CHAPITRE III - LA SURFACE DES SOLIDES
A. MANIFESTATION DE L’ANGLE DE CONTACT
1. Mouillage des solides par les liquides
Le mouillage des solides par un liquide peut être déduit soit des expériences d’étalement des
gouttes liquides, soit de la mesure des angles de contact.
D’après le premier principe de mouillage, il y aura mouillage lorsque la condition d’étalement
sera remplie, à savoir :
Si S = L + SL c’est que L est dans le même plan que S et SL
d’où étalement (à fortiori pour S > L + SL)
D’où S + L - SL L + L
ou WSL 2 L
Comme WSL = L (1 + cos ), la condition d’égalité WSL = 2 L revient à dire :
cos = 1 ou =0
Pour = 180° WSL = 0 (pas de mouillage)
= 90° WSL = L (moitié du travail de cohésion)
= 0° WSL = 2 L (mouillage)
Selon les cas, il sera intéressant d’agir sur pour favoriser ou non le mouillage des solides.
Applications pratiques
Toile de tente
Les toiles de tente doivent être tissées de telle façon qu’elles soient perméables à l’air par
temps sec et imperméables à l’eau quand il pleut. Si l’on envisage la position de la surface de
séparation eau/air qui s’appuie sur deux fils de la toile, on peut considérer trois cas :
Chapitre III : La surface des solides 1
Autre façon de réaliser obtus gouttière
dans la tente par frottement de la toile à
l'intérieur
eau
eau
air
air
1) la nature du fil est telle que l'eau y fait un angle de contact obtus
2) = 90°
3) est aigu
La dernière toile pour laquelle est aigu est mauvaise : tout objet qui touche la face interne de
la toile s'y mouille.
Les imperméables en gabardine sont basés sur le même principe : il faut un angle de contact
avec l'eau qui soit obtus.
Mouillants
Comme le mouillage d'un solide est lié à l'angle de contact, l'introduction d'une substance
capillairement active modifiant l'une des trois tensions interfaciales figurant dans la relation
de Young , modifiera d'où les possibilités d'étalement des liquides.
On appelle mouillants les corps qui par adsorption sur les solides modifient plus
particulièrement SL et les rendent mouillables. Il existe des mouillants naturels et
synthétiques. Les plus connus et les plus anciennement utilisés sont les savons. Les mouillants
sont particulièrement utiles dans l'industrie textile; ils permettent la fixation des colorants
pour la teinture.
Agents non mouillants
Condensation
L'efficacité des condenseurs dans les machines à vapeur peut être considérablement améliorée
si on condense la vapeur sous forme de gouttes plutôt que sous la forme d'un film continu sur
la paroi du condenseur. Les parties de surface métallique couvertes par l'eau condensée
conduisent moins bien la chaleur que les parties sèches. Par conséquent, si la vapeur se
condense directement en gouttes, le transfert de chaleur au travers des parois métalliques est
accéléré.
Pour que la condensation se fasse en gouttes, l'angle de contact eau/métal doit être aussi grand
que possible et ceci n'est généralement réalisable qu'en ajoutant de petites quantités de
substances organiques à la vapeur. Les acides gras conviennent très bien à cet usage en
recouvrant le métal d'un film sur lequel la vapeur forme facilement des gouttes. Certaines
Chapitre III : La surface des solides 2
substances contenant du soufre sont aussi favorables à ce type de condensation (ex.: les
mercaptans, les xanthates et les dithiophosphates).
L'état de la surface métallique elle-même a aussi de l'importance : une surface lisse est
favorable à la formation de gouttes. La nature du métal est aussi importante : le cuivre (et ses
alliages) et le chrome sont plus favorables à la condensation en gouttes que l'acier doux et
l'aluminium.
Soudure
Le succès dans l'utilisation des soudures dépend beaucoup de l'obtention d'un angle de contact
nul entre la soudure liquide et les surfaces à souder. L'importance de l'élimination des graisses
et oxydes des pièces à souder, résulte du fait que le métal liquide de la soudure présente une
cohésion telle que l'adhésion aux surfaces oxydées ou graisseuses est impossible. Par contre,
l'adhésion aux métaux décapés est grande. Il faut cependant tenir compte aussi de la diffusion
intermétallique à haute température.
2. Angle de contact entre deux liquides et un solide
Si on considère deux liquides non miscibles en contact avec la même surface solide, deux cas
sont à considérer : les deux liquides peuvent coexister sur la surface ou bien l'un tend à
occuper toute la place en chassant l'autre.
a) Coexistence de deux liquides sur la surface
Si est l'angle de contact
supposé aigu du côté du liquide
A, la condition d'équilibre du
système est : B A
BS S AS
BS - AS = AB cos (relation de Young)
Les travaux d'adhésion de chacun des deux liquides au solide sont respectivement :
WAS = A+ S- AS
WBS = B+ S- BS
D’où la différence
WAS - WBS = -
A B+ BS - AS
WAS - WBS = A- B+ AB cos
WAS A WBS B
Ou encore cos
AB
Chapitre III : La surface des solides 3
D'autre part : WAS = A (1 + cos A)
WBS = B (1 + cos B)
Où A et B sont les angles de contact de chacun des liquides A et B déposés séparément sur la
surface solide. On obtient finalement :
A
. cos A B
. cos B
cos
AB
Etant donné que est supposé aigu, cos doit être positif et inférieur à 1. La condition
d'équilibre devient :
A cos A - B cos B < AB
ou A - B < AB (différence des tensions d'adhésion)
B. DETERGENCE
La détergence correspond au nettoyage des surfaces (en particulier des fibres textiles) c'est-à-
dire à l'élimination de graisses et de poussières de ces surfaces. Cette opération est très
largement dépendante de l'adsorption de substances tensioactives.
Les savons ont été les plus anciennement utilisés pour la détergence, mais depuis quelques
dizaines d'années, les sulfates et sulfonates organiques, les bases azotées ont largement
remplacé les savons.
La première fonction du détergent dans le nettoyage est le dégraissage, la seconde est d'éviter
les particules de poussières de se redéposer.
1. Le dégraissage
En présence d'une huile non polaire, la goutte se dispose en présence d'eau de la manière
suivante sur la surface d’une fibre.
eau
Huile
Le nettoyage par l’eau n’a aucune chance de réussir dans ces conditions.
En présence d’un agent tensioactif ayant des propriétés détergentes, la modification de doit
être telle que la goutte d’huile se ramasse au point d’avoir la situation suivante.
eau
huile
Chapitre III : La surface des solides 4
Il suffira dans ce cas d’une légère agitation mécanique pour arracher la goutte d’huile ou de
graisse de son support solide. Un très bon détergent détachera spontanément la goutte de son
support.
En tenant compte de ce que
eau / solide graisse / solide
cos
eau / graisse
Il y aura déplacement complet de la graisse par la solution aqueuse pour = 0°.
Il faut donc que
eau/sodide - graisse/solide
1 ou eau/sol - graisse/solide eau/graisse
eau/graisse
condition de déplacement
de la graisse par l’eau
Cette relation montre l’importance relative des différentes tensions d’adhésion et tension
superficielle dans l’action détergente. Une tension superficielle peu élevée de la solution
aqueuse et une tension interfaciale peu élevée sont favorables.
Très souvent, les surfaces à nettoyer sont irrégulières et présentent des pores (capillaires).
2 E /H
. co s
pH pE
r
eau pH air ou huile
2
SH SE
r
Dans ces conditions, il faut tenir compte en plus de la pression capillaire (cfr. problème dans
l’exploitation des gîtes pétrolifères formés de roches poreuses imprégnées de pétrole).
2. Redéposition des poussières
La redéposition des poussières peut être évitée par le conditionnement de la surface des
particules solides et de la surface à nettoyer par les agents tensioactifs de manière à provoquer
une charge de surface (ou une solvatation superficielle) qui empêchera l’accrochage ultérieur.
La présence d’une mousse est favorable à l’entraînement des particules en surface (cfr.
flottation), ce qui réduit la probabilité du redépôt.
Chapitre III : La surface des solides 5
Autre application : récupération des diamants sur les tables à graisse
Principe de la méthode
Diamant : surface naturellement non
mouillable par l’eau,
mouillable par les composés
organiques
température de ramollissement
superficiel de la graisse
Essai au laboratoire
eau
thermostat
Chapitre III : La surface des solides 6