Af 100
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DOCUMENTATION
18/09/2008
Analyse fonctionnelle
Partie 1
par Gilles GODEFROY
Directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
es notions présentées dans cet exposé, première partie d’un ensemble trai-
L tant de l’analyse fonctionnelle, concernent plus particulièrement :
— les espaces normés de dimension finie ; ce sont ceux pour lesquels un cal-
cul effectif, utilisant les coordonnées (en nombre fini !) des vecteurs est possible.
Du point de vue de l’analyse fonctionnelle, ils sont caractérisés par le fait qu’ils
contiennent des ensembles compacts d’intérieur non vide : dimension finie et
compacité sont donc intimement liées ;
— les espaces de Hilbert ; en particulier, l’espace de Hilbert séparable est le
paradis des analystes. Il constitue un cadre naturel où se conjuguent des idées
géométriques (orthogonalité, théorème de Pythagore…), algébriques (valeurs
propres, théorie spectrale…) et analytiques (séries et transformation de Fourier) ;
— les espaces de Banach non euclidiens ; par exemple, l’espace des fonctions
continues ou celui des fonctions intégrables sur un segment ne sont pas des
espaces de Hilbert. Il nous faut pourtant les considérer si nous voulons montrer
l’existence de solutions d’équations différentielles, ou développer le calcul des
probabilités.
C’est donc dans la seconde partie ([AF 101]) que nous aborderons :
— les espaces fonctionnels non normables ;
— la transformation de Fourier ;
— le calcul des probabilités.
Les connaissances exigées pour aborder cette présentation de l’analyse fonc-
tionnelle nécessitent d’être à l’aise avec les bases de la topologie. Ces bases sont
présentées dans l’article [AF 99] « Topologie et mesure » de ce traité .
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1. Espaces normés application linéaire d’un espace normé (E, N1) vers un espace normé
(F, N2), on définit la norme T de T par :
de dimension finie T = sup { N 2 ( T ( x ) ) ; N 1 ( x ) 1 }
–1
Théorème 1 d BM ( E, F ) = inf T ⋅ T ; T : E → F isomorphisme
n n
Soit E = R (ou C ) un espace vectoriel de dimension finie.
Toutes les normes sur E sont équivalentes.
Remarquons que dBM n’est pas une distance au sens défini au
Preuve. ♦ On pose K = R (ou C). On considère la norme . 1 sur paragraphe 1 de l’article [AF 99] puisque dBM(E, E) = 1. Il faudrait
E définie par : considérer le logarithme de dBM ; mais, dans la pratique, on travaille
simplement avec dBM. La valeur de dBM est liée aux meilleures
n
constantes α > 0 et β > 0 possibles dans l’équivalence des normes,
( v 1, v 2, …, v n ) 1
= ∑ vi lorsqu’on s’autorise à « tourner » les boules unités.
i=1
Énonçons à présent deux résultats fondamentaux.
Il suffit de montrer qu’une norme arbitraire N est équivalente
à la norme . 1 . D’après l’inégalité triangulaire, on a, si
v = ( v 1, v 2, …, v n ) ∈ E : Théorème 2
Soit . 2 la norme euclidienne et N une norme arbitraire sur
n
n n R . On a :
N(v) ∑ N ( vi ei ) = ∑ vi N ( ei )
n n
i=1 i=1 d BM ( ( R , . 2 ) ;( R , N ) ) n
où ( e i ) 1 i n désigne la base naturelle de E. On a donc :
Ce théorème, montré par F. John en 1948, s’établit en considérant
n
la famille des ellipsoïdes contenus dans B N = { x ∈ R ; N ( x ) 1 } .
N(v) sup N ( e i ) ⋅ v 1 (1)
1in
Parmi ces ellipsoïdes, il en existe un de volume maximal, noté ,
Pour l’inégalité inverse, on remarque que la norme . définit la et on montre que :
1
topologie produit naturelle sur K n . D’après (1), on a :
BN ⊆ n ⋅
N(u) – N(v) N(u – v) β u – v 1
Tout ellipsoïde est l’image de la sphère par une application
où β > 0 ne dépend pas de u et v. linéaire, ce qui conclut la preuve. Notons que l’exemple des normes
Donc N : K n → [ 0, +∞[ est une fonction continue. . 1 ou . ∞ montre que le théorème de F. John est optimal.
L’ensemble : Le très profond résultat suivant a été montré par A. Dvoretzky en
1961, avec des données quantitatives un peu moins précises et amé-
S = { v ∈ Kn ; v = 1} liorées depuis lors.
1
n
est fermé borné, donc compact, dans K . D’après la propriété (i) de
Théorème 3
la définition 1 donnée au paragraphe 5 de l’article précédent [AF 99],
on a N ( v ) > 0 pour tout v ∈ S . Il existe une constante universelle C0 > 0 telle que pour toute
n
norme . sur R et tout ε ∈]0,1/2[, il existe un sous-espace F de
D’après le corollaire 1 (article [AF 99]), la restriction à S de la fonc- n
( R , N ) de dimension k, avec :
tion continue N atteint ses bornes. Il existe donc α > 0 tel que :
2
N ( v ) α pour tout v ∈ S k C 0 ε ln ( n ) ⁄ ln ( ε )
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que tout espace normé X de dimension infinie contient des sous- Soit E un espace vectoriel réel. Un produit scalaire sur E est une
espaces de dimension finie arbitrairement grande qui sont arbitrai- application notée 〈 . , .〉 de E × E dans R qui vérifie pour tous les vec-
rement proches d’un espace euclidien. Il est donc impossible de teurs x, y, z et tout scalaire λ :
faire disparaître, en changeant la norme, toutes les sections (pres- (i) 〈 x , y〉 = 〈 y, x〉
que) sphériques ! (ii) 〈 x + y , z 〉 = 〈 x , z 〉 + 〈 y , z〉
La démonstration du théorème 3 utilise des variables gaussien- (iii) 〈 x , λ y〉 = λ 〈 x, y〉
nes et le phénomène de « concentration de la mesure ». La façon la (iv) 〈 x , x〉 ∈ [ 0, +∞[
plus simple de comprendre l’omniprésence des sections sphériques (v) 〈 x , x〉 = 0 ⇔ x = 0 .
est sans doute d’évoquer le théorème central limite (cf. article Remarquons que l’on a :
[AF 101]) et le lien entre sphères de grande dimension et variables
gaussiennes. 2
0 〈 x + λ y , x + λ y 〉 = 〈 x , x〉 + 2 λ 〈 x, y〉 + λ 〈 y, y〉
Nous revenons à des choses plus simples avec le théorème topo-
logique suivant, montré par F. Riesz. Un polynôme du deuxième degré de signe constant a un discrimi-
nant négatif, d’où l’inégalité de Cauchy-Schwarz :
2
Théorème 4 〈 x , y〉 〈 x , x〉 ⋅ 〈 y, y〉
Soit E un espace normé dont la boule unité fermée est
compacte pour la topologie induite par la norme, alors E est de Lorsque E est un espace vectoriel complexe, un produit hermitien
dimension finie. sur E est une application de E × E dans C qui vérifie de même les
conditions (ii), (iii), (iv) et (v), cependant que la condition (i) est rem-
placée par :
Preuve. ♦ Soit B E la boule unité fermée, et B(x,1/2) la boule
ouverte de centre x ∈ E et de rayon 1/2. On a bien sûr : 〈 x , y〉 = 〈 y, x〉
Il s’ensuit qu’un produit hermitien est « sesquilinéaire », c’est-à-
BE ⊆ ∪ B ( x, 1 ⁄ 2 ) (3)
dire linéaire à droite (par (iii)) et antilinéaire à gauche :
x ∈ BE
Le théorème de Riesz a diverses conséquences (cf. § 2.3 lemme 4). Pour s’assurer que . 2 est bien une norme, il faut vérifier l’inéga-
Il montre en particulier que si X est un espace normé de dimension lité triangulaire, qui s’ensuit de celle de Cauchy-Schwarz. En effet :
infinie, il n’existe pas de mesure m non nulle, σ –additive sur les
2 2
sous-ensembles boréliens de X, et telle que : ( x 2 + y 2) – x +y 2 = 2 x 2 y 2 – 2 〈 y, x〉 0
m(x + A) = m(A) (4) Le cas complexe se traite de façon analogue.
pour tout x ∈ E et tout borélien A. L’exemple le plus simple de norme euclidienne est la norme . 2
n
En effet, si m ≠ 0 est σ–additive, il existe un compact K de X tel sur R telle que si x = ( x 1, x 2, …, x n ) :
que m ( K ) ≠ 0 . Il s’ensuit alors de la relation (4) que K–K = {x – y ;
( x, y ) ∈ K × K } est un voisinage de 0. Mais alors le théorème 4 mon- n
∑ xi
2
tre que X est de dimension finie. x 2 =
Cette observation peut être formulée comme suit : il n’y a pas de i=1
concept de volume naturel dans les espaces normés de dimension qui est bien sûr associée au produit scalaire naturel :
infinie.
n
Les méthodes de Baire, cependant, sont disponibles et efficaces
comme nous le verrons au paragraphe 3. 〈 x , y〉 = ∑ xi yi
i=1
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Un espace de Hilbert est en particulier un espace de Banach au La fonction pC ainsi définie est la projection métrique de H sur C ;
sens de la définition 2 donnée au paragraphe 5 de l’article [AF 99]. il est clair que p C ° p C = p C . Elle est particulièrement simple (et utile)
Tout espace euclidien de dimension finie est un espace de Hilbert. lorsque C est un sous-espace vectoriel fermé de H. On montre en
L’espace 2 ( N ) est un exemple d’espace de Hilbert de dimension effet simplement le théorème suivant, conforme à l’intuition géomé-
infinie (cf. article [AF 99], § 5). trique :
Un sous-ensemble C d’un espace vectoriel E est dit convexe si
pour tout x ∈ C , tout y ∈ C et tout λ ∈ [ 0,1 ] , on a : λ x + ( 1 – λ )y ∈ C . Théorème 5
En d’autres termes, tout segment dont les extrémités appartiennent
à C est contenu dans C. Soit E un sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Hilbert
H. La projection p E : H → E est une application linéaire telle que
Nous montrons maintenant le lemme suivant. p E = 1, et on a :
–1 :
Lemme 1 Ker ( p E ) = p E ( 0 ) = E
Soit C un sous-ensemble convexe fermé non vide d’un espace où on note :
de Hilbert (H, . ). Il existe un unique z ∈ C , tel que :
:
E = { v ∈ H ; 〈 v, x〉 = 0 pour tout x ∈ E }
z = inf x ; x ∈ C
On obtient ainsi une décomposition :
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Le cas le plus important est celui des espaces de Hilbert de dimen- De même, les relations (9) et (10) montrent que :
sion infinie séparables, c’est-à-dire qui contiennent une suite dense. +∞
∫
Dans ce cas, toutes les bases hilbertiennes sont dénombrables, 1 2π 2
∑
2
------- f ( t ) dt = fˆ( j )
donc peuvent être indexées par N . Si H1et H2 sont deux tels espa- 2π 0
j = –∞
ces, prenons des bases hilbertiennes { e i ;i 0 } de H1 et { f i ;i 0 }
de H2. L’application T : H 1 → H 2 définie par : et :
+∞
∫
1 2π
∞ -------
2π
f ( t )g ( t )dt = ∑ fˆ( j ) gˆ ( j )
T(x) = ∑ 〈 e i , x〉 f i 0
j = –∞
i=0 Un théorème profond montré par L. Carleson en 1962 énonce que
si f ∈ L 2 ( [ 0, 2π ] ) on a :
est une bijection isométrique entre H1 et H2, que l’on peut donc
identifier. +∞
∑
– ij t
f(t) = fˆ( j ) e (12)
j = –∞
Théorème 7
Il existe, à isométrie près, un unique espace de Hilbert sépara- pour presque tout t ∈ [ 0, 2π ] ; donc la relation (11) est vraie non seu-
ble de dimension infinie. lement « en moyenne quadratique » mais aussi en (presque) tout
point. Lorsque la fonction f est régulière (par exemple, si elle est
continûment dérivable), on montre par des méthodes élémentaires
Ce théorème a bien sûr une version réelle et une version
que la relation (12) est satisfaite pour toute valeur de t.
complexe. L’espace en question peut être vu comme l ‘espace des
séries de nombres réels (resp. complexes) de carré sommable. En Nous verrons au paragraphe 3 le cas plus délicat de la transfor-
effet, la relation (8) permet de montrer simplement que : mation de Fourier sur R .
∑
2 2
x = 〈 e i , x〉 (9)
i∈I 2.2 Les opérateurs sur l’espace de Hilbert
et
∫
1 2π 2
f 2 = ------- f ( t ) dt
2π 0
Une application linéaire continue T : H → H sera appelée un opé-
rateur. On note L(H) l’algèbre des opérateurs sur H. Étant donné un
issue du produit hermitien : opérateur T, on définit son adjoint T* ∈ L ( H ) par la formule :
〈 y, T ( x )〉 = 〈 T* ( y ), x〉
∫
1 2π (13)
〈 f, g〉 = ------- f ( t )g ( t )dt
2π 0
Lorsque l’on équipe l’espace H d’une base hilbertienne et que l’on
représente T par une « matrice » (infinie !) { m ij ; i, j 0 } , la
Il est donc isométrique à 2 ( Z ) ; dans ce cas, l’isométrie est don- « matrice » { m ij* ; i, j 0 } qui représente T* vérifie m ji* = m ij .
née par la transformation de Fourier. On montre en effet que si : C’est ce que l’on appelle la « transconjuguée » en algèbre linéaire.
Nous poursuivons l’analogie avec la dimension finie en cherchant
j∈Z et e j ( t ) = e
ijt
l’analogue des valeurs propres. Soit I ∈ L ( H ) tel que I ( x ) = x pour
tout x ∈ H .
2
la famille = { e j ; j ∈ Z } est une base hilbertienne de L ( [ 0, 2π ] ) .
2
Pour toute f ∈ L ( [ 0, 2π ] ) , on a donc : Définition 3
Le spectre σ ( T ) d’un opérateur T ∈ L ( H ) est défini par :
+∞
f = ∑ fˆ( j ) e j (11) σ ( T ) = { λ ∈ C ;( T – λ I ) n′est pas inversible }
i = –∞
∫
1 2π – ij t corollaire 4 du paragraphe 3.2). Donc si on note GL(H) le groupe des
fˆ( j ) = ------- f(t)e dt
2π 0 éléments inversibles de l’algèbre L(H), on a :
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∑ ak z
k
est une fonction « régulière ». Si f ( z ) = est un polynôme,
k=0
Lemme 2 on a bien sûr :
Le groupe GL(H) des opérateurs inversibles est un sous- n
∑ ak T
ensemble ouvert de L(H). k
f(T) =
k=0
Preuve. ♦ Si T = I – E avec E < 1 , on pose : et cette définition s’étend simplement aux fonctions développables
en série entière sur C , dont la plus importante est l’exponentielle.
∞ On pose donc :
∑E
k
S = +∞ k
T
k=0 exp ( T ) = ∑ -----
k!
- (16)
k=0
Comme on a :
et cette série converge dans L(H). On peut encore étendre ce calcul
n n
fonctionnel aux fonctions f : Ω → C qui sont analytiques sur un
k k ouvert Ω contenant σ ( T ) , et définir un opérateur f ( T ) qui vérifie en
∑ E (I – E) = (I – E) ∑ E = I – E
n+1
k = 0 k = 0 particulier :
σ(f(T)) = f(σ(T))
n+1 n+1
et que E E → 0 , on déduit par passage à la limite que
Le calcul fonctionnel a de nombreuses applications (cf, par exem-
TS = ST = I, donc T ∈ GL ( H ) . On a montré que si I – T < 1 alors
ple, la relation (20) et la proposition 2). Pour un opérateur général, il
T ∈ GL ( H ) .
n’est défini que pour des fonctions développables en série entière
Plus généralement, si T ∈ GL ( H ) , on écrit : sur C . Pour l’étendre à des fonctions plus générales, nous avons
besoin de l’importante définition suivante.
–1 –1
T+E = T+TT E = T(I + T E)
Définition 4
–1 –1
et comme T E T ⋅ E , on a ( T + E ) ∈ GL ( H ) si Un opérateur T ∈ L ( H ) est dit normal si T* T =T T*.
–1
E < T
–1
et par conséquent GL(H) contient une boule
Un résultat classique d’algèbre linéaire affirme qu’un opérateur
ouverte centrée en T. ♦ normal sur C n diagonalise dans un base orthonormée. Nous allons
voir que ce résultat s’étend, sous diverses formes, à la dimension
infinie.
Lemme 3 Définissons d’abord deux sous-classes fondamentales de l’espa-
Pour tout T ∈ L ( H ) , le spectre σ ( T ) de T est un sous-ensem- ces des opérateurs normaux.
ble compact de C , et σ ( T ) ⊆ λ ∈ C ; λ T . Définition 5
Un opérateur S ∈ L ( H ) est dit autoadjoint si S* = S. Un opéra-
teur inversible U ∈ GL ( H ) est dit unitaire si U* = U–1.
Preuve. ♦L’application λ → ( T – λ I ) est clairement continue, donc On vérifie facilement qu’une projection P (= P2) est autoadjointe,
la relation (14) et le lemme 2 montrent que σ ( T ) est fermé. Si si, et seulement si, elle est orthogonale (au sens du théorème 5), et
λ > T , on a : que les opérateurs unitaires sont les isométries inversibles (les
« rotations ») de H.
( T – λ I ) = λ --- – I = λ ( E – I )
–1 T –1
Nous avons besoin d’une notion de mesure, au sens du théorème
λ
1 de l’article [AF 99], à valeurs dans les projections orthogonales.
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BH = { x ∈ H ; x 1 }
Théorème 8
Soit T ∈ L ( H ) un opérateur normal. Il existe une mesure spec-
trale : et que T ∈ L ( H ) , l’ensemble T ( B H ) n’est donc en général pas
E = (σ(T)) → L(H) compact. Il l’est cependant lorsque T ( H ) est de dimension finie
(d’après le théorème 1) et plus généralement lorsqu’il existe des
telle que pour tous x et y ∈ H , on ait : opérateurs (Rn) de rang fini tels que T – R n → 0 . Nous allons voir
une réciproque précise de ce dernier fait pour les opérateurs nor-
∫
maux.
〈 x , T ( y )〉 = λ dE x , y ( λ ) (18)
σ(T) Commençons par rappeler une définition générale.
T =
∫ σ(T)
λ dE ( λ ) (19) On a alors le lemme suivant.
f(T) =
∫ σ(T)
f ( λ )dE ( λ ) (20) Preuve. ♦ Pour montrer 1), on remarque que :
–1
B Eλ = { x ∈ E λ ; x 1 } = λ T ( B H ) ∩ E λ
et l’intégrale (20) est linéaire en f et multiplicative : ( fg ) ( T ) = f ( T )g ( T ) .
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Comme T est compact, B Eλ est compacte et le thorème 4 montre Il s’ensuit du théorème 3 de l’article [AF 99] de Fubini que la rela-
1
1). tion (21) définit f * g ∈ L et de plus :
Comme σ ( T ) est compact, il suffit pour montrer 2) d’établir que, f*g f ⋅ g (22)
si r > 0, { λ ∈ σ ( T ) ; λ > r } est un ensemble fini. Nous admettons le 1 1 1
fait suivant : L’opération * est appelée la convolution. Remarquons que ( f * g )
est une moyenne, pondérée par g, de translatées de la fonction f. Il
Fait 1 est fondamental de comprendre que prendre une moyenne régula-
rise. On comprend donc aisément que la convolée ( f * g ) de deux
Si T est compact et λ ∈ σ ( T )\ { 0 } alors λ est une valeur propre fonctions est au moins aussi régulière que chacune d’entre elles. On
de T : il existe x ≠ 0 tel que T ( x ) = λ x . montre par exemple que si f et g sont dans L1, alors ( f * g ) est une
fonction continue.
Supposons alors qu’il existe une suite { λ n } ⊆ σ ( T ) avec λ n r Cette idée de moyenne permet de comprendre que si f ∈ L et
1
pour tout n. Soit e n ∈ H tel que T ( e n ) = λ n e n et posons : g ∈ L2 , on a :
M n = vect { e 1, e 2, …, e n } f*g f ⋅ g
2 1 2
Comme les ( λ k ) sont distincts, les vecteurs ( e i ) sont linéairement donc le convoluteur Cf défini par :
indépendants et donc M n ≠ M n – 1 . On prend y n ∈ M n tel que
y n = 1 et 〈 y n , x〉 = 0 pour tout x ∈ M n – 1 . On a clairement : Cf ( g ) = f * g
T ( Mk ) ⊆ Mk ; ( T – λn I ) ( Mn ) ⊆ Mn – 1 est un opérateur sur L2. En utilisant toujours le théorème 3 de l’arti-
cle [AF 99], on montre que, si l’on pose f* ( x ) = f ( – x ) , on a
Donc si 1 m < n et : ( C f )* = C f* , et que Cf est un opérateur normal. De plus, pour tout
1
z = T ( ym ) – ( T – λn I ) ( yn ) f ∈ L , l’opérateur Cf est compact, comme on le montre par exem-
ple en approximant la fonction f par des polynômes trigonométri-
on a z ∈ M n – 1 . Comme y n – x 1 pour tout x ∈ M n – 1 , on a donc : ques.
On peut donc appliquer le théorème 9 à Cf . Il faut pour cela iden-
T ( yn ) – T ( ym ) = λn yn – z tifier les vecteurs propres. Pour tout n ∈ Z , la fonction e n ( t ) = e
int
2
appartient à L et, par changement de variable, on a :
–1
= λn yn – λn z λn > r
2π
∫
Par conséquent, la suite ( T ( y n ) ) n’a pas de sous-suite conver- 1 in ( x – u )
C f ( e n ) = ------- f ( u )e du
gente, ce qui contredit la compacité de T ( B H ) . ♦ 2π
0
Il s’ensuit du lemme 4 que, dans le cas compact, le théorème 2π
1 inx
∫
spectral et l’équation (19) prennent une forme similaire à l’équation – inu
= ------- f ( u )e du e
(17) du cas de la dimension finie. 2π 0
On a donc :
= fˆ ( n ) e n
∫
2π
1
f * g ( x ) = -------
2π
f ( x – t )g ( t )dt (21) Cf ( g ) = ∑ ĝ ( n )e n
0 n∈A
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∑
Exemple 2 :
où f = en .
n∈A Une partie B d’un compact métrique K est borélienne si elle appar-
tient à la plus petite famille de parties de K qui contient les ouverts et
On voit donc qu’une opération de « filtrage » acoustique ou opti-
est stable par réunion dénombrable et intersection dénombrable. Tous
que est modélisée par un convoluteur.
les sous-ensembles « concrets » de K sont boréliens. Soit ( K ) la
famille des sous-ensembles boréliens de K. Une mesure de Radon sur
K est une application µ : ( K ) → R telle que pour toute suite ( B n ) n 0
d’éléments disjoints de ( K ) , on ait :
3. Espaces de Banach
non euclidiens µ( ∪ Bn ) =
∞
∑ µ ( Bn ) (26)
n0
n=0
3.1 L’espace dual Nous avons déjà rencontré un exemple de mesure de Radon : c’est
la mesure de Lebesgue mn, étudiée au paragraphe 4 de l’article [AF 99]
où l’on explique comment définir l’intégrale à partir des fonctions éta-
Nous avons vu au paragraphe 2 que l’espace de Hilbert fournis- gées. En remplaçant mn par µ, on définit exactement de la même façon
sait un cadre où une grande partie de l’analyse trouvait naturelle- l’intégrale par rapport à µ d’une fonction Borel-mesurable et, en parti-
ment sa place. Il est cependant nécessaire, pour de nombreuses culier, d’une fonction continue. L’expression :
applications, de sortir de ce cadre confortable et de considérer des
∫
espaces de Banach différents des espaces de Hilbert.
〈 µ, f 〉 = f ( t )d µ ( t ) (27)
Nous avons vu, en application du théorème 5, que l’espace de Hil- K
bert H s’identifiait naturellement à l’espace H* des formes linéaires
continues sur H. Nous allons voir des exemples où les formes linéai- a donc un sens pour toute fonction f ∈ ( K ) , et la relation (27) définit
res sont des objets de nature très différente des vecteurs de une forme linéaire continue. Le théorème de représentation de Riesz
l’espace. énonce réciproquement que tout élément de ( K )* est donné par la
relation (27). On a donc ( K )* = ( K ) où ( K ) désigne l’espace
des mesures de Radon sur K.
Définition 8 On voit sur cet exemple que les éléments de X et de X* peuvent être
d’une nature très différente, puisque la relation (27) met en dualité les
Soit X un espace de Banach. On note X* le dual de X, c’est-à- mesures et les fonctions.
dire l’espace vectoriel des formes continues sur X.
Le résultat fondamental ci-dessous est le théorème de Hahn-
Banach.
Nous rappelons qu’une forme linéaire sur un K – espace vectoriel
E est une application linéaire de E dans K . Le dual d’un espace de
Banach X est lui-même un espace de Banach lorsqu’on l’équipe de Théorème 10
la norme : Soit X un espace de Banach réel, C une partie convexe fermée
de X, et x ∉ C . Il existe f ∈ X* telle que f ( x ) > sup ( f ) .
f * = sup { f ( x ) ; x 1 } C
∫
éléments de X*) réside dans le fait qu’il éclaire les problèmes
F(f ) = g ( t )f ( t )dt (25)
R
n d’approximation, comme nous allons le voir.
Si A est une partie d’un espace vectoriel E, on note conv (A) le
Dans le cas où p = 2, on a q = 2 et la formule (25) se réduit au produit
plus petit convexe contenant A. L’associativité des barycentres mon-
scalaire étudié dans le paragraphe 2.
p n q n tre que :
On a donc L ( R )* = L ( R ) .
q n p n
Notons qu’on a également : q ∈ ] 1, +∞[ et donc L ( R )* = L ( R ) .
n n
De tels espaces, qui s’identifient à leur bidual, sont qualifiés de conv ( A ) = x = ∑ λi xi ; λi > 0 , ∑ λi = 1 , xi ∈ A , n 1
i=1 i=1
reflexifs.
1 n
Le cas p = 1 de l’espace L ( R ) des fonctions intégrables donne lieu On a, avec cette notation, le corollaire suivant :
à une situation différente : dans ce cas, toujours par (25), le dual s’iden-
tifie à l’espace L∞ ( R ) des fonctions mesurables bornées. Mais
n
pas séparable, c’est-à-dire ne contient pas de suite dense. Il est donc c n ∈ conv { x k ; k 0 } telle que pour lim x – cn = 0 .
n → +∞
beaucoup trop gros pour être isomorphe à H !
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2
En effet, si C = conv ( A ) , on a f ( x ) sup ( f ) pour tout f ∈ X* et où l’on identifie R à C . Si f est harmonique, il s’ensuit de la relation
donc x ∈ C par le théorème 10. C
(28) que :
Par le théorème de représentation de Riesz (cf. exemple 2),
l’extension aux mesures du théorème de convergence dominée f ∞ = sup { f ( z ) ; z = 1 } = sup { f ( z ) ; z 1 } (30)
(théorème 2 de l’article [AF 99]) et le corollaire 1, on montre :
soit (fk) une suite uniformément bornée de fonctions continues sur pour toute fonction harmonique f. Si z < 1 , on pose F z ( f ) = f ( z ) .
[0,1] telle que lim f k ( x ) pour tout x ∈ [0,1] , il existe alors une suite D’après (30), on a pour f harmonique :
k→∞
(cn) de conv { f k ; k 0 } telle que lim cn ∞
= 0. Fz ( f ) f
k → +∞ ∞
Nota : le lecteur qui souhaite s’assurer de la puissance du théorème 10 est invité à cher-
cher une démonstration directe de ce dernier résultat. La forme linéaire Fz se prolonge en forme linéaire continue sur
Si Y est un sous-espace vectoriel de X et f ∈ X* , on a ( T ) , où T = { z ∈ C ; z = 1 } . On a en effet le fait suivant.
sup ( f ) = +∞ ou f ( y ) = 0 pour tout y ∈ Y .
Y
On note :
Fait 2
:
Soit X un espace de Banach, E un sous-ensemble vectoriel de
Y = { f ∈ X* ; f ( y ) = 0 pour tout y ∈ Y } ~ ~
X. Pour tout f ∈ E* , il existe f ∈ X* tel que f ( e ) = f ( e ) pour
Cette notation prolonge l’orthogonalité dans H étudiée au para- tout e ∈ E.
graphe 2 ; mais notons ici que Y ⊆ X et Y : ⊆ X* . Le théorème 10
implique alors : Il existe donc une mesure positive µz telle que :
Corollaire 2
Soit X un espace de Banach et Y un sous-espace vectoriel
fz = Fz ( f ) =
∫ π
f ( u )d µ z ( u )
∫
moments : n in θ
r e = u n ( u )d µ z ( u ) (31)
T
∫
1 n
Mn ( µ ) = t dµ(t) ( n = 0 ,1 ,2 ,… ) pour tout n ∈ Z. On pose alors :
0
+∞
∑
n inu
Les arguments de dualité fournissent des preuves simples et élé- Pr ( u ) = r e (32)
gantes de résultats importants. Donnons un exemple : une fonction n = –∞
2
f : R → C est dite harmonique si elle vérifie la propriété de valeur
2 et un calcul direct montre que :
moyenne suivante : pour tout ( x, y ) ∈ R et tout r > 0,
∫
1 2π int n in θ
P r ( θ – t )e
∫
1 2π ------- dt = r e (33)
f ( x, y ) = ------- f ( x + r cos θ, y + r sin θ )d θ (28) 2π 0
2π 0
∞
pour tout n ∈ Z. En comparant (31) et (33) et en utilisant la densité
Une fonction harmonique est et la relation (28) équivaut à la int
de vect { e ; n ∈ Z } dans ( T ) , on en déduit que :
nullité du Laplacien :
∫ ∫
1 2π it
2 2 f ( u )d µ z ( u ) = ------- P r ( θ – t )f ( e )dt (34)
∂ f ∂ f 2π 0
∆f =
T
2
+ 2
= 0 (29)
∂x ∂y pour toute fonction f ∈ ( T ) . En remarquant que la série (32) est
essentiellement la partie réelle d’une série géométrique ; on peut
2 3 sommer cette série et montrer :
Les fonctions harmoniques (sur R ou R , ou sur un sous-
ensemble ouvert) se rencontrent dans bien des problèmes de 1–r
2
physique : ainsi, le potentiel électrique est une fonction harmo- P r ( u ) = ---------------------------------------------2-
nique. Plus généralement, ces fonctions interviennent comme 1 – 2r cos ( u ) + r
solutions de problèmes de minimisation : bulles de savon,
En restreignant (34) aux fonctions harmoniques, on a donc la for-
membranes élastiques, etc.
mule de Poisson suivante :
si r < 1 et f est harmonique, on a :
Montrons comment établir la classique formule de Poisson pour
le disque :
∫
2 it
iθ 1 2π ( 1 – r )f ( e )
f ( re ) = ------- -----------------------------------------------------2- dt (35)
D = {z ∈ C ; z 1} 2π 0 1 – 2r cos ( θ – t ) + r
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2
L’équation (35), et d’autres plus générales qui s’en déduisent, per- Preuve. ♦ La série de Fourier de f ∈ L ( [0,2π] ) est définie par la
met d’étudier le « comportement au bord » des fonctions harmoni- relation (11) dans le paragraphe 2.1. Les sommes partielles de cette
ques. Pensons à l’exemple du potentiel électrique pour motiver série sont :
cette étude.
j=n n
∫
1 2π ij(x – t)
∑ ∑
ijx
Sn ( f ) ( x ) = fˆ ( j ) e = ------- f(t) e dt
2π 0
3.2 Applications du lemme de Baire j = –n j = –n
Théorème 11
u
Soit X un espace de Banach, et A une partie du dual X* telle sin ( n + 1 ) ---
2
que, pour tout x ∈ X : où D n ( u ) = ------------------------------------ est le « noyau de Dirichlet ». On a donc
sin --- u
2
sup f ( x ) , f ∈ A = M x < +∞ en particulier :
∫
Alors il existe λ ∈ R tel que f * λ . 1 2π
S n ( f ) ( 0 ) = ------- f ( t )D n ( t )dt (37)
2π 0
En d’autres termes, on a M x λ x pour tout x ∈ X .
Preuve. ♦ On considère l’ensemble : L’équation (37) fait apparaître la fonctionnelle :
C = { x ∈ X ; f ( x ) 1 pour tout f ∈ A } f → Sn ( f ) ( 0 ) = Ln ( f )
Il est clair que C est fermé, convexe et satisfait (– C) = C. De plus,
notre hypothèse implique que : comme un élément du dual de l’espace des fonctions continues
2π – périodiques, de norme :
X = ∪
n1
nC (36)
∫
1 2π
D’après (36), l’espace métrique complet X est réunion dénom- Ln *
= ------- D n ( t ) dt = D n 1
(38)
2π 0
brable des fermés Fn = nC. On applique le lemme de Baire (cf. para-
graphe 3 de l’article [AF 99]) aux ouverts Vn = X\Fn. Comme
On vérifie alors que lim Dn 1
= +∞, et le théorème 11 permet
n → +∞ ♦
∩ V n = ∅ , ils ne sont pas tous denses et, donc, il existe n0 tel que de conclure.
n0
Ce corollaire 3 montre qu’il est difficile de reconstituer une fonc-
F n0 = n 0 C soit d’intérieur non vide. Par homothétie, on en déduit
tion continue (non dérivable) à partir de la série de Fourier. En ana-
que C est d’intérieur non vide. lysant sa preuve, on s’aperçoit que, pour « la plupart » des
Si B ( x 0, ε ) ⊆ C , on utilise l’homothétie du centre (– x0) et de rap- fonctions continues f, ( S n ( f ) ( x ) ) n diverge en « la plupart » des
points x (sur une intersection dénombrable d’ouverts denses) bien
ε qu’elle converge presque partout d’après le théorème de Carleson !
port --- pour montrer que B 0, --- ⊆ C . On a donc :
1
2 2 Le « presque partout » prend donc un sens très différent suivant
que l’on se réfère à la topologie ou à la mesure (cf. article [AF 99]).
ε
x --- ⇒ f ( x ) 1 pour tout f ∈ A Le corollaire 3, et bien d’autres résultats analogues, contribue, à
2 l’impression que les « vraies » fonctions que nous fournit la physi-
et donc : que sont très irrégulières et que nous calculons sur des approxima-
tions lisses de ces fonctions, avec plus ou moins de précision.
2 Le lemme de Baire fournit encore une constante dans l’énoncé
x 1 ⇒ f ( x ) --- pour tout f ∈ A
ε suivant, le « théorème de l’application ouverte » :
2
et on peut prendre λ = --- . ♦
ε
Théorème 12
Soit T une application linéaire continue surjective d’un espace
Le théorème 11 peut s’utiliser ainsi : si sup f * ; f ∈ A = +∞ , il de Banach X sur un espace de Banach Y. Il existe M ∈ R tel que
pour tout y ∈ Y , il existe x ∈ X tel que y = T ( x ) et x M y .
existe x tel que sup f ( x ) ; f ∈ A = +∞ .
Un premier corollaire est le théorème du graphe fermé.
On a, par exemple :
Corollaire 4
Corollaire 3 Une application linéaire T entre deux espaces de Banach X et
Il existe une fonction continue 2π – périodique dont la série de Y est continue si, et seulement si, son graphe G est une partie
Fourier diverge en 0. fermée de X × Y.
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Preuve. ♦ On munit X × Y de la norme ( x, y ) = sup ( x , y ) . Remarquons que la démonstration de la proposition 3 fournit une
L’espace G est fermé dans l’espace de Banach X × Y, donc G est un méthode d’approximation itérative, puisque la relation (40) impli-
espace de Banach. Soit π : G → X défini par π ( x, T ( x ) ) = x . L’appli- que que :
cation π est une bijection linéaire continue de G sur X. D’après le
théorème 12, il existe M ∈ R tel que : n
α
p – x n ------------- x 1 – x 0
T ( x ) ( x, T ( x ) ) M x 1–α
et donc T est continue. ♦ Nous donnons à présent une application de la proposition 3 aux
n n
équations différentielles. Soit F : R × R → R une fonction continue.
Considérer le graphe de T fait jouer un rôle symétrique à X et Y. Il
On veut résoudre l’équation différentielle :
s’ensuit donc que si T : X → Y espaces de Banach est une bijection
linéaire continue, son inverse T –1 est continu. y ′ ( t ) = F ( t, y ( t ) ) (41)
1
Si f ∈ L ( [0,2π] ), la suite { fˆ ( j ) ; j ∈ Z } de ses coefficients de Fou- n
rier appartient à l’espace de Banach C 0 ( Z ) des suites qui tendent où l’inconnue y est une fonction d’un intervalle I de R dans R . Dans
vers 0 à l’infini, normé par ( u n ) ∞ = sup u n . On peut se demander le cas « autonome » où F ne dépend que de y, et où la relation (41)
inversement si toute suite tendant vers 0 est une suite de coeffi- s’écrit y ′ ( t ) = F ( y ( t ) ) , résoudre l’équation revient à trouver une
n
cients de Fourier. Mais : trajectoire tangente en tout point au champ de vecteurs de R défini
par F.
Énonçons à présent un cas simple du « théorème de Cauchy-
Corollaire 5 Lipschitz » :
1
La transformation de Fourier = L ( [0,2π] ) → C 0 ( Z ) est une
injection non surjective. Théorème 13
n n
Soit F = R × R → R une fonction continue telle qu’il existe
k ∈ R tel que F ( t, y 1 ) – F ( t, y 2 ) k y 1 – y 2 pour tout t ∈ R et
En effet, on a D̂ n ( j ) = 1 si j n et = 0 sinon, d’où ( D n ) ∞= 1, n n
tous y1 et y 2 ∈ R . Soit x 0 ∈ R et M > 0 tel que Mk < 1. Alors il
cependant que lim D n 1 = +∞ (cf relation (38)). D’après le théo- existe une fonction dérivable y : [– M,M] → R
n
telle que
rème 12 on n’a donc pas surjectivité. y ( 0 ) = x 0 et :
Le corollaire 5 invite à considérer des « fonctions généralisées »
(hyperfonctions, distributions…) dont la transformée de Fourier y ′ ( t ) = F ( t, y ( t ) )
serait un élément arbitraire de C 0 ( Z ) . Notons que est une iso-
pour tout t ∈ [– M,M] .
métrie entre L2 ( [0,2π] ) et 2 ( Z ) (cf. théorème 7).
∫
Nous énonçons ici un principe beaucoup plus simple. t
(y)(t) = F ( u, y ( u ) )du + x 0
0
Proposition 3 Pour tout t ∈ [– M,M] , on a :
Soit X un espace de Banach. Soit f : X → X une application
telle qu’il existe α < 1 avec f ( x ) – f ( y ) α x – y pour tous x et (y)(t) – ( z ) ( t ) Mk y – z ∞
y. Alors il existe un unique p ∈ X tel que f ( p ) = p .
et donc (y) – (z) ∞ Mk ⋅ y – z ∞
Preuve. ♦ Soit x 0 ∈ X arbitraire. On définit x 1 = f ( x 0 ) puis où Mk < 1 . On peut donc appliquer la proposition 3 et conclure que la
x n = f ( x n – 1 ) pour tout n 1. D’après l’hypothèse, on a : suite définie par y n = ( y n – 1 ) converge vers y ∈ X tel que y ( 0 ) = x 0
et pour t M :
∫
t
xn – xn – 1 α xn – 1 – xn – 2 (39) y(t) = F ( u, y ( u ) )du + x 0 (42)
0
et par (39) et l’inégalité triangulaire, on a pour tout n 0 et tout En dérivant (42), on obtient :
p0 :
y ′ ( t ) = F ( t, y ( t ) )
n+p–1
j α
n pour tout t ∈ [– M,M] .
xn + p – xn
∑ α x 1 – x 0 ------------- x 1 – x 0
1–α
(40) Le théorème 13 tel que nous l’avons énoncé, laisse de côté la
j=n question importante de l’intervalle maximal sur lequel l’équation
(41) admet une solution. Notons que l’équation (41) est de degré 1,
D’après la relation (40), la suite ( x n ) est de Cauchy donc converge mais qu’une méthode classique [consistant à considérer le vecteur
vers p qui satisfait p = f ( p ) en passant à la limite (f est continue !)
dans l’équation x n = f ( x n – 1 ) . y ( t ), y ′ ( t ), …, y ( n – 1 ) ( t ) ] permet de ramener les équations de
Si p et q sont deux points fixes, on a k nk
f ( p ) – f ( q ) = p – q α p – q , d’où p – q = 0 et p = q. ♦ degré n sur R aux équations de degré 1 sur R .
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Dans le cas « lipschitzien » du théorème 13, on a unicité de la L’ensemble ∆A est appelé le spectre de A ; en effet on a pour tout
solution passant par la « donnée initiale » x0. Si F est simplement x∈A :
continue, un argument de compacité permet de montrer l’existence
d’une solution mais, dans ce cas, on perd en général l’unicité. σ A ( x ) = { ϕ ( x ) ;ϕ ∈ ∆ A } (43)
∑
i mx
(ii) ( x + y )z = xz + yz , x ( y + z ) = xy + xz f(x) = fˆ ( m ) e
(iii) α ( xy ) = ( α x )y = x ( α y ) m = –∞
Cette longue liste d’axiomes est vérifieé dans de nombreux cas On suppose de plus que f ( x ) ≠ 0 pour tout x ∈ R . Le théorème 14
naturels, dont le plus simple est A = ( K, C ) muni de f = f ∞ ,
1
où K est un espace compact. Un exemple non commutatif fonda- permet alors de montrer le lemme de Wiener : si g ( x ) = ---------- est
mental est l’algèbre L(H) des opérateurs bornés sur l’espace de f(x)
Hilbert, considérée au paragraphe 2. l’inverse de f, on a :
Un élément x ∈ A est dit inversible s’il existe x ′ ∈ A tel que +∞
xx ′ = x ′x = e . L’ensemble G(A) des éléments inversibles forme un ∑ gˆ ( m ) < + ∞
sous-ensemble ouvert de A, avec la même démonstration que le m = –∞
lemme 2. De plus, le spectre de x ∈ A est défini par : 1
En effet, l’algèbre A est dans ce cas l’espace ( Z ) des séries
absolument convergentes de nombres complexes, normé par :
σA ( x ) = λ ∈ C ; ( x – λ e ) ∉ G ( A ) +∞
(u(m)) 1 = ∑ u(m)
m = –∞
et la formule (15) du rayon spectral :
et muni du produit de convolution * , défini par :
n 1⁄n
sup { λ ; λ ∈ σ A ( x ) } = lim x +∞
n → +∞ (u*v)(m) = ∑ u ( k )v ( m – k ) (45)
m = –∞
reste vraie dans ce cadre. En fait, le paragraphe 2.2 consiste essen-
tiellement d’applications au cas A = L ( H ) de résultats généraux sur On remarquera l’analogie entre les relations (21) et (45), et entre
les algèbres de Banach. la relation (24) et l’équation :
f^
Nous considérons maintenant le cas commutatif.
⋅ g = fˆ * gˆ
∑
m
〈 z ,( u ( m ) )〉 = u ( m )z
En d’autres termes, ϕ est une forme linéaire multiplicative non m = –∞
nulle. L’ensemble ∆A des caractères est compact lorsqu’on le munit
de la topologie de la convergence simple sur A : ϕ i → ϕ si pour tout et il est alors clair que le théorème 14 établit le « lemme de
ϕ i ( x ) → ϕ ( x ) pour tout x ∈ A . Wiener ».
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∫
+∞
(f*g)(x) = f ( x – y )g ( y )dy (46) et comme I = { g * K ; g ∈ L 1 ( R ) } est l’idéal engendré par K, I est
–∞ dense dans L 1 ( R ) et la relation (49) est vraie pour toute f ∈ L 1 ( R ).
Cette condition est alors assez forte pour établir la conclusion.
On a alors f * g ∈ L 1 et f * g 1 f 1 ⋅ g 1 (par Fubini). Notons
que ( L 1 ( R ), * ) n’est pas une algèbre de Banach au sens de la défi- Le « théorème tauberien » de Wiener est utile lorsque l’on étudie
nition 1 puisqu’elle n’a pas d’unité e (donc (iv) n’est pas vérifiée) ; on le comportement asymptotique de données irrégulières. Il figure
peut y remédier en considérant L1 + C δ 0 , δ 0 est la mesure de Dirac par exemple dans l’une des démonstrations du « théorème des
en 0. nombres premiers » : si π(x) est le nombre d’entiers premiers infé-
rieurs à x, on a :
Les caractères de ( L 1 ( R ), * ) s’identifient à R , au moyen de l’équa-
tion : π ( x ) ln ( x )
lim ------------------------- = 1
x → +∞ x
∫
+ ∞ – i tx
〈 t, f 〉 = fˆ ( t ) = e f(x)dx (47)
–∞ Exemple 5 : parmi les algèbres de Banach, certaines sont
« intrinsèquement complexes » : ainsi, si A(D) désigne l’espace des
Dans (47) la notation fˆ désigne la transformée de Fourier mais fonctions f de D = { z ∈ C ;( z 1 ) } dans C qui sont continues sur D
aussi la transformée de Gelfand, qui est donc une généralisation.
°
Soit K ∈ L 1 ( R ) tel que K̂ ( t ) ≠ 0 pour tout t ∈ R . On ne peut pas et holomorphes sur D , les seules f ∈ A ( D ) à valeurs réelles sont les
directement appliquer le théorème 14 puisque L 1 ( R ) n’a pas fonctions constantes.
d’unité. Cependant, la même approche montre que l’idéal fermé À l’opposé, certaines algèbres admettent un « opérateur de conju-
engendré par K dans ( L 1 ( R ), * ) est tout entier. gaison » similaire à z → z sur C , ce qui permet d’utiliser des argu-
ments de positivité spécifiques. Plus précisément, une involution
Une application de ce résultat est le « théorème tauberien » de N. d’une algèbre de Banach A est une application x → x* de A dans A telle
Wiener. Soit φ : R → C une fonction uniformément continue bornée. que :
On peut encore définir ( K * φ ) par (46). Supposons que K̂ ( t ) ≠ 0 pour
tout t ∈ R et : (i) ( x + y )* = x* + y*
(ii) ( λ x )* = λ x*
lim ( K * φ ) ( x ) = aK̂ ( 0 ) (48) (iii) ( xy )* = y*x*
x → +∞ (iv) x** = x
alors on a :
L’algèbre ( L 1 ( R ), * ) de l’exemple 4 est une algèbre à involution si
lim ( φ ) ( x ) = a l’on pose f * ( t ) = f ( – t ) . L’exemple le plus important est l’algèbre
x → +∞
L(H) des opérateurs bornés sur un espace de Hilbert H, où T* est
L’intérêt de ce résultat est que l’équation (48) signifie qu’une cer- l’adjoint de T défini par 〈 x , Ty〉 = 〈 T*x , y〉 .
taine moyenne de translatées de la fonction φ converge vers a à Une algèbre à involution est une C* -algèbre si on a pour tout x :
l’infini : en effet :
2
x = xx*
∫
+∞
K*φ(x) = K ( y ) φ ( x – y )dy
–∞ Il est clair que si K est un espace compact, l’algèbre C ( K ) munie
de l’involution f * ( k ) = f ( k ) est une C* -algèbre commutative. Le
et bien sûr : théorème de Gelfand-Naimark énonce que toute C* -algèbre commu-
tative est de cette forme. Les C* -algèbres sont donc les algèbres
∫
+∞
pour lesquelles la transformation de Gelfand x → x̂ de A dans ( ∆ A )
K̂ ( 0 ) = K ( y )dy
–∞ définie après (43) est un isomorphisme.
L’algèbre L(H) est une C* -algèbre, non commutative, et on mon-
De la convergence à l’infini de ces moyennes, a priori plus régu- tre que toute C* -algèbre est isomorphe à une sous-algèbre de L(H)
lières que φ, on déduit en fait la convergence de φ à l’infini. stable par l’involution T → T*. Les C* -algèbres sont donc exacte-
L’idée de la démonstration est que si f = g * K avec g ∈ L 1 ( R ) , on ment les sous-algèbres autoadjointes de L(H).
a: Les C* -algèbres fournissent le cadre naturel de la théorie spec-
trale, esquissée dans le paragraphe 2.2. Leur classification est liée à
f*φ = (g*K)*φ = g*(K*φ) d’importants problèmes de physique théorique.
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