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Étude Linéaire KOLTES

BM KOLTES, Le retour au désert texte de parcours associé à JL LAGARCE, "Juste la fin du monde"

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séquence théâtre, JL LAGARCE,

Juste la fin du monde.


Parcours associé, série générale
BM KOLTES, Le retour au désert (1988)
Question de grammaire

Dans la réplique d’Adrien: « Es-tu venue avec de


bonnes intentions ? », vous étudierez la forme
et l’expression de l’interrogation.
Présentation de l’auteur
L’auteur: influences, œuvre (genres &
L’homme: origines, parcours, destin
style), collaborations,
Note d’intention par l’auteur
La province française, immense monument aux morts sur lequel les guerres se
gravent l'une en-dessous de l'autre, les dates s'ajoutent aux dates et les noms
s'ajoutent aux noms. La misérable et héroïque, malveillante et centenaire
province française.
Soumise aux lois de l'inertie de la matière, elle ignore qu'elle est soumise à
cette loi ; lourde et accrochée à la terre, elle se croit immobile, et pourtant elle
tourne, à la même vitesse et dans les mêmes infinis que le reste du monde.
L'ambitieuse province française, cercueil de toutes les ambitions ;sourde et
aveugle mais voix et oreille d'un pays. Comme un paysan qui se souvient
éternellement des conflits de villages sans en connaître l'origine, et qui connait
chaque borne de son terrain, malgré les ventes, les hypothèques et les
abandons ancestraux. La province française, mémoire obstinée, têtue et
hargneuse du peuple de l'histoire.
Bernard-Marie Koltès
Une pièce originale
▪ Le Retour au désert est la seule pièce de Koltès qui se
déroule explicitement en France – dans une sinistre ville de
la province française – et à une époque déterminée – la
guerre d’Algérie.
▪ La ville qui l’a inspiré, c’est celle où il était né et avait grandi :
Metz.
▪ Le Retour est aussi la seule de ses pièces qui soit ouvertement
une comédie (si l’on excepte Tabataba, pièce courte écrite en
1986), où l’on rit beaucoup, et souvent, alors que l’on assiste
à un cérémonial médiocre et macabre, un règlement de
comptes au sein d’une bourgeoisie décadente, sur fond
d’attentats racistes.
▪ Une pièce écrite pour un duo d’acteurs précis, Michel
PICCOLI (acteur, notamment, de Claude SAUTET et Jean-Luc
GODARD et qui aime, comme KOLTES, SHAKESPEARE) et
Jacqueline MAILLAN (actrice de boulevard).
Mouvements de l’extrait
NOTA BENE. Nous sommes à la deuxième scène, après que le retour de Mathilde a été
annoncé aux domestiques chargés de veiller à son arrivée. [Nous sommes encore dans
l’exposition]

• De « Mathilde, ma sœur » jusqu’à l’antiphrase « la sécurité de cette maison. » :


première approche feutrée et ironique.
• De « mes racines? Quelle racines? » jusqu’à « nous préparerons ton départ » : sursaut,
provocations
• De « Je ne suis pas venue pour repartir. » jusqu’à « Recommençons ». Personnages
excédés. Action dramatique qui s’enclenche, illusion du recommencement.

➢Montée en puissance puis stabilisation de la tension dramatique,


crescendo/décrescendo
➢Personnages dissociés puis associés dans le drame (je/tu => nous)
Enjeux de l’extrait
• Installer une tension dramatique (par le simple dialogue, sans action)
=> enjeu langagier, créer de la force (entraînante) dans le dialogue
• Renseigner sur le lien houleux entre les personnages mais dire aussi
des choses sur l’autre comme sur l’autre => visée informative (ce
n’est que la deuxième scène, on est encore dans l’exposition).
• Ce que montre ce premier échange: le duel est un duo. Ils sont
incompatibles et indissociables (comme la guerre et la paix, l’ici et
l’ailleurs, l’ombre et la lumière). Ces deux personnages opposés ont
une histoire à vivre ensemble => ils racontent une seule et même
histoire.
Etude linéaire : premier mouvement
• « en haut de l’escalier »: d’emblée, la didascalie indique la matérialisation de la
hiérarchie, dimension symbolique de la verticalité (la domination)
• Insistance sur l’appartenance et la possession « ma sœur », « notre bonne ville ».
• Ton ironique dans la répétition de l’hypocoristique « bonne » dans (antiphrase) :
« bonne ville », « bonnes intentions »
• Force d’Adrien dans la déduction et le raisonnement logique, conjonctions « et » et
même « car » propulsé en début de phrase.
• Reprise des termes par Mathilde, dépendante des mots de son frère (« calmer/calme »,
« âge », « intentions ») et de son rythme (apostrophe initiale « Mathilde, ma sœur » =>
« Adrien, mon frère ») = crispation de l’échange mais preuve aussi d’une langue
commune.
• Dégradation subtile ans la réponse de Mathilde qui oppose au mode indicatif du frère,
son système hypothétique (proposition conjonctive circonstancielle de condition et
emploi du conditionnel « tout devrait » = bifurcation par rapport à la réalité
• Tout semble reposer sur l’élément perturbateur avec la multiplication des pronoms et
adjectifs de la première personne quand Mathilde parle, « mes intentions », « moi »,
« m’a énervée », « mon énervement », ou quand Adrien lui renvoie la responsabilité:
anaphore de « tu » sujet des verbes dans la réplique d’Adrien (« tu as voulu », « tu as
bien fait », « tu l’auras traversé »)
Etude linéaire: deuxième mouvement
• Relation qui s’envenime. Conflit ouvert avec le glissement de sens (syllepse de sens) « tes
racines », « mes racines », « Quelles racines? » : du sens figuré au sens premier =
remontée sémantique à la source, comme les personnages de retour au foyer familial.
• A l’inverse, le terme de « guerre » va du sens propre (le conflit franco-algérien) au sens
figuré (le conflit familial) : « cette guerre-là », « aucune guerre » (sous-entendu: il y en a
plusieurs). Même chose plus loin sur « les comptes » (régler des comptes au sens second =
affronter, mais au sens premier, qu’on trouve plus loin, c’est la question du « prix »).
Grande instabilité des niveaux sémantiques dans le texte, selon qu’on s’en tient aux
expressions toute faites ou bien qu’on prend les choses littéralement?
• Climat de tension : interrogatives (« mes racines? Quelles racines? » ou encore «Des
ennemis, ma sœur? Dans cette bonne ville? »), phrases nominales pour la brutalité du
conflit et sa fixation (plus de verbe, plus d’action, plus de marge de manœuvre).
• Irruption incongrue du champ lexical de la beauté (« admire », « contempler »,
« embellie », « regardée ») qui s’accorde mal avec la dureté (enchainement de trois
impératifs, « admire », « vois », « contemple ») et l’emballement (gradation) « contemple
/ vois comme je m’en occupe bien/ admire comme je l‘ai embellie, cette maison »).
Etude linéaire: troisième mouvement
• Le troisième mouvement marque l’installation dans le conflit, ni accidentel ni subi
mais durable et entretenu par les deux parties.
• A Mathilde qui enchaine les coordonnants « Mais » puis « et », répond de façon
chiasmatique Adrien par « et » puis « mais ». Au centre de ce renversement des
connecteurs logiques, la répétition en miroir (trois occurrences chacun) du verbe
« posséder » qui forme la zone de repli commune : « je possède » scandé par
Mathilde et martelé à son tour par Adrien (« tu possèdes »).
• Le frère et la sœur se retrouvent finalement dans la première personne du pluriel
« recommençons », la fin de l’extrait faisant apparaitre une multiplication des
impératifs: « ne commence pas », « ne commence pas », « mets »,
« recommençons ». Au fond, ces deux-là ne connaissent que les rapports de force
et de domination.
• Le trait d’humour final (déjà présent dans les jeux de mots comme « racines »)
« recommençons » (comme s’il suffisait de rembobiner) s’avère vain qu’absurde.
Le comique de situation naît de la perspective illusoire; on ne refait pas l’histoire,
ni la grande Histoire, ni les histoires de famille, mais à ce stade de la pièce, les
personnages l’ignorent encore.
Présentation de la pièce par M. MAYETTE
Deux personnes qui s’aiment, qui ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre mais qui n’arrivent
pas à se le dire : c’est le frère et la sœur du Retour. Koltès met le doigt sur les nerfs. Il est saisi
par un profond sentiment d’injustice, une souffrance née d’une iniquité qu’il ressent, qu’il
éprouve profondément. Il est en proie à une volonté de s’échapper, de fuir. Sa souffrance est
palpable. Tous ses personnages du Retour s’inscrivent dans une recherche d’identité et de
reconnaissance : « Quelle est ma patrie ? », demandent-ils tous. Les enfants, le grand
parachutiste noir, comme Mathilde ou Adrien, cherchent leur patrie. Ils cherchent des murs
qui les protègeront, les abriteront. Koltès se situe entre la volonté de faire tomber les murs,
cette difficulté à les dépasser, et le désir de murs solides, le besoin de refuges. Koltès
interroge les frontières, les règles du jeu dont il ne comprend plus rien. Entre les frères et les
sœurs, le lien n’a pas été choisi mais il nous définit. Qu’il soit heureux ou non, ce lien est
sécurisant. Ils ont besoin l’un de l’autre, et leur fratrie reste leur seul repère, leur seul pays.
Koltès a pris tous les chagrins du monde sur les épaules. Il veut être un frère de la race
humaine. […] À la fin du Retour, deux enfants noirs naissent. On peut comprendre que c’est le
début d’une fraternité possible. Même si madame Queuleu y voit une catastrophe. Tout est
possible. Il n’y a pas de jugement de la part de Koltès. Une catastrophe peut être une
renaissance. Une renaissance peut être une catastrophe.

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