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Surveillance des rayonnements ionisants

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Chapitre II : LES RAYONNEMENTS IONISANTS

II.1. INTRODUCTION

Les rayonnements ionisants sont partout dans l’univers. Ils viennent de l’espace sous forme de rayons
cosmiques. Ils sont émis dans l’atmosphère par le radon et ses descendants radioactifs. Les radio-
isotopes naturels pénètrent tous les tissus vivants et y restent. Aucun être vivant ne peut y échapper.
En fait, l’évolution de toutes les espèces de la planète s’est faite grâce à la présence de rayonnements
ionisants. Même si les effets biologiques de petites doses de rayonnement ne sont pas immédiatement
apparents chez des humains exposés, il n’y a pas de doute qu’à partir d’une certaine intensité les
rayonnements ionisants sont nuisibles. Leurs effets sont bien connus, tant en nature qu’en gravité.

II.2. Les type de rayonnements ionisants

Les rayonnements ionisants consistent en particules, y compris des photons, qui arrachent des
électrons à des atomes et des molécules. Toutefois, certains rayonnements d’énergie relativement
faible, comme les rayons ultraviolets, peuvent être ionisants dans des conditions particulières. Pour les
distinguer des rayonnements qui provoquent toujours l’ionisation, on définit un seuil arbitraire
d’énergie, en général 10 kiloélectronvolts (keV), à partir duquel les rayonnements sont dits ionisants.

On peut classifier aussi les rayonnements ionisants selon leur nature en deux types :
Rayonnement particulaire et rayonnement électromagnétique.

2.1. Le Rayonnement particulaire

Sont les particules alpha, Bêta, gamma et les neutrons

1.1. Les particules alpha

Une particule alpha est un ensemble étroitement lié formé de deux protons et de deux neutrons. Elle
est identique à un noyau d’hélium 4 (4He). De fait, après avoir perdu la plus grande partie de son
énergie cinétique, cette particule capturera en définitive deux électrons pour devenir un atome
d’hélium.

Les radionucléides émetteurs alpha ont en général des noyaux relativement lourds. Presque tous ont un
numéro atomique supérieur ou égal à celui du plomb (82Pb). Lorsqu’un noyau se désintègre en
émettant une particule alpha, tant son numéro atomique (nombre de protons) que son nombre de
neutrons baissent de deux unités, tandis que son nombre de masse diminue de quatre. Par exemple, la
désintégration alpha de l’uranium 238 (238U), qui produit du thorium 234 (234Th), est représentée par la
formule:

U→→→234Th+α
238

Les émetteurs alpha les plus courants émettent des particules dont l’énergie cinétique se situe entre 4
et 5,5 MeV et qui, dans l’air, ont un parcours ne dépassant pas 5 cm. Pour pénétrer l’épiderme (couche
protectrice de la peau, épaisse de 0,07 mm), une particule alpha doit posséder une énergie minimale de
7,5 MeV. Les émetteurs alpha ne présentent pas en général de risques par irradiation externe; ils ne
constituent un danger que s’ils sont absorbés par l’organisme.

1.2. Les particules bêta

Une particule bêta consiste en un électron ou un positon très énergétique (le positon est l’antiparticule
de l’électron. Il a la même masse et la plupart des autres propriétés de l’électron, mais sa charge,

1
exactement égale à celle de l’électron, est cependant de polarité opposée, c’est-à-dire positive). Les
radionucléides émetteurs bêta peuvent avoir un numéro atomique faible ou élevé.

La formule suivante illustre une désintégration caractéristique par émission de positons:

22
Na11→→22Ne11+β++γ

le positon étant représenté par β+ et le neutrino par ν. Il convient de noter que le nucléide résultant a le
même nombre de masse atomique que le nucléide père, un numéro atomique (nombre de protons)
inférieur d’une unité et un nombre de neutrons supérieur d’une unité.

La capture d’électrons est toujours possible quand le noyau résultant a une énergie totale inférieure à
celle du noyau initial. Par contre, la désintégration par émission de positons ne peut se produire que si
l’énergie totale de l’atome initial dépasse celle de l’atome résultant de plus de 1,02 MeV (deux fois
l’énergie correspondant à la masse au repos du positon).

1.3. Les neutrons

En général, l’émission de neutrons n’est pas le résultat direct d’une désintégration radioactive
naturelle. Les neutrons sont plutôt le produit de réactions nucléaires. Les réacteurs nucléaires
produisent beaucoup de neutrons, mais on en obtient également dans les accélérateurs de particules et
en utilisant des sources spéciales de neutrons appelées sources (α, n).

Les réacteurs nucléaires produisent des neutrons par fission des noyaux d’uranium (U) du
combustible. En fait, la production des neutrons est essentielle au maintien de la réaction de fission.

2.2. Le rayonnement électromagnétique

2.1. Le rayonnement gamma

Le rayonnement gamma est une onde électromagnétique émise par un noyau, siège d’une transition
d’un niveau d’énergie supérieur à un niveau d’énergie inférieur. La transition ne modifie pas le
nombre de protons et de neutrons du noyau. Ce dernier peut se retrouver à un niveau d’énergie
supérieur par suite d’une désintégration alpha ou bêta antérieure. Autrement dit, les rayons gamma
sont souvent émis immédiatement après des désintégrations alpha ou bêta. Le rayonnement gamma
peut également résulter de la capture de neutrons ou de la diffusion inélastique de particules
subatomiques par un noyau. C’est dans le rayonnement cosmique que l’on a pu déceler les rayons
gamma les plus énergétiques.

Le rayonnement gamma subit une atténuation exponentielle en traversant la matière Si on peut


négliger cette dernière, l’atténuation du rayonnement gamma est donnée par la formule d’attenuation
des rayons X.

Ix = I0e–µx

Ix étant l’intensité du rayonnement gamma en fonction de la distance x franchie dans la matière et µ le


coefficient d’atténuation massique. Ce coefficient dépend de l’énergie du rayonnement gamma et de la
matière avec laquelle il interagit.

2.2. Les rayons X

Les rayons X sont des ondes électromagnétiques. A ce titre, ils ressemblent aux rayons gamma, la
différence entre les deux résidant dans l’origine du rayonnement. Les rayons gamma partent du noyau

2
de l’atome, tandis que les rayons X résultent de l’interaction des électrons. Même si les rayons X
possèdent souvent moins d’énergie que les rayons gamma, ce critère ne permet pas vraiment de les
différencier. Il est en effet possible de produire des rayons X d’énergie bien plus élevée que les rayons
gamma qui résultent d’une désintégration radioactive.

On produit les rayons X en accélérant des électrons au moyen d’une différence de potentiel électrique
de plusieurs milliers ou même millions de volts. Les électrons sont ensuite rapidement décélérés dans
un matériau dense pouvant résister à des températures élevées, comme le tungstène (W).

Spectre de rayons X illustrant l'émission de rayons X caractéristiques lorsque


les électrons comblent les vides de la couche K de la cible en tungstène (la longueur
d'onde des rayons X est inversement proportionnelle à leur énergie)

L’énergie des rayons X émis par un tel système forme un spectre continu allant d’environ zéro à
l’énergie cinétique maximale que possèdent les électrons avant leur décélération. Souvent, des rayons
X à niveaux d’énergie discrets se superposent à ce spectre. Ils sont produits lorsque les électrons
incidents ionisent la cible. Tandis que d’autres électrons orbitaux vont remplir les vides laissés par
l’ionisation, ils émettent des rayons X à des niveaux discrets d’énergie, de la même façon que dans le
processus de conversion interne. Ces rayons X sont dits caractéristiques parce qu’ils définissent de
façon unique la matière de la cible (anode ou anticathode).

II.3. Les sources de rayonnements ionisants

3.1. Les radionucléides naturels

Les radionucléides naturels sont présents dans la nature parce que leur période radioactive est
comparable à l’âge de la Terre. Le tableau énumère les plus importants.

Tableau : Radionucléides naturels

Radio-isotope Période (109 ans) Teneur isotopique (%)


238U
4,47 99,3
232Th
14,0 100
235U
0,704 0,720
40K
1,25 0,0117

3
87Rb
48,9 27,9
40K
1,25 0,0117
87Rb
48,9 27,9

3.2. Le rayonnement cosmique

Les rayons cosmiques comprennent des particules énergétiques d’origine extraterrestre qui viennent
bombarder l’atmosphère (le rayonnement étant essentiellement particulaire et surtout formé de
protons). Ils comportent également des particules secondaires — principalement des photons, des
neutrons et des muons — engendrées par l’interaction des particules primaires avec les gaz
atmosphériques.

A cause de ces interactions, l’atmosphère joue le rôle d’un écran protecteur contre le rayonnement
cosmique: plus l’écran est mince, plus la dose efficace est grande. Par conséquent, le débit de dose
efficace dû à ce rayonnement augmente avec l’altitude. Ainsi, le débit à 1 800 m d’altitude est le
double de celui qui existe au niveau de la mer.

Comme le rayonnement cosmique primaire consiste surtout en particules chargées, il est influencé par
le champ magnétique terrestre. Cela revient à dire que les habitants des hautes latitudes reçoivent des
doses efficaces plus importantes que les populations vivant près de l’équateur. Les variations dues à
cet effet sont de l’ordre de 10%.

En moyenne, la contribution des rayons cosmiques au rayonnement naturel est d’environ 0,3 mSv de
dose efficace au corps entier.

3.3. Les retombées radioactives

De nombreux essais d’armes nucléaires ont été réalisés dans l’atmosphère entre les années quarante et
les années soixante, produisant d’importantes quantités de substances radioactives qui se sont
dispersées dans l’environnement, partout dans le monde, sous forme de retombées . Même si la plupart
de ces substances se sont désintégrées depuis, engendrant des isotopes stables, les petites quantités qui
restent continueront à agir comme sources d’irradiation pendant très longtemps encore. De plus, les
pays qui procèdent encore à l’occasion à des essais nucléaires dans l’atmosphère augmentent ces
quantités.

Les principaux constituants des retombées qui contribuent à la dose efficace comprennent
actuellement le strontium 90 (90Sr) et le césium 137 (137Cs), qui ont tous deux une période radioactive
d’environ trente ans. La dose efficace annuelle moyenne due aux retombées s’élève à environ 0,05
mSv.

3.4. Le rayonnement artificiel

L’utilisation médicale des rayons X constitue la source d’exposition la plus importante aux
rayonnements artificiels. Des millions de tubes à rayons X sont en service dans le monde. L’exposition
moyenne provenant de cette source dépend dans une grande mesure de l’accès de la population aux
soins médicaux. Dans les pays développés, la dose efficace annuelle provenant de l’utilisation
médicale des rayons X et de substances radioactives à des fins diagnostiques et thérapeutiques est en
moyenne de l’ordre de 1 mSv.

Par ailleurs, les rayons X sont un sous-produit de la plupart des accélérateurs de particules à haute
énergie utilisés par les physiciens, et surtout de ceux qui servent à accélérer des électrons et des
positons. Toutefois, les blindages, les précautions prises et l’effectif limité de la population exposée
font que cette source d’exposition est sensiblement moins importante que les précédentes.

4
3.5. Les radionucléides artificiels

Les réactions nucléaires qui se produisent dans les accélérateurs de particules donnent naissance à un
grand nombre de radionucléides en quantités diverses. Les particules accélérées comprennent des
protons, des deutons (noyaux de2H), des particules alpha, des mésons chargés, des ions lourds, etc. Les
cibles peuvent être faites de quasiment tout isotope.

Les accélérateurs de particules sont en pratique la seule source de radio-isotopes émetteurs de positons
(les réacteurs nucléaires tendent à produire des radio-isotopes riches en neutrons qui se désintègrent en
émettant des électrons négatifs). On s’en sert également de plus en plus pour obtenir des isotopes de
courte période utilisés à des fins médicales, notamment en tomographie par émission de positons.

Les matériaux et produits de consommation technologiquement évolués

Des rayons X et matières radioactives sont produits par de très nombreuses opérations techniques
modernes, de façon délibérée ou non( fabrication de matériaux de costruction, carburant,….)

II.4. Les unités de mesure de rayonnement

Activité : Cette quantité représente le nombre de transformations radioactives par unité de temps à
partir d’un niveau d’énergie donné, selon la formule:

A étant l’activité et dN le nombre probable de transformations radioactives spontanées à partir du


niveau d’énergie donné dans l’intervalle de temps dτ. L’activité est liée au nombre N de noyaux
radioactifs par la formule:

dans laquelle λ est la constante de désintégration. L’activité s’exprime en secondes inverses (s–1),
l’unité spécifique étant le becquerel (Bq).

Constante de désintégration (λ). Pour un radionucléide donné, la constante de désintégration


(également dite constante radioactive) est la probabilité par unité de temps qu’une transformation
radioactive se produise. La constante de désintégration s’exprime en secondes inverses (s–1). Elle est
liée à la période radioactive t½ d’un radionucléide par la formule:

La constante de désintégration λ est liée à la vie moyenne τ d’un radionucléide par la formule:

L’activité A(t) et le nombre de noyaux radioactifs N(t) peuvent être exprimés en fonction du temps par
les formules Α(0)e–λt et N(0)e–λt, respectivement.

5
Dose absorbée : C’est la quantité fondamentale de la dosimétrie des rayonnements ionisants. Il s’agit
essentiellement de l’énergie que les rayonnements ionisants cèdent à la matière par unité de masse. La
formule de la dose absorbée est la suivante:

D étant la dose absorbée et dε l’énergie moyenne cédée à la matière de masse dm. La dose absorbée
s’exprime en joules par kilogramme (J kg–1), l’unité spécifique étant le gray (Gy).

Effet biologique déterministe :. C’est l’effet biologique des rayonnements ionisants dont la probabilité
est nulle lorsque la dose absorbée est petite, mais passe très rapidement à l’unité (100%) au-delà d’un
certain niveau de dose absorbée (seuil). L’induction d’une cataracte est un exemple d’effet biologique
déterministe.

Effet biologique stochastique ou probabiliste : C’est un effet biologique des rayonnements ionisants,
dont la probabilité augmente avec la dose absorbée, vraisemblablement sans qu’il existe un seuil, mais
dont la gravité est indépendante de cette dose. Le cancer est un exemple d’effet biologique
stochastique.

Efficacité biologique relative (EBR) : L’EBR d’un rayonnement par rapport à un autre est le rapport
inverse des doses absorbées produisant le même degré d’un résultat biologique défini.

Equivalent de dose :. L’équivalent de dose HT est la dose absorbée en moyenne pour tout un tissu ou
organe (par opposition à la dose absorbée en un point) et pondérée en fonction du facteur de qualité du
rayonnement considéré. C’est une quantité relevant de la radioprotection, qu’il ne convient donc pas
d’utiliser dans le cas des doses absorbées élevées reçues en un laps de temps relativement court.
L’équivalent de dose est exprimé par la formule:

DT,R étant la dose absorbée moyenne pour tout tissu ou organe T attribuable au rayonnement R,
et wR le facteur de pondération du rayonnement. L’équivalent de dose est exprimé en joules par
kilogramme (J kg–1), l’unité spécifique étant le sievert (Sv).

Equivalent de dose efficace . L’équivalent de dose efficace E est la somme des équivalents pondérés
de dose dans tous les tissus ou organes du corps. C’est une quantité relevant de la radioprotection,
qu’il ne convient donc pas d’utiliser dans le cas de doses absorbées élevées reçues en un laps de temps
relativement court. Elle est exprimée par la formule:

wT étant le facteur de pondération pour le tissu et HT, l’équivalent de dose pour le tissu T. La dose
efficace s’exprime en joules par kilogramme (J kg–1), l’unité spécifique étant le sievert (Sv).

Facteur de pondération des rayonnements . Il s’agit d’un nombre wR qui, pour un type donné et une
énergie donnée d’un rayonnement R, est représentatif des valeurs de l’efficacité biologique relative
avec laquelle ce rayonnement peut provoquer des effets stochastiques à faible dose. Les valeurs de wR
sont liées au transfert linéique d’énergie TLE ou TEL selon les publications. Elles sont indiquées dans
le tableau suivant. La figure illustre la relation entre wR et le TLE dans le cas des neutrons.

6
Facteurs de pondération des rayonnements wR wR

Type de rayonnement et gamme d’énergie wR


Photons, toutes énergies 1
Electrons et muons, toutes énergies2 1
Neutrons, énergie <10 keV 5
10 keV à 100 keV 10
>100 keV à 2 MeV 20
>2 MeV à 20 MeV 10
>20 MeV 5
Protons (sauf protons de recul), énergie >2 MeV 5
Particules alpha, fragments de fission, noyaux lourds 20

Toutes les valeurs se rapportent au rayonnement incident sur le corps ou, dans le cas des sources
internes, au rayonnement émis à partir de la source.2 A l’exception des électrons Auger émis par des
noyaux liés à l’ADN.

Facteur de pondération des tissus wT. Nombre représentant la contribution du tissu ou de l’organe T
au détriment total dû à l’ensemble des effets stochastiques résultant d’une irradiation uniforme de tout
le corps. La raison d’être de ce facteur est que la probabilité des effets stochastiques dus à un
équivalent de dose dépend du tissu ou de l’organe irradié. Un équivalent de dose uniforme appliqué à
tout le corps devrait donner une dose efficace numériquement égale à la somme des doses efficaces
pour tous les tissus et organes du corps. Par conséquent, la somme de tous les facteurs de pondération
des tissus est normalisée à l’unité. Le tableau présente les facteurs de pondération pour différents
tissus et organes.

Tableau : Facteurs de pondération des tissus wT

Tissu ou organe wT
Gonades 0,20
Moelle osseuse (rouge) 0,12
Côlon 0,12
Poumon 0,12
Estomac 0,12
Vessie 0,05
Sein 0,05
Foie 0,05
Œsophage 0,05
Thyroïde 0,05
Peau 0,01
Surface des os 0,01
Autres tissus et organes 0,05

Ces valeurs ont été calculées pour une population de référence composée d’un nombre égal d’hommes
et de femmes dans une large fourchette d’âge. Dans la définition de la dose efficace, les valeurs
s’appliquent aux travailleurs, à l’ensemble de la population et aux deux sexes. Pour fins de calcul, la
catégorie «Autres tissus et organes» comprend ce qui suit: surrénales, cerveau, côlon ascendant
supérieur, intestin grêle, reins, muscles, pancréas, rate, thymus et utérus. Cette liste inclut les organes
qui peuvent être sélectivement irradiés. Certains de ces organes sont connus comme susceptibles
d’induction de cancer.3 Dans les cas exceptionnels où un seul des tissus ou organes de la catégorie

7
«Autres tissus et organes» reçoit un équivalent de dose supérieur à la plus haute dose dans l’un
quelconque des douze organes dont le facteur de pondération est défini, on lui attribuera un facteur de
pondération de 0,025 et on attribuera un facteur de pondération de 0,025 à la dose moyenne des autres
tissus et organes de cette même catégorie.

Chapitre III : Les effets biologiques des rayonnements ionisants

III.1. Introduction

Après leur découverte par Röntgen en 1895, les rayons X ont été adoptés si rapidement dans le
diagnostic et le traitement des maladies que les lésions dues à une exposition excessive ont presque
immédiatement fait leur apparition chez les pionniers du domaine, qui n’étaient pas encore conscients
des risques qu’ils encouraient (Brown, 1933). Au début, les lésions consistaient essentiellement en
réactions cutanées sur les mains de ceux qui manipulaient les premiers appareils à rayons X. Une
dizaine d’années plus tard, beaucoup d’autres lésions étaient signalées, y compris les premiers cancers
attribués aux rayonnements (Stone, 1959).

Depuis ces premières constatations, l’étude des effets biologiques des rayonnements ionisants a
constamment reçu des impulsions nouvelles du fait de leur utilisation croissante en médecine, en
sciences et dans l’industrie, ainsi que dans les applications pacifiques et militaires de l’énergie
nucléaire. C’est ce qui explique que les effets biologiques des rayonnements aient fait l’objet
d’investigations beaucoup plus approfondies que ceux de tout autre agent extérieur. D’ailleurs, les
connaissances radiobiologiques acquises ont beaucoup contribué aux actions entreprises pour protéger
la santé humaine contre bien d’autres risques liés à l’environnement.

III.2. Les effets déterministes : sont les effets qui apparaissent a court et moyen termes.

2.1. Energie communiquée au milieu. Contrairement aux autres formes de rayonnement, les
rayonnements ionisants peuvent transmettre suffisamment d’énergie localement pour éjecter des
électrons des atomes sur lesquels ils agissent. Ainsi, à mesure que les particules ionisantes heurtent de
façon aléatoire des atomes et des molécules en passant à travers des cellules vivantes, elles donnent
naissance à des ions et à des radicaux libres qui rompent les liaisons chimiques et provoquent d’autres
transformations moléculaires qui endommagent les cellules touchées. La répartition spatiale de
l’ionisation dépend du facteur de pondération du rayonnement wR.

2.2. Effets sur l’ADN . Le rayonnement peut altérer toute molécule de la cellule, mais l’ADN est la
cible biologique la plus critique à cause de la redondance limitée de l’information génétique qu’il
contient. Une dose absorbée assez importante pour tuer une cellule moyenne en voie de division — 2
grays (Gy) — suffit pour causer des centaines de lésions dans ses molécules d’ADN. La plupart de ces
lésions sont réparables, mais celles qui résultent d’un rayonnement ionisant dense (proton ou particule
alpha, par exemple) sont en général moins susceptibles de réparation que celles d’un rayonnement
moins ionisant (rayons X ou gamma, par exemple). Par conséquent, les rayonnements à forte densité
d’ionisation (c’est-à-dire à transfert linéique d’énergie (TLE) élevé) ont ordinairement une efficacité
biologique relative (EBR) supérieure à celle des rayonnements à faible densité d’ionisation (à TLE peu
élevé) pour la plupart des lésions.

2.3. Effets sur les gènes. Les dommages non réparables ou mal réparés subis par l’ADN peuvent
donner lieu à des mutations dont la fréquence semble croître de façon linéaire avec la dose, à environ
10–5 à 10–6 par locus et par Gy, sans qu’il existe apparemment de seuil. Pour certains experts, cette
proportionnalité apparente entre le taux de mutation et la dose signifierait que le passage d’une seule
particule ionisante à travers l’ADN suffit en principe pour causer une mutation (BEIR V, 1990). Chez
les victimes de la catastrophe de Tchernobyl, la relation dose-effet observée pour les mutations de la
glycophorine dans les cellules de moelle osseuse ressemble étroitement à celle que l’on a mise en
évidence chez les survivants des bombardements atomiques.

8
2.4. Effets sur les chromosomes. Les dommages causés par les rayonnements ionisants aux matériaux
génétiques peuvent également provoquer des modifications du nombre et de la structure des
chromosomes, dont on a observé que la fréquence augmentait avec la dose chez les travailleurs
exposés aux rayonnements ionisants, les survivants des bombardements atomiques et d’autres
personnes également exposées. La relation dose-effet correspondant aux aberrations chromosomiques
des lymphocytes sanguins humains a été suffisamment bien caractérisée pour constituer un moyen
utile de dosimétrie biologique.

2.5. Effets sur la survie des cellules. L’inhibition de la division cellulaire compte parmi les premiers
effets observés de l’irradiation. Elle se manifeste rapidement après l’exposition et varie avec la dose
tant dans son degré que par sa durée. Même si l’inhibition de la mitose est le plus souvent transitoire,
les dommages que les rayonnements ionisants font subir aux gènes et aux chromosomes peuvent tuer
les cellules en cours de division, qui représentent une classe très radiosensible. Mesurée en fonction de
la capacité de prolifération, la survie des cellules en cours de division tend à décroître de façon
exponentielle avec l’augmentation de la dose, 1 à 2 Gy suffisant en général pour réduire de moitié le
nombre de cellules survivantes.

2.6. Effets sur les tissus. Les cellules matures qui ne sont pas en cours de division sont relativement
radiorésistantes, contrairement aux cellules en cours de division, qui sont radiosensibles et peuvent
être détruites en nombre suffisant pour causer une atrophie du tissu. La vitesse de ce processus dépend
de la dynamique de la population cellulaire dans le tissu en cause. Autrement dit, il est en général
beaucoup plus lent dans les organes à régénération cellulaire lente, comme le foie et l’endothélium
vasculaire, que dans les organes à régénération cellulaire rapide, comme la moelle osseuse, l’épiderme
et la muqueuse intestinale. Il convient de noter en outre que si le volume de tissu irradié est assez petit
ou que la dose est accumulée d’une manière assez progressive, la prolifération compensatoire des
cellules survivantes peut considérablement réduire la gravité de la lésion.

III.3. Les effets Stochastiques : sont les effets qui peuvent apparaître à long terme. On peut trouver
les effets cancérogènes et les effets héréditaires.

3.1. Effets cancérogènes

La cancérogénicité des rayonnements ionisants, notée dès le début du siècle à cause de la fréquence
du cancer de la peau et de la leucémie chez les pionniers de l’étude des radiations, a été largement
démontrée depuis par l’existence d’une relation entre la dose et les excès de néoplasmes tous types
confondus chez les travailleurs ayant manipulé des peintures luminescentes au radium, les mineurs en
roche dure travaillant sous terre, les survivants des bombardements atomiques, les malades soumis à
des traitements de radiothérapie et les animaux de laboratoire irradiés à titre expérimental (Upton,
1986; BEIR V, 1990).

Les tumeurs bénignes et malignes induites par irradiation mettent le plus souvent des années sinon des
décennies à se développer et ne se distinguent en rien des tumeurs attribuables à d’autres causes. De
plus, à peu d’exceptions près, il n’a été possible de les déceler qu’après l’application d’équivalents de
dose relativement importants (0,5 Sv) et leur développement variait avec le type de néoplasme ainsi
qu’avec l’âge et le sexe des personnes exposées.

Relation dose-effet. Parmi les différents modèles dose-effet utilisés pour estimer les risques d’une
irradiation de faible niveau, celui qui a été jugé le mieux ajusté aux données existantes a la formule
suivante:

où R0 représente le risque naturel, selon l’âge, de mourir d’un type donné de cancer; D, la dose reçue;
f(D), une fonction de la dose qui est linéaire quadratique dans le cas de la leucémie et linéaire pour les

9
autres types de cancers; et g(b) , une fonction de risque dépendant d’autres paramètres tels que le sexe,
l’âge au moment de l’exposition et le temps écoulé depuis celle-ci.

De tels modèles sans seuil ont été appliqués aux données épidémiologiques des survivants de Nagasaki
et d’Hiroshima et d’autres populations irradiées pour calculer le risque d’apparition de différentes
formes de cancers radio-induits). Il faut cependant interpréter ces estimations avec prudence si l’on
cherche à prédire le risque de cancer attribuable à de faibles doses ou à des doses accumulées pendant
des semaines, des mois ou des années, parce que les expériences effectuées sur des animaux de
laboratoire ont établi que le pouvoir cancérogène des rayons X et gamma peut diminuer d’un ordre de
grandeur lorsque l’exposition est répartie sur une longue période. En fait, comme d’autres sources
l’expliquent, les données disponibles n’excluent pas la possibilité de l’existence d’un seuil
d’équivalent de dose de l’ordre du millisievert (mSv), en deçà duquel le pouvoir cancérogène d’un
rayonnement serait nul.

3.2. Les effets héréditaires

Quoique bien documentés pour d’autres organismes vivants, les effets héréditaires de l’irradiation
n’ont jamais été observés chez les humains. Ainsi, une étude intensive de plus de 76 000 enfants de
survivants japonais des bombardements atomiques, qui s’est étendue sur une quarantaine d’années, n’a
révélé aucun effet héréditaire des rayonnements ionisants sur cette population, tels que grossesses à
issue défavorable, décès chez les nouveau-nés, tumeurs malignes, translocations chromosomiques
équilibrées, aneuploïdie des chromosomes sexuels, altérations des phénotypes de protéines sériques ou
érythrocytaires, ou troubles de la croissance et du développement. Par conséquent, l’estimation des
risques d’effets héréditaires des rayonnements dépend dans une grande mesure de l’extrapolation des
conclusions tirées de l’observation de souris et d’autres animaux de laboratoire.

D’après les données expérimentales et épidémiologiques disponibles, on a déduit que la dose


nécessaire pour doubler le taux de mutations héréditaires dans les cellules reproductrices humaines est
d’au moins 1,0 Sv. On estime, sur cette base, que moins de 1% de l’ensemble des maladies humaines
d’origine génétique sont attribuables au rayonnement naturel.

3.3. Les effets de l’irradiation prénatale

La radiosensibilité est assez élevée pendant toute la vie prénatale, mais les effets d’une dose donnée
varient considérablement avec la phase de développement de l’embryon ou du fœtus au moment de
l’exposition. C’est avant l’implantation que l’embryon court les plus grands risques d’être tué par
l’irradiation, tandis qu’il est plus susceptible de subir des malformations et d’autres troubles du
développement durant les phases critiques de l’organogenèse. Ce dernier fait est illustré par
l’augmentation, liée à la dose, de la fréquence des déficiences mentales graves et par la baisse,
également liée à la dose, des scores de quotient intellectuel des survivants des bombardements
atomiques qui avaient été exposés entre huit et quinze semaines (et, dans une moindre mesure, entre
seize et vingt-cinq semaines).

Résumé et conclusions

Les effets nocifs des rayonnements ionisants sur la santé humaine varient considérablement; ils vont
de lésions évoluant vers un décès rapide à des effets non immédiats tels que cancers, malformations
congénitales et troubles héréditaires qui pourront apparaître des mois, des années, voire des décennies
plus tard. La nature, la fréquence et la gravité de ces effets dépendent de la qualité du rayonnement en
cause ainsi que de la dose et des conditions d’exposition. La plupart de ces effets apparaissent après
une irradiation d’un niveau assez élevé et ne se manifestent donc que chez des victimes d’accidents,
des malades ayant subi des traitements de radiothérapie et d’autres personnes fortement irradiées. Par

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contre, on considère que la fréquence des effets géno-toxiques et cancérogènes des rayonnements
ionisants augmente en proportion directe de la dose sans qu’il semble exister de seuil. Par conséquent,
même si l’on ne peut pas totalement exclure la possibilité qu’un tel seuil existe, on part de l’hypothèse
que la fréquence des effets croît avec la dose pour tous les niveaux d’exposition. Pour la plupart des
effets des rayonnements, la sensibilité des cellules exposées varie en fonction directe de leur taux de
prolifération et en fonction inverse de leur degré de différenciation, l’embryon et les enfants en cours
de développement étant particulièrement vulnérables.

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