Plan de l’article
I. Introduction
II. Cadrage théorique.
1. Qu’est-ce que « l’enseignement explicite » ?
2. Qu’est-ce que l’enseignement de l’oral ?
III. Les enjeux de l’enseignement de l’oral au Maroc
IV. Les difficultés de l’enseignement de l’oral au cycle secondaire qualifiant marocain.
V. Enseigner explicitement l’oral : quelles stratégies ?
1. L’oral comme objet d’apprentissage
2. Le rôle de l’enseignant
3. La structure d’une séance d’activité oral selon le modèle explicite
4. Quelques stratégies efficaces de l’enseignement de l’oral
a. Une stratégie d’écoute
b. Une stratégie de prise de parole.
Le débat : Penser à voix haute et penser avec les autres
VI. Conclusion
I. Introduction
Bien que l'oral ait précédé, historiquement, l'écrit, il est souvent négligé dans les situations
didactiques visant l'enseignement d'une langue. C’est le cas de l’enseignement du français dans
le contexte marocain qui considère l’oral comme un moyen d'enseignement plutôt qu'une fin en
soi.
Au cycle secondaire qualifiant, l’oral fait partie, tacitement, des pratiques d’enseignement
(lecture à haute voix, conversation, dialogue entre apprenants, récitation, etc.). En effet, les
enseignants ont du mal à considérer l'oral comme une discipline d'enseignement à part entière.
Ils ont tendance à consacrer le temps de leçon de l'activité orale au profit d'autres activités. Ils
accordent plus d'importance à l'analyse de textes littéraires et à la production d'écrits. Dans les
rares cas où ils animent des activités orales, ils sont enclins à se concentrer sur les aspects
linguistiques de la production et de la réception des énoncés, négligeant ainsi la dimension
communicative et pragmatique de la langue.
Cela peut entraver le développement des compétences orales des apprenants et limiter leur
capacité à utiliser la langue de manière efficace dans des situations de communication réelles.
D’où l’importance de mettre en œuvre des approches pédagogiques favorisant le volet
communicatif et pragmatique de l'enseignement de l'oral. Dans les écoles anglo-saxonnes,
l’enseignement explicite a montré son efficacité en prenant appui sur des stratégies
pédagogiques prouvées par la praxis. Dernièrement, le système éducatif marocain s’est engagé
de mettre en œuvre cette approche dans l’objectif de développer les différentes compétences de
ses élèves, surtout celle de l’oral.
À la lumière de ces constats, nous avons soulevé la problématique suivante : dans quelle
mesure l’explicitation peut-elle contribuer à l’amélioration des pratiques professionnelles en
vue d’un enseignement plus efficace de l’oral au cycle secondaire qualifiant ?
Dans cet article, nous allons, d’abord, cerner les concepts théoriques de notre sujet. Ensuite,
nous allons expliciter les enjeux de l’enseignement de l’oral au cycle secondaire qualifiant
marocain. Notre expérience dans l’enseignement pendant des années nous a révélé un
dysfonctionnement de l'utilisation de l'oral en classe de langues. C’est dans cette optique que
nous essayerons de mettre le point sur les différentes difficultés qui entravent les enseignants
lors de la pratique. Enfin, nous tenterons de proposer des stratégies efficaces et explicites pour
optimiser l’enseignement de l’oral en classe de français au lycée marocain.
II. Cadrage théorique
1. Qu’est-ce que « l’enseignement explicite » ?
L’enseignement explicite est loin d’être une méthode traditionnelle comme le prétend dire
plusieurs pédagogues. Il s’agit d’une approche pédagogique récente et peu répandue dans le
monde éducatif francophone. C’est « un ensemble de stratégies pédagogiques soutenues par la
recherche, utilisées pour planifier et offrir un enseignement qui fournit le soutien nécessaire à
un apprentissage réussi grâce à la clarté du langage utilisé et de l’objectif poursuivi, et à la
réduction de la charge cognitive. Cet enseignement favorise l’engagement actif de l’élève en
exigeant des réponses fréquentes et variées, suivies de rétroaction positive et corrective
appropriée ». 1
De là, l’approche explicite était validée empiriquement dans les pays anglo-saxons. Elle a été
issue des salles de classes avec les recherches élaborées par Barak Rosenshine et Stevens en
1986 aux Etats Unis. Les synthèses de ces recherches ont montré que les élèves des enseignants
entrainés aux pratiques efficaces avaient obtenu de meilleurs résultats. Les stratégies mises en
œuvres sont prévues, préalablement, lors de la planification des leçons et sont basées sur la
fonction de l’étayage visant à réduire la difficulté de la tâche demandée à l’élève. D’une part,
l’enseignant intervient pour décortiquer en petites étapes compréhensibles et le dirige
progressivement dans son apprentissage tout en précisant l’objectif général de la leçon. D’une
autre part, il clarifie les objectifs de chaque tâche par le biais de la clarté de son langage. Il rend
explicite ses intentions et pensent avec ses apprenants à voix haute. De ce fait, l’« enseignement
explicite cherche à éviter toute forme d’ambiguïté et d’équivoque chez à la fois pour
l’enseignant et pour les élèves »2. D’ailleurs, la clé de voûte de ce mode d’enseignement est la
rétroaction qui est un outil essentiel pour suivre et évaluer la progression des apprenants dans
leur apprentissage. Elle permet ainsi de créer un environnement d'apprentissage plus efficace et
efficient, où les apprenants sont encouragés à prendre des risques et à s'engager activement dans
leur propre apprentissage. Donc, « l’idée maitresse de l’enseignement explicite est donc de
tenter, à l’aide de différentes stratégies, de rendre visible (cet) l’invisible, d’expliciter
l’implicite qui crée immanquablement la confusion dans le processus d’enseignement-
apprentissage »3.
En somme, pour synthétiser les étapes de la méthode explicite, un enseignant efficace
commence par définir succinctement les objectifs et rappeler les apprentissages précédents ou
prérequis. Ensuite, il présente la nouvelle notion par des étapes progressives, accompagnées
d'exercices. Il donne des instructions claires, des explications détaillées et des exemples
1
Clermont Gauthier et Steve Bissonnette, Enseignement explicite et données probantes (40 stratégies
pédagogiques efficaces pour la classe et l’école, Édition : France Robitaille, 2024, p. 18.
2
Ibidem, p. 17.
3
Ibidem, p. 17.
concrets, pose des questions fréquentes pour vérifier la compréhension des élèves, les guide
dans leur apprentissage, fournit un feedback régulier sur les exercices à réaliser
individuellement et, si nécessaire, les accompagne dans cette tâche.
2. Qu’est-ce que l’enseignement de l’oral ?
On entend par enseignement de l’oral « le domaine de l’enseignement de la langue qui comporte
l’enseignement de la spécificité de langue orale et son apprentissage au moyen d’activités
d’écoute et de production conduites à partir de textes sonores, si possible authentiques. »4. Ce
champ d’enseignement consiste à développer la capacité à comprendre le sens des énoncés ou
des documents sonores en classe de langue, et à favoriser les échanges verbaux entre
l'enseignant et ses élèves, ainsi qu'entre les élèves eux-mêmes. Acquérir cette compétence
requiert un entraînement prolongé impliquant diverses stratégies, telles que la maîtrise de la
prononciation de la langue enseignée, la compréhension d'une variété de messages exprimés
dans cette langue, ainsi que la connaissance de ses règles linguistiques et socioculturelles.
En effet, l'acquisition de cette compétence représente l'un des principaux objectifs de
l'enseignement des langues au sein des établissements scolaires. De cela, la maîtrise d'une
langue dépend largement des interactions langagières et des rétroactions communicatives.
Comme l’affirme le célèbre dicton « c'est en communiquant qu'on apprend à communiquer ».
Dans le contexte scolaire, le manque d'interactions entre les apprenants et les enseignants, ainsi
qu'entre les apprenants eux-mêmes dans la langue étudiée, peut restreindre le processus de
l’enseignement-apprentissage.
Il est à noter que pendant une longue période, en classe de langue, l'accent était particulièrement
mis sur l'enseignement de l'écrit. La dimension orale était placée au second plan, même parfois
omise complétement dans les activités pédagogiques des enseignants. L’intérêt pour l’oral
n’était manifesté qu’à partir des années 60 en introduisant des méthodes audio-orales et audio-
visuelles dans le domaine de l’enseignement. Ces méthodes ont été développées pour permettre
aux apprenants d'acquérir une compétence communicative dans la langue cible, en se focalisant
sur la langue parlée et en employant des supports sonores et visuels. Ainsi et à partir des années
1970, l'approche communicative s'est installée en France pour privilégier la compétence orale
et donner une importance primordiale à la communication et à l’interaction sociale.
À notre humble avis, une dichotomie entre oral/écrit dans le domaine de la didactique des
langues ne semble pas avoir des retombées prometteuses dans la pratique. Il semble nécessaire
d’installer une approche intégrant les deux compétences et concevoir un va et vient constant
entre les deux modes d’expression.
III. Les enjeux de l’enseignement de l’oral au Maroc
Les enjeux de l'enseignement de l'oral dans le contexte éducatif marocain sont multiples et
variés :
1. Un enjeu sociétal : le langage devient parfois source d'inégalités. Au sein de la même
classe, l'aisance à l'oral varie d’un élève à un autre, et ce selon le milieu social auquel
appartient chaque élève. Et d’ailleurs, l'un des fondements majeurs de la Charte
Nationale de l’Education et de Formation est l’égalité des citoyens (fondement majeur
n°12). Il incombe alors à l'institution et à ses acteurs de promouvoir la réussite éducative
4
Jean-Pierre ROBERT, Dictionnaire pratique de didactique du FLE, Editions OPHRYS, Page 120.
en encourageant le développement des compétences orales tout au long de la scolarité
obligatoire. Ainsi, durant ces dernières années, la société marocaine tend vers le
plurilinguisme avec l’accueil de citoyens étrangers parlant le français. Donc,
l'apprentissage au vivre-ensemble passe par le privilège de la communication verbale
entre les élèves, surtout lors des moments de régulation de la vie en classe. En gros, la
compétence orale revêt une importance capitale pour l'intégration sociale au sein d'une
communauté linguistique donnée, elle facilite les interactions avec les pairs au sein de
la classe comme elle aide à s’intégrer avec les membres de la société.
2. Un enjeu interculturel : dans un contexte mondialisé, l’acquisition de l’oral d’une
langue étrangère peut développer les compétences interculturelles des apprenants.
Autrement dit, l'oral permet de mettre en avant les différentes traditions, coutumes et
modes de vie des autres personnes. Il peut être utilisé ainsi pour explorer des sujets liés
à la diversité culturelle, tels que les traditions culinaires, les festivals, les croyances etc.
Grâce à l’oral, les apprenants peuvent développer plusieurs compétences comme la
tolérance, l'empathie, la communication interculturelle et la compréhension des
différences culturelles. Ces compétences sont essentielles pour favoriser la cohésion
sociale et la paix dans un monde de plus en plus diversifié.
3. Un enjeu didactique : l’oral joue un rôle crucial dans l’enseignement-apprentissage des
autres disciplines. Cela signifie que l'utilisation de l'oral dans l'enseignement d'une
discipline donnée peut améliorer la compréhension des concepts et des idées clés de
cette discipline. Dans l'enseignement des sciences, l'utilisation de l'oral peut aider les
apprenants à mieux comprendre les concepts scientifiques grâce à une meilleure
maîtrise de la langue. Cela peut se faire en encourageant les apprenants à expliquer, à
discuter et à débattre des concepts scientifiques en utilisant un vocabulaire approprié.
Ainsi, les séances des autres disciplines de sciences sociales peuvent être une occasion
pour les apprenants de développer et d'améliorer leurs compétences orales. Par exemple,
dans l'enseignement de l'histoire, les apprenants peuvent être encouragés à présenter des
exposés oraux sur des événements historiques, à débattre de questions historiques et à
développer leur capacité à s'exprimer clairement avec une langue soignée et correcte.
Donc, la maitrise de la compétence verbale peut aider l’élève à améliorer la
compréhension des concepts clés des autres disciplines, surtout dans le contexte
marocain où les disciplines scientifiques sont enseignées en français.
4. Un enjeu pédagogique : la capacité orale peut améliorer la relation pédagogique entre
l'enseignant et les élèves, surtout ceux qui ont des difficulté d’apprentissage, tout en leur
offrant des opportunités de s'exprimer et de participer activement en classe. Cela peut
les aider à se sentir plus engagés dans leur apprentissage et à développer leur confiance
en eux. La maitrise de l’oral est souvent considérée comme une forme de performance
qui permet à l'apprenant de faire passer ses idées et se présenter de manière
convaincante. En développant leurs compétences en expression orale, les élèves
apprennent à utiliser leur voix, leur langage corporel et leur présence sur scène pour
communiquer efficacement et influencer leur public.
5. L’enjeu de l'employabilité : les compétences en communication orale sont de plus en
plus importantes sur le marché du travail. En enseignant l'oral de manière efficace, les
écoles marocaines peuvent contribuer à renforcer l'employabilité des jeunes en les
préparant à communiquer de manière claire et efficace dans un contexte professionnel.
En résumé, l'enseignement de l'oral au Maroc est crucial pour répondre aux besoins sociétales,
didactiques, pédagogiques, interculturels et professionnels des apprenants, et pour les préparer
à réussir dans une société de plus en plus interconnectée et multilingue.
IV. Les difficultés de l’enseignement de l’oral au cycle secondaire qualifiant
marocain.
Les OP relatives à l’enseignement de la langue française au lycée stipule que « l’élève qui
accède au cycle secondaire qualifiant est déjà capable de s’exprimer de manière correcte et
efficace, dans des situations de communication complexes ». 5C’est lors de cette phase que le
lycéen marocain censé maitriser la compétence orale, étant donné que la langue française est
depuis belle lurette la première langue étrangère privilégiée au Maroc. Cependant, on se trouve
face à des promotions qui ont plusieurs difficultés à l’oral comme à l’écrit. Ceci est dû, selon
notre opinion, aux dysfonctionnements que connait l’enseignement de l’oral dans ce cycle.
Les difficultés que nous évoquerons dans ce paragraphe ne relève pas de l’oral comme « outil
» mis au service des autres apprentissages. Mais, plutôt de l’oral comme étant « objet »
d’apprentissage. Prenons l’exemple de l’exposé, qui est une activité méta-discursive, où la
production orale devient objet d’enseignement analysée par le professeur dans l’objectif
d’améliorer la qualité et l’efficacité de la compétence verbale.
À l’encontre de l’école primaire qui n’a pas une fourchette horaire spécifique dédiée à
l’enseignement de l’oral en tant qu’objet d’enseignement, le cycle qualifiant, quant à lui, fait
de l’oral une activité entière figurée dans les emplois du temps des professeurs. En revanche,
cette activité reste une donnée difficile à assimiler dans le domaine d’enseignement-
apprentissage du français, Cuq le démontre bien dans ce passage :« L’appropriation des
conduites langagières orales est effectivement un processus complexe qui s’inscrit dans la
durée et qui ne se limite pas à la maitrise des principaux actes de langage »6. Cette difficulté
est liée à un mal à l’aise de prendre la parole chez les apprenants, et à la complexité de l’acte
de s’exprimer oralement, puisqu’il dépend de l’acquisition de compétences linguistiques de
base, ce qui rend difficile pour eux de s'exprimer correctement à l'oral.
En effet, il y a d’autres difficultés liées à la taille des classes qui sont souvent surchargées et
peuvent contenir jusqu’au 40 élèves. Ce qui rend difficile pour les enseignants de consacrer
suffisamment de temps à chaque élève pour développer sa compétence en expression orale.
Ainsi, les établissements scolaires marocains peuvent manquer de ressources adéquates, comme
des équipements audiovisuels ou des manuels spécifiques pour l'enseignement de l'oral. En aval
des activités orales, le problème de suivi et d’évaluation s’impose dans la mesure où on n’aura
pas de traces de l’oralité. Donc, comment analyser et améliorer une prise de parole qui constitue
une production de langage orale éphémère qui ne laisse pas de traces ? Plusieurs outils
numériques peuvent pallier ce problème comme les enregistreurs audio. Toutefois, cette
solution pour qu’elle soit efficace nécessite du matériel, qui n’est pas disponible dans les salles
de langues de nos établissements scolaires.
5
Les Orientations Pédagogiques relatives à l’enseignement du français au qualifiant, 2007, P.3.
6
Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, Cours du français langue étrangère et seconde. Grenoble. Presse
Universitaires de Grenoble, [Link] 178-179.
Une autre difficulté liée à la formation des enseignants qui peuvent ne pas être suffisamment
formés. Ils risquent de ne pas avoir les connaissances, les compétences et les stratégies
pédagogiques nécessaires pour enseigner l'oral de manière optimale. Par conséquent, cela
pourrait entrainer des lacunes dans l'enseignement qui peuvent affecter la qualité de
l'apprentissage des apprenants. Ces lacunes peuvent se manifester de différentes manières, telles
que des difficultés à créer un environnement propice à l'expression orale, des difficultés à
évaluer les compétences orales des apprenants, d’autres concernent l’adaptation des activités
orales aux besoins et aux capacités des apprenants etc.
Ajoutons aux difficultés citées, dans le contexte éducatif marocain, l’importance est souvent
accordée à l’écrit en dépit de l’oral, vue que les élèves passent des examens certificatifs en écrit
seulement. Ce constat peut entraîner une négligence de l'oral, qui est pourtant une compétence
essentielle qui peut régir après leur vie professionnelle et sociale. En mettant l'accent
uniquement sur l'écrit, les élèves peuvent ne pas avoir suffisamment d'opportunités pour
pratiquer et améliorer leurs compétences en expression orale. Afin de remédier à cette situation,
il est important de reconnaître l'importance de l'expression orale dans le processus éducatif et
de trouver des moyens d'équilibrer l'enseignement et l'évaluation des compétences à l'écrit
comme à l’oral.
En définitive, ces difficultés soulignent des enjeux importants à surmonter. Et sans doute, la
mise en place d’une méthode pédagogique efficace telle que l’enseignement explicite pourrait
être susceptible d'améliorer l'enseignement de l'oral au cycle secondaire qualifiant marocain.
V. Enseigner explicitement l’oral : quelles stratégies ?
1. L’oral comme objet d’apprentissage
L'oral devient un objet d'apprentissage lorsque des situations spécifiques sont mises en place
pour acquérir la compétence de s'exprimer et communiquer verbalement, c’est-à-dire que la
compétence orale peut être enseignée et apprise de manière spécifique. Les moments
d’apprentissage visent à objectiver différentes dimensions de l'oralité telles que la parole,
l'interaction, la phonétique et la communication, dans le but de les acquérir. Cette acquisition
peut se faire à travers des exercices particuliers tels que les jeux de rôle et les simulations, ainsi
que par le biais de situations complexes où une composante spécifique est mise en avant,
comme les débats, les interviews ou les tâches en groupe. Dans ces contextes, l'apprentissage
linguistique se réalise par la pratique active et la réflexion métalinguistique sur cette pratique.
Dans cette optique, différentes conduites discursives telles que la narration, la description,
l'explication, l'argumentation et l'injonction sont travaillées pour développer les compétences
linguistiques des apprenants.
En résumé, envisager l'oral comme objet d'apprentissage suppose que la capacité à
communiquer de façon efficace verbalement peut être enseignée de manière autonome et
organisée, et cela grâce à des activités et des situations pédagogiques conçues dans ce but.
2. Le rôle de l’enseignant
Rappelons que du point de vue de l’enseignement explicite, l’enseignant est le maillot essentiel
du processus enseignement-apprentissage. Un enseignant « efficace » est le moteur du
changement et est loin d’être un simple animateur, guide ou facilitateur du savoir. C’est donc
lui qui mène le jeu, il est « un peu comme chef d’orchestre, contribue à lui faire apprendre ses
gammes »7. Il a un contact direct et constant avec les élèves. Lors d’une séance orale, sa tâche
consiste à faire parler les apprenants. Il peut alors utiliser des activités ludiques qui détendent
l’atmosphère entre les apprenants. Il peut aussi organiser des conversations à deux ou trois qui
rendent plus facile le dialogue, suscitant aussi des interactions apprenant / apprenant en créant
un climat propice et des conditions adéquates pour une communication qui minimisent tout ce
qui inhibe la prise de parole devant les autres. Autant que les thèmes des conversations sont
ancrés dans la réalité, autant l'apprenant est plus impliqué dans son apprentissage et dans sa
démarche vers l'autonomie.
3. La structure d’une séance d’activité oral selon le modèle explicite
La méthode explicite est fondée sur le principe de commencer par le simple pour arriver au
complexe. Les compétences ou les connaissances à acquérir sont subdivisées en sous-éléments
spécifiques qui seront enseignés séparément.
En appliquant la méthode explicite pour animer une séance d’activité orale, on peut prévoir
cinq grandes phases :
i. L’ouverture de la séance où l’enseignant introduit et explique l’objectif de la leçon.
Par exemple, il peut commencer par dire : « Aujourd'hui, X élève présente un exposé
oral sur les réseaux sociaux, au cours de sa présentation, vous allez focaliser votre
attention sur le vocabulaire utilisé dans le domaine de la technologie ». Il s’agit donc
d’orienter l’attention des élèves pour qu’ils retiennent l’information importante et
supprimer l’information inutile. Durant cette phase, l’enseignant réactive aussi les
connaissances préalables pertinentes, ce qui va faciliter les connexions entre
information ancienne et information nouvelle. Il s’agit de créer un moment intense.
Il interroge les élèves : « Dites-moi ce que nous avons vu la dernière fois !».
ii. Le « modelage » ou « modélisation » : l’enseignant montre à ses élèves comment
effectuer la tâche orale de manière efficace en présentant un exemple de présentation
orale, en mettant en évidence les points clés tels que la structure de l’exposé, le
langage utilisé et les techniques de communication non verbale. Durant cette phase,
l’enseignant peut aussi demander aux élèves de démontrer à leur tour, ou de les aider
dans leur démarche de démonstration.
iii. La pratique guidée (« Nous faisons ensemble ») : le professeur donne
l’opportunité aux élèves de pratiquer l'oral sous ses directives et ses conseils. Cela
peut se faire en classe par le biais d'exercices de pratique tels que les jeux de rôle ou
de travaux de groupe où les élèves peuvent s'entraîner ensemble. Au cours de cette
phase, l’enseignant dirige et accompagne fortement leur travail. Il questionne
constamment les élèves, fournit des feed-back systématiques. Il s’agit d’un véritable
guidage précis par l’enseignant. L’enseignant interagit avec les élèves mais les fait
interagir entre eux aussi.
iv. La pratique autonome (« Vous faites tout seuls ») : les élèves travaillent de
manière indépendante sans l’aide de l’enseignant. Cela peut se faire par le biais de
devoirs à domicile, de projets individuels ou de présentations devant le groupe
classe.
7
Clermont Gauthier et Steve Bissonnette, op. cit. p. 8.
v. La clôture : l’enseignant résume les points principaux de la leçon. Il insiste sur les
connaissances acquises et leur pertinence dans d'autres contextes d'apprentissage ou
dans la vie quotidienne. Il peut avancer des commentaires positifs sur les progrès
des élèves et les encourager pour renforcer leur confiance en soi et leur motivation.
De même, cette phase peut s’achever par des suggestions de lectures, des exercices
de pratique à faire à la maison, ou des conseils pour inciter les apprenants à participer
à des activités extra-scolaires liées à la communication orale. On pourrait également
annoncer de manière très brève le sujet de la prochaine séance et indique le travail
à faire à la maison qui contribuera lui aussi à consolider les apprentissages et à
favoriser l’automatisation. Le travail à réaliser à la maison est toujours un
réinvestissement de ce qui a été appris et maîtrisé en classe. Il est pensé pour éviter
le risque d’augmenter les inégalités entre élèves.
4. Quelques stratégies efficaces de l’enseignement de l’oral
Enseigner une langue étrangère demande de développer chez les apprenants des compétences
fondamentales pour communiquer, à savoir : écouter, lire, parler, et écrire. Il s’agira de se
concentrer sur deux compétences spécifiques : l'écoute et l'expression orale. Le développement
de ces compétences nécessite des stratégies didactiques bien particulières. C'est pourquoi nous
allons explorer les fondements de la méthode explicite pour proposer quelques stratégies visant
à aider les enseignants à améliorer et optimiser l'enseignement de l'oral en classe.
a. Une stratégie d’écoute
En jetant un regard critique et rétrospectif sur notre expérience dans l’enseignement pendant
des années au cycle secondaire qualifiant, nous pouvons comprendre combien nos conduites
professionnelles lors des séances d’activité orale étaient limitées à la production de l’oral.
La première stratégie qui nous semble pertinente c’est de programmer des séances fondées sur
l’écoute pure. Ce processus guide l'enseignant à décrire la stratégie (qu'est-ce que c'est ?), à
expliquer son importance (pourquoi est-ce important ?), à illustrer sa mise en œuvre (comment
le faire ?), et à déterminer les situations où elle est appropriée (quand l'utiliser ?), tout en
encourageant constamment la participation active et progressive de ses élèves.
Après la phase d’ouverture (voir le point 2 de l’axe 5), les élèves écoutent des exemples concrets
et authentiques de ce qui est une communication orale réussie (phase du modelage).
L’enseignant pourrait même enregistrer sa voix et la faire écouter à ses apprenants, où il peut
introduire explicitement la compétence de la fluidité orale. Il peut intégrer aussi un ou deux
documents sonores reprenant le même sujet enregistré par sa voix, et il les diffuse une seule et
unique fois. Une fois le document écouté, les apprenants échangent sur ce qu’ils ont retenu et
compris (pratique guidée). Les apprenants savent qu’ils doivent mobiliser leur attention sur une
seule écoute, ils évaluent leur compétence à la réception immédiate et s’y entraînent
progressivement. Cette forme de travail, qui se démarque des démarches traditionnelles, devra
être intégrée dans le cours de compréhension orale. Ce gendre d’activités pourrait être
explicitement désignées comme « Écoute active » ou « Compréhension immédiate », et devenir
des pratiques régulières parallèlement aux autres pratiques habituelles.
En effet, le professeur envisage d'élaborer des questions directives de compréhension adaptées
au type de texte oral diffusé. Par exemple, l'utilisation d'un questionnaire à choix multiples
(QCM) pourrait constituer une tâche efficace pour solliciter les compétences d'écoute de chaque
élève. En dehors de la classe et même dans un autres contextes d’apprentissage, les apprenants
font appel à cette stratégie d’écoute pour assurer leur autonomie.
Dans ce type d'exercices auditifs, l’enseignant du cycle secondaire qualifiant peut proposer à
ses apprenants d’écouter par exemple un chapitre de Candide, ou un dialogue sonore d’une
scène de la pièce d’Antigone, et leur demande de répondre à un QCM établit préalablement
pour vérifier leur écoute.
b. Une stratégie de prise de parole : Penser à voix haute et penser
avec les autres
L’oral en tant qu’objet d’apprentissage permet à l’élève d’« apprendre à communiquer». Dans
cette optique, il constitue la base pour la création de situations d'interaction, d'expression et de
présentation orale, visant à enseigner de manière systématique les éléments du langage ainsi
que les stratégies d'écoute et de prise de parole.
En ce qui concerne les stratégies de la production oral, il faut recourir à la méthode de la pratique
de la langue. L’élève doit avoir de nombreuses occasions pour pratiquer l'oral. Cela peut se
faire à travers des exercices de prononciation, des présentations en classe, des débats, des jeux
de rôle, des interviews simulées, des débats et des exposés oraux etc. Dans ce type de stratégie,
l’élève apprend en interaction avec les autres et en travaillant par groupe ou pair.
Le document des OP, comme ne l’avons mentionné précédemment, précise que l’élève accédant
au lycée « est déjà capable de s’exprimer de manière correcte et efficace, dans des situations
de communication complexes » (page 3). La réalité montre qu’on est loin d’atteindre pleinement
cet objectif car la quasi-totalité des lycéens pendant les séances d’activité orale n’aiment pas
participer et prendre la parole. Et pour combler le vide de ces dites séances, l’enseignant
monopolise la parole. Dans les cas où les élèves participent, leurs interventions ne sont pas
toujours formulées de manière correcte et complète. Ils s'expriment souvent dans leur langue
maternelle (l'arabe). Cette tendance peut être attribuée à divers facteurs : le manque d'habitude
à parler français, une maîtrise limitée de la langue, ainsi que la crainte de faire des erreurs et
d'être ridiculisé par leurs pairs. Il est également possible que les méthodes et stratégies
pédagogiques utilisées en classe ne favorisent pas suffisamment l'expression orale en français.
Nous proposons comme stratégie qui peut susciter chez l’élève l’envie de s’exprimer et prendre
la parole : le débat. Une stratégie que nous pensons efficace dans la mesure où elle peut
mobiliser, activement, les prérequis de l’intervenant, surtout la capacité de l’écoute.
L’interaction lors d’un débat se caractérise par le rapport vertical interactif. Néanmoins, la
contrainte de cette démarche est l’effectif de la classe car il est difficile d’organiser un débat
dans tous les sens pour un nombre important d’élève. Dans des classes où l’effectif est restreint,
il réussit beaucoup mieux, car le nombre d’élève est réduit, ce qui permet la création d’un réseau
d’échange entre les membres du groupe. L’enseignant prend en charge l’organisation de la salle.
L’organisation des tables en forme U est plus favorable car elle permet à tous les élèves de se
voir.
En s’inspirant de la méthode explicite, nous pouvons envisager une séance orale de débat
comme suit :
L’ouverture de la séance : d’abord, l’enseignant écrit au tableau l’objectif général de la séance
et l’explique clairement : améliorer les compétences des élèves en expression orale, acquérir
les stratégies d’argumentation et pensée critique à travers un débat sur un sujet d'actualité.
Ensuite, il présente le sujet du débat et explicite son importance. Enfin, il élucide les règles et
les attentes du débat : respecter les tours de parole, utiliser des arguments fondés sur des
preuves, écouter attentivement les arguments adverses, etc.
Le « modelage » ou « modélisation » : la phase de modelage peut être intégrée à plusieurs
moments du débat, en fonction des besoins des élèves. Au cours du processus, l’enseignant peut
intervenir de manière sélective pour modéliser des comportements et des compétences
spécifiques. Par exemple, si un élève a du mal à articuler ses idées, l'enseignant peut modéliser
une manière efficace de structurer une réponse. De même, si un élève a du mal à réfuter un
argument adverse, l'enseignant peut montrer comment le faire de manière respectueuse et
persuasive.
La pratique guidée : l’enseignant divise les élèves en équipes et leur assigne des rôles
spécifiques : des débatteurs qui débattent ensemble sur le sujet proposé. Une partie des élèves
peuvent jouer le rôle d’observateurs, ils ne font qu’observer comment se déroule le débat. Ce
groupe « d’observateurs » peuvent intervenir à la place d’un débattant en difficulté.
L’observation a pour but d’améliorer la qualité du débat mais également aide individuellement
les élèves à progresser dans leur prise de parole. La disposition du mobilier doit permettre à
chacun de voir et d’être vu.
Bien entendu les rôles peuvent être inversés observateur/débattant. Au fur et à mesure du débat,
l’enseignant rappelle, en cas de besoin, les consignes et l’éthique du débat : pas de moquerie,
écoute attentive et bienveillance. Il distribue la parole à ce qui le demande (la priorité de la
parole est donnée à celui qui n’a jamais parlé). Il veille à interroger tous les élèves qui le
souhaitent de façon égale. Le débat véhicule l’éthique d’une raison communicationnelle dont
la reconnaissance est due à chaque sujet en prenant compte des arguments de l’autre. La mise
en place des normes doit avoir l’assentiment de tous.
La clôture : l'enseignant résume brièvement les principaux arguments avancés par chaque
élève. Cela permet à tous les intervenants de se rappeler des points clés du débat tout en mettant
en évidence les questions importantes qui ont été abordées. Cette conclusion permet de donner
un sens global au débat et de souligner son importance. L’enseignant invite ses apprenants à
donner leur feedback sur le débat, en demandant ce qui a bien fonctionné et ce qui pourrait être
amélioré pour les prochaines fois. Cela favorise une culture d'amélioration continue et offre aux
participants une voix dans le processus d'apprentissage.
Conclusion
Pour conclure, il est important de souligner que malgré l'importance accordée à l'enseignement
de l'oral dans les textes officiels, il semble que cet aspect ne soit pas correctement pris en charge
dans les classes de français au cycle secondaire qualifiant.
Cet article explore l'application des principes de la méthode explicite à l'enseignement de l'oral
dans les lycées marocains. Cependant, cette approche reste encore à démontrer son efficacité
sur le terrain. Nous avons l'intention, lors de notre stage pratique, de mettre en pratique les
stratégies proposées afin d'évaluer leur impact.
Il convient de rappeler que de nombreuses études scientifiques ont confirmé l'efficacité de
l'enseignement explicite dans diverses disciplines et pour différents publics. Toutefois, aucune
méthode pédagogique n'est exempte de défauts et ne peut garantir à elle seule la réussite de tous
les élèves. Pour le cas de l’enseignement de l’oral, la méthode explicite est un choix
pédagogique qui doit être mis en place pour surmonter les problèmes de sa didactisation.
S’ajoutons à ceci plusieurs paramètres qui peuvent rendre efficace l’enseignement de cette
activité, tels que la capacité des enseignants à être flexibles et à savoir quand et comment
intervenir judicieusement en classe. Cette compétence ne peut être pleinement développée qu'en
possédant un large éventail de méthodes, de stratégies de gestion de classe, et de connaissances
disciplinaires et pédagogiques. En intégrant l'enseignement explicite à leur pratique, les
enseignants peuvent mieux répondre aux besoins variés de leurs élèves et favoriser leur succès
académique.