CHAPITRE 5 : D’AUTRES MECANISMES CONTRIBUENT
A LA DIVERSITE DU VIVANT
La découverte de l’ADN et de son rôle dans le support de l’information génétique a réformé
la vision de la biologie. On a cherché à expliquer la plupart des phénomènes par la génétique.
Toutefois, les scientifiques se sont heurtés à la conclusion que tout ne peut être attribué au
patrimoine génétique.
Les êtres vivants peuvent se diversifier sans que la cause ne soit génétique.
Le comportement de l’individu et son environnement sont autant de variables à prendre en
compte.
I) Symbioses et diversité des êtres vivants.
La symbiose est une association pérenne à bénéfices réciproques entre deux individus
d’espèces différentes
Premier exemple : les lichens. Docs pages 106-107
Ce sont des structures constituées par l’association entre des filaments mycéliens et des
algues unicellulaires chlorophylliennes.
L’observation microscopique montre un phénotype nouveau à l’échelle anatomique avec
une structure en plusieurs couches :
- deux couches protectrices (cortex mycélien très condensé)
- une couche d’algues photosynthétiques enserrées dans les filaments mycéliens
- une couche de filaments mycéliens seuls délimitant des lacunes.
Cette structure peut être rapprochée de la structure de la feuille chez les végétaux supérieurs.
L’étude de la pariétine montre un phénotype nouveau à l’échelle moléculaire avec la
synthèse de pariétine, molécule issue d’une collaboration entre les métabolismes des deux
symbiotes et permettant l’acquisition d’un caractère nouveau : la résistance au
rayonnement UV.
L’expérience montre en effet que la pariétine n’est pas produite par l’algue ou le
champignon isolés mais provient d’une coopération des deux métabolismes puisqu’elle est
produite par les filaments mycéliens en utilisant les polyols produits par l’algue.
En effet, les polyols produits par l’algue pénètrent dans les filaments mycéliens où ils induisent l’expression
des gènes codant pour les enzymes de la chaîne métabolique de synthèse de pariétine à partir des polyols
Ces caractéristiques participent à la colonisation des milieux hostiles.
La structure entre deux cortex mycéliens protecteurs et contenant des filaments délimitant
des lacunes favorise la conservation d’eau indispensable à la survie du mycélium et des
algues, même dans les milieux arides. La présence des algues unicellulaires dans la couche
située juste sous le cortex supérieur permet la photosynthèse, assurant ainsi la nutrition des
algues mais aussi du mycélium, même dans les milieux pauvres en matière organique. Enfin,
la synthèse de pariétine par certains lichens, comme Xanthoria parietina, permet, en
absorbant et réémettant le rayonnement UV, la survie dans des milieux fortement exposés
aux UV.
Deuxième exemple : les nodosités des fabacées
Ces documents traitent de la symbiose fabacées/Rhizobium. Cet exemple illustre
l’innovation métabolique qui peut naître de l’association de deux partenaires.
Les nodosités se localisent sur les racines d’un lupin. Ces nodosités abritent des bactéries du
genre Rhizobium, fixatrices de diazote atmosphérique, rendu utilisable par la plante sous
forme d’ions ammonium, pour produire des protéines.
Sans cette association, la capacité à exploiter le diazote atmosphérique par la plante est
impossible. Résumé page 114 paragraphe 1
II) la notion de phénotype étendu.
D’après le généticien Richard Dawkins le concept de phénotype doit s’étendre aux
comportements de l’individu et à ses actions sur l’environnement. Les comportements des
organismes résultant de l’expression de certains gènes, et notamment les constructions
réalisées grâce à ces comportements, peuvent constituer des avantages sélectifs favorisant la
transmission de ces mêmes gènes d’une génération à l’autre.
C’est un concept selon lequel le phénotype d’un organisme comprend les modifications
qu’il provoque sur l’environnement ou sur d’autres organismes, résultant de
l’expression de ses gènes.
Quelques exemples : page 108 document 2
Dans les trois cas les animaux étudiés réalisent une construction soit à partir d’une substance
produite, la soie de l’araignée, soit à partir de composants inertes du milieu pour le fourreau
des larves de phryganes ou la termitière.
Ces comportements innés sont le résultat de l’expression du génome des animaux et
modifient leur environnement.
De plus, ces constructions procurent un avantage sélectif, car ils permettent une protection
contre les prédateurs (phryganes, termites) ou une méthode de chasse pour les araignées.
Les constructions ainsi réalisées peuvent donc être considérées comme partie intégrante du
phénotype des animaux.
D’autres exemples :
le phénotype étendu des oiseaux jardiniers satinés d’Australie
https://www.youtube.com/watch?v=eaLHv2zcQMw
L’aspect du nid que construit le mâle de Jardinier satiné conditionne la réussite de sa
parade nuptiale. Le nid correspond à un prolongement du phénotype de l’oiseau et il existe
une diversité de nids en fonction de l’ornementation que le mâle réussit à créer.
La femelle n’accepte de s’accoupler qu’en fonction de l’aspect élaboré du nid. Il s’agit d’un
critère de sélection sexuelle. .
L’édification du nid constitue un prolongement de l’expression des gènes en dehors du corps
de l’animal. C’est pour cette raison que Richard Dawkins l’appelle phénotype étendu. Un nid
très orné favorise la reproduction du mâle et la propagation de ses allèles à une descendance
Un phénotype modifié lors d’une association non héréditaire avec un parasite
L’abdomen de la fourni infectée s’arrondit et devient rouge comme une petite baie rouge.
Cette transformation est due à l’expression des gènes du parasite, un ver nématode.
Cette transformation trompe certains oiseaux qui, pensant absorber un fruit, consomme en
fait la fourmi. Les parasites se retrouvent dans les fientes de l’oiseau ce qui permet de les
disperser du fait de la mobilité plus importante de l’oiseau comparée à celle de la fourmi.
La transformation de l’abdomen de la fourmi est déclenchée par l’expression des gènes du
ver nématode. On peut donc parler de phénotype étendu car le phénotype du ver s’étend à
celui de la fourmi et l’oiseau peut alors jouer un rôle d’agent de dispersion du parasite.
Un phénotype modifié lors d’une association non héréditaire avec un symbiote
1)Analyser le document 3a et proposer une hypothèse expliquant l’influence du type de
bactérie sur la masse graisseuse de l’individu.
Les sujets minces constituent le témoin ; leur microbiote est constitué de 75 % de bactéries
Firmicutes et de 25 % de bactéries Bacteroidetes.
Des sujets obèses sont soumis à un régime hypocalorique pendant 52 semaines.
La composition du microbiote se modifie avec une augmentation de la proportion de
bactéries Bacteroidetes. La composition du microbiote pourrait avoir un impact sur la
quantité de masse graisseuse des individus.
2)Que permettent de préciser les documents 3b et 3c ? En quoi montrent-ils qu’il peut y
avoir une diversification non génétique des êtres vivants ?
Le document 3b présente les résultats de transferts de microbiote dans le tube digestif de
souris dites axéniques, c’est-à-dire nées sans microbiote intestinal. Elles reçoivent des
microbiotes de composition différente provenant de deux sœurs jumelles dont l’une est
mince et l’autre obèse. Avec la même alimentation, la souris colonisée par le microbiote de la
jumelle obèse, devient obèse.
Le document 3c prolonge l’expérimentation menée dans le document 3b. Les souris étant
coprophages, elles peuvent se transmettre leur microbiote intestinal. La coexistence d’une
souris, colonisée par le microbiote de la jumelle mince et d’une souris colonisée par le
microbiote de la jumelle obèse, reste mince et présente une majorité de bactéries
Bacteroidetes dans son intestin.
Le phénotype de la souris ne dépend pas ici de son génotype mais de la composition du
microbiote qu’elle héberge.
Résumé page 114 paragraphe 2
III) La transmission des comportements acquis Documents pages 110-111
Question 1 Tous les comportements présentés sont des comportements culturels, c’est-à-dire
basés sur un ensemble de savoirs ou de méthodes transmis entre les individus d’une même
population. Ils ont en commun d’apporter un avantage sélectif aux individus maitrisant ces
savoirs ou méthodes, soit par un accès aux ressources alimentaires (cassage de noix chez les
chimpanzés ou technique de chasses des baleines à bosse) soit pour faciliter sa reproduction
en défendant son territoire et en attirant les femelles (chant du diamant mandarin)
Question 2 On observe chez le diamant mandarin adulte élevé isolé de ses congénères (4) un
chant très différent du chant caractéristique de cette espèce d’oiseau (1), ce qui suggère que
le chant n’est pas un comportement inné mais transmis au sein de la population.
En comparant les chants d’un mandarin élevé en présence de l’adulte (1), enregistrés au plus
jeune âge (2) et à l’âge adulte (3), on observe une évolution. Le chant du jeune est encore
très différent de celui de son « tuteur » alors qu’il s’en rapproche beaucoup plus lorsqu’il est
adulte puisque même si certaines notes présentent de légères variantes (b’, d’) la séquence
des notes est très proche (iaabcdefg). Ceci montre que l’apprentissage du chant se fait
progressivement par imitation d’un adulte (transmission verticale ou culturelle).
Question 3
La photo B présente la technique de chasse par « battement de queue » apparue récemment
chez les baleines à bosse du golfe du Maine.
On observe sur le graphique C que la proportion de la population de baleines maîtrisant
cette technique a augmenté depuis 1980 pour atteindre près de 40 % de la population en
2007, ce qui montre une transmission rapide de ce comportement.
Cette technique s’est transmise entre individus d’une même génération (transmission
horizontale). Le succès de cette technique de chasse peut s’expliquer par une adaptation aux
variations de l’accès aux ressources alimentaires. En effet, il nous est dit que cette évolution
culturelle était liée à une diminution de la population des proies privilégiées de la baleine, les
harengs ; de plus, on peut voir sur le graphique D, particulièrement entre 1987 et 1994, une
corrélation entre la pratique de la chasse par battement de queue et la population de lançons,
proies de substitution des baleines. Ceci permet de comprendre les étapes d’une évolution
culturelle : innovation (apparition d’un nouveau comportement au sein d’une population),
suivie de la sélection culturelle. Le comportement se répand dans la population par
transmission car il apporte un avantage, ici pour l’accès à la nourriture.
On voit avec l’exemple des baleines à bosse qu’un nouveau comportement culturel peut
apparaître et se répandre dans une population assez rapidement ; il est alors source de
diversité au sein de la population (entre individus maîtrisant ou non ce nouveau
comportement) mais également entre populations distinctes.
De même, on observe chez les chimpanzés que chaque communauté possède ses propres
comportements. On peut alors supposer que soit les comportements ont divergé au fur et à
mesure de la transmission entre générations d’une population à l’autre, soit il y a eu des
innovations dans certaines communautés absentes des autres populations. Dans les deux cas,
cela traduit une évolution culturelle.
Résumé page 114-115 paragraphe 3
IV) Evolution culturelle et évolution biologique Documents page 113
Le document 2 présente, à travers une étude menée sur les ethnies taïwanaises, les liens
entre l’évolution culturelle et l’évolution génétique.
La carte du doc B présente la répartition de ces ethnies qui, jusqu’à peu, vivaient dans un
relatif isolement.
Le tableau du doc C présente quelques résultats des mesures de distances linguistique,
musicale et génétique .Les populations Tao et Atayal présentent des distances élevées pour
les trois paramètres, alors que les populations Tsou et Païwan présentent les distances les
plus faibles. Bien que l’interprétation de ces distances soit délicate, certaines hypothèses sont
possibles : l’isolement insulaire de l’ethnie Tao peut expliquer les distances plus élevées avec
les populations vivant sur l’île principale, les distances étant toutefois plus faibles avec
l’ethnie Paiwan plus proche géographiquement que l’ethnie Atayal. Ce document semble
donc montrer un lien entre isolement géographique, distance génétique et distance culturelle.
Ceci est confirmé par les graphiques du doc D révélant une corrélation entre les différentes
distances relevées chez les différentes ethnies taïwanaises
- plus la distance musicale est élevée, plus la distance génétique l’est également (1er graphe),
-plus la distance musicale est élevée, plus la distance linguistique l’est également (2nd
graphe),
- plus la distance génétique est élevée, plus la distance linguistique l’est également (3ème
graphe).
Dans le détail, la disposition des différents points montre que la corrélation est plus
importante entre les distances linguistique et génétique et moins importante entre les
distances génétique et musicale. (La corrélation est plus forte si les points sont peu dispersés
autour de la droite)
L’isolement géographique a donc agi à la fois sur les différences génétiques et les
différences culturelles. Plusieurs hypothèses peuvent être émises :
– L’isolement géographique a tendance à augmenter les différences génétiques en s’opposant
au flux de gènes entre les différentes populations, il favorise également la dérive génique.
– L’isolement géographique favorise les divergences linguistiques et musicales par
l’évolution séparée lors de la transmission par apprentissage au fil des générations (dérive
culturelle).
– Les différences culturelles, surtout linguistiques, peuvent renforcer l’isolement reproductif
de chaque population et donc les échanges génétiques, accentuant les différences génétiques.
Résumé page 115 paragraphe 4
Bilan III) et IV) Chez certains animaux, les comportements acquis peuvent être transmis
d’une génération à l’autre et constituer une source de diversité : ainsi du chant des oiseaux,
de la technique de chasse des baleines, de l’utilisation d’outils dans des populations
animales, de la culture notamment dans les sociétés humaines.
Ces traits sont transmis entre membres d’une même population par imitation entre individus
d’une même génération (= transmission horizontale) et de génération en génération
(= transmission verticale qui nécessite un apprentissage).
Ces comportements subissent une évolution : l’innovation d’une pratique peut être
sélectionnée ou non, ou être perdue par hasard même si elle confère un avantage à la survie
et la reproduction.
Certains traits culturels comme le langage chez les humains limitent les échanges entre les
populations, ce qui maintient voire accentue leurs différences génétiques. Certains traits
culturels contribuent donc à diversifier les populations : l’évolution culturelle influence
donc l’évolution biologique
BILAN PAGES 116 ET 117
Vidéo biologique Les mécanismes de diversification du vivant
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