Développement du tonus et de la posture
Développement du tonus et de la posture
de la posture
Marianne ´ Jover
1. Introduction
L’évolution de la posture est un élément clé dans le développement psychomoteur. C’est elle qui
permettra à l’enfant de progressivement atteindre la position assise puis érigée, de libérer la mobilité de l’épaule
et de la main, d’orienter son corps et dans le cadre de sa fonction expressive, d’initier des interactions. Ces
acquisitions sont à la source des développements perceptif, moteur, cognitif, affectif ou social.
L’objectif de ce chapitre est, à travers le calendrier classique des acquisitions posturales, de souligner
les multiples implications de l’évolution de la posture dans le développement psychomoteur. Nous débutons par
un bref rappel sur les notions de tonus et de posture, leur développement à partir de la naissance. Les systèmes
régulateurs de la posture, leurs mécanismes et leur développement seront ensuite abordés. Nous présenterons
alors plusieurs questions et perspectives théoriques actuelles. Enfin, le fondement même de la notion de posture
sera étudié au travers de ses interactions avec le mouvement volontaire. Le cas de l’ajustement postural anticipé
permettra d’illustrer les liens qui unissent le mouvement volontaire et la posture dans une perspective
prescriptive.
Les termes de tonus et de posture recouvrent dans le langage commun une quantité importante de sens
et il est important, afin de préciser notre propos, de revenir à leur définition fondamentale.
Le tonus est l’état de légère tension des muscles au repos, résultant d'une stimulation continue réflexe de
leur nerf moteur. Cette contraction isométrique (la tension augmente mais pas la longueur) est permanente et
1
involontaire. Elle fixe les articulations dans une position déterminée et n’est génératrice, ni de mouvement, ni de
déplacement. Le tonus maintient ainsi les stations, les postures et les attitudes. Il est la toile de fond des activités
motrices et posturales. Le terme –tonus- décrit des aspects de caractère différent, traitant tantôt de répartition
tonique au repos (tonus passif), tantôt de mécanismes régulateurs en jeu dans le mouvement (tonus actif). Cette
dichotomie tonus actif / tonus passif s’approche au plus près de celle dont use le psychomotricien durant sa
pratique (Amiel-Tison & Lebrun, 1990).
Le tonus passif, aussi appelé tonus permanent ou tonus de fond, correspond à la tension permanente du
muscle. Il est caractérisé par l'extensibilité, ainsi que la consistance musculaire et la passivité. Le tonus passif est
la base de toute activité motrice. Son évaluation lors de l’examen neuromoteur se fait par le ballant ou la chute,
la mesure d’angles corporels obtenus par la mobilisation passive de segments (angle poplité, angle de
dorsiflexion du pied...).
Le tonus d'action ou tonus actif, correspond aux variations de tension musculaire qui préparent et
soutiennent le mouvement. Il permet le redressement symétrique des membres inférieurs, du tronc, du cou
(fléchisseurs et extenseurs) et les réactions posturales. L’évaluation du tonus actif stricto sensu est complexe :
d’abord, il recouvre plusieurs composantes (tonus statique, d'orientation et d'expression) et d’autre part il
échappe aux évaluations métriques (Bullinger, 1998 ; Saint Anne Dargassies, 1982 ; Stambak, 1963).
La posture est définie comme le maintien du corps dans une position donnée grâce à une activité
musculaire permanente et qui s’oppose au jeu des articulations. La posture est donc la position des parties du
corps, les unes par rapport aux autres et par rapport à la pesanteur (Corraze, 1987). Elle est construite sur une
somme de mécanismes dont le tonus musculaire (Massion, 1984). La posture est un aspect fondamental de
l'action motrice : elle prépare, soutient et assure l'efficacité du mouvement. Tout comme pour le tonus, on
distingue plusieurs catégories de posture : orthostatique versus dynamique (Ghez et al., 1993c) ; antigravitaire
versus directionnelle (Paillard, 1976). Enfin, pour Wallon (Wallon, 1956), la posture s’apparente, d’une part à
l’attitude ou la mimique, d’autre part aux réactions secondaires de compensation ou de rééquilibre suivant une
perturbation.
Tonus et posture ne sont donc pas superposables. Il y a en quelque sorte un rapport d'inclusion entre les
deux ; le tonus déterminant l'adoption d'une posture. En outre, chacun occupe une place fondamentale dans
l’exécution du geste. D’un point de vue développemental, l’évolution du tonus sous tend celle de la posture et de
l’activité motrice.
Les ouvrages et tests, référençant les âges moyens d’apparition des différentes compétences posturales,
sont pléthores chez le jeune enfant (Brunet & Lezine, 1961 ; Gesell, 1954 ; Illingworth, 1978 ; Koupernik &
Dailly, 1972 ; Le Metayer, 1989 ; Saint Anne Dargassies, 1982 ; Vaivre Douret, 1997). Après un rapide
descriptif du développement postural, nous envisagerons la question des âges d’acquisition et du développement
psychomoteur en général.
2
3.1. Les caractéristiques toniques du nouveau-né
Lorsque la naissance a lieu à terme, la répartition du tonus du nouveau-né est très caractéristique car
particulièrement déséquilibrée. Le tronc et le cou sont hypotoniques. La tête est ballante lors du tiré assis ou de la
suspension car la musculature du dos et du cou ne permet pas de lutte contre la pesanteur. Cette hypotonie axiale
tranche avec une hypertonie des fléchisseurs des membres, de l’épaule aux doigts et de la hanche aux orteils
(hypertonie distale). Cette répartition tonique contrastée persiste durant les premières semaines de la vie.
La posture et la motricité du très jeune enfant sont en partie soumises aux contraintes de réflexes
précoces. Par exemple, le réflexe de recherche ou des points cardinaux1, ou le réflexe tonique asymétrique du
cou (figure 1 ; Illingworth, 1978 ; Saint Anne Dargassies, 1982). La présence puis la disparition des réflexes est
un indicateur du développement et de la maturation neurologique du nourrisson.
Figure 1 : Enfant dans la position de l’escrimeur ou ATNR (asymetric tonic neck reflex). Le bras et la jambe
vers lesquels l’enfant est tourné sont étendus et les membres controlatéraux sont fléchis.
Le développement du tonus de l’axe se traduit par une augmentation de la tonicité musculaire le long de
la colonne vertébrale. Celle-ci progresse de la tête vers le bas du dos, c’est-à-dire que le tonus actif du cou
s’installe avant celui de la région lombaire (loi de développement céphalo-caudale). En décubitus abdominal,
l’enfant peut s’appuyer sur ses avants bras vers 3 mois et parvient à 6 mois à relever à la fois sa tête et ses
membres afin de faire le « planeur »2. La situation du tiré-assis permet de vérifier que la tête est fixée dans l’axe
du tronc à 3 mois, et qu’elle participe à la traction à partir de 5 mois.
Au cours de la première année, le tonus des fléchisseurs des membres passe de l’hypertonie à
l'hypotonie (autour de 3 mois), puis dans un second temps vers le renforcement du tonus des extenseurs par
rapport aux fléchisseurs, dans le sens proximo-distal, c’est-à-dire des segments centraux vers les segments
distaux. L’extensibilité des membres évolue de façon inverse au tonus et est maximale au moment où ils sont
hypotoniques.
Lors de l’évaluation, les membres acquièrent donc un ballant de plus en plus grand alors que la tête est
de plus en plus solidaire du tronc. Les jambes soutiennent ensuite de mieux en mieux le poids du corps.
1
Orientation du visage vers une stimulation péribuccale.
2
Elévation rythmique et répétée des bras et des jambes en décubitus ventral.
3
de gravité permet la diminution progressive de la cyphose dorsale, puis d’établir un équilibre avant/arrière et
latéral. L’attitude en flexion des membres inférieurs est abandonnée en faveur d’une assise plus large. Entre 6
mois et 13 mois, l’enfant accède à la station assise indépendante après des étapes bièvement répertoriées dans le
tableau I.
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E enroulé sur lui même.
tête et partie supérieure du dos tonique : le buste tombe sur les jambes (figure 2).
T
tient assis avec léger soutien.
A
tient assis avec ses bras en appuis en avant, dos penché en avant.
P
tient assis en s’appuyant sur ses mains.
E
tient assis seul, se penche en avant.
S se penche sur le coté.
Figure 2 : Station assise. Le buste tombe sur les jambes, l’enfant doit être calé.
Une chose est de tenir assis, une autre est de parvenir seul à cette position. Le changement de position
constitue une étape dans le développement postural : il nécessite en effet une coordination importante. L’enfant
parvient tout d’abord à passer du décubitus dorsal à la position latérale. Il accède ensuite à la position ventrale
depuis la position dorsale (7 mois), puis l’inverse (8 mois). Le passage de la position couchée à la position assise
est rarement observé avant 8 mois. Le développement des modes de déplacements à proprement parler est
exposé par Blandine Bril dans cet ouvrage.
Des mécanismes plus tardifs de la régulation posturale permettent ainsi à l'enfant de progressivement se
tenir debout sur un espace réduit (18 mois), grimper, courir, tourner, sauter, pédaler, résister aux pressions antéro
postérieures (2 ans), se tenir sur un pied, marcher sur une poutre (3 ans), taper sur un ballon avec le pied, sauter à
la corde (4 ans).
Ainsi, Assaiante et Amblard montre qu’à 3 ans, les enfants fixent leur tête par rapport au tronc pour
marcher lorsque l’équilibre est précaire (sur une poutre). A 6 ans, la grande majorité des enfants utilise encore
cette stratégie. A partir de 7-8 ans, en revanche, les enfants stabilisent majoritairement leur regard : ils dissocient
les mouvements du tronc et de la tête, même lorsque l’équilibre est mis en danger (Assaiante & Amblard, 1993).
5
c’est-à-dire des contractions toniques sans finalité. Le psychomotricien distingue généralement les syncinésies
d’imitation ou de reproduction, qui consistent en un accompagnement du mouvement d’un membre par le
membre controlatéral ; et les syncinésies toniques, ou de diffusion, révélées par un raidissement et une extension
du membre passif. Ces mouvements parasites persistent avec de grosses différences inter individuelles, mais au
delà de 12 ans, ils appartiennent à la sémiologie des dysfonctionnements neuro-moteurs.
La segmentation du développement moteur en étapes et en catégories, telle que nous venons de le faire,
est arbitraire et relève plus de la lisibilité que de la chronologie. Ainsi, l’augmentation du tonus axial va de pair
avec la diminution progressive de l’hypertonie des membres et les différentes acquisitions s’organisent sur un
continuum ; elles ne sont pas indépendantes les unes des autres.
Les profils successifs et provisoires d’un enfant « moyen » virtuel, proposés par les échelles de
développement ne sont cependant pas sans poser problèmes. Tout d’abord, la norme ne se vérifie pas toujours.
Ainsi, Largo et ses collaborateurs (Largo et al., 1985) lors d’une étude d’enfants depuis la naissance jusqu'à la
marche, observent que si la plupart des enfants suivent les séquences régulières du développement de la
locomotion (87%), certains ont des trajectoires imprévues : pas de ramper ou de quatre-pattes (13%). Des
résultats similaires (respectivement 71% et 12%) sont obtenus par Bottos et ses collaborateurs (Bottos et al.,
1989). Ensuite, les variabilités inter et intra-échelle croissent avec le degré d’évolution des fonctions posturo-
locomotrices : plus le fonctionnement est tardif, plus il y a de variabilité (Vaivre Douret, 1997). Enfin, le fait de
grouper les observations dissimule les transitions et régressions développementales, masque certaines
particularités ou compétences précoces. Ainsi, les trajectoires de développement issues d’études transversales
semblent lisses et linéaires (Thelen et al., 1993 ; von Hofsten, 1989).
La limite de l’approche transversale est donc qu’elle accorde finalement plus d’importance à la fonction
ou compétence étudiée qu’à l’individu qui en dispose et à la dynamique de son développement (Touwen, 1993).
Si l’utilisation de baby-test est, dans certains cas, incontournable, la dispersion des âges d’acquisition est donc
une donnée fondamentale dont il faut tenir compte dans leur utilisation à des fins normatives ou diagnostiques.
L’approche longitudinale permet d’éviter ces inconvénients (von Hofsten, 1989).
Il peut sembler trivial de rappeler que de multiples facteurs interviennent dans les acquisitions
posturales ou locomotrices. Pourtant, il en résulte que l’acquisition de certaines postures peut être précoce ou
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tardive, à l’intérieur d’une évolution tout à fait normale. Les séquences de développement ne sont pas toutes
équivalentes ou synchrones. De plus, le développement comporte des accidents de parcours, des régressions
provisoires, parfois indépendantes des évènements de la vie de l’enfant. Chaque nourrisson est ainsi un système
unique qui se développe selon sa croissance corporelle, ses expériences et ses possibilités... Nombreux sont ainsi,
les arguments en faveur d’une approche du développement par des études longitudinales, en terme de trajectoire
et d’individualité (Touwen, 1993 ; von Hofsten, 1989 ; Zanone, 1990). Le développement postural n’est alors
plus envisagé en termes de performance et d’acquisition mais plutôt en terme de fonction et de qualité.
L’étude des trajectoires de développement ne permet pas pour autant de pronostic sur les acquisitions à
venir. Ainsi, si certaines caractéristiques posturales du très jeune enfant sont réputées prédire l’allure du
développement psychomoteur à venir, cette perspective ne fait cependant pas l’unanimité. Illingworth se montre
persuadée de la force de prédiction de l’examen précoce de l’enfant (Illingworth, 1978). Stambak définit des
types moteurs contrastés et prédictifs à partir des caractéristiques toniques des enfants : les enfants hypertoniques
seraient plus précoces dans leur mobilité que les enfants hypotoniques (Stambak, 1963). A contrario, Touwen
défend l’idée selon laquelle il n’y a pas de lien direct entre l’examen neuro-moteur effectué à la naissance et les
dysfonctionnements minimes décelés plus tard. Un développement linéaire, prévisible et monotone est pour lui,
celui d’un système nerveux anormal (Touwen, 1993). Le développement postural ne suit pas un cours fixé, et
ceci d’autant plus que l’enfant est considéré comme un système dont le développement est soumis à de très
nombreux paramètres : la modification de l’un deux entraîne une modification du système en (Touwen, 1993 ;
von Hofsten, 1989).
Pour réguler et ajuster sa posture, l'homme dispose d'informations visuelles, vestibulaires et somato-
sensorielles. Celles-ci le renseignent sur la position de son corps dans l'espace et lui permettent de la corriger si
nécessaire. En outre, l'intensité de la contraction tonique, et donc la posture est sous l'influence des émotions et
de la vigilance (Ghez et al., 1993c ; Wallon, 1956). L’organisation de la posture à chaque âge dépend donc de
plusieurs déterminants, de leur intégration et de leur développement (Bril & Ledebt, 1998).
4.1.1. Action, interaction et intégration des systèmes sensoriels dans la régulation posturale
Le système visuel est sensible à la direction et à la vitesse du défilement visuel global. Il est aussi
indispensable à la détermination de la verticalité par rapport à la gravité, ce qu'atteste l'augmentation des
oscillations et des déplacements du centre de gravité à l'occlusion des yeux (test de Romberg). L’étude de l’effet
spécifique de la vision dans la régulation posturale a été étudiée par différents protocoles : le recours à
3
Une synthèse des travaux analysant l’influence des différents récepteurs sensoriels sur la régulation de la
posture orthostatique est détaillée par Ghez (Ghez et al., 1993a ; Ghez et al., 1993b ; Ghez et al., 1993c) ou
Massion (Massion, 1998).
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l’environnement visuel stabilisé ou en mouvement (chambre mobile), à un environnement visuel asservi
(lunettes à prisme).
Le système vestibulaire (trois canaux semi-circulaires et organes otolithiques) est sensible aux
accélérations angulaire ou linéaire (Collard, 1994) ; il est ainsi fondamental dans le maintien de l’équilibre.
L’étude de l’influence des informations vestibulaires sur la régulation posturale met en jeu des paradigmes dans
lesquels des stimulations vestibulaires (électriques, caloriques ou environnementales) entraînent des
modifications de la projection du centre de gravité.
Le système somato-sensoriel (proprioception et tact) informe l'homme sur la position de ses segments
les uns par rapport aux autres, et par rapport à l’environnement. Le système proprioceptif est sensible à la tension
des muscles et des tendons, ainsi, qu’à la pression dans les articulations. Ainsi, la stimulation des tendons par
vibration induit des illusions de déviations posturales (Roll, 1994). Le système tactile détecte, quant à lui, la
distribution des appuis du corps (mains, soles plantaires, dos), leur localisation et leur intensité. L’augmentation
de la surface de contact entre le pied et l’environnement (avec des chaussures montantes), ou l’anesthésie locale
permet d’étudier le rôle de ces réafférences.
Enfin, plusieurs études sur la sensibilité de la posture aux flux sensoriels ont montré que la présence
d’un son peut aider à la régulation de la posture, et plus particulièrement en l’absence d’informations visuelles.
Les interactions visuo-vestibulaires sont étudiées à partir de l'étude de la sensation de vection. Quand un
champ visuel large commence à bouger de façon linéaire ou en rotation sur un axe vertical : le flux optique qu’il
constitue se trouve en conflit avec les informations vestibulaires et proprioceptives du sujet (Jouen & Lepecq,
1990). Une illusion de mouvement de soi dans la direction opposée au flux se manifeste alors, la vection 4. Des
réactions posturales suivent et entraînent parfois la chute. Les informations visuelles périphériques ont ainsi le
pouvoir de déclencher des réponses posturales en l’absence d’informations vestibulaires et proprioceptives
(Howard, 1986).
Les interactions entre informations proprioceptive et visuelle peuvent être étudiées dans des paradigmes
dans lesquels des déplacements du corps et les informations visuelles correspondantes sont dissociées
(Woollacott, 1990).
De nombreuses interactions sont donc mises en évidence dans le cadre des laboratoires, et montrent que
la régulation posturale est dépendante des nombreux liens intersensoriels.
❖ De l'interaction à l'intégration
4
Un exemple bien connu de cette illusion se produit en gare, lorsqu’un train adjacent démarre avant le notre.
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Les récepteurs régulateurs de la posture interagissent et sont situés sur des parties du corps mobiles les
unes par rapport aux autres. La perception de l’organisation du corps dans l’espace n’est donc pas un « fait
sensoriel mais résulte d’une coordination sensorielle entre modalités sensori-motrices » (Mellier & Bullinger,
1999). La masse des informations à intégrer en temps réel est cependant considérable. C’est pour cette raison que
la modélisation de la régulation posturale ne peut faire l’économie de la notion d’intégration sensorielle (Ghez et
al., 1993c). L’intégration est la capacité de prendre en compte différentes entrées sensorielles et les faire
travailler ensemble. Elle s’associe à la différentiation, c’est-à-dire la possibilité de différentier les afférences
sensorielles selon leur provenance (Bril & Ledebt, 1998).
Cette intégration a d’abord été pensée comme un système privilégiant l’une ou l’autre des afférences
sensorielles pour adapter la posture (Ohlmann & Brenet, 1990). Il semble à présent au contraire, qu’elle se
construise (Zanone, 1990) ou que le sujet procède à une pondération entre les différents signaux (Ghez et al.,
1993c). La régulation posturale résulte donc de l’intégration des signaux issus de différents systèmes sensoriels,
compte tenu d’un contexte.
Les systèmes tactile, vestibulaire, auditif et visuel sont fonctionnels à la naissance, même si les
systèmes visuel et cutané se modifient encore après la naissance (Espenschade & Eckert, 1980). Les entrées
sensorielles contribuant aux ajustements posturaux sont ainsi initiatrices de réponses précoces dans le
développement : les réflexes posturaux. Le système visuel est un déclencheur du réflexe de parachute au cours
duquel l’enfant, maintenu en suspension ventrale et précipité vers une surface horizontale, étend les bras vers
l’avant. Le système labyrinthique est à l’origine du réflexe de redressement, mis en évidence par le maintien de
la tête droite lorsque le corps est incliné. Enfin, le réflexe d’extension, déclenché en faisant porter le poids du
corps sur les jambes de l’enfant est induit par les systèmes cutané et proprioceptif.
De plus, plusieurs auteurs ont observé des réactions posturales asservies à la vision (vection) de façon
précoce. Une stabilisation de la tête par rapport au déplacement du corps réel ou visuellement induit a été
observée chez le nouveau né (Jouen & Lepecq, 1990). Les réponses deviennent de plus en plus systématiques et
de mieux en mieux coordonnées à partir de la seconde moitié de la première année (Bertenthal & Bai, 1989 ;
Bertenthal et al., 1997). Des observations effectuées sur des jeunes enfants montrent que l’organisation posturale
des jeunes aveugles se distingue de celle des jeunes voyants dès 2 mois-3 mois (Bullinger & Mellier, 1988). Ces
observations sont cohérentes et montrent une contribution de la vision dans la régulation posturale extrêmement
précoce, même si elle varierait de façon irrégulière avec l’âge (Assaiante & Amblard, 1993).
Woollacott a étudié les réactions posturales d’enfants de 5-6 mois soumis à une translation en avant ou en
arrière. Lorsque les enfants ne tiennent pas assis seul, les réponses sont appropriées à la direction dans 100% des
cas sans repères visuels, et 60% des cas avec repères visuels. Chez les enfants qui tiennent seuls assis, la
différence entre les deux situations disparaît (Woollacott et al., 1987 ; Woollacott, 1990). Cette étude montre que
l’intégration sensorielle, c’est à dire la pondération des flux sensoriels entre eux est soumise au développement et
à l’expérience (Mellier, 1993).
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❖ L’intégration au cours du développement
Malgré la précocité des réponses observées, la régulation posturale de l’enfant est comparable à celle de
l’adulte vers 7 ans seulement (Forssberg & Nashner, 1982 ; Hirschfeld & Forssberg, 1994). C’est le processus
d’intégration et de différentiation sensorielle, associé à une amélioration du contrôle moteur qui nécessite un
développement plus long (Bril & Ledebt, 1998). Il s’agit, en effet, pour le système sensori-moteur d’organiser et
de construire une réponse comportementale en gérant la multimodalité (Jouen, 1990). Par exemple, la mise en
relation des informations visuelle et vestibulaire s’effectuerait de façon active par l’enfant assis qui se balance
(Goldfield, 1993). La cohérence des flux sensoriels jouerait alors un rôle important dans le développement
tonico-postural : les variations des entrées doivent être reliées de façon stable (Mellier & Bullinger, 1999).
Suivant les théories de référence, les modèles expliquant le développement des régulations posturales vont
être très contrastés. Cependant, pour la majorité le développement de l’intégration sensorielle n’est pas linéaire :
il y a un changement qualitatif dans les modes de contrôle de la posture et leur influence évolue jusqu'à être
coordonnés chez l’adulte (Bril & Ledebt, 1998). La posture de l’enfant est d’abord contrôlée par les systèmes
somatosensoriels uniquement, et jusqu’à deux mois. Le contrôle visuel deviendrait ensuite prédominant jusqu'à 4
ans (Woollacott et al., 1987). Entre 4 et 6 ans, le processus de régulation de la posture deviendrait sensible aux
informations proprioceptives et visuelles coordonnées (Assaiante, 1998 ; Shumway-Cook & Woollacott, 1985).
Chez l’adulte, l’effet de la vigilance sur la régulation de l’équilibre a été montrée de nombreuses fois (Ghez
et al., 1993a ; Ghez et al., 1993b ; Ghez et al., 1993c). La relation entre tonus et vigilance est aussi très marquée
chez le jeune enfant. L’état tonico-vigile du petit enfant est ainsi défini lors de l’observation de son activité
motrice ou de son examen neuromoteur.
Prechtl a développé une classification des états de vigilance du nourrisson en 5 catégories (Prechtl, 1974).
Cette échelle peut être, selon Le Métayer utilisée jusqu’à 6 mois pour caractériser l’état d’un enfant (Le Metayer,
1989).
Etat Description
Les états de vigilance sont ainsi caractérisés par des états toniques et une sensibilité différente aux
signaux extérieurs à l'organisme. La répartition tonique des enfants diffère aussi suivant les phases de sommeil et
les passages d’un état de vigilance à l’autre. Lors de la transition d’une phase de veille à une phase de sommeil
chez l’enfant en décubitus, le visage se tourne sur le coté, les bras sont posés, les mains sont ouvertes et les
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jambes reposent en abduction, vers l’extérieur. Durant la phase de sommeil 1, les bras sont fléchis et les jambes
sont symétriques en adduction (Goldfield, 1993).
Le tonus soutient le geste mais exprime aussi la satisfaction ou le malaise du sujet. Ainsi, au delà de la
régulation sensorielle stricte, il est à notre sens important d’envisager la régulation posturale comme soumise aux
émotions.
Pour Wallon, le lien entre le tonus et l’émotion se construit de façon précoce. La fluctuation des
émotions est ainsi tout d’abord sous la dépendance des variations du tonus.
Durant le stade de l’impulsivité motrice (0 - 3 mois), les décharges toniques mélangent réactions
toniques et cloniques auxquelles le milieu réagit de façon adéquate. Dans un deuxième temps (stade émotionnel),
la correspondance entre émotion et expression posturale est établie : le bébé réagit par mimétisme aux
mouvements du partenaire (imprégnation sensitivo-motrice). Lors d’un troisième stade (stade sensori-moteur)
s’élabore l’identité de soi et d’autrui. C’est la fonction expressive posturale des émotions (Wallon, 1956). La
régulation tonique n'est donc pas une propriété de l'organisme. Elle se développe dans l’interaction avec le
milieu humain (Bullinger, 1998).
Les liens construits entre tonus et émotion permettent la communication, c’est le dialogue tonique.
Ajuriaguerra attribue ainsi à l’hypertonicité une signification de déplaisir et à l’hypotonicité la quiétude, base de
la communication tonico-émotionnelle. Widmer et Tissot (Widmer & Tissot, 1981), lors d’une étude sur les
modes de communication du bébé, catégorisent les postures, mouvements et états toniques des nourrissons du
point de vue de leur signification.
❖ Acceptation du contact. L’enfant est détendu et épouse les formes du support. Cette posture est fréquente
chez l’enfant de deux mois. A 2-3 mois, la tête est moins souvent posée sur le partenaire. Entre 5 et 6 mois,
le bébé est actif (explore). A 6 mois, cette posture est accompagnée d’interactions et d’explorations de
l’adulte.
❖ Evitement du contact. L’enfant maintient ou rétablit une distance. A 2 mois, l’attitude globale est en
extension. A 5 mois, c’est une alternance de flexion et d’extension de tout le corps ou de l’extension d’un
membre ou de la tête contre le corps de l’adulte. Vers 6 mois, l’enfant parvient à maintenir son buste à un
écart constant de l’adulte, au risque de se déséquilibrer.
11
❖ Expression de malaise. Chez les plus jeunes, le malaise est exprimé par des mouvements de décharge puis
par des mouvements brusques de tête.
L’émotion et la communication occupent donc une place tout à fait prépondérante dans l’organisation tonique et
posturale de l’enfant, et ceci tout particulièrement lors des interactions.
4.4. Conclusion
La régulation tonique n’est pas seulement une propriété organique des muscles mais implique des
déterminants de plusieurs ordres, en interaction avec le milieu. D’un point de vue strictement sensoriel, la vue, le
tact, la proprioception et le système vestibulaire interviennent dans la saisie des informations relative à la
position du corps dans l’espace et à l’équilibre. De plus, l’efficience de ces différents sens doit être envisagée
compte tenu d’un état d’éveil déterminé. Enfin, l’état émotionnel est aussi un déterminant de l’attitude et de la
répartition du tonus. La posture ou répartition tonique est ainsi fortement dépendante des caractéristiques du
sujet, de son développement, ses expériences, son état émotionnel et de l'environnement.
L’approche maturationiste est directement issue d’une perspective essentiellement neurologique et médicale
de la motricité et du développement. La maturation est envisagée comme principe explicatif et régulateur du
développement, c’est un facteur intrinsèque fondamental, tout particulièrement au début de la vie (Gesell & Ilg,
1967).
Le développement moteur est identifié à la croissance des systèmes biologiques et à comprendre comme
une succession de capacités dépendantes des changements neuromaturationnels. Le mouvement est tout d’abord
réflexe et inorganisé puis l’influence inhibitrice du cortex se manifeste en suivant les lois de développement
céphalo-caudale et proximo-distale. La vitesse de conduction et des traitements centraux sont aussi responsables
du développement des réponses posturales (Hirschfeld & Forssberg, 1994)
La première année est dominée par ce phénomène : la maturation limite les possibilités de l’enfant. A
partir de 3 mois, le milieu commence à affirmer son rôle et apporte des expériences et des apprentissages, joue
sur la qualité des acquisitions fonctionnelles (Saint Anne Dargassies, 1982). Les maturationistes radicaux voient
dans la deuxième année de la vie une prise de pouvoir des fonctions supérieures sur les réflexes, et l'apparition
de la volonté et finalité du mouvement. Cette perspective théorique défend des principes éducatifs respectant le
rythme évolutif de l’enfant, car l’entraînement n’est pas indispensable. Le développement est ainsi quasi
indépendant des effets d’exercice avant l’âge de deux ans.
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est lié à la maturation, 4) il autorise l’individuation des réponses 5, 5) il progresse selon la loi céphalo-caudale, 6)
les réflexes doivent disparaître pour qu’apparaisse le mouvement volontaire (Illingworth, 1978) .
Les compétences posturales puis motrices sont, au même titre que les réflexes, considérées comme un
témoins de la maturation. Le développement moteur est envisagé comme une accumulation de performances, il
s’organise de façon séquentielle6 correspondant à un ordre de maturation.
Gesell a codifié des normes de développement et standardisé des tests précis, simples et évolutifs
précisant par des dates précises l’apparition des acquisitions. De nombreux tests et échelles de développement
sont issues de cette perspective, ils rendent compte d'un niveau de développement global qui est fonction de
l'âge. Ces tests fournissent une sorte de calendrier des acquisitions, une norme de développement (Vaivre
Douret, 1997).
D’un point de vue développemental, la différence des réponses entre l’adulte et l’enfant est due à la fois
à la maturation et à l’expérience. Le premier niveau est inné, son développement est directement lié à la
croissance du système nerveux central : vitesse de conduction et de transmission neuronale. L’enfant naît avec
un nombre de connections innées et prédéterminées. Le second niveau, plus fin et flexible, est sensible à
l’expérience qui sélectionne ou affine des patterns musculaires pré existants (Hadders-Algra et al., 1996a). Ce
modèle laisse donc une place à l’acquisition tardive de compétences par des mécanismes épigénétiques
(Hirschfeld & Forssberg, 1994).
Hadders-Algra et son équipe s’intéressent ainsi à la structure des ajustements posturaux associés à
l’acquisition de la station assise. Vers 5-6 mois, les patterns de réponse posturale associés à une perturbation sont
très variables en amplitude et peu synchronisés. Lorsque l’age augmente, ces patterns deviennent moins
variables. Vers 9-10 mois, les patterns de réponse à la perturbation sont générés de façon centrale, coordonnés à
la vélocité et la position initiale de l’enfant. Ces synergies musculaires fixées tendent à se dissoudre entre 9 mois
et 3 ans, c’est-à-dire à l’âge où l’enfant forme et automatise la marche (Hadders-Algra et al., 1998). Les enfants
5
Les réponses motrices sont globales au début du développement puis elles deviennent plus localisées.
6
Par exemple, le mouvement de planeur (élévation rythmique et répétée des bras et des jambes en décubitus
ventral) s’arrête au moment de l’apparition du ramper.
13
disposent donc, avant tenir assis, de patterns de réponses posturales à la perturbation en terme de direction et
l’expérience permet leur réglage en terme d’amplitude et de timing (Hadders-Algra et al., 1996a).
De la même façon, les enfants de 5-6 mois ont des patterns de réaction moins coordonnés lorsqu’ils ne
tiennent pas assis seul par rapport à ceux qui tiennent assis seul (Hadders-Algra et al., 1996a). La présentation
quotidienne d’objets aux enfants, dans une zone accessible lorsqu’ils sont assis, est un entraînement qui modifie
l'organisation des réactions posturales à la translation à 7-8 mois (Hadders-Algra et al., 1996b ; Hadders-Algra et
al., 1998). Inversement, une étude comparant des enfants IMC avec groupe contrôle sur plate forme montre que
leurs patterns d’ajustement sont peu modulables, même si ils sont d’orientation spécifiques (Brogren et al.,
1998).
cou cou
tronc tronc
hanche hanche
développement
Figure 3: Effet du développement sur l’organisation des synergies posturales (d’après Hadders
Algra, 1997).
Enfin, les patterns de réponse d’enfants sachant marcher ou ne sachant pas marcher sont différents lorsque
ceux ci sont soumis à une translation lorsqu’ils sont debout. Les enfants qui maîtrisent la marche montrent des
patterns de réponse moins variables et mieux coordonnés.
5.1.5. Remarques
Les travaux conduits par les premiers maturationnistes ont eu une importance fondamentale à leur époque
pour la rigueur de leurs observations et l’aspect précurseur de leurs publications (Gesell, 1954). Ils restent
14
cependant le symbole d’une attitude « naturaliste » où le chercheur répertorie en les décrivant les comportements
qu’il observe, sans chercher à les expliquer ou à pénétrer la dynamique du développement.
La maturation des réseaux de neurones est envisagée comme un arbre dont la morphologie est propre à
l'espèce, sans que les ramifications soient identiques. Le modèle de Hirschfeld et Forssberg, bien qu’issu de la
même perspective, pose autrement des questions qui semblaient résolues par cette perspective concernant : 1) les
lois de développement céphalo caudal et proximo distal (Hadders-Algra et al., 1996a), 2) les normes
d’acquisition et les différences inter-individuelles (Hadders-Algra & Prechtl, 1992b) et 3) le problème du degré
de liberté soulevé par Bernstein (Hirschfeld & Forssberg, 1994).
Cette perspective, attribuant à la maturation un rôle prépondérant, rencontre cependant des difficultés à
interpréter plusieurs phénomènes. Tout d’abord, les observations effectuées sur le prématuré posent la question
de la continuité du développement (Mellier, 1993). Par exemple, une comparaison entre enfants prématurés et
enfants nés à terme montre que la sensibilité vestibulaire est liée à la durée de vie extra-utérine, et donc a la
durée du contact avec l’environnement (Lannou & Caston, 1981). Ensuite, plusieurs expériences montrent que
l’environnement a une influence très précoce sur les réponses motrices : entre le 2nd et 7ème jour de vie, il y a des
différences entre les nourrissons dans l’orientation de la tête par rapport à une voix, selon le mode d’alimentation
au sein ou au biberon. Chacun a une expérience sonore différente (Alegria & Noirot, 1978). Enfin, cette
perspective échoue à expliquer l’importante variabilité des patterns moteurs observés dès la naissance, suivant
les modulations de l’environnement (Thelen, 1989 ; Thelen et al., 1987).
Selon la théorie de Gibson, l'action est directement issue de la rencontre perceptive entre le sujet et
l'objet. Les propriétés de l’objet sont directement perçues en fonction des actions applicables sur lui, c'est le
principe d'affordance. Le geste émerge ainsi d’une interaction entre l’environnement et l’organisme. Cette
théorie résout de cette façon la question du traitement des informations de l’environnement. La perspective de
Bernstein (1967) quant à elle, aborde le problème de la complexité musculaire et squelettique par les concepts de
degré de liberté7, et de synergie8. La synergie permet d’ordonner le comportement d’un point de vue spatio-
temporel et d'abandonner l'idée d'une activation individuelle de muscles, elle nécessite moins de contrôle et offre
à la fois stabilité et flexibilité (Thelen et al., 1987).
Selon la perspective dynamique non linéaire, un organisme, quel que soit son état initial, est toujours
orienté vers un état stable et stationnaire appelé « attracteur » du comportement du système. L’attracteur résulte
d’une interaction entre l’environnement et l’organisme. Lors d’un déséquilibre, le système devient actif,
chaotique, puis, retrouve un attracteur : soit l’initial si le système est stable, soit un autre et c’est une transition de
phase, si le système est flexible (Zanone, 1990).
7
Nombre de paramètres à contrôler pour exécuter un mouvement.
8
Ensemble de composants neuromusculaires est groupé en unité fonctionnelle spécifique à la tâche.
15
Cette perspective constitue une rupture épistémologique dans le compréhension du développement
posturo-moteur, en associant perception directe et synergie, il se détache de la notion de programmation motrice
et de contrôle moteur central. Le système moteur fluctue autour d’équilibres et l’auto-organisation permet
d’expliquer l’accès à de nouvelles formes motrices. Le comportement est vu comme une propriété émergeante
auxquels les éléments variés de l’organisme ont contribué.
Les recherches analysent les contraintes qui pèsent sur le changement de phase, les relations entre
l’environnement et le comportement de l'organisme et ses caractéristiques (masse, raideur, amortissement,
position d’équilibre de muscle), les relations entre les vitesses et les amplitudes de mouvements.
L’enfant naît avec des possibilités de coordination : il produit des mouvements rythmiques ayant une
organisation synergique et temporelle importante. Ces synergies se coordonnent peu à peu puis sont transformées
en action adaptative (Thelen & Spencer, 1998).
Le développement postural n’est donc pas linéaire. C’est une série de changement d’états, de la stabilité
à l’instabilité dans un univers d’attracteurs.
Thelen montre en 1987 que la dynamique du « stepping9 » peut être modifiée chez des enfants de 6
semaines. L’ajout de poids à une jambe entraîne plus de mouvement sur l’autre pied, et modifie la cinématique
du mouvement. La dynamique du membre non lesté est aussi modifiée par le lestage de l’autre. Dans l’eau, les
mouvements tendent à être plus amples (Thelen et al., 1987). L’environnement définit donc les conditions
d’apparition du mouvement.
De plus, les proportions corporelles et le rapport de masses musculaires et graisseuses évoluent de façon
importante de la naissance à l’âge adulte, modifiant les paramètres de la dynamique (Espenschade & Eckert,
1980). La forme de l’organisme participe donc aussi à la modification des attracteurs au cours du
développement.
La théorie des systèmes dynamiques constitue un cadre interprétatif rejetant les positions
maturationistes. De même, l’organisation du mouvement ne requiert ni programme moteur, ni processus
cognitifs, parce qu’il y a des relations coopératives et synergiques entre les composantes neurales, musculaires et
16
squelettiques. Le geste est auto-organisé. Ce point de vue, note Zanone (Zanone, 1990), n'implique pas que le
comportement moteur est indépendant de l'intention ou bien stéréotypé : les transitions de phase peuvent être
volontaires.
L'analyse du développement dans cette perspective privilégie largement les analyses longitudinales et la
variabilité du développement (Thelen, 1989 ; Thelen & Spencer, 1998 ; Zanone, 1990). Les études se centrent
sur l'individu dans son interaction avec un contexte déterminé. Ce modèle permet d’expliquer la non linéarité du
développement et la variabilité des observations.
Récemment, Bril note que développement moteur de l’enfant peut être aussi envisagé, en plus des
changements des paramètres, par les relations entre ces paramètres. Le développement du contrôle postural se
ferait par deux phases : une phase d’intégration des informations sensorielles puis une phase de réglage. Le
développement est donc dépendant aussi de la fonctionnalité des différents systèmes sensoriels (Bril & Ledebt,
1998). De même, Bushnell propose en 1993 d’envisager le développement cognitif comme un paramètre de
contrôle du développement posturo-moteur (Bushnell & Bourdreau, 1993).
Le terme de théorie prédictive ou prescriptive (Savelsbergh, 1993) est générique et regroupe les théories
qui envisagent l'acte moteur comme s’inscrivant dans un contexte perceptif, avec des processus mentaux sous-
jacents, et résultant d’une planification10, d’où la notion de sensori-motricité.
Les actions ne sont jamais déclenchées isolément : elles sont préparées, planifiées, orientées (von
Hofsten, 1990 ; von Hofsten, 1993a). Les actes moteurs sont ainsi différenciés en fonction de leur contexte
perceptif et environnemental et de leur signification (Mellier & Bullinger, 1999).
Selon la théorie des schémas, un programme moteur spécifique, activé avant l'initiation du mouvement est
associé à chacun des mouvements que le sujet peut produire (Schmidt & Lee, 1999). Ce programme ou schéma
de rappel est actualisé en fonction des objectifs et du contexte perceptif. Le contrôle du mouvement se fait par
feed-back, compte tenu de l’anticipation des conséquences sensorielles et cognitives de l’action, par le schéma
9
Extension et flexion synchronisée des jambes. Entre 1 et 4 mois, la dynamique de ce mouvement se modifie
naturellement. Il y a perte de la coordination entre les cycles des deux jambes.
10
Théories instructionnelle, représentationnelle, instrumentale, computationnelle ou cognitive…
17
dit « de reconnaissance ». Ce modèle nécessite ainsi, la définition d’une mémoire motrice et de représentation
motrice (Hauert, 1995).
Les mécanismes du développement posturo-moteur sont à la fois les changements perceptifs, corporels
mais aussi cognitifs. Les conduites du bébé sont, dans cette perspective, en plus d’indices neurologiques, des
signes d’une organisation cognitive (Mellier, 1990). Le développement du mouvement est étudié dans ses liens
d'ensemble avec le développement psychologique.
Les études développementales consistent à dater globalement l’émergence des actions motrices, à
explorer la plasticité de leur expression et à définir leur filiation. Pour le domaine de la régulation tonique et
posturale, il s’agit d’une révision conceptuelle par rapport aux théories maturationistes.
L’exercice et l’environnement sont envisagés comme jouant un rôle clé dans le développement. Ainsi, les
prématurés traitent dans certains cas l’environnement à la manière du nouveau né, au délai d’exercice près (voir,
pour une revue de ces questions (Mellier & Bullinger, 1999). Ainsi, un milieu « dystimulant », c’est-à-dire ayant
peu de cohérence dans ses apports sensoriels, pourra être préjudiciable au nourrisson ou au prématuré (Mellier,
1990).
Les compétences cognitives sont aussi directement impliquées dans le développement moteur. Ainsi,
Von Hofsten précise par exemple, que le développement de l’action est plus lié aux possibilités de contrôle
prospectif qu’à l’émergence même de ce contrôle. L’amélioration de celui-ci se ferait au travers de l’acquisition
de connaissances (von Hofsten & Ronnqvist, 1993b).
❖ La perspective instrumentale
L’organisme du bébé est engagé dans sa globalité, avec plusieurs systèmes sensori-moteurs dans une même
situation : matériel sensori-moteur redondant, indispensable à la coordination et à la transformation des
conduites. L’activité se met en place pour élaborer des représentations sur l’espace, les objets et l’organisme. Par
un effet réciproque, il y a « auto organisation » du développement (Bullinger, 1996).
Le bébé dispose à la naissance d’un ensemble de fonctionnements prédéterminés, responsables des premiers
échanges avec l’environnement. Ainsi, le répertoire de base des postures du nourrisson peut être considéré
comme des états d’équilibre autour duquel le bébé s’organise. A partir de ces postures se déterminent des
espaces privilégiés. Une posture asymétrique comme la « position de l’escrimeur » privilégie l’orientation vers
les objets en déterminant des espaces gauches et droit disjoints et le bras étendu stabilise le regard, préparant au
pointage (Bullinger, 1996 ; Bullinger, 1998).
L’enfant passe ainsi d’une mobilisation corporelle globale à une instrumentation sensori-motrice de l’activité.
Par exemple, l’instrumentation de la vision correspond au moment où l’information visuelle est utilisée pour
réguler la posture, c’est à ce moment, c’est-à-dire vers 2 mois, que la différence entre les enfants aveugles et
voyants apparaît (Bullinger & Mellier, 1988).
Enfin, le développement tonique peut être aussi, compte tenu de ses implications relationnelles et sa
modulation, partagé avec le milieu (Bullinger, 1998).
18
Assaiante présente en 1995 (Assaiante & Amblard, 1995) un modèle de contrôle de la posture ayant deux
principes fonctionnels : un cadre de référence pour organiser le contrôle de l’équilibre (sujet ou verticale
gravitaire) et la maîtrise graduelle du degré de liberté des articulations du corps. Cette perspective modulaire
envisage le contrôle postural comme celui d’une surimposition de modules. Le développement du contrôle
postural consiste en une possibilité de contrôle d'un nombre croissant de segments (développement céphalo-
caudal).
Elle définit 4 périodes : une première période, jusqu'à la marche (2 ans), puis une suivante jusqu'à 6 ans, puis
après 7 ans. La dernière phase débute après l'adolescence, à l'entrée dans l'âge adulte, il y a alors une
indépendance dans le contrôle des différents segments. Les indices sensoriels pris en compte durant l'ontogenèse
pour le maintien de la posture évoluent. L'évolution au cours de l'ontogenèse consiste au passage d'un contrôle
"en bloc" des différents segments, à un contrôle articulé de la posture, tardif dans le développement (Assaiante,
1998).
5.3.3. Conclusion
La question de l’anticipation et de la prédiction dans l’action motrice est centrale dans ces perspectives
et c’est pour cette raison uniquement que ces théories sont regroupées. C’est ainsi la finalité et les moyens
d’accéder au but fixé qui sont les moteurs du développement. Ainsi, par exemple, le changement de position
constitue une étape dans le développement postural car il nécessite une coordination motrice importante, mais
surtout un projet et la mise en œuvre de moyens pour y parvenir.
Pour von Hofsten, le mouvement est une dynamique entre l’environnement et l’organisme, orientée dans le
futur, et ceci est une base des propriétés du mouvement à tous les âges (von Hofsten, 1993a ; von Hofsten &
Ronnqvist, 1993b). Cependant, cet auteur, dans une perspective perception/action, ne fait pas de distinction entre
les processus sensoriels et moteurs.
Pour Bullinger, il s’agira plutôt d’une intégration et d’une coordination des différentes entrées sensorielles
par l’expérience intermodalitaire qui va permettre d’élaborer des représentations sur l’espace, les objets et
l’organisme et d’anticiper les signaux sensoriels à venir(Bullinger, 1998). Mellier et Bullinger synthétisent cette
perspective en envisageant l’enfant comme se développant à l’intérieur d’un équilibre sensori-tonique, définit
par les milieux physique, biologique et humain. Cet équilibre se trouve conforté par l’expérience et l’anticipation
(Mellier & Bullinger, 1999).
La valeur et le sens attribués aux faits observés varient suivant les obédiences théoriques des
chercheurs. Pour illustrer cette différence de points de vue, nous allons envisager ceux portés sur le
développement des réflexes et de leur rôle dans l’organisation du mouvement (Hay, 1985). Les réflexes
archaïques font partie des éléments évalués lors de l'examen neurologique du nouveau-né. Ils ont pour
caractéristique de disparaître au cours de la première année. Ces réflexes ont parfois une grande proximité
19
morphologique avec un mouvement volontaire (grasping, marche automatique), ce qui alimente de nombreuses
questions sur leur valeur fonctionnelle et sur leur filiation.
Pour les maturationnistes, le lien entre mouvement volontaire et réflexe n'est généralement qu'apparent (Saint
Anne Dargassies, 1982). Les mouvements précoces doivent ainsi disparaître pour que s’installe la motricité
orientée et volontaire (Ajuriaguerra de, 1978). Plus récemment, c’est surtout l’absence de lien fonctionnel entre
réflexe et mouvement volontaire qui est pointée. Par exemple, la marche automatique et la locomotion n'ont en
commun que leur forme, l'une est un mouvement rythmique isolé et l'autre est une construction motrice et
maturationnelle. De même, la motricité globale du nourrisson passe progressivement, entre 2 et 18 semaines, de
mouvements lents de « torsion », à des mouvements plus brefs et moins amples, comparables à ceux de l’adulte
(Hadders-Algra & Prechtl, 1992a). Le développement du mouvement volontaire n'est ni ralenti, ni amélioré par
la coexistence du réflexe, il y a au moins deux mécanismes neuronaux et les modules fonctionnels parallèles
responsables des changements de forme des mouvements généraux du nourrisson (Hadders-Algra & Prechtl,
1992a ; Touwen, 1993).
Pour les développementalistes, le lien entre réflexe et mouvement volontaire existe : les grandes
organisations toniques s'appuient sur des réflexes posturaux. Par exemple, la position de l’escrimeur (figure 1)
fabrique deux organisations toniques liées à deux types de mouvements : symétriques ou non entre les membres
droits et gauches. En outre, le bras étendu place la main dans la zone de vision focale, et c’est cette main qui
assurera plus tard les conduites de pointage (Bullinger, 1998). La marche automatique peut être entretenue et cet
exercice influe sur la qualité de la marche (redressement du buste, régulation de l'équilibre) (Zelazo et al., 1993).
Cet entraînement améliore aussi la réaction des enfants à la falaise visuelle (Bloch, 1987). Enfin, Grenier
alimente encore le débat avec sa célèbre motricité libérée, interprétée comme une action finalisée précoce
(Grenier, 1981). Pour ces différents auteurs, les actions sont orientées dès la naissance, et ne s’ancrent pas dans
l’activité réflexe.
Les théories dynamiques envisagent, quant à elles, un lien direct entre réflexe et mouvement volontaire.
Les mouvements du nouveau-né vont se coordonner et permettre le mouvement volontaire : le rythme des
pédalages et des coups de pieds est celui que l'on retrouvera dans l'activité de la marche. La disparition de cette
forme motrice ne correspond pas à une maturation neurologique mais à un changement morphologique : le bébé
arrête l'activité pour une question de masse corporelle (contraintes biomécaniques). Si l'environnement le
permet, l'activité peut reprendre : lorsque l’enfant est plongé dans l'eau par exemple (Thelen et al., 1987).
5.4.2. Conclusion
Cette dichotomie entre les différentes théories est quelque peu caricaturale et beaucoup de nuances
n’ont pas été développées ici. Certains consensus méritent donc d’être envisagés.
Les caractéristiques de base de l'ajustement postural sont présentes dès que les nouvelles habiletés
motrices se développent (saisie, station assise ou érigée) mais sous des formes primaires, largement différentes
de leur forme mature (Gramsbergen & Hadders-Algra, 1998).
Le système nerveux central, pour réduire le degré de liberté, c’est-à-dire la redondance des possibilités
de mouvement, a recours à des synergies (Bernstein, 1967). Celle-ci sont adaptées à la fois aux contraintes
20
extérieures, mais aussi aux propriétés biomécaniques du corps (Brogren et al., 1998). Le principe de la synergie
est répandu dans les trois (Hadders-Algra et al., 1997 ; von Hofsten & Ronnqvist, 1993b ; Zanone, 1990) ; il
permet de rendre compte, d’une façon efficace, à la fois de la stabilité et de la flexibilité de l’organisation
posturale.
Enfin, la question qui divise ces perspectives n’est plus de distinguer l’inné de l’acquis. Le développement du
réglage postural résulte à la fois de déterminants maturationnels (vitesse de conduction et connectivité
neuronale, croissance osseuse et musculaire…) et environnementaux (entraînement spécifique, interaction avec
le milieu). Le développement doit être regardé comme le déploiement de fonctions potentielles, compte tenu
d’un contexte ou d’un environnement (Goldfield, 1993 ; Gramsbergen & Hadders-Algra, 1998 ; Hadders-Algra
et al., 1998).
Les différences les plus importantes entre ces théories résident actuellement dans ce qui constitue le
moteur du développement. Les résultats et faits observés concernant le développement postural sont interprétés
dans des cadres théoriques globaux et différents. Pour chacun des modèles, les auteurs tentent de modéliser
« l'horlogerie interne » qui gouverne le déroulement chronologique de ces modifications. Pour théories
prescriptives, les métaphores s’inspirent de l’opposition homme/machine, et l’approche dynamique est sous-
tendue par la synergie acteur/environnement (Savelsbergh, 1993).
Une des problématiques actuelles développée autour de la notion de posture porte sur ses liens avec le
mouvement volontaire. En effet, le mouvement, bien que s’effectuant avec le support du corps est pour celui-ci
source de perturbation ; c’est pourquoi il nécessite une préparation tonique coordonnée : la posture. Le système
moteur doit donc à la fois fixer et agir (Corraze, 1987 ; Massion, 1984). La posture est la composante obligée du
mouvement, elle s’y associe en le précédant, l’accompagnant et lui succédant.
Les ajustements posturaux ne sont pas tous identiques et il convient de distinguer les ajustements
posturaux consécutifs et les ajustements posturaux anticipés (anticipatory postural adjustment ou APA ;
(Bouisset & Zattara, 1987 ; Massion, 1992). Les premiers sont des réactions posturales dépendantes des
rétroactions visuo-vestibulaires et kinesthésiques (feedback) lorsque l’équilibre est soudainement perturbé, par
exemple. Les ajustements posturaux anticipés ont pour particularité d'apparaître avant l'exécution d’un
mouvement volontaire, c’est à dire avant le déséquilibre, en proaction (Hugon et al., 1982).
Le rôle de l'ajustement postural anticipé est de 1) minimiser la perturbation lié au mouvement en terme
d’équilibre et d’orientation, 2) préparer le mouvement au niveau postural et 3) assister le mouvement en terme de
force et de vélocité (Massion, 1998).
De nature dynamique, les ajustements posturaux anticipés sont en quelque sorte des mouvements à part
entière, qui s’effectuent dans le sens inverse de la perturbation à venir. Ils sont issus d’une organisation nerveuse
qui intègre les forces musculaires liées à l’exécution du mouvement et aux exigences de la tâche. Leur initiation
21
précède le mouvement volontaire, ils sont donc de nature anticipée et proactive. L’APA varie en durée, en
amplitude et en orientation, selon le mouvement qu’il précède et ses conséquences sur la posture du sujet (Aruin
& Latash, 1995 b ; Scholz & Latash, 1998 ; van der Fits et al., 1998a).
L’APA a été largement étudié grâce à différents paradigmes. Des tâches globales, impliquant tout ou
partie du corps sont par exemple exploitées : soulèvement ou lâcher d’un objet volumineux en position debout
(Aruin & Latash, 1995 b ; Cordo & Nashner, 1982 ; Scholz & Latash, 1998 ; Toussaint et al., 1998). Les
coordinations bimanuelles comme le lestage ou le délestage d'une main par l'autre constitue un autre moyen très
souvent utilisé pour étudier les ajustements posturaux anticipés. Dans ces paradigme dits de « délestage
bimanuel » ou « du garçon de café » (figure 4), l’activité posturale est réservée à un bras et le mouvement
volontaire à l’autre (Bennis et al., 1996 ; Hugon et al., 1982 ; Johansson & Westling, 1988a ; Lacquaniti &
Maioli, 1989b). Généralement, une condition active, où le sujet produit un mouvement (décharge ou charge de la
main controlatérale), est comparée à une condition passive, où l’action est effectuée par l’expérimentateur, le
sujet ne disposant d’aucun indice contextuel ou presque lui permettant d’anticiper précisément la perturbation à
venir.
Dans tout ces travaux, l’anticipation consiste en une activité musculaire synergique inhibitrice et
excitatrice apparaissant avant l'action volontaire uniquement (condition active). Dans les conditions passives, les
résultats s’accordent sur le fait qu’aucun APA n’est observé (Aruin & Latash, 1995 a ; Bennis, 1990 ; Cordo &
Nashner, 1982 ; Forget & Lamarre, 1986 ; Gahery & Massion, 1981 ; Hugon et al., 1982 ; Lacquaniti & Maioli,
1989a ; Paulignan et al., 1986 ; Toussaint et al., 1997).
Afin de mieux comprendre les APAs, plusieurs auteurs ont tentés de modéliser les liens qui les unissent
au mouvement volontaire. Les ajustements par anticipation auraient leur origine dans le système nerveux central.
Il y aurait une liaison proactive entre programmation d’un mouvement volontaire et anticipation posturale.
L’acquisition d’un APA impliquerait ainsi, la transformation d'une rétroaction posturale acquise par l'expérience,
en un contrôle proactif associé au mouvement exécuté (Lacquaniti et al., 1997 ; Massion, 1994).
La stabilisation de la posture est très fortement intégrée à la génération d’un mouvement, et la liaison
entre posture et mouvement s’en trouve renforcée. Mouvement volontaire et APAs sont associés et semblent
faire partie d’un même programme moteur (Cordo & Nashner, 1982 ; Horak & Nashner, 1986). D’un point de
vue fonctionnel, plusieurs auteurs postulent que les APAs sont calés sur les conséquences anticipées de l'action
plutôt que sur l'action elle même (Aruin & Latash, 1995 b ; Scholz & Latash, 1998). Nous partageons cette
opinion et pensons que la préparation posturale n’est pas séparée ou indépendante du geste mais est une partie
22
intégrante de l’action. Le paramétrage de l’ajustement postural anticipé est, selon nous soumis aux mêmes
contraintes que le mouvement volontaire : c'est à dire le contexte, l'intention, les représentations.
Pour manipuler un objet, l’enfant doit stabiliser la position de ses avant-bras. Cette fixation nécessite
des synergies musculaires accordées précisément aux intentions de l’enfant, aux propriétés de l’objet (poids,
texture…) et aux forces perturbatrices potentielles (glissement…, Johansson & Cole, 1992).
Van der Fits montre que la saisie d’un objet est accompagnée d'une activation posturale à 4 mois, les
patterns observés sont alors très variables et ne sont pas de nature anticipée (van der Fits & Hadders-Algra,
1998b). C’est vers 9 mois que la saisie est accompagnée d'une activation posturale anticipée (von Hofsten,
1993a). Lors de la manipulation bimanuelle, c’est vers deux ans que l’enfant peut anticiper la charge d’un objet,
même si à cet âge, l’ajustement est de petite qualité (Eliasson et al., 1995 a). Le développement de l’ajustement
anticipé dans des tâches de coordinations bimanuelles semble continu à travers l’enfance, il gagne
progressivement en finesse.
6.5.1. Problématique
Afin d’anticiper une perturbation posturale, le sujet doit disposer d’une représentation des conséquences
liées à une modification de son environnement. L’étude de l’ajustement postural anticipé dans une perspective
développementale permet d’envisager l’influence de la représentation du réel dans la prédiction des perturbations
posturales liées à un mouvement.
Dans le paradigme du « garçon de café » (figure 4, Berthoz, 1997), nous distinguons trois situations :
une première dans laquelle le sujet décharge lui même son plateau (situation dite « active »), une situation dans
laquelle un objet est retirée du plateau à son insu (ou aléatoire, situation dite « passive ») et une troisième dans
laquelle le plateau est déchargé sous ses yeux. Dans cette dernière situation, le délestage passif est contrôlé
visuellement. Ainsi, qu’en est-il de l’APA lorsque les conséquences de l’action d’autrui sont prévisibles et
portent sur la posture du sujet ?
Chez l’adulte, l’expérience permet la formation et le stockage des représentations précises et stables des
caractéristiques sensori-motrices des objets, c’est à dire leur poids, leur texture… (Gordon et al., 1991 a ; Gordon
et al., 1991 b). L’identification visuelle permet ainsi, grâce à ces représentations, un paramétrage adéquat de la
force de saisie d’un objet familier dès le premier essais (Gordon et al., 1993). Chez l’enfant, ces représentations
sont plus labiles. Celui-ci commence à deux ans à utiliser les informations concernant le poids de l’objet dans les
soulèvements précédents pour en paramétrer la saisie et donc, pour former une représentation de ses
caractéristiques sensori-motrice (Forssberg et al., 1992).
Les perturbations posturales suivant une charge passive contrôlée visuellement devraient donc pouvoir
être anticipées, dans la mesure où le sujet dispose d’une représentation sensori-motrice de l’objet et que le
moment de l’impact est totalement prévisible (Johansson & Westling, 1988a ; Bennis, 1990). Chez l’enfant, cette
23
anticipation est envisageable uniquement si celui ci dispose d’une représentation sensori-motrice concernant le
poids de l’objet.
6.5.2. Méthode
Nous avons proposé à 10 enfants, âgés de 20 à 32 mois, une tâche de coordination bimanuelle inspirée
du “ bimanual load lifting test ” (Hugon et al., 1982) et du “ paradigme du garçon de café ” (Berthoz, 1997). Les
enfants sont debout et un plateau est posé sur leur main droite. Un objet11 leur est présenté. Les enfants procèdent
eux-mêmes à la charge du plateau (condition active), ou celle-ci est réalisée par l'expérimentateur sous leurs
yeux (condition passive). L'ordre de présentation est alterné, c’est à dire que l’enfant commence soit par charger
lui même le poids sur son plateau, soit par une situation passive contrôlée visuellement (figure 5).
L’enfant est filmé de profil, du coté ipsilatéral au bras portant le plateau, durant toute la procédure. La
vidéo obtenue est analysée sur ordinateur à l'aide d'un logiciel permettant de relever les coordonnées de points
déterminés pour chaque image (épaule, coude, poignet). Les images sont traitées à partir de l’impact entre le
plateau et le poids. Ces coordonnées sont ensuite traitées afin de fournir l’angle formé par ces trois points à des
intervalles de 80 ms.
-INSERER figure 5-
Ce paradigme nous permet de mesurer si l’enfant anticipe la perturbation de la position de son avant
bras suivant la dépose de l’objet sur le plateau, dans chacune des conditions et compte tenu du poids de l’objet.
Les déviations qui sont mesurées dès 0.08s, rendent compte de la préparation tonique posturale anticipée (Jover,
1999).
La mesure de l’étendue des déviations posturales déclenchée par la charge de l'objet est calculée par la
différence entre l’amplitude maximale et minimale de l'angle formé par le coude sur une durée de 0.08, 0.17,
0.25, 0.33 et 0.5 secondes après l'impact.
Dans l’ordre de présentation actif puis passif, les déviations entraînées par la charge ne diffèrent pas de
façon statistiquement significative, quel que soit l’intervalle de temps considéré (graphique I). En revanche,
lorsque la condition passive est la première présentée, la différence entre les deux conditions reste significative
quel que soit l’intervalle de temps considéré (graphique II, p<.05).
12
10
8
angle (°)
11 4
Nous utilisons comme masse à charger des morceaux de pâte à modeler ayant la forme de « poids de
2 100g.
balance » de
0
24
0,08 0,17 0,25 0,33 0,5
actif
durée (s) passif
Graphique I : Médianes et quartiles des étendues des déviations pour l’ordre actif puis passif.
12
10
8
angle (°)
*
6
4 * *
*
2
*
0
0,08 0,17 0,25 0,33 0,5 actif
durée (s) passif
Graphique II : Médianes et quartiles des étendues des déviations pour l’ordre passif puis actif (* : p<.05).
Ces résultats préliminaires suggèrent que les ajustements posturaux anticipés sont présents à 21 mois,
dans les situations dites “ actives ”. La charge passive entraîne des déviations plus importantes que la charge
active. Les enfants intègrent dès 2 ans, les informations portant sur le poids d’un objet tenu par une main pour
paramétrer la force de maintien du plateau tenu par l’autre et qu’il doit charger. Ces résultats sont concordants
avec la littérature (Eliasson et al., 1995 a ; Schmitz et al., 1999).
Lorsque la condition active est présentée la première, la différence entre les conditions n’est cependant
plus significative (Jover, 1999). Cet effet de l’ordre apparaissant pour la condition passive avec contrôle visuel,
évoque que lorsque l’enfant a eu auparavant l’occasion de manipuler les objets (condition active), alors le poids
de celui-ci pourrait être pris en compte. Une première manipulation de l’objet lors d’une condition active, peut
permettre à l’enfant de mieux anticiper son poids dans la condition passive contrôlée visuellement (Forssberg et
al., 1992). Cette remarque concorde avec les suggestions de Forssberg et ses collaborateurs concernant la labilité
des représentations sensori-motrices chez le jeune enfant (Forssberg et al., 1995).
L’approche fonctionnelle de l’APA, c’est à dire l’étude de cet ajustement en fonction des déviations
mesurées après la perturbation, monopolise à présent nos recherches : nous tentons de trouver des indicateurs
supplémentaires nous permettant de décrire des ajustements posturaux chez les enfants les plus jeunes, et de
caractériser les enfants à partir de leur notion sensori-motrices du poids.
7. Conclusion
25
constat résulte la structure de ce chapitre et le détour que nous avons exécuté vers les points de vue portés sur le
développement postural.
Les principales différences entre les théories résident, comme nous l’avons vu, dans la définition d’un moteur
du développement. Selon l’axe théorique, les changements développementaux sont décrits en termes
principalement qualitatifs (perspectives dynamiques et prédictives) ou alors quantitatifs (perspectives
maturationistes et parfois prédictives). Ces propositions définissent le point de vue de la discontinuité, dans
lequel le développement est envisagé comme ayant un rythme variable qui alterne entre périodes stables et
changements abrupts, opposé à celui de la continuité : le développement est stable et continu, les acquisitions
s’ajoutent et se succèdent à un rythme uniforme (Mellier, 1993).
La modélisation du développement postural et des interactions entre posture et mouvement volontaire sont
actuellement au cœur des problématiques de nombreuses équipes de recherche. Autrefois envisagée comme
réflexe et résultant principalement d’un processus neuromaturationnel, la posture trouve actuellement une
nouvelle profondeur. Tout d’abord, de nombreuses distinctions ont été faites à l’intérieur même du concept
d’ajustement postural. C’est ainsi que l’on distingue la réaction de l’anticipation (Corraze, 1987). Chacune de
ces composante est l’objet de nombreux travaux, et tout particulièrement l’ajustement postural anticipé
(Commissaris & Toussaint, 1997 ; Aruin et al., 1998 ; De Wolf et al., 1998 ; Massion, 1998 ; Toussaint et al.,
1998 ; Biryukova et al., 1999 ; Brunia, 1999 ; Hay & Redon, 1999 ; Hodges et al., 1999 ; Schmitz et al., 1999).
Cette composante du geste, par ses particularités, est le point de départ d’une réflexion épistémologique sur la
distinction posture/mouvement. Celle-ci pourrait finalement, comme le suggèrent Latash et ses collaborateurs,
être uniquement celle de l’expérimentateur mais pas celle du système nerveux central (Aruin & Latash, 1995 a).
Les processus posturaux ne sont ainsi plus à considérer comme processus réflexes ou de bas niveau mais comme
des constructions motrices à part entière, soumises aux contraintes de l’environnement et à la perception qu’en a
l’individu. Le niveau de la planification et le niveau de contrôle automatique ne sont plus considérés comme
deux étages indépendants de l’organisation hiérarchique du système moteur, traitant des variables complètement
différentes (Lacquaniti, 1992). Du point de vue développemental, le contrôle postural constitue une façon
d'investiguer la dynamique d'apparition et le lien entre posture et comportement sensori-moteur (Berthental,
1990).
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