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Guerre Des Sables

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Maroc-Algérie : la «Guerre des Sables»

Le 8 octobre 1963, le Maroc et l’Algérie règlaient leur contentieux frontalier avec les armes.
La «Guerre des sables» était déclenchée. Une attaque de l’armée algérienne contre des positions
des Forces armées royales, ayant fait 10 morts dans les rangs des soldats marocains, a mis le
feu à la poudrière. Pendant quelques semaines, les deux pays se sont livrés des batailles sur
terre et dans les airs. L’Algérie a d’ailleurs bénéficié de l’appui en troupes de l’Egypte de Nasser
et de Cuba de Fidel Castro.

Contexte :

Plusieurs facteurs contribuent à l'éclatement du conflit : l'absence d'un tracé précis de


la frontière entre l'Algérie et le Maroc, l'irrédentisme marocain autour de la notion du « Grand
Maroc », la découverte d'importantes ressources minérales dans la zone contestée ainsi que le
refus du gouvernement de l'Algérie indépendante, présidé par Ahmed Ben Bella, de
reconsidérer les frontières héritées de l’ère coloniale tel que cela a été reconnu et admis le 6
juillet 1961 lors d'une convention signée à Rabat par Ferhat Abbas, président du GPRA,
et Hassan II, roi du Maroc.
Avant que la France ne colonise la région à partir du XIXe siècle, une partie du territoire algérien
actuel, au sud et à l'ouest, était sous souveraineté marocaine; cependant aucune frontière n'était
définie pour les régions du Sahara "sans point d'eau" .
Dans le traité de Lalla Maghnia (18 mars 1845), qui fixe la frontière entre l'Algérie française et
le Maroc, il est stipulé que « un territoire sans eau est inhabitable et sa délimitation est
superflue » et le tracé n'est défini que sur 165 kilomètres. Au-delà n'existe qu'une zone
frontalière, sans limite précise, jalonnée par des territoires tribaux rattachés au Maroc ou à
l'Algérie. Après la colonisation du Maroc en 1912, l'administration française fixe des limites
entre les deux territoires, mais celles-ci suivent des tracés mal identifiés (ligne Varnier en 1912,
ligne Trinquet en 1938), variant d'une carte à l'autre, puisqu'aux yeux de l'administration
française il ne s'agit pas de frontières et que la zone est pratiquement inhabitée. La découverte
d'importants gisements de pétrole et de minerais (fer, manganèse) dans la région conduit la
France à délimiter plus précisément les territoires, et en 1952 les Français décident d'intégrer
aux départements français d'Algérie les régions de Tindouf et Colomb-Béchar.
Dès son indépendance en 1956, le Maroc revendique la souveraineté sur ces territoires, ainsi
que sur d'autres ayant fait partie du Maroc historique. Afin de mettre un terme au soutien du
Maroc au FLN algérien, la France propose le principe de la restitution de ces territoires contre
la mise en place d'une « organisation commune des régions sahariennes » (OCRS), chargée
d'exploiter les gisements miniers du Sahara récemment découverts et l'interdiction d'abriter des
insurgés algériens. Le roi Mohammed V voit cette proposition comme un « coup de poignard
dans le dos » des « frères algériens », et parvient séparément à un accord le 6 juillet 1961 avec
le chef du Gouvernement provisoire de la République algérienne, Ferhat Abbas. Selon cet
accord, une fois l'indépendance algérienne acquise, le statut de Tindouf et Colomb-Béchar
serait renégocié.
Cependant, à l'indépendance de l'Algérie, et avant que cet accord ne soit ratifié, une coalition
menée par Ahmed Ben Bella et soutenue par l'Armée de libération nationale évince Ferhat
Abbas du gouvernement. Un des enjeux de la guerre d'Algérie était la préservation de l'unité du
territoire, il s'agissait en particulier d'empêcher la France de séparer la région du Sahara du reste
de l'Algérie.

1
Le gouvernement algérien ne contrôle pas encore fermement tout son territoire ; en particulier,
un soulèvement berbère anti-FLN, conduit par Hocine Aït Ahmed, se développe en Kabylie.
Dans le même temps, les revendications socialistes du FLN trouvent un écho au Maroc avec
l'UNFP de Mehdi Ben Barka, qui exige une réforme agraire, une révolution des travailleurs, et
une solidarité anti-impérialiste avec la révolution algérienne ; celui-ci doit quitter le Maroc
en juillet 1963 à la suite de l'échec du « complot de juillet » contre le roi, dans lequel une faction
de l'UNFP1 est mêlée. Les tensions entre le Maroc et l'Algérie montent peu à peu, et aucune des
parties ne veut prendre le risque de reculer. Dès 1962, Tindouf est le siège d'incidents : lors du
référendum d'indépendance, les habitants indiquent sur leur bulletin : « OUI à l'indépendance,
mais nous sommes marocains ».

Déclenchement
À partir du début septembre 1963, l'agence Maghreb Arabe Presse, alors proche de l'Istiqlal,
annonce que des troupes algériennes sont entrées à Tarfaya afin d'inciter la population à se
révolter contre le roi, et que des blindés occupent les oasis de Zegdou et Mrija.
À la fin septembre, le roi Hassan II et Mohamed Oufkir décident d'envoyer des auxiliaires
marocains de Tagounit pour reprendre Tinjoub et Hassi Beïda, au cœur du territoire
« confisqué » par les Français. Ces deux villages contrôlent la piste qui relie la côte de l'Algérie
à Tindouf et au Sahara espagnol. Cette manœuvre permet au roi d'obtenir un vaste soutien de la
population marocaine. Le 30 septembre, le président Ben Bella affirme que les forces
marocaines près de la frontière soutiennent le soulèvement de Hocine Aït Ahmed. Le 2 octobre,
l'armée algérienne s'empare de Tinjoub, Ich et Hassi Beïda. Les Marocains les reprennent peu
après.
Pendant ce temps, le 5 octobre les ministres des Affaires étrangères Ahmed Reda
Guedira et Abdelaziz Bouteflika se rencontrent à Oujda, et parviennent au principe d'un
sommet entre le roi et Ben Bella, qui statuerait définitivement sur le territoire. Ce sommet n'aura
jamais lieu. Sur ordre de Hassan II, Abdelhadi Boutaleb, le ministre de l'Information, se rend
à Alger, mais sa mission échoue, et le 15 octobre, l'Algérie décide la mobilisation générale dans
l'ANP des anciens djounoud de l'ALN, les combattants vétérans de la guerre d'indépendance.

Opérations militaires
Le 14 octobre, les Forces armées royales du Maroc occupent Hassi-Beïda et Tinjoub et
repoussent les forces algériennes vers la piste Béchar-Tindouf. Cette première intervention des
forces régulières marque généralement le début du conflit. L'armée algérienne s'empare de Ich,
une « excroissance » marocaine dans le désert, loin à l'est de la zone contestée. Il s'agit
vraisemblablement d'ouvrir un nouveau front pour relâcher la pression sur les troupes
algériennes menacées au sud, ou bien de détenir un territoire qui puisse servir de « jeton » dans
les négociations. Le 18, les Algériens arrivent au bord de Figuig.
L'armée marocaine, commandée par le général Driss Ben Omar El Alami, est mieux équipée et
approvisionnée, tandis que l'armée algérienne, commandée par Houari Boumédiène,
expérimentée pour la guérilla mais mal équipée, souffre de problèmes logistiques. Ahmed Ben
Bella a ultérieurement expliqué son choix d'axer la politique de développement algérienne sur
d'autres domaines que le militaire car il ne s'attendait pas à être attaqué par un « peuple frère ».
L’Algérie se fournit en armement auprès de Cuba (dont un contingent de 686 hommes, avec
aviation, blindés, et artillerie), de l’Égypte (1 000 soldats sont envoyés en Algérie), pendant que
le Maroc ne reçoit aucun appui direct des États-Unis, de l'Espagne ou de la France, bien que la

1
L'Union nationale des forces populaires

2
coopération militaire entre le Maroc et l'armée française ait pu avoir quelques répercussions sur
le terrain. Après l'atterrissage d'urgence d'un hélicoptère algérien en panne derrière les frontières
marocaines le 20 octobre, cinq officiers égyptiens l'occupant sont capturés; trois colonels
égyptiens sont présentés à la presse. Le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec Cuba
le 31 octobre, et rappelle ses ambassadeurs en Égypte et en Syrie. 350 professeurs égyptiens
sont expulsés.
Il était prévu qu'un contingent cubain, comportant 22 blindés T-34, s'empare de Berguent au
Maroc, mais l'attaque est suspendue au dernier moment par Ben Bella, en raison de la
perspective de négociations lors de la conférence de l'Organisation de l'unité africaine devant
se tenir à Bamako à partir du 29 octobre39.
À la fin du mois, le Maroc bénéficie d'une situation militaire favorable, en tenant Hassi-Beïda
et Tinjoub, et en approchant de Tindouf, tandis que l'Algérie bénéficie d'une situation
diplomatique en sa faveur : elle possède un large capital de sympathie après la guerre
d'indépendance, elle est soutenue à des degrés divers par toutes les organisations africaines, et
elle peut mettre en avant le principe de uti possidetis pour soutenir sa revendication40.

Négociations pour un cessez-le-feu


Plusieurs tentatives de négociations, infructueuses et non coordonnées, ont lieu avant que
l'OUA ne parvienne à un accord à la fin d'octobre.
Habib Bourguiba
Le président tunisien, Habib Bourguiba tente le premier d'établir un dialogue entre les
belligérants, mais ne parvient pas à un accord. Du 15 au 17 octobre, les pays tentent de négocier
directement un cessez-le-feu à Marrakech, avec l'assistance de l'empereur éthiopien Hailé
Sélassié (également premier dirigeant de l'OUA, et alors en visite en Afrique du Nord), sans
aucun succès.
Gamal Abdel Nasser
Gamal Abdel Nasser, président de la République arabe unie (qui ne contient plus que l'Égypte),
appelle à un sommet nord-africain, mais l'implication directe de son armée en faveur de
l'Algérie ne laisse aucune chance à son invitation.
Ligue Arabe
Une offre de médiation, lancée par la Ligue arabe, est également rejetée par le Maroc, qui
considère que celle-ci est trop favorable à l'Algérie, notamment en raison du rôle dominant de
l'Égypte dans la ligue.
Modibo Keita & Hailé Sélassié
Hailé Sélassié et le président du Mali, Modibo Keita, convainquent les belligérants de se
rencontrer lors d'une conférence à Bamako les 29 et 30 octobre ; ils obtiennent un cessez-le-feu
négocié lors de la conférence.
Les conditions du cessez-le-feu sont :

1. L'arrêt effectif des hostilités et l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu, à


compter du 2 novembre, à zéro heure.
2. La constitution d'une commission composée d'officiers marocains,
algériens, éthiopiens et maliens, qui déterminerait une zone au-delà de
laquelle les troupes engagées seraient retirées.

3
3. La constitution d'un corps d'observateurs maliens et éthiopiens chargés de
veiller à la sécurité et à la neutralité de la zone démilitarisée.
4. La réunion, dans les plus brefs délais, des ministres des Affaires étrangères
des États-membres de l'Organisation de l'unité africaine, afin de constituer
une commission spéciale qui aurait pour mission :
a) De situer les responsabilités dans le déclenchement des hostilités;
b) D’étudier le problème des frontières et de soumettre aux deux parties
des propositions concrètes pour le règlement définitif de cette affaire.
Les quatre chefs d'État décident en outre :
1. La cessation par l'Algérie et par le Maroc de toute attaque publique, par voie
de presse ou de radio, à compter du 1er novembre 1963, à zéro heure.
2. L'observation stricte du principe de non-ingérence dans les affaires des
autres États;
3. Le règlement par voie de négociation de tout différend susceptible de
survenir entre États africains.
Il doit prendre effet le 2 novembre, mais le Maroc n'entend pas abandonner Hassi
Beïda et Tinjoub qu'il considère comme faisant partie de son territoire. Le 1er novembre, le
président algérien Ben Bella exige l'évacuation de ces villages par les troupes marocaines.
Devant leur refus, il ordonne des bombardements d'artillerie sur Figuig, et des combats
sporadiques se poursuivent jusqu'au cessez-le-feu effectif du 5 novembre, qui laisse les
positions d'origine inchangées.
Le Maroc, qui tentait depuis la mi-octobre d'amener le conflit devant l'ONU afin de
contrecarrer les efforts algériens à l'OUA, n'est pas soutenu par les États-Unis ou la France,
qui lui indiquent de respecter les accords de Bamako.
Un cessez-le-feu définitif est signé le 20 février 1964, il définit les contours de la zone
démilitarisée et marque la reprise officielle des relations diplomatiques entre le Maroc et
l'Algérie. Les troupes marocaines qui occupent toujours Hassi Beïda et Tinjoub, et les
troupes algériennes qui entourent Figuig, peuvent enfin se replier.

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