Urbanisation Et Viabilité de L'activité Maraîchère: Cas D'une Ville À Statut Particulier Au Bénin (Parakou)
Urbanisation Et Viabilité de L'activité Maraîchère: Cas D'une Ville À Statut Particulier Au Bénin (Parakou)
Tous droits réservés © Université du Québec à Montréal et Éditions en This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
environnement VertigO, 2010 (including reproduction) is subject to its terms and conditions, which can be
viewed online.
https://apropos.erudit.org/en/users/policy-on-use/
1 2
Faculté d’Agronomie, Université de Parakou, B.P. 123 Parakou, Bénin, Courriel: [email protected], Faculté
d’Agronomie, Université de Parakou, B.P. 123 Parakou, Bénin
Résumé : Les villes des pays en développement sont en pleines mutations caractérisées par une augmentation de la
taille de la population et une urbanisation. Ces deux facteurs les soumettent à deux défis majeurs. Le premier concerne
l’approvisionnement des populations en produits alimentaires frais et le deuxième est relatif au problème foncier
auquel font face ceux qui produisent ces produits alimentaires. Ce papier se consacre à l’étude des contraintes
foncières auxquelles sont confrontés les maraichers urbains. La ville de Parakou, la troisième ville à statut particulier du
Bénin, a entrepris ces dernières années une politique d’urbanisation pour répondre à la nécessité de trouver de l’espace
pour loger les habitants et installer les infrastructures adéquates à son développement. Cela se traduit par l’occupation
des espaces utilisés pour la production maraîchère installant de ce fait les acteurs de cette activité dans une insécurité
foncière. L’objectif de l’étude est d’analyser les impacts du développement de la ville de Parakou sur les activités des
maraichers. La démarche méthodologique utilisée, essentiellement qualitative, est basée sur un recensement des sites
de production maraîchère de la ville et sur des entretiens avec les acteurs concernés par cette activité. Les résultats
obtenus ont montré que sur les sept sites maraichers recensés dont un est en cours de fermeture, aucun n’offre une
garantie d’investissements durables pour les maraichers car ils ne détiennent aucun titre de propriété sécurisée. Il
apparaît aussi que dans la ville de Parakou, rien n’est fait pour faciliter le développement de la production maraîchère
qui assure la sécurité alimentaire de sa population.
Mots-Clés : Politique d’urbanisation, production maraîchère, insécurité foncière, ville de Parakou
Abstract: The cities of developing countries are in complete mutation. This mutation is characterized by an increase of
their population and urbanization. These two factors submit them to two major challenges. The first concerns how the
populations can get supplies of trucks and the second is relative to the land problem to which urban market gardeners
face. This paper studies the land pressure the urban market gardeners are confronted with. Parakou, the third Benin
City with particular status, undertook these last years, an urbanization policy in order to find accommodations for the
residents and to install adequate infrastructures for its development. The urbanization led to the occupation of the
lands used for the market gardening for other purposes, putting the market gardeners in land insecurity. The objective
of the study is to analyze the impacts of the urbanization of Parakou City on the market gardening. We used a
qualitative methodology based on an inventory of market gardening sites in the city and on interviews with the actors
concerned by this activity. One out of the seven recorded sites is under closure. None of them gave a guarantee to the
market gardeners for undertaking sustainable investment because they don't have any secured property title. It appears
also that, nothing is made to facilitate the development of market production that assures people food security in
Parakou.
Keywords: Urbanization policy, market production, land pressure or insecure, Parakou City
Référence électronique
Introduction
Guy Nouatin et François-Xavier Bachabi, 2010, «urbanisation et viabilité
de l’activite maraichere : Cas d'une ville À statut particulier au Bénin
(Parakou) », VertigO - la revue électronique en sciences de Dans sa définition la plus large, « l’agriculture urbaine
l'environnement, Volume 10 numéro 2, [En ligne], URL :
englobe une variété d'activités agricoles qui peuvent
http://vertigo.revues.org/10038
prendre place dans les limites ou en périphérie des
VertigO, Vol10 no2 1
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
La morphologie actuelle de la ville de Parakou est en relation avec le développement de la ville et les
essentiellement caractérisée par un noyau urbain, les stratégies mises en œuvre pour y faire face.
extensions Sud, Nord et Est et les zones Ouest et Nord-
ouest abritant les activités industrielles, la gare ferroviaire, Tableau 1. Cultures et localisation des sites de
etc. « La superficie totale de la commune est estimée à 441 recherche
km2 dont 53,3% occupée par l’habitat. La densité moyenne Sites Localisation (par Cultures
d’investigation rapport à la ville)
est de 45 habitants/ha » (Maire de Parakou, 2004). Mais eme
Abattoir Quartier (2 Laitue, carotte, chou,
cette densité n’est évidemment pas uniforme sur tout le arrondissement de concombre, persil,
territoire municipal. En réalité, « elle atteint 250 Parakou) aubergine, épinard,
habitants/ha dans le noyau ancien de la ville tandis qu’elle tomate, piment, haricot
est inférieure à 30 habitants/ha dans certains quartiers vert, gombo, crincrin.
Arafat Axe routier Est (Route Laitue, carotte, chou,
périphériques ». En ce sens, l’occupation de l’espace du Nigeria) concombre, persil,
municipal est très disparate. On note une congestion au aubergine, épinard,
centre ville pendant que les zones périphériques tomate, piment, raisin,
connaissent une faible densité. Plusieurs lotissements ont gombo, crincrin.
Zongo Nord-Ouest Laitue, carotte, chou,
déjà été conduits à terme. C’est pour cela que
concombre, persil,
conformément au plan de développement communal, la aubergine, épinard,
préoccupation prioritaire issue du diagnostic participatif, tomate, piment, crincrin,
pour ce qui concerne l’habitat, est de trouver des solutions gombo, poivron.
Sinangourou Axe routier Sud (Route Laitue, carotte, chou,
pour l’ouverture de certaines voies permettant l’accès aux
de Cotonou) concombre, persil,
habitations surtout dans la périphérie. aubergine, épinard,
tomate, piment, gombo,
Sept sites de cultures maraîchères (tableau 1) ont été crincrin.
Sokonou Axe routier Nord-Est Laitue, carotte, chou,
recensés au cours de l’étude. Les maraichers de ces sites et
(Route de Perere) concombre, aubergine,
les autorités communales du service des affaires épinard, tomate, piment,
domaniales et foncières ont constitué nos cibles pour la gombo, crincrin.
recherche. Wansirou Axe routier Ouest Laitue, carotte, chou,
(Route de Djougou) concombre, persil,
aubergine, épinard,
Le choix des maraichers est basé sur leur présence sur les tomate, piment, haricot
sites. La collecte étant collecté en saison sèche, on a pu vert, crincrin, gombo.
rencontrer un grand nombre de maraichers car cette Yarakinnin
ere
Quartier (1 Commune Laitue, carotte, chou,
activité est plus pratiquée pendant cette période. de Parakou) concombre, aubergine,
épinard, tomate, piment,
gombo, crincrin.
Démarche et outils
Les analyses des données collectées sont fondées sur
« La méthode anthropologique centrée sur les acteurs » l’analyse des discours recueillis auprès des différents
(Long, 1989, 1994, Long and Long, 1992) a été utilisée tout acteurs. L’analyse des discours a été centrée autour des
au long de la recherche, pour suivre les acteurs et découvrir thèmes suivants : perceptions des acteurs sur la nécessité
les difficultés quotidiennes dans la mise en œuvre de leurs de l’urbanisation, les conséquences de l’urbanisation sur le
activités afin de déceler celles imputables à l’urbanisation. maraîchage,
En plus des observations sur le terrain et de la revue de
littérature, les interviews individuelles non structurées et L’acteur social et l’approche par les capabilités collectives
semi structurées ont été utilisées dans la collecte de
données. Ces interviews sont conduites avec des guides L’approche par les capabilités créée par Amartya Sen dans
d’entretien conçus pour l’étude. Ils ont permis de collecter les années 1980 n’est pas, selon Reboud (2006 et 2009), «
les données qualitatives sur les thèmes suivants : une théorie mais bien une approche, qui permet de
l’identification des acteurs clés concernés par le maraîchage mesurer le bien-être individuel, pas seulement à l’aune de
dans la ville de Parakou, les rôles que chacun d’eux jouent, l’utilité, mais de la liberté des individus ». Elle est basée sur
les contraintes auxquelles les maraichers sont confrontés
VertigO, Vol10 no2 3
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
l’acteur social qui est selon Dubois (2009), « un individu Résultats et discussion
raisonnable et responsable, inséré dans un réseau social et
tenant compte de son lien social pour atteindre un objectif Le maraîchage dans la ville de Parakou
commun ou partagé ». L’acteur social est donc différent de
l’agent économique, car il dépasse ses choix rationnels par La production maraîchère fait partie des activités agricoles
sa raisonabilité et sa responsabilité. Dubois et al. (2008), exercées dans la ville de Parakou dans les zones humides
dans leur ouvrage Repenser l’action collective : Une (bassins des cours d’eau et bas-fonds). La pratique de cette
approche par les capabilités, mentionne que « la capabilité activité répond à une logique de lutte contre le chômage et
comprend la capacité de réalisation effective et d’approvisionnement de la ville en légumes frais et à
d’accomplissement potentiel d’un agent. Elle rassemble moindres coûts. La production des légumes à l’intérieur de
donc les fonctionnements (ce qu’une personne est la ville joue un rôle important dans la réduction de leurs
actuellement capable de faire et d’être) et le potentiel (ce coûts de transport et par conséquent de leurs prix de
qu’une personne pourrait faire et être dans un contexte revient. Les consommateurs ont directement accès aux
différent avec de meilleures opportunités)». Plusieurs produits maraichers dont ils ont besoin sur les sites de
critiques ont été formulées à cette théorie et portent sur les production ou sur les marchés.
difficultés à mesurer une telle liberté. On peut mesurer les
capacités, mais comment mesurer la capacité à réaliser ? De Plusieurs acteurs ou groupes d’acteurs interviennent dans
plus cette approche ne porte que sur l’individuel, elle ne le la production maraîchère dans la ville de Parakou. Les
permet pas de faire le lien entre l’identité et le social. Enfin, principaux acteurs sont : les maraichers, la mairie, la
elle n’explique pas comment créer une dynamique d’un Direction Départementale de l’Habitat et de l’Urbanisme
individu à l’autre. Le concept de « capabilités collectives » (Ddhu), le Centre Communal pour Promotion Agricole et
est donc né lors de la conférence de la HDCA (Human les cabinets chargés du lotissement (publics et privés). Les
Development and Capability Association) tenue à Paris en rôles joués par ces acteurs varient d’un acteur à un autre.
2005, autour d’un questionnement : le lien entre l’individuel
et le social dans l’approche par les capabilités. On peut Les maraichers
donc combiner les capabilités individuelles et les capabilités
sociales, qui naissent de l’interaction, pour obtenir le Les maraichers s’occupent de la production et de la
concept de capabilité collective qui n’est rien d’autre que commercialisation des légumes. Ils s’installent le long des
l’agencéité ou la capacité d’entreprendre des acteurs. bas-fonds et autres affluents du fleuve Okpara, à cause de
Nouatin (2003), s’inspirant des définitions données par la disponibilité de l’eau en ces endroits, pour exercer leur
Long (1989), Long & Long (1992) et de Friis-Hansen & activité. Le nombre de citadins s’adonnant à cette activité
Boesen (2001) le considère comme « la capacité des acteurs est difficile à obtenir à cause caractère très changeant de
à trouver de solutions à leurs problèmes, c’est-à-dire des leur statut (tantôt permanent, tantôt occasionnel) et du peu
acteurs qui sont capables de décider et d’agir ». C’est donc d’intérêt accordé à cette activité aussi bien par les autorités
la capacité à agir comme un acteur social pour certaines de la mairie que les services d’appui-conseil pourtant bien
fins sociales, c'est-à-dire à définir des buts et agir de façon présents dans la ville. Sur la base des estimations faites au
cohérente pour les atteindre, de façon individuelle ou en cours de la collecte des données, il existe environ 300
interaction avec d’autres. maraichers exploitant les différents sites de la ville. Les
maraichers présents dans la ville de Parakou ont des
L’utilisation de cet outil a permis de savoir si l’insécurité trajectoires de vie différentes. Selon les personnes
foncière qui menace l’activité maraîchère urbaine n’est pas rencontrées sur les sites maraichers, la plupart des
imputable à l’expansion rapide des villes. Par ailleurs, il a personnes s’adonnant à la culture des légumes sont
permis de voir le rôle des différents acteurs à divers niveaux presque toutes des produits de l’exode rural attirées par les
dans les difficultés et contraintes subies par cette activité et mirages de la ville. Elles n’ont que le travail de la terre
d’analyser les stratégies mises en œuvre par les autorités comme qualification. L’agriculture urbaine est donc le
communales pour aider les maraichers urbains à faire face secteur d’activité dans lequel ils peuvent s’insérer juste
aux problèmes fonciers afférents à leurs activités après leur arrivée sans beaucoup de difficulté. Les premiers
génératrices de revenus. avaient vu les bas-fonds inoccupés et non exploités s’y sont
installés et ont commencé par produire les denrées
VertigO, Vol10 no2 4
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
alimentaires pour leur autoconsommation et vendaient le Ce récit montre que la pratique du maraîchage dans la ville
surplus. Ceux qui sont arrivés par suite n’ont plus trouvé est une activité dont elle a besoin en ce sens qu’elle
des espaces verts libres et ont servi d’abord comme l’approvisionne en légumes et est une solution pour le
manœuvres pour les premiers avant de chercher à travailler chômage de ses habitants. Malgré ce rôle important,
pour eux-mêmes. Plusieurs catégories de maraichers sont l’évolution de la ville se fait au détriment des espaces
présentes sur les sites maraichers de la ville de Parakou. maraîchers qui représentent le principal facteur de
production de l’activité. En l’absence de mesures de
La première catégorie est composée des maraichers qui sécurisation des espaces maraîchers, ceux dont la survie
tirent l’essentiel de leurs revenus de cette activité. Il s’agit passe par la pratique de cette activité sont obligés de
des personnes qui pratiquent le maraîchage depuis de mettre en œuvre leur capabilité ou leur agencéité
longues années et n’ont plus d’autres activités. Ils individuelle ou collective. Ils développent des plusieurs
considèrent le maraîchage comme leur vie. Ils produisent stratégies (intensification, choix de spéculations selon les
aussi bien les légumes exotiques (laitue, chou, carotte, saisons, organisation en association, etc.) pour se maintenir
haricots verts, concombre, persil, aubergine etc.) que les en tant que acteur du secteur du maraîchage de la ville de
légumes locaux (épinard, piment, tomate, gombo, crincrin, Parakou. Pour ces acteurs, le maraîchage est devenu une
etc.). Les propos suivants de A. D. illustrent son parcours en occupation à part entière qui nourrit son homme comme
tant que maraicher : J’ai commencé par travailler sur ce site les autres activités génératrices de revenus. Le choix du
de Sinagourou depuis mon enfance. Je suivais mon père maraîchage par ces personnes est fait envers et contre tout
pour arriver tous les jours sur le site qui était à l’époque un (la volonté de travailler pour soi-même).
vaste de domaine de plus de 3 hectares. À l’âge de 17 ans
mon père m’a octroyé une partie de son terrain et je suis La deuxième catégorie est composée de ceux pour qui le
devenu autonome. Après sa mort il y a huit ans, j’ai hérité maraîchage est une activité qui procure un revenu
de ses terres que j’exploite actuellement. Le principal d’appoint et de ce fait est exercée comme une activité
problème qui se pose à nous les maraichers de Parakou secondaire. Les personnes qui s’adonnent au maraîchage à
c’est l’espace. Les espaces que nous occupons se réduisent temps partiel le font pour diverses raisons. Pour certains, il
chaque année et se transforment progressivement en s’agit de trouver de quoi subvenir à ses besoins en
maisons à l’usage d’habitation, en routes, etc. La superficie attendant de trouver un autre boulot. La déclaration
actuelle du site maraicher de Sinagourou n’est que 0,5 suivante de S. B. sur sa présence sur le site maraicher de
hectare du fait des maisons, des hangars pour le marché et Wansirou illustre bien son parcours :
du collecteur pour drainer les eaux pluviales. Plusieurs
personnes qui travaillaient ici ont été obligées de quitter. Il C’est mon frère qui m’a proposé de venir le rejoindre à
ne reste plus que trois personnes sur le site. Ceux qui sont Parakou pour travailler dans l’usine d’égrenage de coton.
restés n’ont que le maraîchage comme activité. Pour J’ai fait plus six mois à la charge de mon frère sans pouvoir
continuer d’exercer ce que j’ai appris, je suis obligé de être embauché comme ouvrier dans l’usine. Pour mettre fin
beaucoup réfléchir. Nous avons recours systématique à à la situation de dépendance dans laquelle j’étais, j’ai été
l’utilisation des engrais organiques et minéraux pour obligé de commencer le travailler pour les maraîchers du
améliorer nos rendements. Par le passé, on produisait avec site comme manœuvre. C’était ce que je savais faire le
les engrais organiques uniquement et on laisser les terres mieux parmi les offres d’emplois que je recevais. Après une
en jachère à chaque qu’elles deviennent infertiles. Pendant année passée sur le site, j’ai demandé et obtenu un
les saisons pluvieuses, périodes de surproduction qui fait domaine que j’exploite pour mon propre compte. Ce que
chuter les prix de vente de légumes locaux, je me concentre me procure cette activité ne me permet pas de couvrir mes
sur la production des légumes exotiques. Pendant les charges. Mon frère m’a alors proposé d’utiliser sa moto
saisons sèches, je réduis la superficie des légumes pour en moto-taxi dans la ville pendant les périodes où il
exotiques au profit des légumes locaux (la tomate et le ne va pas travailler. Ainsi, je passe une partie de mon temps
piment surtout). Enfin, nous avons créé une association à conduire la moto-taxi et l’autre à produire les légumes.
pour défendre auprès des autorités de la mairie nos droits J’ai vraiment envie de consacrer uniquement au
surtout celui d’exercer notre activité. maraîchage, mais n’ayant pas la possibilité d’étendre mon
exploitation faute d’espace, je m’adonne aux deux activités
pour l’instant.
VertigO, Vol10 no2 5
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
sont aussi, entre autre, soumis à l’incertitude du foncier par les habitants, rattrapé les espaces agricoles en sa
comme le montre Fao (2005) qui affirme que « l’incertitude périphérie ».
sur les doits de propriété conduit les maraichers à se
tourner vers d’autres sources de revenus. Malgré son Dispositions communales prises pour la viabilité de
importance croissante, l'agriculture en milieu urbain et l’activité maraîchère dans la commune de Parakou
périurbain et toujours sujette à de nombreuses contraintes,
notamment le manque de terres adaptées, l'incertitude sur Plusieurs programmes et projets sont prévus dans le Plan
les droits de propriété, l'accès insuffisant à une eau de Développement Communal de la ville de Parakou. Ils
d'irrigation de qualité, l'insuffisance du savoir-faire et la visent à atteindre les objectifs de son développement tout
faiblesse des investissements ». en tenant de la planification spatiale prévue dans le plan
directeur de l’urbanisme. Au nombre de ces projets figure
L’urbanisation dans la commune de Parakou le projet 4 du programme 2, relatif à l’aménagement des
bas-fonds, à la promotion des cultures de contre saison
La ville de Parakou dispose d’un Plan Directeur notamment les cultures maraîchères et à la création des
d’Urbanisme (Pdu) pour l’horizon 2009 après le premier comités de gestion des bas-fonds. En tenant compte des
conçu en 1985. Le développement de la ville s’inscrit dans indicateurs que sont :« Au moins 18 ha de bas-fonds sont
ce cadre. Ce plan est actualisé chaque dix an. Celui qui mis en valeur d’ici à 2007 ; la production des cultures
existe aujourd’hui est en cours d’actualisation pour prendre maraîchères a augmenté de 150%, d’ici à 2007 et au moins
en compte les évolutions de la ville. Le Pdu, outil 6 comités gestion sont fonctionnels, d’ici à fin 2005 »
d’organisation et de planification spatiale, vise un triple (Mairie de Parakou, 2004). Il ressort des observations faites
objectif à savoir le renforcement des fonctions urbaines, la sur les sites et des entretiens réalisées que l’application de
planification de la croissance spatiale et la programmation ce projet, pourtant reluisant aussi bien pour les maraichers
des infrastructures et équipements. La mairie de Parakou que pour la commune, n’a pas été effective. Car en effet, il
considère qu’elle dispose comme outils de gestion urbaine, n’est observable sur aucun des sites, des aménagements
d’un plan de développement communal, d’un registre concrets de bas-fonds respectant les principes d’une
foncier urbain, d’un programme pluriannuel de urbanisation mais plutôt une installation sans rigueur des
développement et d’investissement et d’un système maraichers sur des sites autrefois exploités par leurs
d’information géographique. Au plan organisationnel, il parents. D’autres part, même si les données statistiques du
existe une direction de la prospective et du développement Centre Régional pour la Promotion Agricole Borgou-Alibori,
local et une direction des services techniques dont les font état d’une augmentation de la production maraîchère
missions principales sont la planification, la mise en œuvre entre 2003 et 2007, celle-ci résulte d’une extension voire
et le suivi des services urbains offerts à la population. une multiplication des sites de production et non d’une
intensification en investissements ou autres. En effet, un
La mise en œuvre du Pdu est concrétisée entre autres par coup d’œil sur ces données permet de déceler qu’elles
plusieurs programmes de lotissement et l’installation des prennent en compte aussi bien les productions dans les
équipements et infrastructures de base. Il s’agit à travers villages à la périphérie de Parakou que celles des sites au
ces plans d’améliorer les conditions de vie de la population centre de la ville. De plus, elles tiennent plus compte des
de la ville. Toutes les personnes approchées au cours de la légumes locaux que les légumes exotiques qui sont plus
collecte des données ont toutes reconnu la nécessité de produits à l’intérieur de la ville (les données sur les
l’urbanisation de la ville du fait de ses avantages. productions maraîchères sur les sites recensés à l’intérieur
Néanmoins, les maraîchers ont affirmé que la mise en de la ville n’étant pas disponibles).
œuvre du plan directeur de la ville surtout dans son volet
lotissement débouche de plus en plus sur la transformation Ces dispositions prévues par la mairie pour viabiliser
des espaces maraichers en zones constructibles. Auriole et l’activité maraîchère dans la ville contraste avec la réalité.
Aboudou (2006) ont abouti aux mêmes constats dans leur En effet, aucun des bas-fonds n’a été aménagé et on assiste
étude à la périphérie de la ville en soutenant que : « La ville à une réduction voire une disparition des sites et autres
de Parakou a, à travers les projets de mise en place des espaces maraîchers. La construction d’un collecteur d’eau
infrastructures d’envergure publique qui sont de ruissellement dans la ville réduit sérieusement les
consommateurs d’espace et la construction de résidence superficies des sites maraichers de Sinagourou, de Zongo
VertigO, Vol10 no2 7
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
et de l’Abattoir. La proximité du grand marché Azerkè avec sont priés de prendre les dispositions nécessaires pour le
l’installation des commerçants contribue aussi a réduit la libérer. Le cas du site de Sinagourou qui est réduit de
superficie du site de Sinagourou (il n’y a aujourd’hui plus moitié du fait du collecteur d’eau en cours de construction
que quatre personnes sur le site sur la cinquantaine il y a 10 actuellement entrainant le départ de plusieurs maraichers
ans). Le site de Zongo appartient aujourd’hui à des privés et leur reconversion dans d’autres secteurs d’activités. Un
car ayant fait l’objet de lotissement. ancien maraicher de site explique la situation en ces
termes :
Modes d’accès à la terre et conflits sociaux liés à
l’urbanisation dans la commune de Parakou « J’ai commencé par travailler sur site du
vivant de mon père. Ce dernier est mort il y a
L’urbanisation de la ville de Parakou n’est pas sans cinq ans et j’ai hérité de son domaine sur le
conséquences sociales sur les populations tant agricoles site. En 2009, les autorités de la mairie sont
qu’urbaines. Plusieurs conflits recensés à partir de nos venues nous rencontrer pour nous demander
entretiens et observations sur le terrain touchent de libérer le domaine avant de l’année. J’ai
particulièrement les maraichers de cette commune à cause été obligé, après la récolte de mes produits,
des différents modes de faire valoir utilisés. de quitter le site. Je suis devenu
provisoirement conducteur de taxi-moto en
Modes de faire-valoir des maraichers des sites maraîchères attendant de trouver un autre site où je peux
de la commune de Parakou exercer le métier que j’ai appris ».
mêmes menacés de déguerpissement ou que les terres Ce mode de faire-valoir n’assure pas lui non plus toute la
qu’ils exploitent deviennent infertiles ou qu’ils cherchent à sécurité nécessaire pour la pérennisation du maraîchage
élargir leurs activités pour que l’exploitant soit invité à dans la ville de Parakou.
céder la terre. Ce qui est considéré comme don par les
maraichers n’est en réalité qu’un emprunt gratuit illimité. Conflits sociaux liés à l’urbanisation de la ville de Parakou
souvent à des morcellements sans infrastructure. Or les Impacts socio économiques de la politique d’urbanisation
lotissements constituent selon Le Meur (2005) « des sur les producteurs et les consommateurs
ressources potentielles très importantes pour les nouvelles
municipalités », du fait du processus de vente de parcelles Impacts de l’urbanisation sur les producteurs
qu’il induit et aussi en raison de la rationalisation et la
formalisation du parcellaire urbain qu’il représente, qui Avec le lotissement, les maraichers urbains sont en fait
devrait faciliter le recouvrement de l’impôt foncier (avec le menacés par les autorités communales dans les cas où les
concours du registre foncier urbain). A Parakou, par lotissements prévoient le passage de nouvelles
parcelle lotie le propriétaire doit payer officiellement infrastructures routières modernes et par les nouveaux
90 000 f cfa (environ 94 euro) pour être recassé avant propriétaires qui menacent de retirer les terres qui servent
d’avoir l’autorisation de construire. Il faut aussi noter que la de parcelles de cultures maraîchères. Cela se traduit par la
mairie de Parakou perçoit des impôts locaux directs sur le diminution non seulement des superficies emblavées pour
foncier bâti et le foncier non bâti. Il est donc plus ces cultures au cours des dernières années d’après les
intéressant, du moins financièrement, pour la mairie de lotir données statistiques du Centre Régional pour la Promotion
les espaces que de laisser les maraîchers les exploiter. Agricole, mais aussi par la réduction du nombre de
maraichers sur les sites et la disparition progressive de
Conflits liés aux expropriations certains sites.
Ces types de conflits opposent l’administration à la Dans le cas d’espèce, seuls trois sites sur les sept recensés
population rurale et dans ce cas les maraichers. En effet, « continuent à livrer des produits frais aux populations toute
pour des besoins de constitution de réserves l’année. Il s’agit des sites de Wansirou, de l’Abattoir et de
administratives (mobilisation de 500 ha pour l’Université de Sokonou. En effet, sur les autres sites, notamment celui de
Parakou, 4010 ha pour l’aéroport de Tourou…) ou de Sinangourou, le nombre de maraichers a considérablement
réalisation d’un projet socio économique (construction de diminué passant de 46 producteurs à 17. Il en résulte une
routes, ouverture de voies), l’administration a recours à reconversion de certains maraichers dans d’autres activités
cette pratique » (Adéléké, 2007). Ce conflit prend aussi une génératrices de revenus autrefois considérées comme
dimension intra-villageoise. C’est le cas de l’autorité secondaires. Il s’agit de la poterie, le commerce, l’artisanat,
traditionnelle locale (rois, notables…) qui exerce ses etc.
prérogatives d’administrateur du foncier sur ses sujets afin
de se trouver des terres à mettre à la disposition des Les conflits concernant les expropriations et la contestation
patrons urbains, politiciens, administration, élites des droits de propriété réduisent également l’accès des
bourgeoises, etc. Dans ce sens, il ressort des interviews maraichers aux terres de production maraîchère. En effet,
avec des personnes ressources de la municipalité que «ces conflits conduisent les deux parties à des procédures
même les bas-fonds et les zones marécageuses sont juridiques très souvent entachées de fautes et de
sollicités dans le but de promouvoir des projets privés manipulations du fait d’une mauvaise information foncière»
d’investissement. (Le Meur, 2005) de la part des plus vulnérables que sont les
maraichers. Certains acteurs perdent ainsi leur travail et se
Conflits liés à la contestation de droit de propriété retrouvent au chômage augmentant ainsi le nombre
d’urbains pauvres. Il ressort des entretiens réalisés que les
Ces conflits proviennent des remises en cause des cessions autorités de la ville de Parakou n’accordent pas une grande
de terre sans clarification des termes de la cession. En effet, importance aux maraichers qui pourtant jouent un grand
avec la marchandisation, les cadets remettent en cause les rôle dans la ville par l’offre de fruits et légumes frais.
terres autrefois cédées par les ainés sous prétexte que ces Aucune mesure de protection n’est prévue pour assurer la
cessions ont été mal négociées. Selon les enquêtés, les durabilité de leur activité car il n’y a pas de programme de
contestataires préconisent donc la récupération d’une la ville pour sécuriser les maraichers et les sites maraichers
partie des parcelles et parfois, dans les cas extrêmes, de la sont appelés à disparaître. Les maraichers sont obligés de
totalité des parcelles. signer des contrats verbaux avec les propriétaires de ces
sites. Ces contrats sont rapidement remis en cause par ces
derniers lorsqu’ils trouvent des opportunités plus rentables.
VertigO, Vol10 no2 10
VertigO – La revue en sciences de l'environnement, volume 10 numéro 2, septembre 2010
Généralement, la majorité des maraichers est soumise aux Conséquence sur l’environnement
caprices et à la volonté des propriétaires terriens qui
peuvent à tout moment remettre en cause les contrats. L’agriculture urbaine ne résoudra pas à elle seule les
problèmes écologiques des villes en croissance, « mais elle
Cette insécurité foncière à laquelle est sujet ce groupe participe très certainement et de diverses façons à la
d’acteurs l’oblige à réduire les investissements sur les sites protection de l’environnement » (Mougeot, 2006). Par
et ne se contenter que des arrosages manuels. En effet, les exemple, dans de nombreuses villes, les agriculteurs
maraichers sont obligés de recourir au forage de petits urbains surtout les maraichers font un usage productif de
trous pour arroser les plantes car il n’est pas possible pour nombreux déchets organiques en les transformant en un
eux de procéder aux aménagements des cours d’eau sur les terreau capable d’amender les sols et se servent des eaux
sites. La diversification des cultures prend aussi un coup usées pour irriguer les cultures. De même, en cultivant
entraînant la rareté et la cherté des produits frais. En effet, chaque parcelle d’espace libre, les maraichers urbains
face à cette situation de conflits, les grands investissements contribuent à l’écologisation de la ville, à la réduction de la
comme la production de semences pour certaines cultures, pollution et à l’amélioration de la qualité de l’air. Le seul fait
l’acquisition de motopompe pour l’irrigation ne sont plus que le transport de ces denrées alimentaires vers la ville se
assez rentables. Le maraîchage urbain dans la commune de fait sans des camions, supposés induire une pollution,
Parakou se trouve ainsi très vulnérable malgré la place contribue à la durabilité et a une incidence positive sur
importante qu’elle occupe dans la constitution des revenus l’environnement. C’est dans ce sens que Nelson (1996)
des producteurs. affirme que :