Ne pas oublier de rajouter le numéro des lignes pour les citations du texte.
Commentaire rédigé de Roman,
Arthur Rimbaud, 1870.
Plan:
I. Le portrait d’un adolescent
II. Un hymne à la vie et à l’enthousiasme
Le XIX ème siège est celui de la modernité. Alors que les villes se développent, les
moyens de locomotion permettent à tous de voyager. Les villes se remplissent de cafés,
de bals. Arthur Rimbaud, auteur inclassable de la littérature française, fait o ce de
comète dans le paysage des lettres françaises. Jeune homme amboyant, il mène une vie
de bohème, accompagné de Verlaine, autre poète de l’époque. Poète, voyageur,
bohémien, le jeune homme vivra mille vies avant d’aller se perdre dans le désert du
Sahara. C’est de sa jeunesse troublée dont il parle dans ses recueils, Illuminations ou une
Saison en enfer. Dans « Roman », l’un de ses poèmes les plus connus, le poète nous
décrit une soirée de son adolescence. En huit strophes en alexandrins aux rimes
croisées, le poème, construit en chiasme, s’ouvre et se referme sur un vers presque
semblable. Les vers sont légers et peuvent se lire comme un hymne à la jeunesse. En
e et, comment ce poème de Rimbaud sur l’adolescence peut-il se lire comme une ode à
la liberté et à la vie? Dans un premier temps, nous verrons que Rimbaud nous montre un
portrait de lui-même en demi teinte dans ce poème. Dans un deuxième temps, nous
verrons l’enthousiasme et l’appel à la vie qu’exprime le poème.
Tout d’abord, le poème peut se lire comme un portrait physique et moral de
Rimbaud. Le premier vers renseigne d’emblée le lecteur sur l’âge de Rimbaud et des
sphères dans lesquelles il évolue. Si le pronom personnel sujet « on » de la formule « On
n’est pas sérieux... », cherche à généraliser le propos du poète, Rimbaud cherche à
montrer un portrait d’un adolescent, qui sera lui. La répétition de « dix-sept ans » dans le
premier vers et dans l’avant-dernier insiste sur l’âge du jeune homme, qui pourra se
cacher derrière sa jeunesse. L’adolescence est décrite comme un âge de découvertes, de
jeux, d’insouciance. Les couleurs du poème évoquent la naissance et le printemps : « les
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tilleuls verts », la référence aux arbres est explicitement reprise par la métaphore de la
« sève », tel le sang qui bat dans les veines de l’adolescent. L’on comprend en n dans
l’avant-dernière strophe la dimension autobiographique de ce roman, puisque le jeune
personnage principal écrit des « sonnets », comme Rimbaud.
Le jeune homme est décrit comme insouciant et libre. L’insouciance, en e et, fait
partie de la jeunesse, et elle est présente durant tout le poème, comme en témoignent les
saisons du printemps et de l’été. L’exclamation « Nuit de juin ! » connote cette idée de
liberté et de douceur, ce que con rme d’ailleurs l’expression appuyée « l’air est parfois si
doux ». C’est donc une atmosphère de liberté qui plane sur ce roman d’un printemps, une
ambiance insouciante où tout semble permis aux adolescents. Cette impression de
liberté est con rmée par le cadre de l’action, une soirée du mois de juin. Le jeune homme
est sensible à son environnement et à la nature qui l’entoure. La répétition du mot
« tilleul » insiste d’ailleurs sur le périmètre assez réduit de l’action : « on va sous les tilleuls
» et se prolonge dans la métaphore du baiser qui « palpite comme une petite bête ». Tous
les sens du poète sont stimulés. La vue est « accrochée » par des couleurs contrastées et
des éclats : « lustres éclatants », « vert », « azur », « blanche ». L’odorat est également
très présent avec la répétition du terme « parfum ». La présence de tous ces éléments
sensoriels créent une sorte d’ivresse qu’indiquent la divagation du poète : « on divague ;
on se sent sur les lèvres un baiser ». Les verbes d’actions sont ous, laissant percevoir
les sensations que Rimbaud cherche à nous partager. Ces sensations sont déréglées,
Rimbaud nous rappelle son principe poétique: le « dérèglement des sens ». C’est
nalement un personnage attachant mais décalé que peint Rimbaud, qui sera moqué par
la jeune lle qu’il courtise le temps du poème et qui lui dit: « vous êtes mauvais goût ».
Plus qu’un portrait physique et moral de Rimbaud, ce poème est aussi un hymne à
l’enthousiasme et à la liberté.
Croquant la vie à pleines dents, Rimbaud vit sa vie comme un roman. Il vit une
scène de « première rencontre », s’oppose à la volonté d’un père - le sien, celui de la
jeune lle? Comme on peut le voir « sous l’ombre du faux-col e rayant de son père ». La
jeune lle, se moque de lui: « vos sonnets La font rire ». Amoureux « naïf », le poète n’en
est pas moins exalté, comme l’indique la répétition anaphorique « Vous êtes amoureux ».
Tous ces éléments donnent au poème une dynamique heureuse et plaisante qui fait de la
rencontre amoureuse un moment délectable, et de la jeunesse une époque insouciante.
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C’est d’ailleurs ce que nous dit le premier vers: « On n’est pas sérieux quand on a dix-
sept ans ».
Rimbaud recourt en e et à une ellipse narrative entre l’avant-dernière et la dernière
strophe. Le personnage revient à ses fréquentations masculines habituelles des cafés : le
temps des nuits folles a passé et le dernier vers n’a plus le même accent que lors de sa
première occurrence : il ressemble davantage à un regard sur le passé et se colore dès
lors d’une certaine nostalgie. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » porte en
soi les échecs amoureux. La diérèse sur « sérieux » traduit l’insistance sur cet âge
incertain et naïf, fait d’illusions, d’erreurs et de maladresses. Cette fois, dans le dernier
vers, après l’expérience racontée, le pronom « on » prend une valeur et une signi cation
plus universelle, dans lesquelles tout lecteur peut se reconnaître.
Dans ce poème, Rimbaud fait son autoportrait tout en nuances. Il se dévoile
comme être sensible. Plus encore, ce poème s’inscrira comme un véritable hymne à la
vie. Pourtant, on sait que Rimbaud se moquera des élans lyriques des romantiques. Il
cherchera toujours à se porter en faux de ce mouvement d’origine allemande. On
retrouvera aussi cet émerveillement des sens dans Sensation, poème des Poésies, recueil
de la même année.
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