comme des besoins, des besoins qui
seraient commandés par la partie animale, sauvage et naturelle et chaque homme. Selon
Maupassant, la conduite de chacun serait alors guidée par ses instincts les plus profonds. Les
pulsions sexuelles seraient ainsi à la base de l’amour. Dans la nouvelle « Fou ? », le narrateur
est complètement soumis à ses pulsions sexuelles : « je m’épuisais dans une rage
d’inassouvissable désir ». Le personnage fait tout pour s’opposer à ces besoins qu’il réprime.
Cette opposition entre son moi social et son moi animal va finir par le rendre fou. Dans
« Avatar » de Gautier, les pulsions sexuelles d’Octave vont le pousser à avoir des relations
avec Prascovie, en se faisant passer pour son mari. Cette scène est en réalité un viol puisque
Prascovie ne sait pas que ce n’est pas avec son mari qu’elle a des relations sexuelles. Les
désirs les plus profonds des hommes les poussent donc à faire des choix, choix qui peuvent
parfois entrer en conflit avec les désirs et la liberté d’autrui.
Cette découverte de l’intériorité de chacun va venir se faire compléter par un processus
difficile d’introspection. En effet, dans « Suicides » de Maupassant, le personnage va décider
de mettre fin à ses jours après avoir revisité ses souvenirs, même les plus anciens. Ce bilan
qu’il fait de sa vie, cette introspection, puisqu’il puise au cœur de lui-même pour créer ce
bilan, va le confronter avec la réalité de sa vie qu’il va devoir finir dans la vieillesse et la
solitude. La lettre justificative de son suicide permet de comprendre que l’introspection,
l’étude de l’intériorité de chacun est un processus compliqué qui mène à des questions plus
importantes et plus générales. La fatalité de son destin étant ici trop difficile à supporter pour
le personnage, il décide de se suicider.
L’étude de la psyché et de tout ce qu’elle peut « produire de bizarre et de dérangeant »
crée une réflexion, sur l’identité, sur les désirs, … Ce processus d’introspection va souvent
mener les personnages à la folie et c’est ce sentiment tragique de la folie qui va donc conduire
à un questionnement sur la « vérité de l’homme », sur la nature humaine.

Le fantastique va ainsi permettre une réflexion sur la nature de l’homme, au-delà de


l’intériorité déjà explorée.
Le genre fantastique est un genre qui est sombre puisque la plupart des nouvelles
étudiées se finissent mal, notamment par l’intervention de la mort. On peut alors avoir affaire
à une réflexion sur le bonheur par exemple. L’homme est faible face à la mort et il ne peut
finalement être heureux. Dans « La Morte amoureuse » de Gautier, Romuald se retrouve dans
un dilemme entre l’amour de Clarimonde et la religion. C’est avec Clarimonde qu’il est
heureux mais son amour avec elle est impossible puisqu’elle est morte. La pression sociale
qu’il subit le force à renoncer à son amour. Si son amour avec Clarimonde n’est qu’un rêve
puisqu’il est impossible, peut-être que le bonheur est finalement inatteignable
Beaucoup de nouvelles tournent également autour du sujet du temps. En effet, lors
d’une intervention du fantastique, le temps semble s’écouler autrement. Dans les nouvelles de
Gautier, on est régulièrement confronté à des périodes historiques ou du moins du passé. En
effet, le passé, dans « Omphale » ou dans « Avatar », est une période décrite comme un
paradis perdu. Les temps modernes, dans « Arria Marcella » par exemple sont destructeurs.
L’homme se retrouve seul face au temps qui passe et qui ne fait que détruire.
Mérimée comme Maupassant, ont tous deux une vision pessimiste de la condition
humaine. Dans « Lokis », le viol par l’ours montre cette offense faite à l’amour pour ce
rapport sexuel forcé. Ainsi, la négativité est présente dans le cœur de tous les hommes. Il se
sert néanmoins de la figure du savant pour montrer un espoir en l’humanité, un espoir en la
sagesse qui peut sauver le monde. Maupassant est conscient de la finitude de l’homme et de
son destin tragique. Dans « Lettre d’un fou », le personnage est confronté à la dure réalité du
fait que l’homme ne peut pas tout savoir et tout connaitre. Les connaissances sont infinies
tandis que l’homme est sensible à la vie et à la mort et se retrouve forcément confronté à la
finitude. Cette vision tragique met en forme l’angoisse de l’homme face à sa petitesse et à sa
fragilité face au monde qui l’entoure.
Le fantastique permet ainsi une réflexion plus générale sur la condition humaine, au-
delà de la simple nouvelle ou du simple conte.

Le fantastique est un genre littéraire qui a plus de sens qu’il ne pourrait tout d’abord en
laisser paraitre. « Le fantastique est un art de dévoilement spectaculaire de l’intériorité »
puisque son mode d’écriture à la première personne, sa destruction de la vision de la réalité et
ses monstres extérieurs qui sont en fait des monstres intérieurs, permettent une vision sur
l’intériorité de chacun. C’est ensuite en s’intéressant à cette « tératologie de l’intériorité » que
l’on découvre des réflexions philosophiques sur l’identité de chaque homme. Cette intériorité
va par la suite montrer à l’homme qu’une réflexion sur la condition humaine de manière plus
générale est possible.

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