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Rhéologie des matériaux granulaires et avalanches

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Rhéologie des matériaux granulaires cohésifs.

Application aux avalanches de neige dense.


Pierre Rognon

To cite this version:


Pierre Rognon. Rhéologie des matériaux granulaires cohésifs. Application aux avalanches
de neige dense.. Engineering Sciences [physics]. Ecole des Ponts ParisTech, 2006. English.
<pastel-00002450>

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École Nationale des Ponts et Chaussées

THÈSE
pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L'ÉCOLE NATIONALE


DES PONTS ET CHAUSSÉES

Discipline : Matériaux et Structures

présentée et soutenue publiquement


par

Pierre ROGNON

décembre 2006

Rhéologie des matériaux granulaires cohésifs


Application aux avalanches de neige denses

JURY
M. François CHEVOIR Conseiller d'étude
M. Philippe COUSSOT Directeur de thèse
M. Michel LOUGE Président du jury
M. Mohamed NAAÏM Conseiller d'étude
M. Olivier POULIQUEN Rapporteur
M. Fahrang RADJAÏ Rapporteur
ii
Remerciements

Ces trois années passées sur le Chemin de la Thèse ont été pour moi une expérience
exceptionnelle. De nombreuses personnes m'ont accompagné, poussé, voir porté le long
de se Chemin. Voici l'occasion de les en remercier en révélant quelques unes de leurs
qualités.
François Chevoir m'a indiqué le début du Chemin en encadrant mes stages de Maî-
trise et de D.E.A au LMSGC, puis en me proposant ce sujet de thèse. Sa passion pour
la science, sa rigueur et son calme Olympien ont été mon cap à suivre et ses capacités
d'écoute, de synthèse et de conseil m'ont évité bien de fausses routes et de ravins. Moha-
med Naaïm m'a accompagné du début à la n du Sentier. Sa conance, son optimisme
(désarmant) et sa détermination sont d'excellents carburants. Sa manière de guider son
équipe, dont moi, en se basant sur le respect et la bonne entente est remarquable. Phi-
lippe Coussot a su intervenir dans les passages clefs de ce travail. Sa franchise, la rapidité,
la clarté et la pertinence de ses conseils m'ont fait faire de grands pas en avant. A la n
du Chemin, la soutenance. Olivier Pouliquen, Faharang Radjaï et Michel Louge m'ont
fait le plaisir de bien vouloir juger ce travail.
Une partie cruciale de ce Chemin de Thèse se passa en haute montagne, au site du
col du Lac Blanc. Là haut, l'indispensable bonne entente dans l'équipe a été le travail
de tous. Tous ? Hervé Bellot, Fréderic Ousset, Thierry Faug, Xavier Ravanat, Geremy
Robert, Sarah Xuereb, Chloé Bois, Florence Naaïm, François-Xavier Cierco, Michaël
Bächer... Tous ont vaillamment bataillé au service de la science. Les moments passés
ensemble là haut ont été exceptionnels. Tout particulièrement, Hervé et Fred m'ont pris
en main, malgré mes origines Parisiennes douteuses, et m'ont appris à vivre là-haut.
Ils n'ont pas ménagé leur peine et sans leur enthousiasme, leur motivation, leur savoir-
faire et leur bonne humeur, aucune manip n'aurait été possible. Frédéric Ousset. Pas
grand, pas épais, mais quel gaillard ! ! Rien ne lui est impossible en matière de mécanique.
Les multiples problèmes rencontrés (diesel gelé dans le moteur, soudure à -10◦ C...) ont
toujours trouvé une solution. Sa recette est simple : ne pas ménager jurons et pesteries
(sans doute pour impressionner le Problème), appliquer des méthodes traditionnelles et
le bricolage improvisé, puis nir par une forte dose de blagues et autres histoires pour
détendre l'atmosphère. Celui qui rigole quand Fred exulte, en plus de moi, c'est Hervé.
L'Energie de Bon Matin. A l'inverse de tout homme normalement constitué, Hervé n'a
pas besoin d'un temps calme entre le réveil et trois heures de pelletage. Il s'y colle de suite,
en courant. Sa spécialité, c'est de maintenir en état de marche les systèmes électroniques
iv

enfouis sous la neige et piétinés par mes soins. Celui qui rigole quand Hervé exulte, en
plus de moi, c'est Fred.
Les dicultés scientiques rencontrées en Chemin ont été résolues grâce à de nom-
breuses discussions avec Jean-Noël Roux, Anaël Lemaître, Guillaume Ovarlez, Thierry
Faug, Guillaume Chambon et l'équipe du Séminaire Café. Plus largement, avec les équipes
du LMSGC et de la division ETNA du CEMAGREF.
Une diculté majeure de ce Chemin est qu'il se déroula en deux lieux espacés de
600km : le LMSGC à Champs-sur Marne et le CEMAGREF de Grenoble. De nombreux
déménagements ont donc été nécessaires. Romain et son camion Chicane, ainsi que les
émissaires du Banc d'Alex connaissent maintenant très bien ma machine à laver spéciale-
couette-deux-places. Par ailleurs, De nombreuses personnes ont eu la chance de vivre avec
moi. La première fût Florent Ourth dont la devise est "Nan mais Pierre, tu vas pas te
coucher maintenant ! ! !" (à dire d'une voix mi-scandalisée, mi-étonnée). La seconde fût
Jean-Claude Jammont, capable après une journée d'élagage de monter à la main sur
deux étages une palette de parpaings. Enn, David Marrot de Condom - Gers aussi
appelé Canard-Patates, n'en revient toujours pas : il n'a réussit à se débarasser de moi
qu'au bout d'un an alors qu'il m'hébergeait initialement pour une semaine.
Mes parents et mon amie, en plus d'avoir relu ce rapport et supporté mon humeur
préoccupée, se sont consacrés au pot avec brio (sous la direction de Julien Monnier).
vi
Sommaire

Introduction 1

I Situation du sujet 5
1 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances 7
1.1 Diérents types de neige . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1.1 Neige fraîche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.2 Particules reconnaissables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.3 Grains ns . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.1.4 Grains ronds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.1.5 Neiges plus rares . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2 Ecoulements de neige . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.1 Modes de déclenchement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.2.2 Modes d'écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2.3 Gestion du risque d'avalanche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.4 Déclenchements articiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3 Simulation à l'échelle 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3.1 Formalisme de Saint-Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3.2 Lois de frottement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.4 Ecoulements denses de neige : connaissances expérimentales . . . . . . . . 21
1.4.1 Modes opératoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.4.2 Ecoulements le long d'une pente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.4.3 Cisaillement entre deux anneaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

2 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires 27


2.1 Interaction entre grains . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.1.1 Contacts non cohésifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.1.2 Contacts cohésifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion . . . . . . . . . . . 34
2.2.1 Cisaillement plan homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.2.2 Plan incliné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
viii SOMMAIRE

2.2.3 Autres géométries d'écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41


2.3 Eet de la cohésion sur les écoulements de grains . . . . . . . . . . . . . . 42
2.3.1 Intensité de la cohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.3.2 Propriétés statiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.3.3 Départ et arrêt d'un écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.3.4 Ecoulements denses de grains cohésifs . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

II Expérimentation 47
3 Méthode expérimentale 49
3.1 Dispositif expérimental et mode opératoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.1.1 Le canal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.1.2 Le système d'alimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.1.3 Mode opératoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.2 Outils de mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
3.2.1 Chaîne d'acquisition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.2.2 Capteurs de hauteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.2.3 Capteurs de contrainte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.2.4 Prol de vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.2.5 Vitesse à la surface : corrélation de hauteur . . . . . . . . . . . . . 59
3.3 Les campagnes d'expérimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
3.3.1 Dicultés spéciques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.3.2 Organisation d'une campagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.3.3 Nombre d'écoulements réalisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.3.4 L'équipe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
3.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64

4 Rhéologie de la neige 67
4.1 Caractéristiques générales des écoulements . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.1.1 Trois régimes d'écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.1.2 Présence d'agrégats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
4.2 Etude détaillée d'un écoulement permanent et uniforme . . . . . . . . . . 70
4.2.1 Hauteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.2.2 Contraintes au socle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.2.3 Prol de vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.3 Facteurs inuant les prols de vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.3.1 Répétabilité des expériences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.3.2 La pente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.3.3 L'épaisseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.3.4 Le type de neige . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.4 Comparaison avec les uides usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.4.1 Procédure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
SOMMAIRE ix

4.4.2 Rhéologie homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78


4.4.3 Rhéologie bi-couche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.5 Mesure de la loi comportement locale de la neige . . . . . . . . . . . . . . 82
4.5.1 Prol de vitesse bi-linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.5.2 Eet de la pente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
4.5.3 Eet de l'épaisseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.6 Loi de frottement globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
4.6.1 Mesure de la vitesse moyenne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.6.2 Mesure de la loi de frottement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
4.6.3 Comparaison avec les lois de frottement existantes . . . . . . . . . 91
4.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94

III Simulations numériques 97


5 Ecoulements de grains cohésifs 99
5.1 Simulations numériques discrètes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.1.1 Dynamique moléculaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.1.2 Temps de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
5.2 Modèle de cohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
5.2.1 Répulsion visco-élastique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
5.2.2 Cohésion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
5.2.3 Friction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
5.2.4 Valeur des paramètres décrivant les grains . . . . . . . . . . . . . . 103
5.3 Géométrie d'écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.3.1 Cisaillement plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.3.2 Plan incliné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.3.3 Dimensions des systèmes étudiées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
5.4 Analyse dimensionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.4.1 Nombre inertiel I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.4.2 Nombre de cohésion η . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.4.3 Nombre de rigidité h∗ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.4.4 Gamme explorée des nombres sans dimension . . . . . . . . . . . . 107
5.5 Identication de la loi de comportement en cisaillement plan . . . . . . . . 108
5.5.1 Etat de cisaillement homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
5.5.2 Loi de frottement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
5.5.3 Loi de dilatance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
5.5.4 Comparaison entre deux modèles de cohésion . . . . . . . . . . . . 114
5.5.5 Relation frottement dilatance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
5.6 Ecoulement sur plan incliné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
5.6.1 Ecoulements permanents et uniformes . . . . . . . . . . . . . . . . 115
5.6.2 Prols des nombres sans dimension . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
5.6.3 Eet de la pente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
5.6.4 Rhéologie locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
x SOMMAIRE

5.7 Microstructure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124


5.7.1 Nombre de coordination . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
5.7.2 Distribution de compacité locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
5.7.3 Distribution de porosité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
5.7.4 Persistance des contacts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
5.7.5 Corrélation des vitesses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
5.8 Relation entre l'évolution de la microstructure et du comportement ma-
croscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
5.8.1 Distribution des forces normales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
5.8.2 Augmentation du frottement entre les grains . . . . . . . . . . . . . 131
5.8.3 Anisotropie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
5.9 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

6 Ecoulements bidisperses sur plan incliné 137


6.1 Système simulé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
6.1.1 Les grains . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
6.1.2 La géométrie d'écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
6.2 Ecoulements permanents et uniformes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
6.2.1 Conditions initiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
6.2.2 Prol de compacité et de contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
6.2.3 Ecoulements ségrégés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
6.2.4 Prols de vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
6.3 Rhéologie locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
6.3.1 Grains quasi-monodisperses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
6.3.2 Mélanges bidisperses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.3.3 Limites de l'étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
6.4 Loi de frottement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
6.4.1 Mesures de la loi de frottement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
6.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148

IV Synthèse 151
7 Synthèse 153
7.1 Rhéologie de la neige . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
7.1.1 Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
7.1.2 Questions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
7.2 Rôle des agrégats dans les écoulements granulaires . . . . . . . . . . . . . 156
7.2.1 Grains cohésifs et monodisperses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
7.2.2 Grains bidisperses non cohésifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
7.3 Ecoulements sur plan incliné : comparaison entre la neige et les granulaires 161
7.3.1 Prol de vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
7.3.2 Arrêt des écoulements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
7.3.3 Eet des parois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
SOMMAIRE xi

7.4 Ecoulements de neige, vision bicouche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165


7.4.1 Pourquoi une vision bicouche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
7.4.2 Réponses apportées par la vision bicouche . . . . . . . . . . . . . . 166
7.5 Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
7.5.1 Ecoulements de neige . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
7.5.2 Simulations numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169

Bibliographie associée à cette thèse 171

Références 173
xii SOMMAIRE
Introduction

Les avalanches de neige constituent un risque naturel majeur en montagne. Prédir leur
trajectoire dans des topographies complexes permet de dénir les zones potentiellement
exposées et d'éviter d'y inplanter des activités humaines ou, le cas échéant, de les protéger.
Mais pour ce faire, il faut savoir comment s'écoule la neige. Comme de l'eau ? Comme
une pâte ? Comme du sable ?
Parmi les diérents types de neige existants, cette thèse se concentre sur celui qui
constitue l'essentiel de la masse du manteau : les grains ns. Il s'agit de petites particules
de glace (∼ 0.2mm) reliées par des ponts solides de glace, plus ou moins nombreux et
résistants selon l'état de transformation de la neige. L'objet de cette étude est de me-
surer le comportement rhéologique des écoulements de grains ns et de comprendre les
mécanismes physiques qui les gouvernent. Pour répondre à cette double attente, deux
approches complémentaires sont abordées : les écoulements expérimentaux de neige na-
turelle et les simulations numériques discrètes d'écoulements granulaires. Le tableau 1
résume les diérents systèmes étudiés.

Ecoulements expérimentaux de neige naturelle

Jusqu'à présent, très peu d'expériences d'écoulement de neige ont été réalisées, sans
doute à cause des diucultés d'accès à ce matériau. Le comportement rhéologique de la
neige demeure largement méconnu et constitue un domaine de recherche relativement
vierge.
L'approche expérimentale adoptée dans ce travail consiste à générer des écoulements
de neige naturelle dans une géométrie de type canal. La particularité de ces expériences
est qu'elles se déroulent en montagne, ce qui est la seule façon d'avoir accès à la neige
naturelle en quantité susante. Le dispositif expérimental utilisé dans cette thèse est situé
au col du Lac Blanc (Alpe d'Huez, 2830m). Il a été conçu et réalisé par le Cemagref lors de
la thèse d'A. Bouchet [16]. L'objectif de ces expériences est de déduire le comportement
rhéologique de la neige à partir des mesures du prol de vitesse d'écoulements réalisés à
pentes et débits variés.
2 SOMMAIRE

Neige Grains cohésifs Grains bidisperses


Géométrie Canal Cisaillement plan et plan incliné Plan incliné
Approche Experimentale Numérique Numérique
Chapitre 3 et 4 5 6

Tab. 1  Systèmes étudiés

Simulations numériques d'écoulements granulaires cohésifs


Les écoulements de grains sans cohésion ont récemment fait l'objet de nombreuses
études qui ont permis une bonne compréhension de leur comportement rhéologique. Mais
pour de nombreux matériaux granulaires, tels que les poudres, les grains humides et bien
sûr la neige, les forces de cohésion entre grains sont signicatives. Par exemple, il est
connu de tous qu'un peu d'eau dans du sable modie considérablement ses propriétés
statiques et en fait un remarquable matériau de construction. Par contre, l'eet de la
cohésion sur le comportement rhéologique d'une assemblée de grains demeure encore
largement méconnu.
L'approche numérique adoptée consiste à simuler l'écoulement d'une assemblée de
grains cohésifs par une méthode de type dynamique moléculaire, déjà utilisée par le
LMSGC lors de la thèse de F. da Cruz [43] pour déterminer le comportement rhéologique
de grains sans cohésion.
L'objectif de ces simulations est, à partir de systèmes aussi simples que possible, de
comprendre en quoi une force de cohésion entre grains modie le comportement rhéolo-
gique de l'assemblée. Le modèle de cohésion choisi ne décrit pas spéciquement l'une des
causes physiques de l'adhésion, et encore moins l'adhésion entre deux grains de glace qui
demeure de fait largement méconnue, mais rend compte du caractère le plus commun et
le plus important de toutes les forces d'adhésion : la résistance d'un contact à la traction.
Deux géométries d'écoulements seront étudiées : le cisaillement plan homogène qui donne
un accès direct au comportement rhéologique de ces grains cohésifs et la géométrie du
plan incliné qui permet une comparaison qualitative avec les expériences d'écoulement
de neige en canal.
La cohésion conduit à l'existence d'agrégats de grains lors des écoulements. Dans le
but de montrer l'eet de la taille de ces agrégats sur la rhéologie du matériau, un système
très simple a été étudié : un mélange bidisperse de grains sans cohésion. Les petits grains
jouent le rôle de grains isolés et les gros grains symbolisent des agrégats incassables et
indéformables. La géométrie d'écoulement considérée est celle du plan incliné rugueux.

Grille de lecture
Ce rapport s'organise en quatre parties et sept chapitres. La première partie situe ce
travail de thèse dans son contexte scientique en résumant le niveau des connaissances
existantes concernant d'une part les écoulements de neige (Chapitre 1) et d'autre part
l'eet de la cohésion sur les écoulements granulaires (Chapitre 2). La seconde partie
SOMMAIRE 3

présente les mesures du comportement rhéologique de la neige naturelle en décrivant la


méthode expérimentale adoptée (Chapitre 3) puis les résultats obtenus (Chapitre 4). La
troisième partie présente les résultats issus des simulations numériques quant à l'eet
de la cohésion sur le comportement d'une assemblée de grains (Chapitre 5). Dans un
second temps, elle discute l'eet de la présence d'agrégats solides sur le comportement
de grains en écoulement sur plan incliné (Chapitre 6). Enn, la quatrième partie fait la
synthèse des résultats aussi bien expérimentaux que numériques pour proposer diérents
mécanismes régissant les écoulements de neige dense (Chapitre 7).
4 SOMMAIRE
Première partie

Situation du sujet
Chapitre 1

Ecoulements de neige dense : enjeux


et connaissances

L'objet de ce chapitre est de situer les enjeux éconnomiques liés aux avalanches de
neige dense ainsi que l'état des connaissances existantes quant à leur comportement. La
première partie décrit les diérents types de neige présents dans le manteau neigeux ainsi
que les principaux mécanismes de transformation. La seconde partie diérencie les deux
modes d'écoulement de neige : les avalanches denses et aérosols et indique quels sont
les moyens mis en jeu pour traiter le risque qu'elles représentent. La troisième partie
détaille la méthode la plus utilisée par les experts pour simuler les avalanches à l'échelle
1 : le formalisme de Saint-Venant. Enn, la dernière partie dresse l'état des lieux des
connaissances expérimentales concernants les écoulements de neige dense.

1.1 Diérents types de neige


Depuis leur formation dans les nuages jusqu'à la fonte du manteau neigeux, les cris-
taux de glace se métamorphosent au gré des conditions thermodynamiques : leur forme,
leur taille et leur propriétés mécaniques évoluent signicativement. Le manteau neigeux
est donc constitué de diérents types de grains organisés en strates [34, 110] qui cor-
respondent aux chutes de neige successives. Cette partie présente les principaux types
de cristaux qui composent le manteau neigeux en suivant la chronologie des transforma-
tions. Les photographies de grains ont été réalisées lors de cette thèse, ou bien viennent
du site Internet de l'Association Nationale pour l'Etude de la neige et des Avalanches
(www.anena.org).
La nivologie est un thème qui intéresse un large public et qui est détaillé dans plu-
sieurs ouvrages généralistes [6, 186, 134]. Son objectif principal est de relier les propriétés
mécaniques du manteau neigeux, en particulier sa résistance à la nature des grains qui
le constituent [209, 188, 105, 137, 70, 93, 185, 111, 79]. Diérentes études ont permis de
bien comprendre les mécanismes de transformation des grains de neige en fonction des
conditions termodynamiques [106, 120, 33, 35, 21]. Si la micro photographie permet de
caractériser de la forme et de la taille des grains de neige [135, 33, 148, 113, 39, 162], leur
8 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

fragilité et leurs propriétés optiques (matériau transparent) rendent les opération di-
ciles. Sans doute à cause de ces dicultés, les propriétés mécaniques du contact entre deux
grains de neige ne sont connues que très qualitativement. Par contre, diérents travaux
ont caractérisé le contact entre deux surfaces de glace, mettant en évidence des propriétés
de cohésion et de dissipation fortement dépendantes de la température et de la présence
d'une couche d'eau liquide à la surface des grains [189, 212]. L'impact entre deux sphères
de glace a été étudié spéciquement dans le cadre de recherches sur l'agglomération des
particules de glace constituant les anneaux de Saturne [20, 81, 82, 85].

1.1.1 Neige fraîche


La neige fraîche est composée de cristaux de glace qui n'ont subit aucune transfor-
mation depuis leur formation dans les nuages. La structure de ces cristaux est une base
hexagonale à partir de laquelle croissent de nes branches de glace appelées dendrites.
Si la base hexagonale est commune à tous les cristaux de neige fraîche, le nombre et les
ramications des dendrites sont très variables. La forme la plus connue de ces cristaux est
celle en étoile qui mesure de un à cinq millimètres (Figure 1.1 (a)). Ces formes ont inté-
ressé de nombreux scientiques tels que Johannes Kepler (1611), René Descartes (1635),
Robert Hooke (1665). Ukichiro Nakaya (1954) a mené la première une étude systématique
de la forme de ces cristaux et des mécanismes de formation en réalisant des cristaux de
neige articiels [135]. Des travaux plus récents décrivent la forme des cristaux de neige
[148, 39, 162].
Dans le manteau neigeux, les dendrites des cristaux s'imbriquent les unes dans les
autres et sont à l'origine d'une cohésion dite de feutrage (Figure 1.1 (b)). Cet enchevê-
trement permet à une couche de neige fraîche de pouvoir tenir sur des pentes très raides,
voire verticales. Mais les dendrites sont fragiles et se brisent facilement sous l'eet d'une
contrainte, ce qui diminue d'autant la cohésion de feutrage.
La neige fraîche n'existe que quand il neige par température négative (sans fonte des
dendrites) et sans vent qui entrechoquerait et briserait les cristaux lors de leur chute.
Elle forme en surface du manteau neigeux une couche de faible masse volumique (50 à
150 kg/m3 ) qui n'excède pas quelques dizaines de centimètres. Plus en profondeur, les
cristaux sont brisés par le poids du manteau neigeux. Par ailleurs, la glace des dendrites
(surfaces très convexes) fond ou se sublime facilement puis se condense dans les zones
concaves. La neige fraîche se transforme donc rapidement (quelques heures à quelques
dizaines d'heures) en grains appelés particules reconnaissables.

1.1.2 Particules reconnaissables


Il s'agit de neige fraîche partiellement transformée, par exemple d'une étoile de neige
fraîche dont deux ou trois branches sont cassées (Figure 1.2 (a)), ou dont les zones
convexes se sont sublimées au prot des zones concaves (Figure 1.2 (b)). Leur taille est
du même ordre de grandeur que les cristaux de neige fraîche. La cohésion de feutrage
subsiste entre les particules reconnaissables, mais elle est plus faible que pour la neige
fraîche. A ce stade de l'évolution, il commence à apparaître des ponts de glace entre
1.1 Diérents types de neige 9

(a) (b)

1 mm 1 mm

Fig. 1.1  Cristaux de neige fraîche (Photos ANENA) : (a) étoile, (b) cohésion de feu-
trage.

(a) (b)

1 mm 1 mm

Fig. 1.2 Particules reconnaissables : (a) dendrites brisées (b) fonte et sublimation des
zones convexes au puis solidication dans les zones concaves.

les grains qui sont à l'origine d'une cohésion dite de frittage. Les couches de particules
reconnaissables sont un peu plus denses que celles de neige fraîche (de 100 à 200 kg/m3 ),
peuvent être plus profondes (un mètre) et persistent plus longtemps que la neige fraîche
(quelques jours).
10 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

1.1.3 Grains ns


La neige de type grain n est le type de neige étudié dans cette thèse. En poursuivant
le mécanisme de sublimation des zones convexes au prot des zones concaves, les parti-
cules reconnaissables deviennent de plus en plus sphériques et petites. Lorsque la taille
des grains est inférieure à 0.5mm, ils sont appelés grains ns. La cohésion de feutrage a
complètement disparue, mais les ponts de glace entre les grains ont grossi augmentant
considérablement la cohésion de frittage (Figure 1.3) [106, 35]. Les couches de grains
ns ont une masse volumique assez élevée (de 200 à 400 kg/m3 ) et se présentent sous la
forme d'un solide poreux plus ou moins facilement cassable : la cohésion de frittage à une
intensité très variable selon d'état de transformation des grains. Les grains ns consti-
tuent l'essentiel de la masse du manteau neigeux et persistent tant que la température
est négative.

(a) (b)

1 mm 1 mm

Fig. 1.3  Grain n : (a) grain n isolé, (b) gains ns et ponts de glaces.

1.1.4 Grains ronds


Lorsque la température devient positive les ponts de glace de la cohésion de frittage
fondent et se transforment en ponts liquides à l'origine d'une nouvelle cohésion dite
capillaire. L'intensité de cette cohésion dépend de la teneur en eau liquide du manteau
neigeux. A la diérence des ponts de glace, les ponts capillaires sont plus faciles à briser,
mais ils se reforment rapidement.
En présence d'eau liquide, les cristaux de glace, quel que soit leur type (neige fraîche,
grains ns...), s'agglomèrent et forment de gros grains sphériques (quelques millimètres)
appelés grains ronds (Figure 1.4). Au printemps, la majorité des grains ns ont été
transformés en grains ronds qui constituent alors l'essentiel du manteau neigeux. Ce type
de neige est usuellement appelé neige humide. Sa masse volumique est encore augmentée
(350 à 500 kg/m3 ).
1.1 Diérents types de neige 11

1 mm

Fig. 1.4  Grains ronds.

1.1.5 Neiges plus rares


Les quatre types de neige évoqués (neige fraîche, particules reconnaissables, grains ns
et neige humide) constituent l'essentiel de la masse du manteau neigeux. Néanmoins, il
existe d'autres types de grains qui, bien que minoritaires, peuvent jouer un rôle important
dans le déclenchement des avalanches. Il s'agit de grains sans cohésion qui forment des
plans de glissement au sein du manteau neigeux [13, 36, 218, 219, 110, 92].

Gobelet
Lorsqu'une couche de neige est soumise à un fort gradient thermique (entre le sol
chaud et l'air froid), il apparaît des ux verticaux de vapeur issue de la sublimation.
La partie basse de chaque grain est soumise au ux de vapeur venant de la couche
inférieure, alors que la partie haute des grains se sublime et alimente en vapeur la couche
supérieure. Les grains résultants de cette métamorphose dite de gradient [33, 203] sont
des grains d'environ 1mm, de forme pyramidale et sans cohésion. Ils sont appelés gobelets
en référence à leur forme.

Givre de surface
Il s'agit de grands cristaux de glace plats (quelques centimètres de hauteur) qui
croissent à la surface du manteau neigeux (Figure 1.5 (a)).

Neige roulée
Lorsque la neige fraiche tombe par grand vent, les cristaux s'entrechoquent pendant
la chute et forment des amas de quelques millimètres. Ces grains sont appelés neige roulée
(Figure 1.5 (b)). Ils sont presque sans cohésion.
12 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

Croûte de regel
Elle apparaît lorsque de l'eau liquide présente dans la neige humide gèle. Les grains
ronds initialement immergés dans l'eau sont alors pris dans la glace. La croûte de regel
est une ne couche (quelques centimètres) de ce matériau proche de la glace qui apparaît
principalement au printemps lorsque le soleil fait fondre la surface du manteau neigeux
et que les nuits froides permettent le regel.

(a) (b)

1 cm 1 mm

Fig. 1.5  Neiges plus rares : (a) givre de surface (b) neige roulée (Photo ANENA).

1.2 Ecoulements de neige


Il est communément admis de distinguer deux modes de déchenchement d'avalanche
ainsi que deux modes d'écoulement. Ce sujet intéresse un large public et apparaît dans
de nombreux ouvrages généralistes [6, 7, 134, 40, 78]. Le tableau 1.1 donne la localisation
spatio-temporelle de chaque type de neige, ainsi que leurs modes préférentiels d'écoule-
ment et de déclenchement.

1.2.1 Modes de déclenchement


La stabilité d'une couche de neige résulte de l'équilibre entre son poids et la cohésion
qui la retient à la couche inférieure. Cet équilibre peut être rompu en cas de surcharge,
comme lors du passage d'un skieur, de la chute d'une corniche, d'un sérac ou d'un bloc
rocheux, ou encore après une forte chute de neige. Le transport de neige par le vent peut
conduire à des accumulations locales importantes qui déstabilisent le manteau neigeux
[127, 126]. Mais la stabilité d'une couche de neige peut aussi être rompue si la cohésion
entre les grains diminue au cours de leur métamorphose.
1.2 Ecoulements de neige 13

Départ en plaque
L'action du vent peut former à la surface du manteau neigeux une plaque de grains ns
très frittés. Cette plaque, épaisse de quelques centimètres à plusieurs mètres, repose sur
une couche moins cohésive comme par exemple une couche de gobelets ou de particules
reconnaissables. Lors d'une surcharge, la plaque se brise sur toute sa largeur qui peut
atteindre plusieurs dizaines de mètres et glisse sur la couche moins cohésive [114, 184, 58]
(Figure 1.6 (a)). La fracture peut se produire largement en amont de la surcharge (par
exemple un skieur) qui se retrouve alors au milieu de l'avalanche. Les départs de plaques
sont la cause de la majorité des décès liés aux avalanches.

Départ ponctuel
Les départs ponctuels d'avalanche concernent la neige fraîche et la neige humide
(Figure 1.6 (b)). Ces neiges sont plus ductiles que les grains ns et les fractures ne s'y
propagent pas. Une surcharge provoque une mobilisation locale qui se propage au cours
de l'écoulement. Les avalanches de neige humide, très fréquente au printemps, mobilisent
le plus souvent la totalité de l'épaisseur du manteau neigeux qui glisse alors sur le sol
(roche, herbe).

(a) (b)

1 m 10 m

Fig. 1.6  Deux modes de déclenchements : (a) départ d'une plaque de grains ns (b)
départ ponctuel de neige humide.

1.2.2 Modes d'écoulement


L'observation d'avalanches réelles a permis de distinguer deux modes d'écoulements
très diérents tant par leur morphologie que par les mécanismes physiques qui les gou-
vernent. Ces deux modes dièrent par la densité de la neige en écoulement.
14 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

Avalanche dense
Comme leur nom l'indique, les avalanches denses sont caractérisées par leur forte
masse volumique, proche de celle du manteau neigeux (de 50 à 400 kg/m3 ). Leur épaisseur
est de l'ordre du mètre et leur vitesse de l'ordre de 10 à 80 km/h. La dynamique de ces
écoulements est dominée par les contacts entre les grains de neige qui les composent. Les
écoulements de neige dense ont tendance à suivre la ligne de plus grande pente et donc
à adapter leur trajectoire au relief (Figure 1.7 (a)). Les avalanches denses peuvent être
constituée de grains ns (sans eau liquide), ou de neige humide.

Avalanche aérosol
Les avalanches aérosols sont des suspensions peu denses (environ 1 kg/m3 ) de grains
de neige dans l'air ambiant (Figure 1.7 (b)). Elles peuvent atteindre des hauteurs de
plusieurs dizaines de mètre et des vitesses de 100 à 300 km/h. La dynamique de ces
écoulements est dominée par la turbulence du uide interstitiel qui leur donne leur as-
pect caractéristique en volutes. Les avalanches aérosols sont peu sensibles au relief :
elles peuvent s'écouler sur de grandes distances en terrain plat, traverser des forêts et
même remonter des pentes. Ce mode d'écoulements apparaît pour les neiges fraîches, les
particules reconnaissables, et parfois pour les grains ns.

(a) (b)

100 m 100 m

Fig. 1.7  Deux types d'écoulements : (a) dense (couloir de Taconnaz, France 2006) et
(b) aérosol.
1.2 Ecoulements de neige 15

Type de neige Cohésion Persistance Localisation Départ Ecoulement


Neige fraîche Feutrage Journée Couche de Ponctuel Aérosol
10cm à la
surface
Particules Fin feutrage, Semaine Couche de 1m à Ponctuel Aérosol
reconnaissables début frittage la surface
Grains ns Frittage Mois Couche de plu- Plaque Dense ou
sieurs mètres à mixte
la surface
Neige humide Pont liquide Mois Tout le man- Ponctuel Dense
teau neigeux

Tab. 1.1  Les diérents types de neige, leur localisation spatio-temporelle et leur mode
d'écoulement.

Avalanche mixte et uidisation


La majorité des avalanches sont dites mixtes, c'est à dire qu'elles sont composées
d'un écoulement dense surmonté d'un aérosol. A l'instant où l'écoulement commence,
l'avalanche est dense (densité du manteau neigeux). Si elle prend susamment de vi-
tesse, les grains de neige vont être arrachés de la surface de l'écoulement dense et vont
former l'aérosol. La formation d'un aérosol dépend de la nature des grains (poids, forme,
cohésion) et de la vitesse atteinte par l'écoulement dense. Mis à part les avalanches de
neige humide, tous les types de neige sont susceptibles de former un aérosol.

1.2.3 Gestion du risque d'avalanche


L'avalanche est le risque naturel le plus meurtrier en France, avec en moyenne, trente
décès chaque année depuis plus de vingt ans. La protection des biens et des personnes
contre ce danger fait intervenir diérents organismes spécialisés dans des domaines variés
tels que la gestion du risque spatial et temporel, les actions préventives de sensibilisation
ou encore les opérations de secours.
 La gestion spatiale du risque relève du CEMAGREF dans le domaine de la recherche
et de l'expertise et des services RTM (Restauration des Terrains de Montagne)
de l'ONF (Oce nationale des Forêts) dans le domaine opérationnel comme par
exemple la confection d'ouvrage paravalanche.
 Le CEN (Centre d'étude de la Neige, Météo France) a en charge la prévision de
la stabilité du manteau neigeux, c'est à dire de la gestion temporelle du risque
d'avalanche.
 Les actions de prévention, d'information et de formation sont eectuées par les
clubs de pratiquants (Club Alpin Français, Fédération française de Montagne et
d'Escalade etc.) et des associations telles que l'ANENA.
 Enn, les secours sont eectués par les gendarmes et les CRS ainsi que les médecins
du secours en montagne avec les pompiers dans certains départements. Sur les
16 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

domaines skiables, les premiers intervenants sont la plupart du temps les pisteurs-
secouristes.

Prévention
La plupart des décès causés par les avalanches concernent des personnes qui pra-
tiquent des loisirs dans les zones non urbanisées de montagne. Les informations sur la
stabilité du manteau neigeux diusées par Météo-France, l'existence de secours ecaces
et surtout la sensibilisation des pratiquants aux risques encourus permet de limiter le
nombre d'accident de ce type.
Le recensement de toutes les avalanches observées ainsi que des zones touchées permet
de dresser la cartographie du risque d'avalanche (Carte de Localisation Probable des
Avalanches, réalisée au CEMAGREF). Si, pour des raisons économiques ou sociales, des
zones à risques ainsi dénies sont traversées par des voies de communication ou bien
habitées, diérentes mesures de protection peuvent être mise en oeuvres par les services
du RTM, appuyés par l'expertise du CEMAGREF.

Ouvrages de protection
Ces ouvrages sont destinés, soit à empêcher l'avalanche de se produire en retenant
le manteau neigeux dans sa zone de départ, soit à dévier, freiner ou arrêter l'avalanche
avant qu'elle n'atteigne la zone que l'on souhaite protéger.
 Le déclenchement articiel des avalanches à l'aide d'explosifs est une technique très
largement utilisée pour sécuriser les pistes de ski et les routes de montagne. Elle
permet d'une part de choisir le moment où l'avalanche aura lieu, et de prendre en
conséquence les mesures de sécurité nécessaires, et d'autre part de provoquer des
avalanches moins importantes en purgeant régulièrement le manteau neigeux. Mais
le déclenchement articiel n'est jamais utilisé lorsqu'une zone habitée est potentiel-
lement exposée. Dans ce cas, une combinaison des deux techniques suivantes est
appliquée.
 La plantation de forêts, l'installation de lets ou de barrières dans la zone de
départ permettent de stabiliser la partie inférieure du manteau neigeux et de limiter
l'importance des avalanches (Figure 1.7 (a)). Mais les zones de départ ne sont pas
toujours équipables (glacier, pente raide, sol meuble) et ces défenses dites actives
ne peuvent pas être mises en oeuvre. Le départ de l'avalanche ne pouvant pas être
empêché, il s'agit alors d'en limiter les conséquences par des défenses passives.
 Les défenses passives visent à dévier, freiner ou stocker la partie dense des ava-
lanches, la plus destructrice pour les habitations. Une fois développée, la partie
aérosol est dicilement arrêtable puisqu'elle est peu sensible au relief. Générale-
ment, les défenses passives sont des ouvrages de maçonnerie (lames déviatrices,
étraves) ou de terrassement (tas freineurs, digue de stockage) de grande ampleur
(Figure 1.7 (b,c)).
Les ouvrages de protection sont onéreux (quelques millions d'euros). Pour réduire leur
coût, leur dimensionnement doit être optimisé ce qui nécessite de connaître au mieux le
1.2 Ecoulements de neige 17

volume de neige mobilisé, la loi de comportement de la neige en écoulement et enn


l'intéraction entre l'écoulement et l'obstacle [61, 60, 133].

(a) (b)

100 m
1 m

(c)

10 m

Fig. 1.8  Ouvrages de protection : (a) let (b) tas freineurs et digue de stockage (Nes-
kaupstadur, Islande) et (c) digue de stockage et digue déviatrice (Siglufjördur, Islande).

1.2.4 Déclenchements articiels


Diérentes équipes réalisent des déchenchements articiels d'avalanche, le plus sou-
vent à l'aide d'explosif, dans le but d'observer un écoulement réel en temps et lieu voulus.
Il est alors possible de mesurer les valeurs typiques de vitesse, de pression ou de densité
dans l'écoulement. Ces données sont indispensables au dimensionnement des ouvrages
paravalanches. Le tableau 1.2 récapitule les sites de déclenchement à travers le monde
ainsi que leur principales caractéristiques. Ces sites sont décrits plus en détails dans [132].
Les inconvénients des expérimentations à l'échelle 1 sont d'une part que le nombre de
déclenchements pour un site donné est limité (environ trois par an) et d'autre part que
certains paramètres sont mal maîtrisés : la pente des couloirs n'est généralement pas
constante, le volume et la qualité de la neige mobilisée ne sont pas contrôlés à priori.
18 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

Couloir (Pays) Dénivelé Mesures (volume mobilisé)


(Pente)
Ryggfonn (Nor- 900m (30◦ ) Capteurs sismiques et contraintes (0.1 106 m3 ).
vège)
Vallée de La 1200m (25◦ à 45◦ ) Contraintes, prol de vitesse, prol de densité,
Sionne (Suisse) volume par photogramétrie (1, 4106 m3 ).
[5]
Taconnaz 3000m (10◦ à 90◦ ) Contraintes (0.5 106 m3 ).
(France)
Lautaret (France) 500m (30◦ à 40◦ ) Vitesse, hauteur contraintes (1000 à 2000 m3 ).
[125]
Revolving Door 100m (35◦ ) Prol de densité et de vitesse (1000 m3 ).
(USA Montana)
[49]
Shiai-Dani (Ja- 1000m (26◦ ) Contraintes, vitesse par anémomètre ultraso-
pon) nique.
Tianshan (Chine) 500m (30◦ à 40◦ ) Contraintes.
[156]

Tab. 1.2  Sites de déclenchement d'avalanche : principales caractéristiques.

1.3 Simulation à l'échelle 1


Pour prévoir la trajectoire des avalanches dans des géométries complexes, prendre en
compte l'inuence d'obstacles et dénir les zones exposées, les experts ont recours aux
simulations numériques qui considèrent l'avalanche comme un uide continu soumis à la
gravité −

g et qui s'écoule le long d'une pente θ.

1.3.1 Formalisme de Saint-Venant


Souvent, ces simulations sont basées sur le formalisme de Saint-Venant qui consiste à
moyenner les équations de conservation sur l'épaisseur de l'écoulement [46, 133]. L'écou-
lement est donc considéré
R h comme une succession de tranches verticales de hauteur h de
vitesse moyenne V = y=0 vx (y)dy qui évoluent en fonction du temps t et de la direction
de l'écoulement x (gure 1.9). Chaque tranche est soumise à la gravité le long d'une
pente θ ainsi qu'à une contrainte de frottement basale τ . Le formalisme de Saint-Venant
repose sur trois hypothèses :
1. le uide est incompressible (masse volumique ρ),
2. l'épaisseur de l'écoulement H est ne par raport à ses longueurs caractéristiques
de variation (typiquement sa longueur L),
3. les contraintes normales sont proportionnelles : σxx = Kσyy ,
qui permettent d'exprimer la pression basale : P = ρgh cos θ, la contrainte motrice liée à la
gravité : τg = ρgh sin θ, et de donner une expression simple aux équations de conservation
1.3 Simulation à l'échelle 1 19

de la masse et de la quantité de mouvement dans une tranche :

∂h ∂hV
+ = 0
" ∂t ∂x#
2 · ¸
∂(hV ) ∂(hV ) ∗ ∂h
ρ + = ρgh cos θ tan θ − µ − K
∂t ∂x ∂x

en introduisant le coecient de frottement eectif µ∗ , rapport des contraintes tangentielle


(τ ) et normale (P ) au socle de l'écoulement :

τ
µ∗ = (1.1)
ρgh cos θ
Le formalisme de Saint-Venant permet de se passer de la connaissance précise de la loi
de comportement du uide, car l'eet de sa rhéologie est englobée dans ce coecient de
frottement entre le matériau en écoulement et le socle. Toute la diculté réside alors dans
la détermination de coecient de frottement, qui peut dépendre de la vitesse moyenne
V et de l'épaisseur h de l'écoulement. La relation µ∗ (V , h) est appelée loi de frottement.
Trois régimes d'écoulement sont possibles en fonction de la valeur du coecient de
frottement. Si le frottement basal est plus fort que la contrainte motrice liée à la gravité
(|τ | > |τg | ⇔ µ∗ > tanθ), l'écoulement est ralenti. Au contraire, si la contrainte motrice
liée à la gravité est plus importante que le frottement basal (|τ | < |τg | ⇔ µ∗ < tanθ),
l'écoulement est accéléré. Enn, si le frottement basale compense la contrainte motrice
liée à la gravité (|τ | = |τg | ⇔ µ∗ = tanθ), l'écoulement n'est ni ralentit, ni accéléré : il
est uniforme.

H
y h(x,t)

V(x,t)

Fig. 1.9  Principe du formalisme de Saint-Venant pour simuler un écoulement le long


d'une pente.
20 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

1.3.2 Lois de frottement


Le choix de la loi de frottement est crucial pour simuler correctement les avalanches
à l'aide du formalisme de Saint-Venant. Jusqu'à présent, les lois de frottement utilisées
sont théoriques, et aucune n'est issue de mesure directe. Les paramètres introduits sont
calibrés pour décrire au mieux des avalanches référencées, dont sont connus la topographie
du couloir, le volume de neige initial, la morphologie de la zone d'arrêt et, plus rarement,
la vitesse moyenne. Les critères de comparaison concernent le plus souvent la distance
d'arrêt et l'étalement latéral des écoulements. Une synthèse détaillée des diérentes lois
de frottement utillisées pour simuler les avalanches de neige est faite dans la référence
[7].

Modèle de Coulomb
Le plus simple des modèles de loi de frottement considère que le coecient de frotte-
ment eectif est indépendant de la vitesse et de l'épaisseur de l'écoulement :

µ∗ (h, V ) = µ∗s . (1.2)


Par analogie avec le frottement entre deux solides, ce modèle est appelé modèle de Cou-
lomb. Son avantage est de n'introduire qu'un seul paramètre pour décrire l'avalanche : le
coecient de frottement µ∗s . Les études qui ont été menées dans le but d'estimer la valeur
numérique de ce coecient pour des avalanches connues [8, 7] ont montré une grande
variabilité selon les évènements (0.3 . µ∗s . 0.7) ainsi qu'une tendance à la diminution
de µ∗s lorsque le volume de neige mobilisée augmente.

Modèle de Voellmy
Le modèle de Voellmy [208] est le plus couramment utilisé de nos jour. Il consiste à
ajouter à la composante Coulombienne du frottement une composante qui rend compte
d'une dissipation de type turbulente au sein de l'écoulement :
2
V
µ∗ = µ∗s + . (1.3)
ξh
Le coecient de frottement eectif est alors fonction de l'épaisseur et de la vitesse
moyenne de l'écoulement. Il prédit bien la tendance à la diminution de µ∗ lorsque le
volume de neige, donc l'épaisseur h augmente. Le modèle de Voellmy introduit deux pa-
ramètres, µ∗s et ξ , dont de nombreuses études ont estimé les valeurs numériques à partir
d'avalanches connues [23, 125, 7]. Ces études sont souvent des rapports d'expertise et ne
sont pas des références facilement accessibles.
La composante Coulombienne µ∗s est supposée représenter les caractéristiques liées à
la qualité de la neige (type de grain, masse volumique, rhéologie). µ∗s est généralement
considéré constant pendant l'avalanche. Les valeurs numériques typiques vont de 0.155
pour de grosses avalanches de neige seiche (épaisseur supérieure à 2m) à 0.9 pour des
avalanches de neige seiche plus ne, ou pour des avalanches de neige humide.
1.4 Ecoulements denses de neige : connaissances expérimentales 21

Le coecient ξ (ms−2 ) représente l'eet dissipatif de la géométrie d'écoulement (si-


nuosité, végétation, rugosité du socle). ξ est souvent supposé constant dans un site donné,
quelle que soit le type de neige en écoulement. Les valeurs de ξ varient entre 400ms−2
pour une zone de forêt et 10000ms−2 pour une pente uniforme et peu rugueuse.

Modèles de Voellmy ranés


La grande variabilité des paramètres ξ et µ∗ selon l'avalanche considérée a conduit
certaines équipes à raner le modèle de Voellmy [147, 179], notamment en ajoutant
une composante visqueuse [173, 174, 17, 16, 133]. La loi de frottement s'écrit alors en
introduisant un nouveau paramètre λ représentant la viscosité de l'écoulement :
2
∗ V
µ = µ∗0
+ λV + . (1.4)
ξh
Pour mieux décrire l'arrêt de l'avalanche, une équipe a considéré une composante
visqueuse qui aumente fortement lorsque la vitesse tend vers 0 [107, 48].

1.4 Ecoulements denses de neige : connaissances expérimen-


tales
Pour comprendre plus nement les mécanismes en jeu dans les écoulements de neige et
pour mesurer sa loi de comportement, il est nécessaire de bien contrôler et de pouvoir faire
varier les diérents paramètres qui inuencent les écoulements. Pour ce faire, quelques
équipes ont réalisé des écoulements en modèles réduits depuis une vingtaine d'années. A
cause des dicultés opératoires inérentes à la neige, le nombre de ces expériences reste
limité. Cette partie en résume les principaux résultats.

1.4.1 Modes opératoires


La neige est un matériau dicilement transportable car il évolue rapidement au gré
des conditions thermodynamiques. Il est possible de créer articiellement de la neige
dans une chambre froide en pulvérisant de l'eau, mais le matériau obtenu, de petites
sphères de glace, est diérent de la neige naturelle [139]. La meilleure manière d'étudier
la neige est donc de se rendre là où elle se trouve : en montagne [17, 16, 102, 204].
Néanmoins, certaines équipes travaillent en chambre froide avec de la neige naturelle
prélevée en montagne et conservé à basse température [140, 27] ou dans de l'iso-octane
[113]. Travailler en chambre froide permet de contrôler parfaitement la température et
de bénécier des conditions expérimentales de laboratoire. Mais les volumes de neige
disponibles sont alors limités (< 1m3 ).

1.4.2 Ecoulements le long d'une pente


La géométrie d'écoulement la plus souvent étudiée est celle du plan incliné [140, 17,
16, 204, 102] qui présente l'avantage d'être proche de celle des avalanches réelles. La
22 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

neige s'écoule le long d'une pente θ sous l'eet de la gravité −



g . Pour éviter un glissement
en bloc et forcer le cisaillement de la neige, le socle du plan incliné est le plus souvent
rugueux (par exemple recouvert de papier de verre).

(a) (b)
barrage barrage

H~0.4m
fluidisation
H~0.1m

34 m
5 m

(c) (d) V
P P

5 cm
vis

3 cm
H~0.15m

10 m

Fig. 1.10  Géométries d'écoulement (vue en coupe, les zones grises représentent la
neige) : (a) canal japonais [140], (b) plan incliné suisse [102, 204], (a) canal français
[17, 16], (d) anneaux de cisaillement [27].

Dispositifs
Trois équipes réalisent des écoulements de neige sur des plans inclinés qui dièrent
par leur dimension (longueur L, largeur l et hauteur H ) et par le système d'alimentation.
Le tableau 1.3 résume les principales caractéristiques de ces dispositifs. Ils seront désignés
par la suite en fonction de leur pays d'origine.
Le premier dispositif, appelé dispositif japonais [140], est un canal d'inclinaison ré-
glable et de dimensions relativement modestes, situé dans une chambre froide. Quelques
kilogrammes de neige sont stockés dans un réservoir et uidisés pour limiter la cohésion
de frittage puis l'écoulement est généré en ouvrant brusquement le réservoir (Figure 1.10
(a)). Il dure quelques secondes et est transitoire.
Le second dispositif, appelé dispositif suisse [204, 102], est un long et large plan incliné
situé en montagne. Environ 10m3 de neige sont retenus par un barrage et sont brusque-
1.4 Ecoulements denses de neige : connaissances expérimentales 23

Site Géométrie L*l*h (m) Pente Alimentation


Japon (Chambre Canal 5.4 ∗ 0.08 ∗ 0.05 30◦ à 40◦ Rupture de barrage
froide) [140, 139]
Suisse (Weissuhoch, Plan incliné 34 ∗ 2.5 ∗ 0.4 35◦ Rupture de barrage
2670m) [204, 102]
France (Col du Lac Canal 10 ∗ 0.2 ∗ 0.2m 32◦ à 45◦ Tremie-vis
Blanc, 2830 m) [17,
16]

Tab. 1.3  Dispositifs expérimentaux d'écoulement de neige sur plan incliné.

ment libérés (Figure 1.10 (b)). La première partie du plan incliné a une forte inclinaison
(entre 35◦ et 45◦ ) qui a pour but d'accélérer l'écoulement. La seconde partie du plan,
au debut de laquelle les mesures sont eectuées, est moins inclinée (32◦ ). L'écoulement
généré dure quelques secondes et est très transitoire.
Le troisième dispositif, appelé dispositif français [17, 16], est celui utilisé dans cette
thèse (Figure 1.10 (c)). Il a été concu lors de la thèse d'A. Bouchet. Il s'agit d'un canal
d'inclinaison réglable situé en montagne. Sa description précise est faite dans le troisième
chapitre. Environ 3m3 de neige naturelle sont injectés à débit constant et ajustable par un
système de vis sans n. Les écoulements durent environ dix secondes et sont permanents.

Prols de vitesse
Les trois dispositifs permettent de mesurer le prol de vitesse de l'écoulement. Malgré
les diérences de géométrie et de mode d'alimentation, les prols ont tous une forme
similaires (Figure 1.11) : ils sont composés d'une zone fortement cisaillée près de la paroi
d'une épaisseur de quelques centimètres, et d'une zone beaucoup moins cisaillée au dessus.
Les vitesses atteintes à la surface sont de l'ordre de 5ms−1 . Un prol de vitesse similaire
a été mesuré sur une avalanche réelle [49].

Interprétation en terme de loi de comportement


L'équipe japonaise interprette cette forme de prol comme celle d'un uide à seuil de
type Bingham [140]. Dans le même esprit, l'équipe Suisse interprête cette forme de prol
comme celle d'un uide à seuil de type Herschel-Buckley [102] en incluant une vitesse
de glissement entre l'écoulement et le socle. Cependant, l'analogie avec un uide à seuil
prédit une zone supérieure sans cisaillement, alors que les mesures semblent indiquer que
cette zone est légerement cisaillée. Pour pallier cette contradiction, un comportement de
type bi-visqueux a été proposé et permet un bon ajustement des prols mesurés lorsque
la viscosité de la couche basale est très faible par rapport à la viscosité de la couche
supérieure [50]. Mais ce comportement ne prédit pas l'arrêt des écoulement à pente non
nulle.
24 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

Eet de la pente
L'équipe française a ajusté cette forme de prol par une fonction linéaire (taux de
cisaillement constant) en incluant une vitesse de glissement Vg qui ne décrit pas la zone
basale forttement cisaillée :

V (y) = Vg + γ̇y (1.5)


Vg représente une vitesse de glissement entre la neige et la paroi et γ̇ = dV
dy est le taux
de cisaillement dans la couche peu cisaillée. En réalisant des écoulements dans une large
gamme d'inclinaison θ, il apparaît que la vitesse de glissement peut s'écrire :

Vg = V0 (tan θ − tan θ0 ) (1.6)


avec V0 = 9.1ms−1 et θ0 = 15.6◦ .

16

12
y(cm)

0
0 2 4 6 8
V (m/s)

Fig. 1.11  Prol de vitesse d'écoulement de neige naturelle. Données issues du dispositif
japonais [140] (¤), suisse [102](◦) et français [17, 16](M). Prol de vitesse mesuré sur
une avalanche réelle par [50](O).

1.4.3 Cisaillement entre deux anneaux


Une équipe a étudié le frottement entre deux couches de neige d'une manière directe
[27]. Le dispositif est situé dans une chambre froide et la neige, de type grains ns, est
naturelle. La méthode consiste à placer la neige dans deux anneaux (rayon intérieur 6cm
et extérieur 9cm, hauteur de neige 2.5cm) qui sont ensuite plaqués l'un contre l'autre
1.5 Conclusion 25

(gure 1.10 (d)). L'un des anneaux est xe et l'autre tourne en imposant une vitesse
relative V entre les deux surfaces de neige. De plus, une pression P est appliquée. Les
auteurs observent que seule une ne épaisseur de neige cisaillée se développe à l'interface
(environ 3mm).
Les mesures systématiques de la résistance tangentielle τ réalisées pour diérentes
températures T (◦ ) montrent que le coecient de frottement µ∗ = τ /P est la somme de
trois contributions :

µ∗ = µ∗s + BV + CV 2 . (1.7)

La première composante (µ∗s ), de type coulombienne, est indépendante de la vitesse. µ∗s


varie linéairement avec la température T (◦ ) : µ∗s = 0.47 + 0.01T , c'est à dire augmente
lorsque la température négative s'approche de 0◦ C . La seconde composante BV est de
type visqueuse et introduit le paramètre B (valeure typique de 0.025 sm−1 ) indépendant
de la température, mais dépendant de la nature des grains. La troisième composante est
de type turbulente et introduit le paramètre C de faible valeur (5.10−5 s2 m−2 ), ce qui
signie que cette composante n'entre en jeu que pour les grandes vitesses (V & 15m.s−1).
Ces mesures relient donc les contraintes à la vitesse relative entre les deux couches.
Pour en déduire une loi de comportement (relation entre les contraintes et le taux de
cisaillement γ̇ ), il faudrait connaître précisément l'épaisseur de la bande de neige cisaillée.
Les auteurs observent que cette épaisseur peut varier signicativement en fonction du
type de neige et de l'état de cisaillement, mais n'ont pas quantié ces observations.

1.5 Conclusion
La neige est un matériau composé de grains dont la taille, la forme et les propriétés
mécaniques sont très variables. En fonction du type de neige, deux modes d'écoulement
se distinguent : les avalanches aérosols et les avalanches denses. Dans le but de pre-
dire le cheminement d'une avalanche dense dans un couloir donné, et ainsi prévoir les
zones potentiellement exposées et l'eet de structures protectrices, les experts ont recours
aux simulations numériques basées sur le formalisme de Saint-Venant qui nécessite de
connaitre la loi de frottement de l'écoulement sur le socle. Jusqu'à présent, les modèles de
lois de frottement utilisés sont théoriques et calibrés sur des avalanches connues, ce qui
conduit à de grandes variations des paramètres introduits. Récemment quelques équipes
ont cherché à déduire la loi de comportement de la neige à partir d'expériences en modèle
réduit, le plus souvent des écoulements sur plan incliné. Mais les données expérimentales
sont encore rares et le comportement rhéologique de la neige, ainsi que les mécanismes
physiques en jeu sont encore largement inconnus.
C'est dans ce contexte que se situe ce travail de thèse, dont l'objet est de mesurer
le comportememnt rhéologique du type de neige constituant l'essentiel de la masse du
manteau neigeux : les grains ns. Ce matériau est composé de petits grains de glace
(0.2mm) reliés entre eux par des ponts de glace, sans eau liquide. L'approche retenue est
de générer des écoulements de neige naturelle dans une géométrie de type canal de sorte
26 Ecoulements de neige dense : enjeux et connaissances

que, à partir d'un grand nombre d'expériences à pente, débit et type de neige variés, il
soit possible de mesurer le comportement rhéologique de ce matériau.
Chapitre 2

Propriétés rhéologiques des


matériaux granulaires

La neige est composée de grains de glace dont la taille, la forme et les propriétés
mécaniques évoluent au cours du temps. Il est donc naturel de chercher à comparer les
écoulements de neige aux écoulements granulaires. C'est ce qu'ont fait diérents auteurs,
dans le but de prédire la trajectoire d'avalanches [176, 141, 142, 177] ainsi que l'inuence
d'obstacles sur l'écoulement [196, 61, 60].
Le terme matériau granulaire désigne toute assemblée de particules solides dispersées
dans une phase liquide ou gazeuse, et englobe donc une grande variété de matériaux. La
taille des grains peut varier de plusieurs ordres de grandeurs entre les poudres telles que
les farines (. 100µm), le sable (∼ 1mm), les granulats (∼ 1cm) et les éboulis de roches
(∼ 1m). La forme des grains peut elle aussi varier. Certains sont sphériques ou ovoïdes
comme les graines, mais le plus souvent ils sont anguleux comme par exemple le sable ou
les roches.
Les écoulements de matériaux granulaires sont très courants dans divers secteurs in-
dustriels qui nécessitent l'acheminement et le stockage des grains, notamment dans les do-
maines de l'alimentaire (graines, farines...), de la pharmaceutique (gélules, comprimés...)
et du génie civil (sable, ciments, granulats... ). Par ailleurs, de nombreux écoulements
naturels tels que les éboulements rocheux, les glissements de terrain, les écoulements py-
roclastiques [65] ou encore le mouvement des dunes, sont eux aussi constitués de grains.
Mieux comprendre les écoulements granulaires permet donc d'une part de résoudre des
problèmes d'acheminement et de stockage dans l'industrie, et d'autre part de prévoir
les zones potentiellement exposées à des catastrophes naturelles de natures variées. Ces
enjeux ont récemment motivé de nombreuses études sur les écoulements de grains dont
l'enjeu principal est de mesurer la loi de comportement du matériau, mais aussi de la
relier aux propriétés mécaniques des grains.
Ce chapitre présente un état des lieux orienté des connaissances sur la rhéologie des
matériaux granulaires. La première partie détaille les diérents modes d'interaction entre
grains, notamment les interactions cohésives. La seconde partie résume les principales
connaissances récemment acquises sur le comportement rhéologique des grains sans co-
28 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

hésion. La troisième partie fait le point sur les connaissances, beaucoup plus succinctes,
quant à l'eet de la cohésion sur le comportement d'une assemblée de grains.

2.1 Interaction entre grains


Les matériaux granulaires étudiés dans cette thèse sont des assemblée de grains qui
n'interagissent qu'à travers des contacts directs, sans force à distance, ni d'eet du uide
interstitiel. Les contacts entre grains constituent alors les mécanismes élémentaires de
transfert de quantité de mouvement et de dissipation d'énergie au sein de l'écoulement.
Cette partie décrit les origines physiques des interactions entre grains sans cohésion, puis
détaille les diérents modes de cohésion présents dans les matériaux granulaires.

2.1.1 Contacts non cohésifs


Le contact non cohésif entre deux grains se compose généralement d'une répulsion
élastique normale, d'une dissipation d'énergie et d'une résistance au glissement tangen-
tielle.

Répulsion de Hertz
Le modèle de Hertz décrit le contact normal entre deux grains purement élastiques,
qui se déforment donc lorsqu'ils sont soumis à une force. Dans le cas d'un contact entre
deux sphères, le calcul réalisé par Hertz en 1880 relie la force de répulsion normale au
contact N à la déection h (Figure 2.1 (a,b)) :

½
N = kn h pour des disques,
(2.1)
N = kn h3/2 pour des sphères.

où kn représente la raideur normale du contact, et reliée au module d'Young E et à la


taille typique des grains d : kn ∼ Ed. Les valeurs typiques du module d'Young sont de
200 GPa pour l'acier, 70 GPa pour l'aluminium ou le verre, et 3 GPa pour la glace. Pour
des grains de glace de 0.2 mm, la raideur kn est donc de l'ordre de 105 N/m.
Dans le cas d'une collision binaire entre deux sphères de masse m, il est possible de
déduire la durée du contact τc ainsi que la profondeur maximale d'interpénétration δm .
En dimension deux, la durée de la collision est indépendante de la vitesse d'impact vi :

 q
 m τc vi
τc = π 2kn et δm = π pour des disques,
q (2.2)
 τc = 2, 94 m2 2 et δm = τc vi
pour des sphères.
k vi n 2,94
2.1 Interaction entre grains 29

Dissipation d'énergie
Plusieurs mécanismes complexes donnent lieu à une dissipation d'énergie lors d'un
choc entre grains [59] : une déformation plastique, le rayonnement en onde de surface,
en mode de vibration propre de la bille... L'eet de ces dissipations est souvent pris en
compte par le coecient d'inélasticité, aussi appelé coecient de restitution e introduit
par Newton en 1687. Lors d'une collision entre une bille et un plan, ce coecient relie la
vitesse de la bille avant vi et après le rebond vr : vr = evi . Le coecient e est compris
entre 0 pour un choc parfaitement inélastique où toute l'énergie est dissipée et 1 pour
un choc parfaitement élastique où il n'y a pas de dissipation. Ses valeurs typiques sont
de 0.9 pour l'acier et 0.6 pour l'aluminium. L'existence de cette dissipation est au c÷ur
des propriétés des écoulements granulaires rapides.

Frottement de Coulomb
Les lois macroscopiques empiriques régissant la friction entre deux surfaces solides ont
été établies à l'aide d'expériences de patin glissant sur un solide. Les expériences histo-
riques de Léonard de Vinci, puis de Guillaume d'Amontons conduisent aux observations
suivantes pour la friction entre deux solides :
 partant du repos, il faut une force tangentielle |T | = µs N pour mettre en mouve-
ment un patin, µs étant le coecient de frottement statique et N la force normale ;
 une fois en mouvement, la norme de la force de friction est égale à |T | = µd N , µd
étant le coecient de friction dynamique ;
 µs et µd sont des constantes qui ne dépendent que de la nature des matériaux en
contact et dont les valeurs typiques sont dans l'intervalle 1 & µs > µd & 0.1.
Cette description, souvent appelée lois de Coulomb parce que ce dernier en t une
généralisation aux matériaux granulaires [38], est bien souvent susante pour décrire
nombre de phénomènes. Cependant, considérer µd,s constants constitue une approxima-
tion qui ne rend pas compte de phénomènes tels que le vieillissement statique (augmenta-
tion de µs avec l'âge du contact [11]) ou l'aaiblissement cinétique (diminution de µd avec
la vitesse de glissement [22]). Pour décrire la friction entre deux grains, la simplication
µs ≈ µd = µ est souvent utilisée car elle n'introduit qu'un seul paramètre : le coecient
de frottement µ (Figure 2.1 (a,b)).

Rôle de la rugosité
L'état de surface des matériaux n'est jamais parfaitement lisse : une rugosité existe à
l'échelle microscopique. Cette rugosité joue un rôle crucial dans le contact entre grains.
Le premier eet de la rugosité est de favoriser une déformation plastique des grains,
puisque le contact s'opère en un nombre limité d'aspérités sur lesquelles se concentrent les
contraintes qui peuvent alors dépasser le seuil de plasticité du matériau. La déformation
plastique des aspérités donne alors lieu à une dissipation d'énergie ainsi qu'à une évolution
des contacts en fonction de leur histoire [202], puisque la surface eective d'un contact
dépend de la force normale maximale qui lui a été appliquée [18, 77] (Figure 2.2).
30 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

(a) h
(b) T/N
v T
t
N

N N

v
t

Fig. 2.1 Loi de contact sans cohésion : (a) contact de hertz décrivant la répulsion
normale (3D) et (b) critère de Coulomb simplié décrivant le glissement tangentiel.

La rugosité est aussi à l'origine du frottement entre les grains. Le premier mécanisme
est l'imbrication des aspérités. De plus, les aspérités en contact sont si proches qu'elles
interagissent par le biais de forces attractives (forces électrostatiques qui seront détaillées
dans la section 2.1.2) [195]. Les deux mécanismes microscopiques du frottement sont
donc, d'une part, l'adhérence due aux forces attractives et, d'autre part, le cisaillement
des aspérités imbriquées.

2.1.2 Contacts cohésifs


Dans de nombreux matériaux granulaires, les forces de cohésion entre grains sont
signicatives. Trois catégories de forces cohésives sont distinguées selon leur origine phy-
sique : les forces électrostatiques, signicative pour les petits grains (<100 µm), les forces
capillaires pour les grains humides et les forces de type ponts solides pour les grains
frittés. Le plus souvent, les interactions cohésives entre grains s'expriment par une force
normale d'adhésion N a qui s'oppose à la répulsion élastique. Elles donnent lieu à une
résistance du contact à la traction N c ainsi qu'à une déection normale d'équilibre hc
pour laquelle la répulsion élastique compense la force d'adhésion. La gure 2.3 trace la
forme des modèles de cohésion les plus courants, qu'ils soient expérimentaux, théoriques
ou simplement utilisés dans des simulations numériques.

Forces électrostatiques
Le premier type de cohésion entre grains est dû à l'existence de forces électrostatiques
entre molécules, telles que les forces de Van der Waals [195, 100, 101, 69], qui tendent
2.1 Interaction entre grains 31

N N1

Seff
1

N2>N1

Seff
2
>Seff
1

Sapp

Fig. 2.2  Déformation plastique des aspérités : la surface eective Sef f du contact est
inférieure à la surface apparente Sapp et augmente avec la force normale N maximale qui
a été imposée.

à rapprocher deux surfaces solides en contact. Ces forces n'interviennent que lorsque
la distance entre les surfaces est susamment faible (distance moléculaire) et ne sont
signicatives que pour des grains assez ns, tels que les poudres [167, 157] ou les particules
dites du troisième corps en tribologie [90]. Si la formulation complète de ces forces est
complexe, plusieurs modèles théoriques simples ont été proposés pour les décrire dans le
cas d'un contact entre deux sphères.
Le modèle DMT [51] considère que seules les molécules en périphérie de la surface
de contact sont responsables de l'adhésion. Ce modèle se place dans le cas où la force
d'adhésion est susamment faible comparée à la répulsion élastique, de sorte que la
surface du contact ne soit que peu modiée et reste proche de celle décrite par Hertz. Il
en résulte une formulation simple qui oppose à la répulsion de Hertz une force d'adhésion
constante N a (h) = Nc (Figure 2.3 (a)) :
3
N = kn h 2 − Nc . (2.3)
Inversement, le modèle JKR [95] considère que les molécules responsables de l'adhé-
sion sont présentes uniquement au sein de la surface en contact. Ce modèle se place dans
le cas où la force d'adhésion est assez forte comparée à la répulsion élastique, de sorte que
la surface du contact soit signicativement modiée par rapport à celle décrite par Hertz.
Il en résulte une formulation qui oppose à la répulsion de Hertz une force d'adhésion N a
proportionnelle à la surface en contact. Mais la relation entre cette surface de contact et
la déection normale h est implicite et ne permet pas une écriture simple. La gure 2.3
(a) trace cette fonction N a (h), mais son expression exacte n'est pas donnée ici par souci
de concision. Il faut remarquer que ce modèle ne se contente pas d'opposer une force
d'adhésion à la répulsion élastique, il rend aussi compte de la formation d'un pont solide
dès la formation du contact (hf = 0) qui relie les grains jusqu'à une distance de rupture
32 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

2 2
c c
N/N (a) N/N (b)

1 1

h h h
r
r f
0 0

-1 -1
c c
h/h h/h
-1 0 1 2 -2 -1 0 1 2

2 2
c c
N/N (c) N/N (d)

1 1

h =h
r f
0 0

-1 -1
c c
h/h h/h
-2 -1 0 1 2
-1 0 1 2

Fig. 2.3  Les principaux modèles de cohésion : la force normale N est normalisée par la
résistance maximale à la traction N c et la déection h par la deéction d'équilibre hc . (a)
modèles théoriques JKR [95] (- -) et DMT () [51] ; (b) modèle expérimental de pont
liquide[149, 14] ; modèles utilisés en simulation numérique : (c) carré (- -) et triangulaire
() [72, 99, 211], (d) plastique [118, 165].

hr < 0. Le modèle JKR donne ainsi lieu à une hystérésis entre les cycles de chargement
et de déchargement du contact qui se retrouvera dans d'autres modèles de cohésion (pont
liquides, plastication).

Les modèles DMT et JKR sont les cas extrêmes de modèle de Maugis [123], plus
complèt, qui considère que les molécules responsables de l'adhésion sont présentes à
la fois au sein et à la périphérie de la surface en contact. Les modèles DMT et JKR,
initialement théoriques, ont pu être vériés expérimentalement respectivement dans [87]
et [83].
2.1 Interaction entre grains 33

Ponts liquides
Le second type de cohésion, appelé cohésion capillaire, est lié à la présence de mé-
nisques liquides entre des grains. Ce mode de cohésion est très répandu puisqu'il concerne
tous les matériaux granulaires humides. Il a été caractérisé par diérentes études expéri-
mentales [149, 14] et théoriques [53, 30]. Le ménisque se forme dès que les surfaces liquides
entrent en contact, c'est à dire avant le contact entre la partie solide des grains (hf < 0).
Le ménisque tend alors à rapprocher les grains qui, une fois en contact, se repoussent.
Pour rompre le contact, il faut étirer le ménisque jusqu'à sa distance de rupture hr < hf ,
donnant ainsi lieu à une hystérésis entre les cycles de chargement et de déchargement du
contact dans la zone hr < h < hf . Une expression simpliée de cette force d'adhésion est
[149] (Figure 2.3 (b)) :
( ¡ ¢
h
N = −N c 1 − 2r pour h 6 0,
3
c (2.4)
N = kn h 2 − N pour h > 0,
où r est le rayon de courbure du ménisque, et N c la résistance maximale à la traction
reliée à l'angle de mouillage α et la tension de surface γl du liquide : N c = πdγl cos α.
L'angle de mouillage est souvent proche de 0◦ (mouillage total) et les valeurs typiques
de la tension de surface varient entre 72 mN/m pour l'eau et 2 mN/m huile de silicone.
La viscosité du liquide tend à s'opposer au mouvement relatif des deux grains [54].
La gure 2.3 (c) trace des formes simpliées de ce modèle souvent utilisées en simula-
tion numérique bidimensionnelle [99, 211, 72]. L'hystérésis entre la distance de formation
et celle de rupture du contact n'y est pas prise en compte.

Ponts solides
Le troisième mode de cohésion est lié à la formation de ponts solides entre les grains
[47]. Ces ponts solides peuvent être formés par le gel d'un pont liquide [82], où lors
du frittage, fréquent pour les poudres [128]. La formation et la croissance des ponts
solides est généralement lente. Les caractéristiques mécaniques du contact sont celles
d'un solide et font intervenir de nombreux paramètres tels que la résistance à la traction,
à la compression, au cisaillement, et à la torsion.

Rôle de la rugosité, contact plastiques


Les aspérités jouent aussi un rôle déterminant dans le cas de grains cohésifs. Pour
les poudres, les interactions de van der Waals, signicatives uniquement à courte portée,
n'entrent en jeu qu'au niveau des aspérités en contact, et non plus sur toute la surface
apparente [68, 202, 206]. Dans le cas de grains humides, diérents régimes de cohésion
capillaires ont été identiés selon le taux de remplissage des aspérités [14]. Pour des
volumes de liquides très faibles, les ménisques se forment entre les pointes des aspérités.
En ajoutant du liquide, les ménisques remplissent l'espace entre deux aspérités et pour
des quantités de liquide encore plus grande, le ménisque remplit toute la surface apparente
du contact.
34 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

La déformation plastique des aspérités, due non seulement à la contrainte appliquée


au contact mais aussi aux forces d'adhésion, conduit là encore à des phénomènes de
vieillissement du contact [145, 146]. La gure 2.3 (d) trace un exemple de modèle de
cohésion incluant la plasticité du contact utilisé en simulation numérique bidimensionnelle
[118, 165].

2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion


Jusqu'à présent, la plupart des études menées sur les écoulements granulaires concerne
le cas de grains :
 secs : le uide interstitiel ne joue aucun rôle, ce qui est le cas lorsque les grains
sont susamment gros (& 100µm) et que le uide n'est pas trop visqueux, comme
l'air ;
 sans interaction à distance : les grains interagissent uniquement à travers des
contacts directs ;
 non cohésifs : la force normale au contact est uniquement répulsive et tend à
séparer les grains.
 quasi-monodisperses : les grains, généralement des sphères, ont tous quasiment
la même taille ; une légère polydispersité permet d'éviter des phénomènes de struc-
turation indésirables.
De nombreux travaux aussi bien expérimentaux que numériques ont récemment permis
une bonne compréhension du comportement rhéologique de tels grains grâce à l'étude
de diérentes géométries d'écoulement, telles que le cisaillement plan homogène, le plan
incliné rugueux, le socle meuble, le cisaillement annulaire, la conduite verticale et le
tambour tournant (Figure 2.4). La référence [71] fait une large revue et synthétise les
résultats de ces nombreuses études. Cette section décrit les principales caractéristiques du
comportement rhéologique des grains non cohésifs à travers l'exemple de deux géométries
d'écoulement : le cisaillement plan homogène et le plan incliné. Les autres géométries
seront décrites plus brièvement.

2.2.1 Cisaillement plan homogène


Le cisaillement plan homogène est la géométrie d'écoulement la plus simple que l'on
peut imaginer. Elle consiste à générer un écoulement entre deux parois parallèles en l'ab-
sence de gravité (Figure 2.4 (a)), de sorte que les contraintes soient homogènes dans
tout l'écoulement. L'absence de gravité rend cette géométrie dicile à réaliser expéri-
mentalement [80, 178]. La plupart des résultats sont obtenus par simulation numérique
V
en imposant le taux de cisaillement γ̇ = H et en mesurant la contrainte de cisaillement
τ [10, 201, 220, 183, 2, 112]. Plus rarement, la contrainte de cisaillement est imposée et
le taux de cisaillement mesuré [210]. Généralement, le volume de la cellule est constant,
mais certaines études permettent la variation du volume dans le but de maintenir la
pression P constante [43, 44]. Le plus souvent, les simulations sont bidimensionnelles,
sauf [25].
2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion 35

V (b)
(a) P
y
x

H
y g H
x

(c) (e)
(d)
(f) V

g
g
V

Fig. 2.4  Géométries d'écoulement et forme des prols de vitesse : (a) cisaillement plan
homogène, (b) plan incliné, (c) socle meuble, (d) cisaillement annulaire, (e) conduite
verticale, (f ) tambour tournant.

Régimes d'écoulement
Les simulations numériques menées par F. da Cruz [43, 44] ont montré que l'état de
cisaillement des grains rigides de masse m est contrôlé par un seul nombre sans dimension
nommée nombre inertiel I , combinaison du taux de cisaillement et de la pression imposée.
Dans un système à deux dimensions, l'expression de I est :
r
m
I = γ̇ . (2.5)
P
p
Le nombre inertiel représente le rapport entre deux temps : le temps inertiel m/P et
le temps lié au cisaillement 1/γ̇ . Les faibles valeurs de I (I . 10−3 ) correspondent à un
régime quasi-statique où l'inertie des grains est négligeable. Le comportement du matériau
est alors de type solide plastique [181, 138]. Au contraire, les grandes valeurs de I (I & 0.3)
correspondent à un régime collisionel où les grains interagissent par collisions binaires.
Le comportement dans ce régime est alors décrit par la théorie cinétique développée par
analogie avec la théorie cinétique des gaz denses [119, 24, 74].
Entre ces deux régimes (10−2 . I . 0.3) existe un régime d'écoulement appelé régime
dense pour lequel l'inertie des grains n'est pas négligeable, mais où le réseau de contact
percole à travers la cellule. Les images de la gure 2.5, issues des simulations menées
dans cette thèse et détaillées dans le chapitre 5, montrent des cellules de cisaillement
36 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

pour diérentes valeurs du nombre inertiel dans le régime d'écoulement dense. Le réseau
de contact y est représenté. Plus le nombre inertiel augmente, moins les chaînes de force
sont longues et nombreuses.

0.01 0.05 0.2


I

0.025 0.1 0.3

Fig. 2.5  Réseau de contact lors d'écoulements en cisaillement plan homogène (taux de
cisaillement et pression imposés) pour diérentes valeurs du nombre inertiel I : les traits
représentent les forces normales entre particules.

Loi de comportement : frottement et dilatance


La géométrie du cisaillement plan homogène donne un accès direct à la loi de compor-
tement du matériau en écoulement : si la pression et le taux de cisaillement sont imposés,
il sut de mesurer la contrainte de cisaillement. La loi de comportement des grains secs
et sans cohésion peut s'écrire sous une forme simple, à travers une relation linéaire entre
deux nombres sans dimension [43, 44, 71] : le nombre inertiel I et le coecient de frot-
tement eectif µ∗ = τ /P , rapport des contraintes tangentielle et normale (Figure 2.6
(a)) :

µ∗ ≈ tan φ + bI. (2.6)


Cette relation, souvent appelée loi de frottement, introduit deux paramètres : l'angle de
friction interne φ et la pente b > 0 qui sont propres à la nature des grains en écoulement.
Une autre quantité fondamentale dans les écoulements granulaires est la fraction
solide ν (aussi appelée compacité), rapport entre la surface occupée par les grains et la
surface totale. Cette fraction solide dépend elle aussi de l'état de cisaillement des grains
(Figure 2.6 (b)) [43, 44, 71] :

ν = νmax − aI. (2.7)


2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion 37

Cette relation, souvent appelée loi de dilatance, introduit deux paramètres : la fraction
solide maximale νmax et la pente a > 0 qui sont propres à la nature des grains en
écoulement.
Le principe de la dilatance a été mis en évidence par O. Reynolds [163] et son origine
est assez intuitive : pour cisailler le matériau, il est nécessaire que les grains passent
les uns au dessus des autres (gure 2.6 (c)). Lorsque le nombre inertiel augmente, par
une augmentation du taux de cisaillement ou par une diminution de la pression, ces
désenchevêtrements sont respectivement plus fréquents ou plus faciles, ce qui conduit à
l'expansion du matériau. Par ailleurs, le passage d'un grain par dessus un autre s'accom-


pagne d'une force N qui tend à s'opposer au mouvement (gure 2.6 (c)) et qui est à
l'origine de l'augmentation du frottement avec le nombre inertiel.

P
(c) V
(a)
0.5 0.82 (b)
max

0.4 0.80 N

µ*
0.3 0.78

tan
0.2 0.76

0.0 0.1 0.2 0.3 0.0 0.1 0.2 0.3

I I

Fig. 2.6  Comportement rhéologique de grains sans cohésion : (a) loi de frottement, (b)
loi de dilatance, (c) origine du frottement et de la dilatance.

2.2.2 Plan incliné


La géométrie du plan incliné présente le double avantage d'être proche de celles
d'écoulements réels et d'être réalisable expérimentalement. Elle consiste à faire écouler
une couche de grains d'épaisseur H le long d'une pente θ (Figure 2.1 (b)). Les écoulements
expérimentaux de grains sur plan incliné ont été réalisés par de très nombreuses équipes
parmi lesquelles [176, 177, 9, 151, 150, 31, 115, 12, 43]. Les expériences sont généralement
menées avec des matériaux modèles tels que des billes de verre, d'acier, des graines de
moutarde, du sable tamisé... L'écoulement est généré en lâchant un volume de matériaux
le long d'une pente θ. Pour éviter un écoulement en bloc et forcer le cisaillement, le
socle de l'écoulement est généralement rugueux (grains collés, papier de verre). Il est
relativement aisé de repérer la position des grains à la surface d'un écoulement ou à travers
une paroi transparente, ce qui donne accès à leur vitesse et à leur état de structuration. En
revanche, les propriétés des grains situés à l'intérieur de l'écoulement ne sont généralement
accessibles qu'à travers les simulations numériques [52, 187, 155].
38 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

Régimes d'écoulement
Sur une large gamme d'inclinaison (θstop < θ < θacc ), une couche de grains d'épaisseur
H peut s'écouler dans un régime permanent et uniforme dans lequel les diérentes gran-
deurs telles que la vitesse, les contraintes ou la compacité sont indépendantes du temps
et de la direction de l'écoulement. Les images de la gure 2.7, issues des simulations
menées dans cette thèse et détaillées dans le chapitre 5, montrent des écoulements sur
plan incliné dans le régime d'écoulement permanent et uniforme pour diérentes pentes.
Le réseau de contact y est représenté. Plus la pente augmente, moins les chaînes de force
sont longues et nombreuses.
Dans le régime permanent et uniforme, le frottement entre le matériau et la rugosité
compense exactement la force motrice liée à la gravité. En dessous d'une pente critique,
appelée θstop , l'écoulement s'arrête car le frottement entre le matériau et la rugosité est
plus important que la force motrice liée à la gravité. Il est remarquable que la pente
de départ θstart , au dessus de laquelle une couche arrêtée s'écoule est signicativement
supérieure à la pente d'arrêt θstop qui, elle, délimite la transition écoulement-arrêt. Cette
diérence entre les pentes d'arrêt et de départ des écoulements est similaire à la diérence
entre le frottement statique et dynamique entre deux solides. A l'inverse, au dessus d'une
pente critique, appelée θacc , l'écoulement entre dans un régime accéléré où le frottement
entre le matériau et la rugosité est moins important que la force motrice liée à la gravité.
Mais les transitions entre ces diérents régimes ne dépendent pas uniquement de la
pente, elles dépendent aussi de l'épaisseur H du matériau. La gure 2.8 trace les courbes
de transition de régime dans le plan (H , θ). Elles ont une une forme similaire qui peut
s'écrire, par exemple pour la courbe d'arrêt [151, 153, 155, 169] :

tan θ2 − tan θ
Hstop = B (2.8)
tan θ − tan θ1
où θ2 représente une pente en dessous de laquelle le matériau s'écoule quelle que soit son
épaisseur, et θ1 représente une pente pour laquelle le matériau ne s'écoule pas quelle que
soit son épaisseur. Ces courbes montrent que les transitions de régime ne dépendent plus
de H lorsqu'il est susamment grand. Par ailleurs, la pente d'arrêt dépend fortement
du couple matériau-rugosité considéré [169, 76] : pour des grains sphériques, comme des
billes de verre, la pente d'arrêt est typiquement de 20◦ . Par contre, pour des grains
anguleux comme le sable ou les granulats [169, 205], la pente d'arrêt peut augmenter
jusqu'à 40◦ .

Ecoulement permanent et uniforme


Les écoulements permanents et uniformes sur plan incliné sont caractérisés par un
prol de compacité ν(y) constant [187, 155, 43, 191]. La géométrie du plan incliné revient
donc à imposer un cisaillement à contraintes tangentielle et normale imposées par la
gravité qui varient dans l'épaisseur :
½
P (y) = ρp νg cos θ(H − y),
(2.9)
τ (y) = ρp νg sin θ(H − y).
2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion 39

14° 18° 22°


16° 20° 24°

Fig. 2.7  Réseau de contact lors d'écoulements sur plan incliné rugueux pour diérentes
inclinaisons θ. Les traits représentent les forces normales entre particules.

H H H
stop start acc
50

Accéléré

30
H/d

Uniforme

10

Arrêt

15 20 25

Fig. 2.8  Régimes d'écoulement en fonction de l'épaisseur H de la couche et de la pente


θ.
40 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

où ρp est la masse volumique des grains. Par conséquent, le coecient de frottement


µ∗ (y) = τ (y)/P (y) est constant dans l'épaisseur et directement relié à la pente : µ∗ =
tan θ. L'intégration sur l'épaisseur de la loi de frottement mesurée en cisaillement plan
(Equation 2.6) prédit donc une expression du prol de taux de cisaillement et du prol
de vitesse de type Bagnold (Figure 2.9 (a)) :

p
ρp νg cos θ(θ − φ) p
γ̇(y) = H −y
Z y bd
Vx (y) y 3
⇒ = γ̇(y1 )dy1 = 1 − (1 − ) 2 (2.10)
VH y1 =0 H
µ ¶
2 3 θ−φ p
avec VH = H2 ρp νg cos θ
3 bd

Cependant, le prol de vitesse de type Bagnold suppose que le nombre inertiel est
constant dans l'épaisseur de l'écoulement, or les mesures révèlent que, si I(y) est bien
constant dans une large couche centrale, il diverge près de la surface car la pression tend
vers 0 et il augmente signicativement près de la paroi rugueuse (Figure 2.9 (b)) [155, 43].
Cette augmentation, probablement causée par la proximité du socle rugueux, n'est pas
prédite par la loi de frottement µ∗ (I) mesurée en cisaillement plan. D'autre part, la loi
de frottement µ∗ (I) prédit bien un arrêt de l'écoulement dès que la pente est inférieure
à θstop = φ, mais ne prédit pas la dépendance de cette pente d'arrêt avec l'épaisseur H
de la couche en écoulement. Il apparaît donc que les écoulements sur plan incliné sont
contrôlés d'une part par la rhéologie du matériau granulaire, et d'autre part par son
interaction avec le socle [76].

Eet des parois latérales


Mis à part le cas de simulations numériques utilisant des conditions aux limites la-
térales périodiques [187], les écoulements sur plan incliné sont délimités par deux parois
latérales qui peuvent modier considérablement la nature de l'écoulement. Les mesures
du prol de vitesse à la surface de ces écoulements révèlent l'existence d'un cisaillement
du matériau près des paroi latérales, d'autant plus important que ces parois sont frot-
tantes et proches [96, 97, 98]. Ainsi, un nombre sans dimension, noté ξp , a été proposé
pour distinguer diérents régimes d'inuences de ces parois [192, 191] :

µp H
ξp = (2.11)
µl
ξp compare le coecient de frottement µp exercé par les parois latérales sur l'écoulement
au coecient de frottement µ entre les grains, ainsi que l'épaisseur H de l'écoulement à
sa largueur l. Pour ξp proche de 0, les parois latérales n'aectent pas l'écoulement. Pour
ξp de l'ordre de 1, le cisaillement diminue dans la profondeur et pour ξp assez grand,
l'écoulement devient surfacique : les grains du fond se bloquent et seul ceux proches de
la surface s'écoulent.
2.2 Ecoulements de grains monodisperses et sans cohésion 41

(a) (b)

V I
V H I

Fig. 2.9  Ecoulement permanent et uniforme : (a) prol de vitesse de type Bagnold, (b)
prol qualitatif du nombre inertiel.

0 1
p

V V V

Fig. 2.10 Eet des parois latérales sur les écoulements en plan incliné, gure issue des
travaux de N. Taberlet [192, 191].

2.2.3 Autres géométries d'écoulement


Cisaillement annulaire
Le cisaillement annulaire (Figure 2.1 (d)) est une géométrie classique dans l'étude des
uides complexes. Elle a été souvent étudiée pour les écoulements granulaires aussi bien
42 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

expérimentalement que numériquement. Les grains sont placés dans l'entrefer de deux
cylindres co-axiaux. L'écoulement est généré par la rotation du cylindre central soit en
imposant la force, soit en imposant la vitesse de rotation. Les mesures montrent que le
cisaillement est localisé près du cylindre intérieur sur une épaisseur d'environ cinq grains
[71, 43].

Conduite verticale
Les écoulements en conduite verticale 2.1 (e) sont générés par la gravité et connés
entre deux parois. Cette géométrie intéresse directement les industries qui stockent des
grains dans des silos (sables, ciments, céréales). Les mesures aussi bien expérimentales
que numériques mettent en évidence un prol de vitesse typique : le cisaillement est
localisé sur une couche de 5 à 10 grains d'épaisseur près des parois alors que la partie
centrale de l'écoulement n'est pas cisaillée. Ces écoulements sont plus contrôlés par l'état
de surface des parois que par la rhéologie du matériau granulaire [71, 155].

Ecoulements de surface
Les écoulements de surface, souvent rencontrés dans la nature et dans l'industrie, ont
fait l'objet de nombreuses études à travers deux géométries d'écoulements :
 le socle meuble 2.1 (c) qui consiste à former un tas de grains en dessous d'un silo
qui impose un débit,
 le tambour tournant 2.1 (f) qui consiste à remplir de grains la moitié d'un cylindre
puis à imposer une vitesse de rotation constante.
Ces deux géométries conduisent à des écoulements à la surface d'un socle de grains
immobiles, qui permettent l'étude de la transition entre le régime statique et le régime
d'écoulement [71]. Ces géométries sont particulièrement sensibles à l'eet des parois la-
térales [192, 191, 96, 97].

2.3 Eet de la cohésion sur les écoulements de grains


Il est bien connu que l'ajout d'un peu d'eau dans du sable en fait un remarquable
matériau de construction. La présence d'une force de cohésion entre les grains, capillaire
dans ce cas, induit des modications importantes du comportement statique de l'as-
semblée [138]. A l'autre extrême, dans le régime collisionel le comportement des grains
cohésifs peut être décrit par une adaptation de la théorie cinétique développée pour les
grains sans cohésion [103].
En revanche, les études d'écoulements denses de grains cohésifs sont peu nombreuses
et l'eet d'une force de cohésion entre grains sur le comportement rhéologique de l'as-
semblée demeure encore largement méconnu. Comme pour les grains sans cohésion, dié-
rentes géométries d'écoulements ont été étudiées expérimentalement ou numériquement :
le cisaillement plan, le plan incliné rugueux, le socle meuble, le tambour tournant. Cette
partie synthétise les principaux résultats issus de ces études concernant les écoulements
denses de grains cohésifs.
2.3 Eet de la cohésion sur les écoulements de grains 43

Nombre Expression Valeur


c
Tabor [194] T a = kNn d 10−12 (VH) à ∼ 10−5 (P)
Nc
Bond granulaire [136] Bog = mg 0 à 100 (VH)
Nc
Collision [136] Co = md γ̇ 2
0 à 100 (VH)

Tab. 2.1  Nombres sans dimension quantiant la cohésion et valeurs typiques obtenues
pour des poudres (P) ou des billes de verre humides (VH).

2.3.1 Intensité de la cohésion


La première étape pour identier l'eet d'une force de cohésion sur le comportement
de grains est de quantier son intensité. Diérents auteurs ont proposé des nombres sans
dimension comparant la résistance maximale d'un contact à la traction N c à une force
caractéristique du système étudié.
Dans le cas d'écoulement gravitaire, S. Nase [136] a introduit deux nombres sans
dimension appelés nombre de Bond granulaire Bog et nombre de collision Co qui com-
parent la résistance maximale à la traction respectivement au poids d'un grain mg et à la
force liée à l'inertie mdγ̇ 2 . En variant la taille des billes de verre (0.5 < d < 10 mm, masse
volumique ρ ≈ 2500kg/m3 ) et la tension de surface du liquide (40 < γl < 72 mN/m),
la gamme de nombre de Bond granulaire atteinte est 10−2 < Bog < 100, et correspond
à une gamme de nombre de collision 10−2 < Co < 100 pour les écoulements considérés.
Un troisième nombre, appelé nombre de Tabor T a, compare la résistance maximale à
la traction N c à la répulsion élastique : T a = N c /kn d [194]. Dans le cas de poudres,
le nombre de Tabor est de l'ordre de 10−5 [91, 1]. Pour les billes de verre humides de
diamètre 0.5mm, et de nombre de Bond Bog = 100, le nombre de Tabor est beaucoup
plus faible : T a = Bog ∗ m/kn d ≈ 10−12 .

2.3.2 Propriétés statiques


La microstructure d'une assemblée de grains cohésifs est très sensible à son mode de
préparation. En fonction de l'agitation lors de la phase d'assemblage, l'échantillon est plus
ou moins poreux à cause de la formation d'agrégats. Cette structure lâche se manifeste
lors de déformations plastiques, ou lors de la compaction des poudres [217, 108, 215, 73,
214, 72, 216]. Un eet spectaculaire et bien connu de la cohésion est l'augmentation du
seuil de rupture du matériau. La résistance tangentielle maximale τc de l'assemblée de
grain soumise à une pression P est souvent décrite par le critère de Coulomb :

τc = µc P + c (2.12)

où µc est le coecient de frottement de l'assemblée et c représente le niveau de l'assemblée.


c peut être relié aux propriétés microstructurales (nombre de coordinance Z , compacité
ν ) et micromécaniques (résistance d'un contact à la traction N c ), comme l'a proposé H.
Rumpf [172] :
44 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

Capillaire van der Waals


Tambour tournant [67, 198, 66, 136, 14] (Exp) [28, 29] (exp)
Socle meuble [121, 175] (Exp)
Cratère [88, 198, 136] (Exp) [198, 122] (DM)
Bac inclinable [207] (Exp)

Tab. 2.2  Etudes de la transition solide ↔ écoulement en présence de cohésion : simu-


lation de type dynamique moléculaire (DM) et expérimentations (Exp).

νZN c
c = µc . (2.13)
d2
Ce critère de rupture a été vérié dans [166, 1, 193].

2.3.3 Départ et arrêt d'un écoulement


L'eet de la cohésion sur l'initiation d'un écoulement et sur son arrêt ont été étu-
diés par de nombreuses équipes (Tableau 2.2) dans diérentes géométries : le tambour
tournant, le socle meuble mais aussi la géométrie du cratère qui consiste à remplir un
réservoir de grains puis à le vider en partie en pratiquant une petite ouverture au fond.
Ces géométries permettent d'identier deux angles : l'angle d'avalanche θmax au delà
duquel une assemblée de grains statique s'écoule et l'angle de repos θr en dessous duquel
un écoulement s'arrête. Comme pour les grains sans cohésion, les grains humides et les
poudres montrent un angle de repos supérieur à l'angle d'avalanche. L'eet de la cohésion
est d'augmenter signicativement ces deux angles.

2.3.4 Ecoulements denses de grains cohésifs


Les forces cohésives sont d'autant plus signicatives que les grains sont petits, tout
particulièrement dans les cas de forces électrostatiques de faible intensité. L'étude d'écou-
lements de poudres en tambour tournant montre que les grains trop petits (d . 10−4 m)
sont uidisés dès l'initiation de l'écoulement [28, 29]. Par conséquent, le régime d'écou-
lement dense observé pour des grains sans cohésion n'existe pas pour ces petits grains
cohésifs. Des écoulements denses de grains cohésifs peuvent être obtenus avec des grains
plus gros, comme par exemple des billes de verre humides [136, 199, 200]. Le tableau
2.3 précise les modes de cohésion et les géométries d'écoulement des diérentes études
concernant les écoulements denses de grains cohésifs.
Les géométries d'écoulement sont celles déjà utilisées pour les grains sans cohésion :
le cisaillement plan, le plan incliné et le tambour tournant. Les études sont aussi bien
expérimentales que numériques. Les trois modes de cohésion (van der Waals, capillaire et
pont solide) ont été étudiés, et certains travaux numériques utilisent des modèles, nommés
ici "théoriques", qui ne représentent pas directement l'un de ces modes de cohésion réels.
2.4 Conclusion 45

Capillaire van der Waals Pont solide Théorique


Tambour [136, 199, 200, [158, 3] (Exp)
tournant 3] (Exp)
Cisaillement [190, 124, 197, 144] (DM) [64, 63, 62, 89] [211, 1] (DM)
plan (DM)
Cisaillement [104] (Exp)
annulaire
Plan incliné [19] (DM)

Tab. 2.3  Etudes des écoulements denses de grains cohésifs : simulation de type dyna-
mique moléculaire (DM) et expérimentations (Exp).

Mouvements corrélés
Les écoulements expérimentaux de poudres ou de billes de verre en tambour tournant
révèlent l'existence de mouvement corrélés sur des distances d'autant plus importantes
que le niveau de cohésion est grand. Ces mouvements corrélés se manifestent par une sur-
face libre irrégulière [175, 199, 200, 3] et par des tailles d'avalanches croissantes lorsque
la cohésion augmente [3]. Les simulations numériques discrètes ont permis d'observer
l'agrégation des grains cohésifs, à l'origine de ces mouvements corrélés, dans diérentes
géométries d'écoulement [55, 197, 211]. Ces agrégats qui peuvent se former, se déformer
et se casser lors de l'écoulement, se manifestent par des uctuations spatiales de compa-
cité : le milieu s'organise en zone sans grains et en zones denses [124] ainsi que par une
augmentation du temps de contact entre grains [19].

Comportement rhéologique
Le cisaillement de poudres entre deux anneaux révèle que plus le matériau est cohé-
sif, plus sa résistance au cisaillement augmente. Ainsi, à taux de cisaillement égaux, le
coecient de frottement eectif est de 0.2 pour une poudre peu cohésive et de 0.8 pour
une poudre cohésive [104]. Cette augmentation du coecient de frottement induite par la
cohésion a aussi été mesurée lors de simulations numériques d'écoulement en cisaillement
plan [89, 1]. Par ailleurs, plusieurs études numériques montrent que, au-delà d'un certain
niveau de cohésion, les écoulements en cisaillement plan ne sont plus homogènes : le taux
de cisaillement se localise près des parois et le reste du matériau n'est plus cisaillé : il
forme un bloc rigide [190, 89]. Une seconde observation est que, plus le matériau est
cohésif, plus il a tendance à se dilater lorsqu'il s'écoule [89, 3]. Sur plan incliné, le prol
de vitesse des grains cohésifs n'est plus de type Bagnold : il se forme à la surface une
zone non cisaillée dont l'épaisseur est d'autant plus grande que la cohésion est forte [19].

2.4 Conclusion
Pour la neige comme pour de nombreux matériaux granulaires réels, les forces de
cohésion entre grains sont signicatives et il faut s'attendre à ce qu'elles jouent un rôle
46 Propriétés rhéologiques des matériaux granulaires

crucial lors des écoulements. En eet, les rares études concernant les écoulements de
grains cohésifs révèlent une phénoménologie très riche, comme par exemple la formation
d'agrégats, l'augmentation du frottement et la dilatation. Mais jusqu'à présent, la loi de
comportement de grains cohésifs demeure largement méconnue.
C'est dans ce contexte que se situe notre étude dont le but est de mesurer et de com-
prendre l'eet d'une force de cohésion sur le comportement rhéologique d'une assemblée
de grains. Pour ce faire, l'approche adoptée est la simulation numérique discrète de type
dynamique moléculaire. Elle permet de contrôler et de varier les propriétés mécaniques
des grains et donne un accès facile aux diérentes grandeurs au sein des écoulements,
généralement diciles d'accès voire inaccessibles expérimentalement.
Le choix du modèle d'interaction entre grains, et plus particulièrement celui de la force
d'adhésion est bien sûr capital dans ce travail. Le parti pris est de considérer un modèle
de cohésion qui ne décrit pas spéciquement l'une des causes physique de l'adhésion,
et encore moins l'adhésion entre deux grains de glace qui demeure de fait largement
méconnue, mais qui rend compte du caractère le plus commun et le plus important de
toutes les forces d'adhésion : la résistance d'un contact à la traction. Deux géométries
d'écoulements seront étudiées : le cisaillement plan homogène qui aura pour but de donner
un accès direct au comportement rhéologique de ces grains cohésifs et la géométrie du
plan incliné qui permettra une comparaison qualitative avec les expériences d'écoulement
de neige en canal.
Deuxième partie

Expérimentation
Chapitre 3

Méthode expérimentale

La neige est un matériau dicilement transportable car il évolue rapidement au gré


des conditions thermodynamiques. Il est possible de créer articiellement de la neige dans
une chambre froide en pulvérisant de l'eau, mais le matériau obtenu (petites sphères de
glace sans cohésion) est très diérent de la neige naturelle. La meilleur manière d'étudier
la neige est donc de se rendre là où elle se trouve : en montagne. Pour ce faire, le
CEMAGREF s'est doté d'un site expérimental situé col du Lac Blanc (station de l'Alpe
d'Huez, 2830m) constitué d'un chalet où quatre personnes peuvent passer la nuit, et
d'un dispositif expérimental qui permet de créer et d'étudier des écoulements de neige
dense. La gure 3.1 montre une vue d'ensemble du site du col du Lac Blanc. Le dispositif
expérimental ainsi que les moyens de mesure ont été développés et réalisés lors de la thèse
d'A. Bouchet [16].
Ce chapitre présente en détail les caratéristiques du dispositif expérimental et les tech-
niques de mesure utillisées. Il décrit ensuite le déroulement d'une campagne de mesure,
les modes opératoires adoptés, puis fait le bilan de l'ensemble des écoulements réalisés.

3.1 Dispositif expérimental et mode opératoire


Cette section décrit les caratéristiques de la géométrie d'écoulement, un canal d'in-
clinaison réglable, celles du système d'alimentation dont le but est d'assurer un débit
de neige constant dans le temps à l'entrée du canal, et enn les diérentes étapes de
préparation de la neige avant l'écoulement.

3.1.1 Le canal
La géométrie d'écoulement est un canal d'une longueur totale de 10 mètres, de largeur
et de hauteur de 20 centimètres (Figure 3.2). Il est supporté par une poutre en bois
lamellé-collé xée à son sommet sur un axe de rotation. Un palan manuel permet alors
un réglage facile de l'inclinaison du canal dans une gamme allant de 29◦ à 45◦ . Le fond du
canal est recouvert d'une toile abrasive étanche dont la granularité est de l'ordre de celle
des grains de neige (∼ 0.5mm). Une des parois latérales est transparente et permet de
50 Méthode expérimentale

Canal Chalet 50m

Fig. 3.1  Site expérimental du col du Lac Blanc (Alpe d'Huez, 2830m), vue du Dôme
des Petites Rousses.

visualiser l'écoulement. Un double fond permet d'installer une partie de l'instrumentation


et des cablages nécessaires à l'acquisition des données.

3.1.2 Le système d'alimentation


Transport et stockage de la neige
Le principe du système d'alimentation est celui d'un ensemble "trémie+vis extrac-
trice" (Figure 3.3). Une cuve de remplissage peut être déplacée le long d'une poutre et
descendue au niveau du sol à l'aide d'un palan électrique. Une fois remplie de neige, elle
est remontée puis vidée dans la trémie dont la capacité est de 5m3 . La neige y est alors
stockée avant d'être injectée dans le canal au moyen d'une vis d'Archimède. Le pas de
cette dernière augmente progressivement au fur et à mesure que l'on se rapproche de la
3.1 Dispositif expérimental et mode opératoire 51

2
3 1
3 2

Fig. 3.2  Canal d'écoulement : (1) système d'alimentation, (2) palan de levage et (3)
axe de rotation.

sortie pour limiter le compactage de la neige au cours du transport. Une jupe métallique
assure la liaison jusqu'au canal sans lui transmettre les vibrations du système d'alimen-
tation. Si l'écoulement est stoppé dans le canal, cette jonction évite la propagation du
blocage dans le système d'alimentation, qu'il faudrait alors purger (une heure de travail
à deux). En cas de blocage de l'écoulement dans le canal, la neige continue donc à être
déversée et déborde.

3
4

Fig. 3.3  Systéme d'alimentation : (1) cuve amovible, (2) trémie, (3) tube d'injection
contenant la vis d'Archimède et (4) jonction alimentation-canal.
52 Méthode expérimentale

Obtention d'un débit constant


La vis est entraînée par une chaîne thermo-hydraulique qui est censée maintenir
une fréquence de rotation constante, indépendante de la charge et ajustable entre 0.3
Hz et 1.3 Hz. Cette fréquence de rotation xe le débit de l'écoulement. Pour s'assurer
que la fréquence est bien constante, elle est mesurée en temps réel par un tachymètre
composé d'une roue dentée (dix dents) xée à l'axe de la vis et qui passe entre une diode
émettrice et une diode réceptrice. Le signal mesuré est de 0V lorsqu'une dent passe
devant le récepteur et de 5V sinon. En détectant l'intervale de temps dt qui sépare deux
pics (Figure 3.4 (a)), il est facile d'en déduire la fréquence de rotation fvis = 36/dt.
La gure 3.4 (b) trace l'évolution de cette fréquence pendant un écoulement : elle est
constante à quelques uctuations près.

0.8
6
(a) (b)
5

4 0.7
(Hz)
U(V)

3
vis

2
f

0.6

0.5
5.0 5.1 5.2 5.3 5.4 5.5 0 2 4 6 8 10

Temps (s) Temps (s)

Fig. 3.4  Vitesse de rotation de la vis : (a) signal brut du tachymètre et (b) fréquence
de rotation de la vis pendant un écoulement.

Bien que la vis tourne à vitesse constante, les mesures de hauteur de l'écoulement (la
méthode de mesure sera détaillée dans la section 3.2.2) montrent des uctuations pério-
diques importantes autour d'une valeur moyenne H̄ . La gure 3.5 (a) montre l'évolution
de la hauteur lors d'un écoulement sur une durée de 8 secondes, ainsi que la fonction
H̄ + A sin(2πfvis t + ϕ) ou H̄ = 11, 6cm est la valeur moyenne dans le temps de la hau-
teur, ϕ un déphasage (paramètre ajusté), A une amplitude (paramètre ajusté), et fvis la
fréquence de rotation de la vis mesurée par le tachimètre. La fréquence des uctuations
de hauteur correspond à celle de la vis qui semble donc donner des débits diérents selon
sa position angulaire.
Pour réduire les uctuations de hauteur engendrées par la vis, un système baptisé
"écrêteur" a été installé au cours de cette thèse. Il s'agit d'une goutière de déviation
situé en haut du canal (au début de l'écoulement) qui évacue la partie supérieure de
3.1 Dispositif expérimental et mode opératoire 53

l'écoulement (Figures 3.5 (a,b)). En ajustant la position de l'écrêteur, il est possible de


régler l'épaisseur de l'écoulement. Les gures 3.5 (c,d) tracent l'évolution de la hauteur
pour deux écoulement réalisés avec et sans écrêteur. Sans l'écrêteur, les uctuations de
hauteur sont de l'ordre de 2cm. La présence de l'écrêteur les réduit à environ 5mm.

(a) (b)

18 18
(c) (d)
16 16
14 14
H (cm)
H (cm)

12 12

10 10

8 8

6 6
0 2 4 6 8 0 2 4 6 8
t (s) t (s)

Fig. 3.5  Fluctuations de hauteur : photos de l'écretteur (c) avant et (d) pendant
un écoulement test réalisé en journée ; évolution de hauteur lors d'écoulements (a) sans
écrêteur et (b) avec écrêteur (mesure en rouge, H = H̄ + A sin(2πfvis t + ϕ) en noir).

3.1.3 Mode opératoire


Les expériences se déroulent de nuit pour éviter que le soleil ne fasse fondre une
partie de la neige pendant les manipulations de remplissage et pendant le stokage dans
la trémie. Chaque écoulement nécessite de une demi-heure à une heure de pelletage pour
remplir la trémie d'environ 1, 5 m3 de neige (environ 500kg ).
La neige est prélevée manuellement dans le manteau neigeux à proximité du dispositif.
Elle est grossièrement sélectionnée en évitant les croûtes de regel (croûtes de glace)
souvent présentes à la surface du manteau ou en profondeur à 20cm du sol, ainsi que les
54 Méthode expérimentale

zones où les grains sont d'un type particulier, c'est à dire proche du sol ou des rochers.
Compte tenu des volumes mobilisés, il est impossible de trier parfaitement les grains.
Par ailleurs, le type de neige est imposé par les conditions météorologiques passées et
présentes :
 le plus souvent, il s'agit de grains ns plus ou moins frittés ;
 si les expériences ont lieu juste après une forte chute de neige, les grains peuvent
être de type particules reconnaissables ;
 s'il fait trop chaud, la neige peut être légèrement humide.
Pour la quasi totalité des expériences, la neige est de type grains ns sans eau liquide.
Le manteau neigeux se présente alors sous la forme d'un solide poreux plus ou moins
facilement friable. Il est brisé à la pelle et les gros blocs sont broyés par une fraise à neige
qui propulse le résultat (blocs plus petits et grains isolés) dans la cuve de remplissage
(Figure 3.6). Cette opération est longue, environ une demi-heure, et laisse le temps à la
neige dans la cuve de fritter et de former de nouveaux agrégats.

(a) (b)

Fig. 3.6  Remplissage de la cuve : (a) fraise à neige, (b) blocs en sortie de fraise.

Une fois la cuve remplie, elle est remontée puis vidée dans la trémie à travers une grille
dont le pas est d'environ trois centimètres et qui a pour fonction de briser les agrégats
qui se sont formés dans la cuve. Cette opération prend dix minutes. Ensuite, il ne reste
plus qu'à lancer l'enregistrement des données venant des diérents capteurs, puis la vis
d'Archimède est activée et l'écoulement commence. Il dure environ dix secondes.

3.2 Outils de mesures


Dans le but de caractériser les écoulements de neige, trois types de grandeurs phy-
siques sont mesurées :
 l'épaisseur de l'écoulement en trois points,
3.2 Outils de mesures 55

 les contraintes normale et tangentielle au fond du canal,


 le prol de vitesse à la paroi.
L'emplacement des capteurs, décrit par la gure 3.7, est choisi environ à mi-parcours
de l'écoulement de sorte que la zone de mesure ne soit perturbée ni par le système
d'allimentation, ni par la chute en bout de canal.

(a) (b)
5m 5m

1m 1m

H
1 V
Ecoulement H3 H2 H1 z

0.2 m
H
2
x
y
V
H (c)
3
H3 H2 H1
0.1m

Ecoulement
0.2 m

V y

Fig. 3.7  Position des capteurs de vitesse (V ) de contraintes (σ ) et de hauteur (H1,2,3 ) :


(a) photo de la zone de mesure et schéma indicatif (b) vue de haut et (c) de côté.

3.2.1 Chaîne d'acquisition


Les diérents capteurs émettent en tout trente deux signaux analogiques qui sont
réceptionnés en parallèle par un multiplexeur. Son rôle est d'envoyer tous ces signaux
sur une même voie qui sera ensuite numérisée à l'aide d'un convertisseur analogique-
numérique (carte PCMCIA), puis enregistrée en temps réel sur un ordinateur portable.
La fréquence d'acquisition est aussi élevée que le permet le multiplexeur : 10 kHz , de
sorte que les chiers de sauvegarde sont assez gros (environ 100 Mo pour une minute
d'enregistrement). Toute cette chaîne d'acquisition a été élaborée pour pouvoir travailler
dans des conditions climatiques délicates. Alors que les systèmes électroniques sont en
général conçus pour fonctionner à des températures positives, ceux utilisés au col du
Lac Blanc doivent être opérationnels jusqu'à −30◦ C , être étanches et résistants car ils
sont parfois pris dans la glace. Les éléments les plus sensibles (multiplexeur et ordinateur
portable) sont protégés dans un petit abris chaué par une lampe à gaz (Figure 3.7 (a)).

3.2.2 Capteurs de hauteur


Ce sont des capteurs optiques de distance (LEUZE ODS M/V-5010-600-421) situés
à une distance D = 30 cm au dessus du fond du canal (Figure 3.8 (a)). Ils émettent
un rayon infrarouge avec une faible incidence α. Le rayon est rééchi par la surface de
56 Méthode expérimentale

l'écoulement vers un récepteur CCD qui génère un signal électrique d'une tension U pro-
portionelle à la position x du signal rééchi. La relation entre l'épaisseur de l'écoulement
H = D − x/(2 tan α) et la tension mesurée est donc linéaire, comme le montre la courbe
de calibration obtenue en mettant des cales de hauteurs connues sous les capteurs (Fi-
gure 3.8 (b)). Cette courbe de calibration est stable vis à vis des conditions extérieures
(température, luminosité...) et a donc été établie une fois pour toute. Trois capteurs es-
pacés d'un mètre (Figure 3.8 (b)) mesurent l'épaisseur de neige le long de l'écoulement
dans une gamme allant de 0 cm à 20 cm avec une précision inférieure au millimètre.

(a) Capteur de hauteur


(b)
20 H = -2,67 U + 22,67
Emetteur Récepteur
Récepteur

x 15

H (cm)
10
Surface de l'écoulement

D = 30cm
H 0

Fond du canal 0 2 4 6 8
U (V)

Fig. 3.8  Capteur de hauteur : (a) principe de fonctionnement et (b) calibration.

3.2.3 Capteurs de contrainte


Les contraines normale (σyy ) et tangentielle (σxy ) au fond de l'écoulement sont mesu-
rées par deux capteurs pièzo-électriques bi-directionnels insérés entre deux plaques d'acier
de dimension S = 0.5 × 0.2m2 (Figure 3.9 (a,b)). La plaque inférieure est solidaire du
canal alors que la plaque supérieure est reliée uniquement aux cellules pièzo-électriques
sans aucun autre contact avec la structure : une petite zone vide d'environ un centimètre
sépare la structure du canal et cette plaque. Le capteur de contrainte est recouvert de
la même rugosité que le reste du fond du canal. Le recouvrement des bandes de rugo-
sité permet d'assurer une relative étanchéité tout en minimisant les contacts mécaniques
entre le capteur et le canal.
Les signaux émis par les deux cellules pièzo-électiques sont de faible intensité et
doivent être ampliés avant d'être transférés à la centrale d'acquisition. Cette amplica-
tion a un eet indésirable qui est de provoquer une dérive temporelle du signal. La dérive
commence dès que les amplicateurs sont alimentés et est approximativement linéaire
dans le temps : elle peut s'écrire D(t) ≈ αt. Le coecient α varie d'un écoulement à
un autre en fonction de diérents paramètres incontrôlés. Par ailleurs, la réponse des
3.2 Outils de mesures 57

capteurs à un chargement dépend de la température. Il est donc obligatoire d'estimer la


dérive et de calibrer les capteurs lors de chaque écoulement.
La méthode de calibration consiste à poser successivement quatre masselottes de 1kg
sur le capteur. Le canal étant incliné (pente θ), les masses sont retenues par une potence
(173g ). Elles sont posées puis retirées les unes après les autres à des intervalles d'environ
dix secondes. Pour chaque palier, la condition d'équilibre donne les contraintes :
 Mg
 σyy = S cos θ,
(3.1)
 Mg
σxy = S sin θ,
où M est la masse totale supportée par le capteur (potence et masselottes). La diérence
de tension ∆U entre deux paliers correspondants à une même contrainte et espacés dans
le temps de ∆t donne accès au coecient de la dérive : α = ∆U/∆t. Une fois la dérive
retranchée, il est possible d'eectuer un calibrage classique en relevant la tension moyenne
de chaque palier correspondant à une contrainte connue.
La Figure 3.9 (c) montre un signal de la contrainte normale lors d'un écoulement
avant et après compensation de la dérive. L'écoulement de neige (partie 1) dure environ
dix secondes. L'installation de la potence (partie 2) et la pose des masselottes (partie 3)
prennent deux minutes. Une fois la dérive retranchée, la calibration révèle une dépendance
linéaire entre la contrainte et la tension (Figure 3.9 (d)).

3.2.4 Prol de vitesse


Principe de mesure
Les capteurs utilisés se composent d'un émeteur (diode électroluminescente) et d'un
récepteur (phototransistor). La diode émet un rayon infra-rouge dont une partie est
rétrodiusée par la neige vers le phototransistor (Figure 3.10 (a)). L'intensité lumineuse
reçue est caractéristique de la structure de la zone de neige qui passe devant le capteur.
Le principe de la mesure des vitesses consiste à placer deux de ces capteurs le long de
l'écoulement séparés par une distance ∆x = 7, 62mm (Figure 3.10 (b)) et de mesurer
le décalage dans le temps ∆t entre les deux signaux. La vitesse v est alors donnée par
v = ∆x/∆t. Cette méthode a été utilisée pour la première fois sur la neige par [49].

Corrélation
La gure 3.10 (c) représente un exemple typique d'enregistrement des signaux (U1 et
U2 ) émis par une paire de capteurs sur une courte plage de temps lors d'un écoulement.
Visiblement, les deux signaux se ressemblent et sont décalés dans le temps. Ces signaux
étant discrets (fréquence Facq = 10kHz ) le décalage δt est mesuré en maximisant la
fonction de corrélation discrète C(j) :
PN i
i=1 (U1− U 1 )(U2i+j − U 2 )
C(j) = qP PN (3.2)
N i 2 i+j
i=1 (U1 − U 1 ) i=1 (U2 − U 2 )2
58 Méthode expérimentale

(a)
(b)

Ecoulement

yy
xy

Capteurs pièzo

y
x
Visses d'ajustement vertical z

(c) 8 (d)

(1) (2) (3)


6 300

(Pa)
4
200
U (V)

yy
2
100
0
0
0 60 120 180 240 0 2 4 6 8 10
Temps (s) U (V)

Fig. 3.9  Capteur de contrainte : (a) principe, (b) photographie, (c) signal σyy brut
(rouge) et après traitement de la dérive (noir) et (d) calibration.

Dans cette expression, U1 et U2 sont considérés sur une fenêtre de taille N échantillons.
U1i correspond au signal U1 au temps t = i/Facq . U 1 et U 2 sont les valeurs moyennes
de ces signaux sur cette fenêtre. La fonction de corrélation est normalisée entre C =
1 (ressemblance parfaite) et C = −1 (opposition parfaite). C = 0 correspond à une
absence totale de corrélation. Un exemple typique d'une fonction de corrélation C(δt)
est représentée sur la gure 3.10 (d) et laisse clairement apparaître son maximum pour
∆t ≈ 0.002.
La taille de la fenêtre est choisie le plus souvent à N = 1000, ce qui correspond à
une durée de 0.1s. Cette taille peut être diminuée jusqu'à N = 100 pour observer des
phénomènes plus court, mais la contrepartie est que la corrélation est moins bonne et il
apparaît des points de mesure abérrants qu'il faut ltrer.

Prol
Les treize couples de capteurs sont disposés les uns au dessus des autres et forment
une colonne de mesure du prol de vitesse. Cette colonne est insérée sur le bord du canal.
Le plus haut des capteurs est à dix centimètres du fond du canal. L'espacement vertical
3.2 Outils de mesures 59

(a) (b)
Neige

d (verre)

Phototransistor

OPB608A

3 4 2 1

(c)
5

(d) 1.0

0.5
3

U(V)
2 C 0.0

1 -0.5

0
10.00 10.05 10.10 10.15 10.20 -1.0
0.000 0.005 0.010 0.015
Temps (s) t (s)

Fig. 3.10  Mesure de vitesse : (a) principe d'un capteur, (b) photographie d'une paire
de capteurs, (c) exemple de signaux émis par ces deux capteurs (U1 surface grise et U2
en noir), (d) corrélation de ces signaux (Equation 3.2).

entre les capteurs est d'environ un centimètre, sauf dans la partie proche du socle où les
capteurs sont plus rapprochés (trois à cinq millimètres). Compte tenu de l'encombrement
des composants, la colonne y est dédoublée (Figure 3.11).

3.2.5 Vitesse à la surface : corrélation de hauteur


La hauteur d'un écoulement uctue légèrement dans le temps autour de sa valeur
moyenne. Grâce aux trois mesures de hauteur le long de l'écoulement, il est possible de
corréler les signaux deux à deux et d'en déduire le temps de passage des uctuations, donc
la vitesse de la surface de l'écoulement. La gure 3.12 montre l'évolution de la hauteur
dans une courte plage de temps lors d'un écoulement et pour deux capteurs consécutifs
(espacés d'un mètre). Les signaux semblent bien être décalés dans le temps. La méthode
de corrélation utilisée pour mesurer ce décalage est la même que celle présentée pour les
capteurs optiques (Section 3.2.4) mais la taille de la fenêtre est adaptée à l'échelle de
temps des uctuations : de l'ordre d'une seconde (N = 10000 points).
60 Méthode expérimentale

(a) (b)

10cm

Fig. 3.11  Prol de vitesse à la paroi : (a) colonne de capteurs, (b) colonne insérée
dans le canal.

12
H (cm)

14 15 16 17
t (s)

Fig. 3.12  Corrélation de hauteur : exemple de deux mesures de hauteur consécutives


lors d'un écoulement (H1 surface grise, H2 noir).

3.3 Les campagnes d'expérimentation


Les campagnes de mesure ont lieu une fois par semaine lorsque le site est enneigé
(de décembre à avril ) si les conditions météorologiques sont favorables. Elles mobilisent
quatre personnes qui restent deux ou trois jours en autonomie sur le site du col du Lac
3.3 Les campagnes d'expérimentation 61

Blanc. Un petit chalet chaué (16m2 ) permet à l'équipe de dormir sur place. Cette partie
décrit les dicultés spéciques et les principales étapes des campagnes de mesures sur le
terrain. Ensuite, elle détaille la chronologie et le nombre des expériences réalisées. Enn
elle présente les diérentes personnes qui ont participé à ces travaux et les ont rendus
possibles.

3.3.1 Dicultés spéciques


Une fois sur le site, l'équipe doit réaliser diérents travaux pour mener à bien les ex-
périmentations. Ces travaux sont souvent rendus diciles par les condition climatiques :
le froid impose le port de vêtements chauds et épais (bottes fourées, veste en duvet et
surtout gants) qui n'accroissent pas la dextérité. Une attention particulière est nécessaire
pour éviter les gelures et les glissades à proximité du canal (pente d'environ 45◦ , par-
fois gelée). Le froid empêche la prise des colles ou adhésifs, gèle le carburant dans les
moteurs et endommage les équipements électroniques. Le vent transporte généralement
des grains de neige arrachés au manteau neigeux qui s'introduisent dans les équipements
mécaniques et électroniques et les endommagent. Le vent empêche souvent la réalisation
des expériences. L'altitude du site (2830m) rend la respiration dicile ce qui peut don-
ner lieu à des troubles du sommeil voir à des maux de tête. Les eorts sont limités par
l'essouement.
L'accès au site est facilité par les remontées mécaniques de la station de l'Alpe d'Huez,
mais le trajet depuis Grenoble est assez long (environ deux heures). Une partie du trajet
se fait en ski ce qui limite le poids et le volume du materiel à monter. Cet isolement
impose une bonne organisation préalable qui n'omet ni vivres, ni matériels ni clefs. Il
impose aussi de nombreux portages à ski lorsque du materiel spécique doit être monté
(poste à souder, carburant, éléments de structure, capteurs...). Les problèmes rencontrés,
mécaniques ou électroniques, doivent être résolus avec les moyens du bord.

3.3.2 Organisation d'une campagne


Généralement, deux personnes montent une journée en avance pour eectuer les por-
tages et être présent aux premières heures le lendemain pour accueillir et guider un
engin de déneigement. Le reste de l'équipe monte dans la matinée le jour des expériences
qui ont lieu dans la soirée. Toute l'équipe redescend le lendemain dans l'après-midi. La
préparation des expériences comprend diérentes étapes.
La première étape consiste à dégager le canal qui peut être recouvert par plusieurs
mètres de neige (Figure 3.13). Un engin de dammage, mis à notre disposition par la
station de l'Alpe d'Huez, nivelle une plate-forme au pied du canal (Figure 3.14 (a)). Cette
opération dure environ une demi-heure. Ensuite, il s'agit de creuser à la pelle une tranchée
de deux mètres de large autour du canal (Figure 3.14 (b)). Les couches inférieures du
manteau neigeux sont compactées et peuvent nécessiter l'emploi d'une pioche voire d'une
scie. Certaines parties de la structure prises dans la glace sont libérées à l'aide d'un
décapeur thermique. Ces opérations peuvent occuper quatre personnes pendant toute
une matinée.
62 Méthode expérimentale

Une fois le canal dégagé, l'après-midi est consacré à l'installation de l'instrumentation


(une heure), à la vérication des moteurs thermiques et électriques (une demi-heure) et
à la réparation d'éventuelles dégradations de la structure provoquées par l'enfouissement
ou les conditions météorologiques. Le dispositif est alors opérationnel. Les expériences
commencent vers vingt heure et nissent vers une heure du matin.
Le lendemain matin l'instrumentation est démontée (une heure) puis la tranchée
creusée la veille est protégée en la recouvrant de panneaux de bois (une heure). Sans
cette protection, une petite chute de neige avec un peu de vent sut à reboucher la
tranchée en quelques jours. Cette méthode évite d'avoir à recreuser toute la tranchée
avant chaque campagne de mesure.

(a) (b)

(c)

Fig. 3.13  Photos du canal : (a) dégagé en automne, (b) et (c) sous plusieurs mètres de
neige en hiver .

3.3.3 Nombre d'écoulements réalisées


Environ quatre-vingt écoulements ont été réalisés au cours de quinze campagnes d'ex-
périmentation réparties sur trois hivers. La capacité à multiplier les écoulements permet
3.3 Les campagnes d'expérimentation 63

(a) (b)

Fig. 3.14  Déneigement du dispositif : (a) intervention d'une dameuse et (b) tranchée
creusée à la pelle.

d'explorer diérents paramètres tels que la pente et le débit. La gure 3.15 (a) précise
le nombre d'écoulements réalisés ainsi que la date de chaque campagne. Pendant l'hiver
2004, le nombre moyen d'écoulements par soirée est de trois. En 2005, ce nombre passe à
cinq grâce à l'acquisition d'une fraise à neige qui facilite les opérations de manutention.
L'optimisation de l'organisation permet d'augmenter encore le nombre d'écoulements par
soirée en 2006 (huit en moyenne).
Les campagnes de mesures sont séparées au minimum par une semaine, ce qui laisse
le temps à la neige de se transformer. Par ailleurs les propriétés de la neige peuvent
dépendre de la température ambiante [27, 139] qui change d'une campagne à l'autre,
mais reste approximativement constante (à quelques degrés près) lors d'une même soirée.
La gure 3.15 (b) relève la température de l'air pour chaque campagne de mesure. Ces
températures sont réparties entre 0◦ C et −19◦ C . Il faut donc s'attendre à ce que les
propriétés de la neige varient d'une soirée à l'autre. La capacité à eectuer de nombreux
écoulements lors d'une même soirée est donc cruciale pour pouvoir explorer diérentes
gammes d'épaisseur et de pente pour une qualité de neige donnée.

3.3.4 L'équipe
Les opérations de déneigement et de préparation du dispositf ainsi que la réalisation
des expérimentations nécessitent la présence de quatre personnes. En plus de leur compé-
tences professionnelles, les membres de l'équipe doivent en permanence porter une atten-
tion particulière à leur sécurité personelle (froid, fatigue, travaux en hauteur, broyeuse
64 Méthode expérimentale

Nombre d'écoulement
12 2004 2005 2006 (a) 0 (b)

Température (°C)
10 -4

8
-8

6
-12

4
-16
03/03/04

17/03/04

18/03/04

20/12/04

12/01/05

07/02/05

23/02/05

02/03/05

10/03/05

16/03/05

04/01/06

11/01/06

25/01/06

31/01/06

15/03/06
2
-20
0
2 4 6 8 10 12 14
2 4 6 8 10 12 14
Campagne Campagne

Fig. 3.15  Descriptif des écoulements réalisés pour chaque campagne : (a) nombre
d'écoulements et (b) température.

mécanique) ainsi qu'à celle des autres. Les conditions de travail diciles ainsi que les
conditions de vie spartiates et intimistes rendent indispensable une parfaite entente dans
l'équipe.
Voici une liste des personnes ayant participé aux expériences au col du Lac Blanc,
ainsi que leur principale fonction. Cette fonction est indicative puisque les problèmes
de chacuns sont généralement solutionnés par l'ensemble de l'équipe. Mohamed Naaïm,
Directeur de Recherche au CEMAGREF, a dirigé la conception, la réalisation et les évo-
lutions du dispositif. Hervé Bellot, Assistant Ingénieur au CEMAGREF, a développé et
entretenu l'instrumentation de ce site. Fréderic Ousset, Technicien au CEMAGREF, a
réalisé et entretenu la structure mécanique du dispositif. Xavier Ravanat, Technicien au
CEMAGREF, a participé à l'optimisation des opérations de manutention. Thierry Faug,
Chargé de Recherche au CEMAGREF, a participé aux expériences en ajoutant en sor-
tie du canal une digue déviatrice dédiée à l'étude de l'interaction écoulement-obstacle.
Antoine Fourrière a réalisé son stage de D.E.A sur ce thème. Gérémi Robert, Sarah
Xuereb et Chloé Bois ont eectué des stages de type ouvrier d'une durée d'un mois
et ont apporté un soutien indispensable au bon déroulement des opérations. Enn, Mi-
chael Bacher et François-Xavier Cierco, doctorants du CEMAGREF, ont ponctuellement
complété l'équipe.

3.4 Conclusion
Les expériences réalisées lors de cette thèse ont grandement bénécié des travaux
réalisés lors de la thèse d'Alexis Bouchet [16] : sous la direction de Mohamed Naaïm,
3.4 Conclusion 65

Alexis Bouchet, Hervé Bellot et Fréderic Ousset ont concu, réalisé et testé le dispositif
expérimental du col du Lac Blanc. Ce dispositif est unique puisqu'il est le seul capable
de générer des écoulements de neige à débit constant. Par ailleurs, l'instrumentation en
place permet de caratériser les écoulements par leur épaisseur, leur prol de vitesse et les
contraintes développées au socle.
A quelques modications près, telles que la mise place de l'écretteur qui limite les
uctuations de hauteur, l'optimisation des mesures de vitesse et les opérations de ma-
nutentions, les travaux réalisés pendant ma thèse ont consisté à utiliser ce dispositif tel
qu'il était et à réaliser un maximum d'expériences. Les campagnes d'expérimentation sur
le terrain présentent de nombreuses dicultés et sont très consommatrices de temps et
d'énergie. Une parfaite entente entre les diérents membres de l'équipe a rendu possible
la réalisation d'un grand nombre d'écoulements à pente, débit et type de neige varié. Ces
écoulements consituent une base de données à partir de laquelle diérentes informations
sur la rhéologie particulière de la neige vont pouvoir être déduites.
66 Méthode expérimentale
Chapitre 4

Rhéologie de la neige

Le dispositif expérimental du col du Lac Blanc a permis la réalisation d'environ 80


écoulements de neige naturelle à pente et débit variés. Les techniques de mesures donnent
accès à l'épaisseur de l'écoulement le long du canal, aux contraintes exercées sur le socle,
et au prol de vitesse à la paroi. A partir de ces données, l'objet de ce chapitre est
d'extraire le comportement rhéologique de la neige.
Le type de neige considéré, les grains ns, est constitué de petits grains de glace
(∼ 0.2mm) reliés entre eux par des ponts de glace, en l'absence d'eau liquide. La taille
et la forme des grains, ainsi que celles des ponts de glace peuvent varier en quelques
jours au gré conditions thermodynamiques. Une question cruciale est de déterminer si le
comportement rhéologique des grains ns dépend de leur état de transformation.
La première partie montre l'existence d'écoulements permanents et uniformes dans
une large gamme d'inclinaison. La seconde partie détaille les caractéristiques d'un de
ces écoulements, puis la troisième partie met en évidence les trois paramètres qui les
contrôlent : la pente, l'épaisseur mais aussi le l'état de transformation des grains ns.
La quatrième partie montre les spécicités des prols de vitesse mesurés pour la neige
en les comparant à ceux de uides usuels. A partir des mesures de prols de vitesse, la
cinquième partie déduit la loi de comportement locale de la neige, puis la sixième partie
compare la loi de frottement globale mesurée à celles couramment utilisées.

4.1 Caractéristiques générales des écoulements


Cette partie regroupe des informations d'ordre général sur la typologie des écoule-
ments. Dans un premier temps elle décrit les diérents régimes d'écoulement observés
en fonction de l'inclinaison, puis elle montre la présence d'agrégats de grande taille qui
persistent tout le long du canal.

4.1.1 Trois régimes d'écoulement


En fonction de l'inclinaison θ, trois régimes d'écoulement de neige peuvent être dis-
tingués grâce aux trois mesures d'épaisseur réparties le long du canal. Le système d'ali-
68 Rhéologie de la neige

mentation impose un débit massique Q de neige à l'entrée du canal. Ce débit est constant
dans le temps. Moyennant l'hypothèse que la masse volumique est elle aussi constante,
le débit massique est relié à l'épaisseur H(x) de l'écoulement et à la vitesse moyenne sur
la section VS (x) (Figure 4.1) : Q ∝ H(x)VS (x). En considérant deux sections S 1 et S 2 le
long du canal, la conservation du débit conduit à la relation :

H 1 VS1 = H 2 VS2 (4.1)

Ecoulements ralentis
Si l'inclinaison n'est pas susante (θ . 33◦ ), l'épaisseur de l'écoulement augmente
le long du canal (Figure 4.1 (a)) : dH dx > 0. Par conséquent, la vitesse moyenne de
l'écoulement diminue le long du canal : dV dx < 0. Ce premier régime est appelé régime
S

ralenti. Si l'écoulement ralentit susamment vite, il peut s'arrêter avant la n du canal.


La neige bloquée forme alors un bouchon et la neige qui continue d'être injectée par
le dispositif d'alimentation s'accumule et déborde du canal. Une fois arrêtée, la neige
forme dans le canal un bloc rigide qui ne s'écoule pas même pour la pente la plus élevée
accessible (45◦ ). Il est remarquable que, pour un débit imposé plus faible, les écoulements
sont ralentis même pour des pentes plus élevées (jusqu'à 37◦ ).

Ecoulements accélérés
Lorsque la pente est supérieure à environ 42◦ , l'épaisseur diminue le long de l'écou-
lement (Figure 4.1 (b)) : dH
dx < 0. Par conséquent, la vitesse moyenne de l'écoulement
augmente le long du canal : dVdx > 0. Ce second régime est appelé régime accéléré. Dans
S

les derniers mètres du canal, là où l'écoulement est le plus rapide, apparaît parfois une
zone de saltation de quelques centimètres d'épaisseur au dessus de la partie dense de
l'écoulement. Il s'agit de quelques grains de neige qui se font arracher à l'écoulement
dense à cause de la grande vitesse relative de l'air (environ 7ms−1 ).

Ecoulements permanents et uniformes


Entre environ 33◦ et 42◦ , l'épaisseur H des écoulements est constante le long du canal
(Figure 4.2 (a)). La vitesse Vs est donc constante le long du canal et l'écoulement n'est
ni accéléré ni ralenti. Ce régime est appelé régime uniforme et sera décrit plus en détails
dans la section suivante (Section 4.2). La gure 4.2 (b) trace la pente en fonction de
l'épaisseur pour chaque écoulement uniforme eectué lors de cette thèse. Les gammes
explorées sont 4cm < H < 12.5cm et 33◦ < θ < 41◦ .
Lorsque la trémie est presque vide, les pas de la vis sont partiellement remplis et
l'épaisseur de ces écoulements diminue progressivement pendant quelques secondes. Une
fois l'écoulement terminé, quels que soient l'inclinaison et le débit imposés, une dizaine
de couches de grains de neige isolés restent bloquées sur la rugosité.
4.1 Caractéristiques générales des écoulements 69

1
(a) (b) S
1
1
S
2
S H
1
H H
2 2
S
2
1 H
1
V
s
V 2 2
y s V V
s s
x
l l
<33° >42°

Fig. 4.1  Régimes d'écoulements : (a) ralenti et (c) accéléré.

(a) 1
(b)
S
12
H
2 10
S
H(cm)

H 8

V 6
s

V 4
s
l
34 36 38 40 42
>41°
(°)

Fig. 4.2  Régimes d'écoulement uniforme : (a) schéma et (b) pente et épaisseur des
écoulements uniformes réalisés.

4.1.2 Présence d'agrégats


Les vidéos à la surface des écoulements permettent d'observer la présence d'agrégats
et de mesurer leur taille émergée (Figure 4.3 (a)). La technique de mesure est assez
grossière puisqu'elle consiste, pour chaque image, à repérer visuellement les bosses que
forment les agrégats à la surface, puis d'en mesurer la plus grande taille. La taille réelle
des agrégats peut naturellement être plus élevée que la taille émergée et la faible qualité
des images ne permet pas de distinguer les agrégats de moins de trois centimètres. Ces
70 Rhéologie de la neige

agrégats perdurent tout le long de l'écoulement et sont présents à la sortie du canal


(Figure 4.3 (b)). La gure 4.3 (c) montre la distribution du nombre N d'agrégats de
taille D ainsi mesurée lors d'un écoulement.
A. Bouchet a mis au point une méthode plus satisfaisante pour mesurer la taille des
agrégats [16]. Elle se base sur la corrélation des mesures de vitesse entre deux capteurs si-
tués l'un au dessus de l'autre. Cette méthode donne accès à la taille immergé des agrégats,
ainsi qu'à leur répartition dans l'épaisseur de l'écoulement. Les mesures eectuées pour
divers écoulements (pente et épaisseur variés) montrent l'existence d'une loi de puissance
reliant la taille D des agrégats et leur nombre N : dN −2
dD ∝ D . Cette loi est en accord
qualitatif avec les mesures faites par vidéo à la surface (Figure 4.3 (c)). Par ailleurs, A.
Bouchet a montré que les agrégats étaient répartis de manière homogène dans l'épaisseur
de l'écoulement, ce qui indique que la ségrégation des gros agrégats vers la surface n'a
pas lieu, ou n'en a pas eu le temps.

4.2 Etude détaillée d'un écoulement permanent et uniforme


Cette partie détaille l'évolution temporelle des mesures de hauteur, de contraintes et
de vitesses lors d'un écoulement typique du régime uniforme, réalisé à une inclinaison de
37◦ .

4.2.1 Hauteurs
Trois mesures de hauteur sont réalisées le long du canal. La gure 4.4 (a) rappelle la
position des capteurs. La gure 4.4 (b) présente l'évolution dans le temps des trois me-
sures de hauteur. Dans une première phase, l'épaisseur de l'écoulement augmente progres-
sivement. Cette partie transitoire de l'écoulement qui est relativement longue (quelques
secondes) est due au remplissage partiel des premiers pas de la vis d'alimentation. Les
pics brusques correspondent au passage d'agrégats isolés.
Après ce régime transitoire, l'épaisseur atteint une valeur constante dans le temps à
quelques uctuations près (±5mm) liées à la présence d'agrégats à la surface de l'écou-
lement. Dans ce régime permanent, les trois mesures de hauteur le long du canal sont
égales. L'écoulement est donc permanent et uniforme. De plus, il ne semble pas y avoir
de variation d'épaisseur dans la direction z transverse à l'écoulement. L'épaisseur d'un
écoulement permanent et uniforme est donc représentée par un seul nombre, noté H , qui
vérie :

∂H ∂H ∂H
= = = 0. (4.2)
∂t ∂x ∂z

4.2.2 Contraintes au socle


La gure 4.4 (c) trace l'évolution de la contrainte normale au socle dans la partie
permanente et uniforme de l'écoulement. Elle uctue légèrement autour d'une valeur
4.2 Etude détaillée d'un écoulement permanent et uniforme 71

(a) (b)

80
(c)

60

N 40

20

0
4 8 12 16 20
D (cm)

Fig. 4.3  Présence d'agrégats : (a) photo de la surface de l'écoulement au niveau de la


zone de mesure, (b) photo latérale de l'écoulement à la sortie du canal ; (c) distribution du
nombre N d'agrégats de taille D mesurée par vidéo à la surface d'un écoulement (barres)
et loi de puissance dN
dD ∝ D
−2 mesurée par A.Bouchet [16] dans divers écoulements ().

moyenne (σyy ≈ 170 ± 10P a). La contrainte normale est liée au poids de la couche et
peut s'écrire :

σyy = ρgH cos θ (4.3)


où ρ est la masse volumique moyennée dans l'épaisseur de l'écoulement. Comme g et θ
sont connus, il est facile de déduire ρ à partir de la mesure de la contrainte normale σyy et
de l'épaisseur H . La gure 4.4 (c) trace l'évolution de cette masse volumique au cours du
temps et montre qu'elle uctue légèrement autour d'une valeur moyenne (ρ ≈ 180kg/m3 )
avec un écart-type typique de ±10kg/m3 .
Connaissant la masse volumique moyenne de l'écoulement, il est possible de déduire
72 Rhéologie de la neige

5m 5m
(a)
10 (b)
1m 1m

1
V

H
H3 H2 H1 z
0
0.2 m

Ecoulement

x
10
y

2
H
H3 H2 H1 0
10
Ecoulement
0.2 m

V 5

3
H
y

x 0
0 5 10 15 20 25
t(s)
200 160
(c) (d)
(Pa)

180
140

(Pa)
160
yy

140

g
200 120
,
(kg/m )
3

180
100
160
10 11 12 13 14 15 16 17 18 10 12 14 16 18
t(s)
t(s)

Fig. 4.4  Mesures lors d'un écoulement permanent et uniforme (θ = 37◦ ) : (a) rappel
de la disposition des capteurs ; (b) les trois mesures de hauteur (en cm) en fonction du
temps (les pointillés délimitent la zone ou l'écoulement est permanent et uniforme) ; (c)
mesure de la contrainte normale σyy et déduction de la masse volumique moyenne ρ ; (d)
mesure de la contrainte τ au socle de l'écoulement (noir) et déduction de la contrainte
tangentielle liée à la gravité τg (rouge).

la contrainte tangentielle liée à la gravité : τg = ρgH sin θ. La gure 4.4 (d) trace la
valeur de τg ainsi déduite et la compare à la mesure de la contrainte normale au socle τ .
Il apparaît que la contrainte de frottement τ mesurée au socle de l'écoulement s'oppose
exactement à celle de la gravité (|τ | = τg ), ce qui conrme que l'écoulement n'est ni
accéléré (|τ | < τg ), ni ralenti (|τ | > τg ), mais bien uniforme. La contrainte de frottement
au socle s'écrit donc :

τ = −ρgH sin θ. (4.4)


4.2 Etude détaillée d'un écoulement permanent et uniforme 73

4.2.3 Prol de vitesse


Fluctuations de vitesse
La gure 4.5 trace la vitesse à diérentes hauteurs dans la partie permanente et
uniforme de l'écoulement. Ces vitesses sont mesurées par méthode optique sauf VH qui
est mesurée par corrélation des hauteurs (entre les capteurs H1 − H2 et H2 − H3 ) (cf.
Chapitre 3). Il apparaît que les vitesses sont essentiellement indépendantes du temps,
mis à part quelques uctuations. Il est donc possible de décrire la vitesse mesurée par
chaque capteur par une valeur moyenne et un écart-type associé.

6 6 6
y=0.25 cm y=0.58 cm y=1.02 cm
5 5 5
4 4 4
3 V 3 V 3
V 1 2
0
2 2 2
1 1 1
0 0 0
0 2 4 6 0 2 4 6 0 2 4 6
t(s) t(s)
t(s)
6 6 6
y=1.27 cm y=1.78 cm y=2.79 cm
5 5 5
4 4 4
3 3 3
V V V
3 5
2 4
2 2
1 1 1
0 0 0
0 2 4 6 0 2 4 6 0 2 4 6
t(s) t(s) t(s)
6 6 6
y=4.83 cm y=5.84 cm
5
y=3.81 cm
5 5

4 4 4

3 3 3
V V V
8
6
2
7
2 2

1 1 1

0 0 0
0 2 4 6 0 2 4 6 0 2 4 6
t(s) t(s) t(s)

6 6
y=H
y=6.86 cm
5 5

4 4

3 3
V V
9 H
2 2

1 1

0 0
0 2 4 6 0 2 4 6
t(s) t(s)

Fig. 4.5  Vitesse (en ms−1 ) à la paroi selon la hauteur lors d'un écoulement permanent
et uniforme.
74 Rhéologie de la neige

Prol de vitesse
La gure 4.6 (a) trace pour chaque capteur la vitesse moyenne dans le temps en
fonction de sa hauteur. Les barres d'erreur horizontales représentent les uctuations
temporelles de vitesse (écart type typique de 0.5 ms−1 ). Les barres d'erreur verticales
représentent la taille des capteurs optiques (2.5 mm) sauf pour le dernier point où elle
représente les uctuations temporelles de hauteur (écart type typique de ∼ 1cm).
Ce prol de vitesse ainsi obtenu a une forme typique : il est composé d'une couche
inférieure peu épaisse et fortement cisaillée et d'une couche supérieure faiblement cisaillée.
Cette forme de prol est comparable à celle mesurée par les rares équipes qui ont réalisé
des écoulements de neige le long d'une pente [50, 140, 17, 16, 102]. Plus de détail sur ces
travaux sont donnés dans le chapitre 1.

6
10 (a) (b)
5

8
(m/s)

4
y (cm)

6
3
a

x
V

4
2

2 1

0 0
0 1 2 3 4 5 -10 -5 0 5 10
V (m/s)
x z (cm)

Fig. 4.6  Prols de vitesse : (a) prol de vitesse à la paroi en fonction de la hauteur,
mesure par capteurs optiques (¨) et par corrélation des hauteurs (♦) ; (b) prol latéral
de vitesse mesuré par vidéo à la surface de l'écoulement : mesures (¥) et symétrie des
points de mesure par rapport à l'axe z = 0 (¤).

Eet des parois latérales


Les lms de la surface des écoulements qui ont permis de mettre en évidence la
présence d'agrégats permettent aussi de les suivre sur une distance d'un mètre (environ
cinq images successives) donc d'en déduire leur vitesse. La gure 4.6 (b) trace, pour
un écoulement, la vitesse Vxa de chaque agrégat repéré en fonction de sa position z par
rapport aux parois. La vitesse Vza transverse à l'écoulement est négligeable. Les barres
d'erreur représentent la dispersion des mesures de vitesse entre les diérentes images.
4.3 Facteurs inuant les prols de vitesse 75

Compte tenu de la faible qualité des lms, les mesures n'ont pu être réalisées que sur
une demi-largeur du canal (carrés plein). Les carrés vides sont la symétrie des points
de mesure par rapport à l'axe z = 0 et permettent une meilleure visualisation du prol
latéral de vitesse.
Ces mesures sommaires indiquent qu'il n'y a pas (ou peu) de cisaillement de la neige
près des parois latérales du canal. De plus, les mesures de vitesse par corrélation de
hauteur (mesures réalisées en z = 0) sont tout à fait cohérentes avec la mesure du prol
de vitesse à la paroi (Figure 4.6 (a)). Ces deux observations indiquent que si les parois
latérales exercent un frottement sur la neige, l'écoulement est freiné en bloc sur toute
sa largeur. Par conséquent, la mesure du prol de vitesse à la paroi est une mesure
représentative de l'ensemble de l'écoulement.

4.3 Facteurs inuant les prols de vitesse


L'étude du cas d'un écoulement uniforme a montré que les grandeurs telles que les
vitesses, les hauteurs et les contraintes étaient essentiellement constantes dans le temps.
Il s'agit donc d'un régime d'écoulement uniforme et permanent. L'écoulement étudié a
aussi révélé une forme de prol de vitesse particulière : le matériau est fortement cisaillé
dans une ne couche basale et faiblement cisaillé au dessus. Mais il faut s'attendre à
ce que des paramètres tels que la pente, l'épaisseur de l'écoulement où le type de neige
puissent modier la forme de ce prol.

4.3.1 Répétabilité des expériences


Avant de tester l'inuence de paramètres contrôlés, il faut s'assurer de la répétabilité
des expériences. Si la neige dans le manteau n'évolue pas signicativement au cours d'une
soirée, elle est transformée lors des diérentes étapes de préparation des écoulements :
 broyage mécanique (pelle, fraise à neige),
 stockage de 20 minutes dans la cuve amovible,
 transfert de la neige de la cuve amovible à la trémie à travers une grille (pas de
3cm),
 stockage dans la trémie pendant quelques minutes avant écoulement,
 injection dans le canal par la vis sans n.
Il est possible qu'une de ces étapes, mal maîtrisées et jamais reproduites à l'identique,
joue un rôle important lors de l'écoulement. La gure 4.7 (a) compare les prols de vitesse
de deux écoulements de même pente et de même épaisseur réalisés lors de la même soirée.
Les deux prols sont très proches, ce qui signie que le mode de préparation adopté est
répétable. Néanmoins, il faut craindre que le temps d'attente de la neige dans la trémie
puisse modier son état de frittage. La gure 4.7 (b) compare les prols de vitesse de
trois écoulements réalisés au cours d'une même soirée à pente et débit constants. Ces
écoulements dièrent par le temps d'attente de la neige dans la trémie qui varie entre 1
et 16 minutes. Les trois prols sont très proches ce qui montre que le temps d'attente
dans la trémie n'est pas critique.
76 Rhéologie de la neige

10 (a) 10 (b)

8 8
y (cm)

y (cm)
6

4 4

2 2

0 0
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5
V (m/s) V (m/s)

Fig. 4.7  Répétabilité des expériences : (a) deux écoulements de même pente (θ = 37◦ ),
d'épaisseur similaire (H ≈ 9.5cm) et réalisés dans la même soirée (campagne 9) ; (b) trois
écoulements de même pente (θ = 35.5◦ ), d'épaisseur similaire (H ≈ 9cm) et réalisés dans
la même soirée (campagne 6) avec diérents temps d'attente de la neige dans la trémie :
une minute (¤), dix minutes (◦), 16 minutes (M).

4.3.2 La pente
Les gure 4.8 (a) et (b) tracent les prols de vitesse d'écoulements d'épaisseur similaire
et réalisés lors d'une même soirée. Seule la pente varie. Sans surprise, les écoulements
accélèrent lorsque la pente augmente. Par contre, la forme des prols de vitesse reste
qualitativement inchangée. Lors de la campagne 10, dont les prols de vitesses sont
tracés dans la Figure 4.8 (a), un écoulement a été tenté à une pente de 33◦ , mais il s'est
arrêté. Un autre réalisé à une pente de 42◦ était accéléré.

4.3.3 L'épaisseur
La gure 4.8 (c) trace les prols de vitesse de trois écoulements réalisés lors d'une
même campagne pour une même pente. Cette fois, les écoulements dièrent par leur
épaisseur qui varie entre 4.5cm et 12cm. Les écoulements accélèrent lorsque l'épaisseur
augmente mais la forme des prols de vitesse reste qualitativement inchangée.

4.3.4 Le type de neige


La gure 4.8 (d) trace les prols de vitesse de quatre écoulements de même pente,
d'épaisseur similaire mais qui ont été réalisés lors de diérentes campagnes. Il apparaît
4.4 Comparaison avec les uides usuels 77

que le type de neige, qui peut varier entre les campagnes, peut modier les prols de
vitesse. Cependant leur forme reste qualitativement inchangée.

14 14
(a) (b)
12 34° 12 37°

35.5° 38°

10 37° 10 39.5°

38° 41°

8 8

y (cm)
y (cm)

39.5°

40.7°

6 6
4 4
2 2

0 0
0 1 2 3 4 5 6 0 1 2 3 4 5 6
V (m/s) V (m/s)

14 12
(c) Campagne :
(d)
12 10 7

10
10
8
11

14

8
y (cm)
y (cm)

6
6
4
4

2 2

0 0
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5 6
V (m/s) V (m/s)

Fig. 4.8  Facteurs inuant les prols de vitesse : (a) diérentes inclinaisons, épaisseurs
similaires (H ≈ 10.5cm) et même neige (campagne 10) ; (b) diérentes inclinaisons,
épaisseurs similaires (H ≈ 8.5cm) et même neige (campagne 8) ; (c) diérentes épais-
seurs, inclinaison constante (θ = 35.5◦ ) et même neige (campagne 6) ; (d) diérentes
neiges, même inclinaison (θ = 39.5◦ ) et épaisseurs similaires (H ≈ 9.5cm).

4.4 Comparaison avec les uides usuels


Les écoulements de neige en canal sur fond rugueux sont caractérisés par un prol de
vitesse d'une forme typique : le matériau est fortement cisaillé dans une ne couche basale
et faiblement cisaillé au dessus. Si ce prol peut varier quantitativement en fonction de
la pente, la hauteur et le type de neige, sa forme reste qualitativement inchangée. Elle
78 Rhéologie de la neige

semble révélatrice d'une rhéologie particulière de la neige. Pour mettre en évidence les
spécicités de ce comportement, une première étape consiste à comparer les écoulements
de neige en canal à ceux de uides usuels, en commençant par les plus simples.

4.4.1 Procédure
La loi de comportement des uides usuels est généralement exprimée à travers la rela-
tion entre la contrainte tangentielle τ et le taux de cisaillement γ̇ : τ = f (γ̇). Moyennant
l'hypothèse d'un uide incompressible de masse volumique ρ, le prol de contrainte tan-
gentielle dans une couche d'épaisseur H en écoulement permanent et uniforme sur R y plan in-
cliné s'écrit : τ (y) = ρg(H −y) sin θ. Le prol de vitesse dans la couche V (y) = y1 =0 γ̇dy1
est alors donnée par :
Z y
V (y) − V0 = f −1 (τ (y1 )) dy1 , (4.5)
y1 =0

ce qui permet d'introduire une vitesse de glissement à la paroi : V0 = V (y = 0) qui


peut être choisie positive ou nulle. Pour comparer facilement la forme des prols ainsi
obtenus, les vitesses seront adimensionnées par la vitesse à la surface VH : V ∗ = V /VH
et la profondeur y par l'épaisseur H : y ∗ = y/H . La gure 4.9 compare le prol V ∗ (y ∗ )
mesuré sur la neige avec ceux de uides usuels, en autorisant ou non une vitesse de
glissement au socle.

4.4.2 Rhéologie homogène


Les premiers candidats à la description des écoulements de neige sont des uides dont
la rhéologie est homogène, c'est à dire qui peuvent être décrits sur toute leur épaisseur
par une seule et même loi de comportement.

Comportement en loi de puissance


Le premier et le plus simple de ces candidats est un uide qui suit une loi de puissance.
Les expressions de la loi de comportement de tels uides, du prol de vitesse et de la
vitesse à la surface sont :

τ = η γ̇ α
V ∗ = 1 − (1 − V0∗ )(1 − y ∗ )1+1/α (4.6)
µ ¶
ρg sin θ 1/α H 1+1/α
avec VH = V0 + .
η 1 + 1/α

Le cas α = 1 correspond à un uide Newtonien de viscosité η . Le prol de vitesse d'un


uide Newtonien (Figure 4.9 (a)) ne représente pas la zone basale fortement cisaillée
des écoulements de neige, même en permettant une vitesse de glissement importante (le
meilleur ajustement est donné par V0∗ = 0.52).
4.4 Comparaison avec les uides usuels 79

Pour mieux représenter le fort taux de cisaillement de la couche basale, il est tentant
de considérer un uide qui s'écoule d'autant mieux que la contrainte de cisaillement est
élevée. Un candidat qui peut répondre à ce critère est un uide rhéouidiant qui suit
une loi de puissance avec α < 1 (Figure 4.9 (b)). Sans vitesse de glissement, le meilleur
ajustement est donné par une valeur de puissance très faible : α = 0.11. En autorisant
une vitesse de glissement, le meilleur ajustement est obtenu pour une valeur légèrement
plus grande de la puissance : α = 0.31 et une vitesse de glissement V0∗ = 0.38. Dans
les deux cas, la couche basale des écoulements de neige est assez bien représentée, mais
la couche supérieure l'est beaucoup moins bien : les faibles valeurs de la puissance α,
nécessaires à la bonne description de la zone basale fortement cisaillée, induisent un taux
de cisaillement presque constant dans le haut de l'écoulement.

Fluides à seuil

L'argument principal qui écarte un comportement en loi de puissance est qu'un tel
uide ne s'arrête qu'à pente nulle (τ = 0) et dière donc de la neige qui s'arrête dès que
la pente est inférieure à une pente seuil θstop ≈ 33◦ . Pour rendre compte de cette eet,
il est tentant de chercher un candidat qui ne s'écoule qu'au dessus d'une contrainte seuil
τc = ρgH sin θstop . Les fuides à seuil répondent à ce critère. Les expressions de la loi de
comportement de tels uides, du prol de vitesse et de la vitesse à la surface sont :

½
τ − τc = η γ̇ α , pour τ > τc ;
γ̇ = 0 pour τ 6 τc
½
∗ 1 − (1 − V0∗ )(1 − y ∗ /yc∗ )1+1/α , pour 0 6 y < yc ;
V = (4.7)
1 pour yc 6 y < H ;
µ ¶1/α 1+1/α
ρg sin θ yc
avec VH = V0 + .
η 1 + 1/α

où l'épaisseur de la couche cisaillé yc∗ est reliée à la pente de l'écoulement et à sa pente


d'arrêt : yc∗ = 1 − sin θstop / sin θ. Le cas α = 1 correspond à un uide de type Bingham
(gure 4.9 (c)). Le meilleur ajustement est donné pour une valeur de yc∗ = 0.25 avec une
vitesse de glissement nulle, et yc∗ = 0.73 avec une vitesse de glissement V0∗ = 0.46 . Le
cas α 6= 1 correspond a un uide de type Herschel-Bulkley (gure 4.9 (d)). Les meilleurs
ajustements sont donnés pour V0 = 0 et yc∗ = 0.25 par α = 0.81 et pour V0 = 0.46
et yc∗ = 0.73 par α = 0.48. Dans les deux cas, les écoulements de uides à seuil sont
caractérisés par un prol de vitesse non cisaillé dans la couche supérieure (y > yc ). Ce
type de prol de vitesse, parfois appelé prol bouchon, ne correspond pas à celui des
écoulements de neige dont la couche supérieure est cisaillée. Pour l'écoulement de neige
considéré (θ = 37◦ ,θstop ≈ 33◦ ), l'épaisseur de la zone cisaillée devrait être très faible :
yc∗ ≈ 0.1.
80 Rhéologie de la neige

Fluides type granulaire


Jusqu'à présent, aucun des candidats testés ne décrit correctement les écoulements de
neige. Comme la neige est composée de grains de glace, il est naturel de se tourner vers
un uide de type granulaire. La rhéologie de grains quasi-monodisperses, sans cohésion
et sans eet du uide interstitiel a récemment fait l'objet de nombreuses études résumées
dans le chapitre 2. Une expression de la loi de comportement d'un tel uide [44, 43, 71],
du prol de vitesse et de la vitesse à la surface sont :
p
ρp νg cos θ(θ − φ) p
γ̇(y) = H −y
Z y bd
Vx (y) − V0 y 3
⇒ = γ̇(y1 )dy1 = 1 − (1 − ) 2 (4.8)
VH y1 =0 H
µ ¶
2 3 θ−φ p
avec VH = V0 + H 2 ρp νg cos θ
3 bd
où m est la masse d'un grain, φ et b sont des paramètres propres au matériau. Dans le
cas d'un écoulement permanent et uniforme sur plan incliné, le rapport τ /σ est égale à
tan θ ≈ θ, et le prol de vitesse est de type Bagnold. La gure 4.9 (e) trace ce type de
prol et montre que, même en permettant une vitesse de glissement (V0∗ = 0.61), il dière
de celui de la neige. Néanmoins, il est remarquable que le comportement granulaire décrit
par l'équation 4.8 prédit à la fois une pente d'arrêt non nulle et un écoulement cisaillé
sur toute son épaisseur, ce qui correspond qualitativement au comportement de la neige.

4.4.3 Rhéologie bi-couche


Aucune loi de comportement classique ne permet de décrire à la fois les couches
basale et supérieure du prol de vitesse de la neige. Il faut donc chercher des uides qui
se comportent diéremment dans chacune des couches. C'est ce qu'ont proposé Dent.
et al. [50] dans un modèle bi-visqueux, où chaqune des couches se comporte comme un
uide Newtonien, mais où la viscosité est beaucoup plus faible dans la couche basale que
dans la couche supérieure. Les expressions de la loi de comportement d'un tel uide, du
prol de vitesse et de la vitesse à la surface sont :
½
η1 γ̇, pour τ > τc ;
τ=
η2 γ̇ sinon.

 1−(1−y ∗ )2
 η
1+(1−yc∗ )2 ( η1 −1)
, pour 0 6 y < yc ;

V = η1 2 ∗ 2
(1−y ) (4.9)

 1− η 2
η yc 6 y 6 H .
1+(1−yc∗ )2 ( η1 −1)
2
ρg sin θ
avec VH = H 2 (A1 + (1 − yc∗ )(A2 − A1 )) et A1,2 = .
η1,2
Le modèle bi-visqueux représente bien la forme du prol de vitesse d'un écoulement de
neige dans les deux couches, même sans introduire de vitesse de glissement (Figure 4.9
4.4 Comparaison avec les uides usuels 81

(f)). Le meilleur ajustement est donné par le rapport de viscosité : ηη21 = 18. Mais si
ce comportement décrit bien le prol de vitesse de la neige, il ne prédit pas l'arrêt de
l'écoulement à pente non nulle.

1.0 (a) 1.0 (b)


y/H

0.5 0.5

0.0 0.0
0.0 0.5 1.0 0.0 0.5 1.0

1.0 (c) 1.0 (d)


y/H

0.5 0.5

0.0 0.0
0.0 0.5 1.0 0.0 0.5 1.0

1.0 (e) 1.0 (f)


y/H

0.5 0.5

0.0 0.0
0.0 0.5 1.0 0.0 0.5 1.0

V/V V/V
H H

Fig. 4.9  Comparaison des formes des prols de vitesse de la neige (◦) et des uides
usuels en xant une vitesse de glissement nulle (surfaces grises) ou en considérant le
meilleur ajustement de V0∗ () : (a) Newtonien, (b) rhéouidiant, (c) Bingham, (d)
Herschel-Bulkley, (e) granulaire, (f ) bivisqueux.
82 Rhéologie de la neige

4.5 Mesure de la loi comportement locale de la neige


Aucune des lois de comportements usuelles testées dans la section précédente ne décrit
correctement à la fois le prol de vitesse typique de la neige et l'arrêt des écoulements à
pente non nulle. Il apparaît néanmoins que :
 le prol de vitesse de la neige peut être assez bien décrit en distinguant la rhéologie
de la couche basale de celle de la couche supérieure,
 une rhéologie de type frictionnelle telle que celle des matériaux granulaires, peut
rendre compte à la fois d'un arrêt à pente non nulle et d'un prol de vitesse cisaillé
sur toute l'épaisseur.
Cette section propose de mesurer directement la loi de comportement de la neige à partir
de l'analyse des prols de vitesse de l'ensemble des écoulements réalisés à épaisseur, pente
et type de neige variés.

4.5.1 Prol de vitesse bi-linéaire


La première étape consiste à donner une forme analytique aux prols de vitesse pour
pouvoir en déduire les prols de taux de cisaillement correspondants. Dans une première
approximation, les prols de vitesse peuvent être décrits comme linéaires dans chacune
des couches (Figure 4.10) :
½
γ̇p y, pour 0 < y < yp ;
v(y) = (4.10)
γ̇n y + (γ̇p − γ̇n )yp , pour yp < y < H .
Cette formulation introduit trois paramètres :
 yp : l'épaisseur de la couche basale,
 γ̇p : le taux de cisaillement moyen dans la couche basale,
 γ̇n : le taux de cisaillement moyen dans la couche supérieure.
Le tableau 4.1 donne la valeur moyenne ainsi que l'écart type de chacun de ces paramètres
pour tous les écoulements réalisés. Les trois paramètres sont largement distribués ce
qui indique qu'ils peuvent varier signicativement en fonction des caractéristiques des
écoulements ou du type de neige. De manière générale, la couche inférieure est peu épaisse
mais le taux de cisaillement y est beaucoup plus élevé que dans la couche supérieure (deux
ordres de grandeur), de sorte que la vitesse à l'interface entre les deux couches Vp = yp γ̇p ,
de l'ordre de 3.5ms−1 , est proche de la vitesse à la surface.
Le tableau 4.1 donne aussi une valeur typique de l'erreur associée à l'estimation
des trois paramètres γ̇n , γ̇p et yp . L'erreur sur les mesures de vitesse est de l'ordre de
∆V ∼ 0.5ms−1 . L'erreur ∆γ̇n sur la détermination du taux de cisaillement dans la
couche supérieure peut être déduite en connaissant son épaisseur qui est proche de celle
de l'écoulement : ∆γ̇n ∼ ∆V /H ∼ 0.5/0.1 = 5s−1 . De la même manière, il est possible
d'estimer l'erreur ∆γ̇p sur la détermination du taux de cisaillement dans la couche basale,
dont l'épaisseur plus ne - de l'ordre de 0.7cm - conduit à une plus grande incertitude :
∆γ̇p ∼ ∆V /0.007 ∼ 70s−1 . Enn, en estimant l'erreur sur la détermination de la vitesse
à l'interface Vp par ∆V , il est possible de déduire l'erreur faite sur la détermination de
V ∆V V ∆γ̇ 0.5
yp = γ̇pp : ∆yp ∼ γ̇pp + pγ̇ 2 p = 500 + 3.5∗70
(500)2
∼ 2mm.
p
4.5 Mesure de la loi comportement locale de la neige 83

10

y (cm) 4

2 y
p

V
0
p

0 1 2 3 4 5 6
V (m/s)
x

Fig. 4.10 Ajustement bi-linéaire du prol de vitesse : mesures (•) et meilleurs ajuste-
ment (), donné par γ̇n = 16s−1 , γ̇p = 320s−1 et yp = 11mm.

Moyenne Ecart type Erreur


γ̇p (s−1 ) 477 341 70
yp (cm) 0.7 0.5 0.2
γ̇n (s−1 ) 9.5 6 5

Tab. 4.1  Valeurs typiques des paramètres de l'ajustement bi-linéaire : valeurs moyennes
et écart-types pour tous les écoulements et estimation de l'erreur pour chaque mesure.

Avantages
L'avantage du prol bi-linéaire est d'ajuster correctement l'ensemble des données
expérimentales moyennant une formulation simple et en faisant intervenir un nombre
limité de paramètres. De plus, la formulation bi-linéaire sépare explicitement la forme du
prol dans la couche basale de celle de la couche supérieure.

Limites
Bien évidemment, une forme aussi simple ne décrit pas parfaitement la réalité. Le
désaccord le plus agrant se situe à l'interface entre les deux couches où le prol bi-linéaire
prévoit une discontinuité du taux de cisaillement qui ne semble pas correspondre à la
situation physique réelle : les mesures auraient plutôt tendance à montrer une variation
continue du taux de cisaillement entre les deux couches. D'autres types d'ajustement
permettent d'obtenir un prol de taux de cisaillement continu dans tout l'écoulement,
comme par exemple un prol logarithmique ( v(y) = V1 ln( y+y y2 ) avec V1 = 0.82ms ,
1 −1

y1 = 3.8mm et y2 = 0.43mm pour l'exemple de la gure 4.10) où encore un prol


parabolique avec vitesse de glissement dans la couche basale comme celui proposé par
84 Rhéologie de la neige

M. Kern et al. [102].

Choix
Quelle que soit la fonction d'ajustement choisie, elle devra reéter une couche basale
fortement cisaillée et une couche supérieure faiblement cisaillée. Dans la couche supé-
rieure, il y a assez de points de mesures pour être convaincu de la validité d'un prol
linéaire. Par contre, les mesures moins nombreuses et moins précises dans la couche basale
ne permettent pas de distinguer clairement une forme de prol de vitesse ni de quantier
une éventuelle vitesse de glissement. Le choix d'un prol linéaire sans vitesse de glis-
sement dans la couche basale constitue donc une première approximation aussi simple
que possible d'une réalité sans doute plus complexe, mais impossible à déterminer plus
précisément à l'aide des mesures existantes.

Déductions rhéologiques
La forme bi-linéaire du prol de vitesse oriente d'ores et déjà la formulation de la
loi de comportement locale. En premier lieu, compte tenu de la diérence de taux de ci-
saillement entre les deux couches, il semble nécessaire de diérencier leur comportement,
au moins quantitativement. En second lieu, dans chacune des couches, le taux de cisaille-
ment est constant, alors que les contraintes normale et tangentielle varient en fonction
de la profondeur. En l'absence d'information quant à la compressiblilité de la neige en
écoulement, l'évolution des contraintes dans l'épaisseur s'écrit :

Z y
P (y) = g cos θ ρ(y1 )dy1
Z 0y
τ (y) = g sin θ ρ(y1 )dy1 . (4.11)
0

Par conséquent, aucune loi de comportement f ne peut relier directement la contrainte


tangentielle τ et le taux de cisaillement γ̇ sous la forme τ = f (γ̇). Par contre, dans le
cas d'écoulements permanents et uniformes, et quelle que soit l'hypothèse faite quant à
la compressiblilité de la neige, le coecient de frottement eectif est constant dans toute
l'épaisseur et directement relié à la pente :

τ (y)
µ∗ (y) = = tan θ ≈ θ. (4.12)
σ(y)
Ceci oriente vers une écriture des lois de comportement sous une forme frictionnelle, c'est
à dire une relation entre le taux de cisaillement et le rapport des contraintes µ∗ :

µ∗ = fp (γ̇p ) dans la couche inférieure,


(4.13)
µ∗ = fn (γ̇n ) dans la couche supérieure.
4.5 Mesure de la loi comportement locale de la neige 85

Dans ce cas, le comportement dans chacune des couches peut être mesuré facilement en
réalisant des écoulements permanents et uniformes à pentes variées et en relevant les taux
de cisaillement γ̇p et γ̇n . L'épaisseur de la couche en écoulement n'est alors supposée jouer
aucun rôle sur γ̇p et γ̇n . Par contre, il faut s'attendre à ce que les lois de comportement
fp et fn varient en fonction du type de neige considéré.

4.5.2 Eet de la pente


Pour distinguer l'eet de la pente sur les prols de vitesse, il s'agit de trouver, parmi
l'ensemble des écoulements, ceux réalisés avec une même qualité de neige (c'est à dire
lors d'une même soirée), d'épaisseur similaire et de pente diérente. Si la pente est xée
à priori, ce n'est pas le cas de l'épaisseur qui dépend du débit imposé et de la rhéologie
du matériau : à débit constant, l'épaisseur augmente lorsque la pente diminue et que
l'écoulement ralentit. Par conséquent, le critère "même épaisseur" n'est jamais rigoureu-
sement respecté. Pour pouvoir extraire l'eet de la pente, les écoulements d'une épaisseur
proche seront comparés : une marge de diérence de hauteur de ±0.5cm est tolérée. La
gure 4.11 (a), montre pour les cinq campagnes répondant à ces critères, les couples
pente-épaisseur de chaque écoulement. Les gures 4.11 (b-f) tracent les prols de vitesse
de ces écoulements. Chaque graphique correspond à une campagne.

Couche basale
La gure 4.12 (a) trace le taux de cisaillement moyen de la couche basale γ̇p en
fonction de la pente. Pour un type de neige donné et une épaisseur donnée, γ̇p augmente
avec la pente. L'arrêt de l'écoulement, observé pour une pente d'environ 33◦ , se manifeste
par une chute brutale du taux de cisaillement γ̇p entre 34◦ et 33◦ . La gure 4.12 (b) trace
l'épaisseur de la couche basale yp de ces écoulements. Pour un type de neige donné et une
épaisseur d'écoulement donnée, l'épaisseur de la couche basale semble diminuer lorsque la
pente augmente. Il apparaît que deux écoulements de même pente et d'épaisseur similaire
peuvent donner des taux de cisaillement γ̇p diérents et des épaisseurs yp diérentes selon
le type de neige considéré. La comparaison est possible entre les campagnes 7 et 10 d'une
part et 5 et 13 d'autre part.
Les mesures de vitesse dans la couche basale sont peu nombreuses et peu précises.
Par conséquent, les valeurs de γ̇p et de yp sont assez bruitées. En revanche, la vitesse
interfaciale Vp = γ̇p yp est déterminée de manière plus précise puisqu'elle dépend aussi
des points de mesure dans la couche supérieure. La gure 4.12 (c) trace la vitesse Vp
en fonction de la pente. Pour 34◦ 6 θ 6 41◦ , Vp augmente linéairement avec la pente.
L'arrêt de l'écoulement, observé pour une pente d'environ 33◦ , se manifeste par une chute
brutale de la vitesse interfaciale entre 34◦ et 33◦ . Quel que soit le type de neige, les points
se regroupent sur une courbe maîtresse qui peut s'écrire (avec µ∗ = tan θ ≈ θ) :

µ∗ = µ∗s + α1 (Vp − Vpc ) (4.14)


où µ∗s ≈ tan 33◦ représente la pente d'arrêt du matériau et Vpc ≈ 3.5ms1 une vitesse
interfaciale critique en dessous de laquelle l'écoulement s'arrête. Le point surprenant est
86 Rhéologie de la neige

42 14
(b)
(a) Pente :
12 34°

40 35,5°
10 37°

38°
8
(°)

38

y (cm)
Campagne 6
36 5
4
7

8
2
34 10a

13a
0
8 9 10 11 12 0 1 2 3 4 5 6 7
H (cm) V (m/s)

14 14
Pente : (c) (d)
12 12
Pente :

37° 37°

10 38° 10 38°
39.5° 39.5°
8 8
y (cm)

y (cm)
41°

6 6
4 4
2 2
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7
V (m/s) V (m/s)
14 14
Pente :
Pente : (e) (f)
12 12 37°
34°

10 35.5° 10 35.5°

34.5°
y (cm)

37°
8 8
y (cm)

38°

6 39.5° 6
40.7°
4 4
2 2
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6 7
V (m/s) V (m/s)

Fig. 4.11  Eet de la pente sur les prols de vitesse : (a) couples pente-épaisseur des
écoulements d'épaisseur proche et de même type de neige ; prol de vitesse de ces écoule-
ments : campagnes (b) 5, (c) 7, (d) 8, (e) 10, (f ) 13.
4.5 Mesure de la loi comportement locale de la neige 87

que cette relation ne semble pas être aectée par le type de neige.

Couche supérieure
La gure 4.12 (d) trace le taux de cisaillement dans la couche supérieure γ̇n en fonction
de la pente. Il apparaît que, pour un type de neige donné et une épaisseur donnée, γ̇n
augmente avec la pente pour 34◦ 6 θ 6 41◦ . L'arrêt de l'écoulement se manifeste là
encore par une chute brutalle du taux de cisaillement γ̇n entre 34◦ et 33◦ . En première
approximation, la relation entre γ̇n et θ ∼ µ∗ peut être décrite comme linéaire :

µ∗ = µ∗s + α2 (γ̇n − γ̇nc ) (4.15)

où γ̇nc représente un taux de cisaillement critique de l'ordre de 5s−1 en dessous duquel


l'écoulement se bloque. Les valeurs de α2 et de γ̇nc dépendent signicativement du type
de neige considéré mais les données ne permettent pas de les déterminer avec précision.

4.5.3 Eet de l'épaisseur


Dans le même esprit que la section précédente, il s'agit maintenant, pour déterminer
une éventuelle inuence de l'épaisseur sur les prols de vitesse, de trouver parmi les
écoulements réalisés avec une même qualité de neige ceux qui ont une même pente, mais
qui dièrent par leur épaisseur. Cinq campagnes correspondent à ces critères. La gure
4.13 (a) trace les couples épaisseur-pente des écoulements de chacune de ces campagnes.
Les gures 4.13 (b-f) tracent les prols de vitesse de chacun de ces écoulements. Chaque
graphe correspond à une campagne.

Couche basale
Les gures 4.14 (a) et (b) tracent respectivement le taux de cisaillement moyen γ̇p
et l'épaisseur yp de la couche basale en fonction de l'épaisseur. Pour un type de neige
donné et une pente constante, γ̇p augmente lorsque l'épaisseur augmente alors que yp
semble diminuer légerement. La gure 4.14 (c) trace la vitesse interfaciale Vp en fonction
de l'épaisseur. Pour une pente donnée, Vp augmente avec l'épaisseur. A pente égale, le
type de neige n'inuence pas signicativement la dépendence les grandeurs γ̇p , yp et Vp
avec l'épaisseur. La comparaison est possible entre les campagnes 9 et 13a d'une part et
6 et 13b d'autre part.

Couche supérieure
La gure 4.14 (d) trace le taux de cisaillement dans la couche supérieure γ̇n en fonction
de l'épaisseur. Pour un type de neige donné et une épaisseur donnée, γ̇n diminue lorsque
l'épaisseur augmente. A pente constante, le type de neige peut aecter signicativement
cette dépendance. La comparaison est possible entre les campagnes 9 et 13a d'une part
et 6 et 13b d'autre part.
88 Rhéologie de la neige

800
(a) (b)
2.0

600
(s )

y (cm)
1.5
-1

. 400
p

p
1.0

200 0.5

34 36 38 40 34 36 38 40

(°) (°)

5 20

(c) (d)

15
(ms )
-1

(s )
-1
10
.
n
p
V

3
5

2 0
34 36 38 40 34 36 38 40

(°) (°)

Fig. 4.12  Eet de la pente : couche inférieure : (a) taux de cisaillement γ̇p , (b)
épaisseur yp (c) vitesse à l'interface Vp ; couche supérieure : (d) taux de cisaillement γ̇n .
H ≈ 8.5cm : campagne 8 (N), H ≈ 10cm campagnes 7 (•) et 10 (H), H ≈ 11.5cm :
campagnes 5 (¥) et 13 (¨). L'estimation des barres d'erreur représentées est détaillée
dans la section 4.5.1.

4.6 Loi de frottement globale

Dans le formalisme de Saint-Venant, souvent utilisé pour simuler les avalanches à


l'échelle 1 (ce point est détaillé dans le chapitre 1), toute la rhéologie du matériau en
écoulement, ainsi que son interaction avec le socle sont représentées par la loi de frot-
tement globale qui relie le coecient de frottement µ∗ entre le matériau et le socle à la
vitesse moyenne V̄ et l'épaisseur H de l'écoulement. Jusqu'à présent, il n'existe aucune
mesure de la loi de frottement de la neige et les modèles utilisés sont construits pour
représenter au mieux des avalanches de référence. Cette section propose une mesure de
la loi de frottement de la neige à partir des écoulements permanents et uniformes à pente
et épaisseur variées.
4.6 Loi de frottement globale 89

42 14
Campagne (a) Pente 35.5° (b)
6
12
40 9

13a
10
13b
8
(°)

38

y (cm)
14a

6
36
4

34 2

0
0 2 4 6 8 10 12 14 0 1 2 3 4 5 6 7
H (cm)
V (m/s)

14 14
Pente 37° (c) Pente 37° (d)
12 12
10 10
y (cm)

8 8
y (cm)

6 6
4 4
2 2
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5
V (m/s) V (m/s)
14 14
Pente 35.5° (e) Pente 39.5° (f)
12 12
10 10
y (cm)

8 8
y (cm)

6 6
4 4
2 2
0 0
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5
V (m/s)
V (m/s)

Fig. 4.13  Eet de l'épaisseur sur les prols de vitesse : (a) couples pente-épaisseur
des écoulements de même pente et de même type de neige ; prol de vitesse de ces écou-
lements : campagnes 6 (b), 9 (c), 13a (d), 13b( e), 14( f ).
90 Rhéologie de la neige

800
(a) (b)
2.0

600

(cm)
(s )
-1

1.5

.
p

p
400

y
1.0

200 0.5

4 6 8 10 12 4 6 8 10 12

H (cm) H (cm)
5 25
(c) (d)
20
V (ms )
-1

(s )
15

-1
.
p

n
10
3

2 0
4 6 8 10 12 4 6 8 10 12
H (cm) H (cm)

Fig. 4.14  Eet de l'épaisseur. Couche inférieure : (a) taux de cisaillement γ̇p , (b)
épaisseur yp , (c) vitesse à l'interface Vp ; couche supérieure : (d) taux de cisaillement γ̇n .
θ = 37◦ : campagne 9 (•) et 13a (N), θ = 35.5◦ : campagnes 6 (¥) et 13b (H), θ = 38◦ :
campagne 14 (¨).

4.6.1 Mesure de la vitesse moyenne


La vitesse moyenne V̄ de chaque écoulement est déduite de l'ajustement bilinéaire de
la mesure du prol de vitesse (Eqnation 7.1) :

Z
1 H
V̄ = v(y)dy
H 0
Z Z
1 yp 1 H
V̄ = γ̇p ydy + γ̇n y + yp (γ̇p − γ̇n )dy
H 0 H yp
γ̇n H yp2
V̄ = + (γ̇p − γ̇n )(yp − ) (4.16)
2 2H
Comme le taux de cisaillement γ̇n dans la couche supérieure est faible et que la couche
basale est peu épaisse, la vitesse moyenne de l'écoulement est assez proche de la vitesse
4.6 Loi de frottement globale 91

interfaciale Vp = γ̇p yp . Il faut donc s'attendre à ce que la vitesse moyenne des écoulements
suive essentiellement le comportement de Vp qui augmente linéairement avec la pente,
augmente avec l'épaisseur et ne dépend pas du type de neige.

4.6.2 Mesure de la loi de frottement


Généralement, la loi de frottement est exprimée à travers la relation entre le coef-
cient de frottement µ∗ et le nombre de Froude Fr qui compare la vitesse moyenne de
l'écoulement à la vitesse caractéristique liée à la gravité :


Fr = √ . (4.17)
gH
La gure 4.15 (a) trace le nombre de Froude pour chaque écoulement en fonction de
la pente. La première observation est que les écoulements ont des nombres de Froude
compris entre 3 et 6. Il n'est pas possible d'obtenir un écoulement avec un nombre de
Froude inférieur à 3 : le matériau s'arrête brutalement. La seconde observation est que,
comme prévu, le nombre de Froude a tendance à augmenter avec la pente. Enn, pour
une pente donnée, Fr peut varier sur une certaine plage selon les écoulements.
Les gures 4.15 (b,c) représentent pour quatre inclinaisons les dépendances de Fr avec
l'épaisseur H . Pour chaque angle, le nombre de Froude augmente légèrement lorsque H
diminue. Cette dépendance semble d'autant plus signicative que l'inclinaison est élevée.
Le fait que, à pente xée, le nombre de Froude dépende de l'épaisseur montre que ce
nombre sans dimension ne sut pas à décrire la dépendance en H de la loi de frottement.
Néanmoins, les variations de Fr avec H sont limitées (Fr varie d'environ 20 % pour H
passant de 4 à 12 cm). La gure 4.15 (d) trace pour chaque angle la valeur moyenne du
nombre de Froude de tous les écoulements. Les barres d'erreurs correspondent à l'écart
type associé.

4.6.3 Comparaison avec les lois de frottement existantes


Puisque, pour les écoulements permanents et uniformes considérés, le coecient de
frottement est directement relié à la pente : µ∗ = tan θ, la relation entre la pente et
le nombre de Froude de la gure 4.15 (d) constitue la loi de frottement globale de la
neige : µ∗ (Fr ). Pour pouvoir l'integrer dans un code de calcul de type Saint-Venant, il
est nécessaire de lui donner une forme analytique.

Voellmy
La loi de frottement de type Voellmy [208], la plus utilisée actuellement pour la
simulation d'avalanches à l'échelle 1, s'écrit sous la forme :

Fr 2
µ∗ = µ∗s + g (4.18)
ξ
92 Rhéologie de la neige

42
(a) 12 (b) =

40 35.5°

10 37°

H (cm)
38
(°)

8
36
6
34
4
32
0 1 2 3 4 5 6 7 2 3 4 5 6
F F
r
r

42
12 (c) = (d)
38° 40
10 39.5°
H (cm)

(°)
38
8
36
6
34
4
32
2 3 4 5 6 0 1 2 3 4 5
F F
r r

Fig. 4.15  Mesure de la loi de frottement globale : (a) µ∗ (Fr ) pour chaque écoulement
(b,c) Fr (H) pour chaque écoulement selon l'inclinaison (d) Valeurs moyennes de Fr pour
chaque inclinaison.

où µ∗s est relié à la pente d'arrêt de l'écoulement θs : µ∗s = tan θs , g est la gravité et
ξ un paramètre qui représente une dissipation d'énergie de type turbulente. Ce modèle
est détaillé dans le chapitre 1. La gure 4.16 (a) compare les données expérimentales au
meilleur ajustement par une loi de type Voellmy. Les valeurs des paramètres d'ajustement
sont :

θs = 31.2◦ ⇔ µ∗s = 0.61


ξ = 1050ms−2 (4.19)

Ces valeurs numériques sont tout à fait comparables à celles utilisées pour décrire des
avalanches réelles [7, 133]. Mais si l'ajustement décrit relativement bien les écoulements
au dessus de la pente d'arrêt mesurée (33◦ ), il la sous-estime et ne prédit pas correctement
l'arrêt brusque des écoulements (0 . Fr . 3). Plusieur équipes ont déjà observé que le
modèle de voellmy ne décrivait pas correctement la phase d'arrêt de l'avalanche [147,
4.6 Loi de frottement globale 93

179, 173, 174]. En xant la pente d'arrêt à θs = 33◦ , le meilleur ajustement est donné
par ξ = 1400ms−2 mais ne décrit pas correctement les mesures dans une large gamme
de Fr (0 . Fr . 4) (Figure 4.16 (a)).

Froude critique
Une manière de représenter l'arrêt brutal de l'écoulement est de considérer, en plus
d'une pente d'arrêt, un nombre de Froude critique Frc en dessous duquel l'écoulement
s'arrête. Une formulation simple de la loi de frottement devient alors :
½
µ∗ = µ∗s , pour Fr < Frc ,
(4.20)
∗ ∗
µ = µs + A(Fr − Fr ) pour Fr > Frc .
c

Les données expérimentales sont assez bien représentées en xant la pente d'arrêt à
33◦ (µ∗s = 0.65) et en ajustant les paramètres A et Frc (gure 4.16 (b)) :

A = 0.1
Frc = 3 (4.21)

Pour aner cet ajustement et pour se rapprocher du modèle de Voellmy, il est possible
de considérer une loi quadratique de type :
½
µ∗ = µ∗s , pour Fr < Frc ;
g (4.22)
∗ ∗ c
µ = µs + ξ (Fr − Fr ) pour Fr > Frc ;.
2

Les données expérimentales sont alors représentées correctement en xant la pente


d'arrêt à 33◦ (µ∗s = 0.65) et en ajustant les parmamètres ξ et Frc (gure 4.16 (c)) :

ξ = 320
Frc = 2.34 (4.23)

Loi de type exponentielle


La fonction qui représente le mieux les données expérimentales, y compris près de
l'arrêt, est une loi exponentielle (Figure 4.16 (d)) :
µ µ ¶ ¶
Fr
µ∗ = µ∗s + µ∗1 exp − 1 (4.24)
Fr1
Il apparaît de nouveau la pente d'arrêt à travers µ∗s , mais aussi deux autres parmètres,
µ∗1 et Fr1 qui n'ont, à priori, pas de signication physique directe. Le meilleur ajustement
est donné par les valeurs des parmètres :
94 Rhéologie de la neige

θs = 33◦ ⇔ µ∗s = 0.65


µ∗1 = 8.10−4 (4.25)
Fr1 = 0.9 (4.26)

0.9 0.9

(a) (b)

0.8 0.8

*=tan
*=tan

0.7 0.7

c
F
r
0.6 0.6
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5

F F
r r

0.9 0.9
(c) (d)

0.8 0.8
*=tan

*=tan

0.7 0.7

c
F
r
0.6 0.6
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5

F F
r r

Fig. 4.16  Forme analytique de la loi de frottement globale, comparaison entre les
mesures (•) et : (a) modèle de Voellmy pour une pente d'arrêt xée à 33◦ (rouge), où libre
(meilleur ajustement pour θs = 31.2◦ ) ; (b) linéaire et Froude critique ; (c) quadratique
et Froude critique ; (d) loi de type exponentielle ;

4.7 Conclusion
Bilan
Ce chapitre a présenté l'analyse rhéologique des nombreux écoulements de neige na-
turelle réalisés dans le canal du col du Lac Blanc. Les mesures révèlent un comportement
4.7 Conclusion 95

particulier de la neige qui se manifeste par l'existence d'écoulements permanents et uni-


formes dans une large gamme d'inclinaison (entre environ 33◦ et 42◦ ), caractérisés par
un prol de vitesse fortement cisaillé dans une ne couche basale (épaisseur yp ∼ 1cm) et
beaucoup plus faiblement cisaillé dans la couche supérieure. Dans une première approxi-
mation, ce prol de vitesse est assez bien décrit par une fonction bilinéaire de type :
½
γ̇p y, pour 0 < y < yp ;
v(y) = (4.27)
γ̇n y + (γ̇p − γ̇n )yp , pour yp < y < H ;

qui introduit trois paramètres : l'épaisseur de la couche basale yp , le taux de cisaillement


moyen dans la couche basale γ̇p , le taux de cisaillement moyen dans la couche supérieure
γ̇n .
Le fait que le taux de cisallement soit essentiellement constant dans chacune des
couches conduit à écrire la loi de comportement sous une forme frictionnelle, c'est à dire
en reliant le taux de cisaillement non pas uniquement à la contrainte tangentielle τ , mais
plutôt au coecient de frottement eectif µ∗ = τ /P . Ce fait est très commode puisque,
pour les écoulements permanents et uniformes considérés, le coecient de frottement est
directement lié à la pente : µ∗ = tan θ alors que l'évolution de la contrainte tangen-
tielle dans l'épaisseur dépend d'une éventuelle compressibilité de la neige en écoulement,
point qui n'est pas connu. La loi de comportement dans chacune des couches est donc
directement donnée en mesurant γ̇n et γ̇p pour des écoulements à pente variés.
Pour la couche basale, il apparaît que γ̇p a tendance à augmenter avec la pente, ainsi
qu'avec l'épaisseur de l'écoulement. Au contraire, yp a tendance à diminuer avec la pente
et l'épaisseur de l'écoulement. Mais compte tenu du faible nombre de points de mesures
dans cette couche, ces deux grandeurs ne sont pas déterminées avec précision. Par contre,
la vitesse interfaciale Vp = γ̇p yp , déterminée plus précisement, montre une dépendance
très claire avec la pente qui peut s'écrire :

µ∗ = µ∗s + α1 (Vp − Vpc ) (4.28)

en faisant intervenir une pente critique en dessous de laquelle l'écoulement s'arrête, mais
aussi une vitesse critique Vpc en dessous de laquelle l'écoulement s'arrête. Vp agmente
aussi notablement avec l'épaisseur de l'écoulement. Il est remarquable que ces relations
soient communes à tous les types de neige étudiés.
Le comportement de la couche supérieure, lui, dépend signicativement du type de
neige considéré. Pour chaque type de neige, le taux de cisaillement augmente avec la
pente. Dans une première approximation, ce comportement peut s'écrire sous la forme :

µ∗ = µ∗s + α2 (γ̇n − γ̇nc ) (4.29)

en introduisant un taux de cisaillement critique γ̇nc en dessous duquel l'écoulement se


bloque. Par ailleurs le taux de cisaillement de la couche supérieure diminue signicative-
ment lorsque l'épaisseur augmente.
96 Rhéologie de la neige

Questions
La première question concerne l'origine de la diérence de comportement entre la
couche basale et la couche supérieure. Une hypothèse est qu'elle est due à une diérence
de composition, c'est à dire de matériau, qui les composent : la couche supérieure serait
composée d'un mélange d'agrégats de neige de taille varié et de grains isolés alors que
la couche basale serait composé uniquement de grains isolés. Cette hypothèse est confor-
tée par l'observation d'agrégats de grandes tailles à la surface des écoulements et par
l'obervation d'une couche de grains isolés qui restent piègés dans la rugosité à la n des
écoulements.
La seconde question concerne le paradoxe suivant : le taux de cisaillement est constant
dans la couche supérieure de l'écoulement, ce qui signie qu'il n'est pas directement dé-
pendant de la pression ou du taux de cisaillement qui, eux, varient ; mais à pente et
type de neige égaux, un écoulement plus épais verra le taux de cisallement de sa couche
supérieure diminuer. Puisqu'il ne s'agit pas d'un eet du changement des contraintes,
quelle est l'origine de cette diérence ? L'hypothèse avancée est que les agrégats limitent
le cisaillement dans la couche supérieure d'autant mieux qu'ils sont grands. Un écoule-
ment plus épais, qui peut contenir des agrégats plus hauts, devrait donc voir le taux de
cisaillement de sa couche supérieure diminuer.
Troisième partie

Simulations numériques
Chapitre 5

Ecoulements de grains cohésifs

Pour la neige comme pour de nombreux matériaux granulaires (poudres, grains hu-
mides), les forces de cohésion entre grains sont signicatives et il faut s'attendre à ce
qu'elles jouent un rôle crucial lors des écoulements. En eet, les rares études concer-
nant les écoulements de grains cohésifs révèlent une phénoménologie très riche, comme
par exemple la formation d'agrégats, l'augmentation du frottement et la dilatation. Ces
points sont détaillés dans le chapitre 2. Cependant, l'eet de la cohésion sur le compor-
tement rhéologique d'une assemblée de grains demeure encore largement méconnu.
Ce chapitre présente les simulations numériques discrètes d'écoulements de grains
cohésifs dans deux géométries : le cisaillement plan homogène et le plan incliné. L'objectif
est de mesurer et de comprendre comment l'introduction d'une force de cohésion entre
grains modie leur comportement rhéologique.

5.1 Simulations numériques discrètes


L'approche adoptée pour mener cette étude est la simulation numérique discrète. Elle
permet de contrôler et de varier les propriétés mécaniques des grains et donne un accès
facile aux diérentes grandeurs au sein des écoulements, grandeurs diciles d'accès voir
inaccessibles expérimentalement. Les deux techniques les plus utilisées pour simuler le
comportement d'une assemblée de grains sont la dynamique des contacts développée par
J. J. Moreau [131, 130] et la dynamique moléculaire adaptée aux assemblées de grains par
P. A. Cundall [42]. Ces techniques sont détaillées et comparées dans [213, 180, 84, 170].
Des simulations d'écoulements de grains ont été réalisées par dynamique des contacts
[155] mais le plus souvent par dynamique moléculaire [26, 52, 187, 192, 43, 44, 191]. Les
simulations numériques de cette thèse ont été réalisées par la méthode de dynamique
moléculaire décrite dans cette partie.

5.1.1 Dynamique moléculaire


Cette méthode consiste à dénir une assemblée de grains qui interagissent deux à
deux lorsqu'ils sont en contact. La géométrie d'écoulement est appliquée par le biais
100 Ecoulements de grains cohésifs

de conditions aux limites (par exemple en introduisant des parois qui peuvent impo-
ser contraintes, volume ou vitesse). L'écoulement est généré pas de temps après pas de
temps en intégrant les équations de Newton pour chaque grain à partir de la somme
des forces qui leur sont appliquées (forces liées aux contacts et force liée à la gravité).
L'intégration se fait par un algorithme explicite, dit prédicteur-correcteur [4]. Le pas de
temps d'intégration est choisi susamment petit pour décrire un contact dont le temps
caractéristique est τc : il est xé à τc /50.
Il n'y a pas lieu de développer ici plus précisément cette technique de simulation
classique et bien détaillée dans diérentes références [42, 117, 182, 37, 43, 44]. Dans le
cas des écoulements de grains sans cohésion, les résultats expérimentaux et numériques
sont tout à fait cohérents [71], ce qui permet de qualier les simulations numériques
d'expériences numériques.

5.1.2 Temps de calcul


L'inconvenient de la méthode de dynamique moléculaire est qu'elle nécessite de
connaître à chaque instant les paires de particules en contact, ce qui est coûteux en
temps de calcul.
Diérents algorithmes ont été développés pour optimiser cette recherche. Le plus
simple consiste à tester toutes les paires possibles à chaque pas de temps. C'est aussi le
plus coûteux en temps de calcul qui augmente alors en n2 où n est le nombre de grain.
D'autres méthodes plus évoluées consistent à dénir pour chaque grain la liste des grains
présents à proximité, par exemple à une distance D. A chaque pas de temps, la recherche
des contacts se fait uniquement pour les grains de cette liste (dite liste de Verlet ) qui
doit être réactualisée à une fréquence plus faible. Le temps de calcul peut alors évoluer
proportionnellement au nombre de grain. Cette dernière méthode est utilisée dans cette
thèse. La gure 5.1 trace en fonction du nombre de grains n le temps de calcul nécessaire
à 107 pas de temps, ce qui constitue un ordre de grandeur typique du temps nécessaire
à la réalisation un écoulement. Ces résultats sont obtenus avec les moyens de calcul
standards (PC 3GHz ) utilisées dans cette thèse. Il apparaît que le nombre de grain est
limité à environ 10000 pour conserver des temps de calcul raisonnables (de l'ordre de
quelques jours). En utilisant un calculateur parallèle, ce nombre peut passer à 100000, ce
qui correspond à un cube dont les côtés ont une taille d'environ 50 diamètres de grains.
Pour des grains de neige de 0.5mm, la taille maximale de la cellule simulée serait donc
de 2.5cm, ce qui est largement inférieur à la taille typique d'une avalanche.
Notre étude privilégie les petits systèmes (quelques milliers de grains) pour permettre
de multiplier le nombre d'écoulement et ainsi explorer diérents paramètres. Le moyen
utilisé pour conserver des cellules simulées assez grandes est de considérer des systèmes
bidimensionnels. S'il est probable que des systèmes bidimensionnels et tridimensionnels
donnent des résultats quantitativement diérents, il semble raisonnable de penser que les
tendances qualitatives, c'est à dire les mécanismes en jeu, seront comparables. De fait, les
études d'écoulements sur plan incliné de grains sans cohésion en deux dimensions [155]
et en trois dimensions [187] sont qualitativement analogues.
5.2 Modèle de cohésion 101

350 14
300 12
250 10

Heure
200 8

Jour
150 6
100 4
50 2
0 0
0 5000 10000 15000 20000
n

Fig. 5.1  Temps de simulation eectif pour 107 itérations (environ un écoulement) en
fonction du nombre de grains n : mesures (◦) et ajustement quadratique t(h) = 0.05n +
5.10−7 n2 ().

5.2 Modèle de cohésion


Le choix du modèle d'interaction entre grains, et plus particulièrement celui de la
force d'adhésion est bien sûr capital dans ce travail. Le parti pris est de considérer
un modèle de cohésion qui ne décrit pas spéciquement l'une des causes physiques de
l'adhésion (forces électrostatiques, capillaires ou de type pont solide), et encore moins
l'adhésion entre deux grains de glace, qui demeure de fait largement méconnue, mais
qui rend compte du caractère le plus commun et le plus important de toutes les forces
d'adhésion : la résistance normale d'un contact à la traction.
Le matériau considéré est une assemblée de n disques de diamètre moyen d et de
masse moyenne m. Pour éviter les phénomènes de cristallisation, les grains sont légère-
ment polydisperses : leur diamètre est uniformément réparti dans l'intervalle d ± 20%.
Les disques interagissent deux à deux uniquement à travers des contacts directs. Il n'y
a pas d'interaction à distance, ni de uide interstitiel. Les disques peuvent se déformer
légèrement et la déection normale du contact est modélisée par un recouvrement, c'est
à dire par une interpénétration normale notée h (Figure 5.2). La loi de contact consiste à
exprimer les forces normale N et tangentielle T au contact en fonction de l'interpénétra-
tion h. La force normale au contact est la somme de trois contributions : une répulsion
élastique N e , une dissipation visqueuse N v et une adhésion N a :
p
N (h) = kn h + ζ ḣ − 4kn N c h. (5.1)

5.2.1 Répulsion visco-élastique


La répulsion élastique est linéaire : N e = kn h et introduit le coecient de raideur
normal des grains kn . Cette répulsion limite l'interpénétration des grains. La dissipa-
tion d'énergie lors d'un contact est assurée par un amortissement visqueux : N v = ζ ḣ
102 Ecoulements de grains cohésifs

qui introduit la viscosité ζ . Dans le cas d'une collision binaire entre deux grains i
et j , le coecientpde restitution e est relié à kn et ζ de la manière suivante : ζ =
p
mij kn (−2 ln e)/ π 2 + ln2 e où mij = mi mj /(mi + mj ) est la masse réduite des deux
grains. Ce modèle de force visco-élastique est souvent utilisé pour simuler le comporte-
ment de grains sans cohésion [43, 44, 170].

5.2.2 Cohésion
L'analyse des diérents modèles de cohésion existants dans les matériaux granulaires
faite dans le chapitre 2 montre que le paramètre le plus important et le plus commun est
la résistance maximale du contact à la traction, notée N c . Pour rendre compte de cette
résistance N c , le modèle de cohésion choisi consiste à opposer à la répulsion viscoélastique
une force d'adhésion N a (h) dont la forme est aussi simple que possible :
p
N a (h) = − 4kn N c h. (5.2)
En plus d'induire la résistance maximale à la traction N c , ce modèle conduit à une
interpénétration d'équilibre hc pour laquelle la répulsion élastique compense exactement
la force d'adhésion : N a (hc ) + N e (hc ) = 0 (Figure 5.2). Ce modèle de cohésion, déjà
utilisé par [122, 160, 154] ne prend en compte ni phénomène hystérétique, ni force à
longue portée. Ponctuellement, un modèle de cohésion encore plus simple sera utilisé
dans le but de vérier l'inuence de la forme précise de N a (h). Il s'agit d'une adhésion
de type DMT (voir chapitre 2) qui oppose à la répulsion élastique une force constante :
N a (h) = N c .

5.2.3 Friction
Comme souvent, la force de friction T entre deux grains est décrite par un frottement
de type Coulomb implémenté en utilisant uniquement la composante élastique de la force
normale [160, 72, 165, 214] :

|T | ≤ µN e , (5.3)
où µ est le coecient de frottement entre les grains. Le fait d'utiliser la composante
élastique plutôt que la force normale totale (comme dans [154]) conduit à une force
de frottement non nulle lorsque deux grains sont à leur pénétration d'équilibre hc . Une
déformation élastique tangentielle δt du contact est tolérée et la force tangentielle s'écrit :

T = kt δ t , (5.4)
où kt est la raideur tangentielle du contact, du même ordre que la raideur normale kn [94].
La déformation tangentielle s'exprime en fonction de la vitesse tangentielle au contact
Vt :
½ −
→− →
0 si |T | = µN e et T . V t > 0,
δ̇t = (5.5)
Vt sinon.
5.2 Modèle de cohésion 103

Polydispersité µ e kt /kn
±20% 0.4 0.1 0.5

Tab. 5.1  Paramètres décrivant les grains.

Le contact est glissant dans le premier cas et non glissant dans le second. Un contact glis-
sant induit une dissipation d'énergie. Ce modèle n'induit pas de résistance au roulement
[193].

5.2.4 Valeur des paramètres décrivant les grains

Les simulations ont été menées en xant e = 0.1 et µ = 0.4 (sauf pour l'étude de grains
non frottants µ = 0) ainsi que le rapport kt /kn = 1/2 (Tableau 5.1). La faible valeur
du coecient d'amortissement rend compte d'un matériau très dissipatif qui favorise les
écoulements denses et accélère la convergence vers un état stationnaire. L'étude de grains
sans cohésion a montré que les écoulements denses ne sont que peu aectés par :
 la valeur de e, excepté pour les valeurs extrêmes e = 0 et e = 1 [43, 44],
 la valeur de µ, excepté pour le cas de grains non frottants µ = 0 [43, 44],
 la valeur du rapport kt /kn tant que les deux raideurs sont du même ordre de
grandeur [187, 25].
Les valeurs de la raideur normale kn et de la résistance maximale à la traction N c seront
discutées dans la section 5.4.

2
c

1
(N +N )/N
a

h c
h/h
0
e

0.5 1.0 1.5

-1

Fig. 5.2  Modèle de cohésion : force normale statique (N e + N a )/N c en fonction de


l'interpénétration normale h/hc .
104 Ecoulements de grains cohésifs

5.3 Géométrie d'écoulement


Deux géométries d'écoulement sont étudiées. La géométrie simple du cisaillement plan
homogène a pour but de mesurer directement la loi de comportement des grains pour
diérents niveaux de cohésion et la géométrie du plan incliné rugueux permettra une
comparaison qualitative avec les expériences d'écoulements de neige en canal.

5.3.1 Cisaillement plan


La première géométrie d'écoulement étudiée est celle du cisaillement plan en l'absence
de gravité. La pression P et le taux de cisaillement γ̇ sont imposés. Les écoulements sont
simulés dans une cellule de hauteur H et de longueur L. Les conditions aux limites pé-
riodiques sont appliquées dans la direction de l'écoulement (x). Pour imposer la pression
et le taux de cisaillement, deux types de conditions aux limites ont été utilisées dans la
direction perpendiculaire à l'écoulement (y ).

Conditions aux limites avec ou sans paroi


La première méthode consiste à placer le matériau entre deux parois rugueuses et
parallèles (Figure 5.3 (a)). Les parois sont constituées de grains jointifs semblables à
ceux de l'écoulement (même polydispersité, même propriétés mécaniques et en particulier
même cohésion) mis à part leur rotation qui est bloquée. Pour imposer le cisaillement,
l'une des parois est xe et l'autre se déplace à la vitesse V .
La seconde méthode, appelée condition aux limites de Lees-Edwards ou bi-périodiques
consiste à répéter périodiquement la cellule dans la direction y (Figure 5.3 (b)) [109, 161,
72]. Pour imposer le cisaillement, les cellules inférieure et supérieure sont animées d'une
vitesse ±V .

Imposer la pression et le taux de cisaillement


Le contrôle de la pression P est assuré en permettant la dilatation de la cellule selon y
au cours du temps : la hauteur H n'est pas xée. Pour les simulations avec parois, il s'agit
de permettre un mouvement selon y de l'une des parois. Pour les simulations sans paroi,
l'ensemble de la cellule est dilaté. L'évolution de H est donnée par Ḣ = (P − P0 )L/gp
où gp est un amortissement visqueux limitant la vitesse de dilatation de milieu et P0 la
pression réelle dans la cellule. Un état stationnaire correspond à P0 = P . La vitesse V
de la paroi ou des cellules images s'adapte aux uctuations de hauteur pour maintenir
un taux de cisaillement constant γ̇ = V (t)/H(t).

5.3.2 Plan incliné


La seconde géométrie d'écoulement est celle du plan incliné rugueux (Figure 5.3 (c)).
Elle consiste à faire s'écouler, sous l'eet de la gravité →

g , une couche de grains d'épaisseur
H le long d'une pente θ. Le socle rugueux, composé de grains xes (sans rotation), alignés
et jointifs qui ont les mêmes propriétés mécaniques que les grains en écoulement (en
5.3 Géométrie d'écoulement 105

particulier la même cohésion) a pour but d'éviter un écoulement en bloc du matériau


en favorisant son cisaillement. Les conditions aux limites périodiques dans la direction x
simulent un écoulement inniment long.

5.3.3 Dimensions des systèmes étudiées

Le tableau 5.2 résume les diérentes dimensions des systèmes étudiés


√ et, en antici-
pant sur la section 5.4, donne la valeur du nombre sans dimension gp / mkn . Le choix
de systèmes relativement petits permet de multiplier le nombre d'écoulement et ainsi
d'explorer diérents paramètres.


N L/d H/d gp / mkn
CP avec parois 2000 50 40-60 1
CP sans paroi 800 40 20-30 1
PI 1500 50 ∼ 30 ∅

Tab. 5.2  Dimension des systèmes étudiés : cisaillement plan (CP) et plan incliné (PI).

P
(a)
V (c)

L
H(t)

L
y
V(t)
(b)

H(t)
H
y
g
-V(t)
x

Fig. 5.3  Géométries d'écoulement : cisaillement plan (a) entre deux parois rugueuses
et (b) sans paroi ; (c) plan incliné rugueux (θ = 25◦ , H/d ≈ 30). Grains noirs : paroi et
() : conditions aux limites périodiques.
106 Ecoulements de grains cohésifs

5.4 Analyse dimensionnelle


Les grains et les géométries d'écoulement sont décrits par un grand nombre de pa-
ramètres dimensionnels qui représentent diérentes échelles de force, de temps et de
longueur. L'analyse dimensionnelle est une étape qui consiste à caractériser les systèmes
étudiés par diérents nombres sans dimension qui comparent ces diérentes échelles.
Les grains sont décrits par leur masse m, leur diamètre d, leur coecient de restitu-
tion e, leur coecient de friction µ, leur raideurs normale kn et tangentielle kt et leur
résistance à la traction N c . d et m constituent les échelles naturelles de longueur et de
masse. Puisque µ, e et kt sont xés (Tableau 5.1), il reste deux paramètres dimensionnels
caractérisant les grains : kn et N c .
Les écoulements en cisaillement plan sont contrôlés par le taux de cisaillement γ̇ et
la pression P imposés ainsi que par l'amortissement visqueux
√ gp qui gère les uctuations
de taille de la cellule. Le nombre sans dimension gp / mkn est xé à 1 de sorte que les
uctuations de H soient imposées par les grains, donc que les parois restent en contact
avec le matériau. Les écoulements sur plan incliné sont, eux, contrôlés par l'inclinaison
θ, la gravité g et l'épaisseur H de la couche en écoulement.

5.4.1 Nombre inertiel I


L'état de cisaillement de grains sans cohésion est contrôlé par le nombre sans dimen-
sion I , nommé nombre inertiel, combinaison du taux de cisaillement et de la pression
imposés [43, 44, 71]. Dans un système à deux dimensions, l'expression de I est :
r
m
I = γ̇ . (5.6)
P
p
I est le rapport entre deux temps : le temps inertiel m/P et le temps lié au taux
cisaillement : 1/γ̇ . Il est appelé nombre inertiel. Les faibles valeurs de I (I . 10−3 ) cor-
respondent à un régime quasi-statique où l'inertie des grains est négligeable. Au contraire,
les grandes valeurs de I (I & 0.3) correspondent à un régime collisionel où les grains in-
teragissent par collisions binaires. Le régime étudié ici est intermédiaire (10−2 . I . 0.3)
et correspond à un régime d'écoulement dense où le réseau de contact percole à travers
la cellule.

5.4.2 Nombre de cohésion η


En présence de gravité, le nombre de Bond granulaire Bog compare la résistance à la
traction d'un contact avec le poids d'un grain [136] :

Nc
Bog = . (5.7)
mg
Mais le nombre de Bond granulaire, utile dans la géométrie du plan incliné, n'a pas de
sens dans celle du cisaillement plan sans gravité, où c'est la pression imposée qui xe
l'échelle de force P d (en deux dimensions). Le nombre sans dimension η , rapport de la
5.4 Analyse dimensionnelle 107

résistance à la traction N c et de la force liée à la pression imposée P d mesure alors


l'intensité de la cohésion :

Nc
η= . (5.8)
Pd

5.4.3 Nombre de rigidité h∗


Le troisième nombre sans dimension h∗ mesure la déformation moyenne des grains
dans le système. Sans cohésion, la déformation des grains h∗0 est uniquement due à la
pression de connement P et est limitée par la raideur kn : h∗0 = P/kn . Mais en présence
de cohésion, la composante adhésive de la force normale tend à rapprocher les grains et
la déformation moyenne h∗ dépend donc de l'intensité de la cohésion :

h∗ (η) = h∗0 H(η) (5.9)


p
avec H(η) = 1 + 2η + 2 η + η 2 (Figure 5.4).
Il a été montré que le comportement de grains sans cohésion ne dépendent plus de
h0 si ce nombre est assez petit (h∗0 . 10−4 ), aussi bien dans le régime quasi-statique

[171] qu'en écoulement dense [44]. Cette limite a été baptisée limite des grains rigides.
L'eet de la déformation des grains a été discuté spéciquement avec ou sans force force
cohésive [25, 1].

100

400

H( ) 300
10 200

100

0 20 40 60 80 100

1
0 20 40 60 80 100

Fig. 5.4  Déformation des grains en présence de cohésion : fonction H(η) en échelle
linéaire et semi-logarithmique.

5.4.4 Gamme explorée des nombres sans dimension


L'analyse dimensionnelle est une étape particulièrement utile puisqu'elle limite le
nombre de paramètres indépendants contrôlant les systèmes. Par exemple, l'état de ci-
saillement des grains, initialement contrôlé par deux nombres dimensionnels (pression P
108 Ecoulements de grains cohésifs

Cisaillement plan Plan incliné


I η h∗0 H/d θ Bog h∗0
10−2 → 0.3 0 → 85 10−5 ≈ 30 ◦
14 → 39 ◦ 0 → 200 10−6

Tab. 5.3  Gammes explorées des nombres sans dimension.

et taux de cisaillement γ̇ ), n'est dépendant que d'un seul nombre sans dimension combi-
naison de P et γ̇ : le nombre inertiel. Ainsi, les systèmes simulés sont contrôlés par trois
nombres sans dimension dont les gammes explorées sont résumées dans le tableau 5.3.
Il faut remarquer que toute autre combinaison de ces nombres sans dimensions contrôle
ces systèmes de manière équivalente.

Cisaillement plan
Six valeurs de I dans l'intervale 10−2 . I . 0.3 ont été imposées, décrivant ainsi le
régime d'écoulement dense où le réseau de contact percole à travers la cellule. Les valeurs
explorées de l'intensité de la cohésion η débutent à 0 pour des grains sans cohésion et
augmentent jusqu'à 85 pour les grains les plus cohésifs. En tout 36 valeurs de η ont été
appliquées dans cette intervalle.
Enn, le nombre de rigidité est xé à h∗0 = 10−5 de sorte que les systèmes soient, au-
tant que possible, dans la limite des grains rigides. La cohésion augmentant l'écrasement
des grains, xer h∗0 = 10−5 ne permet d'être rigoureusement dans la limite des grains
rigides (h∗ (η) 6 10−4 ) que pour des niveaux de cohésion assez faibles (η 6 2.5). Mais la
solution qui consiste à augmenter h∗0 revient à augmenter signicativement les temps de
calcul.

Plan incliné
L'épaisseur H des écoulements sur plan incliné est d'environ 30 diamètres de grain.
Le nombre de grain est constant (n = 1500) mais le milieu est libre de se dilater. Les
pentes étudiées vont de 15◦ à 39◦ et huit niveaux de cohésion ont été appliqués dans
l'intervalle 0 6 Bog 6 200. Le nombre de rigidité est xé à h∗0 = 10−6 pour être, autant
que possible là encore, dans la limite des grains rigides.

5.5 Identication de la loi de comportement en cisaillement


plan
Cette partie présente les mesures du comportement rhéologique des grains cohésifs
obtenus à partir d'écoulements dans la géométrie du cisaillement plan. Cette géométrie
conduit à des états de cisaillement homogènes dans lesquels le nombre inertiel I et le
nombre de cohésion η sont constants dans l'espace et le temps. La loi de comportement
du matériau est donc directement accessible en mesurant la résistance tangentielle τ des
5.5 Identication de la loi de comportement en cisaillement plan 109

grains pour diérentes valeurs de I . Pour faire apparaître l'eet de la cohésion sur ce
comportement, il sut de renouveler l'opération pour diérentes valeurs de η .

5.5.1 Etat de cisaillement homogène


Préparation
Le mode de préparation le plus souvent utilisé consiste à placer les disques aléatoire-
ment, sans contact et sans vitesse avec la compacité la plus grande possible (environ 0.5).
Ensuite la pression P et le taux de cisaillement γ̇ sont imposés. Après un certain temps,
l'écoulement atteint un régime stationnaire caractérisé par des grandeurs constantes dans
le temps telles que l'énergie cinétique, le tenseur des contraintes ou la compacité. Cet
état stationnaire ne dépend ni de l'arrangement initial des grains, ni de leur vitesse ini-
tiale. L'utilisation des conditions aux limites bipériodiques permet d'atteindre un état
stationnaire environ dix fois plus vite qu'avec des parois.

Prols
Une fois l'état stationnaire atteint, les simulations continuent pendant un lapse de
temps ∆t tel que le déplacement entre deux couches de grains soit d'environ 10 grains :
γ̇∆t ≥ 10. Les grandeurs d'intérêt (vitesses, contraintes, structures) sont moyennées
dans le temps en considérant 100 pas de temps dans la période ∆t, et dans l'espace selon
la direction de l'écoulement. Les techniques de moyenne adoptées sont celles proposées
dans [116, 155]. La gure 5.5 montre les prols de compacité ν(y), de taux de cisaillement
γ̇(y), de pression P (y) et de contrainte de cisaillement τ (y) pour un écoulement donné.
Le tenseur des contraintes est dominé par les forces de contact entre grains [44] et est
calculé de la manière suivante :

1 X
Σ= Sym( F~ij ⊗ r~ij ) (5.10)
LH
i<j

Pour chaque écoulement stationnaire et homogène, il apparaît que les composantes nor-
males du tenseur des contraintes sont égales : Σxx ' Σyy . La pression vérie donc
P = (Σxx + Σyy )/2 = Σxx = Σyy .
La gure 5.5 compare les prols obtenus en utilisant des conditions aux limites avec
et sans paroi. Les deux types de conditions aux limites donnent le même état de cisaille-
ment au centre de l'écoulement mais les parois structurent le matériau sur une épaisseur
d'environ cinq couches. L'état de cisaillement du matériau étant le même sur toute son
épaisseur (sauf près des parois), il est possible de dénir pour chaque écoulement les va-
leurs moyennes dans le temps et les deux directions de l'espace de la compacité ν , du taux
de cisaillement γ̇ , de la pression P et de la contrainte de cisaillement τ . Les écoulements
en cisaillement plan présentés dans la suite du chapitre ont été réalisés sans paroi pour
pouvoir moyenner les grandeurs dans tout le système.
110 Ecoulements de grains cohésifs

1.0 1.0

(a)
(b)
0.8 0.8

0.6 0.6

y/H y/H
0.4 0.4

0.2 0.2

0.0
0.0 0.2
. 0.4
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

1.0 1.0

(c) (d)
0.8 0.8

0.6 0.6

y/H y/H
0.4 0.4

0.2 0.2

0.0 0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 1.2 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

Fig. 5.5  Etat de cisaillement homogène (P = 1, γ̇ = 0.1, N c = 0) : (a) taux de


cisaillement γ̇(y), (b) compacité ν(y), (c) pression P (y), (d) contrainte de cisaillement
τ (y). Avec parois (...) et sans paroi (-)

Ecoulements intermittents

Dans la gamme de cohésion expolorée (0 6 η 6 85), les écoulements sont cisaillés


de manière homogène, comme décrit dans la section précédente. La gure 5.6 montre
des images de ces écoulements. Pour des intensités de cohésion plus forte (η & 100),
l'état de cisaillement devient hétérogène. Dans les simulations avec parois, les grains
s'écoulent alors en un bloc rigide qui se colle alternativement à l'une ou l'autre des parois.
Cette localisation du cisaillement a aussi été observée par [89]. En l'absence de paroi, le
cisaillement se localise dans une ne bande parallèle à la direction de l'écoulement qui
sépare deux blocs rigides. Les conditions précises de la localisation du cisaillement n'ont
pas été abordées dans cette thèse car elles constituent une étude à part entière.
5.5 Identication de la loi de comportement en cisaillement plan 111

(a) (b)

(c) (d)

Fig. 5.6  Cisaillement plan homogène : (a) η = 0, I = 0.01 , (b) η = 0, I = 0.3, (c)
η = 80, I = 0.01, (d) η = 80, I = 0.3.

5.5.2 Loi de frottement


La loi de comportement d'une assemblée de grain sans cohésion peut être exprimée
simplement à travers sa loi de frottement, c'est à dire la relation entre le coecient de
frottement eectif µ∗ = τ /P et le nombre inertiel I [71, 43, 44] :

µ∗ ' µ∗min + bI. (5.11)


où µ∗min et b sont des paramètres caractéristiques du matériau. Les gures 5.7 (a,b,c)
tracent la loi de frottement du matériau pour diérentes intensités de cohésion. La pre-
mière tendance générale conrme les observations expérimentales [104] et numériques
[89, 1] existantes : la cohésion induit une augmentation notable du coecient de frot-
tement. Il apparaît aussi sur la gure 5.7 (a) que la loi de frottement des grains sans
cohésion (η = 0) de l'équation 5.11 peut être étendue aux grains cohésifs :

µ∗ (I, η) ' µ∗min (η) + b(η)I. (5.12)


La gure 5.7 (d) trace les fonctions µ∗min (η) et b(η) qui ont une forme similaire : en
112 Ecoulements de grains cohésifs

dessous d'un certain seuil de cohésion (η . 10), µ∗min et b restent constants : les grains se
comportent comme des grains non cohésifs, puis, au dessus de ce seuil, µ∗min (η) et b(η)
augmentent fortement.

2.0 2.0

(a) (b)
1.5
1.5

* 1.0 * 1.0

0.5
0.5

0.0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.1 1 10

I
(c) 2.0 5

2.5
(d)
4
1.5
2.0
3

* 1.5
min
1.0

2
b
1.0
0.5
1
0.5
80
60
0.0 0.0 0
40
0.1 0.1 1 10 100
20
0.2
0.3 0
I

Fig. 5.7  Loi de frottement pour divers niveaux de cohésion : (a) µ∗ (I) pour η = 0 (¤),
10 (◦), 30 (M), 50 (O), 70 (¦) ; (b) µ∗ (η) pour I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1
(O), 0.2 (¦), 0.3 (/) ; (c) représentation en trois dimensions de µ∗ (I, η) ; (d) paramètres
de l'ajustement linéaire de µ∗ (I) en fonction de l'intensité de la cohésion : µ∗min (η) (¤)
et b(η) (◦).

5.5.3 Loi de dilatance


Un second aspect du comportement rhéologique des grains sans cohésion est leur
dilatation sous l'eet du cisaillement. La loi de dilatance, relation entre la compacité ν
et le nombre inertiel s'écrit [71, 43, 44] :

ν(I) ' νmax − aI (5.13)


où a et νmax sont des coecients propres au matériau. Les gures 5.8 (a,b,c) tracent la
loi de dilatance pour diérentes intensités de cohésion. La première tendance générale
5.5 Identication de la loi de comportement en cisaillement plan 113

conrme les observations expérimentales [3] et numériques [89] : la cohésion induit une
expansion du milieu. La gure 5.8 (a) montre aussi que la loi de dilatance de grains sans
cohésion (Equation 5.13) peut être généralisée au cas des grains cohésifs :

ν(I, η) ' νmax (η) − a(η)I. (5.14)

La gure 5.8 (d) trace les deux paramètres νmax et a en fonction de l'intensité de la
cohésion η . Les deux fonctions ont une forme similaire : une importante diminution dès
les premiers niveaux de cohésion (η . 2) puis une diminution plus faible. La diminution
de νmax (η) signie que la cohésion dilate le matériau. La diminution de a(η) jusqu'à 0
correspond à des systèmes dont la fraction solide ne dépend plus de l'état de cisaillement
I.

0.85

(a) (b)
0.8 0.80

0.75

0.7 0.70

0.65

0.6 0.60

0.55
0.0 0.1 0.2 0.3 0 20 40 60 80

I
0.85
0.85 0.4
(c)
0.80 (d)
0.80
0.3
0.75

0.75
0.70
0.2
max

0.65 0.70 a
0.1
0.60
0.65

0.1 0.60 0.0


0
20 0.2
40

I
0 20 40 60 80 100
60 0.3
80

Fig. 5.8  Loi de dilatance pour divers niveaux de cohésion : (a) ν(I) pour η = 0 (¤),
10 (◦), 30 (M), 50 (O), 70 (¦) ; (b) ν(η) pour I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1
(O), 0.2 (¦), 0.3 (/) ; (c) représentation en trois dimensions de ν(I, η) ; (d) paramètres
de l'ajustement linéaire de ν(I) en fonction de l'intensité de la cohésion : νmax (η) (¤) et
a(η) (◦).
114 Ecoulements de grains cohésifs

5.5.4 Comparaison entre deux modèles de cohésion


Les résultats décrits jusqu'à présent ont été obtenus en utilisant le modèle de cohésion
décrit dans la section 5.2 qui exprime la force normale en fonction de la pénétration de
la manière suivante :
p
N (h) = kn h − 4kn N c h (5.15)
Dans le but de vérier si le comportement mesuré n'est pas uniquement valable pour
cette forme d'adhésion, un second modèle a été testé. Dans l'esprit du modèle DMT
(détaillé au chapitre 2), il considère une force d'adhésion constante qui s'oppose à la
répulsion élastique :

N (h) = kn h − N c (5.16)
Pour ce modèle, les loi de frottement et de dilatance ont été mesurées pour trois
niveaux de cohésion. La gure 5.9 compare les paramètres de ces lois entre les deux
modèles et montre une assez bonne concordance. La conclusion est que la forme précise
de la force d'adhésion n'a que peu d'importance sur le comportement rhéologique, et
que le paramètre déterminant est la résistance à la traction des contacts. Il faut néan-
moins nuancer ce propos, car les deux modèles testés sont relativement proches l'un de
l'autre. D'autre modèles de cohésion (capillaire, plastique) sont susceptibles de donner
des résultats quantitativement diérents.

5.5.5 Relation frottement dilatance


A la vue des variations de la compacité et du frottement eectif en fonction de I et
η , il est tentant de chercher une relation directe entre ν et µ∗ . La gure 5.10 trace pour
chaque écoulement le coecient de frottement en fonction de la compacité. Quels que
soient I et η , les points se regroupent sur une courbe maîtresse composée de zones de
grande compacité (faible cohésion) et de zones de faible compacité (forte cohésion). Le
coecient de friction diminue lorsque la compacité augmente. Cette relation frottement-
compacité, déjà observée dans le cas de grains sans cohésion [41, 44] semble être assez
robuste.

5.6 Ecoulement sur plan incliné


La géométrie du cisaillement plan homogène a permis de déterminer le comportement
rhéologique d'une assemblée de grains en fonction de l'intensité des forces cohésives. Fort
de ces connaissances, il est maintenant possible d'aborder la géométrie du plan incliné,
plus proche des écoulements expérimentaux en canal, mais plus complexe que celle du
cisaillement plan puisque l'état de contrainte n'est plus homogène : la pression comme
la contrainte de cisaillement varient dans l'épaisseur. Cette partie décrit les caractéris-
tiques des écoulements cohésifs sur plan incliné en s'attachant particulièrement à tester
la validité des prédictions du comportement mesuré en cisaillement plan.
5.6 Ecoulement sur plan incliné 115

4
1.4

1.2
3
1.0
*
µ 0.8
min
a 2

0.6

0.4
1

0.2

0.1 1 10 100
0.1 1 10 100

0.0

0.8

0.1

max
0.7
b 0.2

0.3

0.6
0.1 1 10 100
0.1 1 10 100

Fig. 5.9  Comparaison entre deux modèles de cohésion décrits par les équations 5.15
(¤) 5.16 (•) : paramètres de l'ajustement linéaire de la loi de frottement : (a) µ∗min (η)
et (b) b(η) ; paramètres de l'ajustement linéaire de la loi de dilatance : (c) νmax et (d) b.

5.6.1 Ecoulements permanents et uniformes


Une caractéristique importante des écoulements de grains sans cohésion sur plan
incliné est l'existence, dans une large gamme d'inclinaison, de régimes d'écoulement per-
manents et uniformes dans lesquels la contrainte de frottement compense exactement la
contrainte motrice liée à la gravité. Cette partie montre que ce régime existe toujours en
présence de cohésion.

Préparation
Le mode de préparation le plus souvent utilisé consiste, comme pour les écoulements
en cisaillement plan, à placer les grains au hasard et sans contact à une compacité aussi
forte que possible (environ 0.5), puis à appliquer la pente et la gravité. Les grains se
déposent sur la paroi et commencent à s'écouler. Après un certain temps, l'écoulement
peut atteindre un régime permanent caractérisé par des grandeurs telles que l'énergie
116 Ecoulements de grains cohésifs

2,5

1,5

0,5

0,6 0,7 0,8

Fig. 5.10 Variation du coecient de frottement eectif µ∗ en fonction de la compacité


ν pour diérentes valeurs de I et η .

cinétique totale, le tenseur des contraintes ou la fraction solide, indépendantes du temps


et de la direction de l'écoulement. Comme le temps pour atteindre un éventuel régime
permanent peut être long, une autre méthode plus rapide a été utilisée. Elle consiste
à partir d'un écoulement permanent réalisé pour un niveau de cohésion donné, puis à
changer ce niveau de cohésion. Après un temps assez court, le système atteint un nouveau
régime permanent. L'une ou l'autre des méthodes, quelle que soit la conguration initiale,
conduit après un temps plus ou moins long au même écoulement nal.

Description

La gure 5.11 trace pour des écoulements de même pente (θ = 25o ), d'épaisseur
similaire (H/d ≈ 30o ) et de niveaux de cohésion diérents les prols de compacité, de
contraintes, de vitesse et du nombre inertiel.
Sans cohésion, la fraction solide ν(y) est constante dans l'épaisseur, excepté près de la
paroi où il apparaît des oscillations révélatrices de la structuration des grains en couches.
L'épaisseur de cette zone aectée par la proximité de la paroi est d'environ cinq grains. Ce
point a déjà été observé par [187, 155]. En présence de cohésion (Bog < 100), le prol de
fraction solide conserve qualitativement la même forme : il est constant dans l'épaisseur
et oscille près de la paroi. Par contre, la fraction solide moyenne tend à diminuer :
plus l'intensité de la cohésion est forte, plus le milieu se dilate, ce qui est cohérent
avec les mesures faites en cisaillement plan. Pour Bog = 100, la fraction solide oscille
dans l'épaisseur autour d'une valeur moyenne, et la structuration dans la couche basale
disparaît. Les contraintes liées à la gravité (pression P h et contrainte tangentielle τ h )
s'écrivent en fonction de ce prol de compacité :
5.6 Ecoulement sur plan incliné 117

0 10 60 100
Bo
g
30 (a)

20

10

0
0.5 0.6 0.7 0.8 0.5 0.6 0.7 0.8 0.5 0.6 0.7 0.8 0.5 0.6 0.7 0.8

40

(b)
, , , ,
30 xx yy xx yy xx yy xx yy

20

10

0
-30 -20 -10 0 10 -30 -20 -10 0 10 -30 -20 -10 0 10 -30 -20 -10 0 10

40

(c)
30

20

10

0
0 10 20 30 0 10 20 30 0 10 20 30 0 10 20 30

V*

Fig. 5.11  Ecoulements permanents et uniformes sur plan incliné pour diérents ni-
veaux de cohésion (θ = 25◦ , H/d ≈ 30). Les courbes en pointillés rappellent les prols
sans cohésion pour une meilleure comparaison.(a) prols de compacité ν . (b) prols des
contraintes normales (valeurs négatives) : σxx (noir), σyy (rouge) et P h (y) (surface ha-
churée) et prol des contraintes tangentielles (valeurs positives)
√ : τ () et |τ h | (surface
hachurée). (c) prol de vitesse adimensionnée (V ∗ = vx / gd), le prol de vitesse des
grains cohésifs est comparé à celui des grains sans cohésion (− −).
118 Ecoulements de grains cohésifs

µ ¶ Z y µ ¶
P h (y) cos θ
= ρp g ν(y1 )dy1 . (5.17)
τ h (y) y1 =0 − sin θ

La gure 5.11 compare le prol |τ h (y)| au prol de la contrainte tangentielle τ (y)


mesurée dans les écoulements. Il apparaît que la contrainte tangentielle compense exac-
tement la contrainte motrice exercée par la gravité : τ (y) = |τ h (y)|, ce qui est révélateur
d'écoulements permanents et uniformes, qui existent aussi bien pour des grains sans
cohésion que pour des grains cohésifs.
La gure 5.11 compare aussi le prol P h (y) aux prols des contraintes normales
σxx et σyy . Il apparaît que P h (y) ≈ σyy ≈ σxx . L'égalité des contraintes normales a
déjà été observée dans les écoulements de grains sans cohésion sur plan incliné [155]. La
pression au sein de l'écoulement est donnée par P (y) = 12 (|σxx (y) + σyy (y)|) ≈ |P h (y)|.
En négligeant les uctuations de compacité, l'état de contraintes dans l'écoulement vérie
donc :
µ ¶ µ ¶
P (y) cos θ
= ρp gν(H − y) (5.18)
τ (y) sin θ

Par conséquent, le coecient de frottement eectif µ∗ (y) = τ (y)/P (y) est constant
dans l'épaisseur et est directement relié à la pente :

µ∗ (y) ≈ tan θ (5.19)

La gure 5.11 montre que le prol de vitesse est aectée par la cohésion. La première
observation générale est que l'écoulement ralentit lorsque le niveau de cohésion augmente.
Pour des niveaux de cohésion plus élevés (Bog ≥ 150) l'écoulement se bloque. De plus, la
forme des prols semble être elle aussi modiée par la cohésion : une couche surfacique
faiblement cisaillée se forme à la surface des écoulements. Son épaisseur semble augmenter
lorsque la cohésion augmente. Cette forme des prols, parfois appelés prols bouchons,
a récemment été observée dans des simulations d'écoulement de grains cohésifs sur plan
incliné [19].

5.6.2 Prols des nombres sans dimension


Les écoulements en cisaillement plan homogène ont montré que la rhéologie de ces
grains cohésifs peut être exprimée à travers deux nombres sans dimensions : le nombre
inertiel I qui contrôle l'état de cisaillement et le nombre de cohésion η qui contrôle
l'intensité de la cohésion. Si ces deux nombres étaient constants dans la géométrie du
cisaillement plan, ce n'est plus le cas dans la géométrie du plan incliné où l'état de
contrainte varie dans l'épaisseur de l'écoulement. La gure 5.12 trace les prols du nombre
inertiel I et du nombre de cohésion η pour des écoulements de même pente (θ = 25◦ ),
d'épaisseur similaire (H/d ≈ 30) et pour divers niveaux de cohésion Bog .
5.6 Ecoulement sur plan incliné 119

40

(a) (b)

30

y/d 20

10

0
0.0 0.2 0.4 0.6 0 10 20 30 40 50

Fig. 5.12  Prol du nombre de cohésion η(y) et du nombre inertiel I(y) pour des écou-
lements permanents et uniformes sur plan incliné (θ = 25◦ , H/d ≈ 30) : Bog = 0 (¤),
10 (◦), 60 (4), 100 (5).

Prols du nombre de cohésion η


Comme la pression P varie dans l'épaisseur de l'écoulement, le nombre de cohésion
c
η=NP d varie lui aussi :

Nc
η(y) = . (5.20)
νρp gd cos θ(H − y)
c
η est mininum au socle de l'écoulement : η(y = 0) = νρp gdNcos θ(H) et diverge vers la surface
libre car la pression tend vers 0. Il apparaît donc que la cohésion est plus importante
dans la partie supérieure de l'écoulement que près du fond.

Prols du nombre inertiel I


p
Dans la géométrie du plan incliné, le nombre inertiel I = γ̇ m P n'est pas imposé : il
s'adapte aux contraintes normale et tangentielle imposées par la gravité. Sans cohésion,
I(y) est constant dans une large couche centrale, diverge à la surface libre car la pression
tend vers 0 et augmente vers le fond, ce qui est probablement dû à un eet de paroi.
En présence de cohésion, le nombre inertiel n'est plus constant dans la partie centrale
de l'écoulement : il diminue en se rapprochant de la surface libre. Pour des niveaux de
cohésion assez grands (Bog & 60), le nombre inertiel s'annule dans la couche supérieure.
120 Ecoulements de grains cohésifs

5.6.3 Eet de la pente


Les écoulements stationnaires et uniformes sur plan incliné présentent l'avantage d'im-
poser aux grains en écoulement un coecient de frottement eectif µ∗ directement relié
à la pente : µ∗ = tan θ. Varier la pente revient donc à changer l'état de sollicitation des
grains qui adapteront donc leur état de cisaillement, révélant ainsi leur loi de comporte-
ment. La gure 5.12 trace les prols de vitesse, de compacité et du nombre inertiel pour
diérents niveaux de cohésion et pour diérentes pentes pour lesquels les écoulements
sont permanents et uniformes.

Procédure
La procédure adoptée pour étudier l'eet de la pente sur les écoulements de grains
cohésifs consiste à partir d'un écoulement stationnaire et uniforme établi pour un niveau
de cohésion Bog et une inclinaison donnés, puis à modier la pente à un taux constant
susamment faible pour que l'écoulement puisse être considéré comme permanent et
uniforme à chaque instant. Ainsi, toute la gamme d'inclinaison θstop < θ < θacc dans
laquelle les écoulements sont stationnaires et uniformes est explorée. La question qui se
pose est de dénir les pentes θstop et θacc . Les critères retenus sont des seuils de l'énergie
cinétique moyenne Ec du système, qui représente l'énergie cinétique totale divisée par le
nombre de grains.
Lorsque l'ensemble des grains ne s'écoule plus, il peut demeurer des réarrangements
locaux à l'origine d'une énergie cinétique non nulle. L'écoulement est considéré arrêté
lorsque l'énergie cinétique moyenne est inférieure à 10−3 12 mgd. La valeur de ce seuil est
arbitraire, mais n'est pas critique pour la détermination de la pente d'arrêt.
A pente constante, les régimes accélérés sont caractérisés par une énergie cinétique qui
augmente au cours du temps. Mais dans une expérience où la pente augmente au cours
du temps, l'énergie cinétique augmente aussi au cours du temps, même pour les régimes
permanents et uniformes. Un critère tout à fait arbitraire a été retenu pour xer une limite
supérieure aux inclinaisons explorées : la pente augmente tant que l'énergie cinétique
√ par
3
grains est inférieure à 10 ce qui correspond à une vitesse moyenne d'environ 30 gd. Par
conséquent, il n'est pas impossible que les plus grandes pentes explorées correspondent
à des régimes accélérés.

Prol de compacité
Sans cohésion, la compacité est constante dans l'épaisseur de l'écoulement, et diminue
lorsque la pente augmente. Plus la cohésion est forte, moins la dépendance de la compacité
avec la pente est marquée. Pour Bog = 200, la compacité ne dépend plus de la pente.
Pour les plus grandes pentes explorées, la compacité diminue dans une couche basale
épaisse d'environ cinq grains. Il est possible que cette diminution soit caractéristique des
régimes accélérés.
5.6 Ecoulement sur plan incliné 121

40 40 40 =

15°

30 30 30 17°

19°
y/d

0 20 20 20 21°

23°

10 10 10 25°

27°

0 0 0
=

16°
30 30 30
18°

20°

1 20 20 20
y/d

22°

24°
10 10 10
26°

28°
0 0 0

=
30 30 30
18°
y/d

20°

10 20 20 20
22°

24°
10 10 10
26°

28°
0 0 0
=

21°
30 30 30
y/d

23°

60 20 20 20
25°

27°

29°
10 10 10
31°

33°
0 0 0

=
30 30 30 24°

26°

100
y/d

20 20 20 28°

30°
10 10 10 32°

34°
0 0 0

30 30 30
=
y/d

31°

200 20 20 20
33°

35°

37°
10 10 10
39°

0 0 0
0 10 20 30 0.5 0.6 0.7 0.8 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5

Bo
g V* I

Fig. 5.13  Eet de la pente : prol de vitesse, de compacité et du nombre inertiel pour
diérentes inclinaisons et diverses intensités de cohésion.
122 Ecoulements de grains cohésifs

Pente d'arrêt
Sans surprise, quel que soit le niveau de cohésion, les écoulements ralentissent lorsque
la pente diminue, puis s'arrêtent. La gure 5.14 trace la pente d'arrêt en fonction de
l'intensité de la cohésion pour des écoulements d'épaisseur (H/d ≈ 30). Cette pente
augmente fortement pour les premiers niveaux de cohésion (Bog . 10) puis continue
d'augmenter plus faiblement pour les niveaux de cohésion plus élevés.

35

30 0.5

25

tan
0.4

stop 20

stop
0.3

15

0.2
10
0 50 100 150 200

Bog
Fig. 5.14  Pente d'arrêt en fonction de la cohésion.

5.6.4 Rhéologie locale


La procédure d'écoulement à pente variable donne accès, pour divers niveaux de
cohésion Bog , à toute la gamme de sollicitation comprise entre tan θstop < µ∗ < tan θacc .
Pour chaque écoulement, une couche de grains situé à l'épaisseur y se voit donc imposer
un coecient de frottement µ∗ = tan θ et un niveau de cohésion η(y). La gure 5.15
compare la valeur du nombre inertiel I(y) correspondante à celle prédite par la loi de
frottement mesurée en cisaillement plan.

Procédure
La loi de comportement mesurée en cisaillement plan donne accès aux coecients
de frottement µ∗ correspondants aux diérentes valeurs imposées de I et de η . Il s'agit
donc, pour chaque couche de chaque écoulement sur plan incliné, réalisés à diérents
niveaux de cohésion Bog et à diérentes pentes θ, de relever la pente dès que le couple
{I(y); η(y)} est l'un de ceux mesurés en cisaillement plan. La zone proche de la surface
5.6 Ecoulement sur plan incliné 123

libre (y > H − 2d) est exclue car la pression tend vers 0, faisant ainsi diverger I et η .
La zone basale (y < 5d) est elle aussi exclue car elle est manifestement inuencée par la
proximité de la rugosité.

Comparaison plan incliné/cisaillement plan


La gure 5.15 trace pour diérentes valeurs de I l'évolution du coecient de frotte-
ment avec la cohésion, et compare les résultats issus du plan incliné à ceux mesurés en
cisaillement plan. Les données sont en bon accord général, mais les niveaux de cohésion
les plus forts sont dicilement accessibles sur le plan incliné, puisqu'ils correspondent
aux premières couches proches de la surface libre où les données sont bruitées, et où
l'écoulement n'est plus cisaillé.

2.0 2.0 2.0

(a) (b) (c)

1.5 1.5 1.5

1.0 1.0 1.0

µ* 0.5 0.5
0.5

0.0 0.0 0.0


0.01 0.1 1 10 100 0.01 0.1 1 10 100 0.01 0.1 1 10 100

2.0 2.0 2.0

(e) (f)
(d)

1.5
1.5 1.5

µ* 1.0
1.0 1.0

0.5

0.5 0.5

0.0
0.01 0.1 1 10 100 0.01 0.1 1 10 100 0.01 0.1 1 10 100

Fig. 5.15  µ∗ (η) pour diérentes valeurs de I : (a) I = 0.01, (b) I = 0.025, (c) I = 0.05,
(d) I = 0.1, (e) I = 0.2, (f ) I = 0.3. Comparaison entre plan incliné (¥) et cisaillement
plan (◦).
124 Ecoulements de grains cohésifs

5.7 Microstructure
La cohésion peut modier considérablement le comportement rhéologique d'une as-
semblée de grains. De plus, comme l'ont montré de nombreuses études expérimentales,
la cohésion modie la microstructure de l'écoulement [55, 197, 211, 124, 19]. Comme
le montrent les images issues des simulations numériques d'écoulement en cisaillement
plan (Figure 5.4) où sur plan incliné (Figure 5.11), la cohésion provoque l'apparition de
larges zones vides qui co-existent avec des zones denses occupées par des grains. Sur plan
incliné, cette organisation se manifeste par une surface libre irrégulière [175, 199, 200, 3].
Cette section, présente diérents indicateurs qui quantient les modications de la
microstructure des écoulements cohésifs dans la géométrie du cisaillement plan.

5.7.1 Nombre de coordination


Le premier indicateur de microstructure est le nombre de coordination Z qui repré-
sente le nombre moyen de contact par grains. La gure 5.16 trace les variations de Z
en fonction de la cohésion η pour divers états de cisaillement I . La première observation
générale est que le nombre de coordination augmente avec la cohésion. Ce point a aussi
été observé dans [19]. Pour les faibles valeurs de cohésion (η . 10), Z augmente forte-
ment lorsque I diminue, ce qui est cohérent avec l'augmentation de compacité en passant
d'un régime collisionnel au régime quasi-statique. Cette augmentation de Z est de même
nature que celle observée pour des écoulements sans cohésion [44]. Pour les forts niveaux
de cohésion, les dépendances de Z avec I sont moins marquées.
Lorsque la cohésion augmente, le nombre de coordination commence par augmenter
fortement tant que η . 5 puis continue d'augmenter plus lentement jusqu'à atteindre une
valeur maximum. Cette augmentation de Z(η) est surprenante car, dans le même temps,
la compacité ν(η) diminue. L'interprétation est que les grains s'agglomèrent et forment
des zones où le nombre de coordination est fort mais que ces zones sont séparées par du
vide, ce qui diminue la compacité.

5.7.2 Distribution de compacité locale


Les mesures de compacité locale permettent de quantier l'augmentation des hétéro-
généités de densité [164, 45]. A chaque pas de temps, une tesselation de Voronoï adaptée
aux grains polydisperses est eectuée. La compacité locale autour de chaque grain est
dénie comme le rapport entre la surface du grain et la surface de sa cellule de Voronoï
(ensemble des points de l'espace qui sont plus proches de ce grain que des autres grains).
Ceci dénit donc le champ de compacité locale ν(~r).
La gure 5.17 (a) trace la distribution de compacité locale pour un état de cisaillement
I donné et pour diérentes cohésion η . La légère polydispersité des disques permet d'at-
teindre des compacités locales élevées (ν(~r) → 0.9). En présence de cohésion, des zones
denses existent toujours mais les grains proches des zones vides voient leur compacité
locale diminuer (ν(~r) → 0.2). L'écart type ∆ν de ces distributions caractérise l'hétéro-
généité de densité (Figure 5.17 (b)). ∆ν augmente avec la cohésion, ce qui a aussi été
5.7 Microstructure 125

0
0.1 1 10 100

Fig. 5.16  Nombre de coordination Z. I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1 (O), 0.2
(¦), 0.3 (/).

observé dans [124]. Pour les faibles valeurs de cohésion (η . 10), ∆ν augmente fortement
avec I , mais cette dépendance est moins marquée lorsque la cohésion augmente.

(a) (b)
0.1
0.14

0.12

% 0.01 0.10

0.08

0.06
1E-3
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.1 1 10 100

Fig. 5.17  Compacité locale : (a) distribution de compacité locale pour un même état
de cisaillement (I = 0.2) et divers niveaux de cohésion η = 0 (¤), η = 10 (◦), η = 80
(M) ; (b) écart type ∆ν(η) de chaque distribution en fonction du niveau de cohésion pour
diérents états de cisaillement : I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1 (O), 0.2 (¦), 0.3
(/).

La taille des hétérogénéités (zones vides et zones denses) peut être estimée en consi-
126 Ecoulements de grains cohésifs

~ des uctuations du champ de densité locale


dérant la fonction d'auto corrélation F (R)
δν(~r) :

~
hδν(~r)δν(~r + R)i
~ =
F (R) . (5.21)
δν 2

F est isotrope et, mis à part un petit pic vers R = d, décroît exponentiellement avec
R (Figure 5.18 (a)). La taille caractéristique des hétérogénéités `ν est dénie comme la
distance où la fonction de corrélation est égale à 0.4. La valeur 0.4 est arbitraire, mais
d'autres valeurs donnent qualitativement les mêmes résultats. La taille `ν reste petite
pour les faibles niveaux de cohésion (η . 10) puis augmente fortement (Figure 5.18 (b)).

(a) (b)
2

F
/d 1

0.1 0
0 1 2 0.1 1 10 100

R/d

Fig. 5.18  Hétérogénéité spatiale (a) Fonction de corrélation F (R) : I = 0.1, η = 1 (¤),
10 (M), 30 (◦), 80 (O), (b) Taille caractéristique `ν /d(η) : I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05
(M), 0.1 (O), 0.2 (¦), 0.3(/).

5.7.3 Distribution de porosité


Un autre indicateur de l'organisation de grains est la distribution des tailles de pore.
La méthode de mesure consiste à discrétiser la cellule de cisaillement (pas de d/20) à
chaque pas de temps et à distinguer les pixels qui sont occupés par un grain de ceux qui
sont sur du vide. Ensuite, il s'agit de dresser la liste des pixels vides connectés en utilisant
un algorithme d'invasion. Les pores ainsi dénis, il est facile d'en déduire leur surface
S . La gure 5.19 (a) trace la proportion d'espace vide G(S) appartenant à un pore de
taille supérieure à S . G(S) décroît exponentiellement avec S : G(S) p
p
√ ' exp(−S/S ) ce qui
permet de déduire une taille caractéristique des pores : ` = S . Cette taille ne tient
p

pas compte d'une éventuelle anisotropie des pores qui peuvent avoir une forme allongée.
5.7 Microstructure 127

La gure 5.19 (b) montre que la taille `p reste petite pour les faibles niveaux de
cohésion (η . 10) puis augmente fortement. Cette taille varie aussi en fonction du nombre
inertiel, ce qui n'est pas surprenant puisqu'une augmentation de I diminue la compacité
(loi de dilatance), c'est à dire augmente la proportion de vide donc la probabilité de
connecter les vides.

1
4

(a) (b)

3
0.5

p
2
G /d

0.1 0
0 5 10 15 20 25
0.1 1 10 100
2
S/d

Fig. 5.19  Taille des pores : (a) proportion de l'espace appartenant à un pore de taille
supérieure à S pour un même état de cisaillement (I = 0.1) et divers niveaux de cohésion :
η = 0 (¤), 10 (◦), 30 (M), 80 (O)) ; (b) taille caractéristique des pores `p en fonction du
niveau de cohésion pour divers états de cisaillement : I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M),
0.1 (5), 0.2 (¦), 0.3 (/).

5.7.4 Persistance des contacts


Les grandeurs `ν et `p donnent des informations sur la structuration spatiale du ma-
tériau granulaire [25]. La grandeur présentée ici caractérise la persistance dans le temps
des contacts entre grains. Le principe est de considérer une population de contacts à
l'instant t puis de mesurer la fonction P (T ) qui représente la proportion de ces contacts
qui n'ont pas été rompus au temps t + T . Une moyenne selon t est eectuée. Une gran-
deur similaire appelée fonction de corrélation topologique a été introduite par [32] pour
mesurer la diusion dans les écoulements granulaires. Par dénition, la fonction P (T )
vaut 1 à T = 0. Cette fonction décroît ensuite exponentiellement jusqu'à 0 avec le temps
T ou bien la déformation équivalente ² = γ̇T : P (²) ≈ exp(−²/²p ) (Figure 5.20 (a)).
Ceci permet de dénir la résistance caractéristique des contacts à la déformation : ²p . En
l'absence de cohésion, ²p devrait être inférieure à 1.
La gure 5.20 (b) montre que ²p est eectivement inférieure à 1 pour les faibles valeurs
de cohésion (η . 10) puis augmente fortement. ²p > 1 signie que le temps de persistance
128 Ecoulements de grains cohésifs

des contacts est supérieur au temps de cisaillement, ce qui révèle la présence d'agrégats.

1 3

(a) (b)

0.5
2

P( )
1

0
0 1 2 3 4 0.1 1 10 100

Fig. 5.20  Persistance des contacts : (a) P (²) : I = 0.05, η = 0 (¤) 10(◦), 30 (M), 80
(O). (b) Résistance caractéristique des contacts à la déformation ²p (η) : I = 0.01 (¤),
0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1 (5), 0.2 (¦), 0.3 (/).

5.7.5 Corrélation des vitesses


L'existence de mouvements corrélés de grains, suggérée dans cetains modèles [31, 57,
71, 129] a déjà été mise en évidence dans les écoulements denses sans cohésion aussi
bien expérimentalement [15, 152] que par des simulations numériques discrètes [129].
Sur plan incliné, les mesures de la vitesse des grains à la surface libre indiquent que la
taille caractéristique de ces agrégats augmente considérablement près de la pente d'arrêt
[152]. Cette observation semble relier la transition liquide-solide au développement de
ces mouvements corrélés. Il est donc tentant de mesurer la taille caractéristique `v des
mouvements corrélés dans la géométrie du cisaillement plan en variant I et η . La méthode
consiste à mesurer la fonction d'autocorrélation C(R) ~ du champ des uctuations de
vitesse δ~v (~r) :
P ~
δvi δvj g(r~ij − R)
i,j
~ =
C(R) P , (5.22)
~
g(r~ij − R)
i,j

où δvi = |δ~vi | et g est une fonction Gaussienne de largeur w = 0.4d. Les résultats ne
dépendent pas signicativement de cette largeur. C(R)~ est isotrope et décroît exponen-
v
tiellement avec R : C(R) ∝ exp(−R/` ) ce qui permet de déduire la taille caractéristique
de corrélations mouvement `v .
5.8 Relation entre l'évolution de la microstructure et du comportement
macroscopique 129
La gure 5.21 (a) montre l'évolution de `v avec I pour des grains sans cohésion. En
accord avec les résultats sur plan incliné [152], `v augmente fortement lorsque I diminue,
c'est à dire lorsque le matériau passe du régime liquide au régime solide. La gure 5.21
(b) trace l'évolution de `v en fonction de l'intensité de cohésion η pour diérentes valeurs
de I . Pour les fortes valeurs de I (I & 0.1), `v (η) reste faible pour les premiers niveaux de
cohésion (η . 10), puis augmente fortement. Par contre, pour les petites valeurs de I , il
existe déjà des mouvements corrélés en l'absence de cohésion. En augmentant la cohésion,
le matériau commence par se dilater ce qui fait diminuer `v puis l'eet d'agglomération
des grains fait augmenter `v pour les niveaux de cohésion plus élevés.

4 (a) 4
(b)

3
3
v
/d v
2 /d 2

0
0.0 0.1 0.2 0.3

I
0.1 1 10 100

Fig. 5.21  Corrélation des uctuations de vitesse : (a) `v (I) sans cohésion (η = 0) ;
(b) Avec cohésion `v (η), I = 0.01 (¤), 0.1 (◦), 0.3 (4).

5.8 Relation entre l'évolution de la microstructure et du


comportement macroscopique

La section 5.5 a mis en valeur l'important eet de la cohésion sur le comportement de


l'assemblée de grains au travers de la mesure de deux grandeurs macroscopiques : le coe-
cient de frottement eectif µ∗ et la compacité ν . Ensuite, la section 5.7 a montré l'eet de
la cohésion sur diérents indicateurs de la microstructure de l'écoulement (Z, lν , lp , lv , ²p )
révélant une agrégation des grains cohésifs. Il est maintenant tentant de faire le lien entre
l'évolution du comportement macroscopique et l'évolution de la microstructure.
130 Ecoulements de grains cohésifs

5.8.1 Distribution des forces normales

La transition entre un régime faiblement cohésif et un régime fortement cohésif appa-


raît pour η ≈ 10. Le raisonnement qui consiste a estimer par P d la force nécessaire pour
séparer deux grains prédit que cette transition devrait apparaître pour η ' 1. Mais ce rai-
sonnement est assez naïf puisque, comme dans les empilements [159] ou les écoulements
de grains sans cohésion [143], la distribution des forces normales est étendue.
La gure 5.22 (a) trace la distribution de la force normale N = N e + N a (composante
élastique et adhésive, mais sans la composante visqueuse) normalisée par la résistance
maximale à la traction N c pour divers niveaux de cohésion. Les contacts cohésifs peuvent
présenter des forces normales négatives mais se cassent dès que N/N c < −1. Pour η ≤ 1,
l'échelle de force P d est plus grande que N c donc la distribution de N/N c est large et
les contacts peuvent facilement être brisés. Pour des cohésions plus grandes (η > 10),
l'échelle de force est donnée par N c : la distribution devient beaucoup plus piquée et il
est dicile de casser un contact.
L'écart type ∆N/N c de ces distributions peut donc être un indicateur de la transition
d'agglomération. La gure 5.22 b montre que l'écart type diminue légèrement lorsque I
augmente mais surtout qu'il diminue fortement lorsque la cohésion augmente. Il devient
inférieur à 1 pour η entre 3 et 10. La transition d'agglomération semble donc être contrôlée
par la distribution des forces normales plutôt que par leur valeur moyenne.

0.075 3

(a) (b)
P(N/N )

0.050
c

2
N/Nc

0.025
1

0.000
-1.5 -1.0 -0.5 0.0 0.5 1.0 1.5 0.1 1 10 100
c
N/N

Fig. 5.22  (a) distribution des forces normales (I =0.1) : η = 1 (◦), 10 (M), 30 (5), 85
(¦) ; (b) écart type ∆N/N c en fonction du niveau de cohésion pour I = 0.01 (¤), 0.025
(◦), 0.05 (M), 0.1 (5), 0.2 (¦), 0.3 (/).
5.8 Relation entre l'évolution de la microstructure et du comportement
macroscopique 131

5.8.2 Augmentation du frottement entre les grains


La force de frottement entre les grains est décrite par un critère de Coulomb qui
considère uniquement la composante élastique de la force normale : |T /N e | ≤ µ (voir
section 5.2.3). Ecrit en fonction de la force normale totale N = N e + N a , le critère
devient :

|T /N | ≤ µH(|N c /N |) (5.23)

la fonction H est dénie dans la section 5.4.3. Le coecient de frottement apparent en


présence de cohésion est donc : µH(|N c /N |). Pour des faibles cohésions, la force normale
peut être beaucoup plus grande que la résistance à la traction N >> N c (voir gure. 5.22
(b)). Dans ce cas, la fonction H tend vers 1 et le coecient de frottement apparent reste
µ. Pour les fortes valeurs de cohésion η , la force normale est beaucoup plus petite que
la résistance à la traction : N << N c (voir gure. 5.22 (b)) et la fonction H tend vers :
H ' 4|N c /N |. Par conséquent, la cohésion augmente fortement le coecient de friction
apparent entre les grains.
Pour les grains sans cohésion, il a été montré [44] que l'augmentation du frottement
entre grains µ conduisait à une expansion du matériau. L'augmentation du coecient
de frottement apparent dû à la cohésion est donc sans doute à l'origine d'une expansion
du matériau cohésif en écoulement. Une manière de mettre en évidence cet eet consiste
à comparer la fraction solide ν entre des grains frottants (µ = 0.4) et des grains non
frottants (µ = 0) (Figure 5.23 (a)). Contrairement au grains non frottants, l'expansion
des grains frottants commence dès les premiers niveaux de cohésion (η . 2). Dans la
même gamme de cohésion (η . 2), l'augmentation du coecient de frottement apparent
à pour eet de réduire la proportion des contacts glissants (Figure 5.23 (b)). La conversion
des contacts glissants en contact non glissants est sans doute à l'origine de l'expansion
du matériau [168].

5.8.3 Anisotropie
Il a été montré dans [44] que le coecient de frottement eectif µ∗ peut être écrit
comme la somme de deux contributions associées à la distribution angulaire des forces
de contact normales et tangentielles :
Z π Z π

µ =− ζN (φ) sin(2φ)dφ + ζT (φ) cos(2φ)dφ = µ∗N + µ∗T . (5.24)
0 0

φ est la direction du contact, compté entre 0 et π dans le sens trigonométrique à partir


de la direction de l'écoulement. ζN et ζT sont respectivement le produit de la distribution
des orientations de contact par l'intensité moyenne dans le système des forces normales
ou tangentielles. Sans surprise, la gure 5.25 (a) montre que le calcul du coecient de
frottement par l'équation 5.24 est en bon accord avec le calcul direct (Equation 5.10).
La gure 5.24 trace, pour un même état de cisaillement et pour diérentes intensités
de cohésion η les fonctions ζN (φ) et ζT (φ). Il apparaît que la cohésion augmente signi-
132 Ecoulements de grains cohésifs

(a) (b)

% contact glissant
0.80
0.4

0.3

0.75
0.2

0.1

0.70 0.0
0 2 4 6 8 10 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Fig. 5.23  Eet de l'augmentation du coecient de frottement apparent : (a) compa-


raison de la fraction solide ν(η) (I = 0.2) entre des grains frottants µ = 0.4 (¤) et
non-frottants µ = 0 (◦) ; (b) proportion de contact glissant : I = 0.01 (¤), 0.025 (◦),
0.05 (M), 0.1 (5), 0.2 (¦), 0.3 (/).

cativement l'anisotropie des forces normales et tangentielles. Ce point a aussi été observé
dans le régime quasi-statique dans [160].
L'augmentation de l'anisotropie des forces normales ζN n'apparaît qu'à partir du seuil
de cohésion η & 10, ce qui fait penser qu'elle est liée à la transition d'agglomération. Deux
mécanismes provoquent l'augmentation de l'anisotropie des forces normales : ζN (φ) aug-
mente dans la direction des chaînes de force en compression (φ ' 120◦ ) et diminue, voir
même devient négative dans la direction des chaînes de force en traction (φ ' 30◦ ). Cette
évolution est largement ampliée par le facteur sin 2φ et provoque une augmentation de
la contribution normale du coecient de frottement : µ∗N .
En revanche, l'anisotropie des forces tangentielles ζT (φ) augmente dès les premiers
niveaux de cohésion. Elle paraît donc liée à l'augmentation de la friction apparente entre
les grains due à la cohésion. Cette évolution, est largement amplié par le facteur cos 2φ et
provoque une augmentation de la contribution tangentielle du coecient de frottement :
µ∗T . La gure 5.25 (b) trace la contribution relative des forces normales au coecient de
frottement : µ∗N /µ∗ décroît dans les premiers niveaux de cohésion, passant de 90% pour
η = 0 à 70% pour η & 10.

5.9 Conclusion
Ce chapitre a présenté des simulations numériques d'écoulements de grains cohésifs
dans une géométrie aussi simple que possible : le cisaillement plan homogène, et en
5.9 Conclusion 133

(a) 90 (b) 90

120 60 120 60
0.2
0.8

150 30 0.0 150 30


0.4

0.0 -0.2

N 180 0
T 180 0

-0.2
0.0

0.4 0.0 210 330


210 330

0.8
0.2
240 300 240 300

270 270

Fig. 5.24  Anisotropie des forces (a) normales ζN (φ) et (b) tangentielles : (I = 0.1 et
µ = 0.4), η = 0 (surface grise), η = 1 (..), η = 50 (−) ; les valeurs négatives se trouvent
dans le petit cercle.

0.90
(a) (b)
1.5
0.85

0.80
1.0 * *
µ /µ
µ* N 0.75

0.5 0.70

0.65

0.0
0.1 1 10 100 0 20 40 60 80 100

Fig. 5.25  Coecient de frottement eectif (I = 0.01) : (a) comparaison entre les me-
sures (◦) et le calcul basé sur l'anisotropie issue de l'équation 5.24 (¥) ; (b) contribution
relative des forces normales au coecient de frottement eectif.

utilisant un modèle de cohésion simple qui représente le caractère commun de tous les
modèles de cohésion : la résistance maximale à la traction. L'analyse dimensionnelle de ce
système simple met en valeur le rôle de deux nombres sans dimension : le nombre inertiel
134 Ecoulements de grains cohésifs

I qui contrôle l'état de cisaillement et le nombre de cohésion η qui contrôle l'intensité de


la cohésion.

Frottement
Cette approche donne un accès direct à l'eet d'une force de cohésion sur la loi de
comportement d'une assemblée de grains. Il apparaît que, en présence de cohésion, cette
loi peut s'écrire de la même manière que celle des grains non cohésifs, c'est à dire sous
la forme d'une loi de frottement qui relie linéairement le coecient de frottement eectif
au nombre inertiel :

µ∗ (I, η) ' µ∗min (η) + b(η)I. (5.25)


au dessus d'un seuil (η & 10), l'eet de la cohésion est d'augmenter considérablement
le frottement à travers les paramètres µ∗min (η) et b(η). L'analyse de l'anisotropie des
forces de contact met en évidence les mécanismes élémentaires qui sont à l'origine du
frottement. Pour cisailler des grains non-cohésifs en écoulement dense, il faut les faire
passer les uns par dessus les autres et les forces normales répulsives s'y opposent tant que
le contact est dans la direction π < θ < π/2 (gure 5.26 (a)). En présence de cohésion,
cette résistance au cisaillement due aux forces répulsives existe toujours dans la zone
π < θ < π/2 mais il s'y ajoute l'eet des forces attractives dans la zone π/2 < θ < 0
(gure 5.26 (b)) : une fois le grain escaladé, il faut encore briser le contact. L'introduction
d'une force cohésive a aussi pour eet d'augmenter le coecient de friction apparent entre
les grains, limitant ainsi leur capacité à glisser et participant ainsi à l'augmentation de
la résistance au cisaillement du matériau.

Dilatance
Il apparaît aussi que la cohésion induit une dilatation du matériau en écoulement. La
loi de dilatance, relation entre la fraction solide moyenne du système et le nombre inertiel,
s'écrit pour les grains cohésifs de la même manière que pour les grains sans cohésion :

ν(I, η) ' νmax (η) − a(η)I. (5.26)


Diérents indicateurs de la microstructure, tels que le nombre de coordination, la fraction
solide locale, la taille des pores ou encore les corrélations spatio-temporelles, permettent
d'observer une transition d'agglomération au dessus d'un seuil de cohésion (η & 10) :
le système s'organise alors en une assemblée d'agrégats connexes, qui se forment, se
déforment et se brisent au cours de l'écoulement. Pour des grains sans cohésion en écou-
lement dense, le mécanisme élémentaire à l'origine de l'augmentation de la dilatance avec
le nombre I est encore que les grains doivent passer les uns par dessus les autres pour être
cisaillés (gure 5.26 (c)). En présence de cohésion, il faut pour cisailler le milieu, faire
passer non plus des grains mais des agrégats les uns par dessus les autres ce qui conduit
à une double échelle de granularité : celle liée aux grains et celle liée au agrégats, qui
induit une dilatation du matériau (gure 5.26 (b)). L'introduction d'une force cohésive a
5.9 Conclusion 135

aussi pour eet d'augmenter le coecient de friction apparent entre les grains, limitant
leur capacité à glisser et conduisant ainsi à une forte dilatation de l'assemblée dès les
premiers niveaux de cohésion.

(a)
P V (b)
P V

Répulsion Répulsion

Attraction

(c)
P V P V
(d)

Fig. 5.26  Schémas de principe de l'origine microstructurale et micromécanique du


comportement rhéologique des grains cohésifs (les grains gris sont xes). (a) origine du
frottement sans cohésion (b) avec cohésion : (c) origine de la dilatance sans cohésion (d)
avec cohésion.
136 Ecoulements de grains cohésifs
Chapitre 6

Ecoulements bidisperses sur plan


incliné

Le chapitre précédent a montré qu'une force de cohésion modie signicativement le


comportement rhéologique d'une assemblée de grains monododisperses, en provoquant
une organisation de ces grains en agrégats qui peuvent se former, se déformer et se casser
au cours des écoulements. L'objet de ce chapitre est de comprendre en quoi la présence
d'agrégats de grandes tailles modie le comportement rhéologique d'une assemblée de
grains sans cohésion.
Les récentes études expérimentales et numériques [153, 71, 44] ont permis une bonne
compréhension de la rhéologie des grains quasi-monodisperses en écoulement dense. Le
terme quasi-monodisperse signie que le diamètre d des grains est distribué sur une faible
plage, typiquement d ± 20%. La loi de comportement de tels matériaux est exprimée
simplement par une dépendance linéaire du coecient de frottement µ∗ = τ /P (rapport
des contraintes tangentielle et normale) avec le nombre inertiel I [44] :

µ∗ ≈ tan φ + bI (6.1)

où l'angle de friction interne φ ainsi que la pente b sont des paramètres liés aux proprié-
tés micromécaniques des grains. Pour des grains monodisperses (masse volumique ρp et
diamètre d) le nombre I s'écrit dans un système bidimensionnel :
r r
m πρp
I = γ̇ = γ̇d . (6.2)
P 4P
Mais de nombreux écoulements gravitaires naturels comme les éboulements rocheux
ou encore les écoulements pyroclastiques [65] sont composés de grains de diérentes
tailles. C'est aussi le cas des avalanches de neige dense. S'il est bien connu que la polydis-
persité conduit souvent à une ségrégation des plus gros grains à la surface des écoulements
[86, 12], ses conséquences sur la rhéologie du matériau demeurent mal comprises [76, 75].
Ce chapitre aborde le problème des écoulements polydisperses par la simulation nu-
mérique discrète d'un système simple composé de deux catégories de grains : les petits et
138 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

les gros. La géométrie d'écoulement est celle du plan incliné rugueux en deux dimensions.
Une première partie détaille le système simulé. La seconde partie montre l'existence, dans
une certaine gamme d'inclinaison, d'écoulements permanents et uniformes partiellement
ségrégés. La troisième partie montre comment, à partir de ces écoulements permanents
et uniformes, il est possible de mesurer la loi de comportement d'un mélange bidisperse.
Enn, la quatrième partie présente les mesures de la loi de frottement globale.

6.1 Système simulé


6.1.1 Les grains
Le matériau considéré est une assemblée de 500 à 1000 disques petits ou gros mais
de même masse volumique ρp . Les petits grains (diamètre moyen ds ) sont au nombre de
ns . Les gros grains (diamètre moyen dl ) sont au nombre de nl . Une petite polydispersité
(±20%) est introduite dans chaque catégorie pour éviter des phénomènes de cristallisa-
tion. Le mélange est caractérisé par deux nombres sans dimension : le rapport de taille
entre petits et gros disques Dr et la proportion de l'espace occupée par les gros grains
Sr :

Dr = dl /ds
Sr = (nl dl 2 )/(nl dl 2 + ns ds 2 ). (6.3)

Dr = 1 ou Sr = 0 correspond à des petits grains uniquement et Sr = 1 à des gros


grains uniquement. Les mélanges étudiés ici sont les suivants : Dr = {2; 3; 4; 6; 8} et
Sr = {1/4; 1/2; 3/4}.
Tous les grains ont les mêmes propriétés mécaniques : ce sont des grains visco-
élastiques et frottants qui n'interagissent que par contacts directs sans force de cohésion.
Le modèle d'interaction, décrit en détail dans le chapitre 5, est caractérisé par un coef-
cient de frottement µ xé à 0.4, un coecient de restitution normal e xé à 0.1 et une
raideur normale kn susamment grande pour être dans limite des grains rigides (c'est à
dire que la déformation relative des grains reste inférieure à 10−3 ).

6.1.2 La géométrie d'écoulement


La géométrie d'écoulement est celle du plan incliné rugueux (pente θ) présenté sur
la gure 6.1. Les conditions aux limites périodiques dans la direction x simulent un
écoulement inniment long. La rugosité est composée de petits grains xes, alignés et
jointifs qui ont les mêmes propriétés mécaniques que les grains en écoulement. La couche
de grains d'épaisseur H s'écoule sous l'eet de la gravité g . Les petits grains xent l'échelle
p
de longueur :√ds . La gravité xe l'échelle d'accélération donc l'échelle de temps : ds /g
et de vitesse gds .
6.2 Ecoulements permanents et uniformes 139

g
y

Fig. 6.1  Géométrie d'écoulement : le plan incliné rugueux. Exemple d'un écoulement
bidisperse : Dr = 4, Sr = 3/4, θ = 17o , H ≈ 30ds . Grains noirs : rugosité, traits noirs :
conditions aux limites périodiques

6.2 Ecoulements permanents et uniformes


Dans une certaine gamme d'inclinaison et d'épaisseur, les mélanges bidisperses s'écoulent
de manière permanente (qui ne dépend pas du temps) et uniforme (qui ne dépend pas de
la direction de l'écoulement x). Cette gamme d'inclinaison et d'épaisseur varie légèrement
en fonction de la composition du mélange. La gure 6.2 montre les images de simulations
qui correspondent à des écoulements permanents et uniformes pour diérentes composi-
tions de mélange. Dans de tels écoulements, les prols selon y des contraintes, de vitesse
ou de fraction solide ν sont moyennés dans le temps et dans la direction de l'écoulement
x.

6.2.1 Conditions initiales


Le mode de préparation le plus souvent utilisé consiste à partir d'une conguration
initiale où les grains sont placés au hasard et sans contact (compacité faible d'environ 0.5)
puis à appliquer la pente et la gravité. Les grains se déposent sur la paroi et commencent
à s'écouler. Après un certain temps, l'écoulement peut atteindre un régime permanent ca-
ractérisé par des grandeurs telles que l'énergie cinétique totale, le tenseur des contraintes
ou la fraction solide, indépendantes du temps.
Comme le temps pour atteindre un éventuel régime permanent peut être long, une
autre méthode plus rapide a été testée. Elle consiste à partir d'un écoulement permanent
de petits grains et à placer un nombre voulu de gros grains dans l'écoulement en éliminant
140 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

S =1/4
r
S =1/2
r
S =3/4
r Dr=2 Dr=4 Dr=6

Fig. 6.2  Ecoulements bidisperses permanents et uniformes (θ = 17o , H ≈ 30ds ).

les petits grains recouverts. L'une ou l'autre des méthodes, quelle que soit la répartition
initiale des gros grains (par exemple tous en bas, tous en haut, ou mélangés aux petits)
conduit après un temps plus ou moins long au même écoulement nal.

6.2.2 Prol de compacité et de contraintes


Pour chaque écoulement, la fraction solide totale ν(y) est approximativement constante :
ν(y) ≈ 0.8. Cette valeur peut varier légèrement selon la composition du mélange. La gure
6.3 (a) trace le prol de fraction solide pour un écoulement de petits grains uniquement.
Il y apparaît une légère structuration proche de la paroi (couche de 5 diamètres de petits
grains). Les gures 6.3 (b,c,d) tracent le prol de fraction solide pour des mélanges bi-
disperses. La structuration proche de la paroi est toujours présente et, si les gros grains
sont susamment nombreux (Sr = 3/4), il s'y ajoute une structuration liée aux gros
6.2 Ecoulements permanents et uniformes 141

grains sur une épaisseur d'environ 5 dl . Mis à part ces uctuations, la fraction solide ν
est constante dans l'épaisseur.
Systématiquement, il apparaît que les composantes normales du tenseur des contraintes
sont égales et que, en accord avec la conservation de la quantité de mouvement, la pression
P et la contrainte de cisaillement τ vérient 6.4 :

P (y) = ρp νg cos θ(H − y)


τ (y) = ρp νg sin θ(H − y). (6.4)

6.2.3 Ecoulements ségrégés


Si la fraction solide totale est constante, les gros grains se trouvent préférentielle-
ment en haut de l'écoulement. Cet état ségrégé, stable dans le temps et indépendant des
conditions initiales, est visible sur les images de la gure 6.2 ainsi que sur les prols de
fraction solide partielle des gros grains (νl correspond à la surface occupée par les gros
grains divisée par la surface totale), tracés sur la gure 6.3. Les écoulements bidisperses
sur plan incliné se structurent donc en trois couches :
 une couche de petits grains au fond,
 une couche de gros grains à la surface,
 une large couche mixte au centre.
Un nombre sans dimension D, rapport du diamètre moyen d'un mélange et du dia-
mètre des petits grains ds permet de mieux caractériser ces états ségrégés :

νs (y) + Dr νl (y)
D(y) = . (6.5)
ν(y)
νs et νl sont respectivement les fractions solides partielles des petits et des gros grains.
La fraction solide totale vérie ν(y) = νs (y) + νl (y).
La gure 6.4 trace, pour diérents mélanges, le prol de D qui varie entre 1 dans la
couche de petits grains et Dr dans la couche de gros grains, en augmentant de manière
continue dans la couche mixte. Naturellement, plus la proportion de gros grains augmente,
plus l'épaisseur de la couche de gros grains augmente. Pour Sr = 3/4, il apparaît que
quelques gros grains sont présents au fond de l'écoulement, près de la rugosité.

6.2.4 Prols de vitesse



La gure 6.4 trace les prols de vitesse sans dimension V ∗ (y) = vx (y)/ gds pour
diérents mélanges et les compare à celui d'un écoulement monodisperse. Pour l'écoule-
ment monodisperse, le prol de vitesse est de type Bagnold p [187, 155], ce qui signie que
le taux de cisaillement γ̇(y) = dvx /dy est proportionnel à P (y) (ce point est détaillé
dans le chapitre 2). Dans les écoulements bidisperses, le taux de cisaillement diminue sys-
tématiquement dans la couche supérieure. La couche concernée est d'autant plus épaisse
que les gros grains sont nombreux, et le taux de cisaillement diminue d'autant plus que
les gros grains sont gros. Par ailleurs, si les gros grains sont assez nombreux (Sr & 3/4)
et assez gros (Dr & 3), le cisaillement augmente fortement près de la paroi.
142 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

(a) (b)
30 30

25 25

20 20

15 15
s

s
y/d

y/d
10 10

5 5

0 0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

(c) (d)
30 30

25 25

20 20

15
s

15
s

y/d
y/d

10 10

5 5

0 0

0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

Fig. 6.3  Prol de fraction solide (Dr = 4, θ = 17o , H ≈ 30ds ) : fraction solide
totale ν (), fraction solide partielle de gros grains νl (surface grise). (a) petits grains
uniquement, (b) Sr = 1/4, (c) Sr = 1/2, (d) Sr = 3/4.

6.3 Rhéologie locale


La section précédente a mis en évidence la ségrégation en trois couches des écou-
lements bidisperses sur plan incliné : une couche basale de petits grains, une couche
supérieure de gros grains et une couche centrale mixte. Parallèlement, le taux de cisaille-
ment diminue dans les zones occupées par les gros grains. Il est tentant de chercher à relier
la modication du prol de vitesse à la ségrégation. C'est le but de cette section qui com-
mence par montrer comment déduire la rhéologie locale de grains quasi-monodisperses à
partir d'écoulements sur plan incliné. Pour le cas des mélanges bidisperses, cette rhéologie
devrait bien décrire les deux couches composées d'un seul type de grains. La question qui
se posera ensuite est de savoir s'il est possible de remonter à une rhéologie locale d'un
6.3 Rhéologie locale 143

D =2 D =4 D =6
r r r

30 30 30
S =1/4

20 20 20
s
y/d

10 10 10
r

0 0 0
0 2 4 6 0 2 4 6 0 2 4 6

30 30 30
S =1/2

20 20 20
s
y/d

10 10 10
r

0 0 0
0 2 4 6 0 2 4 6 0 2 4 6

30 30 30
S =3/4

20 20 20
s
y/d

10
r

10 10

0 0 0
0 2 4 6

D, V
0 2 4 6

D, V
0 2 4 6

D, V
* *
*

Fig. 6.4  Prol de vitesse adimensionné V ∗ (θ = 17o , H ≈ 30ds ) : écoulements bi-


disperses () et quasi-monodisperse (◦) ; Prol du diamètre moyen D (surface grise).

mélange en partant d'écoulements bidisperses sur plan incliné.

6.3.1 Grains quasi-monodisperses


q
πρ
La gure 6.5 (a) trace le prol du nombre inertiel I = γ̇d 4Pp dans un écoulement
de grains quasi-monodisperse (diamètre d, masse volumique ρp ). I est constant dans la
majeure partie de l'épaisseur de la couche en écoulement (5 . y/ds . H − 5), mais
diverge dans la couche supérieure où la pression tend vers 0 et augmente dans la couche
inférieure où la proximité de la rugosité semble aecter l'écoulement.
Un moyen d'accéder à la rhéologie de ces grains est de partir d'un écoulement sta-
tionnaire et uniforme à inclinaison donnée, puis de varier la pente θ assez lentement pour
pouvoir considérer que l'écoulement reste stationnaire et uniforme, donc vérie µ∗ = tanθ.
A chaque pente correspond une valeur moyenne de I dans l'épaisseur (5 . y/ds . H −5).
144 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

Cette procédure permet de mesurer la loi de comportement du matériau sous la forme


µ∗ (I). La gure 6.5 (b) trace cette loi qui, dans une première approximation, se présente
sous la forme :

µ∗ ' φ + bI. (6.6)


qui est cohérente avec les meures faites en cisaillement plan. Selon cette loi, le prol du
taux de cisaillement dans un écoulement de grains quasi-monodisperse sur plan incliné
(µ∗ = tan θ, P (y) = ρp νg cos θ(H − y)) est de type Bagnold (cf chapitre 2) :
p
ρp νg cos θ(θ − φ) p
γ̇(y) ' H −y (6.7)
bd
Cette relation montre la dépendance du taux de cisaillement γ̇ avec le diamètre d des
grains : γ̇ ∝ 1/d. Dans le cas d'un écoulement bidisperse ségrégé, cette relation prédit
donc la diminution du taux de cisaillement dans la zone composée de gros grains.

30 0.6

(a) (b)

0.5

20
µ*=tan
s
y/d

0.4

10

0.3

0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3

I I

Fig. 6.5  Rhéologie des grains quasi-monodisperse : (a) Prol du nombre inertiel I(y)
(θ = 17o , H ≈ 30ds ), (b) loi de comportement locale déduite des écoulements sur plan
incliné (¥), comparée à celle mesurée en cisaillement plan (◦) (voir chapitre 5).

6.3.2 Mélanges bidisperses


Dans le cas d'écoulements bidisperses sur plan incliné, le nombre inertiel I n'est pas
constant dans l'épaisseur puisque le prol de taux de cisaillement est modié. Le nombre
I construit pour mesurer le rapport de l'inertie de grains de taille d et des force imposée,
ne sut donc pas pour exprimer le comportement d'un mélange bidisperse. Une idée
simple serait d'exprimer le nombre inertiel non plus avec un diamètre de grains, mais
avec le diamètre moyen du mélange :
6.3 Rhéologie locale 145

q
ID = γ̇Dds ρp /P . (6.8)

Pour des grains quasi-monodisperses ID est égale à I . ID peut donc être considéré comme
une extension du nombre inertiel au cas des mélanges bidisperses. La gure 6.6 compare
le prol du nombre inertiel ID pour diérents mélanges bidisperses avec celui d'un écoule-
ment quasi-monodisperse équivalent. Pour tous les mélanges, les prols sont très proches :
ID (y) est constant dans l'épaisseur, à l'exception des couches supérieures et inférieures.
En variant la pente θ et en relevant la moyenne de la valeur de ID (y), il est donc possible
de mesurer la loi de comportement de chaque mélange (gure 6.7). Cette loi s'exprime
comme celle des grains quasi-monodisperse, en écrivant le nombre inertiel en fonction du
diamètre moyen du mélange :

µ∗ ' φ + bID (6.9)

Dr=2 Dr=4 Dr=6


30 30 30
S =1/4

20 20 20
y/d
r

10 10 10

0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4

30 30 30
S =1/2

20
s

20 20
y/d

10 10 10
r

0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4

30 30 30

20 20
s

20
S =3/4

y/d

10 10 10
r

ID
0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.0 0.1 0.2 0.3 0.4

ID ID

Fig. 6.6  Prols du nombre inertiel ID (y) (θ = 17o , H ≈ 30ds ) pour diérents mélanges
bidisperses() comparés au cas monodisperse (◦).
146 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

Dr=2 Dr=4 Dr=6


0.5 0.5 0.5
S =1/4

µ =tan 0.4 0.4 0.4

0.3 0.3 0.3


r

0.2 0.2 0.2


0.01 0.1 0.01 0.1 0.01 0.1

0.5 0.5 0.5


S =1/2

µ =tan

0.4 0.4 0.4


r

0.3 0.3 0.3


*

0.2 0.2 0.2


0.01 0.1 0.01 0.1 0.01 0.1

0.5 0.5
0.5
S =3/4

µ =tan

0.4 0.4
0.4

0.3 0.3
0.3
r

0.2 0.2
0.2 0.01 0.1
0.01 0.1
0.01 0.1

<D> <D> <D>

Fig. 6.7  Loi de comportement locale des mélanges bidisperses déduite des écoulements
sur plan incliné.

6.3.3 Limites de l'étude


En augmentant encore la proportion de gros grains (Sr = 3/4), la couche supérieure
qui s'épaissit est bien représentée. Par contre, la couche de petits grains n'existe plus :
les gros grains occupent toute l'épaisseur de l'écoulement, y compris les zones proche de
la rugosité. Pour des gros grains assez gros (Dr & 4), le taux de cisaillement augmente
fortement près de la rugosité, ce qui peut être interprété comme une conséquence d'un
piégeage moins ecace des gros grains par une rugosité faite de petits grains [76].
Par ailleurs, la loi de frottement de l'équation 6.9 ne décrit pas le comportement dans
la couche basale épaisse d'environ 5 grains, perturbée par la proximité de la rugosité.
Lorsque les gros grains sont susamment nombreux pour interagir avec la rugosité, la
perturbation concerne une couche d'environ 5 gros grains, ce qui peut représenter toute
l'épaisseur de l'écoulement. Il apparît donc que la géométrie du plan incliné n'est pas
la mieux adaptée pour explorée la rhéologie des grains polydisperses. Pour étudier des
rapports de tailles plus grands, une géométrie de type cisaillement plan sans paroi devrait
6.4 Loi de frottement 147

être plus ecace.

6.4 Loi de frottement


Les méthodes de simulation de type Saint-Venant, couramment utilisée pour simuler
des écoulements à l'échelle 1 dans des géométries complexes, nécessitent une donnée
cruciale : la loi de frottement du matériau (ce point est détaillé dans le chapitre 1),
c'est à dire la relation entre le frottement basale, la vitesse moyenne et l'épaisseur de
l'écoulement.
Pour des grains monodisperses (diamètre d, masse volumique ρp ) en écoulement sur
un plan incliné rugueux, il a été montré que cette loi de frottement s'exprime de façon
unique pour diérentes épaisseurs [151, 187, 155, 71, 44] :

µ∗0 ' tan φ + BIg . (6.10)


où φ, l'angle de friction interne, et B dépendent du couple matériau-rugosité considéré.
Le nombre sans dimension Ig , appelé nombre inertiel global, s'écrit :
r
V (H) ρp
Ig = d . (6.11)
H P (0)

Ig est équivalent au paramètre Fr /(H/d) introduit dans [151] où Fr = vx (H)/ gH est
le nombre de Froude. La question qui se pose est de savoir si une telle loi existe pour
des écoulement bidisperses et si oui, comment elle est inuencée par la composition du
mélange.

6.4.1 Mesures de la loi de frottement


Pour chaque mélange, un écoulement permanent et uniforme est généré à pente
constante. Une fois le régime établi, la pente θ est modiée assez lentement pour que
l'écoulement puisse être considéré comme permanent à chaque pas de temps. Les varia-
tions de la pente θ se font dans une gamme ou l'écoulement est permanant : θstop < θ <
θmax où θstop est la pente en dessous de laquelle l'écoulement s'arrête, et θmax la pente
au-dessus de laquelle l'écoulement est accéléré. La mesure de l'épaisseur H et la vitesse
à la surface vx (H) en fonction de θ ' µ∗ donne accès à la loi de frottement du mélange.
La gure 6.8 trace ces courbes pour diérentes épaisseurs (H/ds ≈ 10, 20, 30) et dié-
rents mélanges. Il apparaît que pour un mélange donné, les courbes se regroupent dès
que l'épaisseur est susamment grande (H/ds ≥ 10). La loi de frottement d'un mélange
bidisperse s'exprime donc d'une façon similaire à celle d'un écoulement monodisperse :

µ∗ (Sr , Dr ) ' tan φ(Sr , Dr ) + BIg , (6.12)


Les mesures eectuées que les paramètres de mélange ne modient pas la pente B ,
mais leur eet sur l'angle d'arrêt φ est bien visible sur la gure 6.9. Pour Dr . 3,
la pente d'arrêt augmente avec la proportion de gros grains Sr . Mais pour (Dr & 3), la
148 Ecoulements bidisperses sur plan incliné

pente d'arrêt commence par augmenter, puis diminue lorsque la proportion de gros grains
augmente. Il apparaît donc deux eets antagonistes liés à la présence des gros grains :
 l'augmentation du frottement lorsque les gros grains n'occupent que la couche su-
périeure de l'écoulement (diminution du taux de cisaillement),
 la diminution du frottement lorsque les gros grains interagissent avec la paroi et
qu'ils sont assez gros pour favoriser le glissement. Dans ce cas, plus les gros grains
sont gros, plus le glissement est favorisé.

D =2 D =4 D =6
r r r

0.5 0.5
0.5
S =1/4

0.4 0.4
0.4

µ*
µ* µ*
0.3 0.3
0.3
r

0.2 0.2
0.2
0.00 0.05 0.10 0.15 0.00 0.05 0.10 0.15
0.00 0.05 0.10 0.15
I I I
g g
g

0.5 0.5
0.5
S =1/2

0.4 0.4
0.4

µ* µ* µ*
0.3 0.3
0.3
r

0.2 0.2
0.2
0.00 0.05 0.10 0.15 0.00 0.05 0.10 0.15 0.00 0.05 0.10 0.15

I I
I g g
g
0.5 0.5
0.5
S =3/4

0.4 0.4
0.4

µ* µ*
µ*
0.3 0.3
r

0.3

0.2 0.2
0.00 0.05 0.10 0.15 0.00 0.05 0.10 0.15 0.2

I I 0.00 0.05 0.10 0.15


g g I
g

Fig. 6.8  Lois de frottement pour diérents mélanges (H/ds = 10 (¤), 20 (4), 30 (◦).

6.5 Conclusion
Les simulations numériques discrètes d'écoulements bidisperses sur plan incliné ru-
gueux ont mis en valeur une phénoménologie assez riche. Comme pour les grains monodis-
perses, il existe un régime d'écoulement stationnaire et uniforme dans une large gamme
d'inclinaison. Dans ce régime, le mélange se ségrége et forme trois couches : une couche de
petits grains en bas, une couche de gros grains en haut et une couche mixte au centre. La
rhéologie locale de grains monodisperses permet de décrire les zones mono-grains, mais ne
6.5 Conclusion 149

15.5

15.0

14.5

14.0

stop
13.5

13.0
0.75
2
3
4

Dr
0.50

Sr
5
6
7
0.25
8

Fig. 6.9  θstop (Dr ; Sr ).

représente pas la rhéologie particulière de la zone mixte. A partir d'écoulements à pente


variable, il apparaît que la loi de comportement d'un mélange bidisperse peut s'exprimer
de la même manière que celle des grains monodisperses, simplement en considérant le
diamètre moyen du mélange plutôt que la taille d'un grain comme échelle de longueur.
Comme pour les grains monodisperses, cette loi de comportement ne sut pas à
décrire l'écoulement dans les couches les plus proches de la paroi rugueuse. Mais en pré-
sence de gros grains, l'eet de la paroi rugueuse peut être encore plus marqué. Lorsqu'ils
sont susamment nombreux, les gros grains occupent toute l'épaisseur de l'écoulement
et interagissent avec la paroi. D'une part, leur piégeage moins ecace donne lieu à une
augmentation du taux de cisaillement dans la couche basale, et d'autre part leur grande
taille favorise la transmission des perturbations de la paroi à l'ensemble de l'épaisseur de
l'écoulement.
150 Ecoulements bidisperses sur plan incliné
Quatrième partie

Synthèse
Chapitre 7

Synthèse

Dans cette thèse, deux approches complémentaires ont été utilisées pour comprendre
le comportement rhéologique de la neige : les écoulements expérimentaux de neige na-
turelle et les simulations numériques discrètes d'écoulements granulaires. Les expéri-
mentations ont permis de mesurer le comportement particulier de la neige, mais posent
diérentes questions quant aux mécanismes qui le gouvernent. Les simulations, quant à
elles, permettent de tester deux origines possibles de ce comportement : la présence d'une
interaction cohésive entre les grains qui peuvent alors se coller et se décoller au cours de
l'écoulement, ou bien la présence d'agrégats qui perdurent tout le long de l'écoulement,
sans se casser ni se reformer. Ce chapitre fait le bilan des comportements rhéologiques
de la neige, des grains cohésifs et des grains polydisperses pour faire apparaître leurs
similitudes et leurs dissemblances, et ainsi donner accès aux mécanismes élémentaires en
jeu dans les écoulements de neige.

7.1 Rhéologie de la neige


Les nombreux écoulements réalisés à pente, débit et type de neige variés, ont révélé
un comportement rhéologique particulier de la neige naturelle. Cette partie rappelle briè-
vement les caractéristiques de ce comportement ainsi que les questions qui en découlent.
Ces résultats sont présentés plus en détail dans le chapitre 4.

7.1.1 Résultats
En premier lieu, un régime d'écoulement permanent et uniforme apparaît dans une
large gamme d'inclinaison (33◦ . θ . 42◦ ) dans lequel les grandeurs telles que la vitesse,
l'épaisseur et les contraintes sont constantes dans le temps et dans la direction de l'écou-
lement. Les écoulements sont alors caractérisés par un prol de vitesse fortement cisaillé
dans la couche basale et beaucoup moins cisaillé dans la couche supérieure. Dans une
première approximation, ces prols de vitesse peuvent être décrits comme linéaires dans
chacune des couches (Figure 7.1) :
154 Synthèse

½
γ̇p y, pour 0 < y < yp ;
v(y) = (7.1)
γ̇n y + (γ̇p − γ̇n )yp , pour yp < y < H .

10
H

6
y (cm)

2 y
p

V
0
p

0 1 2 3 4 5 6
V (m/s)
x

Fig. 7.1  Ajustement bi-linéaire d'un prol de vitesse mesuré sur la neige naturelle :
mesures (•) et meilleur ajustement () donné par γ̇n = 16s−1 , γ̇p = 320s−1 et yp =
11mm.

Cette formulation introduit trois paramètres : le taux de cisaillement de la couche supé-


rieure γ̇n , le taux de cisaillement de la couche inférieure γ̇p et son épaisseur yp . La mesure
de ces paramètres pour des écoulements permanents et uniformes à pente, épaisseur et
type de neige variés donne accès au comportement rhéologique de la neige. Les tendances
générales sont résumées dans le tableau 7.1.

Vers une rhéologie frictionnelle bicouche


La diérence d'ordre de grandeur du taux de cisaillement entre les deux couches
conduit à distinguer leur comportement. Le fait que les taux de cisaillement soient
constants dans chacune des couches permet d'écrire leur comportement sous forme fric-
tionnelle, c'est à dire en reliant le taux de cisaillement au coecient de frottement eectif
µ∗ puisque, dans le régime permanent et uniforme, µ∗ est constant dans l'épaisseur de
l'écoulement et directement relié à la pente : µ∗ (y) = tan θ.
7.1 Rhéologie de la neige 155

Couche inférieure
A épaisseur constante, le taux de cisaillement de la couche inférieure γ̇p augmente
lorsque l'inclinaison augmente (Figure 7.2 (a)) :

µ∗ = tan θstop + α3 (γ̇p − γ̇pc ) (7.2)

La dépendance linéaire est une approximation assez forte des données bruitées et est
donnée ici avant tout pour mettre en valeur une pente d'arrêt θstop en dessous de la-
quelle l'écoulement s'arrête ainsi qu'un taux de cisaillement critique γ̇pc en dessous duquel
l'écoulement s'arrête. A pente constante, le taux de cisaillement de la couche inférieure
augmente lorsque l'épaisseur de l'écoulement augmente (Figure 7.2 (b)). Dans le même
temps l'épaisseur de la couche inférieure yp tend à diminuer lorsque la pente augmente
ou que l'épaisseur de l'écoulement augmente (Figure 7.2 (c) et (d)). Mais l'estimation
peu précise des deux grandeurs γ̇p et yp ne permet pas de distinguer des tendances plus
nes. Par contre, la vitesse interfaciale Vp = γ̇p yp est déterminée avec plus de précision,
et il apparaît très clairement une dépendance linéaire avec la pente (Figure 7.2 (e)) :

µ∗ = tan θstop + α1 (Vp − Vpc ) (7.3)

faisant apparaître une pente critique θstop et une vitesse interfaciale critique Vpc en
dessous desquelles l'écoulement s'arrête. A pente constante, la vitesse interfaciale aug-
mente lorsque l'épaisseur de l'écoulement augmente (Figure 7.2 (f)). A pente et épaisseur
constante, les grandeurs caractéristiques de la couche basale (Vp , γ̇p , yp ) ne varie pas si-
gnicativement entre les diérents types de neige. La comparaison est possible entre les
campagnes (7-10), (5-13), (9-13a) et (6-13b).

Couche supérieure
A épaisseur et type de neige constant, le taux de cisaillement de la couche supérieure
augmente lorsque l'inclinaison augmente (Figure 7.2 (g)) :

µ∗ = tan θstop + α2 (γ̇n − γ̇nc ) (7.4)

La dépendance linéaire est ici encore une approximation assez forte des mesures bruitées,
et est donnée pour mettre en valeur une pente critique et un taux de cisaillement critique
en dessous desquels l'écoulement s'arrête. A pente et type de neige constants, le taux de
cisaillement de la couche supérieure diminue lorsque l'épaisseur de l'écoulement augmente
(Figure 7.2 (h)). Enn, à pente et épaisseur constante, le taux de cisaillement de la couche
supérieure évolue signicativement en fonction du type de neige.

7.1.2 Questions
Si les expériences menées permettent de mesurer le comportement rhéologique parti-
culier de la neige, elles laissent plusieurs questions sans réponse.
156 Synthèse

θ% H % Dépend du type de neige


γ̇n % & Oui
γ̇p % % Non
yp & & Non
Vp % % Non

Tab. 7.1  Dépendance des paramètres décrivant les prols de vitesse mesurés sur la
neige.

Comportement
A la vue de ces résultats, la première question qui se pose concerne l'origine de la
diérence de comportement entre les deux couches : pourquoi la couche basale est-elle
beaucoup plus cisaillée que la couche supérieure (deux ordres de grandeurs) ? Pourquoi
les grandeurs mesurées dans la couche basale sont elles indépendantes du type de neige
alors que le taux de cisaillement de la couche supérieure y est sensible ?
La seconde question concerne le paradoxe suivant : le taux de cisaillement est constant
dans la couche supérieure de l'écoulement, ce qui signie qu'il n'est pas directement
dépendant de la pression ni de la contrainte de cisaillement qui, elles, varient. Puisqu'il
ne s'agit pas d'un eet de la variation des contraintes, comment se fait-il que γ̇n diminue
lorsque l'épaisseur H des écoulements augmente ?

Présence d'agrégats
Les écoulements de neige sont composés d'un mélange de grains isolés et d'agré-
gats dont la taille peut atteindre plusieurs centimètres. Les mesures d'A. Bouchet [16]
montrent que ces agrégats sont présents dans toute la couche supérieure des écoulements,
mais la procédure ne permet pas de statuer sur leur présence dans la zone basale. Les
vidéos de la surface libre montrent, elles, que ces agrégats persistent tout le long du ca-
nal. Les simulations numériques de grains cohésifs ou bidisperses précisent le rôle de ces
agrégats sur le comportement rhéologique d'une assemblée de grains.

7.2 Rôle des agrégats dans les écoulements granulaires


Le comportement rhéologique d'une assemblée de grains monodisperses et sans co-
hésion est assez bien connu [43, 44, 71]. L'état de cisaillement de grains de masse m
soumis à une pression P et un taux de cisaillement γ̇ est contrôlé par un seul nombre
sans dimension, le nombre inertiel I :
r
m
I = γ̇ (7.5)
P
Le comportement rhéologique de tels grains peut alors s'exprimer sous une forme
frictionnelle par une relation linéaire entre le coecient de frottement eectif et le nombre
inertiel :
7.2 Rôle des agrégats dans les écoulements granulaires 157

800
(a) (b)
(s )
-1

600

.
p

400

200

2.0
(c) (d)
y (cm)

1.5
p

1.0

0.5

(e) (f)
4.5
(ms )
-1

4.0
p
V

3.5

3.0

(g) (h)
20
(s )
-1

15
n

. 10

0
34 36 38 40 4 6 8 10 12

(°) H (cm)

Fig. 7.2  Eet de la pente et de l'épaisseur sur les paramètres des prols de vitesse : (a)
et (b) taux de cisaillement γ̇p , (c) et (d) épaisseur yp , (e) et (f ) vitesse à l'interface Vp ,
(g) et (h) taux de cisaillement γ̇n ; Epaisseur H ≈ 8.5cm : campagne 8 (N), H ≈ 10cm :
campagnes 7 (•) et 10 (H), H ≈ 11.5cm : campagnes 5 (¥) et 13 (¨) ; Pente θ = 37◦ :
campagne 9 (◦) et 13a (M), θ = 35.5◦ : campagnes 6 (¤) et 13b (O), θ = 38◦ : campagne
14 (♦). Les barres d'erreur sont liées à l'incertitude des mesures de vitesse.
158 Synthèse

µ∗ (I) ' µ∗min + bI (7.6)

Comme la neige est un matériau granulaire dont les contacts cohésifs conduisent
à la présence d'agrégats dans les écoulements, il s'agit maintenant de comprendre en
quoi ces agrégats peuvent modier le comportement rhéologique d'une assemblée de
grains. Cette partie résume le comportement rhéologique de deux types de matériaux
granulaires : d'une part une assemblée de grains cohésifs de même taille et d'autre part
un mélange bidisperse de grains non cohésifs. Ces comportements ont été déterminés par
les simulations numériques discrètes d'écoulements dans deux géométries : le cisaillement
plan et le plan incliné.

7.2.1 Grains cohésifs et monodisperses


Le premier système étudié est une assemblée de grains cohésifs de même taille. Il ap-
paraît que la force de cohésion modie signicativement le comportement rhéologique de
l'assemblée et conduit à une agrégation des grains en écoulement. Cette section rappelle
l'eet de la cohésion sur la loi de comportement des grains en précisant le rôle joué par
les agrégats. Ces résultats sont présentés plus en détail dans le chapitre 5.

Modèle de cohésion
Diérents modèles, détaillés dans le chapitre 2, représentent les multiples origines
physiques des forces cohésives entre grains. L'approche adoptée consiste à considérer un
modèle de cohésion aussi simple que possible qui représente la caractéristique la plus
importante des forces cohésives : la résistance d'un contact à la traction. Les grains
considérés interagissent par contacts directs. Sans cohésion, la force normale au contact
est reliée à l'interpénétration h par une répulsion viscoélastique. Le modèle de cohésion
consiste à opposer à cette répulsion une force qui tend à rapprocher
√ les grains. La forme
a
retenue de cette force adhésive est la suivante : N (h) = 4kn N h de sorte que la force
c

normale totale s'écrit :


p
N (h) = kn h + ζ ḣ − 4kn N c h. (7.7)

Ce modèle de cohésion conduit à une résistance des contacts à la traction Nc et les grains
peuvent se coller et se décoller pendant l'écoulement. Il semble que la forme précise de
N a (h) n'inue pas les comportements mesurés.

Comportement rhéologique
L'intensité de la cohésion des grains cohésifs soumis à une pression P est contrôlée
par un nombre sans dimension :

Nc
η= (7.8)
Pd
7.2 Rôle des agrégats dans les écoulements granulaires 159

qui compare la résistance maximale à la traction d'un contact avec la force caractéristique
liée à la pression. Cette analyse dimensionnelle permet d'exprimer simplement l'eet
de la cohésion sur le comportement rhéologique d'une assemblée de grains. La loi de
comportement peut alors s'écrire sous une forme similaire à celle des grains sans cohésion
(Figure 7.3 (a,b)) :

µ∗ (I, η) ' µ∗min (η) + b(η)I. (7.9)


L'eet de la cohésion est alors représenté par les deux fonctions µ∗min (η) et b(η) qui
ont une forme similaire : elles restent constantes tant que la cohésion est inférieure à un
seuil (η . 10) puis augmentent fortement (Figure 7.3 (c)).
Pour cisailler des grains non cohésifs en écoulement dense, il faut les faire passer
les uns par dessus les autres et les forces normales répulsives s'y opposent tant que le
contact est dans la direction π < θ < π/2. En présence de cohésion, cette résistance au
cisaillement due aux forces répulsives existe toujours dans la zone π < θ < π/2 mais
il s'y ajoute l'eet des forces attractives dans la zone π/2 < θ < 0 (Figure 7.4 (a)) :
une fois le grain escaladé, il faut encore briser le contact. Le mécanisme élémentaire
d'augmentation du frottement du à la cohésion est que, pour cisailler les grains, il faut
rompre des contacts d'autant plus résistants que la cohésion est forte.

Echec d'une vision de type Rumpf-Coulomb


Pour décrire l'inuence d'une force de cohésion sur la résistance à la rupture d'une
assemblée de grains, H. Rumpf a proposé le raisonnement suivant [172, 167] : pour briser
le matériau, il faut ajouter à la composante coulombienne la résistance à la traction de
tous les contacts (voir Chapitre 2). Ainsi, le coecient de frottement µ∗c , rapport de la
contrainte maximale supportée par l'assemblée de grains et la pression imposée, s'écrit
(en deux dimension) :
ZνN c
µ∗C (N c ) = µ∗C (N c = 0) + (7.10)
πP d
où νZ , produit de la compacité et du nombre de coordination, représente la densité de
contact de l'assemblée. Ce raisonnement a été testé en quasi-statique dans [193, 1]. En
tenant un raisonnement analogue dans le cas où le matériau s'écoule et en considérant
une compacité typique de l'ordre de 0.7 et un nombre de coordination typique de l'ordre
de 2, le coecient de frottement eectif devrait vérier :

µ∗ (η) ≈ µ∗ (η = 0) + 0.5η. (7.11)


Or, si µ∗ augmente bien avec la cohésion, les plus grandes valeurs mesurées, atteintes
pour η = 85, sont de quelques unités alors que le raisonnement de Rumpf prédit des
valeurs supérieures d'un ordre de grandeur.

Existence et rôle des agrégats


En parallèle à l'augmentation du coecient de frottement eectif, la cohésion pro-
voque une agglomération des grains qui conduit à une augmentation des hétérogénéités
160 Synthèse

2.0 2.0
(a) (b)
1.5
1.5

* 1.0 * 1.0

0.5
0.5

0.0
0.0 0.1 0.2 0.3 0.1 1 10 100

I
2.0 5 6

(c) (d)
4
1.5

0
4
3

b
1.0
min 2

2
0.5
1

0.0 0
0
0.1 1 10 100
0.1 1 10 100

Fig. 7.3  Rhéologie des grains cohésifs : (a) µ∗ (I) pour η = 0 (¤), 10 (◦), 30 (M), 50
(O), 70 (¦) ; (b) µ∗ (η) pour I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1 (O), 0.2 (¦), 0.3 (/) ;
(c) paramètres de l'ajustement linéaire de µ∗ (I) en fonction de l'intensité de la cohésion :
µ∗min (η) (¤) et b(η) (◦) ; (d) taille caractéristique `ν (η) des agrégats (corrélation du champ
de compacité locale) pour I = 0.01 (¤), 0.025 (◦), 0.05 (M), 0.1 (O), 0.2 (¦), 0.3 (/).

de la microstructure : les grains s'organisent en une assemblée d'agrégats connexes qui


se forment, se déforment et se brisent au cours de l'écoulement. Une double échelle de
granularité apparaît alors : celle liée aux grains et celle liée aux agrégats. Une façon de
quantier la taille de ces agrégats est de mesurer la longueur typique `ν des corrélations
du champ de compacité locale. D'autres indicateurs existent et donnent qualitativement
les mêmes résultats : la taille typique des agrégats `ν reste inchangée pour (η . 10) puis
augmente fortement (Figure 7.3 (d)).
L'existence de ces agrégats joue un rôle crucial dans le comportement rhéologique
des grains cohésifs. En eet, pour cisailler l'assemblée de grains, il n'est plus nécessaire
de briser en même temps toutes les liaisons cohésives, ce qui est supposé dans la vision
Rumpf-Coulomb, mais simplement celles qui relient les agrégats entre eux (Figure 7.4
(b)). Par conséquent, seules les liaisons à l'interface entre deux agrégats résistent au
cisaillement pendant que les liaisons entre grains internes ne sont pas sollicités. Cette
vision est très simplicatrice puisqu'elle ne prend pas en compte la déformation des agré-
7.3 Ecoulements sur plan incliné : comparaison entre la neige et les
granulaires 161

gats pendant l'écoulement, c'est à dire la sollicitation des contacts internes. Cependant,
elle fournit une explication à la diérence d'ordre de grandeur entre une vision de type
"Rumpf" et les mesures réalisées.

(a)
P V (b)
P V

Répulsion

Attraction

Fig. 7.4  Schémas de principe de l'origine du frottement en présence de cohésion : (a)


sans agrégats et (b) avec agrégats (les grains noirs sont ceux qui relient les deux agrégats).

7.2.2 Grains bidisperses non cohésifs


Le second système étudié est un mélange bidisperse de grains sans cohésion. Les
grains sont des disques viscoélastiques frottants de deux tailles : petits ou gros. Les
gros grains jouent le rôle d'agrégats indéformables et incassables. Le mélange est alors
caractérisé par deux nombres sans dimension : le rapport de taille entre gros et petits
grains (Dr ), et la proportion surfacique de gros grains (Sr ). Mais il apparaît que le
comportement de ce type de matériaux ne dépend que d'un paramètre : le diamètre
moyen D du mélange. Le comportement peut alors s'écrire de la même manière que celui
des grains monodisperses, mais en considérant un nombre inertiel exprimé en fonction
du diamètre moyen du mélange :

(
µ∗ (I, η) ' µ∗min q
+ bID ,
ρp (7.12)
Avec ID = γ̇D P .

7.3 Ecoulements sur plan incliné : comparaison entre la


neige et les granulaires
Le comportement rhéologique de grains sans cohésion et monodisperses représente
deux caractéristiques des écoulements de neige : un arrêt du matériau à pente non nulle
162 Synthèse

neige Grains sans co- Grains cohésifs grains bidis-


hésion perses
prol de vitesse Bicisaillé Bagnold Bouchon Bicisaillé ( 1)
pente d'arrêt ∼ 33◦ ∼ 15 − 20◦ → 90◦ ∼ 15 − 20◦
taux de cisaille- oui non non non
ment d'arrêt
épaisseur d'arrêt faible oui oui faible

Tab. 7.2  Comparaison des principales caractéristiques d'écoulement sur plan incliné de
neige et de grains.

et un prol de vitesse cisaillé sur toute son épaisseur. Néanmoins, il ne représente pas la
diérence de taux de cisaillement entre les deux couches. Il s'agit maintenant de tester
si l'introduction d'une force de cohésion ou bien d'agrégats rigides rapproche ce compor-
tement de celui de la neige.

7.3.1 Prol de vitesse


Le prol de vitesse de type Baglnold obtenu avec des grains sans cohésion et mo-
nodisperses ne représente pas la diérence de cisaillement entre les couches basale et
supérieure mesurée sur les écoulements de neige (Figure 7.5 (a)).

Grains cohésifs
Lors d'un écoulement de grains cohésifs sur plan incliné, l'intensité de la cohésion,
rapport entre la résistance d'un contact à la traction N c et la force liée à la pression,
diminue avec la profondeur y :

Bog
η(y) ∝ (7.13)
(H − y)
où Bog est le nombre de Bond granulaire qui compare N c au poids d'un grain. Par consé-
quent, l'eet de la force d'adhésion est plus important près de la surface libre que dans
le fond de l'écoulement. Les gures 7.5 (b,c,d) comparent le prol de vitesse d'écoule-
ment de grains cohésifs (Bog = 60, 100, 200) avec celui d'un écoulement de neige. Pour
Bog = 60, le taux de cisaillement diminue dans la couche supérieure, où le prol mesuré
sur la neige est bien représenté. Si la cohésion augmente (Bog = 100) l'épaisseur de cette
couche augmente. Mais lorsque la cohésion augmente encore, le prol de vitesse devient
de type bouchon : le taux de cisaillement augmente dans la couche basale, mais s'annule
dans la couche supérieure.

Mélanges bidisperses
Les écoulements bidisperses sur plan incliné se structurent en trois couches par ségré-
gation des gros grains vers le haut : la couche basale est constituée de petits grains,
7.3 Ecoulements sur plan incliné : comparaison entre la neige et les
granulaires 163

1.0 (a)

0.8

0.6

0.4

0.2

0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

1.0 (b) 1.0 (e)

0.8 0.8

0.6 0.6

0.4 0.4

0.2 0.2

0.0 0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

1.0 (c) 1.0 (f)

0.8 0.8

0.6 0.6

0.4 0.4

0.2 0.2

0.0 0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

1.0 (d) 1.0 (g)

0.8 0.8

0.6 0.6

0.4 0.4

0.2 0.2

0.0 0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0 0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

V/V V/V
H H
Bo S
g r

Fig. 7.5  Comparaison de la forme d'un prol de vitesse mesuré sur la neige (◦) avec
ceux issus des simulations de grains : (a) non cohésifs et monodisperses ; cohésifs et
monodisperses : (b) Bog = 60, (c) Bog = 100, (d) Bog = 200 ; non cohésifs et bi-disperses
(Dr = 4) : (e) Sr =1/4, (f ) Sr =1/2, (g) Sr =3/4.

la couche supérieure de gros grains, et la couche centrale est mixte. Les gures 7.5
(e,f,g) comparent le prol de vitesse d'écoulements de mélanges bidisperses (Dr = 4,
Sr = 1/4, 1/2, 3/4) avec celui d'un écoulement de neige. L'eet de la présence des gros
grains est double : ils diminuent le taux de cisaillement dans la couche supérieure (sans
l'annuler) et, s'ils sont susamment nombreux pour être présents près de la paroi ru-
gueuse, ils favorisent le glissement entre l'écoulement et cette paroi conduisant ainsi à
une augmentation du taux de cisaillement dans la couche inférieure. Le prol de vitesse
ainsi obtenu est comparable à celui de la neige.
164 Synthèse

7.3.2 Arrêt des écoulements


Pente d'arrêt
Une caractéristique majeure des écoulements de neige est leur arrêt en dessous d'une
pente non nulle : θstop ≈ 33◦ . Cette caractéristique se retrouve pour des grains sans
cohésion et monodisperses, où la pente d'arrêt dépend de l'épaisseur de l'écoulement
[151, 153, 155, 71] et du couple matériaux rugosité considéré [169, 76] : pour des grains
sphériques, comme des billes de verre, la pente d'arrêt est typiquement de 20◦ . Les
simulations numériques bidimensionnelles conduisent à des pente d'arrêts légèrement
plus faibles (environ 15◦ ). Par contre, pour des grains anguleux comme le sable, la pente
d'arrêt peut augmenter jusqu'à 40◦ .
L'ajout d'une force de cohésion entre les grains augmente cette pente d'arrêt. Les
simulations montrent qu'elle passe d'environ 15◦ sans cohésion à 30◦ pour Bog = 200.
Une force de cohésion assez grande devrait être en mesure d'empêcher l'écoulement quelle
que soit la pente.
Pour les mélanges bidisperses sans cohésion, l'eet de la présence des gros grains est
double. S'ils sont susamment peu nombreux pour ne pas interagir avec la rugosité ils
tendent à ralentir l'écoulement dans la couche supérieure, et donc à augmenter la pente
d'arrêt. Mais s'ils sont assez nombreux pour interagir avec la rugosité, leur piégeage plus
dicile favorise le glissement, ce qui diminue la pente d'arrêt.

Taux de cisaillement critique


Une autre caractéristique importante des écoulements de neige est l'existence d'un
taux de cisaillement critique en dessous duquel l'écoulent se bloque. La valeur de ce taux
de cisaillement est d'environ 5s−1 dans la couche supérieure et d'environ 150s−1 dans la
couche inférieure. Cette caractéristique ne se retrouve pas dans les matériaux granulaires
étudiés ici, qu'ils soient cohésifs ou bidisperses.

7.3.3 Eet des parois


Les écoulements sur plan incliné sont contrôlés d'une part par la rhéologie du matériau
qui s'écoule, mais aussi par son interaction avec les parois, basale ou latérales.

Fond rugueux
Dans les simulations numériques, la rugosité est composée de grains dont les propriétés
mécaniques sont celles des grains en écoulement. Néanmoins, le fait que ces grains soient
ordonnés (alignés et jointifs) et xes conduit à une structuration des grains en écoulement
sur une épaisseur d'environ cinq couches. Dans cette zone, la loi de comportement du
matériau ne sut plus à décrire l'écoulement : la rugosité conduit à une structuration des
grains qui favorise le glissement entre les couches. Il faut remarquer que, dans le cas des
mélanges bidisperses, la perturbation due à la rugosité (faite de petits grains) concerne
une couche de quelques gros grains, qui peut correspondre à la totalité de l'épaisseur de
7.4 Ecoulements de neige, vision bicouche 165

l'écoulement. Dans la couche aectée par la rugosité, le taux de cisaillement augmente


par rapport à la prédiction de la loi de comportement. Naturellement, sans rugosité ou
avec une rugosité plus ne, ce taux de cisaillement devrait encore augmenter.
Pour les écoulements de neige, la rugosité est du papier de verre dont la taille des
aspérités est environ celles des grains de neige (∼ 0.5mm). Le rôle précis de cette rugosité
n'est pas accessible par nos mesures, mais il semble raisonnable de penser que, si elle
inuence très certainement la couche basale de l'écoulement, elle ne devrait pas aecter
la couche supérieure.

Parois latérales
L'inuence des parois latérales est un thème récemment abordé dans le cas d'écou-
lement de grains sans cohésion [192, 191, 97, 98]. Il apparaît qu'elles peuvent inuen-
cer considérablement l'écoulement, notamment la forme de son prol de vitesse lorsque
qu'elles sont trop proches ou trop frottantes. Un nombre sans dimension, noté ξp , a été
proposé pour distinguer diérents régimes d'inuence de ces parois [191] (ce point est
détaillé dans le chapitre 2) :

µp H
ξp = (7.14)
µl
ξp compare le coecient de frottement µp exercé par les parois latérales sur l'écoulement
au coecient de frottement µ entre les grains, ainsi que l'épaisseur H de l'écoulement à
sa largueur l. Pour ξp proche de 0, les parois latérales n'aectent pas l'écoulement. Pour
ξp de l'ordre de 1, le cisaillement diminue dans la couche inférieure de l'écoulement et
pour ξp assez grand, l'écoulement devient surfacique : les grains du fond se bloquent et
seul ceux proches de la surface s'écoulent.
Pour les simulations numériques bidimensionnelles, le problème des parois latérales
ne se pose pas. En revanche, il intervient dans les écoulements de neige en canal. Le
rapport H/l est typiquement de 10cm/20cm = 0.5. Le coecient de frottement entre
la neige et le PVC (matériau constituant les parois latérales) est de l'ordre de 0.05 [56]
alors que celui de entre la neige et le socle rugueux est de l'ordre de 0.5 [27]. Pour les
écoulements de neige en canal il apparaît donc que ξp < 1, ce qui correspond à un faible
eet des parois latérales. Cependant, la présence d'agrégats de grande taille (quelques
centimètres) comparée à la taille du canal (20 cm) pourrait conduire à des eets de voûte
tendant à freiner l'écoulement.

7.4 Ecoulements de neige, vision bicouche


La présence d'agrégats de grande taille apparaît donc comme une origine possible du
prol de vitesse bicisaillé mesuré pour les écoulements de neige qui seraient alors composés
de grains isolés dans la couche basale et d'un mélange de grains isolés et d'agrégats dans
la couche supérieure. Cette vision bicouche de l'écoulement est confortée d'une part par
l'observation d'agrégats dans la couche supérieure qui persistent tout le long du canal,
166 Synthèse

et d'autre part par l'observation d'une ne couche de grains isolés qui restent piégés par
la rugosité à la n de l'écoulement.

7.4.1 Pourquoi une vision bicouche


Origine des agrégats
Le manteau neigeux se présente initialement sous la forme d'une assemblée de pe-
tits grains de glace (diamètre d'environ 0.2mm) collés entre eux par des ponts de glace
plus ou moins résistants et nombreux selon l'état de transformation de la neige. Lors des
diérentes étapes de préparation, de nombreux ponts de glace sont brisés, mais certains
existent encore au début de l'écoulement. Comme la croissance de ces ponts est un pro-
cessus lent (quelques heures [106, 35]), il n'ont vraisemblablement pas le temps d'évoluer
pendant l'écoulement, mais ils peuvent se briser.
Après l'arrêt d'un écoulement dans le canal, la neige forme rapidement (en moins
d'une seconde) un bloc solide. Il apparaît donc un mode de cohésion susamment rapide
pour former des agrégats pendant l'écoulement. Une origine possible de cette cohésion
est la présence à la surface des grains d'une ne couche d'eau liquide (quelques diamètres
moléculaires), même à des températures négatives, qui se solidie lors d'un contact entre
deux grains et forme ainsi un pont solide [212].

Origine de l'organisation en deux couches


Quelle que soit leur origine, les agrégats sont bien présents dans les écoulements, tout
comme dans les avalanches réelles. Mais pourquoi se trouveraient-ils préférentiellement
dans la couche supérieure ?
Le premier mécanisme possible est la ségrégation des agrégats vers le haut. Mais
compte tenu du faible taux de cisaillement, donc de la faible agitation dans la couche
supérieure, cette ségrégation n'a sans doute pas le temps d'opérer dans les quelques se-
condes que met l'écoulement à parcourir le canal. Par ailleurs, aucun mouvement convectif
n'a été observé à la surface : les agrégats visibles à la surface le restent tout le long de
l'écoulement.
Le second mécanisme possible est que la composition de l'écoulement est initialement
homogène : les agrégats occupent toute l'épaisseur de l'écoulement, mais ceux qui entrent
en contact avec la rugosité s'érodent et forment ainsi la couche basale de grain isolé. Ce
mécanisme, plus que la ségrégation, semble pouvoir expliquer la présence préférentielle
des agrégats dans la couche supérieure.

7.4.2 Réponses apportées par la vision bicouche


La vision bicouche de l'écoulement peut expliquer la diérence de comportement
mesurée entre les couches basales et supérieures : les couches se comportent diéremment
puisque le matériau qui les constitue est diérent.
7.4 Ecoulements de neige, vision bicouche 167

Ordre de grandeur des taux de cisaillement


Le taux de cisaillement de la couche basale γ̇p est largement supérieur à celui de la
couche supérieure γ̇n . Dans une couche basale
p constituée de grains isolés, l'échelle de taux
de cisaillement liée à la gravité est γ̇p = g/d où d est la taille des grains isolés. Pour une
taille de grains isolé d = 0.1mm, l'ordre de grandeur du taux de cisaillement lié à la gravité
γ̇p = 300s−1 correspond aux mesures. Dans la couche supérieure constituée p d'agrégats
de taille D, l'échelle de taux de cisaillement liée à la gravité s'écrit : γ̇n = g/D. Pour
une taille d'agrégats de quelques centimètres (D = 5cm), l'ordre de grandeur du taux de
cisaillement lié à la gravité γ̇n ∼ 15s−1 correspond aux mesures.

Couche supérieure
Les mesures montrent que le taux de cisaillement γ̇n , constant dans la couche supé-
rieure, augmente avec la pente θ, diminue lorsque l'épaisseur H augmente et dépend du
type de neige.
La taille des agrégats est limitée par l'épaisseur H de l'écoulement. Plus les écou-
lements sont épais, plus il est probable qu'ils contiennent de gros agrégats, donc plus
le taux de cisaillement lié à la gravité diminue. En estimant la taillepdes agrégats par
l'épaisseur de l'écoulement, le taux de cisaillement lié à la gravité γ̇g = g/H prédit bien
une décroissance du taux de cisaillement avec H , tout en permettant γ̇n (y) constant dans
la couche supérieure. Selon le type de neige considéré, les liaisons solides entre les grains
sont plus ou moins résistantes et nombreuses. Par conséquent, la distribution des tailles
d'agrégats varie d'un type de neige à un autre, ce qui explique le fait que γ̇n dépende du
type de neige.

Couche basale
Les mesures montrent que le taux de cisaillement moyen de la couche basale γ̇p
augmente avec la pente θ ainsi qu'avec l'épaisseur H et ne dépend pas du type de neige.
La couche basale est composée de grains de glace isolés. Si la nature des liaisons varie
entre les diérents types de neige, les grains, eux, ne changent pas signicativement.
Les propriétés de la couche basale ne dépendent donc pas du type de neige considéré.
Comme la couche basale est ne, les variations de pression y sont négligeable comparée
à la pression moyenne qui y règne P ≈ ρgHcosθ. L'état de cisaillement est donc quasi
homogène, µ∗ = tan θ et P étant imposés. L'hypothèse que cette zone de l'écoulement
se comporte comme des grains monodisperses et sans cohésion donne lieu à la prédiction
suivante pour le taux de cisaillement :

r
∗ m
µ = µ∗s + bγ̇p
P
tan θ − µ∗s p
⇒ γ̇p = ρgHcosθ (7.15)
b
168 Synthèse

qui est en accord qualitatif avec les tendances mesurées : γ̇p augmente avec l'épaisseur
H de l'écoulement ainsi qu'avec la pente.

7.5 Perspectives
Les thèmes abordés dans cette thèse, aussi bien les écoulements de neige dense que les
écoulements granulaires cohésifs ou polydisperses, sont des terrains relativement vierges.
Ce travail a apporté un certain nombre d'éléments de compréhension qui ouvrent dié-
rentes pistes et laissent bien évidemment de nombreuses questions ouvertes.

7.5.1 Ecoulements de neige


Les expériences réalisées au col du Lac Blanc ont révélé un comportement rhéologique
atypique de la neige, lié à la présence d'agrégats dans les écoulements. Si de nombreuses
tendances qualitatives ont été mises en évidence, plusieurs pistes peuvent être approfon-
dies.

Caractérisation du matériau
L'une des dicultés de cette thèse est d'étudier le comportement rhéologique de la
neige sans pouvoir caractériser quantitativement les propriétés des grains qui, ce qui ne
simplie pas le problème, évoluent dans le temps.
L'une des conclusions de l'étude est que le taux de cisaillement de la couche supérieure
"dépend de l'état de frittage des grains". Pour dépasser ce stade qualitatif, il est nécessaire
de caractériser les grains de neige en mesurant leur taille, leur forme et leurs propriétés
mécaniques, et tout particulièrement leur mode d'adhésion. Cette tâche est rendue dicile
par la petite taille des grains (de l'ordre de 0.2mm), leur fragilité et par la distribution
sans doute large des grandeurs au sein du manteau neigeux, qui imposera une étude
statistique, donc la multiplication des mesures. Malgré ces dicultés, la caractérisation
des liaisons entre grains de neige apparaît comme une étape incontournable puisqu'elles
contrôlent le comportement rhéologique de la neige en permettant l'existence d'agrégats
dans les écoulements. De plus, cette caractérisation est un préalable indispensable à
la compréhension des phénomènes d'entraînement, d'érosion et de dépôt (c'est à dire
comment la neige en écoulement mobilise le manteau neigeux, ou comment elle s'y arrête)
qui jouent un rôle crucial dans la propagation ou l'arrêt d'une avalanche.

Mesures des agrégats


Il apparaît que les agrégats jouent un rôle crucial dans le comportement rhéologique
de la neige. Il serait donc utile de caractériser la taille, la forme et la quantité des agrégats
présents dans les écoulements. Ces mesures doivent être réalisées lors des écoulements,
car une fois arrêtée la neige forme très rapidement (en moins d'une seconde) un seul et
même agrégat. Une méthode de mesure possible consiste à étaler et lmer les écoulements
sur une large surface inclinée à la sortie du canal.
7.5 Perspectives 169

Eet des parois


La rugosité basale inue certainement le taux de cisaillement et l'épaisseur de la
couche basale, qui est responsable de l'essentiel de la vitesse de l'écoulement. Une rugosité
trop ne pourrait défavoriser l'abrasion des agrégats et conduirait donc à des couches
basales plus nes. Au delà d'une certaine taille, les aspérités pourraient piéger des grains
de neige qui formeraient alors une nouvelle couche basale. Un moyen de tester cette
inuence consiste à modier la granularité du papier de verre utilisé.
Les parois latérales modient considérablement les écoulements de grains monodis-
perses et sans cohésion, mais leur eet en présence de cohésion ou de gros grains demeure
inconnue. En présence de cohésion, il est probable qu'une éventuelle adhésion entre les
grains et ces parois ainsi que le développement de mouvements corrélés sur de grandes
distances accroissent l'eet des parois latérales. La présence de gros grains, en diminuant
le nombre de grains dans la largeur, devrait elle aussi favoriser la propagation des per-
turbations des parois latérales. Un moyen de quantier ces eets dans le cas de la neige
consisterait à réaliser des écoulements pour diérentes largeurs.

Neige humide
Cette thèse s'est concentré sur le cas de la neige de type grains ns, c'est à dire
en l'absence d'eau liquide. Mais l'eau liquide est souvent présente, notamment dans les
avalanches de printemps. Elle conduit très certainement à un comportement rhéologique
particulier. L'étude du comportement rhéologique de la neige en fonction de sa teneur en
eau liquide constitue un thème de recherche à part entière.

Application aux avalanches réelles


Les expériences menées au col du Lac Blanc ont permis la mesure d'une loi de frot-
tement ne dépendant que peu de l'état de frittage des grains. Cette loi dière de celles
utilisées jusqu'à présent par l'introduction d'un nombre de Froude critique en dessous
duquel les écoulements s'arrêtent. L'étape suivante est d'implémenter cette loi de frot-
tement dans un code de simulation de type Saint-Venant pour comparer ses prédictions
(vitesse, étalement, distance d'arrêt) aux mesures faites sur des avalanches réelles dans
une topographie donnée (ce point est détaillé dans le chapitre 1).

7.5.2 Simulations numériques


Les simulations numériques discrètes ont permis de comprendre l'eet d'une force de
cohésion ou l'eet de la polydispersité sur la rhéologie d'une assemblée de grain. Sur ces
thèmes aussi, plusieurs pistes peuvent être approfondies.

Taille des systèmes


Les simulations numériques discrètes ne permettent pas de simuler des écoulements
de la taille des avalanches, ni même de la taille du canal. Les systèmes simulés dans
170 Synthèse

cette thèse sont particulièrement petits pour permettre un grand nombre de simulations.
Le recours aux conditions aux limites périodiques permet de simuler des écoulements
inniment grands dans certaines directions, mais plusieurs types d'études nécessiteraient
un plus grand nombre de grains : le passage des simulations en trois dimensions, l'étude
de plus grands rapports de taille pour les mélanges bidisperses, l'étude de niveaux de
cohésion plus fort qui donneraient lieu à des mouvements corrélés sur de plus grandes
distances. Ces études nécessiteront probablement une parallélisation des codes de calcul,
en cours au LMSGC.

Rhéologie des grains cohésifs


Les écoulements de grains cohésifs ont révélé une phénoménologie assez riche. La
prochaine étape consiste à tester diérents modèles de cohésion plus réalistes, comme
par exemple des ponts liquides ou solides, la prise en compte de déformations plastiques,
d'une résistance au roulement, ou encore une force de cohésion qui évolue au cours du
temps de contact. Il est probable que l'eet de la résistance maximale à la traction,
discuté dans cette thèse, se retrouve pour tous ces modèles, comme il est probable que
l'introduction de nouveaux paramètres, tels que le seuil de rupture d'un pont solide ou
le temps de formation d'un pont liquide, joue un rôle sur le comportement rhéologique
de l'assemblée.

Rhéologie des mélanges polydisperses


L'étude de la polydispersité sur les écoulements de grains s'est cantonnée ici au cas très
simple d'un mélange bidisperse. L'étape suivante est de considérer d'autres distributions
plus réalistes, c'est à dire continue et éventuellement avec des rapports de taille plus
étendus. Pour mesurer facilement le comportement rhéologique de tels systèmes, il sera
sans doute utile d'utiliser la géométrie du cisaillement plan.

Ecoulement sur plan incliné : eet des parois


Les simulations d'écoulement sur plan incliné, quel que soit le type de grain considéré,
montrent que la rhéologie du matériau décrit l'écoulement dans la zone susamment
éloignée des parois, mais que l'eet de la rugosité perturbe l'écoulement dans une couche
basale épaisse de quelques grains. L'inuence de la rugosité est à ce jour mal comprise,
même dans le cas de grains sans cohésion et monodisperses, mais tout porte à croire
qu'elle joue un rôle majeur sur les écoulements, tout particulièrement dans leur phase
d'arrêt.
Publications

Revues à comité de lecture


1. Rheophysics of cohesive granular materials.
P. G. Rognon, J-N. Roux, D. Wolf, M. Naaim, F. Chevoir.
Europhysics Letters, 74, p. 644 − 650 (2006).
2. Dense ows of bidisperse assemblies of disks down an inclined plane.
P. G. Rognon, J-N. Roux, M. Naaim, and F. Chevoir.
Physics of Fluids (2007).
Soumis.
3. Rheology of cohesive granular materials : discrete simulation of plane shear ows.
P. G. Rognon, J-N. Roux, M. Naaim, and F. Chevoir.
Journal of Fluid Mechanics(2007).
En préparation.
4. Experimental study of the rheology of dense snow ow.
P. G. Rognon, F. Chevoir, F. Ousset, H. Bellot, P. Coussot and M. Naaïm.
Journal of Rheology (2007).
En préparation.
5. Dense snow avalanches : the "caterpillar" eect
P. G. Rognon, A. Bouchet, F. Ousset, H. Bellot, F. Chevoir, M. Naaïm and P.
Coussot.
Nature (2007).
En préparation.

Actes de colloque
1. Rhéologie des pâtes et des milieux granulaires.
F. Chevoir, E. Azanza, F. da Cruz, Junior, G. Koval M. Prochnow, P. Rognon,
Ph. Coussot, P. Moucheront, J-N. Roux, L.Tocquer.
Chapitre "Ecoulements granulaires : physique et applications", Laboratoire Central
des Ponts et Chaussées - Collection Etudes et Recherches des Laboratoires des Ponts
et Chauusées (2006), p 7 − 32, Paris.
172 Synthèse

2. Rhéophysique des matériaux granulaires cohésifs.


F. Chevoir, P. Rognon, J-N. Roux, M. Naaïm.
Colloque du Groupe Français de Rhéologie, (2006).
3. Rhéophysique des matériaux granulaires cohésifs.
F. Chevoir, P. Rognon, J-N. Roux, M. Naaïm.
Journées Sciences de l'Ingénieur des Laboratoires des Ponts et Chaussées, CD Rom,
(2006).
4. Dense ow of bi-disperse asemblies of disks down an inclined plane.
P. G. Rognon, J-N. Roux, M. Naaim, and F. Chevoir.
Powders and Grains (2005), p 795 − 798. Editeurs R. Garcia-Rojo, H. J. Herrmann,
S. McNamara, A.A. Balkema, Leiden, The Netherlands.
5. Rheology of cohesive granular materials.
P. G. Rognon, J-N. Roux, M. Naaim, and F. Chevoir. Powders and Grains (2005),
p 565 − 568. Editeurs R. Garcia-Rojo, H. J. Herrmann, S. McNamara, A.A. Bal-
kema, Leiden, The Netherlands.
6. Transient rigid clusters in dense granular ows
P. Mills, P.G. Rognon, F. Chevoir.
Powders and Grains (2005), p 365 − 369. Editeurs R. Garcia-Rojo, H. J. Herrmann,
S. McNamara, A.A. Balkema, Leiden, The Netherlands.
7. Ecoulements granulaires denses.
F. Chevoir, F. da Cruz, P.G. Rognon, J-N. Roux.
Congrès Français de Mécanique, CD Rom, Troyes (2005).
8. Dense granular ows : friction and jamming
F. Chevoir, F. da Cruz, M. Prochnow, P.G. Rognon, J-N. Roux.
17th ASCE Engineering Mechanics Conference, CD Rom, Université du Delaware
(2004).
9. Rhéologie des matériaux granulaires cohésifs : simulation numérique du cisaillement
plan
P. Rognon, F. Da Cruz, S. Emam, J-N. Roux, F. Chevoir.
Colloque Science et Technologie des Poudres, CD Rom, (2004).

Rapports
1. Ecoulements granulaires sur plan incliné : étude expérimentale de la transition vers
l'arrêt.
P. Rognon.
Rapport de stage de maîtrise Sciences des Matériaux, Université de Marne La
Vallée, (2002).
2. Ecoulements de grains cohésifs : simulation et modélisation.
P. Rognon.
Rapport de stage de D.E.A Modélisation et Simulation des Matériaux, Université
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Rhéologie des matériaux granulaires cohésifs
Application aux avalanches de neige denses
Résumé. Le but de cette thèse est de mesurer le comportement rhéologique de la neige
en écoulement et de comprendre les mécanismes physiques qui le contrôle. Pour répondre
à cette double attente, deux approches complémentaires sont abordées : les écoulements
expérimentaux de neige naturelle et les simulations numériques discrètes d'écoulements
granulaires. La particularité des expériences est qu'elles se déroulent en haute montagne.
Elles consistent à générer des écoulements de neige naturelle dans un canal à pente
et débit contrôlés. Les mesures de prol de vitesse révèlent un comportement rhéolo-
gique atypique. Pour comprendre l'origine de ce comportement à l'échelle des grains de
neige, nous avons simulé (méthode de dynamique moléculaire) des écoulements de grains
cohésifs d'une part, et polydisperses d'autre part. Les géométries du cisaillement plan
homogène et le plan incliné rugueux permettent d'identier l'eet de la cohésion ou de
la polydispersité sur le comportement rhéologique des grains, et de le comparer à celui
de la neige.
Mots Clefs : Rhéologie, neige, granulaire, cohésion, polydispersité, expériences, dyna-
mique moléculaire, plan incliné, cisaillement plan.

Rheology of cohesive granular materials


Application to dense snow avalanches
Abstract. This PhD dissertation focuses on the rheological behavior of the snow, and on
the understanding of the physical mechanisms involved. Two complementary approaches
were used : experimental ows of natural snow and discrete numerical simulation of
granular ows. The experimental test site was located at an altitude of 2800m. The
experiment consist with performing natural snow ows down a ume, setting both in-
clination and ow rate. The measurements of the velocity prole highlight the specic
rheological behavior of snow. As a way to understand the origin of this behavior at scale
of the snow grains, we have simulated (using molecular dynamics methods) the ows
of cohesive grains, or polydisperse grains. We have focus on two ow geometries : the
homogeneous plane shear and the rough inclined plane, which allow to highlight the ef-
fect of the cohesion or of the polydispersity on the rheological behavior of grains, and to
compare it with the snow one.
Keywords : Rheology, snow, granular, cohesion, polydispersity, experiment, molecular dy-
namics , incline plane, plane shear.

Laboratoires d'accueil
LMSGC, Institut Navier - 2 allée Képler, 77420 Champs sur Marne.
CEMAGREF Grenoble, unité ETNA - 2 allée de la Papeterie, BP 76, 38402 Saint Martin
d'Hères, France.

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