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Fiche Analyse DDFC

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Fiche analyse DDFC

On appelle littérature de circonstances, des œuvres écrites dans l'urgence de circonstances qui
imposent à l'écrivain de mettre sa plume au service d'une cause. C'est le cas de la Déclaration
des droits de la femme et de la citoyenne. Olympe de Gouges, bien que privée de toute réelle
participation politique à la Révolution française, comme toutes les femmes, ne peut
s'empêcher d'intervenir dans le débat politique.

1• Un texte engage et humaniste

1) Les fondements philosophiques et juridiques de la Déclaration

Dans la lignée de la philosophie des Lumières, Olympe de Gouges s'appuie sur des arguments
philosophiques pour justifier la revendication de l'égalité entre les sexes.
Elle invoque en premier lieu le droit naturel. Fondé sur l'idée d'une nature humaine unique
et non sur la réalité sociale dans laquelle vit chaque individu, le droit naturel est réputé
universellement valable. La nature devient le modèle de l'équilibre et non de la soumission
d'un sexe à l'autre. Dans l'Exhortation qu'elle adresse aux hommes, Olympe de Gouges
incite chacun à s'inspirer de ce modèle : « parcours la nature dans toute sa grandeur
»

Bien qu'elle ne donne pas d'exemple précis, l'autrice suggère que chez les animaux, le
mâle et la femelle vivent dans le partage des rôles :
« Cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans l'administration de la
nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un
ensemble harmonieux à ce chef-d'œuvre immortel. »
Elle se situe ainsi dans la lignée de Rousseau, pour qui la société seule est génératrice
d'inégalité et d'injustice.

La foi dans la raison et le progrès, héritée des Lumières, est égale : ment un argument
majeur brandi par l'autrice pour justifier son combat. Olympe de Gouges rappelle avec
ironie que la femme est également un être de raison, qui à ce titre n'a pas à obéir à des
hommes « despotes ».
« Dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut
commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles
[...]. »

Quant au progrès, sans lequel toute aspiration au bonheur est impossible, il vise
l'amélioration des conditions de vie de tous, et plus particulièrement ici du couple :
« Mais combien il [le texte du nouveau contrat social] offrira aux sages de moyens
moraux pour arriver à la perfectibilité d'un gouvernement heureux ! »
L'autrice va jusqu'à formuler le projet d'une société fondée sur l'égalité sociale, affirmant
que la reine n’est à sa place que par « hasard », et qu'elle, Olympe de Gouges, pourrait
occuper cette même place et vice versa. Nul n'étant assigné, selon elle, par le destin à être
reine ou servante.

2) Prolonger la Révolution en faveur des femmes

En réécrivant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Olympe de Gouges


entend prolonger l'œuvre de la Révolution en l'élargissant au combat pour l'égalité en
faveur des femmes.
Pour donner plus de force à son texte, elle reprend le format de la Déclaration des droits
de l'homme de 1789 ; Sa Déclaration compte le même nombre d'articles, disposés dans le
même ordre, avec une formulation syntaxique et lexicale globale très similaire.

Mais tout l’intérêt et l’audace de son texte réside dans les différences qu’il apporte :

Dans les articles II, VI et XIV, elle féminise les phrases en remplaçant
systématiquement les mots « homme(s) » ou « citoyen(s) » par le groupe nominal
coordonné « l’homme et la femme », ou « citoyen et citoyenne ». Par ce procédé,
l'égalité est affirmée simplement et efficacement.
Dans les articles 1, IV et XII, elle substitue au mot « homme/s) » le mot «
femme/s) ». Le ton est bien plus celui d'une revendication en faveur de la condition
féminine, car il s'agit pour elle de faire entendre la voix des femmes.
Dans les articles X, XI, XIII, XVI, elle va plus loin en s'écartant nettement de
leur modèle de 1789 pour réclamer des droits spécifiques ou révéler de façon flagrante
les injustices faites aux femmes. C'est dans ces articles qu'on trouve les formules les
plus percutantes de son texte :
« La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui
de monter à la tribune. » (art. X)
Ou encore :
« La Constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la
nation, n'a pas coopéré à sa rédaction. » (art. XVI)

3) L'intersectionnalité des causes

À son combat majeur qui vise à accorder aux femmes les mêmes droits que les hommes,
Olympe de Gouges associe des luttes secondaires. C'est le principe de l'intersectionnalité
des causes, selon lequel plusieurs formes de discrimination ou d'injustice peuvent
s’entrecroiser dans une société, et parfois toucher les mêmes individus, comme une
femme victime de sexisme et de racisme par exemple.

Ainsi, Olympe de Gouges milite pour une union conjugale libre dans laquelle les conjoints
sont strictement égaux dans la gestion des biens du ménage et dans l’autorité sur les
enfants. Elle considère qu’il faut également améliorer le statut des prostituées, autoriser le
mariage des prêtres et surtout lutter contre l’esclavage et la discrimination envers les
personnes noires.
2.La rhétorique de l'engagement
Résolue à convaincre ses lecteurs comme ses adversaires, Olympe de Gouges utilise des
procédés d'écriture variés qui relèvent de la rhétorique, cet art de s'exprimer, pour les engager
au combat.

1) La rhétorique de la volonté ou de l'invective

L'autrice ne cesse d'entrer dans un dialogue avec ses lecteurs par la mise en scène
d'interlocuteurs multiples : la reine, les hommes, les femmes, ses accusateurs. Avec ces
interlocuteurs, l'écriture se fait orale, vivante, que ce soit dans le but de susciter l'énergie
et la volonté du combat chez les victimes, ou dans le but de susciter le sentiment de
culpabilité chez les dominants.
Olympe de Gouges multiplie par ailleurs les impératifs et d'autres tournures injonctives ou
interrogatives qui doivent déclencher à la fois le sursaut moral et le combat.
« Homme, es-tu capable d'être juste ? »
« Femme, réveille-toi ; {...] reconnais tes droits. »
« Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? »

2) La rhétorique de l'émotion

Olympe de Gouges peint des tableaux pathétiques pour révéler les injustices dont sont
victimes les esclaves ou les femmes :
« Une jeune personne sans expérience, séduite par un homme qu'elle aime,
abandonnera ses parents pour le suivre ; l'ingrat la laissera après quelques
années, et plus elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera inhumaine ; si
elle a des enfants, il l'abandonnera de même. »
Elle use également de procédés de balancement, de parallélismes ou de chiasmes
percutants : « l'une est sans cesse prise pour exemple, et l'autre est éternellement
l’exécration du genre humain » ; « tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition
de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la Révolution, respectable
et méprisé »

3) La violence de l'écriture pamphlétaire

L'objectif du pamphlet est de détruire l'adversaire et sa cause en les discréditant de


façon agressive. Les cibles privilégiées d'Olympe de Gouges dans son texte sont les
hommes dans leur ensemble :
« L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle,
boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité,
dans l'ignorance la plus crasse, […] il prétend jouir de la Révolution, et
réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus. »
Dans le passage ci-dessus, tout est fait pour exagérer la position de domination des
hommes sur les femmes : le vocabulaire y est extrêmement dévalorisant, voire
insultant (« dégénéré »), l'hyperbole négative (« l'ignorance la plus crasse »). Les
mots ne sont pas trop forts pour crier à l'injustice de ces siècles d’« exception » d'un
homme seul tyran de la nature.

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