UNIVERSITE MUSULMANE AFRICAINE (UMA)
SUPPORT COURS : FINANCES PUBLIQUES
Année académique 2019/2020 Enseignant: Dr. MEITE Youssouf
Sommaire
Introduction
Chapitre 1 : Notions générales des finances publiques
1- Définition des finances publiques
2- Définition du budget de l’État
3- Définition de la politique budgétaire
Chapitre 2 : les sources juridiques du droit budgétaire
A- Les sources écrites
1- Autres sources
2- Les sources non-écrites:
Chapitre 3 : le droit budgétaire et ses principes
chapitre 4 la procédure budgétaire
Chapitre 5 : le contrôle de l’exécution du budget de l’État
Bibliographie
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Introduction
Les finances publiques sont au cœur de la décision politique. Elles constituent un
des principaux leviers de l’action publique et expriment des choix de société. Leur périmètre
s’est accru avec le champ de l’intervention publique. À l’origine limitées
aux fonctions régaliennes (défense, justice, police, diplomatie...), les finances publiques
concernent aujourd’hui tous les domaines de l’action publique.
Les finances publiques correspondent, selon une définition classique, aux finances des
administrations publiques.
Quelles sont ces administrations publiques ? Ce sont des organismes qui fonctionnent à partir
de ressources provenant majoritairement de prélèvements obligatoires: l’État, les
établissements publics administratifs nationaux, les collectivités territoriales, etc.
Au sens juridique, les finances publiques restent tributaires de la conception française. II s'agit
alors d'un ensemble de règles et principes qui gouvernent la gestion des deniers publics, quelles
que soient leur affectation et leur assiette, si diversifiées de nos jours.
Le mode de mobilisation des ressources publiques, les procédures et mécanismes d'affection
de ces ressources, le mode de comptabilisation, les systèmes de contrôle de la régularité des
opérations, voire de leur légitimité, forment le contenu de la matière des finances publiques au
sens juridique.
Les finances publiques sont caractérisées par l’expression de l’autorité publique dans la
mobilisation des ressources collectives et dans leur affectation aux charges de la collectivité.
La mobilisation des ressources est caractérisée par le principe et les modalités des prélèvements
obligatoires, en somme les impôts et leurs dérivées, en forme de redevances plus ou moins
fiscales. Et l’affectation des ressources est appelée la dépense publique, quelles que soient les
formes diverses qu’elle emprunte. Tout cela est réalisé par voie d’autorité, sans la nécessité
du consentement individuel des particuliers.
Du point de vue du juriste, l’enjeu principal des finances publiques, c’est le principe de
légalité et le principe de régularité des opérations liées aux finances publiques: c’est le principe
cardinal. Ce principe suppose deux choses principales: l’existence préalable d’un fondement
juridique à toute opération de financement public et le principe d’un contrôle de conformité
avec les principes et règles.
Le système des finances publiques est établi par la spécialité de son régime. Tout ce
que peuvent faire les acteurs est dirigé d’avance par le principe de l’autorisation préalable,
par la voie d’instruments de prévision de portée variable. L’exigence d’une procédure et d’un
contrôle rigoureux des opérations est l’autre caractéristique.
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Les Finances publiques désignent aussi les règles qui gouvernent les finances de l’Etat et des
personnes morales de Droit public.
Elles déterminent la nature, le montant et l’application des recettes et dépenses de l’Etat.
Les finances publiques relèvent des sciences sociales et ont pour objet l'étude du phénomène
financier public dans sa globalité: ressources, charges, trésorerie, procédure budgétaire et
comptable, politique budgétaire etc.
Chapitre 1 : notions generales des finances publiques
1- Définition des finances publiques
Les finances publiques sont couramment définies comme l’étude des ressources, des
charges et des comptes des collectivités publiques, c’est-à-dire principalement de l’État, des
collectivités territoriales, des organismes de Sécurité sociale, de ceux dépendants étroitement
de l’État et des collectivités territoriales (établissements publics), des institutions nationales et
regionals etc.
Les finances publiques sont l'étude des règles et des opérations relatives aux deniers publics.
Les finances publiques peuvent aussi être présentées comme l’ensemble des règles gouvernant
Les finances de l’Etat, des collectivités territoriales des organismes de sécurité sociale, des
établissements publics et de toutes autres personnes morales de droit public. C'est un
champ à la croisée du droit fiscal, du droit constitutionnel, ainsi que de la comptabilité
publique.
À l'intérieur du secteur général de la finance, celui de la finance publique concerne le
financement, le budget et la comptabilité:
- des organismes intergouvernementaux, de niveau régional (comme la CEDEAO,
comme l’UEMOA) ou mondial, en particulier, le FMI et la banque mondiale. C'est là
le terrain de la finance publique internationale ;
- des états et autres collectivités territoriales (régions, départements, communes). Dans
la plupart des pays, l'institution centrale en matière de finance publique est le ministère
des finances ;
- des banques centrales ;
- des organismes para-étatiques (par ex. sécurité sociale, services publics non concédés
au privé...).
Les finances publiques relèvent du droit public et des règles précises encadrant les actions
financières et comptables des acteurs publics (établissement des budgets et des comptes,
perception des impôts, exécution des dépenses, contrôles).
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La conception stricte: la mobilisation et l’affectation de « l’argent public » par voie
d’autorité.
2- fondéments des finances publiques
Le fondement des finances publiques est établi d’emblée par les textes que les acteurs doivent
respecter. A cet égard, nous avons en premier lieu, les règles de niveau international et
communautaire. Elles viennent, en ce qui concerne les engagements internationaux, des
accords avec les bailleurs de fonds multilatéraux (FMI, Banque Mondiale, Banque Africaine
de développement, Union Européenne) et bilatéraux.
En dehors des conventions internationales, nous avons les engagements sous régionaux,
notamment dans le cadre de l’UEMOA. L’UEMOA a édicté des directives sur les finances
publiques. Les règles édictées par les autorités ivoiriennes sont soumises à l’obligation de
conformité avec les principes et directives communautaires, qui forment désormais un stade
supérieur d’harmonisation des finances publiques à l’échelle de l’UEMOA. Il existe par
ailleurs deux directives sur les marchés publics, ainsi que des règles de convergence dans le
cadre de la surveillance multilatérale.
On a également les accords avec les partenaires bilatéraux. Il s’agit de conventions
bilatérales qui obligent l’autorité financière ivoirienne à atteindre certains objectifs. L’exemple
actuel le plus marquant est celui des accords avec la France dans le cadre des conventions dites
de désendettement (C2D) conclues après l’achèvement du programme PPTE (Pays Pauvres
Très Endettés). Les bailleurs bilatéraux ou particuliers de fonds sont regroupés par ailleurs,
dans le cadre de conférences (le club de Paris qui regroupe les bailleurs de fonds publics; et le
club de Londres qui regroupe les bailleurs de fonds privés). Lesquelles conférences concluent
à des périodes régulières des engagements que doivent suivre les États débiteurs.
La constitution ivoirienne comporte ensuite des prescriptions que doivent impérativement
respecter les autorités financières et budgétaires. La répartition des compétences entre autorités
budgétaires, financières et autorités chargées du contrôle a un fondement d’abord
constitutionnel.
3- Les acteurs des finances publiques
Qui sont les acteurs des finances publiques?
- L’Etat, en tant qu’entité politique et aussi en tant que regroupement d’administrations, est
un acteur des finances publiques.
- Les collectivités locales et leurs administrations (collectivité territoriale = lieu de légitimité
infra étatique).
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- Les organismes de sécurité sociale, à la fois des administrations mais aussi des personnes
privées qui gèrent de l’argent public.
- des établissements publics, nationaux ou locaux.
- L’UA, l’UEMOA, la CEDEA, entendues comme représentation politique et comme
regroupement d’administrations.
Les acteurs des finances publiques sont tous les organismes, publics et privés financés
principalement par des prélèvements obligatoires sur les ressources des ivoiriens (sur leurs
revenus, leur patrimoine, etc.) ou leurs consommations et intervenant dans un but d’intérêt
général.
Certains acteurs jouent un rôle déterminant:
- le Parlement consent l’impôt, vote les recettes et les dépenses de l’État et des
organismes sociaux, approuve les comptes et contrôle l’utilisation de l’argent public;
- le ministère chargé des Finances élabore les règles des finances publiques, les pilote,
les contrôle et recouvre les impôts;
- la Cours des comptes juge les comptes des comptables publics, contrôle la gestion de
toutes les administrations, de tous les organismes publics ou parapublics nationaux,
ainsi que l’emploi des fonds publics qui sont alloués à des organismes privés. Elle
assiste le Parlement et le gouvernement dans leurs missions.
4- Définition du budget de l’Etat
Le budget de l'Etat est l'acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses
de l’Etat pour une année civile. Il est constitué d'un ensemble des comptes qui décrivent toutes
les ressources et toutes les charges de l'Etat et des ministères. Le budget de l'Etat est fixé par
les lois de finance qui font l’objet d’un vote au Parlement.
Le Budget de l’Etat est un instrument mis au service de l’équilibre et du développement de
l’économie nationale. Il y a donc un lien étroit entre Budget de l’Etat et Economie Nationale.
(Cf : voir en annexe, la proposition de loi, portant budget de l’Etat pour l’année 2019)
4.1- Les ressources
Qu’est-ce qui compose cette ressource?
La ressource est le concept englobant tous les flux financiers entrants, de manière définitive
ou temporaire. Au sein des ressources, on distingue plusieurs éléments:
- Tout d’abord, le revenu.
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Le revenu, c’est ce que l’on tire de la possession d’un bien ou de l’exercice d’une activité
(fructus). En ce qui concerne les personnes publiques, le revenue peut provenir de la location,
de l’exploitation ou de la vente de biens qu’elles possèdent.
- La recette
D’un point de vue financier et comptable, c’est ce qui entre dans la caisse. D’un point de
vue plus juridique, la recette devrait se définir comme l’ensemble des sommes perçues par une
personne publique, à titre définitif. La recette inclut le revenu. C’est au sein des recettes que
l’on va tenter de préciser ce qui serait un revenu et ce qui n’en serait pas. Du point de vue
juridique, on a les recettes fiscales et les recettes non fiscales.
a- Les recettes non fiscales peuvent être composées d’une multitude de formes
différentes. Le prélèvement obligatoire (PO): la notion fait bien référence à l’ensemble
des versements effectués sans contrepartie à destination d’une personne publique ou
privée.
b- Les recettes fiscales
Dans les recettes fiscales, il faut distinguer les impôts directs des impôts indirects.
- Les impôts directs: l’impôt direct est l’impôt qui va mettre en relation le contribuable (celui
qui supporte le poids économique de l’impôt) et l’administration fiscale. Un exemple typique
d’impôt direct: l’impôt sur le revenu. Les impôts directs représentent théoriquement les
impôts justes par essence. Il permet d’appréhender la capacité contributive directement là où
elle se trouve.
- Les impôts indirects: c’est l’impôt qui fait intervenir un tiers entre celui qui supporte le poids
économique de l’impôt et celui qui perçoit l’impôt, celui qui va réellement remettre l’argent au
percepteur sans en supporter le poids économique. On a le contribuable (celui qui supporte) et
le redevable (celui qui va effectivement régler le montant de l’impôt aux services fiscaux), et
le receveur (celui qui encaisse). Ex. la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) : en payant ses
factures au supermarché, on règle un prix TTC (Toutes Taxes Comprises) à la caisse
comprenant les prix Hors Taxes (HT) et la TVA que l’on règle. Le commerçant garde le
montant Hors Txes (HT) et reverse au Trésor Public (Direction Générale des Impôts) le
montant de la TVA qu’il a collecté.
- L’emprunt et la dette publique
La dette publique est, dans le domaine des finances publiques, l'ensemble des engagements
financiers pris sous formes d'emprunts par un Etat, ses collectectivités publiques et ses
organismes qui en dépendent directement (certaines entreprises publiques, les organismes de
sécurité sociale etc.)
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Elle représente la totalité des engagements d'un Etat (les administrations centrales, locales et
de sécurité sociale) à une date déterminée; elle est le résultat des flux de ressources empruntées
et remboursées par un Etat jusqu'à cette date.
En effet, les recettes de l’Etat ne suffisent presque jamais à financer toutes ses dépenses. L’Etat
présente donc souvent en fin d’année un solde budgétaire négatif, aussi appelé déficit public.
Pour faire face à ce déficit, un Etat emprunte sur les marchés financiers. A la différence d’un
ménage, un Etat n'emprunte généralement pas auprès d’une banque, mais émet des titres,
essentiellement des obligations, sur les marchés. Il s’engage à rembourser ces obligations, en
payant des intérêts, à une date future. Or si les taux d'intérêt auxquels un Etat emprunte
montent trop, celui-ci devient incapable de rembourser sa dette, la charge des intérêts pesant
trop lourds sur son économie. C'est ce qu'on appelle la crise de la dette.
Il ne faut pas confondre "dette publique" et "dette extérieure", la seconde représentant
l’ensemble des emprunts des agents économiques à l'égard des prêteurs étrangers.
Les différents besoins de financement
Matériellement, l’Etat a des besoins de trésorerie:
- Le solde de trésorerie ou déficit de caisse:
C’est l’observation du décalage entre le rythme de perceptions des recettes et le calendrier
des dépenses. Les recettes ne rentrent pas à un rythme constant (sauf recettes de TVA). La
consommation des ménages n’est pas uniforme (Noël, vacances). Les impôts sur le revenu et
impôts sur les sociétés sont réglés par tiers (trimestriellement). Les recettes de l’Etat entrent en
mars, juin et septembre. On constate donc un déficit de caisse au moment du paiement des
fonctionnaires en janviers par ex., soit un solde de trésorerie.
- Le solde budgétaire:
Il génère le déficit budgétaire. C’est le constat de ce que l’ensemble des recettes ne permet pas
de couvrir l’ensemble des dépenses. Ce solde budgétaire est constaté en fin d’année, mais on
fait bien la différence entre le solde budgétaire (qui constate une carence) et le solde de
trésorerie (qui s’effectue au quotidien). Il faut financer ce déficit budgétaire qui est une autre
cause à l’emprunt. Il s’agit du besoin de financement lié à l’amortissement de la dette.
En effet, dans une dette il y a le capital et les intérêts, intérêts qui sont considérés comme une
dépense de l’exercice; le principal (le capital) n’est pas une dépense mais une ressource
temporaire. Pour rembourser cet emprunt, on procède à son amortissement c’est-à-dire
rembourser le capital en plusieurs échéances.
4.2- les dépenses de l’Etat
Les dépenses sont constituées:
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- des dépenses de fonctionnement des services publics: salaire des fonctionnaires,
entretiens…
- des dépenses d’équipement ou d'investissement: construction de route, d’écoles,
équipement et installation techniques….
- des dépenses d’intervention dans les domaines social, économique et international:
sécurité sociale, assurance maladie, aides aux ménages, aux entreprises….
- du paiement des intérêts sur la dette publique.
Ces dépenses peuvent être classés selon la finalité en:
a) dépenses de régulation de l’ordre social
- les dépenses pour la sécurité du citoyen, dite de sécurité extérieure (forces armées); les
dépenses de sécurité intérieure etc.
b) dépenses d’intervention
Elles visent à organiser le développement de la société. Cela peut prendre plusieurs formes :
des aides économiques
c) Les dépenses de transfert
Ce sont des dépenses non consommées par la personne publique qui la met en œuvre
(consommation au sens économique). Ex. la subvention.
4.3- Équilibre, excédent et déficite budgétaire
L'équilibre du budget de l'Etat est assuré au moyen de l’endettement s'il est déficitaire
ou de placements en cas d'excédents.
Le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes du budget de l’État sont
inférieures aux dépenses. Il s’agit donc d’un solde négatif de l’Etat. Il y a déficit lorsque les
dépenses excèdent les recettes. Dans le cas contraire, on parle d’un excédent. Un budget est
en équilibre lorsque les recettes sont égales aux dépenses.
Le déficit budgétaire ne doit pas être confondu avec le déficit public qui englobe le solde des
recettes et des dépenses des autres administrations (collectivités territoiriales et organismes de
sécurité sociale notamment).
Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. La dette de l’État se définit alors
comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours (montant total des
emprunts) résulte de l’accumulation des déficits de l’État.
- Le Budget de l’Etat: un outil de politique économique.
L’Etat comme tout particulier, c’est à dire tout agent économique, élabore un budget
qui vise à équilibrer ses recettes et ses dépenses.
L’Etat, qui est une personne morale de Droit Public, dispose cependant d’un statut particulier.
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Pendant longtemps, l’idée dominante fut que le budget de l’Etat ne devrait pas influencer les
différents acteurs économiques. Aujourd’hui, l’intervention des Finances Publiques réside en
un bon dosage entre politique budgétaire et politique monétaire.
Par sa politique budgétaire, au travers par exemple de subventions ou autres, l’Etat influence
le comportement des différents acteurs économiques: épargne, consommation et cette politique
reflète un choix de société.
Durant la période dite de l’Etat-Gendarme, la politique ne visait uniquement qu’aux fonctions
régaliennes.
Seulement depuis la première guerre mondiale, l’Etat-Gendarme a muté en Etat-Providence
visant à des fonctions de relance de la croissance et pratiquant une politique de redistribution
des richesses.
4.4- les fonctions du budget de l’Etat
Ainsi, le budget de l’Etat a
- Une fonction d’allocation: elle vise à la satisfaction de besoins collectifs au moyen de
la dépense publique.
- Une fonction de redistribution: elle vise à la répartition des revenus et la distribution
des fruits de la croissance par le moyen de la fiscalité et des transferts sociaux.
- Une fonction de stabilisation: elle vise à agir sur la conjoncture en jouant sur la
demande des ménages, le marché de l’emploi et voire même la croissance en elle-même
à plus long terme, par la mise en place d’une politique industrielle.
Tout gouvernement définie sa politique et sa stratégie budgétaire en répartissant les moyens
financiers entre ces trois fonctions, en insistant toutefois plus ou moins sur une des trois
fonctions selon sa sensibilité politique et le contexte économique.
- Le budget est un symbole de l’incarnation du pouvoir politique.
Le souci majeur de tout pouvoir est de disposer de finances, soit pour nourrir ses ambitions de
conquêtes militaires, soit pour renforcer son système de Gouvernement au moyen d’un appareil
administratif efficace et performant de perception des taxes et impôts, afin de répondre à ses
besoins de fonctionnement.
Jean Bodin, juriste du 16ème siècle, est l’auteur du fameux adage: « L’argent est le nerf de la
guerre ».
De même, il faut retenir que le budget est avant tout un acte politique. Il est la traduction
d’un programme politique. C’est l’expression même du pouvoir.
A l’origine, le budget de l’Etat est la manifestation d’un pouvoir politique central fort.
Aujourd’hui, il est le symbole même de la démocratie représentative. La naissance d’un réel
Droit Budgétaire est concomitante à la naissance du régime parlementaire.
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Définition de la politique budgétaire
La politique budgétaire est la politique que met en œuvre un gouvernement pour agir
sur l'économie du pays en utilisant son pouvoir de fixer les recettes de l'Etat et les priorités
dans la répartition des dépenses publiques.
La politique budgétaire est un des moyens dont dispose le gouvernement pour réguler
l'économie et conduire des actions sur les cycles économiques afin d'atteindre ses objectifs que
ce soit dans le domaine social ou économique.
Le gouvernement peut par exemple compenser un ralentissement de la demande privée par
une augmentation des dépenses publiques afin de stimuler l'économie, mais avec pour
consequence une dégradation du solde public. Ex : politique de relance.
À l'inverse, lorsque la croissance économique est élevée, la discipline budgétaire permet de
réduire le déficit public, voire de constituer des excédents qui pourront être utilisés
ultérieurement.
5- Définition des lois de finances
Une loi de finances est une loi ordinaire, adoptée avec une procédure de vote spéciale, qui
fixe, pour une année donnée (l'exercice budgétaire) la nature, le montant et l'affectation des
ressources et des dépenses de l'Etat. Elle est obligatoirement votée par le Parlement avant le
début de l'année budgétaire de référence.
La loi de finances est donc l'acte législatif par lequel le Parlement vote le budget de l'État. Elle
autorise le pouvoir exécutif à percevoir l'impôt et à engager des dépenses publiques pendant
une période déterminée, et peut contenir d'autres dispositions relatives aux finances publiques.
Elle est la principale expression du consentement à l'impôt.
Dans les conditions et sous les réserves prévues par la loi organique (cf : Loi organique
n°2014-336 du 05 juin 2014 relative aux lois de finances en annexe), les lois de finances
déterminent, pour un exercice, la nature, le montant et l'affectation des ressources et des
charges de l'Etat, ainsi que l'équilibre budgétaire et financier qui en résulte. Elles tiennent
compte d'un équilibre économique défini, ainsi que des objectifs et des résultats des
programmes qu'elles déterminent.
5.1- Etablissement de la loi de finance
L’établissement de la loi de Finances impose que trois (3) étapes soient mises en œuvre.
Il s’agit de :
- la conformité de la loi de Finances avec les principes du Droit budgétaire,
- la préparation administrative du document budgétaire et
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- l’adoption du projet de la loi de Finances.
L'Assemblée nationale est toujours saisie en premier des projets de lois de finances qui ne
peuvent émaner que du Gouvernement.
Les termes « loi de finances » recouvrent plusieurs types de loi à objet financier: la loi de
finances initiale (le budget de l'État), les lois de finances rectificatives (qui viennent, s'il y lieu,
modifier le budget en cours d'exercice) et la loi de règlement des exercices clos.
Les trois types de lois de finances:
- la loi de finances initiale (LFI)
c’est la loi de finance qui prevoit le budget de l’Etat pour l’année à venir.
La loi de finances initiale est la loi prévoyant et autorisant, pour chaque année civile (principe
de l’annualité budgétaire), l’ensemble des ressources et des charges de l’État. la LFI, dans sa
première partie, permet la perception des ressources de l'Etat et des impôts de toutes natures.
Elle autorise l'Etat à emprunter pour se financer. Dans sa seconde partie, la loi de finances
initiale fixe le montant des crédits des programmes ou des dotations, en autorisation
d'engagement et en crédits de paiement pour le budget général, les budgets annexes et les
comptes spéciaux.
- les lois de finances rectificatives (LFR),
Une LFR, connue dans le langage courant sous le nom de « collectif budgétaire », a pour but
de corriger à la hausse ou à la baisse les dépenses et recettes prévues en loi de finances initiale.
Votée en cours d'année, elle modifie les dispositions des lois de finances initiales compte tenu
de l'évolution de la conjoncture économique et financière
C’est la loi de finance qui modifie la LFI.
- la loi de règlement (LR)
À la fin de chaque exercice, elle arrête le montant définitif des dépenses et des recettes de
l’État et le résultat financier qui en découle. La loi de règlement est la loi de constatation de la
dernière loi de finances exécutée.
Loi de programmation des finances publiques (LPFP)
Une loi de programmation des finances publiques (LPFP) est une loi ordinaire ayant
pour objectif de planifier à moyen terme les recettes et les dépenses de l'Etat, de la sécurité
sociale et des collectivités territoriales. Elle s'inscrit dans une démarche de gestion
pluriannuelle des finances publiques, d'au minimum trois ans, tendant vers l'équilibre
budgétaire.
Les LPFP ne sont pas des lois de finances et ne remettent pas en cause le principe de l'annualité
budgétaire. Elles fixent le cadre financier général de l'ensemble des administrations publiques
(Etat, organismes divers d'administration centrale, administrations publiques locales et
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administrations de sécurité sociale). N'étant pas contraignantes pour la procédure de
préparation et d'adoption du budget annuel, elles ont une portée juridique relativement faible.
Chapitre 3 : les sources juridiques du droit budgétaire
1- Les sources écrites
- La constitution
Préambule, déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, les articles 14 et 15 du texte
constitutionnel.
L’article n°43 et l’article 93 dispose de la fixation de l’impôt par la Loi, c’est à dire par
le législateur.
- Les lois organiques ( cf le document en annexe)
- Le Règlement:
Le Règlement représente l’ensemble des actes et décisions prises par le Gouvernement.
Ces actes posent les modalités de mise en œuvre de l’exécution du budget.
2- Autres sources
Il existe également, comme sources écrites, des sources issues du Droit Externe tels que des
traités de l’UEMOA. l’UEMOA exerce donc un contrôle sur les budgets des pays membres car
ils ont un impact sur la politique monétaire communautaire confiée à la BCEAO,
3- Les sources non-écrites:
- La Jurisprudence du Conseil Constitutionnel:
Le Conseil Constitutionnel émet des avis et prend des décisions, outre les autres domaines sur
lesquels il se prononce, également sur l’équilibre budgétaire. Il interprète ainsi tout ce qui attrait
aux textes de politique budgétaire.
- La Jurisprudence des organismes financiers publics:
Par organismes financiers, on peut citer par exemple la Cour des Comptes dont le rôle est
d’émettre des avis, prendre des décisions et juger les comptes des comptables publics. Elle
assiste également le Parlement dans ses missions de contrôle du Gouvernement.
Comme autres organismes financiers ou juridictions financières, on peut également citer
les ordonnateurs des établissements publics, des collectivités publiques.
Chapitre 4 : le droit budgétaire et ses principes
Le droit budgétaire fait référence au droit de l’autorisation de la recette et de la dépense.
Les principes du droit budgetaire
1- le principe de l’annualité budgétaire
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Ce principe signifie que le budget est voté par la loi de Finances pour une année civile.
L’année civile en Côte d’Ivoire part du 1er Janvier au 31 Décembre.
Mais, ce n’est pas le cas dans tous les pays: si les budgets respectent généralement le principe
d’annualité, ils peuvent néanmoins avoir des dates d’application différentes. Par exemple, la
Grande-Bretagne, le Japon et le Canada font débuter l’exercice budgétaire le 1er avril, et les
États-Unis, le 1er octobre.
Dans la pratique, le principe d’annualité est donc soumis à des aménagements, destinés à
concilier continuité budgétaire et souplesse de fonctionnement de l’État.
Il existe cependant des dérogations au vote annuel du budget. Il s’agit du «Douzième
provisoire ». Cette dérogation est accordée pour les budgets s’étalant sur une période inférieure
à un an.
Le « Douzième provisoire » porte sur le renouvellement mensuel de l’autorisation donnée pour
engager les dépenses et percevoir les recettes. Le budget antérieur est donc reconduit et il est
octroyé le 1/12ème de la dotation de l’année précédente.
Lorsque le budget porte sur une période supérieure à un an, les autorisations de programme et
les lois de programme s’appliquent.
L’autorisation de programme est appliquée pour les cas où la période est supérieure à un an.
L’autorisation de programme détermine les crédits maximum à engager dans une opération
d’investissement pour les années futures. Ces crédits sont accordés par la loi de programme.
Lorsque le budget n’a pas été utilisé en fin d’année, le ministre de l’Economie et des Finances
autorise le report du crédit. Le report de crédit est l’autorisation donnée par le ministre de
l’Economie et des Finances au service demandeur pour que celui-ci utilise, l’année suivante,
le solde du crédit inutilisé.
2- le principe de l’unité budgétaire
Ce principe dispose que les recettes et les dépenses de l’Etat doivent figurer dans un document
unique.
Le principe d’unité recouvre deux règles:
- la règle de l’unité, qui exige que le budget de l’État soit retracé dans un document
unique (la loi de finances). Il s’agit ainsi d’assurer aux parlementaires une bonne
lisibilité du budget, et donc, un contrôle effectif sur les finances de l’État;
- la règle de l’exhaustivité, selon laquelle la loi de finances doit prévoir et autoriser
l’ensemble des recettes et des charges de l’État.
Ces deux règles ne sont pas toujours respectées stricto sensu.
Tout d’abord, le budget de l’État est certes articulé autour d’un document central, la loi de
finances, mais celle-ci s’accompagne de très nombreuses annexes qui en développent la portée.
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Ensuite, la règle de l’exhaustivité est parfois respectée de manière imparfaite, des
débudgétisations permettant d’extraire certaines charges du périmètre du budget de l’État en
créant, par exemple, des fonds spécifiques.
Enfin, l’implication croissante de l’État dans le financement des régimes sociaux conduit à
multiplier les transferts de crédits entre la loi de finances et la loi de financement de la Sécurité
sociale.
Afin de faciliter l’analyse du budget de l’État, la loi de finances se réfère désormais à une charte
de budgétisation et expose les mesures de périmètre, qui permettent d’opérer des comparaisons
entre deux années.
3- le principe de l’universalité budgétaire
Ce principe implique l’existence d’un seul document budgétaire dans lequel l’ensemble du
budget est détaillé.
Le principe d’universalité, selon lequel l’ensemble des recettes couvre l’ensemble des
dépenses, se décompose en deux règles:
- La règle de non-compensation, qui interdit la compensation des dépenses et des
recettes. Ainsi, il n’est pas possible de soustraire certaines dépenses de certaines
recettes (par exemple, déduire les frais de recouvrement prélevés par l’État du montant
des impositions), et de soustraire des recettes de certaines dépenses pour ne présenter
que le solde des opérations ainsi "compensées".
Il existe des dérogations applicables, par exemple, à certains comptes spéciaux. La
compensation des ressources et des dépenses permettrait en effet de dissimuler certaines
charges, ce qui nuirait à la lisibilité et à la sincérité du budget.
- La règle de non-affectation, qui interdit l’affectation d’une recette à une dépense
déterminée. Elle implique de verser toutes les recettes dans une caisse unique où
l’origine des fonds est indéterminée. Elle permet à l’autorité budgétaire de conserver
son pouvoir de décision et de gérer les fonds publics en respectant les notions de
solidarité et d’unité nationale. Elle connaît toutefois quelques dérogations (ex: les
budgets annexes ou les comptes d’affectation spéciale qui retracent des dépenses
bénéficiant d’une affectation particulière de recettes, sous réserve qu’elles soient, par
nature, en relation directe).
4- le principe de la spécialité budgétaire.
Il s’agit dans ce cas d’indiquer de manière précise le montant et la nature des opérations prévues
par la loi de Finances.
Ainsi, les autorisations de crédits sont votées par: « Titres », puis par « Sections », ensuite par
« Chapitres », « Sous-Chapitres », « Articles », Paragraphes » et « Lignes »
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Le principe de spécialité impose d’indiquer précisément le montant et la nature des opérations
prévues par la loi de finances, ce qui implique une nomenclature budgétaire appropriée. Les
crédits sont ainsi ouverts de manière détaillée, spécialisés par programmes depuis la mise en
œuvre de la Loi de Finance initale (LFI) et sont tous rattachés à une destination spécifique, qui
ne doit pas être dénaturée en exécution par le Gouvernement.
Le principe de spécialité vise à assurer une information suffisante pour permettre l’exercice
d’un contrôle efficace sur l’exécution du budget de l’État.
5- Le principe de sincérité budgétaire.
Les lois de finances présentent de façon sincère l’ensemble des ressources et des charges
de l’État. Ce principe de sincérité budgétaire, inspiré du droit comptable privé, implique
l’exhaustivité, la cohérence et l’exactitude des informations financières fournies par l’État.
6- Le principe de l’équilibre budgétaire
La notion d’équilibre traduit la signification comptable du budget, c’est-à-dire l’exacte
correspondance entre les recettes et les dépenses.
Le principe d’équilibre budgétaire renvoie à la nécessité d’équilibrer les comptes de manière à
éviter la présence de déficit dans le budget de l’Etat.
chapitre 5 : la procédure budgétaire
Quelles sont les étapes d’élaboration d’une loi de finances?
Une année entière est nécessaire pour élaborer le budget de l’État. Celui-ci est adopté au
plus tard le 31 décembre de chaque année, pour un an, à l’issue d’un long processus
démocratique. De nombreux acteurs – le Gouvernement et les administrations (le Premier
ministre, la direction du Budget, les différents ministres et leurs cabinets), le Parlement, le
Conseil constitutionnel etc. interviennent à différentes étapes de sa production, partagée en
deux phases:
- l’une administrative (ou technique)
- l’autre, parlementaire (ou politique)
(cf le document annexe sur les procedures d’élaboration du budget de l’Etat)
Chapitre 6 : le contrôle de l’exécution du budget de l’Etat
Deux types de contrôles sont effectués.
1- le contrôle interne ou le contrôle à priori
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Ce contrôle s’effectue à différents niveaux:
a- le Contrôle financier.
Le Contrôleur Financier a pour rôle de contrôler la régularité des dépenses aussi bien sur les
dépenses du personnel que les dépenses du matériel.
Egalement, le Contrôleur Financier conseille les institutions (ministères, collectivités
locales…) sur les aspects financiers de leur gestion. Enfin, le Contrôleur établit chaque année
un rapport d’activité de l’exécution du budget du département ministériel ou de la
circonscription administrative qu’il contrôle.
b- le Contrôle budgétaire.
Le Contrôleur budgétaire effectue son contrôle sur les recettes dont il vérifie la réalité.
A cet effet, le Contrôleur budgétaire reçoit chaque mois un état d’exécution du budget de
l’Etablissement Public National.
c- le Contrôle de gestion.
Le Contrôleur financier effectue son contrôle à la clôture de l’exercice budgétaire, à l'aide du
compte financier de l’Agent Comptable et du rapport financier du Directeur.
2- le contrôle externe ou contrôle à posteriori
Ce contrôle appelé contrôle juridictionnel pour la Chambre des Comptes et contrôle
administratif pour la Cour des Comptes et l’Assemblée nationale s’exerce comme suit:
a. la Chambre des comptes.
Il consiste à:
- juger les comptes des comptables,
- déclarer et apurer les gestions de fait c’est-à-dire le maniement par des personnes autres
que les comptables publics des deniers publics sans autorisation légale,
- prononcer les condamnations,
- sanctionner les fautes de gestion
b. la Cour des Comptes
La Cour des Comptes est habilitée à demander des explications à l’Administrateur dont les
comptes sont irréguliers. L’Administrateur est tenu de répondre à la Cour dans un délai de trois
(3) mois.
Si la Cour des Comptes ne reçoit pas une réponse dans le délai indiqué ci-dessus, la Cour des
Comptes saisit le Président de la République pour des sanctions disciplinaires.
c. l’Assemblée nationale.
Le contrôlede l’Assemblée nationale consiste à effectuer l’apurement législatif des comptes
par le vote de la loi de règlement.
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Cela implique un projet de règlement établi par le ministre de l’Economie et des Finances qui
récapitule l’ensemble des recettes et des dépenses réalisées et la déclaration générale de
conformité de la Chambre des comptes suivi du rapport des résultats généraux de l’exécution
du budget et des opérations du Trésor.
Bibliographie
GAUDEMET Paul-Marie et MOLINIER Joël, Finances publiques, Tome I Politique
financière. Budget et Trésor, Précis Domat, Montchrestien 1996, 7e édition Tome 2 Fiscalité
LALUMIERE Pierre, Les finances publiques, coll. U Armand, COLIN
TROTABAS Louis et COTTERET Jean-Marie Droit budgétaire et comptabilité publique.
DALLOZ
MUZELLEC Raymond, Finances publiques SIREY
ADAM, François, FERRAND, Olivier, RIOUX, Rémy Finances publiques, Presses de
sciences po et Dalloz.
BOUVIER Michel, ESCLASSAN Marie-Christine, LASSALE Jean Pierre. Finances
Publiques, LGDJ
PAYSANT André, Finances publiques, collection U, COLIN
DI MALTA Pierre, Finances publiques, Collection Droit fondamental, PUF
Laferrère, Armand Les finances publiques. - Paris : Librairie générale française, 2000. - 192 p.
- (Les notices)
Lascombe, Michel ; Vandendriessche, Xavier Les finances publiques. - 5e éd. - Paris : Dalloz,
2003. - 197 p. - (Connaissance du droit)
Ouvrages spécialisés
MUZELLEC Raymond, Finances locales, DALLOZ
MAGNET Jacques, Eléments de comptabilité publique, Systèmes, LGDJ
Ouvrages ivoiriens
Christiane Djé Bi Djé, « les marchés publics en Côte d’Ivoire », FUPA éditions, Abidjan, 2013
Webographie
[Link]
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etat/budget/[Link]
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