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Emploi des jeunes et entrepreneuriat en RDC

L'étude analyse l'évolution récente de l'emploi des jeunes en RDC en mettant en avant le recours à l'entrepreneuriat comme solution face au chômage. L'auteur souligne que l'inadéquation du système éducatif et les contraintes macroéconomiques sont des défis majeurs. Une politique d'emploi multidimensionnelle est nécessaire pour stimuler les initiatives des jeunes et améliorer le climat des affaires.

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Emploi des jeunes et entrepreneuriat en RDC

L'étude analyse l'évolution récente de l'emploi des jeunes en RDC en mettant en avant le recours à l'entrepreneuriat comme solution face au chômage. L'auteur souligne que l'inadéquation du système éducatif et les contraintes macroéconomiques sont des défis majeurs. Une politique d'emploi multidimensionnelle est nécessaire pour stimuler les initiatives des jeunes et améliorer le climat des affaires.

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DOCUMENTS DE RECHERCHE DE L'OBSERVATOIRE

DE LA FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE
DROFE

DROFE no.7

EMPLOI DES JEUNES ET DYNAMIQUE DE


L’ENTREPRENEURIAT EN RD. CONGO :
UNE EVALUATION DES MECANISMES
D’AUTO-EMPLOI

Claude SUMATA
Professeur, Faculté des sciences économiques et de gestion
Université Pédagogique Nationale
Kinshasa/RD Congo

AVRIL 2020
Observatoire de la Francophonie économique de l’Université de
Montréal

L’Observatoire de la Francophonie économique (OFE) a été créé en juin 2017 par


l’Université de Montréal, en partenariat avec le gouvernement du Québec, l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence universitaire de la Francophonie
(AUF). Cette création s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie
économique pour la Francophonie entérinée lors du Sommet de Dakar, en novembre
2014.

L’OFE est constitué d’un réseau d’experts et d’expertes universitaires répartis dans
plusieurs pays francophones et ambitionne de devenir un centre de calibre international
d’études, de recherche et d’activités de liaison et de transfert sur la Francophonie
économique.

L’Organisation nourrit un intérêt marqué pour les pays émergents et en développement,


notamment ceux du continent africain.

Pour plus d’information, visitez le site : http://ofe.umontreal.ca

Merci aux partenaires de l’OFE :


Emploi de jeunes et dynamique de l’entrepreneuriat
en RD. Congo : Une évaluation des mécanismes
d’auto-emploi

DROFE no.7

Claude Sumata
Professeur, Faculté des sciences économiques et de gestion
Université Pédagogique Nationale
Kinshasa/RD Congo
[email protected]

Avril 2020

Résumé :
L’objectif de cette étude est d’analyser l’évolution récente de l’emploi des jeunes en RDC en
valorisant le recours à l’entrepreneuriat comme une voie de sortie face à la prolifération du
chômage. L’emploi des jeunes ne constitue pas un enjeu unidimensionnel. L’analyse des
déterminants du marché du travail congolais est nécessaire pour déceler ses faiblesses et
favoriser les initiatives des jeunes dans le secteur privé. L’inadéquation du système éducatif,
l’ampleur du secteur informel et les contraintes de l’environnement macroéconomique
demeurent des défis à relever. Nous avons utilisé la modélisation économétrique pour appuyer
notre argumentation. Les causes du chômage des jeunes et du faible taux d’initiative de
création d’entreprises sont multiples. La mise en place d’une politique d’emploi
multidimensionnelle de la part du gouvernement central et des organismes internationaux
s’impose. L’amélioration consécutive du climat des affaires reste un facteur déterminant pour
favoriser l’attractivité et l’implantation des investissements étrangers en RDC. L’écart entre la
qualité de main-d’œuvre demandée par les firmes et la qualité de main-d’œuvre offerte par les
jeunes demandeurs d’emploi doit être résorbé. Aussi, dans ce cadre de la création des PME, le
microcrédit peut être une source de financement pour les jeunes start-ups.

Mots-clés : emploi, entrepreneuriat, jeunes, chômage, auto-emploi.

L’auteur tient à remercier Dieumerci Zumbu et Fiston Shindano ainsi que les deux lecteurs
anonymes pour leurs contributions. Les idées exprimées dans ce rapport sont celles de l’auteur
et ne reflètent pas nécessairement celles de l’OFE ou de ses partenaires. Les erreurs et lacunes
subsistantes de même que les omissions relèvent de la seule responsabilité de l’auteur.
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Introduction
Les analystes sont de plus en plus confrontés à l’appréhension d’une problématique singulière
liée à la dynamique économique de nations, celle de la circonscription du bien-être collectif
face à la performance économique. Cette préoccupation suppose la prise en compte de l’équité
dans la distribution de fruits de croissance entre individus du même pays mais aussi entre
générations. D’où la nécessité d’aborder la question de l’emploi de jeunes dans le cadre du
ruissellement de la croissance.
Le secteur privé formel de l’économie de la RDC est relativement limité. En dehors des
entreprises publiques, il est principalement constitué e petites et moyennes entreprises
congolaises et d’un petit nombre de grandes entreprises appartenant à des groupes étrangers.
Plusieurs de ces grandes entreprises sont actives dans le secteur minier et des
télécommunications. Le mauvais climat des affaires a empêché le secteur privé de créer des
emplois. Les obstacles à la création d’emplois incluent des infrastructures et des services
publics insuffisants, un capital humain et un accès au financement limité, des obstacles
règlementaires, des monopoles d’entreprises, et des incertitudes quant aux droits fonciers
(Herderschee et al., 2012).
Le faible développement du secteur privé formel et le manque de compétences
professionnelles requises limitent des opportunités d’emploi pour les jeunes diplômes. En
effet, moins de cent étudiants sur neuf mille sortant chaque année du système universitaire
parviennent à trouver un travail décent (Sumata, 2014).
Ainsi la promotion de l’entrepreneuriat semble être la solution susceptible de briser le cercle
infernal entre chômage, manque de revenu et pauvreté. En effet, selon la théorie de la
croissance économique, prônée notamment par Schumpeter (1942), Aghion et al. (2004) et
Aghion et al. (2014), l’entrepreneur est l’agent principal dans la dynamique économique. En
effet, il demeure à la base des innovations, sources de croissance économique et
d’opportunités d’emploi pour de nombreux jeunes
Dans ce contexte, la question fondamentale de notre recherche est la suivante : Le recours à
l’entrepreneuriat demeure-t-il une voie de sortie pour l’essor des jeunes face à la prolifération
du chômage ? La réponse à cette question nous permet donc de définir des éléments d’une
politique d’emploi efficace et efficiente, qui par voie de conséquence pourra servir au
gouvernement comme gage d’une stratégie de réduction de chômage de jeunes.
Pour le PNUD (2017), Le marché du travail congolais demeure trop étroit et caractérisé par
des fortes inégalités envers les jeunes, les vulnérables et les femmes. Le taux de sous-emploi
excède les 50%. Et la structure de l’emploi reste dominée par le secteur informel qui
représente plus de 88% du total. Ces données révèlent que la réduction de la pauvreté et
l’amélioration des conditions de vie des congolais nécessite la mise en place d’une politique
économique porteuse de croissance forte, couplée à une politique redistributive satisfaisante
(PNUD-RDC, novembre 2017).
Notre travail sera scindé en trois parties : (i) un aperçu de la situation de l’emploi de jeunes en
RDC, (ii) une analyse économétrique sur les effets conjoints de la promotion de

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

l’entrepreneuriat et de la qualité du système éducatif sur le chômage de jeunes, et enfin (iii)


des propositions concrètes pouvant servir de pistes de solutions dans ce cadre.

1. Chômage de jeunes et promotion de l’entrepreneuriat en RDC


L’appréhension du chômage des jeunes et la nécessité d’assurer la promotion de
l’entrepreneuriat demeurent le sujet de prédilection de plusieurs études qui essayent de mettre
en exergue des stratégies appropriées de sortie de crise par le biais de l’auto-emploi face à la
prolifération du chômage. Ces études concernent essentiellement les cas des pays en
développement, en général, et de l’Afrique, en particulier (Hann, 2006 ; Fox, 2017 et Fox et
Sohnesen, 2012). Dans ces conditions, les analyses menées en Afrique francophone
constituent des références salutaires qui peuvent être transposées dans une certaine mesure au
cas de la RDC. Elles sont censées servir de base aux politiques d’emploi à mettre en place
pour trouver des solutions adéquates face au fléau du chômage des jeunes dans ce pays.
Il convient de citer dans ce contexte les travaux de Bourdabat et Ndjaba (2018) et Benjamin et
Mbaya (2012). Les études liées à l’expérience de la RDC nous renseignent que l’inadéquation
du système éducatif et les contraintes de l’environnement macroéconomique (climat des
affaires) demeurent des défis majeurs à relever pour faire face au chômage des jeunes
(Kankwanda et al., 2014 ; Sumata et Zumbu, 2018).
Chômage de jeunes
La création d’emplois au niveau du secteur formel connaît un recul considérable, alors que le
dynamisme de l’économie informelle permet d’assurer certaines ressources aux populations
démunies. Cette dynamique s’explique, dans une certaine mesure, par le manque d’un tissu
d’entrepreneurs locaux capables de mobiliser les ressources dans ce contexte (Sumata, 2014).
Le chômage des jeunes constitue un problème majeur dans la société congolaise. En effet,
l’inactivité prolongée et le manque de revenu peuvent entraîner des comportements
socialement répréhensibles chez les jeunes chômeurs : délinquance, prostitution, abus
d’alcool, violences, activités criminelles...etc.
Tableau 1 : Evolution du taux de chômage de jeunes et du taux de croissance
économique en RDC de 2002 à 2018 (en pourcentage)

Année 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
Chômage
5,12 5,06 4,85 4,72 4,90 5,1 5,55 6,55 7,13
de jeunes
Croissance
2,95 5,58 6,74 6,14 5,32 6,26 6,23 2,86 7,11
économique
Année 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Chômage
7,92 8,41 8,30 7,79 7,84 8,09 7,71 7,75 -
de jeunes
Croissance
6,87 7,09 8,48 9,47 6,92 2,40 3,71 1,49 -
économique
Source : Auteur, à partir de données Metadata 2018 de la Banque Mondiale(BM).

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

En RDC, le chômage reste essentiellement un phénomène urbain touchant en majorité les


jeunes de 15-24 ans, avec un taux estimé à 15,85% contre 9,37% pour les adultes, selon une
publication du Bureau International du Travail (BIT, 2017). Dans ce contexte, les jeunes
femmes demeurent plus affectées par cette situation dramatique du chômage car leur taux de
chômage avoisine 20 % alors que celui des jeunes hommes se maintient à 12%. Les jeunes
sont plus particulièrement touchés par le chômage dans des proportions avoisinant le double
de la moyenne nationale (Herdershee et al., 2012).
Un des problèmes majeurs de l’analyse du chômage en RDC est la difficulté de poser un
diagnostic pertinent sur le nombre de chômeurs et leur vulnérabilité étant donné la
prédominance du secteur informel dans l’économie congolaise. Cependant, nous pouvons
noter la persistance du chômage de jeunes de 2002 à 2018, malgré la prééminence des taux de
croissance économique élevés. Le taux de chômage de jeunes a été de 7,79 % en 2014 alors
que le taux de croissance économique a atteint 9,47 %. En 2018, le taux de chômage de jeunes
est passé à 7,75 % et le taux de croissance économique s’est maintenu à 1,49%.
Le chômage persiste toujours en RDC en dépit des taux croissance économique pharamineux
enregistrés au cours des 17 dernières années. Ceci est dû surtout au fait que l’économie
congolaise n’est pas diversifiée. En effet, elle demeure sous la dépendance flagrante de
secteurs des ressources naturelles. Ces derniers fournissent de l’emploi aux mineurs et aux
exploitants forestiers informels et une portion congrue d’emplois formels dans les grandes
entreprises.
Le travail informel se chiffrait à 1-2 millions d’emplois en 2012. En revanche, les entreprises
modernes organisées, offrent des possibilités d’emplois pour les salariés qualifiés. Cependant,
il est opportun de signaler que ces entreprises engagent un nombre modeste d’employés.
Education
Le secteur éducatif du Congo bénéficie généralement de ressources peu
importantes par rapport aux objectifs assignés. L’éducation constitue l’un
des parents pauvres de l’économie congolaise, compte tenu des financiers limités qui lui sont
alloués, en dépit de quelques améliorations ces dernières années. Alors que près de 25% du
budget national était alloué à l’éducation dans les années 80, cette proportion a sensiblement
diminué au fil du temps, bien qu’un effort ait été consenti ces dernières années avec une part
de budget consacrée à ce secteur s’élevant à plus de 10% de l’enveloppe totale en moyenne.
Il convient de signaler, par exemple, qu’un montant de 15 % du budget national a été mis à la
disposition du ministère en charge de l’Éducation en 2013. Il est opportun de rappeler que la
somme mobilisée dans ce contexte n’est pas significative, si l’on tient compte de la
modicité du budget (Sumata, 2014).
Ce financement de l’État n’est pas toujours disponible à temps et il demeure en deça des
enjeux fixés par les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) (DSCRP-2, p.
26). De même, les fonds libérés dans ce cadre sont essentiellement orientés vers le milieu
urbain et servent surtout au paiement des salaires plutôt qu’à l’investissement et à l’entretien
(Herderschee et al., 2012).

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Il est judicieux de mentionner que le principal défi que doit relever le système scolaire
congolais est celui de l’ajustement du niveau d’instruction acquis des apprenants aux moyens
mis en œuvre. Dans ces conditions, le problème majeur consiste à rechercher les voies et
moyens pour mesurer de la qualité de l’apprentissage et des structures mises en place dans
ces conditions. Signalons que les
résultats obtenus lors de l’évaluation du Programme d’analyse des systèmes d’éducation
(PASEC) de 2010 font état de quelques avancées significatives
en RDC par rapport aux autres pays d’Afrique francophone analysés (scores moyens en 5ème
année du primaire de 42,3 et de 45,5 sur 100 en français et mathématiques, contre 41,2 % et
40,7 % pour la moyenne des pays PASEC). Néanmoins, plus de la moitié des élèves de 5 ème
année (53 %) sont considérés en grande difficulté en lecture du français (CEA, 2017).
Tableau 2 : Evolution de dépenses publiques allouées à l’éducation (DPAE) en RDC de
2002 à 2018 (en pourcentage)

Année 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
DPAE 1 ,58 1,58 1,58 1,58 1,58 1,58 1,58 1,58 1,60
Année 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
DPAE 1,58 1,58 2,24 1,58 2,29 1,58 1,58 1,58 -
Source : Auteur, à partir de données Metadata 2018 de la Banque Mondiale (BM).

Le tableau 2 nous renseigne que l’évolution des dépenses publiques allouées à l’éducation est
restée constante, à 1,58 %, de 2002 à 2009. En 2010, elle a légèrement augmenté pour passer
à 1,6% et en 2015, elle atteint son pic de 2,29 % pour retourner à 1,58% les trois dernières
années.
Promotion de L’entrepreneuriat
L’entrepreneuriat contribue à la croissance economique et à la diversification de l’économie.
Il stimule le changement structurel et l’industrialisation qui conduisent au développement
socioéconomique. En créant leurs entreprises et en assurant la promotion de leurs activités, les
entrepreneurs créent des possibilités d’emploi. En RDC, l’esprit d’entreprise se limite
généralement à gagner suffisamment d’argent pour la survie quotidienne plutôt que le
développement d’une entreprise formelle. Ceci ne permet donc pas la création d’opportunités
d’emploi pour les jeunes diplômes.
Tableau 3 : Ratio Entrepreneurs/Population active en RDC (en pourcentage)

Année 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
Ratio 1,46 1,45 1,45 1,44 1,51 1,58 1,66 1,73 1,83
Année 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Ratio 1,91 1,99 1,99 1,99 1,98 1,97 1,99 2,00 -
Source : Auteur, à partir de données Metadata 2018 de la Banque Mondiale (BM).

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Il est opportun de signaler que la part des entrepreneurs dans la population active est très
faible. En 2002, les entrepreneurs ne représentaient que 1,46 % de la population active avait
augmenté pour atteindre plus au moins 2% de la population active en 2018 (Tableau 3). Les
obstacles rencontrés par les entreprises d’Afrique subsaharienne pour mobiliser les ressources
et démarrer les activités dans de bonnes conditions demeurent considérables. La
désorganisation du circuit financier moderne et le manque de fonds disponibles obligent. En
RDC, les entrepreneurs font face à plusieurs contraintes d’ordres politique, social et
économique, notamment : la morosité du climat des affaires, la mauvaise gouvernance et
l’accès au crédit.
Les vicissitudes du climat des affaires défavorable
L’instabilité du cadre macroéconomique et la persistance de conflits armés, perturbent
l’initiative de création des entreprises. En effet, pour la plupart des entreprises congolaises ont
pour source d’approvisionnement des ressources financières en provenance de l’étranger.
Dans ce contexte, le manque de devises et la volatilité du taux de change ne permettent pas le
financement des activités dans de bonnes conditions. Par ailleurs les guerres, notamment à
l’Est du pays décourage les investisseurs étrangers à pouvoir financer l’économie congolaise.
La mauvaise gouvernance
Le processus de création d’entreprise implique une coopération accrue entre le secteur
publique et le secteur privé. La mauvaise gouvernance a un impact important sur toutes les
entreprises, mais la nature de l’impact varie selon la taille de l’entreprise. Dans ces conditions,
les petites et moyennes entreprises (PME) doivent payer une part plus importante de leurs
ventes en taxes informelles que les grandes entreprises. Ce fardeau ralentit considérablement
le taux de croissance des petites entreprises. En revanche, les grandes entreprises minières et
de télécommunications doivent faire face aux autorités fiscales et de réglementation d’une
façon bien plus formelle, ce qui augmente également le coût d’entreprendre des affaires en
RDC. Cependant, certaines entreprises ont réussi à faire face à ces défis et ont continué à
prospérer dans ce cadre (Herderschee et al., 2012).
En 2003 le coût de procédures de création d’une entreprise en RDC était de 1486,1% du RNB
par habitant, donc le congolais moyen qui voulait se lancer dans l’entrepreneuriat en 2003
devrait épargner tout son revenu pendant au moins 15 ans. De ce point de vue, le recours à
l’entrepreneuriat demeure une activité périlleuse, d’où le faible taux d’entrepreneurs dans la
population, qui du reste pour la plupart sont des investisseurs étrangers. Cette situation s’est
améliorée en 2014 où le coût de création d’une entreprise était passé à 30 % du RNB par
habitant. En 2017, le coût de création d’une entreprise a évolué à la baisse pour atteindre
28,6%.

5
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Tableau 4 : Coût et durée des procédures de création d’une entreprise en RDC en % du


Revenu National Brut par habitant (RNB)

Année 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
Coût de
création d’une
entreprise - 1486,1 1229,1 1190 1076,9 871,8 935,4 847,6 735,1
(% du RNB
par habitant)
Durée de
procédures - 166,5 133,5 133,5 133,5 132,5 132,5 126,5 84,5
(en jours)
Année 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Coût de
création d’une 551,4 284,7 200,1 30 29,3 29,3 28,6 - -
entreprise
Durée de
65,5 58,5 31,5 16,5 11,5 11,5 7 - -
procédures
Source : Auteur, à partir de données Metadata 2017 de la Banque Mondiale(BM).

Un autre problème majeur demeure la durée des procédures qui était d’environ 167 jours en
2003 dans la mesure où il fallait remplir au moins 15 procédures administratives. Par contre,
en 2017, cette durée est passée à 7 jours du fait des réformes dans la gestion des
administrations publiques et d’une politique adéquate du gouvernement, afin d’impulser la
création des entreprises.
Accès au financement
Signalons que le nombre d’entreprises ayant accès au financement bancaire demeure infime.
Le système de financement de la RDC semble biaisé du fait de la concomitance du dualisme
financier et de la répression financière. La plupart des entreprises utilisent l’autofinancement
et l’accès au crédit bancaire demeure aléatoire. Cette situation est due dans une certaine
mesure au fait que les unités de production et commerciales à petite échelle œuvrant pour la
plupart des cas dans les circuits informels. En effet, en 2006 par exemple, seulement 3,3%
avaient accès au financement bancaire, en 2009 ce taux est passé à 6,7 % et en 2013, il a
atteint 7,1 %. La finance informelle demeure la majeure source de financement de
l’entrepreneuriat en RDC (Sumata, 1993 et 2004/2005).
En effet, le développement fulgurant des activités informelles et parallèles a entraîné un recul
prépondérant des fonctions régaliennes de l’État. Dans ce contexte, les banques commerciales
et les caisses d’épargne locales ne disposent pas de marges de manœuvre substantielles pour
assurer leurs rôles d’intermédiation financière. Cette situation catastrophique demeure à la
base de l’effet d’éviction dont souffre le secteur privé en ce qui concerne l’allocation des
ressources financières. Il convient de remarquer que les PME/PMI subissent de manière
drastique les effets pervers de cette réalité compte tenu de l’importance accordée aux
entreprises publiques, notamment celles opérant au niveau du secteur minier. Le manque des
ressources financières demeure un problème crucial pour le démarrage des activités des
PME/PMI en Afrique subsaharienne.

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

2. Analyse économétrique : Méthodologie, Données, Spécification


et Estimation
Nous présentons successivement la méthodologie, le traitement préalable des données par le
test de racine unitaire et la stratégie d’estimation du modèle empirique.
Présentation de la méthode de correction d’erreur MCE
L’adoption de la méthode économétrique passe généralement par la spécification (choix du
modèle : forme fonctionnelle, etc.) qui va déterminer l’observation des faits ou la nature des
données à collecter, ensuite orienter l’analyse vers l’estimation des paramètres du modèle
spécifié, enfin vient l’inférence statistique avant toute décision ou prévision.
L’analyse des séries temporelles exige, entre autre, l’étude de la « stationnarité » afin d’éviter
la présence des régressions fallacieuses basées sur des données non stationnaires ( fort pour un
Durbin-Watson faible). Pour pallier à cela, des auteurs comme Dickey et Fuller (1979, 1981)
vont recommander des tests de stationnarité avant toute étude sur les séries temporelles. En
cas de non stationnarité (du type déterministe/TS ou aléatoire/DS), ces auteurs ont suggéré des
méthodes de stationnarisation : la différence première pour des séries non stationnaires de
type DS (Differencing Stationnary) ou l’écart à la tendance pour des séries non stationnaires
de type TS (Trend Stationnary).
Une autre vague de chercheurs tels que Engle et Granger (1987) vont soulever que procéder
par la différence première pour stationnariser une série (court terme) fait perdre des
informations en niveau (long terme) pourtant indispensables dans l’explication de la
dynamique de la dite série. Dans ce contexte, la stationnarisation par la différence première
fait perdre à la série ses propriétés de long terme, le modèle ne captant ainsi que la dynamique
de court terme. Cette vague de chercheurs vont suggérer d’intégrer, dans le modèle
stationnaire de court terme, la dynamique de long terme ; le modèle ainsi obtenu est appelé «
modèle à correction d’erreur ». L’estimation d’un modèle à correction d’erreur suppose
l’existence d’une relation d’équilibre à long terme (cointégration) entre les variables sous-
étude.
Pour s’en rendre compte, le test de cointégration de Engle et Granger (1987) est proposé et il
concerne essentiellement le cas des séries bivariées. Ce test va concerner deux séries intégrées
de même ordre et va plutôt se montrer moins efficace sur plus de deux séries. Ainsi, le test de
cointégration de Johansen (1988, 1991) va être proposé pour des cas multivariés (plus de deux
séries), et exigera aussi que toutes les séries sous-étude soient intégrées de même ordre (une
série est intégrée d’ordre « d » si elle devient stationnaire après « d » différentiations).
Test de racine unitaire
Nous utiliserons le test de racine unitaire d’Augmented Dickey-Fuller (ADF) pour examiner
l’ordre d’intégration des variables.

7
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Tableau 5 : Test de racine unitaire

Variable d’Augmented Dickey-Fuller (ADF).

Niveau Différence première


Taux de chômage de jeunes -4.16 -7.73*
Ratio du Nombre -4.53 -7.23*
d’entrepreneurs
Dépenses Publiques Allouées à -4.86 -7.79*
l’Education
Taux de croissance -3.01 -6.11*
économique
Note : Le rejet de l’hypothèse de racine unitaire, selon la valeur critique de d’Augmented Dickey-
Fuller (ADF), à 5 pourcent est indiqué par un astérisque.

Il est judicieux de noter que les séries concernant le Taux de chômage de jeunes, le Ratio du
Nombre d’entrepreneurs, les Dépenses Publiques Allouées à l’Education et le Taux de
croissance économique sont intégrées d’ordre 1 (stationnaire après la première différence), ce
qui rend efficace le test de Cointégration de Engle et Granger et celui de Johansen.
Spécification du Modèle
Nous allons nous inspirer de la méthode d’Okun (1962) qui établit une relation en sens
inverse entre la croissance économique et le chômage. De même, la théorie de destruction
créatrice de Schumpeter (1942) stipule que la création des emplois s’opère sous les effets
directs de l’afflux des entrepreneurs, car la création de nouvelles entreprises implique la
hausse de la demande du travail. Cependant, pour que cette demande soit satisfaisante, il faut
qu’elle rencontre une main d’œuvre disponible et qualifiée. D’où l’importance de la qualité du
système éducatif. Notre modèle est spécifié de la manière suivante :
𝑪𝑯𝑱𝒕 𝜷𝟎 𝜷𝟏 𝑬𝑵𝑻𝑹𝒕 𝜷𝟐 𝐂𝐑𝐄𝐂𝒕 𝜷𝟑 𝑫𝑷𝑨𝑬𝒕 𝜺𝒕
Nous nous intéressons dans le cas de notre analyse à la méthodologie Cointégration Engle et
Granger. Les statistiques utilisées dans le cadre de notre étude proviennent essentiellement de
données Meta data 2018 de la Banque Mondiale (BM). Les variables analysées dans ce
contexte concernent la période allant de 2002 à 2018.
Tableau 6 : Définition des variables et signes attendus
Régression avec le taux de chômage de jeunes endogène
Variables Notations Signes
Ratio du Nombre d’entrepreneurs par ENTR -
rapport à la population active
Dépenses Publiques Allouées à DPAE -
l’Education
Taux de croissance économique CREC -
Note : Tableau réalisé sur base de la théorique et des études empiriques.

8
Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Les paramètres 𝜷𝟎 𝒆𝒕 𝜺𝒕 représentent respectivement le terme constant et le terme d’erreur ou


aléatoire.
Résultats de l’estimation
Pour estimer notre équation, nous appliquons une modélisation de Cointégration. Après
trimestrialisation de nos données et analyse sur le logiciel Eviews, nous obtenons les résultats
indiqués dans le tableau suivant.
Tableau 7 : Résultats de la régression du taux de chômage de jeunes
Court terme Long terme
Variables Coefficients Probabilité Coefficients Probabili

ENTR 0.088932*** 0.0000 0.399260* 0.0758
DPAE 0.005063 0.2309 0.015090 0.1091
CREC -0.001803** 0.0220 -0.009233*** 0.0000
Constante 0.166042*** 0.0000 - -
Coint Eq(-1) - - -0.033200*** 0.0045

𝑹𝟐 0.572747 𝐹 𝑠𝑡𝑎𝑡 28.44908


𝑹𝟐 𝒂𝒋𝒖𝒔𝒕é 0.552614 𝑃 𝑣𝑎𝑙𝑢𝑒 0.0000

(.) : Probabilité ; *** : Significative à 1% ; ** Significative à 5% et * Significative à 10%.

Les résultats empiriques résumés dans le tableau 7 montrent que le modèle est globalement
significatif et le coefficient d’ajustement négatif et significatif au seuil de 5 pourcent. Selon
les résultats à court et long terme, le chômage de jeunes est affecté négativement par la
croissance economique. Par contre, le Ratio du Nombre d’entrepreneurs par rapport à la
population active influence positivement le chômage de jeunes. En rapport avec nos résultats,
les dépenses publiques allouées à l’Education n’affectent pas de manière significative le
chômage de jeunes en RD Congo. Par conséquent, ces résultats suggèrent qu’en RDC pour la
période 2002-2018, la croissance economique, le nombre d’entrepreneurs constituent les
principaux déterminants du chômage de jeunes.
Il est judicieux de noter que les résultats trouvés sont conformes aux travaux de Hann, H.C.
(2006) et Benjamin et Mbaye (2012). Toutefois, ils contrastent avec les résultats de Kankwanda
et al. 2012 ; Herderschee et al., 2012 ; Sumata et Zumbu, (2018), lesquels suggèrent un lien soit
non significatif, soit significativement négatif dans le court et long terme entre le Ratio du
Nombre d’entrepreneurs par rapport à la population active et le chômage de jeunes. En droite
ligne avec le travail de Boudarbat et Ndjaba (2018), nous pouvons remarquer que la croissance
economique influence négativement de manière significative le taux de chômage de jeunes à
court et long terme à cause de la loi d Okun. En effet, l’augmentation de la production
entraîne la hausse de la demande du facteur travail, ce qui se traduit par la baisse de chômage.

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Tableau 8 : Résultats des tests de diagnostic

Statistique du test P-Value


Test d’Hétéroscédasticité
1.689 0.497
Test de Normalité des erreurs
2.129 0.344
Test d’Autocorrélation des erreurs
0.001 0.998
Test Spécification du modèle
0.476 0.498

Les résultats des tests permettent de conclure que les erreurs sont homoscédastiques et
normalement distribuées. De même, il y a absence d’autocorrélation et rejet de l’hypothèse
d’omission de variables.

3. Perspectives pour l’emploi de jeunes


Les causes du chômage de jeunes et du faible taux d’initiative de création d’entreprises sont
multiples. Pour y remédier, il faut une politique d’emploi multidimensionnelle de la part du
gouvernement central et des organismes internationaux.
Assainissement du climat des affaires
Il faut d’abord garantir la stabilité macroéconomique et la paix sociale dans toutes les régions
de la République. L’amélioration consécutive du climat des affaires reste un facteur
déterminant ayant favorisé l’attractivité et l’implantation des investissements étrangers en
RDC. Les retombées de cette dynamique vertueuse peuvent également être cernées à l’aune
de la croissance positive observée au cours de la période 1967-19741.

Les lourdes procédures administratives, la corruption et les tracasseries des administrations


publiques, découragent les investisseurs et entrepreneurs locaux. Dans une économie
mondiale très compétitive, l’Etat devrait simplifier les procédures de création d’entreprise,
pour à la fois attirer les investissements directs étrangers et favoriser la promotion de
l’entrepreneuriat. Les jeunes sont les plus défavorisés sur le marché d’emploi en RDC. Il faut
donc assurer la promotion de programmes particuliers favorisant l’emploi de jeunes.
La coopération multilatérale
La mise en œuvre du projet de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) visant
l’implantation de 100 000 emplois en milieu rural et dans les zones périurbaines par la
promotion de l’entrepreneuriat en 2012 pourrait constituer une avancée significative dans le
processus de résorption du chômage en RDC. De même, le plan d’action du gouvernement
congolais entrant en vigueur à partir de l’année 2012, en partenariat avec la Mission des

1
Cette période correspond à l’âge d’or des réformes économiques entreprises en RDC compte tenu de la
pérennisation de la croissance à un niveau exceptionnel. Certains analystes parlent même de l’époque des "7
glorieuses".

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO) prévoit la création d’emplois en


milieu rural au profit des jeunes. Cette démarche s’inscrit donc dans la logique des
recommandations du DSCRP II couvrant la période 2012-2016 dont la création de 900 000
emplois par an pour les jeunes constitue un objectif majeur (PEA, 2012).
La qualité du système éducatif
Le gap entre la qualité de main d’œuvre demandée par les firmes et la qualité de main
d’œuvre offerte par les jeunes demandeurs d’emploi est très important. Cette situation
défavorise les jeunes sur le marché du travail. Par conséquent, la réforme du système éducatif
s’impose. Le secteur éducatif du Congo bénéficie généralement de peu de ressources
financières par rapport aux objectifs assignés. L’éducation constitue l’un des parents pauvres
de l’économie congolaise, compte tenu des moyens financiers limités qui lui sont alloués, en
dépit de quelques améliorations ces dernières années. Il convient de signaler, par exemple
qu’un montant de 15% du budget national a été mis à la disposition du ministère de
l’éducation en 2013. Cette somme n’est pas significative, étant donné la modicité du budget.
Il semble que cette portion devait atteindre 17% en 2014. Cependant, certains syndicats
d’enseignants réclament qu’elle puisse atteindre 30%.
La promotion des PME et la microfinance
Il convient de focaliser l’attention des décideurs politiques et des bailleurs de fonds
internationaux sur l’importance de la mise en place des structures financières adéquates. Dans
la plupart des cas, les microcrédits constituent des ressources permettant aux populations
démunies d’accroître leurs revenus. Dans le cadre de la création de Petites et Moyennes
Entreprises (PME), le microcrédit peut être une source de financement non négligeable pour
les jeunes start-ups. Cette dynamique exige une bonne adéquation de la politique monétaire
qui a une influence sur le taux débiteur des institutions financières. Dans ce contexte, l’Etat
est censé favoriser de manière implicite l’accès au crédit en agissant sur le taux directeur de
la banque centrale.
Les fonds en provenance de la microfinance peuvent être canalisés dans le processus de
création d’emplois notamment au profit des jeunes. En effet, la persistance du chômage
notamment celui frappant les jeunes constitue une situation dramatique dans la société
congolaise. Il est judicieux de mentionner que plus de 70 % d’entre eux demeurent sans
emploi et la situation reste également alarmante pour ceux qui sont diplômés. En effet, moins
de 100 étudiants sur 9000 sortant chaque année du système universitaire parviennent à trouver
un travail décent. Par conséquent, les programmes de création d’emplois mis en œuvre
doivent tenir compte de cette réalité sociale en favorisant l’entrepreneuriat pour procurer des
revenus aux individus et réduire la pauvreté.
Formation et appui aux jeunes entrepreneurs pour assurer la viabilité des start-
ups et PME naissantes
Le système éducatif doit se restructurer de manière à mieux préparer les jeunes diplômés à
affronter les enjeux du marché du travail. Il s’agit de reformuler la politique de l’éducation
pour assurer la compétitivité des institutions d’enseignement et de formation face aux défis

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

majeurs auxquels elles sont confrontées. De ce point de vue, la promotion de l’entrepreneuriat


au sein du système éducatif congolais peut constituer une initiative louable face à la
persistance du chômage. Dans ce contexte, le recours à l’auto-emploi demeure une voie
salutaire du fait du rétrécissement du nombre d’emplois créés sur le marché du travail. La
promotion de l’entrepreneuriat constitue dès lors un passage obligé pour favoriser l’essor
d’une classe moyenne dynamique.
Le rôle déterminant de l’éducation est de nature à maintenir un système de formation orienté
vers l’acquisition des connaissances techniques et scientifiques pour assurer la compétitivité
des entrepreneurs congolais face à la concurrence étrangère. Dans ces conditions, le recours à
la technologie en provenance de l’extérieur pour l’acquisition des licences de fabrication et
l’appel aux services du personnel qualifié étranger et/ou à la diaspora peut également accroitre
leurs avantages relatifs et compétitifs.

Conclusion
La gestion de l’emploi notamment celui des jeunes devrait constituer une préoccupation
majeure des autorités gouvernementales congolaises compte tenu du poids de ces derniers
dans la population active. En effet, le déversement et l’afflux des jeunes sur le marché de
l’emploi s’opère à un rythme vertigineux chaque année sans tenir en compte des besoins réels
des entrepreneurs. En effet, il serait souhaitable d’adapter la demande et l’offre d’emploi afin
de réduire de manière substantielle le chômage en RDC.

De ce point de vue, le système éducatif est censé se restructurer et s’adapter à cette nouvelle
donne. Il s’agit d’assurer la compétitivité des institutions d’enseignement supérieur face aux
défis majeurs auxquels elles sont confrontées. Dans ce contexte, le recours à l’auto-emploi
demeure une voie salutaire du fait du rétrécissement du nombre d’emplois créés sur le marché
du travail. La promotion de l’entrepreneuriat constitue dès lors un passage obligé pour
favoriser l’essor d’une classe moyenne dynamique.

L’entrepreneuriat doit leur permettre de valoriser leurs potentiels dans le cadre des idées
novatrices pour élaborer des projets ambitieux pour la relance des activités économiques en
RDC. Il est opportun de rappeler que les jeunes congolais sont confrontés à l’existence d’un
chômage structurel intense qui, au demeurant, ne favorise pas leur ascension sociale à la fin de
leurs études. Par conséquent, la création d’entreprises constitue une voie de sortie salutaire
face la pérennisation de cette situation dramatique.

Cette stratégie constitue dès lors une initiative louable dans la mesure où l’environnement
économique congolais est caractérisé par l’inexistence d’un tissu d’entrepreneurs congolais
avérés face la concurrence exacerbée des expatriés au niveau des PME/PMI et/ou du « petit
commerce » opérant en violation flagrante de la législation en vigueur en la matière.
Les autorités gouvernementales sont censées favoriser le développement d’une classe
d’entrepreneurs locaux capables de saisir des opportunités d’affaires. Dans ces conditions, il
faut créer un environnement propice à l’entrepreneuriat en investissant dans les équipements

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

et dans la formation pour augmenter la productivité de la main d’œuvre. Il est impérieux de


garantir la propriété privée et d’assurer le maintien d’un environnement propice à l’expansion
des affaires.
La mise en œuvre d’une croissance inclusive suppose l’allocation optimale des ressources aux
secteurs prioritaires de l’économie. De ce point de vue, une attention particulière doit être
accordée à la relance des activités agricoles afin de favoriser l’autosuffisance alimentaire. De
même, la lutte contre les maladies endémiques (paludisme et VIH Sida) et l’éducation pour
tous (à l’école primaire et secondaire) constituent des priorités absolues.
Les causes du chômage des jeunes et du faible taux d’initiative de création d’entreprises sont
multiples. Pour y remédier, il faut une politique de création d’emploi multidimensionnelle de
la part du gouvernement central et des organismes internationaux. L’amélioration consécutive
du climat des affaires reste un facteur déterminant pour favoriser l’attractivité et
l’implantation des investissements étrangers en RDC. Le gap entre la qualité de main d’œuvre
demandée par les firmes et la qualité de main d’œuvre offerte par les jeunes demandeurs
d’emploi doit être résorbé. Dans le cadre de la création de Petites et Moyennes Entreprises
(PME), le microcrédit peut être une source de financement non négligeable pour les jeunes
start-ups.

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

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Observatoire de la Francophonie économique DROFE no. 7

Annexe : Base de données


Année Chômage de jeunes chef d'entreprises DPAE croissance
économique
2002 5,123000145 1,462000012 1,58067999 2,947765184
2003 5,06099987 1,453999996 1,58067999 5,577822311
2004 4,852000237 1,450999975 1,58067999 6,738373933
2005 4,715000153 1,442000031 1,58067999 6,135151155
2006 4,90199995 1,506999969 1,58067999 5,320979565
2007 5,125 1,580000043 1,58067999 6,259477764
2008 5,547999859 1,657999992 1,58067999 6,225894269
2009 6,552000046 1,731999993 1,58067999 2,85506401
2010 7,130000114 1,827999949 1,60244 7,107976576
2011 7,920000076 1,911000013 1,58067999 6,87467089
2012 8,414999962 1,991999984 1,58067999 7,086898947
2013 8,296999931 1,993999958 2,244750023 8,481956636
2014 7,793000221 1,993000031 1,58067999 9,470288097
2015 7,84100008 1,98300004 2,290960073 6,91618781
2016 8,088999748 1,978000045 1,58067999 2,399379098
2017 7,708000183 1,988999963 1,58067999 3,70085075
2018 7,751999855 1,998000026 1,58067999 1,48782297
Source : Auteurs, à partir de données Metadata 2018 de la Banque Mondiale (BM).

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