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EL1 Manon

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Séquence 2 Manon Lescaut, Abbé Prévost

Personnages en marge, plaisirs du romanesque

Etude linéaire : Manon Lescaut, Abbé Prévost « La rencontre de Saint-Sulpice »

Elle s’assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n’osant l’envisager directement. Je commençai
plusieurs fois une réponse que je n’eus pas la force d’achever. Enfin je fis un effort pour m’écrier
douloureusement : « Perfide Manon ! Ah ! perfide ! perfide ! » Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes,
qu’elle ne prétendait point justifier sa perfidie. « Que prétendez-vous donc ? m’écriai-je encore. — Je
5 prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je vive. —
Demande donc ma vie, infidèle, repris-je en versant moi-même des pleurs que je m’efforçai en vain de
retenir ; demande ma vie, qui est l’unique chose qui me reste à te sacrifier ; car mon cœur n’a jamais cessé
d’être à toi. » À peine eus-je achevé ces derniers mots, qu’elle se leva avec transport pour venir m’embrasser.
Elle m’accabla de mille caresses passionnées. Elle m’appela par tous les noms que l’amour invente pour
10 exprimer ses plus vives tendresses. Je n’y répondais encore qu’avec langueur. Quel passage, en effet, de la
situation tranquille où j’avais été, aux mouvements tumultueux que je sentais renaître ! J’en étais épouvanté.
Je frémissais, comme il arrive lorsqu’on se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit transporté
dans un nouvel ordre de choses ; on y est saisi d’une horreur secrète dont on ne se remet qu’après avoir
considéré longtemps tous les environs.
15 Nous nous assîmes l’un près de l’autre. Je pris ses mains dans les miennes. « Ah ! Manon, lui dis-je en la
regardant d’un œil triste, je ne m’étais pas attendu à la noire trahison dont vous avez payé mon amour. Il
vous était bien facile de tromper un cœur dont vous étiez la souveraine absolue, et qui mettait toute sa félicité
à vous plaire et à vous obéir. Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé d’aussi tendres et d’aussi soumis ?
Non, non, la nature n’en fait guère de la même trempe que le mien. Dites-moi du moins si vous l’avez
20 quelquefois regretté ? Quel fond dois-je faire sur ce retour de bonté qui vous ramène aujourd’hui pour le
consoler ? Je ne vois que trop que vous êtes plus charmante que jamais ; mais, au nom de toutes les peines
que j’ai souffertes pour vous, belle Manon, dites-moi si vous serez plus fidèle ? ».
Elle me répondit des choses si touchantes sur son repentir, et elle s’engagea à la fidélité par tant de
protestations et de serments, qu’elle m’attendrit à un degré inexprimable.
Séquence 2 Manon Lescaut, Abbé Prévost
Personnages en marge, plaisirs du romanesque

Etude linéaire

Situation : la scène est une deuxième rencontre (relire la première), alors que Manon l’a trahi en le dénonçant à son
père, pour être entretenue par M. B…, Des Grieux a choisi de devenir prêtre (influence de Tiberge). Ils ont été séparés
pendant deux ans, et Manon vient le voir lors d’un exposé public. Lire le texte (+ ce qui précède un peu)

Problématique : comment le texte rend-il compte de la fascination qu’exerce Manon ? De sa séduction ?


Mouvements du texte : on peut suivre le mouvement des personnages
1) l.1 à 8 : elle est assise et lui debout : Manon au tribunal, accusations de DG, réponses de Manon
2) l. 8 à 15 : elle se lève et l’embrasse : elle l’envoûte à nouveau, il est bouleversé
3) l. 15 à la fin : discours pathétique + comment le discours de DG couvre celui de Manon

1) Manon face aux accusations de DG


a) DG accusateur :
- Ils se font face et sont éloignés, scène décrite qui met en évidence leur opposition « elle s’assit/ je demeurai debout »+
la réticence de DG « le corps à demi tourné, » et même sa peur (car il connaît son pouvoir, son charme => regard de
Manon est comme celui d’une divinité = puissance de la femme séduisante) : « n’osant l’envisager directement »
(participe présent) => tension qui peut évoquer le théâtre
- Impossibilité de parler qui marque son trouble « plusieurs fois » effet d’insistance. « Pas la force » => elle le paralyse,
il ne parvient pas à parler (impuissance physique) : puissance de Manon : elle le réduit au silence.
- L’adverbe de temps « enfin » montre qu’il réagit mais en exprimant une douleur, souffrance physique (qui a
commencé avec « pas la force ») et qui est renforcée avec les termes « effort » et « douloureusement » (adverbe).
« m écrier » exclamation = émotion + dramatisation. La scène romanesque devient une scène de théâtre.
- Des accusations sur le mode exclamatif qui disent aussi la souffrance + adjectif de la tragédie « perfide » (3fois) =>
insistance + registre pathétique. Il l’accuse de trahison (elle vient de reconnaître son infidélité dans le paragraphe
précédent mais elle n’exprime pas vraiment de culpabilité (son système de valeurs n’est aps le même que celui de DG)
si bien que la violence de l’attaque produit des larmes (atteintes de sa sensibilité).
b) Réponse de Manon
- elle n’a pas droit au discours direct, + les larmes (très fréquentes dans le roman car il s’agit de la manifestation, du
signe de la sensibilité ici « à chaudes larmes » l’adjectif renforce le pathétique)
- formulation négative « ne prétendait pas justifier sa perfidie » : reprise du mot de DG « perfidie », elle accepte sa
lecture mais est incapable de donner des raisons : expression de la soumission la plus grande
c) Dialogue : pourquoi est-elle venue ?
- DG exprime par une interrogation partielle (pronom interrogatif, cod) son incompréhension sur ses motifs : que
cherche-t-elle ? Le lecteur peut se poser la même question (car sa situation est plutôt bien engagée : elle est entretenue
par M. de B et se trouve bien plus riche qu’elle ne peut l’espérer avec DG. Seule solution, elle l’aime et elle est
inconsciente)
- L’amour, c’est ce qu’elle veut : on notera qu’elle a enfin droit au discours direct + la formulation hyperbolique et
emphatique : « Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je
vive. » : antithèse « mourir/ vive »+ image du « coeur » Notons la syntaxe subordonnée conjonctive introduite par « si »
CC hypothétique + subordonnée relative+ succession de formes négatives « si vous ne me rendez votre coeur »
« impossible de » => renforce le pathétique par l’exagération
- il succombe immédiatement en avouant son amour (toujours sur un mode hyperbolique et dramatique (cad théâtral)
« demande ma vie » répété + apostrophe « infidèle » (qui rappelle la trahison et donc la faute)+ petit passage narratif qui
pourrait ressembler à une didascalie et qui accentue le pathétique « en versant moi-même des pleurs que je m’efforçai
en vain de retenir »+ explication (proposition indépendante introduite par la conjonction de coordination « car »
construction du couple avec la mise en miroir « mon coeur »/ « à toi »
2) Le charme de Manon
- la subordonnée conjonctive CC de temps « À peine eus-je achevé ces derniers mots, » (attention ici c’est la
proposition introduite par que qui est la principale !!] = locution conjonctive « à peine ...que » marque immédiateté de
la réaction : « avec transport » mot de l’époque et du roman ! (vive émotion, passion). Les mots de DG suscitent une
action, rapprochent Manon.
- « embrasser » » = prendre dans les bras. Idée d’un contact physique qui est renforcée par l’hyperbole « mille
caresses »+ adjectif « passionnées »+ succession d’hyperboles « tous les noms » « les plus vives » : lexique de l’amour
« embrasser, caresses, passionnées, amour, tendresse » => son aveu entraîne un débordement d’amour sensuel (elle le
touche)
Séquence 2 Manon Lescaut, Abbé Prévost
Personnages en marge, plaisirs du romanesque

- Notons que dans le récit rétrospectif, DG se présente comme immobile et passif : c’est elle qui agit qui, d’une certaine
manière, l’attrape : elle est le sujet des verbes d’action : « elle se leva, elle m’accabla, elle m’appela » et lui reste assez
passif, voir la négation restrictive + « langueur » terme qui signifie l’affaiblissement (ici de la volonté?) mais l’adverbe
« encore » suggère que cela va changer (toujours le récit rétrospectif)
- analyse de soi : surprise et bouleversement marqués par l’exclamation + antithèse « situation tranquille/ mouvements
tumultueux » qui montre qu’il ne comprend pas sa propre réaction (!) + deux temps verbaux « avait été » plus que
parfait de l’antériorité/ « sentais » imparfait. Son étonnement porte sur le « passage » c’est à dire sur sa transformation
intérieure. « renaître » le préfixe renvoie à son expérience précédente avec Manon (cela pourrait paraître en
contradiction avec l’aveu d’un amour qui n’a jamais cessé, peut-être parce ce qu’il sent renaître est la sensualité et le
désir et non l’amour)
- d’où « épouvanté »+« frémissais » : il est effrayé de ce qu’il ressent et surtout sans doute de ne pas maîtriser ce qui se
passe (on a ici un bon exemple du personnage en proie à ses passions, en proie à un amour qui le dépasse et sur lequel il
n’a pas de prise)
- comparaison qui se déploie sur toute la fin du paragraphe et qui relève du romanesque, on a pu parler d’une esthétique
du cauchemar, avec le cadre « la nuit » « campagne écartée », la perte des repères « nouvel ordre de choses », sentiment
intense « horreur secrète » => on peut penser que le récit rétrospectif joue encore ici car il compare sa chute (il retombe
dans les bras de M.) à un cauchemar terrifiant mais cette idée négative vient de ce qu’il sait qui va se passer (il raconte
la scène des années après)
3) Discours de DG : reproches et espérances
- le rapprochement va de pair avec la construction du couple « nous » renforcé par la locution « l’un près de l’autre »
- toutefois, DG reprend l’initiative (action « je pris » comme la parole « lui dis-je ») : il redevient le maître de la
situation (mais sur un mode pathétique « œil triste ») et va tenir un discours d’abord de reproches puis d’espoir : « noire
trahison »/ « mon amour » antithèse qui accentue la culpabilité de M. + « tromper » => il insiste sur le fait qu’elle l’a
trahi alors que, rappelons-le elle l’a renvoyé à son père c’est à dire à sa classe sociale, elle l’a écarté d’une fréquentation
qui va lui être néfaste.
- image traditionnelle de l’amour « souveraine absolue »/ « vous plaire et vous obéir »/ « tendre et soumis » : idéal
courtois (mais pensons qu’il s’adresse à une aventurière d’origine modeste : il y a un écart entre la force de son amour
et l’être auquel celui-ci s’adresse (selon les valeurs de l’époque))
- succession de questions dont il n’attend pas les réponses (qu’il fait parfois lui-même : « Non, non, la nature n’en fait
guère de la même trempe que le mien ») et qui reviennent sur le présent avec les adverbes « aujourd’hui » et
« maintenant » avant d’envisager le futur « me serez-vous »
- questions qui portent sur la fidélité : « tromper » « fidèle » il est inquiet et peine à lui faire confiance, il se souvient de
sa souffrance « consoler » « peines que j’ai souffertes »
- le mot « charmante » renvoie au sens fort du terme qui a des charmes (pouvoirs de séduction) auxquels on ne peut
résister.
- la réponse de Manon est faite au discours indirect narrativisé : elle reste encore dans l’ombre, le personnage est
vraiment présenté selon le point de vue de DG, on n’a peu d’éléments pour s’en faire une idée. Ici, insistance sur le
registre pathétique (avec une proposition subordonnée de conséquence : « si…tant... que... » : « des choses si touchantes
sur son repentir, et elle s’engagea à la fidélité par tant de protestations et de serments, qu’elle m’attendrit à un degré
inexprimable. » : c’est le discours de Manon qui produit l’amour. + Hyperboles « tant de protestations et de serments »
= pluriel et « degré inexprimable » (adjectif construit sur une négation lexicale qui permet d’insister sur le sentiment
ressenti)

CC : la scène nous n’est pas sans nous rappeler une scène de théâtre : retrouvailles dramatisées et registre pathétique. Le
récit rétrospectif insiste moins sur la fatalité que dans la rencontre d’Amiens mais on retrouve l’idée d’une femme
envoûtante et fatale et d’un jeune homme passif, inquiet et triste.

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