Culture du concombre en bio sous abri
Culture du concombre en bio sous abri
agriculture biologique
La culture du concombre sous abri se développe en agriculture biologique malgré une maîtrise
technique délicate. Deux ravageurs principaux peuvent entraîner des dégâts importants : les
pucerons et les acariens tétranyques. Les thrips sont généralement bien maîtrisés par la lutte bio-
logique. La protection contre le mildiou sera difficile en période ou région humide.
Le type majoritairement cultivé est le long lisse (type hollandais), mais il existe un petit créneau com-
mercial pour le concombre court lisse ou épineux. Ce dernier présente l’avantage d’être plus rustique.
Le semis La fertilisation
À partir du 15 mars (voir les périodes de semis En culture sous abri, et pour un rendement de
dans le tableau 2), réaliser le semis direct en l’ordre de 8 kg/m2, une fertilisation apportant
environ 150 unités/ha d’azote, 80 unités de
motte de 7,5 cm, ou en bouchons qui seront
phosphore et 200 unités de potasse doit cou-
repiqués.
vrir les besoins de la culture.
La température de germination est de 25°C
Cette quantité devra être modulée en fonc-
(attention à la température de l’eau d’arrosage). tion de la durée de culture et de la quantité
• Ecarter les plants dès l’apparition de la d’éléments fertilisants présents dans le sol :
deuxième feuille, avant que les feuilles se un test nitrate réalisé avant la plantation per-
touchent, pour obtenir une densité de 10 à mettra d’ajuster la quantité d’azote à appor-
18 plants/m2. ter. La fertilisation phospho-potassique doit
• Baisser progressivement les températures aussi être adaptée en fonction de la richesse
(15°C minimum). du sol en ces éléments (analyse).
• La plantation sera effectuée au stade trois Le concombre valorisant bien les apports de
feuilles. matière organique, il sera judicieux d’apporter
un amendement organique avant la planta-
tion : 15 à 20 t/ha d’un compost fermier ou 3
La plantation à 5 t/ha d’un compost du commerce. Il faut
alors tenir compte des éléments fertilisants
La préparation du sol apportés par l’amendement et diminuer d’au-
Il est important d’obtenir un sol aéré et drai- tant les apports d’engrais complémentaires
©GRAB
né. En sol lourd, réaliser un sous-solage puis (attention, l’azote de l’amendement n’est pas
un passage de roto bêche (ou canadien ou disponible en totalité la première année).
Actisol) et la herse rotative permet au final
La production de d’obtenir un bon état de surface.
plants en pépinière
Les variétés
Tableau 1 - Période de semis, plantation et récolte suivant les régions (tunnel froid)
Société Type Tolérance Caractéristiques
DEFENSE* Vitalis Long Oïdium
Bonne productivité et fruit peu cannelé pouvant
et CMV
être légèrement épineux sous certaines conditions,
variété intéressante en bio pour sa vigueur.
GARDON** Rijk Zwaan Long oïdium, Bonne productivité, joli fruit régulier. Contraintes : à
CMV CVYV cultiver avec une hygrométrie élevée, peu précoce,
exigeant en eau.
ARAMON* Rijk Zwaan Long oïdium Bonne qualité de fruits, vigueur et précocité
moyenne.
TYRIA* Vitalis Long oïdium Variété productive
AKITO* Vitalis Court et Oïdium et CMV Vigueur et rendement satisfaisants.
épineux
©Civambio66
©Civambio 66
nement de l’abri durant quelques jours, après
avoir travaillé le sol et posé le paillage opaque
thermique, permet de réchauffer le sol avant
les plantations précoces. La densité de plantation est d'environ 1,6 bras/m2, ce qui donne pour un tunnel de 8 m : 2 doubles rangs centraux et 2 simples rangs latéraux
En agriculture biologique, les risques phytosa-
nitaires (pucerons, mildiou,…) parfois difficiles
à maîtriser et les contraintes de fertilisation,
peuvent justifier la programmation de deux
cultures courtes : printemps et automne pré-
coce. Ce choix permet souvent d’obtenir une
production de meilleure qualité qu’une cultu-
re longue.
La densité de plantation est d’environ 1,6 bras
par mètres carrés, ce qui donne pour un tun-
nel huit mètres : deux doubles rangs centraux
et deux simples rangs latéraux, avec un écar-
tement de 47 centimètres environ entre
chaque pied.
En sol fatigué, l’utilisation de plants greffés
est toujours conseillée : l’augmentation de la
vigueur permet de conduire les plants sur
deux têtes et de diminuer de moitié la densi-
té, ce qui en réduira le surcoût. Pour cela, on
peut choisir des plants double tête en pépiniè-
re ou bien étêter les plants après plantation
au dessus de la troisième feuille et garder
deux axillaires (généralement les deux der-
niers). Les porte-greffes offrent des capacités
©GRAB
de prospection racinaire importantes permet-
tant de mobiliser une quantité d’éléments La plante est conduite sur un bras (ou deux bras en plant greffé)
nutritifs plus élevée que des plants francs.
• Supprimer les fruits et les axillaires sur les passage). Laisser deux départs d’axillaires
premiers nœuds, le premier fruit sera sélec- sur la descente et arrêter la tête 70 cm
tionné entre le huitième et le dixième nœud après le fil de fer.
selon la vigueur de la plante, ne laisser • Si la vigueur le permet, renouveler les axil-
La conduite ensuite qu’un fruit par nœud. Pour mainte- laires et les étêter à 1,50 m du sol.
• Pour faciliter le compostage des résidus de
nir la vigueur et régulariser la production on
pourra ne laisser qu’un fruit un nœud sur culture, il est préférable d’utiliser de la ficel-
deux. le biodégradable, veillez à ne pas enterrer la
Le palissage vertical sur • Enlever rapidement les fruits déformés et ficelle biodégradable pour éviter sa dégra-
ficelle non commercialisables. Supprimer les axil- dation rapide. Il faut la fixer avec un clip ou
La plante est conduite sur un bras (deux laires jusqu’au fil de fer. La tige principale la nouer sur la tige sous la première feuille.
bras en plant greffé). Procéder de la manière doit passer sur un deuxième fil de fer paral- Les clips biodégradables sont disponibles
suivante : lèle (à 40 cm), avant de redescendre (côté mais coûtent 5 fois plus cher (fin 2006) que
les clips en polypropylène.
Tableau 2 - Période de semis, plantation et récolte suivant les régions (tunnel froid)
Période de Période de Période de L’irrigation
semis plantation récolte L’irrigation doit être gérée avec rigueur afin
Régions Nord Avril Mai Juin à octobre d’éviter tout excès. Elle est de l’ordre de 50%
Régions Sud (culture de printemps) Mars Avril à mai Mai à août de l’ETP au premier fruit en fleur puis de 90 à
100% de l’ETP au début récolte. Fractionner les
Régions Sud (culture d’automne) Juillet Juillet à mi-août Septembre à octobre arrosages. Eviter d’arroser tôt le matin car la
(semis direct possible) pression racinaire fragilise les tiges.
CYSDV : Jaunissement important du feuillage
Le climat des tunnels commençant par le bas des plantes, baisse de
En conditions froides et humides les feuilles se rendement.
gaufrent et se dressent et les entre-nœuds se CVYV : Jaunissement des nervures commen-
raccourcissent. Les feuilles du bas présentent çant par l’apex. Marbrures sur fruits qui les
des tâches huileuses en périphérie du limbe. rendent non commercialisables.
La plante est bloquée et ne transpire plus. Il Ces virus se rajoutent à ceux déjà présents
faut aérer tôt et laisser l’abri ouvert la nuit dont le plus fréquent est le CMV transmis par
dès que les températures nocturnes ne des- les pucerons.
cendent plus en dessous de 14°C.
La plante est sensible aux excès de lumière qui La stratégie de protection indiquée dans le
peuvent provoquer des nécroses apicales tableau 3 est à moduler en fonction des condi-
sèches et des brûlures directes sur les feuilles tions locales. Pour chaque ravageur, le niveau
et les fruits. Dès les premières chaleurs, il
de pression dépend du lieu, de la saison et de
convient de blanchir la couverture plastique
de l’abri en appliquant des produits commer-
ciaux destinés à cet effet. En cours de culture,
des bassinages (aspersions de courte durée)
pourront être pratiqués. Ils augmentent l’hy-
©Civambio66
grométrie sur une courte période et abaissent
la température par vaporisation de l’eau. En
période chaude et sèche, des aspersions plus Cueillir les fruits au moins trois fois par semaine
conséquentes pourront être réalisées afin La présence des pathogènes telluriques peut
d’humidifier le sol des passages : cela aura un
©Robert/INRA
passer inaperçue la première année et entraî-
effet plus durable que des bassinages. Dans ner de graves dégâts l’année suivante. En fin
tous les cas, ne pas réaliser d’aspersion sur de culture, il est indispensable de pratiquer
des plantes trop chaudes car cela risque une vérification de l’état du système racinai- Le puceron vert Aulacorthum solani
d’augmenter le phénomène de flétrissement re. Pour cela, arracher quelques plants au
et de provoquer des gerçures d’épiderme sur hasard et nettoyer les racines à l’eau claire.
les fruits à l’approche de la récolte. Il convien- Les racines doivent être saines et blanches. En
dra d’éviter tout excès afin de limiter le déve- cas de doute (galles, brunissements), faire
loppement de maladies fongiques (mildiou, appel à un technicien pour identifier le patho-
botrytis…) particulièrement dans les régions gène responsable.
humides. Par journée fortement ventée, fer- Le respect des rotations et la pratique de la
mer le côté exposé pour limiter les pertes solarisation permettent de limiter les risques
©Onillon/INRA
d’humidité et les blessures sur fruits. de pathogènes du sol.
©GRAB
il colonise principalement l’apex des
plantes. Traiter à la roténone le haut Tâches provoquées par le mildiou
des plantes en se limitant aux zones
atteintes.) Mildiou : taches angulaires délimitées par
les nervures d’abord vert clair puis jaunissantes
Semaine 2 Mettre en place une deuxième série de Aphidius Une plante relais pour 200 m2 pour enfin se dessécher.
plantes relais colemani Ce champignon (Pseudoperonospopra cubensis)
Semaine 3 Surveiller les premiers foyers de pucerons, Neoseiulus Au printemps : un sachet peut se développer très rapidement en culture
si l’activité des auxiliaires est insuffisante, cucumeris pour deux plants sous abri (deux heures d’humectation du
traiter en localisé à la roténone. Lâchers L’été : un sachet par plant. feuillage suffisent à la germination des
contre les thrips. spores). Une gestion rigoureuse de l’aération
Semaine 4 Effectuer une surveillance régulière et Phytoseiulus Un flacon pour 1000 m2 est nécessaire pour limiter le risque mildiou.
repérer les premiers foyers d’acariens. persimilis Bien que nécessaires pour augmenter l’hygro-
Introduire le prédateur en insistant sur métrie en période sèche, les bassinages doi-
les foyers. En l’absence de repérage des vent faire l’objet d’une attention particulière.
acariens tétranyques, introduire l’auxiliaire Ils doivent être supprimés dès l’apparition des
“à l‘aveugle”. premières tâches de mildiou.
Des applications d’engrais foliaires riches en
Semaine 5 Si besoin réintroduire le prédateur en Phytoseiulus Un flacon pour 1000 m2
cuivre (type Cuivrol à 500g/hl) permettent de
insistant sur les foyers. Par la suite on persimilis
limiter les attaques, le soufre mouillable
pourra distribuer l’auxiliaire dans la culture
semble avoir également un effet secondaire
à partir de feuilles prélevées dans les
intéressant (essais du GRAB d’Avignon, à
foyers où il est installé.
confirmer : soufre à 500g/hl aussi efficace
Semaine 6 Si besoin, renouveler l’introduction de Neoseiulus Au printemps : un sachet qu’une protection cuprique).
sachets d’auxiliaires contre les thrips. cucumeris* pour trois plants. Remarque : les traitements seront appliqués
L’été : un sachet par plant juste après une récolte afin de limiter le mar-
*Un nouvel auxiliaire Amblyseius swirskii, dont les premiers tests sont très prometteurs, pourra remplacer avantageusement Neoseiulus quage des fruits.
cucumeris. En complément de son efficacité sur thrips il permet de lutter également contre les aleurodes. Sa rapidité d’installation sur la
culture permet d’envisager des doses d’apport moindres que Neoseiulus cucumeris de l’ordre d’un sachet pour trois ou quatre plantes.
Des introductions précoces en vrac semblent pouvoir être réalisées avec cet auxiliaire, d’après les essais réalisés en 2006.
Botrytis : feutrage gris et dessèchement.
Pas de lutte directe en agriculture biologique,
l’année. Un suivi hebdomadaire des popula-
tions de ravageurs et d’auxiliaires (spontanés
Les maladies une aération maximum de l’abri sera mise en
œuvre.
et introduits), par l’observation d’une vingtai- cryptogamiques Attention : vérifier la conformité des produits
ne de feuilles prises au hasard pour un tunnel, phytosanitaires par rapport au règlement euro-
est indispensable. Il permet de déceler préco- Oïdium : taches jaunes et mycelium blanc. péen concernant le mode de production biolo-
cement la présence des ravageurs et d’adapter Utiliser des variétés tolérantes et traiter au gique et respecter l’homologation française.
les stratégies de protection. soufre mouillable (deux fois à huit jours) dès
Le producteur et si possible les personnes tra- les premières taches. Ensuite, moduler les
vaillant sur la culture doivent pouvoir identi- interventions en fonction des symptômes. Pour en savoir plus
Attention, diminuer les doses par forte cha-
fier les principaux insectes et acariens - Arrufat A., 2003. Le concombre sous abri froid.
leur (risques de phytotoxicité). Le soufre
présents. mouillable tache un peu les fruits. Fiches techniques de l’agriculture biologique du
Respecter rigoureusement les conditions d’in- Civambio66.
troduction préconisées et prévoir un délai - Collectif, 2001. Le concombre. Ctifl, sept. 2001.
entre un traitement et un lâcher d’auxiliaires. - Collectif, 2004. Greffage, choix variétal et condui-
te culturale. Culture légumière, mai-juin 2004.
Attention, dans certaines régions une punaise - Guillaume C., 1994. Spécial concombre.
(Lygus sp.) peut entraîner des dégâts impor- Roussillon agricole. Chambre d’agriculture des
Pyrénées Orientales.
tants. En effet les apex se déforment en cros-
- Lambion J., 2005 et 2006. Lutte contre le mil-
se et se dessèchent sous l’effet de ses piqûres.
diou en culture de concombre biologique.
Aucune méthode de lutte n’est actuellement Comptes-rendus Grab.
©INRA - Bouchot
ITAB : 149, rue de Bercy Fiche rédigée par Alain Arrufat (Civambio66). Civam Bio 66
75595 Paris CEDEX 12 Relecture : Catherine Mazollier, Jérôme Lambion et 15, av de Grande Bretagne
Annick Taulet (GRAB), Dominique Berry (Serail), Marie 66000 PERPIGNAN
Tél : 01 40 04 50 64 Dourlent (ITAB), Guillaume Vlemmings (Maraîcher),
Fax : 01 40 04 50 66 Alain Delebecq (GABNOR), Marie Doulent, Aude Tél. : 04 68 35 34 12
[Link] Coulombel et Monique Jonis (ITAB). Fax : 04 68 34 86 15 Décembre 2006