Église Gallicane : Histoire et Croyances
Église Gallicane : Histoire et Croyances
Hommage
à
Sylvie
1959 - 2018
OCTOBRE 2018
C
'est ainsi que s'est appelée l'Eglise Catho-
lique en France depuis l'évangélisa-
tion des Gaules jusqu'en 1870.
Respectueuse de la papauté, elle
posait néanmoins certaines limites à sa
puissance; elle enseignait en particulier
que le pouvoir des évêques réunis en con-
cile était plus grand que celui du pape.
Pourtant en 1870 eut lieu à Rome la pro-
clamation du dogme de l'infaillibilité pon-
tificale qui consacra l'abdication de l'épisco-
pat devant l'omnipotence du pape. mandements divins, lesquels sont synthétisés dans ce pas-
En France, un mouvement de résistance fut em- sage de l'Evangile: "tu aimeras ton Dieu de tout ton coeur,
mené par le Révérend Père Hyacinthe Loyson qui obtint par de toute ton âme et de tout ton esprit, et tu aimeras ton
décret du Président de la République l'autorisation d'ouvrir prochain comme toi-même".
un lieu de culte au nom de l'Eglise Gallicane le 3 décembre
1883. Après la loi de 1905 entérinant le principe de sépara- Ses tolérances
tion des Eglises et de l'Etat, le courant gallican va s'organiser
plus librement sous la houlette de Mgr Vilatte. Acceptation du mariage des prêtres et des évêques
A partir de 1916 le village de Gazinet - dans le - Diaconat féminin - Rejet de la confession obligatoire - Ad-
bordelais - devint le symbole de la résistance gallicane et du ministration du sacrement de communion sous les deux es-
renouveau gallican. L'association cultuelle saint Louis fut pèces - Bénédictions ponctuelles du remariage des divorcés -
créée par Monseigneur Giraud le 15 février 1916. Bannissement des excommunications - Liberté en matière de
Le siège de l'Eglise et de la cultuelle saint Louis jeûne et d'abstinence - Participation des fidèles au gouverne-
est aujourd'hui à Bordeaux: - chapelle primatiale Saint Jean- ment de l'Eglise - Election des évêques par le clergé et les
Baptiste, 4 rue de la Réole, 33800 Bordeaux. fidèles - Prise en considération du monde animal dans la ré-
La paroisse saint Jean-Baptiste existe sans discon- flexion de l'Eglise.
tinuité depuis le 24 juin 1936. Elle a été fondée par Mon-
sieur l'Abbé Junqua en 1872 et fut continuée par le Père Jean
(Monseigneur Brouillet) 1936, puis par le Père Patrick (Mon- Le Mystère de l'Eglise
seigneur Truchemotte) 1960. Depuis 1987 le Père Thierry
(Monseigneur Teyssot) assure le service permanent du culte Saint Cyprien de Carthage a donné la meilleure
gallican (messes, baptêmes, mariages, communions, funé- définition de l'unité de l'Eglise:
railles, bénédictions) en la chapelle saint Jean-Baptiste. - "L'épiscopat est un tout, que chaque évêque re-
Cette tradition bien gauloise de résister aux em- çoit dans sa plénitude. De même que l'Eglise est un tout,
piétements de la curie romaine a pris jadis le nom de gallica- bien qu'elle s'étende au loin dans une multitude d'Eglises
nisme. qui croissent au fur et à mesure qu'elle devient plus fertile."
Le plus illustre représentant de ce courant fut le "A quelque Eglise que les évêques soient attachés"
grand Bossuet, évêque de Meaux (XVIIème siècle), qui ré- a dit Saint Jérôme, "à celle de Rome ou à celle de Constanti-
digea les quatre articles gallicans de 1682 signés par l'as- nople, ou encore à celle d'Alexandrie, ils méritent le même
semblée des évêques de France. Bossuet ne fit d'ailleurs que respect et possèdent le même sacerdoce."
reprendre les décisions du concile de Constance (1414-1418) Aujourd'hui pas plus qu'hier, aucun évêque parti-
qui rappela (conformément à la règle en usage dans l'Eglise culier n'a le droit de prétendre représenter seul l'Eglise Uni-
universelle et indivise du premier millénaire) que le concile verselle. Chaque évêque représente son Eglise et ce sont ces
oecuménique (assemblée de tous les évêques) était l'organe évêques assemblés qui représentent toute l'Eglise. Ainsi, tous
suprême en matière d'autorité et d'enseignement au sein les évêques étant premiers pasteurs, peuvent validement dans
de l'Eglise. leur Eglise, ce que le pape évêque de Rome, peut dans la
sienne.
L'Eglise Gallicane aujourd'hui La puissance des évêques n'est donc pas une éma-
nation de la plénitude de pouvoir que s'arroge la papauté,
Ses croyances mais une participation de l'autorité divine qui réside en Jé-
sus-Christ, pontife éternel et chef souverain de son Eglise.
En tant qu'Eglise chrétienne, pour y adhérer, il Et pourtant, en 1870, le Pape Pie IX s'attribuait
faut avoir reçu le baptême ou désirer le recevoir. par la voix du concile du Vatican une suprématie sur tous les
En tant qu'Eglise de tradition catholique, pour y hommes dans les matières de foi et de morale; suprématie
adhérer, il faut connaître et admettre l'un des credos suivants, fondée sur un prétendu privilège d'infaillibilité, usurpant ainsi
qui contiennent les articles fondamentaux de la foi catholi- tous les attributs du Christ.
que: - des Apôtres, de Nicée-Constantinople, de saint Atha- De la sorte, en subordonnant les évêques à un pou-
nase. voir souverain, ce concile en faisait uniquement les vicaires
En tant qu'Eglise apostolique, pour y adhérer, il de l'un d'entre eux, et cela contrairement à l'ancienne consti-
faut connaître et admettre dans leur contenu traditionnel les tution de l'Eglise qui a toujours déclaré que:
sept sacrements: baptême, confirmation, réconciliation, eucha- - "les évêques tiennent leur autorité de Dieu
ristie, onction des malades, ordre et mariage; tous les com- même."
Le
Gallican
ial
tor
di
E La vie c’est comme une boîte de chocolats:
on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Vous connais-
sez peut-être cette réplique du film Forrest Gump. En effet,
nul ne sait à l’avance ce qui peut arriver, aujourd’hui ou de-
main. La vie est ainsi faite, de l’incertitude d’un côté, de l’espoir
de l’autre. Parfois l’on imagine le futur, on se projette vers demain ;
mais demain est un autre jour qui peut toujours nous surprendre, en
positif ou en négatif.
Jésus nous invite à aller de l’avant, cela s’appelle la foi. Croire
que le meilleur reste à venir, qu’il est toujours possible de déplacer les
montagnes, avec courage et bonne volonté. Lui-même a montré le che-
min. Son enseignement et ses actes ont en permanence valeur de signe
pour le croyant.
Pourtant parfois le doute s’immisce en nous, lorsque cela de-
vient trop dur ou qu’il existe une perte de sens. Peut-il en être autrement?
La vie n’est jamais un long fleuve tranquille, orages et ouragans peuvent
soudainement se déchaîner. L’être humain doit ensuite faire face, du mieux
qu’il peut.
Dans ce monde, le temps gagne toujours en venant à bout de
tout, comme la rouille mange le fer, c’est toujours lui le plus fort. La
mythologie grecque en avait d’ailleurs fait un dieu, Chronos, celui qui
dévore ses enfants, parce que le temps dévore tout sur son passage.
Un seul être a pu le défier et le vaincre, le Christ. Par sa résur-
rection d’entre les morts il ouvre à l’humanité le passage vers la vie éter-
nelle. Et la vie éternelle pour Jésus, c’est de l’amour, pour ne pas s’en-
nuyer dans des siècles sans fin. L’amour seul donne du sens et permet de
défier le temps. L’amour seul sauve. Cela résume l’enseignement du
Christ. L’amour est une force, la plus grande qui soit, la seule capable de
vaincre le temps et de donner du sens.
T. TEYSSOT
En Hommage
1 à Sylvie
La Grande
2 Guerre 3 Vie de l’Eglise
L
undi 10 septembre à 22h45 ma sa maman. A partir de 1981 et l’apparition des pre-
chère épouse Sylvie a quitté ce mières radios libres il avait créé une série d’émis-
monde. Personne douce, intelli- sions sur l’histoire, l’insolite, la poésie, l’Église et
gente et cultivée, elle a aimé la vie. La maladie l’a même l’homéopathie. Cette radio locale s’appelait
durement et souvent éprouvée, mais elle s’est tou- « Bordeaux Une », je venais aider régulièrement
jours battue avec force et courage pour vaincre le en lisant les papiers écrits par le Père Patrick. Sylvie
mal, permettre le triomphe de la vie. La simplicité, s’occupait de la technique, dans le local dédié. On
l’humour et l’humilité ont toujours été partie inté- se voyait toujours.
grante de sa personnalité, l’amour des enfants éga- Bien impliqué dans la vie de l’Église, j’ai
lement qui le sentaient en venant spontanément vers été ordonné prêtre en 1983. C’est aussi l’époque
elle. où avec Sylvie on est « tombé en amour », comme
Née le 24 septembre 1959 à Libourne, non disent nos cousins québécois. On s’est fiancés en
loin de Bordeaux elle a, aussi loin que je m’en sou- 1985 et mariés en 1987.
vienne, toujours servi l’Église Gallicane. Lorsque Le 12 décembre 1986, la brusque dispari-
j’ai connu le Père Patrick (Mgr Truchemotte) dans tion du Père Patrick d’un infarctus à l’âge de 57
les années 70-80 elle l’aidait beaucoup, avec un ans ouvre une période de changements. Élu évê-
sens pratique inné, énergie et aussi discrétion. La que d’Aquitaine par le clergé et les fidèles de l’épo-
première fois que je l’ai vue c’était en 1975, elle que je me suis retrouvé, bien jeune, avec une charge
faisait partie de l’équipe des scouts du Père Pa- imposante sur les épaules. Sans Sylvie je n’y se-
trick, je l’avais aperçue depuis un bus qui nous avait rais jamais arrivé ! Dans l’Église Gallicane on a
transporté pour une fête paroissiale dans la région. coutume de dire que lors de l’ordination d’un prê-
Lors de mes visites au Père Patrick je la tre c’est le couple tout entier qui devient sacerdo-
trouvais souvent en train d’aider avec la « ronéo », tal. Notre couple, déjà sacerdotal est devenu épis-
l’ancêtre du photocopieur pour ceux et celles qui copal… Qui plus est, notre Église ayant du temps
n’ont pas connu cette époque. Les bulletins de de Mgr Giraud à Gazinet rétabli le diaconat fémi-
l’Église, le journal Le Gallican par exemple étaient nin en usage aux temps apostoliques, Sylvie avait
réalisés avec ce procédé de duplication à l’alcool été ordonnée diaconesse en 1984.
(ronéotypie). Le Père Patrick l’utilisait avec sa Nous nous sommes mariés le 12 septem-
machine à écrire. L’odeur caractéristique de la ro- bre 1987. Le 7 juin de la même année, l’évêque
néo emplissait alors la maison familiale rue Ulysse gallican du Portugal Mgr Agostinho Pereira, lui
Gayon. Il fallait aussi de la force dans les bras, car même ordonné évêque par le Père Patrick (Mgr
il s’agissait de faire tourner à la main un rouleau Truchemotte) en 1985 dans le grand auditorium de
pour l’impression des copies. C’est toujours Sylvie Porto (Portugal) me conférait l’ordination épisco-
qui s’y collait ! Plus tard ce procédé est tombé en pale en la chapelle de Clérac, en présence d’une
désuétude avec l’apparition des photocopieurs et grande foule de fidèles et du clergé de l’époque.
de l’informatique. La fin de l’année 1987 fut difficile pour
En 1980, participant régulièrement à la Sylvie, une maladie sournoise venait de faire son
messe du samedi - déjà à 17h00 - en la chapelle apparition. Hospitalisée en urgence on lui diagnos-
Saint Jean-Baptiste, alors 6 quai de Bacalan à Bor- tiqua un type de cancer appelé lymphome. Le mé-
deaux, je la voyais toujours. J’apprenais peu à peu decin qui s’occupait d’elle me dit qu’elle était pro-
à la connaître, nous étions bon camarades. Sou- bablement perdue. Je n’ai jamais oublié ce mo-
vent le Père Patrick m’invitait le samedi soir chez ment… Il évoquait dix mois de chimiothérapie,
lui, je partageais le repas de famille avec Sylvie et avec très peu d’espoir. Trois mois plus tard le mal
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avait disparu ! Ils ajoutèrent un mois de radiothé- ne parlent jamais de guérison, ils disent rémission.
rapie pour être surs. Évidemment les traitements Tout est dans la nuance !
de l’époque furent très lourds et elle s’en remit dif- Pourtant en 2004 une grosse fatigue était
ficilement. Le taux de survie à ce type de cancer de retour. Durant les vacances d’été Sylvie avait
était alors très faible, sans compter des effets se- du mal à marcher, la moindre côte l’empêchait
condaires terribles : chute des cheveux, des ongles, d’avancer, comme un épuisement total au bout
des sourcils, ensemble des poils du corps. De re- d’une dizaine de mètres. En septembre le diagnos-
tour à la maison je me souviens qu’elle ne pesait tic est tombé, nouveau cancer, l’utérus et les ovai-
plus que 46 kilos… Heureusement elle était jeune res cette fois… Ils décidèrent de tout enlever, il
et assez vite son corps récupéra ce qu’il avait perdu. n’y avait pas le choix. L’opération fut difficile pour
Il lui en est toujours resté une fatigue sournoise elle, physiquement bien sur mais surtout morale-
qui parfois brusquement, s’emparait d’elle. ment. Le mal touchait à sa féminité… De cette
Notre fils Raphaël est né le 12 octobre nouvelle épreuve notre amour sortit encore vain-
1990, c’était le miracle de Sylvie. Je me souviens queur. Par contre notre fils qui avait 14 ans à l’épo-
que la spécialiste du can- que en perdit son année
cer qui la suivait chaque scolaire. L’esprit de Sylvie
année ne comprenait pas restait combatif, je me sou-
comment elle avait pu viens qu’elle partait à pied
avoir cet enfant. Les trai- de la chapelle sur deux ki-
tements que son organisme lomètres pour recevoir la
avait supporté n’auraient perfusion de chimiothéra-
pas dû le permettre. Mais pie au centre de soins. Elle
Sylvie était forte, intérieu- rentrait ensuite de la même
rement son esprit se battait façon et refusait que je
pour être plus fort que le l’accompagne en voiture.
mal. Là encore il y eut de la ra-
Les années passè- diothérapie. Les traite-
rent, années bonheur mal- ments durèrent six semai-
gré les soucis de la vie et nes environ. Une nouvelle
parfois de l’Église. Qu’est- fois le mal était vaincu,
ce que le bonheur ? Pour Sylvie avait remporté la
Sylvie et moi quelque bataille.
chose de simple, d’heu- Le temps du bonheur La vie reprit son
reux. Elle aimait rire, elle Vacances d’été 2014 cours normal, elle était la
n’aimait pas qu’on se Photo de notre fils Raphaël plus forte. Je me souviens
prenne au sérieux, elle que notre fils Raphaël ren-
avait beaucoup d’humour. trait toujours du collège
Comme couple nous étions toujours en- puis du lycée en posant chaque fois la même ques-
semble, au travail ou à la maison. C’est assez rare tion : « ça va Maman ? » Au fil des ans cela faisait
pour être souligné. On s’est toujours bien enten- toujours sourire Sylvie. Elle répondait invariable-
dus, je lui disais souvent qu’on formait une bonne ment oui ! Les années bonheur passèrent encore,
équipe. Le bonheur, simplement. juste les soucis de la vie et de l’Église, mais nous
En tant que prêtre, j’ai vu des milliers de étions profondément heureux. Et le bonheur, ça
personnes dans ma fonction et je me suis rendu donne de la force !
compte que le malheur, en dehors des accidents de Autre chose qui m’a profondément mar-
la vie, vient souvent de ce que l’être humain com- qué, elle ne se plaignait jamais. Là aussi c’est as-
plique ce qui devrait rester simple. L’instabilité ou sez rare pour être souligné. Souvent elle me disait :
ne pas savoir ce que l’on veut, par exemple, sont « il y a pire ! » Pour elle le pire c’était les enfants
des obstacles au bonheur. victimes du cancer.
Au début des années deux mille, la spé- Le temps de la vie continuait d’avancer,
cialiste du cancer qui suivait Sylvie chaque année la spécialiste du cancer qui la suivait annuellement
lui déclara qu’elle n’avait plus besoin de venir. Ils ne remarquait rien de spécial. En 2017 un problème
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de pied résistant à la kiné et aux efforts de Sylvie n’entrent point dans le royaume de Dieu. Les fruits
l’obligea à subir une intervention chirurgicale. Elle de l’Esprit, au contraire, sont le chemin pour y par-
eut beaucoup de mal à s’en remettre et marcha par venir : amour, joie, paix, patience, bonté, fidélité,
la suite encore plus difficilement. Début 2018 une douceur, tempérance, c’est à dire équilibre. Dans
énorme fatigue s’installait, pourtant les analyses ces qualités je reconnais Sylvie. Je suis persuadé
de sang ne montraient rien d’inquiétant. Elle m’as- qu’elle est dans cette lumière désormais.
surait que tant que les prises de sang sont norma- Lors de la découverte de son premier can-
les, il ne faut pas s’inquiéter. Au mois de mars cer en 1987, en même temps que son hospitalisa-
d’ailleurs, une visite de routine au centre régional tion en urgence, il fut retiré huit litres d’eau à Sylvie.
anti-cancer ne révéla rien de spécial. Avec mon fils Le lymphome étant un cancer de la lymphe, le li-
pourtant on voyait bien qu’il y avait un problème, quide envahissait son organisme, je me souviens
les paroissiens et les amis aussi, le plus spectacu- que le médecin croyait qu’il lui manquait un pou-
laire était la fonte musculaire. Au mois d’avril elle mon, invisible sur la radio, à cause du liquide.
réussit à m’accompagner pour la fête paroissiale Durant l’intervention elle fut inconsciente pendant
de Caussade. Les jours suivants la fatigue devint des heures et vécut un phénomène étrange. Elle me
extrême. Notre généraliste lui fit une prise de sang confia des années plus tard avoir vécu une expé-
début mai et appela en urgence dès les résultats rience de mort imminente, ce qu’on appelle
pour la faire hospitaliser. aujourd’hui une EMI. Ce qui l’avait marquée, c’est
Suivirent quatre mois terribles pour elle, son arrivée dans une lumière éclatante, non aveu-
entre la découverte d’un autre cancer, l’impasse des glante et surtout m’avait-elle confié : « cette lu-
traitements et la généralisation du mal. Elle s’est mière c’est de l’amour ! ». Ensuite une voix ve-
beaucoup battue, mais son organisme cette fois nant de la lumière lui avait déclaré : « ce n’est pas
n’arrivait plus à reprendre le dessus. Arrivée fin le moment, tu as encore des choses à faire. » En-
août en service de soins palliatifs j’ai pu, une se- suite elle s’était réveillée à l’hôpital.
maine avant son décès, lui donner les derniers sa-
crements. Elle les a reçu en pleine conscience. Elle
n’avait pas peur de la mort, ce qui lui faisait peine Passage vers
c’était seulement de quitter les êtres qu’elle aimait. d’Autres Rives
Le sens
de la vie C e témoignage interroge, il n’est ni
seul ni isolé. Le sujet n’est plus ta-
bou aujourd’hui. Depuis plus d’une quarantaine
d’années médecins et scientifiques recueillent ces
Quelques
Observations
E n parcourant les témoignages des li-
vres ou des sites internet consacrés à ces expérien-
ces on peut relever plusieurs étapes :
I l a été remarqué que les témoignages Le début du phénomène génère souvent
une sensation de bien-être apaisant, malgré le «
d’EMI sont donnés de la même façon quel que
sentiment d’être mort », ou presque…
soit l’âge, le sexe, la race, le pays, la
Il existe une grande luci-
culture, la religion ou l’absence de
dité pendant l’expérience et les
religion. Ce dernier point est
témoignages s’accordent
à souligner…
pour dire qu’elle semble
Il n’y a pas non
aussi réelle, voire
plus de notion de culpa-
même plus que la vie
bilité ou de péché lors-
de tous les jours. Les
que la personne se
personnes concer-
trouve face à la « lu-
nées font la diffé-
mière d’amour »
rence avec un rêve,
évoquée dans la
et pour ceux qui en
plupart des récits. Il
ont été victime,
n’y a pas également
d’une hallucina-
de jugement. Par
tion.
contre si une per-
Le senti-
sonne revoit sa vie
ment de ne plus être
avec le mal fait à tel ou
à l’intérieur de son
tel il existe le sentiment
corps est pleinement
exact du mal accompli
vécu et ressenti. Par exem-
avec toutes les conséquences
ple les personnes se voient de
et implications dans la vie
l’extérieur, regardent la scène de
d’autrui, même celles que la per-
leur réanimation (lorsque cela arrive à
sonne ne pouvait imaginer lorsque le mal a
l’hôpital) et sont capables de mémoriser et décrire
été fait.
le personnel présent, les dialogues, les gestes ac-
La « lumière appelante » est souvent as-
complis, les appareils employés.
sociée à une sorte de « guide », « d’être de lumière 7
Autre singularité, la vision semble beau- trou noir. On sait comment il déforme l’espace et
coup plus large que celle que nous connaissons le temps. Eh bien selon de nouvelles théories il
habituellement. Concrètement les personnes qui ouvrirait la porte vers de nouvelles dimensions,
vivent cette expérience ont une vision à 360°, avec d’autres univers… La physique moderne a depuis
la possibilité de voir de plusieurs endroits à la fois, longtemps émis l'hypothèse d'univers parallèles au
de voir les objets « en transparence », de voir «dans nôtre, c'est à dire de continuum spatio-temporels
toutes les directions à la fois », de se déplacer « différents se trouvant sur ce qu'on pourrait appeler
comme un zoom instantané ». Il existe même des d'autres « longueurs d'ondes ».
témoignages de personnes aveugles qui ont « vu » Revenons aux témoignages des person-
pendant cette expérience. nes ayant vécu des EMI. Dans la majorité des cas
Les personnes concernées étant la plupart intervient à un moment donné une sorte de pas-
du temps déclarées « cliniquement mortes » ou dans sage vers une autre réalité. La personne se sent plus
le coma, les « organes des sens » sont à chercher ou moins aspirée dans un tunnel sombre qui dé-
ailleurs… Tout se passe comme si la conscience bouche sur une lumière décrite avant tout comme
pouvait survivre hors du corps avec de nouvelles de l’Amour.
possibilités. Ensuite intervient la notion de seuil à ne
Ainsi de nombreux témoignages s’accor- pas dépasser, faute de quoi le retour en arrière n’est
dent pour déclarer que lors de ces expériences les plus possible. Dans le même temps les personnes
personnes ont « volé » dans revoient souvent l’ensem-
la pièce où se trouvait leur ble de leur vie ou simple-
corps, qu’elles regardaient ment des moments clés.
comme collées depuis le Cette « relecture » de la vie
plafond, qu’elles pou- se fait souvent avec la com-
vaient traverser les murs, pagnie bienveillante d’un
entendre les conversations guide. Cet accompagnateur
situées dans une autre peut-être associé à une
pièce et rapporter des dé- sorte « d’ange », d’être de
tails de scènes se déroulant lumière bienveillant. Par-
ailleurs dans le bâtiment. fois ce sont des parents dis-
N’y aurait-il pas parus ou d’autres défunts
comme le passage de la connus et aimés du témoin
conscience dans une autre qui remplissent cette fonc-
dimension avec cette tion.
même conscience dispo- La « relecture de
sant de nouvelles capaci- vie » est parfois orientée par
tés ? Nous vivons dans un le ou les accompagnateurs
univers à trois dimension (hauteur, largeur, profon- vers des points précis, mais sans porter de juge-
deur) auquel s’ajoute depuis Einstein une quatrième ment. Autre singularité rapportée par les témoins,
dimension : le temps. La théologie admet le prin- la possibilité de « revivre » des moments clés de sa
cipe de « cieux invisible » : les « cieux des cieux » vie selon différents points de vue, celui du témoin
(selon l’expression poétique de la préface de la mais aussi d’autres personnes présentes, avec les
messe dans la liturgie gallicane), séjour des anges, conséquences précises de tous les actes et de leurs
archanges, trônes, dominations, principautés, puis- aboutissements. De nombreuses personnes indi-
sances, chérubins, séraphins. Une cinquième, une quent également la possibilité d’accès à un savoir
sixième, voire une septième dimension, etc (en- universel, le sentiment de comprendre tout l’uni-
globant les autres comme des poupées russes) sont- vers et tout ce qui existe, parfois aussi l’accès à
elles possibles ? Le théologien n’a pas de difficulté des évènements futurs d’ordre personnel qui se
à l'accepter. vérifient par la suite. La distorsion de la dimension
Pour la science on commence à l’admet- « temps » peut expliquer le phénomène. En revan-
tre, car l’hypothèse existe depuis longtemps. Mais che, pour ce qui concerne l’accès à un savoir uni-
il est encore difficile de le prouver. Prenons l’exem- versel tout disparaît lors du retour à la vie terres-
ple de cette singularité de l’univers qu’on appelle tre.
8
L’expérience se termine lorsque la per- Apocalypse. Ce qui interroge le lecteur c’est la si-
sonne comprend qu’il lui faut revenir d’où elle militude entre ces extases et celle des personnes
vient, avec souvent le sentiment ressenti d’une tâ- vivant une EMI. Ces états de conscience modifiée
che (mission) à finir. où l’être humain accède à une autre réalité indi-
Aucun des témoins ne sort « indemne » quent que le monde est bien plus grand que notre
de cette expérience. La plupart des personnes re- champ actuel de connaissance.
voient totalement leur système de valeurs et de- Ouvrons l’Evangile au moment de la
viennent plus altruistes, rejetant les enjeux de pou- transfiguration du Christ, le prodigieux se joint à
voir et de domination. Il leur est souvent difficile l’humain :
d’en parler par peur d’être regardés comme des - « Six jours après, Jésus prit avec lui
personnes bizarres par leur entourage. Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les condui-
sit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfi-
guré devant eux; son visage resplendit comme le
Approche soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la
lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent,
Théologique
s'entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole,
dit à Jésus : Seigneur, il est bon que nous soyons
ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une
D ans la Bible, il existe plusieurs tex-
tes qui font référence à des expérien-
ces spirituelles où l’être humain est projeté dans
pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme
il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit.
Et voici, une voix se fit entendre de la nuée avec
une autre réalité. Par exemple cet extrait de la
ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en
deuxième épître de l’Apôtre Paul à la communauté
qui j'ai mis toute mon amour : écoutez-le! Lors-
des Corinthiens :
qu'ils entendirent cette voix, les disciples tombè-
- « Faut-il faire le fier ? Cela n'est sans
rent le visage contre terre, et furent saisis d'une
doute pas convenable. J'en viendrai néanmoins aux
grande peur. Mais Jésus, s'approchant, les toucha,
visions et aux révélations du Seigneur. Je connais
et dit : Levez-vous, n'ayez pas peur ! Ils levèrent
un homme dans le Christ, qui, voici quatorze ans –
les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils
était-ce en son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de
descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet
son corps ? Je ne sais ; Dieu le sait - cet homme là
ordre : Ne parlez à personne de cette vision, jus-
fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et cet homme là –
qu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des
était-ce dans son corps ? Etait-ce sans son corps ?
morts. » (Mathieu 17,1-9)
Je ne sais, Dieu le sait - fut enlevé dans le paradis,
Par un acte extraordinaire de sa volonté
et qu'il entendit des paroles ineffables qu'il n'est
Jésus ouvre les portes entre l’univers dans lequel
pas permis à un homme d'exprimer. » (2 Cor. 12,1-
nous vivons, et celui où vivent ceux et celles qui
4)
nous ont quitté. Les barrières sont levées, les fron-
A la lecture de cette révélation de l’Apô-
tières des mondes - pour un temps - sont abolies !
tre le mot « extase » (du latin ex-stasis = hors de
Pourtant Moïse avait disparu depuis 1200 ans et le
soi) vient instantanément à l’esprit. Tomber dans
prophète Elie vivait 600 ans avant l’ère chrétienne...
l'extase c'est quoi au juste ? Décomposons le ex-
Ce qui frappe encore dans ce récit, c’est le dialo-
stase - autrement dit changement de lieu - la cons-
gue entre ces trois personnalités : Jésus, Moïse et
cience est emportée ailleurs. Les récits de la vie
Elie. La « Communion des Saints », cette formule
des saints révèlent couramment ce type d’expé-
utilisée dans le Symbole de la Foi (Credo des Apô-
rience : - « Moi, Jean, votre frère et votre compa-
tres), devient ici une réalité. Les défunts sont des
gnon dans l'épreuve, la royauté et la constance en
vivants dans une autre réalité…
Jésus. Je tombai en extase le jour du Seigneur ».
Prier les êtres aimés disparus, le Christ,
(Apocalypse 1,10)
la Vierge ou les Saints, c’est croire qu’ils ne sont
En révélant ce grand secret de sa vie inté-
jamais loin de nous. La Foi permet à notre esprit
rieure l’Apôtre Paul évoque l’une de ses visions,
d’agir sans aucune limite. Lors de la fête de la Tous-
celle du troisième ciel. Que Paul soit l’objet de phé-
saint le 1er novembre ou le 2 pour le jour des morts,
nomènes mystiques, d’expériences spirituelles for-
le missel des offices rappelle que l’Eglise est for-
tes n’est pas pour nous surprendre. L’Apôtre Jean
mée de trois parties : l’Eglise triomphante, celles
par exemple vit cette expérience en rédigeant son
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et ceux qui sont déjà arrivés au paradis du troi- thaumaturge de Gazinet) parla en polonais à un en-
sième ciel, l’Eglise souffrante, constituée par les fant de dix ans et lui chanta une berceuse. Elle af-
âmes en peine de l’au-delà (le purgatoire), l’Eglise firma par la suite ne pas savoir un seul mot de cette
militante, les vivants sur la terre. Dans la « Com- langue, mais que la Sainte Vierge lui avait dicté.
munion des Saints » ces trois composantes peu- Dans les expériences d’EMI nous retrou-
vent dialoguer dans la prière et par la Foi, s’aider vons l’accès à un savoir universel, le sentiment de
mutuellement. Les racines de l’Eglise plongent comprendre tout l’univers et tout ce qui existe,
autant dans le terrestre que dans le céleste. comme par une sorte de « science infuse ». Le té-
Enfin, si le troisième ciel est le paradis moignage suivant, trouvé sur le site http://
pour l’Apôtre Paul, que penser du quatrième, du www.iands-france.org est édifiant à ce sujet. On y
cinquième, du sixième ou du septième ciel ? découvre même une sorte « d’identification » à tout
Un célèbre Père de l'Eglise du IIème siè- ce qui existe. Lisons-le pour comprendre :
cle - l'évêque de Lyon Saint Irénée - affirme : « Le - « Il y a eu une forêt. J'ai d'abord eu une
monde se compose de vue panoramique de
sept cieux. Y habitent la forêt, puis ensuite
les Vertus, les Anges et cette impression «
les Archanges; ils d'entrer » dans le dé-
remplissent les fonc- tail des arbres, jus-
tions du culte envers qu'à la cellule, cette
le Dieu bon et créa- impression d'arriver
teur de tout. C'est à l'intimité de l'arbre.
pourquoi est abon- C'est plus que visuel,
dante l'habitation de c'est une impression
l'esprit de Dieu. Le de.. personnification.
prophète Isaïe (Isaïe Ça ne s'est pas passé
11,2) énumère sept que pour les arbres,
formes de son culte mais aussi pour les
qui ont reposé sur le rochers, pour une
Fils de Dieu, le Verbe, simple vitrine de ma-
au moment de son In- gasin. C'est assez cu-
carnation. La pre- rieux, c'est une im-
mière est la Sagesse: pression de compren-
elle contient toutes les dre la matière, l'im-
autres. Moïse en a pression d'être les
donné le modèle dans deux à la fois, moi
son candélabre à sept même et l'arbre, les
branches. » (Démons- rochers. Par exemple,
tration Apostolique quand j'étais l'arbre,
12,761) j'avais la notion
Jésus lui- qu'autour de moi il y
même déclare : « il y a beaucoup de demeures dans avait des espèces hostiles. Le problème, sur le
le royaume de mon Père » (Jean 14,2). moment, c'est qu'on a une espèce de connaissance
Il existe une autre singularité dans les ex- totale. Tout semble évident donc il est difficile d'être
périences d’EMI sur laquelle on peut réfléchir quel- curieux - mais c'est ce qu'on en rapporte - il fau-
ques instants : l’impression de connaissance to- drait pouvoir tout noter !
tale... Dans la Bible, avec la Pentecôte et la venue (-) Je me suis trouvé dans une grotte. Elle
de l’Esprit-Saint, nous voyons les Apôtres parler n'était pas éclairée, pourtant tout était clair, par-
des langues qu’ils n’ont pas apprises. Le don de faitement clair sans aucune lumière... C'était la
science - l’un des sept dons de l’Esprit-Saint - dé- grotte des Trois Frères, je l'ai su après. Ça s'est
veloppe en eux ce charisme, potentialité qui se re- passé de la même façon que pour les arbres ou les
trouve dans la vie des saints comme dans l’épi- rochers, les symboles qui étaient sur les parois et
sode surprenant où Madame Mathieu (la célèbre leur signification étaient évidents pour moi, ils fai-
saient partie de moi. Plusieurs années après, je
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suis allé à une conférence où une spécialiste de- On doit pouvoir appeler cela un état de grâce.
vait parler de la symbolique des peintures rupes- L'idée de Dieu entrait en moi sans aucune hésita-
tres. Je suis resté pour discuter avec elle après sa tion possible. Je pensais intérieurement aussitôt :
conférence, elle m'a demandé sur quel chantier je « Pourquoi moi alors que mon mari souffre tant et
travaillais ! Comment lui expliquer que je n'avais qu'il aurait plus besoin de cette aide ? » On m'a
jamais mis les pieds dans une grotte, ni lu le moin- répondu que c'était pour moi, mais aussi pour lui
dre livre là dessus ? » afin de le mener jusqu'au bout du chemin. En même
temps je comprenais qu'il n'y aurait pas de rémis-
Cette impression de connaissance totale, sion et que d'ici quelque temps il allait mourir. Je
caractéristique des EMI est aujourd’hui encore n'étais pas triste.
inexplicable pour un esprit cartésien. Ces expérien- Cet envahissement m'a apporté une
ces hors du commun dépassent notre science et les grande sérénité qui ne m'a plus quittée depuis cette
limites de notre cerveau, tout simplement… époque.
Pour le croyant il me semble qu’elles sont Quelques jours plus tard, le chirurgien
un réconfort et une raison de plus d’espérer en un m'a confirmé en tête à tête que malheureusement
monde meilleur. La vie est déjà un mystère, sou- le péricarde était déjà pris et que le cancer allait
vent prétexte à bien des émerveillements. Nous ne donc continuer à se propager. On m'a dit que c'était
sommes sans doute pas au bout de nos surprises. un cancer à évolution rapide mais sans réellement
me fixer d'échéance. Cela n'a pas entamé ma force
qui grandissait. Le seul doute que j'ai eu au début
un Témoignage c'est que la douleur étant trop forte, ce soit mon
inconscient qui y ait pallié et m'ait joué des tours.
Extraordinaire
Ce doute, je l'ai évacué depuis longtemps. J'ai re-
commencé à lire, à rechercher des témoignages de
foi pour comprendre, comparer et cette foi est tou-
I l concerne un couple ayant partagé et
vécu des moments terribles liés à la
maladie et à la mort. Pourtant, de grandes raisons
jours grandissante en moi. Chaque soir je me sen-
tais appelée à prier, moi qui ne connais aucune
prière, à essayer de donner mes forces positives
d’espérer et de croire se dégagent de ce récit. C’est
pour aider d'une façon inconnue, par mon amour,
sans doute ce qui est important et lui donne cette
tous ceux qui en ont besoin.
force extraordinaire :
En décembre 90, alors que je faisais mes
courses en grande surface, donc dans un environ-
- « Mon mari, Jean-Marie, est décédé le
nement très matériel, je me suis sentie inondée
8 septembre 1992, à l'âge de 45 ans d'un cancer
d'amour. Je continuais à marcher comme si j'étais
professionnel dû à l'amiante, à la suite de deux ans
au-dessus du sol et je regardais tout avec d'autres
et demi de souffrances. Institutrice, j'avais moi-
yeux. Je tiens à préciser que je ne prends aucun
même 40 ans et nous avions deux enfants de 9 et 7
médicament et donc que je n'ai subi aucune in-
ans. En février 90, mon mari a commencé à souf-
fluence chimique. Mon mari n'a jamais su la gra-
frir d'une pleurésie au poumon gauche. Après main-
vité de son état. Il se persuadait qu'il allait guérir
tes ponctions, les pneumologues de l'hôpital de
et a lutté jusqu'au bout en effectuant de nombreux
Rouen en ont décelé la cause : l'amiante. Mon mari
travaux à la maison malgré les douleurs physiques.
était chaudronnier. Au mois d'août 90, on lui a en-
Il ne travaillait plus à l'extérieur depuis février 90.
levé la plèvre gauche. J'ai reçu une éducation athée
Une ou deux fois je lui ai parlé un peu de ma foi
et bien qu'ayant beaucoup lu au sujet des diverses
qui s'était installée. Il m'a dit qu'il comprenait et
religions, je n'avais eu, jusqu'à ce jour d'août 90,
ne s'en moquait pas, que son père était très croyant
aucune démarche spirituelle.
mais que malheureusement lui n'était pas touché,
Mon mari était donc en réanimation après
ce qu'il regrettait. J'ai donc vécu cette foi comme
l'opération et je ne pouvais lui rendre visite, uni-
un secret.
quement avoir des renseignements sur sa santé par
L'état physique de mon mari s'est dégradé
téléphone. J'étais donc à la maison, seule, le ma-
avec un manque d'air de plus en plus fort. Le mois
tin, tricotant au bout de ma table, lorsque j'ai senti
d'août a été très dur pour lui, mais je ne m'éten-
autour de moi une ou plusieurs présences très for-
drai pas sur tous les détails. Fin août, il est allé
tes, avec beaucoup de bonheur qui m'envahissait.
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va peut-être vous pa-
raître choquant, mais
cette journée a été pour moi
la plus forte, la plus merveilleuse. Elle était
l'aboutissement de notre amour déjà très profond
quelques jours auparavant. Nous avons passé en revue un maxi-
à l'hôpital pour mum de questions matérielles, argent pour la mai-
une ponction abdo- son, enterrement, incinération et bien d'autres cho-
minale, le foie était pris, ses. Il a voulu dire adieu à beaucoup de gens et
puis il est revenu à la mai- surtout leur témoigner de l'Au-delà. Des amis, la
son, ce que je souhaitais. Il famille ont défilé tout l'après-midi à la maison. Vous
avait toujours espoir. Nous avi- imaginez leur stupéfaction. Nous étions très cal-
ons des bouteilles d'oxygène à la mes, surtout mon mari, illuminé. Il avait refusé la
maison, mais cela ne servait pas morphine dans la journée pour rester éveillé et lu-
à grand-chose puisque les poumons cide malgré ses souffrances. Enfin, vers 8 heures,
ne ventilaient plus. Il avait une pleu- mes deux enfants sont arrivés accompagnés par
résie à l'autre poumon et j'avais com- mes parents et il leur a transmis son ultime mes-
pris que la mort viendrait par as- sage : « vous ne verrez plus Papa, mais je serai là,
phyxie, en plus de la dégradation du à côté de vous, et vous protégerai tout le temps.
corps due au cancer. Mon mari prenait Dieu existe, Maman vous expliquera.» Il a donné
de la morphine par voie buccale depuis tous les conseils pour une vie droite et juste. Et
un an. Mais là, malgré sa force de ca- puis, à 23 heures 15, la douleur étant trop forte
ractère, sa volonté de ne pas dormir, de ainsi que la fatigue, ses deux meilleurs amis se sont
vivre, sans le lui dire, je lui ai caché le retirés et l'infirmière est venue lui faire une piqûre
contenu des ampoules. L'infirmière est de morphine. Nous l'avons installé sur le canapé
venue les derniers jours pour lui admi- sachant que lorsqu'il nous sonnerait, ce serait pour
nistrer des piqûres de morphine en plus la fin du chemin.
de ses nombreux médicaments. Les 3 der- A 2 heures 15, le mardi matin donc, j'ai
niers jours, il ne pouvait plus monter à entendu cette clochette. J'ai allumé et me suis pré-
l'étage, donc, il dormait dans le salon, sur le cipitée. Il étouffait. L'air ne passait pratiquement
canapé, et je m'étais installée un petit lit pour moi plus. Je l'ai pris dans mes bras, assis, et lui ai parlé.
à côté. Dans la nuit du dimanche à lundi, il m'a Je lui ai dit de ne pas résister, que la Lumière était
sonnée avec une clochette, car dans ces moments- là, qu'on l'attendait. Tout s'est calmé. Il ne m'a pas
là il ne pouvait plus parler. Je me suis précipitée à quittée des yeux jusqu'à 3 heures 15. Son dernier
côté de lui pour l'aider à se redresser. souffle est parti dans l'apaisement. Je savais qu'il
Il a chuchoté : « lumière, lumière ». J'ai était, qu'il est toujours avec moi, dans moi.
aussitôt pensé qu'il était angoissé et j'ai allumé le Voilà, ceci est mon témoignage en la foi,
lampadaire pour le reste de la nuit. l'Au-delà, Dieu. Il me semble tellement dérisoire
Le matin vers 8 heures, donc le lundi 7 d'écrire cela. Je pense que les gens de mon entou-
septembre, il était assis. Il respirait un peu mieux. rage ont peut-être été choqués de mon manque de
Il m'a regardée et m'a dit : « je vais mourir la nuit désespoir par rapport à la situation, mais lorsqu'on
prochaine, je suis déjà mort la nuit dernière, mais vit cela, tout est différent. Je ne peux plus être pro-
je suis revenu pour vous dire que Dieu existe. Cette fondément triste. Nous avons tous un chemin sur
nuit, j'étais dans un tunnel noir et au bout j'ai vu terre, souvent pénible, mais je sais qu'autre chose
une lumière ». C'est ce qu'il avait réussi à me dire existe après, tellement différent, et que l'amour
la nuit, mais je ne l'avais pas bien compris. Je l'ai continue, indéfiniment au-dessus de tout.
regardé et j'ai senti que le moment était venu. Je
lui ai dit que je le savais depuis 2 ans et que cette Ce témoignage, trouvé sur le site
nuit j'allais l'aider. La lumière au bout c'était Dieu. http://www.iands-france.org est le plus émouvant
On l'attendait, ses parents décédés etc... Qu'il y de ceux que j’ai pu découvrir. Comment y être in-
aille, que la lutte était finie... différent tant il est rempli de tendresse et d’huma-
Mon mari n'avait rien lu à ce sujet et je nité ? Il donne de l’espoir.
ne lui avait jamais fait part de mes lectures. Cela Mgr Thierry Teyssot
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ange à Montbrison, célébrera une messe particu-
La lière pour tous les défunts de cette monstrueuse bar-
barie. Les prières d’apaisement et de soutien iront
à tous ceux qui ont été fauchés brutalement en
grande guerre pleine jeunesse. Beaucoup de défunts n’ont pas eu
de sépultures décentes et peu de tombes seront fleu-
ries dans les cimetières militaires de la Somme ou
de Verdun.
Prier pour le repos de l’âme des défunts,
L
e 3 août 1914 l’Allemagne déclare c’est aussi notre devoir et notre rôle. Prier pour la
la guerre à la France et par le jeu Paix dans le monde, c’est aussi notre responsabili-
des alliances c’est bientôt toute té, afin que l’Esprit de Dieu agissant dans le monde
l’Europe qui est plongée dans ce que l’on appelle- puisse guider les choix des femmes et des hommes
ra la première guerre mondiale. qui gouvernent les Etats.
Des millions de jeunes français sont mo- Cette seule évocation des morts de la
bilisés et se dirigent vers les champs de bataille «la grande guerre nous fait tous frémir aujourd’hui.
fleur au fusil » pensant que les com- Cela devait être « la der des der » pour-
bats seraient de courte durée. Mais très tant il n’en fut rien et d’autres conflits
rapidement le constat est fait que la ont ensanglanté ce siècle.
guerre sera longue et très meurtrière. Cela ne serait plus possible en
Durant quatre années, c’est une guerre 2018 nous disent certains mais il con-
de tranchées qui est menée avec une uti- vient à chacun de rester vigilant face à
lisation intensive de l’artillerie qui sera la montée des extrêmes et des intégris-
de très loin l’arme la plus meurtrière mes en tous genres. Chacun doit agir
de cette guerre. selon sa conscience pour que de telles
La première guerre mondiale horreurs ne se reproduisent pas.
se solde par 1,3 millions de morts et Ma pensée ira en conclusion
plus de 4 millions de blessés pour les de cet article vers Monseigneur Giraud,
militaires. Les pertes totales pour les Patriarche de l’Eglise Gallicane qui a
22 pays ayant participé au conflit sont fait cette guerre de 14-18 comme infir-
de 9,5 millions de morts pour les militaires auquel mier et aumônier militaire. Durant ces quatre an-
il faut ajouter 8,8 millions de morts civils ainsi 21 nées de guerre, il a fait son devoir de soldat, comme
millions de blessés. L’Europe toute entière a été le relate si bien les correspondances de cette épo-
totalement bousculée. que. Il met à profit chaque instant libre pour tra-
La société qui sortira de cet enfer fera en- vailler à jeter les bases de notre Eglise. Il écrit, il
trer l’humanité dans le 20 ème siècle avec malheu- consulte, il pilote à distance en déléguant comme
reusement encore d’autres conflits à venir. Les mu- il peut. Surtout il ne lâche rien et travaille pour ce
tations de la société et des familles seront considé- temps de paix qui reviendra forcément. A ce titre
rables. Les destructions sont considérables. Les sé- Monseigneur Giraud est l’image même de l’espé-
quelles sont innombrables, sur le plan psychique rance et il reste un exemple pour tous les gallicans.
et sur le plan social ou encore économique. Cha-
que famille a été touchée dans son cœur et dans sa Père Robert Mure
chair et nos mémoires collectives en portent en-
core les traces. 1) C’est à Roland Dorgelès que l’on doit ce cal-
« S’il fallait faire défiler tous les morts cul dans un article du quotidien Le Journal paru le 11 no-
vembre 1928. Dorgeles fait ce calcul à partir de renseigne-
français de la guerre de 14-18, sur les Champs Ely- ments donnés par le général d’armée qui lui a indiqué qu’il
sées en formation et au rythme réglementaire, il fallait une demi-heure pour faire défiler un régiment de quinze
faudrait 11 jours et 11 nuits » (1). Cette citation de cents hommes. On retrouve cette citation à la fin du film de
Roland Dorgelès donne une image de ce que re- Bertrand Tavernier « La vie et rien d’autre » avec Philippe
présente ce drame pour notre pays. Noiret dans le rôle du commandant Dellaplane.
Le 14 juillet, les troupes défilent douze minutes à
Le dimanche 11 novembre 2018 sera l’oc- 110 pas/minute. Seuls les chasseurs à pieds (140 pas/minute)
casion de commémorer les 100 ans de la fin de la et les pionniers de la légion étrangère (88 pas/minute) font
guerre de 14-18. La chapelle Saint Michel Arch- exception.
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Vie de de quatre mois de souffrance, atteinte d’une longue maladie.
Une délégation de fidèles de la paroisse s’est rendue à ses
obsèques. Le Dimanche 16/09 à 11h, la Messe a été célébrée
à sa mémoire. Avec tous ceux qui l’ont connue, aimée et ap-
préciée, nous présentons nos plus sincères condoléances at-
15
Le Gallican
** JOURNAL TRIMESTRIEL: "LE GALLICAN"
Tél: 05 56 31 11 96
- Etranger: 14 Euros