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TEUTONIQUES
L CREATION DE L'ORDRE TEUTONIQUE
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sable bordée d'argent ' s'inscrit d'ailleurs parmi d'autres armoiries
prussiennes qui arborent les mêmes couleurs.
L'Ordre Teutonique diffère cependant des autres ordres cheva-
leresques. Alors que ceux-ci acceptent dans leurs rangs tous ceux
qui combattent sous la bannière du Christ, quel que soit le lieu de
leur naissance, et qu'ils visent une audience internationale, les che-
valiers teutoniques appartiennent à un ordre strictement national,
plus exactement racial. Ne peut être agréé à cet Ordre que le noble
germanique.
Cet ordre peut porter divers noms tout en reflétant le même
esprit restrictif Ordre des chevaliers moines de Notre-Dame des
:
Il. FREDERIC Il
Frédéric Il, fils de Henri IV, petit-fils de Frédéric Barberousse,
est sans doute plus Sicilien qu'Allemand. Sa mère Constance de
Sicile a su lui communiquer un esprit d'universalisme qui annonce
tout le goût de la Renaissance. Frédéric Il, fort libéral, sait se placer
au-delà des luttes partisanes. Excommunié par le pape, il a l'adresse
de savoir utiliser un Ordre reconnu par le même pape ; ce qu'il ne
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peut exécuter lui-même, il le fera réaliser par un groupe rigide, aux
règles monastiques absolues, en lequel il peut avoir une totale
confiance. L'Empereur connaissant les voeux et l'idéal de cet ordre,
en fera le dépositaire de ses plans d'expansion.
Frédéric avait pu se rendre clairement compte de la puis-
sance acquise par les Templiers et les Hospitaliers. Il comprit qu'elle
résidait dans leur organisation rigide, dans leurs règles austères et
aussi dans leur ' secret '. Au Moyen Age, le secret « des Ordres
religieux assure la dévotion absolue de tous leurs membres aux
buts poursuivis. Ce n'est pas tant la nature du secret qui importe,
bien que celui-ci ait en général un rapport au moins symbolique avec
les desseins réels de l'Ordre, que l'existence même d'un secret.
Des hommes liés sur certaines questions par un voeu même de
silence sont enclins à se montrer plus ardemment dévoués à la cause
commune que s'ils étaient tenus par des obligations d'ordre ration-
nel dénuées de tout mystère. Les historiens et les sociologues mo-
dernes ont beaucoup trop négligé l'étude de ce facteur qui a été très
important et a joué un rôle considérable dans l'Antiquité et au
Moyen Age. Frédéric Il, dont l'esprit mystique avait deviné tout le
parti à tirer d'une organisation fermée, fondée sur des voeux mysti-
ques et le secret «, était bien résolu à l'utiliser « (3)
D'esprit fort indépendant et fort éclairé, Frédéric Il lutte contre
l'emprise du pape. Aussi les anciens conflits entre Guelfes (4) et
Gibelins (5) se réveillent. Les Guelfes soutiennent le Sacerdoce
et l'esprit de liberté, ils se recrutent dans la petite noblesse et la
bourgeoisie. Les Gibelins veulent un pouvoir fort et centralisé, la
puissance impériale des Hohenstaufen ils s'appuient sur la grande
noblesse.
Malgré le ressentiment du pape, Frédéric se croise dès 1227
il amorce un étrange marché avec le monde islamique. Saladin est
mort en 1193 la division règne entre les deux fils et l'un d'eux
;
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des dans des questions fort variées. Frédéric entre en contact avec
la pensée islamique et sa libre pensée, dégagée de tout dogme, s'y
adapte parfaitement.
Aussi le 11février 1229, sans avoir tiré l'épée, Frédéric obtient
Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Saint-Jean-d'Acre, Jaffa. Des clau-
ses fort libérales sont signées et Frédéric est élu roi de Jérusalem
le 17juin.
L'Empereur, malgré la violente opposition du pape qui place
Jérusalem sous interdit, traite avec le sultan il parvient à dévelop-
per le commerce avec les Infidèles et noue des relations culturelles
avec les milieux arabes. Frédéric II reçut à sa table les ambassa-
deurs du Sultan dEgypte ainsi quHassan Sabah, « le Vieux de la
Montagne «, le chef des lsmaéliens. Cet étrange Empereur donne
une splendeur orientale à sa cour. Il y crée un harem, et aussi une
ménagerie. Frédéric fait figure de monarque universel.
Frédéric Il a su créer autour de lui un climat très particulier.
Aussi le peuple refuse-t-il de croire à sa mort ; les légendes alle-
mandes affirment que Frédéric a trouvé refuge sur le mont Kyffhau-
ser, d'où il sortira pour revenir gouverner son peuple. S'agit-il de
Frédéric Barberousse ou de Frédéric li ? La confusion s'établit entre
deux personnalités qui ont marqué profondément leur pays.
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Cette ardeur au combat est-elle uniquement due au désir
d'évangéliser les pays conquis ? Sans doute cet intérêt spirituel
est-il en cause, mais n'oublions pas non plus que les biens matériels
ne sont pas négligés par ces chevaliers. L'Empereur accepte fort
bien les accords qui viennent d'intervenir entre 'Eglise de Home
et les Teutoniques l'Ordre conserve les territoires nouvellement
:
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par l'Empereur à l'Ordre Teutonique. L'Empereur n'envisage pas seu-
lement le rôle évangélisateur mais bien un rôle politique l'Ordre
Teutonique est ainsi chargé d'une mission impériale.
La bulle de Rimini constitue la base même de l'activité de l'Or-
dre des Chevaliers Teutoniques. Comme le note Paul WINKLER (8).
C'est la charte permanente de toutes les conquêtes prussiennes
et de l'expansion politique allemande jusqu'à nos jours. La Bulle de
Rimini a lancé l'Ordre sur la voie des conquêtes contre les pays sla-
ves, mais son importance réelle dépasse largement le cadre de
cette première campagne. Elle définit, en outre, les ambitions des
Empereurs de Hohenstaufen opposées à celles de la Papauté » (9).
Si 'Empereur, dont nous avons souligné l'esprit très éclairé
et sans préoccupation raciale, laisse 'Ordre recruter uniquement
parmi les familles nobles allemandes, c'est sans doute parce qu'il
songe que la cohésion doit resserrer les structures des Teutoni-
ques il est vraisemblable que Frédéric Il se soucie peu du carac-
tère germanique ; ce nationalisme doit paraître étroit à celui qui est
Empereur des Romains, roi de Jérusalem et de Sicile ' mais Fré-
déric Il se montre fidèle à la politique carolingienne il a le désir
de régner non seulement sur l'Allemagne, mais sur l'ensemble des
pays.
Frédéric Il, sous le prétexte de faire triompher la foi chré-
tienne et de lui assurer son rayonnement, entend en réalité mener
à bien ses propres visées mpérialistes. L'Ordre des chevaliers
Teutoniques reçoit ainsi une mission de l'Empereur, une mission
permettant la politique d'expansion et de suprématie désirée par
les Etats allemands.
L'Ordre devient propriétaire des territoires de KuIm, Lobau. La
conquête du territoire prussien se situe entre 1230 et 1257. Les Teu-
toniques bâtissent les forteresses de Thom (1231), de Rheden, de
Marien-Werder (1232). En 1236, l'Ordre y ajoute la Livonie que
venait de conquérir un autre ordre militaire germanique, les cheva-
liers Porte-Glaives. Mais ceux-ci défaits sur le Niemen par les Lithua-
niens furent absorbés, sur l'ordre du pape Grégoire IX, par les Teu-
toniques dont le Grand Maître était alors Hermann von Salza. En
dispersant les efforts de l'Ordre, cet accroissement faillit les per-
dre. En 1242, leurs entreprises contre Novgorod la Grande abouti-
rent au désastre du lac Peïpous que leur infligea le vaillant prince
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russe Alexandre Nevsky. Les Prussiens en profitèrent pour se sou-
lever. Il fallait que le Pape Innocent IV prêche la croisade pour venir
au secours de l'Ordre, avec promesse d'absolution plénière pour les
Croisés, eussent-ils été excommuniés. Grâce au roi Ottokar de
Bohême, qui amena 60.000 hommes, l'insurrection fut vaincue et
la conquête reprit. Les cantons de l'intérieur Barten, Galinden
furent soumis, ainsi que la presqu'île du Samland où fut fondée, en
1257, Kiinigsberg, ainsi baptisée en l'honneur du roi de Bohême.
Mais, presque aussitôt éclata une nouvelle insurrection prus-
sienne en même temps que plus au nord la Livonie était à nouveau
attaquée par les Lithuaniens. Les Chevaliers, battus tour à tour par
les Lithuaniens et les Prussiens, subirent de lourdes pertes et ne
furent sauvés que par une deuxième croisade d'Ottokar en 1267-
1268 et l'intervention personnelle de l'empereur Rodoiphe de Habs-
bourg.
Alors commence la dernière phase de la conquête de ce qui
devait constituer, au XVIe siècle, le duché de Prusse proprement dit
soumission des territoires bordant le Kurische Haff, Nadrauen
(1275), Schalauen (1276), Sudauen (1284). En même temps, 'Or-
dre s'efforce de s'assurer la possession d'une bande de territoires,
à travers la Samogitie et la Courlande, pour assurer la liaison entre
la Prusse et la Livonie.
On peut donc considérer la conquête de la Prusse comme
achevée dès la fin du XIII0 siècle ' (10), mais Hermann von Salza
est mort en 1239, Frédéric II en 1250.
Après la perte d'Acre en 1291, où se trouvait la Maison-mère,
l'Ordre reste à Venise, puis il s'installe en 1309 à Marienburg sous
la direction de Siegfried von Feuchtwengen. L'Ordre se divise en
deux branches : l'une s'occupant de la Prusse, l'autre de la Livonie.
L'Ordre s'organisa en sept provinces : l'Arménie, l'Achaïe, la
Sicile, la Pouille Teutonique, l'Autriche, la Prusse et la Livonie. Plus
tard, il créa douze bailliages dont huit catholiques Alsace, Autri-
:
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nistration) le Grand Hospitalier (vivres) l'intendant (habillement),
le Grand Maître des Territoires (Prusse, Livonie, Allemagne, et ter-
ritoires étrangers).
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rien d'autre que des voleurs de grand chemin n'épargnant aucun
de leurs voisins. Quand des réclamations parvenaient à ses oreilles.
le Grand Maître se contentait, invariablement, de répondre « Nous
ne sommes pas au courant «, ou, « Nous sommes désolés, mais...
Et l'aide était lente à venir. Même dans les pays étrangers, les Frè-
res transformaient les forteresses qui leur avaient été accordées
en repaires de voleurs servant de bases à leurs attaques régulières
contre les princes amis du voisinage.
Mépris du service divin, négligence des rites pieux, profana-
tion des lieux sacrés, saisie des courriers officiels, luxure, viol de
jeunes filles, telles étaient les pratiques les plus ordinaires.
Des documents datés 1436 confirment la persistance de ce
scandaleux état de choses
Indigné par le trouble qui régnait alors dans le territoire de
Cuim, le pieux moine Heinrich Boringer, de 'Ordre Carthusien, écri-
vit au Grand Maître
Des administrateurs et des juges iniques détiennent le pou-
voir dans le pays et vendent la justice au prix qu'ils fixent ; ils oppri-
ment les pauvres et leurs supérieurs négligent de les punir. Ils
ont été jusqu'à arracher aux malheureux des instruments de travail
qui leur permettaient de nourrir leurs femmes et leurs enfants. La
sueur du pauvre s'est épuisée... Tous ces faits sont bien connus,
mais ils ont été soigneusement tenus secrets, et seuls quelques
hommes les prennent à coeur. Les rois païens étaient beaucoup plus
vertueux que les gouvernants chrétiens d'aujourd'hui. Ils se disent
hommes d'Eglise, et ils méprisent les lois sacrées. Quant aux lois
communes qui règlent les sujets, ils en rient, en s'écriant : « Quelles
lois ? C'est nous qui sommes votre loi. « Les représentants des
opprimés qui osent élever la voix sont menacés d'être jetés dans
des donjons.
Dans les villages surtout, et au su des Chevaliers, la conduite
des forestiers, des intendants et de leurs compères est souvent
odieuse. Des juges locaux sont nommés pour pressurer les pauvres,
et, pour prix de leurs exactions, reçoivent le droit de prendre place
à la table de communion des Chevaliers. Certains ont révélé en
confession qu'ils avaient été contraints à des décisions iniques.
Qu'un honime soit blessé ou tué au cours de son travail, des Cheva-
liers rapaces extorquent du responsable des amendes si énormes
qu'il se trouve dans l'incapacité de dédommager la victime ou sa
famille. Ils ne tolèrent aucun règlement à l'amiable ; même s'il s'agit
de petites sommes, il faut qu'il y ait procès. Ils achètent en hiver
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le grain à bas prix et exigent du vendeur qu'il le leur rachète à prix
élevé, au printemps. Oui se plaint au Maître est mis sous les chaî-
nes et souvent dépossédé de ses biens. L'oppression et l'esclavage
s'aggravent d'année en année. Et ils osent dire que c'est pour le
bien du pays ! Lorsqu'ils se sont bien engraissés, les fonctionnaires
de l'Ordre se retirent de leur office et nomment un intendant, sans
lui offrir aucune rétribution, mais en lui disant : « Nourris-toi de ton
poste
Ils mènent une vie de débauche avec les femmes et ne
connaissent que leur bon plaisir. Le Maître leur demande si rare-
ment des comptes Pendant que les prêtres chantent à l'église,
!
eux font ripaille dans les tavernes. Nul d'entre eux ne veut rester à
l'Abbaye...
Les Prussiens restent attachés à l'idolâtrie païenne, mais
nul ne s'en soucie. On les force à travailler les jours fériés. Aveu-
glés par leur cupidité, les Chevaliers ne cherchent qu'à les dominer
et à les exploiter, au lieu de les instruire et de les convertir. Ces
malheureux ont perdu la liberté. On les dit Chrétiens ; tous les droits
des Chrétiens leur sont refusés.
Ou'un serf meure sans enfant, ses terres échoient au manoir,
et c'est pourquoi tant de terrains restent en friche. Aucune pro-
messe n'est tenue, les serments ne signifient rien. Parfois, pendant
quelques mois, de bonnes règles sont appliquées, elles sont bientôt
violées par ceux qui sont les maîtres. L'usure, le parjure et l'adul-
tère règnent partout, mais, puisque ce sont les Chevaliers qui les
pratiquent, ce ne sont plus des crimes. Aux mariages et aux célébra-
tions du Carême la débauche est affreuse. La vie d'un homme ayant
moins de prix que celle d'un cheval, les assassinats sont fréquents.
Belles occasions de percevoir des amendes. Et le nombre des taver-
nes, qui sont le théâtre ordinaire de ces orgies nocturnes et de ces
meurtres, augmente tous les jours pour rendre possible la percep-
tion des taxes...
Des amis de l'Ordre dit Kotzebue essayèrent en
vain de rejeter ces graves accusations en les traitant de mensonges
manifestes. Mais les chroniqueurs ne sont pas les seuls à témoi-
gner. Des faits indiscutables corroborent leurs dires.
« Pour satisfaire un désir pervers, le comthur (13) de Tauchel
fait enlever par son serviteur une fillette de neuf ans. Les parents
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se plaignent on ramène chez eux la pauvre enfant violée. Jeune
;
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plus mal que des Turcs. Plus leur brutalité est grande, plus 'Ordre
est satisfait. C'est pour cette raison que nous refusons d'être bapti-
sés. Nous ne voulons pas devenir pareils aux Borusses.
Le mal a commencé lentement, mais il grandit tous les jours.
Les Frères ont pris tous les produits de nos terres, nos fruits, toutes
nos ruches ils ont placé sur nos épaules autrefois libres le joug
d'un travail dégradant ils ont imposé d'intolérables fardeaux à nos
serviteurs, à nos serfs, à nos paysans et à nos fermiers ils se
;
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liberté des enfants de Dieu et cette liberté, nous voulons la conser-
ver et en jouir. Nous prions donc Notre Père Tout-Puissant de nous
recevoir par l'entremise des évêques polonais dans le sein de
l'Eglise. Car nous voulons être baptisés, mais non dans le sang.
Bien qu'ils trouve toujours un aliment à son zèle néo-prussien
dans l'histoire des origines de la Prusse, Treitschke fait cependant
cet aveu
Les peuples non germaniques ne reçoivent aucune éducation.
Balthazar Riissov déplore que sur mille paysans, il en soit à peine
un qui puisse réciter par coeur le .' Notre Père Lorsqu'un Allemand
pénètre dans la hutte enfumée de l'Esthonien, les enfants crient et
les chiens s'enfuient. Pendant les nuits claires de leurs courts, mais
brûlants étés, ces malheureux s'assoient sous le bouleau, l'arbre
favori de leur morne poésie, et chantent en sourdine un chant de
haine contre les loups germains ' Vous, Allemands, vous vous gon-
flez devant tous les peuples de la terre rien ne vous convient de ce
que nous faisons, nous autres, pauvres Esthoniens. Enfoncez-vous
dans l'Enfer le plus profond « Pendant des siècles se perpétua la
même férocité chez les maîtres, la même exécration chez les vas-
saux, et le peuple esthonien dut attendre la période de domination
russe pour que la noblesse allemande se résignât à libérer les pay-
sans du joug qui les liait à la terre. « (14)
Le clergé allemand et les chroniqueurs reprochent également
aux Teutoniques leur cruauté, leur hypocrisie. Selon eux ces Che-
valiers-moines ne souhaitent pas la conversion des Borusses, qui
ainsi restent des esclaves cette situation permet d'entretenir la
;
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et 1.400 villages peuplés d'Allemands (16) il faut aussi accepter que
cette germanisation a été accompagnée de drames affreux. Après
des massacres systématiques de Lithuaniens et de Polonais, la
haine gerniano-slave date de cette époque.
La révolte de 1260, entre autres, fut le signe d'une véritable
guerre d'extermination. En Pogésanie, dans le Nadrauen et le Sam-
land, tous les hommes furent égorgés, les femmes et les enfants
chassés pour laisser la place aux colons allemands.
Plus au nord, où la résistance se prolongea jusqu'en 1284, seuls
échappèrent au massacre ceux qui parvinrent avec leur chef Skurdo,
à s'enfuir en Lithuanie, ou que les chevaliers jugèrent bons pour
des raisons utilitaires, de réduire en servage. Impelle eos intrare
(17)
Les Chevaliers retirent de nombreux avantages de leur politi-
que ; véritables aventuriers ils bénéficient de la dignité de croisé,
de cette impunité qui fait rêver toutes les classes de la société
avec les croisades contre les Borusses, on a oublié le but princi-
pal : conserver l'accès aux lieux saints et non pas propager la foi
catholique par la guerre.
Les nobles peuvent prendre du service dans les armées de
l'Ordre sans prononcer les voeux monastiques. Ceux qui s'enrôlent
sont le plus souvent désargentés, aussi les appelait-on ' Chevaliers
Mendiants «, les Betteljunker «. De l'arrogance du Chevalier
Teutonique provient celle de la caste des Junkers prussiens qui
reste peut-être responsable des plus grands abus Karl Lampens ;
écrit aussi (18) au lieu de traiter les indigènes suivant les règles
:
LOrdre organise des villes comme Thom. Kuim. Elbing. Danzig et crée
des centres urbains Saalfeld (1315), Neumark (1325), Eylau (1335), Osterode
(1336). Allenstein (1348).
Les Cahiers de l'Histoire :« La Prusse et Berlin des origines à nos
jours , p. 20.
Karl Lampens : Geschichte des Deutschen Ordens, 1904 (Histoire de
'Ordre Teutonique).
72
V. L'ETAT TEUTONIQUE (19)
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l'Allemagne coloniale. Mais du XIV" au XVI" siècle, par une évolu-
tion analogue à celle que nous avons déjà signalée au Brandebourg
et qui fut, en Prusse, précipitée par la dépopulation consécutive aux
guerres incessantes contre les Polonais, les paysans libres furent
réduits progressivement au servage par des hobereaux toujours
avides d'arrondir leur domaine.
A la différence du Brandebourg, la Prusse vit naître sur son
sol un assez grand nombre de villes. Aux villes-forteresses fondées
par les Chevaliers s'ajoutèrent les comptoirs hanséatiques. Enrichie
par le commerce du nord, une bourgeoisie urbaine prospère se cons-
titua, que les hobereaux ne parvinrent à subjuguer que lorsqu'elle
fut affaiblie par la ruine de la Hanse, au XVe siècle
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4.000 chevaliers et à repousser les attaques polonaises. Le traité de
Thom (1' février 1411) montre le recul des Teutoniques, dont le ter-
ritoire est coupé de la Livonie.
En 1397 les nobles de Prusse occidentale désirent participer au
gouvernement de leur pays leurs revendications entraînent celles
de la bourgeoisie et ils fondent la Ligue des Lézards.
Le 28octobre 1412 le Grand Maître von Plauen décide de convo-
quer les Etats Généraux. Après cette période de despotisme, on
propose une véritable monarchie constitutionnelle mais les Che-
;
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1525 de séculariser le domaine de l'Ordre et de transformer la Prusse
en duché héréditaire dans la descendance de la branche cadette de
la maison de Brandebourg.
L'Ordre se scinde en deux groupes. La majorité des chevaliers
se convertit à la nouvelle religion de Luther la minorité reste catho-
lique, se retire et élit un nouveau Grand Maître. Sigismond, roi de
Pologne, oncle dAlbrecht de Brandebourg accepte la sécuralisation
de ordre à condition que le nouveau duc de Prusse se reconnaisse
comme son vassal (Traité de Cracovie 8 avril 1525). Le pape Clé-
ment III et Charles Ouint protestent en vain.
Le 25 mai 1525, Albrecht est solennellement installé à Koenigs-
berg, il se marie en 1526 avec Anne-Dorothée de Danemark. Ainsi
par le traité de Cracovie les anciennes terres de l'ordre des Teu-
toniques sont rattachées à la Pologne, l'Ordre a cessé d'exister avec
le dernier Grand Maître Albert Hohenzollern (20).
Bien que l'Ordre ait cessé d'exister matériellement, l'Empereur
Francois 1er d'Autriche abandonne le 17 février 1806 aux successeurs
des chevaliers catholiques la possession des biens mis à la dispo-
sition de la maison d'Autriche après la conclusion de la paix de Pres-
bourg. Napoléon l supprime cet ordre sans consistance en 1809.
Cependant le 28 juin 1840 os staWts de l'Ordre Teutonique sont
renouvelés : l'Empereur d'Allemagne devient le protecteur de
l'Ordre, l'archiduc le Grand Maître.
Après la guerre de 1914-1918, avec l'abdication du Kaiser l'Ordre
périclite. On attribue en 1929 aux quelques survivants le soin des
infirmes et des pauvres. En 1961 l'Ordre des Chevaliers Teutoniques
comptait quatre-vingt-dix-neuf membres séjournant en Autriche,
ltalie, Tchécoslovaquie et Allemagne son siège est à Vienne.
Ces chevaliers, prêtres, servants ont constitué un Ordre guer-
rier dont la discipline a été toute allemande. Avec leur manteau
gris ils ont combattu pour l'Empereur et avec les Margraves ils ont
créé la puissance Prusso-Brandebourgeoise. Ces chevaliers ont été
des guerriers, ils ont détruit de nombreuses villes en Pologne. Ils
ont aussi dévasté Gniezno, Lenczyca, Silradz. Les Grands Maîtres
ont voulu imposer leurs vues et bien des historiens ont stigmatisé
leur action qui ainsi n'aboutirait qu'à une oeuvre négative. Par contre
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pour d'autres auteurs la puissance de l'Ordre a été bénéfique car
elle a matérialisé cette politique germanique de la poussée à
l'est '. Grâce au dynamisme des chevaliers, des régions ont pu être
fertilisées, des villes créées.
Ces chevaliers moines au lieu de bonté et de charité n'ont laissé
dans l'esprit des hommes que des souvenirs de violence et de
cupidité. Ils ont exterminé des populations au lieu d'amour ils n'ont
laissé que haine et rancoeur sur leur passage.
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