Introduction
Madame, monsieur, Aujourd'hui, nous allons nous
pencher sur un roman qui offre un regard saisissant
sur les difficultés quotidiennes d'un homme ordinaire,
confronté aux réalités socio-économiques de son
époque. Intitulé "le rêve étranglé", cette œuvre
comporte 10 dix nouvelle dont la quatrième est "le
mandat" plonge le lecteur dans les tribulations de
Yessoufou, un fonctionnaire moyen aux prises avec
une cascade de problèmes financiers et familiaux. À
travers le parcours de ce personnage, l'auteur brosse
un tableau d'une saisissante acuité, reflétant les défis
auxquels fait face la classe moyenne dans un
contexte de crise économique. De la corruption
administrative aux inégalités sociales, le roman
aborde avec lucidité des thématiques qui résonnent
fortement avec notre époque. Mais au-delà du simple
récit, ce texte se distingue par la profondeur de sa
réflexion et la richesse de son écriture. Loin de se
cantonner à une dénonciation stérile, l'auteur parvient
à tisser une trame narrative mêlant habilement enjeux
collectifs et expérience individuelle. C'est cette
conjugaison du social et de l'intime qui confère à
l'œuvre toute sa force et sa pertinence. Nous aurons
l'occasion, au fil de cet exposé, d'explorer les
différentes facettes de ce roman remarquable : la
présentation de la nouvelle et l'étude de la nouvelle
de son auteur Eustache A. Prudencio . Cela nous
permettra de mieux saisir la portée de cette création
littéraire, qui s'impose comme un témoignage
saisissant des réalités de notre temps. Commençons
donc par brosser un portrait général de cette nouvelle
"le mandat" et de son personnage principal,
Yessoufou, afin d'en dégager les enjeux essentiels.
I- Biobliographie de l' auteur
EUSTACHE PRUDENCIO (1924-2001)
Né le 5 septembre 1924 à Bopa (Dahomey). Il débuta
sa scolarité à l’école primaire élémentaire de Bopa
puis de Ouidah (1934–1939). Il poursuivit sa scolarité
à l’Ecole primaire supérieure Victor Blanchot à Porto–
Novo (1941–1944) puis à l’Ecole normale Ponty
(1944-1947). Il est également titulaire de diplômes de
dictions, d’art dramatique et de violon du
conservatoire d’art dramatique de Dakar. Après la
Seconde guerre mondiale, il milita au sein du RDA
dont il est le secrétaire général de la section Dakar et
dépendances. En 1947, il débuta sa carrière
d’instituteur au Sénégal et occupa également les
fonctions de directeur d’école à Sébikotane, Dakar et
Diourbel. En 1952, il obtint le Certificat d’aptitude
pédagogique puis le certificat d’aptitude à la direction
des écoles primaires de l’AOF en 1954 et enfin le
Brevet supérieur de capacité en 1960. Il s’initia à la
pédagogie de Freinet et participa à des stages de «
techniques modernes d’éducation » en France puis
organisa des stages à Dakar en 1952 et 1953. Il a
relaté son expérience dans un ouvrage publié en
1971. Il fut membre de la Fédération Internationale
des Mouvements de l’école Moderne (FINEM) et de la
Coopérative de l’Enseignement Laïc (CEL). En 1957, il
rentra au Dahomey où il occupa la fonction de
secrétaire général du Parti Républicain du Dahomey
(PRD) de Sourou Apithy. L’année suivante, il se retira
de ses fonctions politiques et fut nommé adjoint de
l’Inspecteur de l’enseignement de Porto-Novo. Puis, il
retourna au Sénégal où il fut directeur d’école à
Diourbel. En 1961, il est professeur de lettres au lycée
technique Coulibaly de Cotonou, puis il est nommé
inspecteur de l’enseignement primaire à Ouidah
(1962-1964). Enfin, il est chargé de la circonscription
scolaire de Cotonou de 1968 à 1978.
Après une courte période de retrait de la vie politique
(1958 à 1963), il est élu membre du Bureau Politique
du Parti Démocratique du Dahomey (PDD), chargé de
la propagande. Il dirigeait le journal du parti
Wolloguédé. Il a également été conseiller technique à
la présidence, chargé de l’information en 1963 et
1964. De 1964 à 1965, il fut conseiller municipal de
Ouidah et conseiller départemental de l’Atlantique
(1964-1965). Eustache Prudencio s’est par ailleurs
porté candidat à la présidence de la république en
1968. En 1972, il est attaché de presse au cabinet du
président Apithy alors membre du conseil
présidentiel (1972), puis Chef du service de presse et
de documentation à la présidence de la république du
Bénin (1972-1975) et enfin ambassadeur du Bénin au
Nigéria et au Cameroun (1975–1982). Il a également
occupé des fonctions importantes dans les médias,
animant des émissions de radio au Sénégal et au
Bénin (« Plaisir de lire ») et à la télévision béninoise («
Le mot le plus long »).
Il est admis à la retraite le 1er janvier 1982.
Les œuvres
Roman
Quelle tempête ravage mon âme, Cotonou,
édition ABM, 1980.
Ailleurs…un jour….peut-être !, Cotonou, édition
ONEPI, 1983, 80p.
Le rêve étranglé, les éditions du Flamboyant,
Bénin, 1998, 144p.
Amours sonnantes et trébuchantes, les
éditions du Flamboyant, Bénin, 2011, 164p
II- présentation de la nouvelle
Résumé
Yessoufou, est un fonctionnaire moyen aux prises
avec de nombreuses difficultés financières. Malgré
une promotion qui lui promet un rappel de 150 000
francs, il va se heurter à de nombreux obstacles
administratifs pour pouvoir toucher cet argent tant
attendu.Alors que sa famille fait face à des
problèmes de santé et à des créanciers pressants,
Yessoufou est renvoyé d'un bureau à l'autre,
confronté à la lenteur de la bureaucratie et à la
corruption de certains fonctionnaires. Malgré ses
efforts et ses démarches, il ne parvient pas à
débloquer rapidement son rappel, qui est finalement
bloqué par des instructions ministérielles.Désespéré
par sa situation, Yessoufou multiplie les démarches
infructueuses auprès des différents services. Il doit
finalement se résoudre à attendre des jours meilleurs,
alors que ses problèmes s'accumulent. Ce roman
décrit les difficultés du quotidien d'un homme de la
classe moyenne aux prises avec les aléas de la vie et
la pesanteur de l'administration.
Place dans l'œuvre
Le roman que j'ai résumé précédemment, plonge le
lecteur dans les difficultés quotidiennes d'un
fonctionnaire moyen, Yessoufou, aux prises avec de
graves problèmes financiers et familiaux. À travers
son parcours, l'œuvre aborde des thèmes sociaux tels
que la corruption administrative, les inégalités
économiques et la résilience face à l'adversité.Ce
roman peut être mis en perspective avec un recueil
de 10 dix nouvelles, dont la quatrième offre un point
intéressant. Comparaison de forme et de structure
Contrairement au roman qui développe une intrigue
sur l'ensemble de l'œuvre, la nouvelle se caractérise
par une forme plus concise et condensée. Alors que
le roman suit le fil de la journée de Yessoufou, la
nouvelle se focalise sur un épisode ou un moment clé
dans la vie d'un personnage.Similitudes et
différences thématiques Bien que les deux œuvres
abordent des problématiques sociales, on peut noter
des différences dans leur approche. Tandis que la
nouvelle dresse un tableau large des difficultés
économiques et de la corruption administrative, la
quatrième nouvelle se concentre sur des
questionnements plus individuels, autour des
relations humaines et des choix de vie. Analyse de la
quatrième nouvelle La quatrième nouvelle met en
scène un personnage féminin, confronté à des
dilemmes existentiels face à sa situation familiale et
professionnelle. L'intrigue, plus intimiste, explore les
tourments intérieurs du personnage et la manière
dont elle tente de préserver sa dignité et son intégrité
dans un contexte parfois hostile. Mise en perspective
Bien que cette nouvelle traitent de thèmes sociaux,
on peut noter un contraste dans leur approche. Là où
la nouvelle brosse un tableau général des difficultés
de la classe moyenne, la nouvelle se focalise sur
l'expérience singulière d'un individu aux prises avec
ses propres défis. Cependant, elles partagent un
même souci de mettre en lumière la résilience et la
dignité des personnages face à l'adversité.
III-Etude de la nouvelle
Le schéma narratif
Situation initiale :
•Yessoufou, un fonctionnaire moyen, fait face à de
nombreuses difficultés financières : dettes, coupures
d'électricité, problèmes de santé dans sa famille.
Élément déclencheur :
•Yessoufou apprend qu'il a droit à un rappel de salaire
de 150 000 francs suite à une promotion.
Péripéties :
•Yessoufou rencontre de nombreux obstacles pour
toucher ce rappel :
•Il ne parvient pas à voir le responsable en priorité
malgré ses démarches.
•Lorsqu'il finit par obtenir son mandat, on lui annonce
que les rappels supérieurs à 15 000 francs sont
bloqués.
•Malgré ses nombreuses tentatives, il ne parvient pas
à débloquer son rappel.
Climax :•Yessoufou épuise toutes les possibilités
pour obtenir son rappel, en vain. Il se retrouve
désespéré face à sa situation.
Dénouement :•Yessoufou doit finalement se résoudre
à attendre des jours meilleurs, alors que ses
problèmes s'accumulent.
Situation finale :•Yessoufou reste confronté à ses
difficultés financières et familiales, sans avoir pu
bénéficier du rappel tant attendu.
Les personnes et relations
Personnages :
•Yessoufou :•Le personnage principal, un
fonctionnaire moyen confronté à de graves
problèmes financiers et familiaux.
•Mariam :•L'épouse de Yessoufou, une femme
courageuse qui tente de soutenir son mari malgré
leurs difficultés.
•Le chef de la section Solde :•Un fonctionnaire
arrogant et peu arrangeant envers Yessoufou.•
L'agent Comlan :•Un agent véreux qui exige des pots-
de-vin pour traiter les dossiers.
•Le cousin Hassan :•Un député que Yessoufou espère
convaincre d'intervenir pour débloquer son rappel.
Relations
•Yessoufou et Mariam :• conjugale marquée par les
difficultés mais aussi le soutien mutuel.• et les
fonctionnaires :•Relations tendues, faites
d'incompréhension et de corruption de la part de
certains.•Yessoufou et son cousin Hassan :•Relation
d'espoir, Yessoufou comptant sur l'influence de son
cousin député pour l'aider.
Le roman met en scène les relations entre un individu
ordinaire aux prises avec une administration pesante
et bureaucratique, ainsi que les tensions au sein de
sa famille face à ces épreuves.
Le cadre spatio-temporel
Cadre temporel :
•L'action se déroule sur une période assez courte,
probablement quelques jours ou semaines.
•Le récit commence à l'aube et décrit la journée de
Yessoufou.
•Des références sont faites à la "crise économique" et
au "collectif" à venir, indiquant un contexte
économique difficile.
Cadre spatial :
•La majeure partie de l'action se déroule dans la ville,
notamment :
•Au domicile de Yessoufou et Mariam•Aux différents
bureaux du ministère des Finances (service des
Finances, Trésor, etc.)
•Des lieux spécifiques sont mentionnés :•Le bureau
du chef de la section Solde
•Les rues et la "venelle" devant les bureaux
•L'espace est principalement centré sur les
déambulations de Yessoufou dans les différents
services administratifs. Ainsi, le roman se concentre
sur un cadre urbain et administratif, reflétant les
difficultés auxquelles est confronté le personnage
principal dans ce contexte.
Etude thématique
1.Les difficultés économiques et sociales :
•Le thème central est celui des problèmes financiers
auxquels est confronté Yessoufou, représentatif des
difficultés de la classe moyenn
•Le récit évoque la crise économique, les dettes, les
coupures de services, la précarité, reflétant les
réalités sociales difficiles.•Le manque d'argent et les
soucis financiers sont omniprésents, menaçant
l'équilibre familial.
2.La corruption et la bureaucratie :
•Le roman dénonce les dysfonctionnements de
l'administration, la lenteur des procédures et la
corruption de certains agents.•Les personnages font
l'expérience de l'arbitraire et du manque de
considération de la part des fonctionnaires.
•La thématique de la vénalité des agents met en
lumière les rouages pervers de l'appareil d'État.
3.La dignité et la résilience face à l'adversité :
•Malgré les épreuves, Yessoufou et Mariam font
preuve de courage, de dignité et de solidarité
conjugale.
•Le roman montre la force de caractère nécessaire
pour surmonter les obstacles de la vie quotidienne.
•La thématique de la résilience face à l'adversité est
centrale dans le récit.
4.Les inégalités sociales :
•Le contraste est souligné entre la situation précaire
de Yessoufou et l'aisance de certains notables.
•Le roman aborde la thématique des écarts de
richesse et des privilèges de la classe dirigeante.
•Les différences de traitement entre les citoyens sont
dénoncées.Ainsi, le roman explore des thèmes
sociaux et économiques fondamentaux, tout en
mettant l'accent sur la dignité humaine face à
l'adversité.
Etude stylistique
1.Choix lexical :
•Le vocabulaire utilisé est riche et varié, reflétant le
registre soutenu de la langue. Exemple : "Yessoufou
plongeait dans la dèche, une misère irrémédiable."
2.Figures de style :•Le texte comporte de
nombreuses métaphores et comparaisons pour
décrire les situations.
Exemple : "Les ultimes ombres s'exhalaient dans la
timide aube naissante."
3.Phrases complexes :
•La syntaxe est élaborée, avec des phrases longues
et complexes.
Exemple : "Dès l'aube, il alla chercher un mot de
recommandation auprès d'un de ses camarades
d'enfance, baron du régime, homme réputé,
aujourd'hui sur le pinacle, afin de ne pas manquer le
coche en se rendant au service des Finances."
4.Alternance des points de vue :
•Le récit alterne entre la narration à la troisième
personne et les dialogues, donnant une dimension
plus vivante au texte.
Exemple : "Yessoufou pâlit, mais ne rendit pas pour
autant ses armes."
5.Description détaillée :
•Le roman offre des descriptions minutieuses des
lieux, des personnages et des situations. Exemple :
"De ravissantes femmes cuisinaient de nombreux
mets variés. Rien n'y manquait : ragoût, riz, friture,
sauces diverses, café, thé, bouillie, brochettes, etc."
6.Tonalité émotionnelle :
•Le texte transmet une tonalité à la fois réaliste et
empathique, mêlant sérieux et touches d'humour.
Exemple : "Préoccupé, il ne dormit guère. Il se
tournait et se retournait sur son lit, à la merci des
anophèles, car il n'arrivait Plus à se procurer
l'insecticide habituel."
Cette écriture soignée et subtile contribue à la
richesse du roman, qui mêle habilement narration,
dialogues et descriptions pour brosser le portrait d'un
homme aux prises avec les réalités sociales de son
époque.