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Fourberies de Scapin : Rançon et Duplicité

Le poème décrit la vie bohème d'un jeune homme qui voyage les poches vides et les chaussures trouées, rêvant de splendides amours. Il écrit des rimes en marchant et s'arrête le soir pour les écouter tout en resserrant les lacets de ses souliers.

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Fourberies de Scapin : Rançon et Duplicité

Le poème décrit la vie bohème d'un jeune homme qui voyage les poches vides et les chaussures trouées, rêvant de splendides amours. Il écrit des rimes en marchant et s'arrête le soir pour les écouter tout en resserrant les lacets de ses souliers.

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LL8 – Les Fourberies de Scapin, Acte II, Scène 7, Molière, 1671

Léandre, pendant l’absence de son père, est tombé amoureux de Zerbinette qui se trouve en captivité
chez des Egyptiens, et pour la libérer, il doit payer une rançon de cinq cents écus. Il demande l’aide
de son valet Scapin, connu pour ses fourberies. Ce dernier compte soutirer cette somme au père de
Léandre, Géronte.

1 SCAPIN, feignant de ne pas voir Géronte. Ô Ciel ! ô disgrâce imprévue ! ô misérable


père ! Pauvre Géronte, que feras-tu ?
GÉRONTE, à part. Que dit-il là de moi, avec ce visage affligé ?
SCAPIN, même jeu. N’y a-t-il personne qui puisse me dire où est le seigneur Géronte ?
5 GÉRONTE. Qu’y a-t-il, Scapin ?
SCAPIN, courant sur le théâtre, sans vouloir entendre ni voir Géronte. Où pourrai-je le
rencontrer pour lui dire cette infortune ?
GÉRONTE, courant après Scapin. Qu’est-ce que c’est donc ?
SCAPIN, même jeu. En vain je cours de tous côtés pour le pouvoir trouver.
10 GÉRONTE. Me voici.
SCAPIN, même jeu. Il faut qu’il soit caché en quelque endroit qu’on ne puisse point
deviner.
GÉRONTE, arrêtant Scapin. Holà ! es-tu aveugle, que tu ne me vois pas ?
SCAPIN. Ah ! Monsieur, il n’y a pas moyen de vous rencontrer.
15 GÉRONTE. Il y a une heure que je suis devant toi. Qu’est-ce que c’est donc qu’il y a ?
SCAPIN. Monsieur…
GÉRONTE. Quoi ?
SCAPIN. Monsieur votre fils…
GÉRONTE. Hé bien ! mon fils…
20 SCAPIN. Est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde.
GÉRONTE. Et quelle ?
SCAPIN. Je l’ai trouvé tantôt, tout triste, de je ne sais quoi que vous lui avez dit, où vous
m’avez mêlé assez mal à propos, et, cherchant à divertir cette tristesse, nous nous sommes
allés promener sur le port. Là, entre autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux
25 sur une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne mine nous a invités d’y
entrer, et nous a présenté la main. Nous y avons passé, il nous a fait mille civilités, nous a
donné la collation, où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir,
et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.
GÉRONTE. Qu’y a-t-il de si affligeant en tout cela ?
30 SCAPIN. Attendez, Monsieur, nous y voici. Pendant que nous mangions, il a fait mettre la
galère en mer, et, se voyant éloigné du port, il m’a fait mettre dans un esquif, et m’envoie
vous dire que, si vous ne lui envoyez par moi tout à l’heure cinq cents écus, il va nous
emmener votre fils en Alger.
GÉRONTE. Comment ! diantre, cinq cents écus ?
35 SCAPIN. Oui, Monsieur ; et, de plus, il ne m’a donné pour cela que deux heures.
GÉRONTE. Ah ! le pendard de Turc ! m’assassiner de la façon.
SCAPIN. C’est à vous, Monsieur, d’aviser promptement aux moyens de sauver des fers un
fils que vous aimez avec tant de tendresse.
GÉRONTE. Que diable allait-il faire dans cette galère ?
LL9 –MARIVAUX, L’île des esclaves, scène 9, acte I, 1725
Scène IX. Iphicrate, Arlequin

1 IPHICRATE - Les dieux te puniront, Arlequin.


ARLEQUIN - Eh ! de quoi veux-tu qu'ils me punissent ; d'avoir eu du mal toute
ma vie ?
IPHICRATE - De ton audace et de tes mépris envers ton maître ; rien ne m'a été
5 aussi sensible, je l'avoue. Tu es né, tu as été élevé avec moi dans la maison de
mon père ; le tien y est encore ; il t'avait recommandé ton devoir en partant; moi-
même je t'avais choisi par un sentiment d'amitié pour m'accompagner dans mon
voyage; je croyais que tu m'aimais, et cela m'attachait à toi.
ARLEQUIN, pleurant - Eh ! qui est-ce qui te dit que je ne t'aime plus ?
10 IPHICRATE - Tu m'aimes, et tu me fais mille injures ?
ARLEQUIN - Parce que je me moque un petit brin de toi; cela empêche-t-il que
je t'aime ? Tu disais bien que tu m'aimais, toi, quand tu me faisais battre; est-ce
que les étrivières sont plus honnêtes que les moqueries ?
IPHICRATE - Je conviens que j'ai pu quelquefois te maltraiter sans trop de sujet.
15 ARLEQUIN - C'est la vérité.
IPHICRATE - Mais par combien de bontés ai-je réparé cela !
ARLEQUIN - Cela n'est pas de ma connaissance.
IPHICRATE - D'ailleurs, ne fallait-il pas te corriger de tes défauts ?
ARLEQUIN - J'ai plus pâti des tiens que des miens; mes plus grands défauts,
20 c'était ta mauvaise humeur, ton autorité, et le peu de cas que tu faisais de ton
pauvre esclave.
IPHICRATE - Va, tu n'es qu'un ingrat au lieu de me secourir ici, de partager mon
affliction, de montrer à tes camarades l'exemple d'un attachement qui les eût
touchés, qui les eût engagés peut- être à renoncer à leur coutume ou à m'en
25 affranchir, et qui m'eût pénétré moi-même de la plus vive reconnaissance !
ARLEQUIN - Tu as raison, mon ami; tu me remontres bien mon devoir ici pour
toi; mais tu n'as jamais su le tien pour moi, quand nous étions dans Athènes. Tu
veux que je partage ton affliction, et jamais tu n'as partagé la mienne. Eh bien !
va, je dois avoir le cœur meilleur que toi; car il y a plus longtemps que je souffre,
30 et que je sais ce que c'est que de la peine. Tu m'as battu par amitié : puisque tu le
dis, je te le pardonne ; je t'ai raillé par bonne humeur, prends-le en bonne part, et
fais-en ton profit. Je parlerai en ta faveur à mes camarades, je les prierai de te
renvoyer, et, s'ils ne veulent pas, je te garderai comme mon ami ; car je ne te
ressemble pas, moi ; je n'aurai point le courage d'être heureux à tes dépens.
LL10- « Le Mal », Arthur RIMBAUD (1854-1891), Les Cahiers de Douai, 1870
Les Cahiers de Douai regroupent des poèmes écrits par Arthur Rimbaud entre janvier 1870 et novembre
1870. Les quinze premiers poèmes, dont « Le Mal » ont été recopiés par lui-même dans un premier cahier et
confiés au poète Paul Demeny, ami de Georges Izambard, le professeur de français de Rimbaud. Ce dernier
recevra plus tard de Rimbaud la consigne de détruire les deux cahiers dont il a été le dépositaire, mais il ne le
fera pas.

1. Tandis que les crachats rouges de la mitraille1


Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts2, près du Roi qui les raille3,
Croulent les bataillons5 en masse dans le feu ;

5. Tandis qu’une folie épouvantable broie


Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! Ô toi qui fis ces hommes saintement ! …

- Il est un dieu, qui rit aux nappes damassées51


10. Des autels, à l’encens62, aux grands calices73 d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah84 s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées


Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

1
La mitraille : la décharge collective des canons et des fusils.
2. Ecarlates ou verts : l’uniforme du soldat français était rouge celui des soldats prussiens
vert.
3 Raille : se moque
4 Croulent les bataillons : Les bataillons tombent les uns après les autres sous la mitraille.
5 Damassées : Faite d’une étoffe de « Damas », riche tissu de soie à dessins.
6 Encens : Substance aromatique utilisée lors des services religieux.
7 Calices : Vase sacré utilisé à la messe.
8 Hosannah : Acclamations de joie figurant dans les textes et chants des liturgies juive et
chrétienne.
LL 11- « Ma bohème », Arthur RIMBAUD (1854-1891), Les Cahiers de Douai, 1870o

Ma « « « Ma Bohème1 » (Fantaisie)

1 Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;


Mon paletot3 aussi devenait idéal4 ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal5 ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

5 Mon unique culotte6 avait un large trou.


– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais7 dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse8.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,


10 Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur9 ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,


Comme des lyres, je tirais les élastiques10
De mes souliers blessés11, un pied près de mon cœur !

Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai (1870)

1. Poème bohème le nom bohème a été donné par comparaison aux habitants de la bohème qui
menaient une vie sans règle marginale.
2. Fantaisie en musique une fantaisie et une forme libre en littérature une œuvre d’imagination
3. Paletot : veste ou manteau
4. Idéal : Rimbaud joue sur les deux sens du mot : le paletot est idéal parce qu’il est parfait pour
voyager ou est-il tellement usé qu’il n’est plus qu’une idée de paletot ; cette 2nde hypothèse
convient mieux au sens général du poème
5. Féal : fidèle serviteur d’un seigneur
6. Culotte : pantalon
7. J’égrenais : je semais
8. La grande ourse désigne une constellation ; Rimbaud dort à la belle étoile
9. Comme un vin de vigueur : comme un vin fort, une eau-de-vie qui donne de la vigueur
10. Les élastiques : les lacets
11. Blessés : troués
LL 12 – Victor Hugo, « Mélancholia », Les Contemplations, Autrefois, livre
troisième « les luttes et les rêves », II, 1856

1 Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?


Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
5 Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
10 Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
15 Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre Père, voyez ce que nous font les hommes ! »
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
20 La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait — c'est là son fruit le plus certain —
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !

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