Portrait de Périandre
Les Caractères, livre VI, remarque 21, La Bruyère
Introduction :
La seconde moitié du XVIIè me siè cle est considé ré comme l'â ge d'or du thé â tre classique. Le Classicisme est un
mouvement puisant son inspiration dans les œuvres de l'Antiquité , considé ré es comme parfaites, et qui prô ne la
doctrine « plaire et instruire ». La Bruyè re publie les Caractè res en 1687, un recueil de portraits et de maximes afin de
faire ré flé chir et de critiquer les mœurs de la socié té .
Dans le chapitre VI de son livre Les Caractè res ou les Mœurs de ce Siè cle, intitulé « Des Biens de Fortune », le
moraliste La Bruyè re dresse des portraits souvent satiriques de ces bourgeois parvenus, comme Cré sus ou Dorus qui
exhibent leurs nouvelles richesses et tentent d'é blouir ceux qu'ils cô toient.
Le personnage de Pé riandre, dont le portrait est dé veloppé dans la remarque 21 du livre VI, est l'un de ces «
nouveaux riches » qui tente de mettre en scè ne une ré ussite sociale dont il s'enorgueillit pour mieux dissimuler des
origines roturiè res qui lui font honte dé sormais.
Problématique :
Quels enseignements le moraliste cherche-t-il à donner à son lecteur en dé masquant Pé riandre ?
Plan :
La Bruyè re dé livre tout d'abord un enseignement sur la socié té du XVIIe siè cle en faisant la satire du
pouvoir de l'argent à travers celle d'un bourgeois parvenu
gj
Le moraliste dé livre aussi un enseignement à son lecteur sur la nature humaine en condamnant le vice
humain de l'orgueil
et
L'argumentation implicite de l'auteur qui valorise l'idé al humain de l'honnê te homme par opposition au
personnage ridicule qu'il dé cré dibilise
Partie 1 - enseignement sur la société du XVIIe siècle en faisant satire du
pouvoir de l'argent à travers celle d'un bourgeois parvenu
LB présente un bourgeois parvenu qui a acheté une charge lui conférant un titre de noblesse.
GERE
« on ne peut mieux user de sa fortune que fait Périandre » litote/antiphrase : suggè re que le personnage
met à profit toute ses ressources financiè res pour conforter son statut et impressionner toujours plus. Ce n'est
plus la naissance qui procure des privilè ges mais l'argent qui permet de les monnayer. La litote se double
d'une antiphrase puisqu'elle fait entendre l'ironie du moraliste à l'é gard de Pé riandre.
« du rang, du crédit, de l'autorité » gradation : son influence est croissante.
« prier, implorer » voc. religieux : L.B insiste sur la considé ration dont Pé riandre bé né ficie de son
entourage laissant penser qu'il est presque considé ré comme une divinité , tant le pouvoir que lui confère son
agent est grand
« on » pronom personnel : suggè re l'unanimité des ré actions qu'il suscite : chacun se soumet volontairement
car chacun trouve son compte
et
« un homme de ma qualité » discours direct/périphrase/italique : il s'enorgueillit de son nouveau titre
pensant cacher ses origines roturiè res. L'italique ré vè le distance critique de LB face à la pré tention du
personnage
sesexy
« il se donne pour tel » modalisateur : suggè re que Pé riandre croit faire illusion, ce que dé ment l'ironie du
narrateur
Partie 2 - enseignement sur la nature humaine en condamnant le vice humain de
l'orgueil
LB invite à observer l'ostentation dont fait preuve Périandre. Il exhibe différents signes de richesse
=> hospitalité, prodigalité (ne pas compter ses dépenses) imitant les mœurs des Grands
ses
« table (...) qui est délicate » métonymie : suggè re que Pé riandre recherche un certain raffinement culinaire
pour impressionner ses invité s
si
=> Périandre possède également une maison, symbole ostentatoire.
« superbe » adjectif : (vient du latin qui signifie orgueilleux), est polysé mique : maison impressionnante et
orgueilleuse
« c'est un portique » emphase : souligne l'aspect dé mesuré du bâ timent qui est à l'image de la vanité de son
proprié taire
« est-ce la maison d'un particulier ? est-ce un temple ? » questions rhétoriques : LB rapporte, au discours
direct, les interrogations que suscitent la maison de Pé riandre dans le voisinage, ces questions mettent en
relief la surcharge ornementale.
etet
« le peuple s'y trompe » implicite : L'implicite suggè re que la noblesse ne s'y trompe pas. L'imposture de
Pé riandre ne fait illusion qu'auprè s de ses pairs.
retard
« le seigneur dominant de tout le quartier » périphrase : La pé riphrase burlesque ridiculise les pré tentions
de Pé riandre. Et dé voile son pé rimè tre d'influence limité à son quartier - contraste avec son ambition
sociale.
« cette grandeur qu'il a acquise, dont il ne doit rien, qu'il a payée » discours indirect libre : LB fait
entendre la voix de Pé riandre qui cherche à se persuader lui-mê me qu'il est lé gitime dans son nouveau statut.
On perçoit la distance ironique du moraliste qui ne cautionne pas cette tentative dé sespé ré e d'auto-persuasion
Partie 3 - argumentation implicite de l'auteur qui valorise l'idéal humain de
l'honnête homme par opposition au personnage ridicule qu'il décrédibilise
Périandre craint de voir son imposture découverte
discours indirect libre : permet de faire entendre la voix angoissé e du personnage qui en vient à dé plorer
que son pè re ne soit pas mort il y a 10 ans. La peur de voir son image entaché le conduit à se dé shumaniser
questions rhétoriques : montent le sentiment d'impuissance du personnage qui se laisse peu à peu dominer
par la peur. Les diffé rentes hypothè ses qu'il envisage montrent qu'il est acculé
utilisation d’un style parataxique : imite la nervosité , l’angoisse d’un homme qui vit dans la crainte
de voir ses origines roturiè res dé couvertes
« odieuses pancartes » hypallage : suggè re que le personnage projette son animosité sur les avis de
dé cè s susceptibles de révé ler le vé ritable nom de son père.
« ville maligne, jalouse, clairvoyante » personnification : la ville sous les traits d'une cré ature lucide et
malveillante dé sireuse de dé masquer Pé riandre montre sa paranoïa, sû r de faire l'unanimité contre lui.
« milles gens qui veulent absolument tenir leurs rangs aux obsèques » : les conventions sociales
semblent ironiquement se retourner contre les personnages. Pé riandre a peur de de subir de la honte
et n’hésite pas alors à renier son père.
« noble homme » / « honorable homme » (petit bourgeois ou artisan) qui contrastent avec
« messire » qui représente le statut que Pé riandre revendique. Le personnage s’interroge sur le
vocabulaire à employer pour é voquer le statut social bourgeois de son pè re
Conclusion :
Le moraliste dé truit l'illusion thé â trale entretenue par ce type d'individu, qui cherche à donner une image flatteuse de
lui-mê me en socié té , et affû te l'esprit critique de son lecteur en l'incitant à ne pas se laisser duper par les faux-
semblants. Il dé voile é galement certains aspects inquié tants de la nature humaine. L'orgueil du personnage est tel qu'il
le dé shumanise et une partie de son entourage tire profit de cette situation sans scrupules. A ce constat pessimiste sur
la nature humaine ré pond en creux la promotion de l'idé al humain de l'honnê te nomme raisonnable, humble, mesuré
qui prend garde à ne pas se laisser dominer par ses passions.
En faisant tomber le masque de son personnage. La Bruyè re cherche donc bien à dé livrer un enseignement à son
lecteur plus qu'à le divertir.
On pourrait rapprocher Pé riandre du personnage de M. Jourdain dans la piè ce Le Bourgeois Gentilhomme de Moliè re.
Les deux hommes sont en effet de riches bourgeois gonflé s d'orgueil par leur ré ussite sociale, qui tentent d'adopter les
mœurs de la noblesse. Cependant. M. Jourdain a des pré tentions intellectuelles et artistiques que l'on ne connait pas à
Pé riandre. Il apparaît aussi comme un personnage de pure comé die à l'inverse de Pé riandre dont le profond mal ê tre
nous est dé voilé par le moraliste.