MODELISATION ET SIMULATION DU COMPORTEMENT THERMOMECANIQUE
D’UN PIPELINE GEOTHERMAL AU NIVEAU D’UNE T-JONCTION
Julien Rajomalahy, Vololomihaja Andriamifidisoa et Lala Andrianaivo
Université d’Antananarivo, Ecole Supérieure Polytechnique d’Antananarivo, Petroleum Engineering Department,
Laboratoire Exergie et Géoingénierie, BP 1500 Antananarivo 101, Madagascar, julienrajomalahy@[Link]
Résumé
Ces études portent principalement sur le comportement dans la jonction sous l’effet de la pression interne
et de la variation de la température. La principale jonction étudiée est la T jonction. Le but étant de
calculer les champs de contraintes couplés à la variation de la température. Ce couplage définit de façon
réaliste le comportement thermomécanique de la jonction et notamment à l’intersection où on constate des
concentrations importantes de contraintes. La jonction est un élément très utilisé dans les installations
industrielles tel que les circuits de traitement des centrales géothermique qui sont soumis à des
fluctuations de température dues au mélange des fluides, c’est ce qu’on appelle les zones de mélange. Ces
fluctuations peuvent engendrer des endommagements et fissurations par fatigue thermique ou mécanique
dans les circuits causant des fuites. La modélisation numérique est réalisée sur le code de calcul ANSYS,
se basant sur la méthode des éléments finis.
Mots clés : Intersection/ contrainte/ variation de température/fatigue thermique/ fatigue mécanique/
Eléments finis
1. INTRODUCTION
On dénombre aujourd’hui plus de 350 installations géothermiques haute énergie dans le monde, la
production d’électricité d’origine géothermique est possible sur les réservoirs dont la température est
comprise entre 150 et 350°C et permettant des débits de production de fluides suffisants [8].
Le couplage thermomécanique dans la défaillance des matériaux a attiré un grand d’intérêt expérimental et
théorique ces dernières années. La plupart de ces études traitent de la variation du taux de déformation
élastique, la rupture dynamique, et la fatigue thermique, où les taux de chargements extrêmes peuvent être
à la base de l’adoucissement thermique du matériau à cause des températures assez élevées (Figure 01).
Dans de tels problèmes, la prise en compte du couplage thermomécanique est essentielle pour comprendre
les mécanismes de défaillance.
Figure 01 : Réseaux de traitement de vapeur géothermique
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Dans cette étude, le modèle montré est un tuyau principal cylindrique, percé radialement par un petit tuyau
à un point sur son axe à distance de l'extrémité de la grande pipe (figure 02). L'intérieur du réservoir
contient un fluide à une température de 232 °C et à une pression de 2.2 bar. Le fluide dans le petit tuyau
est soumis à une pression de 2.5 bar et à une température de 38 °C. Le coefficient de convection dans le
réservoir et le tuyau est de 1420 W/m²°C. La valeur du coefficient de transfert de chaleur par convection
est fonction de la nature du fluide, de sa température, de sa vitesse et des ses caractéristiques géométriques
de la surface de contact solide/fluide.
Le matériau utilisé dans cette étude est l’acier inoxydable austénitique 304L dont les caractéristiques
physiques sont données dans le tableau 1, à différentes températures. Le tableau 2 représente les essais de
caractérisation en traction monotone qui ont été effectués aux températures : ambiante, 150°C et 300°C,
sur des éprouvettes cylindriques de diamètre 10 mm, prélevées dans le sens longitudinal L.
Les aciers inoxydables austénitiques présentent une excellente résistance à la corrosion. Ces aciers riches
en chrome sont ductiles et ont une résistance mécanique élevée. Ils sont amagnétiques et soudables. Les
aciers inoxydables austénitiques sont fréquemment utilisés dans l’industrie de la construction, l’industrie
pharmaceutique et le secteur chimique [6].
Tableau 1 : Propriétés physiques de l'acier 304L à différentes températures (coefficient de Poisson ν = 0.30)
Température Densité Coefficient de Conduction Chaleur Module d’
dilatation thermique spécifique Young
[°C] [kg /m3] thermique
[W/m°C] [J/kg°C] [Pa]
[10-6]
[109]
20 7889 15,3 14,54 473 195
100 - - 15,50 490 -
150 - 15,7 16,28 498 185
200 - 16,1 17,06 511 176
250 - 16,4 17,81 524 170
Tableau 2 : Caractéristiques conventionnelles de traction
Température °C Limite élastique Rp Charge de rupture Rm Allongement à la
rupture
0,2 % (MPa)
A (%)
(MPa)
Ambiante 220 555 68
150 159 423 53
300 138 401 48
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On remarque que la température joue un rôle sur le comportement sous sollicitations monotones de l’acier
inoxydable austénitique 304L. En effet, la limite d’élasticité et la résistance à la traction diminuent lorsque
la température augmente [6].
Le modèle de jonction utilisé dans notre calcul est présenté dans la figure 02. Toutes les dimensions sont
données en mètre.
Figure 02 : Dimensions de la jonction
Les conditions initiales et les conditions aux limites utilisées (figure 03) sont comme suit : (u, v et w sont
les composantes de déplacement, respectivement dans les trois directions x, y et z).
Figure 03 : Conditions initiales et limites
2. MODELISATION ET SIMULATION
2.1. Modélisation du système dynamique
2.1.1. Mise en équation de la partie thermique
• Tenseur de conductivité thermique
Soit T (x, y, z, t) la température au point M de coordonnées (x, y, z) à l’instant t. Si la température dépend
du temps, on dit que le régime thermique est variable (ou transitoire). Dans le cas contraire, on dit qu’il est
permanent (ou stationnaire) [1]. Considérons la figure 04.
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Figure 04 : Vecteur densité de flux
Où : T=
Avec :
: Vecteur unitaire de la normale
: Dérivée de la température le long de la normale.
Considérons en un point M un élément de surface dS infiniment petit. Soit un vecteur unitaire et normal
à dS. La puissance thermique (quantité de chaleur par unité de temps) qui traverse dS dans le sens de est
égale à [1] :
(1)
Où le tenseur de conductivité thermique du matériau a pour représentation matricielle dans le repère
orthonormé {x, y, z} [1] :
- Le vecteur densité de flux et le gradient thermique (figure 05) ne sont pas nécessairement
colinéaires [1].
Figure 05 : Matériau anisotrope
- Si le matériau est isotrope (figure 06), la matrice de conductivité se réduit à [1] :
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Le vecteur densité de flux et le gradient thermique sont colinéaires [1].
Figure 06 : Matériau isotrope
• Bilan thermique : équation de chaleur
Soit v une partie quelconque de V limitée par la surface s [1] (figure 07).
Figure 07 : Bilan thermique
La puissance thermique stockée dans vest égale à la somme de la puissance thermique générée par les
sources volumiques contenues dans V et de la puissance thermique reçue sous forme de flux à travers la
surface S [1] :
∫ Cp =∫ + ∫− . λ . (2)
Le domaine v étant arbitraire, on en déduit, en tout point du solide [1] :
Cp – div (λ. )− =0 (3)
Pour un matériau homogène et isotrope, l’équation (3) s’écrit dans le repère orthonormé {x, y, z} [1] :
(4)
Où :
2.1.2. Mise en équation de la partie mécanique
• Tenseur des contraintes
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Dans une base orthonormée (figure 08), il est représenté par la matrice des contraintes, noté σij (le premier
indice (i) indique la direction de la normale à la facette et le deuxième (j), la direction de la contrainte) qui
s'écrit [3] :
(5)
Figure 08 : Contraintes autour du point A
Par définition le tenseur des contraintes σij est symétrique c’est-à-dire [3] :
σ21 = σ12 ; σ31 = σ13 ; σ32 = σ23
(6)
• Tenseur des déformations
On se place ici dans le cas des petites déformations. On démontre que l'état de déformation au voisinage
d'un point A est caractérisé par le tenseur des déformations [3].
Le tenseur des déformations s’écrit sous la forme matricielle suivante [3] :
(07)
Par définition le tenseur des déformations εij est symétrique c’est à dire :
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(08)
2.1.3. Modélisation thermo-élastique
Des déformations peuvent être causées également par un changement de température. Dans le cas isotrope
et en l’absence de contrainte, on a [4] :
(09)
Où = ( / ) est le coefficient de dilatation thermique linéaire et ∆ correspond au changement de
température. Dans la plupart des matériaux, est positif [4].
Dans le cas 3-D, le vecteur de déformation thermique est :
{ th} = ∆ [ 0 0 0] T (10)
Où : ∆ = – ref : = température actuelle à l'endroit en question et ref : température de référence (étant
la température à laquelle on considère que : th ( ref) = 0)
Lorsqu’une contrainte et un changement de température sont à la fois imposés, la déformation totale est la
somme d’une déformation élastique et d’une déformation thermique [4] :
{ tot} = { el} + { th}
La loi de Hooke complète (valable seulement dans le cas de déformations thermo élastiques) s’écrit alors
[4] :
{ !"!} ={ !h} + [#]-1$ (11)
(12)
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2.1.4. Critères de limite élastique
Soit un état de contrainte caractérisé en un point A par trois contraintes principales σ1, σ2 et σ3. σg(ou σe)
est appelée contrainte équivalente de Von Mises.
Pour ce critère, l'état limite est atteint lorsque l'énergie de distorsion par unité de volume est égale à
l'énergie de distorsion unitaire limite du matériau [4].
L'énergie de distorsion par unité de volume en fonction des contraintes principales s'exprime par :
(13)
Dans le cas de la traction simple, seule $1 ≠ 0 [4] :
(14)
Ce critère devant être valable quel que soit l'état de sollicitation, on doit donc avoir [4] :
(15)
La contrainte équivalente de Von Mises σg en fonction des contraintes principales est alors [4] :
(16)
2.2 Simulation du système : Résolution par éléments finis
La méthode des éléments finis est une technique pour rapprocher les équations différentielles régissant
pour un système avec un ensemble d'équations algébriques concernant un nombre limité de variables. Ces
méthodes sont populaires parce qu'ils peuvent facilement être programmés. Le solide est décomposé en
éléments de forme géométrique simple ayant des côtés communs et dont les sommets (nœuds) sont les
points d’articulation de plusieurs éléments entre eux. Ces nœuds seront les points d’application des forces
intérieures ou extérieures. L’opération de décomposition est le maillage. Un bon maillage doit faciliter les
opérations prévues par un programme d’ordinateur. Il faut donc adopter une méthode systématique de
numérotation des éléments et des nœuds [5].
La démarche consiste à modéliser la structure mécanique dans un premier temps et ensuite à coupler
l’effet thermique dans un deuxième temps (figure 09). Ainsi, en créant la géométrie dans le premier
environnement physique, on peut l'utilisée dans toutes les étapes suivantes. La géométrie est maintenue
constante. Bien que la géométrie doive rester constante, les types d'éléments peuvent changer. Par
exemple, les éléments thermiques sont nécessaires pour une analyse thermique tandis que les éléments
structuraux sont nécessaires pour déterminer les contraintes dans la géométrie. Il est important de noter,
toutefois, que seulement certaines combinaisons d'éléments peuvent être utilisées pour une analyse
physique couplée (Solid227) [7].
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Figure 1 : Procédures de l'analyse thermomécanique
3. RESUTATS ET INTERPRETATIONS
3.1. Cas de chargement thermique
On observe que la variation de température commence a approchée de la zone d'intersection, où les fluides
se rencontrent (figure 10).
Figure 10 : Distribution nodale de la température et de la déformation thermique
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La figure 11 montre l’évolution de la température et de la déformation thermique dans les trois directions
(x, y et z) en fonction de la distance du chemin définit sur cette figure. On remarque que la distribution de
la température est homogène dans les trois directions. La température commence avec une valeur T =
232°C et elle diminue progressivement jusqu'à T = 121.81°C (nœud N° 36) en s’approchant de
l’intersection où l’on a déterminé la déformation thermique th = 0.18641 × 10-2 [%] qui a une signification
importante, car c’est à une distance de 0.21m qu’on a aussi calculé la déformation élastique maximale. La
température se stabilise à la valeur T=38°C.
Figure 11 : Variation de température / Variation de la déformation thermique suivant la trajectoir
3.2. Cas de chargement mécanique (élastique)
La figure 12 représente les déformations élastiques suivant les trois directions (x, y et z) de la jonction. On
constate que la plus grande déformation est localisée au nœud N° 36 (suivant x). La figure 13 montre
l’évolution de la contrainte et de la déformation de la jonction. On peut remarquer que le maximum de la
contrainte est atteint suivant la direction x.
Figure 12 : Distribution nodale de la déformation suivant les trois axes x, y, z
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Figure 133 : Variation de la contrainte / Variation de la déformation élastique suivant la trajectoire
3.3. Cas de chargement thermomécanique (thermo élastique)
Les figures14 (a, b et c) représentent la distribution nodale des déformations totales suivant les trois
directions (x, y et z) de la jonction. On constate que la plus grande déformation est localisée au nœud N°
36 suivant x. La figure 15, montre l’évolution de la déformation totale de la jonction. On peut remarquer
que le maximum de la déformation est suivant la même direction.
Figure 14 : Distribution nodale des déformations totales suivant les trois axes
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Figure 15 : Déformations totales suivant les trois axes
3.4. Déformations élastique, thermique et thermo élastique
Le tableau 3 et la figure 16 montrent les résultats.
Tableau 3 : Résultats des déformations élastique, thermique et thermoélastique suivant la direction x à la distance
0.21m sur la trajectoire (au niveau de l’intersection)
Coefficient de dilatation Température Déformation max
thermique
[°C] × 10-2 %
th %& "!
Jonction (nœud N°36) 15.3 × 10-6 121.81 0.18641 0.42693 0.61465
Figure 16 : Déformations totale, élastique et thermique
3.5. Contraintes de Von Mises
Le calcul des contraintes de Von Mises de la jonction a été effectué suivant le chemin montré à la figure
O9. Sur la figure 17, on constate que le maximum de la contrainte est atteint au nœud 52 ayant une valeur
de 1.56940 × 108 [' ].
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Figure 17 : Représentation de la trajectoire utilisée
Figure 18 : Distribution nodale des contraintes de Von Mises
4. INTERPRETATION ET DISCUSSION
Le calcul des contraintes de la jonction a été effectué sous le logiciel ANSYS. On constate que le
maximum de contrainte est atteint au nœud 52 ayant une valeur de 1.56940 × 108 [' ]. L’apport de la
déformation thermique est relativement élevé dans la déformation totale. Ces valeurs sont faites à la
distance 0.21m. Au niveau de la jonction :
• la déformation élastique est de 0.42%.
• la déformation thermique est de 0.18%.
• la déformation totale (thermo élastique) est de 0.61%
• la contrainte de Von Mises est de 156.94 (' . Cette valeur ne dépasse pas la limite élastique du
matériau.
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5. CONCLUSION
Pour conclure, nous pouvons affirmer que la modélisation thermomécanique de la jonction revêt un
caractère sécuritaire avant tout. En effet, le comportement de cette jonction dans des conditions de
chargement (pression et température) caractérise la fiabilité et la sécurité des installations industrielles. Le
choix de tel ou tel type de jonction est soumis aux calculs des différentes déformations. Dans notre étude,
les calculs ont montré que la concentration des contraintes est localisée à l’[Link] résultats
présentés dans cette étude sont relatives à la modélisation d’une jonction sans soudures. En perspectives,
nous recommandons de considérer le comportement des cordons de soudure, tester d’autres types de
jonctions comme l’Y-jonction et utiliser de nouveaux matériaux (matériaux composites).
BIBLIOGRAPHIE
[1] Yves Jannot , 2002,“ cours de transferts thermiques “ bouquin de [Link] ,
[2] Yves Debard 2006-2009. “ Méthode des éléments finis : thermique ” Master Modélisation Numérique
et Réalité Virtuelle, Université du Maine, 24 mars 2006 – 15 décembre 2009.
[3] Unocal Thailand Co., LTD, (2006), “Stress and Deformation analyses of pipe tees Using I-DEALS
program”, Thaïland.
[4] Yves Debard, 2011. “ Notice du logiciel « RDM (IUT Le Mans) » Cours d'élasticité ” [Link],
[5] ANSYS, 2015. Finite Element Analysis Program "thermal and structural Analysis Guide” Version 11
[6] J.C. Leroux, F. Curtit, J.M. Stephan, 2006, “Study of thermal and mechanical fatigue of 304L stainless
steel : comparison between tests on mockups and test on standard specimen”, Int. Fatigue cong. Fatigue,
May 14-19, Atlanta.
[7] SOLIDWORKS, 2013. Code de design industrial, Version 7.
[8] GEORAMA, 2017. Le journal d’information du BRGM, n°29.
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