Agricultural Meteorology, 20(1979) 25--39 25
© Elsevier Scientific Publishing Company, Amsterdam -- Printed in The Netherlands
UN SYSTEME D'IRRIGATION AUTOMATIQUE DES CULTURES:
PRINCIPE ET SIMULATION THEORIQUE
PIERRE MOUTONNET*
D~partement de Biologie, Service de Radioagronomie, C.E.N. Cadarache, B.P. no 1,
13115 Saint-Paul-lez-Durance (France)
(Accept~ pour publication le 12 D~cembre, 1977 )
ABSTRACT
Moutonnet, P., 1979. Un syst6me d'irrigation automatique des cultures: principe et
simulation th~orique (An automatic irrigation device for the tillages: principle and
theoretical simulation). Agric. Meteorol., 20: 25--39.
To a certain extent crop efficiency depends upon the adaptability of plants with
respect to climate. Therefore it is important to maintain the arable soil layer in a range
of hydric potential which ensures an appropriate supply of moisture and reduces the
deep drainage. To this end we conceived and designed a device for automatic irrigation
from the simultaneous measurement, by tensiometers, of the hydric potential at two
depths in the soil. A simulation model describing water movement in soils has been
adapted to this type of irrigation. When hydraulic characteristics of the soil and roots
distribution are known, it is possible to compute the best depths for the tensiometers.
Another simulation programme describes, in addition to the water movements, the displace-
ment of soil solutes. In this last case it appears that selection of the cycles of "irrigation-
drying" has a great influence on solute movement and on the risks of leaching or possible
pollution of the water-table.
RESUMI~
Le rendement d'une culture est partiellement conditionn~ par la possibilit~ offerte ou
non ~ la plante d'assumer la demande climatique. I1 importe donc de maintenir le sol arable
dans une gamme de potentiel hydrique compatible, d'une part avec une bonne alimentation
en eau, d'autre part avec des pertes gravifiques restreintes assurant une ~conomie de l'eau
satisfaisante. Pour ce faire nous avons con~u puis r~alis~ un dispositif d'irrigation auto-
matique bas~ sur le contr61e ~ deux niveaux du potentiel matriciel de l'eau du sol. Un
module de simulation de l'~volution de l'humidit~ du sol, adapt~ au cas de l'irrigation auto-
matique, permet de pr~ciser l'implantation des tensiom~tres de contr~)le compte tenu du
d~veloppement racinaire des plantes et des caract~ristiques hydrodynamiques du sol. Un
autre module de simulation permet de d~crire outre le mouvement de l'eau celui des
solutes; ~ ce propos on montre l'incidence des cycles irrigation-dess~chement sur le d~-
placement des ions et les risques de lessivage ou m~me de pollution des nappes phr~atiques.
*Avec la collaboration technique de Maximin Saubin.
26
INTRODUCTION
De longue date l'irrigation a ~t~ envisag~e sous l'aspect essentiel mais simple
de la reconstitution des r~serves en eau du sol, ~puis~es par 6vapotranspiration
ou drainage. A c e pass~ r6cent se rattachent les notions de bilans hydriques
~tablis ~ partir des mesures d'humidit~ du sol en place, de capacit~ de r~tention
et de point de fl~trissement temporaire ou permanent. Les donn~es climatiques
permettent de d~finir l'~vapotranspiration potentielle que l'ensemble sol-
plante pourra ou non d~passer; on parle alors d'~vapotranspiration r~elle ou
d'~vapotranspiration maximale (Blanchet et al., 1974). Les r~serves du sol
sont reconstitutes par irrigation en tenant c o m p t e de la conductivit6
hydraulique laquelle permet de d~finir le d6bit de dose.
Mais depuis ces dix derni~res ann~es le probl~me de l'irrigation s'est pos~
en termes nouveaux pour des raisons essentiellement ~conomiques: l'eau est
rare et chore de m~me que la main d'oeuvre; il convient, comme le souligne
Arlosoroff (1971) d'optimiser son emploi. D'autre raisons plus techniques se
sont aussi impos~es, c o m m e le mauvais emploi agronomique de l'eau disponible,
le risque d'accidents tels que les remont~es de sels, la pollution des nappes, la
d~gradation ~ long terme des sols surirrigu~s... Parall~lement l'~volution des
outils techniques et scientifiques a rendu possible une approche plus precise
et plus directe du probl~me de l'irrigation: l'utilisation combin~e, en hydrologie
des milieux non satur~s, des humidim~tres et des tensiom~tres fournit un
m o y e n de quantifier le mouvement de l'eau du sol. De plus, la mise au point
de modules de simulation permettant l'interpr~tation et la pr~vision des trans-
ferts hydriques en sols cultiv~s a permis de franchir un pas d~cisif vers une
v~ritable gestion de l'irrigation.
En pr~sentant quelques r~sultats de simulation relatifs ~ l'irrigation auto-
matique, nous voudrions apporter une contribution dans ce domaine. Notre
~tude s'est d~roul~e en trois ~tapes: choix d'un crit~re d'appr~ciation de
l'~tat hydrique du sol susceptible de conduire ~ un maintien automatique des
r~serves et r~alisation d'un dispositif d'irrigation; mod~lisation du devenir de
l'eau du sol cultiv~ au cours d'une irrigation automatique; mod~lisation du
transfert d'un solut~ darts le sol.
CONCEPTION ET R]~ALISATION D'UN SYSTI~ME D'IRRIGATION AUTOMATIQUE
La plante, on le sait, est sensible ~ ses propres variations de teneur en eau et
le param~tre de r~f~rence pour estimer l'interaction eau-m~tabolisme est le
potentiel hydrique. I1 est en relation ~troite avec le potentiel matriciel de
l'eau du sol, et c'est ce d~rnier qui r~git le plus directement l'alimentation en
eau de la plante. C'est donc lui que nous avons choisi de mesurer, pour
contrSler l'irrigation, de preference au param~tre teneur en eau du sol qui
traduit mal la disponibilit~ des r~serves vis ~ vis de la plante.
Si ce potentiel est maintenu ~ un niveau ad~quat, la demande atmosph~ri-
que sera couverte malgr~ les r~sistances internes du v~g~tal (Berger, 1971) et
27
la plante conservera sa turgescence et son plein rendement. On peut r~aliser
cette condition darts la couche arable en r~glant les apports d'eau ~ partir des
informations donn~es par deux tensiom~tres places ~ des profondeurs diff~-
rentes. Ce schema d'irrigation, proche de celui propos~ par Richards et
Marsh (1961) se pr~sente comme suit: en p~riode d'ass~chement l'information
du tensiom~tre sup~rieur est compar~e ~ un maximum; quand celui-ci est
atteint on d~clenche l'irrigation et l'on commute l'appareil de contr61e sur le
tensiom~tre inf~rieur. En p~riode d'irrigation on compare l'information du
tensiom~tre inf~rieur ~ un minimum; quand celui-ci est atteint on arr~te
l'irrigation et on commande le contrSle sur le tensiom~tre sup~rieur. Un cas
particulier du dispositif est obtenu en faisant co~ncider les tensiom~tres
inf~rieur et sup~rieur. Le montage repr~sent~ en Fig.1 assure les fonctions
que nous venons de d~crire. Sur la centrale de commande les seuils du
,NR . I~
o:
Fig.1. Elements constitutifs et montage du dispositif d'irrigation automatique. T H =
tensiom~tre haut; T B = tensiom~tre bas; C P = capteur de pression; C N D = comparateur
num~rique double; V N = voltm~tre num~rique; H = horloge; E N R = enregistreur potenti-
om~trique; E V = ~lectrovanne; A S P = asperseur.
Fig.1. Constitutive units and connection of the automatic irrigation device. T H = high
tensiometer; T B = low tensiometer; C P = pressure transducer; C N D = double numeric
comparator; V N = numeric voltmeter; H = timer; E N R = recorder; E V = electric gate;
ASP =- sprinkler.
maximum et du minimum sont affich~s de mani~re digitale; l'horloge permet
de diff~rer ~ une p~riode nocturne plus propice une irrigation qui se serait
d~clench~e en pleine journ~e. La mise en oeuvre de tensiom~tres couples
des capteurs de pression implique une variation du potentiel matriciel dans
la gamme 0--800 mbar: Arlosoroff avec l'~lectrotensiom~tre, ainsi que
Richards, ont travaill~ dans ces conditions. Phene et al. (1973) par contre ont
mis au point un senseur bas~ sur la vitesse de dissipation de chaleur qui lui
28
permet d'atteindre --10 bars; dans un article plus r~cent Phene and Campbell
(1975) utilisent de surcro~t les informations tir~es d'un bac ~vaporom~trique
pour automatiser l'irrigation.
MODI~LISATION DU DEVENIR DE L'EAU DU SOL SOUS IRRIGATION
Le schema d~crit plus haut s'applique avec un nombre illimit~ de r~glages
puisque deux sortes de parambtres peuvent varier simultan~ment: 1) les pro-
fondeurs d'implantation des tensiom~tres que l'on devra choisir en fonction
des caract~ristiques hydrodynamiques du sol, de la nature des cultures, des
risques de salinisation ou de percolation (Bresler, 1971); 2) les seuils de
d~clenchement et d'arr~t de l'irrigation dans la gamme 0--800 mbar accessible
par tensiom~tre.
M o d b l e de s i m u l a t i o n
Dans nos conditions, la mise en oeuvre d'un module de simulation s'impose
(Van Bavel et al., 1973) pour une approche rapide des conditions d'un r~glage
optimum, alors que la lourdeur d'une ~tude de terrain est ~vidente. Nous avons
utilis~ le module DIFSOL, mis au point par Le Cardinal (1975) qui r~sout en
CSMP l'~quation de Darcy:
dt dz (Hv) x - - - K(Hv) - S + I
le terme S est le terme d'extraction racinaire que nous avons d~j~ explicit~
(Moutonnet et Couchat, 1974):
R(z) x D(Hv)
S=TRx
Zmax
R ( z ) x D ( H v ) x dz
o
avec T R = transpiration journali~re; R ( z ) = distribution racinaire; H v =
humidit~ volumique du sol; D ( H v ) = diffusivit~ de l'eau dans le sol (cm2/j);
K ( H v ) = conductivit~ hydraulique du sol (cm/j); Zmax = profondeur maximum
atteinte par les racines; I = apports d'eau.
Nous donnons en Fig.2 les conductivit~s et diffusivit~s des sols ~tudi~s:
"sol du Chateau de Cadarache" (a) et "Castor loam" (b). Par rapport aux
valeurs trouv~es dans diff~rentes publications que nous rapportons en trait
fin (Larrouquere, 1973) nos sols (a) et (b) sont relativement filtrants: de
limono-sableux ~ sablo-limoneux, ils different d'un facteur 10 en K ( H v ) dans
la gamme 20 ~ 30% Hu. Nous donnons ~galement en Fig.3 les courbes reliant
le potentiel matriciel (~) ~ l'humidit~ volumique des deux sols t~moins. Pour
le sol (a), nous avons figur~ quelques valeurs exp~rimentales relev~es sur le
terrain en 1975; la courbe a ~t~ obtenue les ann~es pr~c~dentes en laboratoire:
( D cm.2j "1 \
o.
OD
0
0 20
~ig. 2. Caract4ristiques h y d r o d y n a m i q u e s du "Sol du Ch£teau de Cadarache" (a) et de "Castor l o a m " (b).
~'ig. 2. Conductivities a n d diffusivities of "Cadarache Castle Soil" (a) a n d "Castor l o a m " (b).
D
30
E \
40O
0~
eL
20G
\
100
\
v\
\ %
5{] \
\
10
10 20 30X Hv
Fig.3. Relation potentiel matriciel-humidit~ pour les deux sols t~moins.
Fig.3. Matritic potential versus water content for the two test soils.
on p e u t e s t i m e r q u e la c o r r e s p o n d a n c e est satisfaisante. P o u r le sol (b) n o u s
a v o n s d 6 t e r m i n ~ la c o r r e s p o n d a n c e ~(Hv) ~ p a r t i r des c o u r b e s K(Hv), D(Hv)
et de la relation:
dt~ _ D(Hv)
D (Hv) = K (HV) X d~H-O- ou d~ K(Hv) x d Hv
et u n e s a t u r a t i o n estim~e ~ 37% Hv. Avec ces p a r a m ~ t r e s n o u s a v o n s proc~d~
la s i m u l a t i o n de l ' ~ v o l u t i o n de l ' h u m i d i t ~ du sol cultiv~ et s o u m i s a u x condi-
t i o n s suivantes: - - irrigation ~ raison de 10 m m / h ; - - t r a n s p i r a t i o n journali~re
de 10 m m ; - - d i s t r i b u t i o n racinaire d i m i n u a n t de 1 h 0 e n t r e la s u r f a c e du sol et
50 c m de p r o f o n d e u r .
P o u r simuler les c o n d i t i 6 n s d ' u n e irrigation a u t o m a t i q u e n o u s a v o n s c o m -
pl~t~ le m o d u l e D I F S O L p a r u n e p r o c e d u r e CSMP sch~matis~e sur la Fig.4. A
c h a q u e pas de t e m p s o n c o m p a r e les valeurs de ~ o b t e n u e s a u x n i v e a u x H a u t
et Bas, a u x consignes m a x i m u m et m i n i m u m affich~es. Le p a r a m ~ t r e T E S T
31
inf. ~ sup.(ou test il)
t est.1
I .... • OU 6gal
1 Inf6rleur
OU 6 g a l
I,-0o ,0oN I
Fig.4. Diagramme de la proc4dure CSMP pour le contr61e d'irrigation automatique en
simulation.
Fig.4. Diagram of CSMP procedure for the simulation of an automatic irrigation.
simule le b a s c u l e m e n t d ' u n relais irrigation: il est fi z~ro en phase d e dess~che°
m e n t du sol, il passe fi 1 p e n d a n t le t e m p s d'irrigation. P o u r c h a c u n des sols
n o u s avons ~tudi~ l'~volution des profils h y d r i q u e s dans les cas du Tableau I.
La Fig.5 r e g r o u p e les r~sultats o b t e n u s sur "sol d u Chateau de C a d a r a c h e " ,
la Fig.6 c e u x relatifs h " C a s t o r l o a m " . Le profil de d~part (not~ i au t e m p s 0)
varie de fa~on lin~aire de 20% Hv en surface ~ 25% en p r o f o n d e u r ; il s'~coule
ensuite une p~riode de d e s s ~ c h e m e n t de 40 ~ 46 h p o u r que le seuil de d~-
c l e n c h e m e n t ( - - 8 0 0 mbar) de l'irrigation au niveau 30 cm soit atteint.
L'irrigation d u r e alors 6 ~ 12 h suivant le cas p o u r des doses de 66 ~ 145 m m
sous un d~bit de 10 m m / h (Tableau II). Sous irrigation le profil s'dquilibre
41% p o u r le sol d u Chateau et 37% p o u r Castor loam. D~s que le seuil - - 2 0 0
m b a r est a t t e i n t au niveau bas, l'irrigation cesse et la phase de ressuyage-
dess~chement commence.
TABLEAU I
Profils hydriques; cas de simulation ~tudi4s
Tensiom~tre Haut Bas Seuil Seuil
(cm) (cm) haut (mbar) bas (mbar)
Cas A 30 30 800 200
B 30 40 800 200
C 30 50 800 200
D 30 70 800 200
Considerations sur le plan de flux nul
Ce plan h o r i z o n t a l est situ~ ~ la p r o f o n d e u r off se p r o d u i t l'inversion d u
gradient de p o t e n t i e l h y d r i q u e e n t r e d e u x points. Nous l'avons figur~ sur les
32
~2 o13 ~4 hv - , , ' :
1 ~2 h, ,, ~ ', L ~ - - ~ ~ 2
50
1 ~
Fig. 5. S i m u l a t i o n d ' u n cycle " D e s s ~ c h e m e n t - - I r r i g a t i o n - - D e s s ~ c h e m e n t " sur le sol d u
C h a t e a u de C a d a r a c h e p o u r q u a t r e p r o f o n d e u r s d ' i m p l a n t a t i o n d ' u n t e n s i o m ~ t r e de
c o n t r S t ~ place en p o s i t i o n basse. * = p r o f o n d e u r du plan de flux nul au t e m p s considerS.
Fig. 5. S i m u l a t i o n o f a " d r y i n g - - w e t t i n g - - d r y i n g " cycle o n C a d a r a c h e Castle soil, w i t h 4
d e p t h s o f t h e l o w t e n s i o m e t e r . * = d e p t h o f t h e zero flux p l a n e versus time.
Figs.5 et 6 pour chacun des profils pris h u n instant donn~. En cours d'irrigation
ce plan ¢0 coinciderait avec la surface du sol. D~s que l'apport d'eau cesse, ¢0
~volue vers la profondeur suivant une cin~tique r~sultant des caract~ristiques
hydrodynamiques du sol et de la r~partition des racines des plantes. D'une fa~on
g~n~rale:
33
TABLEAUII
Correspondance entre num~ro de code attach~ ~ chaque profi| hydrique des Figs. 5 et 6 et
le temps en heurs ~coul~ depuis le profil origine not~ 1
imulation 1 2 3 4 5 6 7 8 9 I0 t[ IX 13 14 15 ;6 17
A O 46 48 5O ,2 54 58 6~ 78 [O2 ]15 197 .... temps donnG en heules
B 0 46 48 50 52 54 55 59 63 71 83 I07 152
~ ( 0 46 48 50 52 54 57 {~I 69 81 to5 ]41 161
O 0 46 48 50 52 54 56 58 61 b5 7[ 8~ I07 13i 161 240
145
A O 40 42 45 47 5£) %3 59 71 95 i32 . . . . temps donn6 en h ~ u r e s
B ! 40 42 45 ~7 49 52 57 6B l,~6 134
83 ~
C O 40 42 45 ',7 50 ~3 57 ~9 93 134
D C) 40 42 45 47 50 54 5~ 59 67 ~7 t43
~ : d~but d'une irrigation I entre ces deux svmboles quantit~ d'eau apport6e en i ~
~.: fin d'une irrigation
1) 80 ~volue d'abord rapidement en profondeur puis se stabilise 24 h
15 cm et 30 cm dans le cas des Figs.5A et 5B; plus l'apport d'eau est important,
plus ¢0 tend ~ se d~velopper en profondeur sans marquer de palier diffdrenci~.
Nous donnons dans le Tableau III l'~volution du plan ¢0 sous dess~chement
dans les conditions de simulation des Figs.5B et 6B. Au cours des premieres
24 h l'eau d'extraction racinaire se r~partit de part et d'autre du plan de flux
nul, si bien que la prise en compte de la seule couche superficielle conduit
une sous-estimation du bilan: --20% pour (a) au temps 24 h. Dans ces condi-
tions la th~orie ~labor~e par Vachaud et al. (1973) et les hypotheses avanc~es
par Gowan (1973) se trouvent en d~faut. Lorsqu'on ~tablit un bilan hydrique
sous culture, m~me si on dispose des indications tensiom~triques permettant
"de positionner le plan ¢0, on ne peut calculer I'ETR par assimilation pure et
simple ~ la quantit~ d'eau disparue au-dessus de ¢0, particuli~rement au cours
des quelques jours qui suivent une irrigation.
2) Ult~rieurement ¢0 progresse au-del~ de la profondeur maximum atteinte
par les racines; un bilan ~tabli entre ¢0 et la surface du sol est correct. Par
contre la prise en compte traditionnelle de l'information contenue dans tout
le profil hydrique conduit ~ une surestimation de la transpiration: +10% au
temps 4 jours pour le sol (a) et +100% vers 3,5 jours pour (b). La mesure du
terme percolation est alors importante: la solution consistant ~ mesurer le
gradient de potentiel hydraulique au-del~ de la zone d'exploitation racinaire,
est la plus r~aliste ~ condition de pouvoir estimer ce gradient avec precision
et de connaitre K (Hv).
34
TABLEAU III
Evolution du plan de flux nul ~b0 en cours de dess6chement des sols (a) et (b); r6partition
de l'extraction racinaire de part et d'autre de ¢b0
Sol du Chateau de Cadarache (a); tensiom6tres 30 et 40 cm
Heures apr6s 1 2 4 8 16 28 52 97
irrigation
Profondeur 12.5 22.5 27.5 27.5 27.5 32.5 42.5 62.5
q~o (cm)
% utilisation eau 37.8 65.3 76.3 75.7 75.5 86.7 96.4 110
T. au-dessus de rb0
% utilisation eau 62.2 34.7 23.7 24.3 24.5 13.3 3.6
T. au-dessous de (b0
Percolation ~ 1 m 0.52 0.52 0.52 0.51 0.50 0.51 1.05 1.7
de profondeur
(mm/j)
"Castor l o a m " (b); tensiom~tres 30 et 40 cm
Heures apr~s 1 3 5 10 21 59
irrigation
Profondeur 12.5 17.5 22.5 27.5 52.5 77.5
dp0 (cm)
% utilisation eau 45 52.8 63.5 71.7 100
T. au-dessus de 60
% utilisation eau 55 47.2 36.5 28.3 0
T. au-dessous de ¢0
Percolation ~ 1 m 4.7 4.6 4.5 4.3 7.8 7.6
de profondeur
(mm/j)
Evolution des pertes d'eau gravifique
D a n s les c a s d e s i m u l a t i o n p r e s e n t , s , o n n o t e q u ' e n fin d e p ~ r i o d e d e
d e s s b c h e m e n t , l o r s q u ' u n e n o u v e l l e i r r i g a t i o n v a s e d ~ c l e n c h e r , ~b0 se s i t u e
e n t r e 7 5 e t 1 0 0 c m d e p r o f o n d e u r . O n p e u t d o n c d i r e q u e la q u a n t i t ~ d ' e a u
drainant ~ 1 m de profondeur est, dans ce cas precis, perdue pour la plante.
N o u s d o n n o n s e n F i g . 7 les p e r c o l a t i o n s e s t i m ~ e s ~ c e n i v e a u d a n s t o u s l e s c a s
de simulation vus pr~c~demment. On notera d'abord, en cours de dess~che-
m e n t , u n c o m p o r t e m e n t t r b s d i f f e r e n t d e s d e u x sols ~ la p e r c o l a t i o n : 0 , 7 m m / j
35
5C i, I:
c
Fig.6. Simulation d'un cycle "Dess~chement--Irrigation--Dess~chement" sur "Castor
loam" pour quatre profondeurs d'implantation du tensiom~tre de contrSl~ plac~ en
position basse. * = profondeur du plan de flux nul au temps considerS.
Fig.6. Simulation of a "drying--wetting--drying" cycle on Castor loam, with 4 depths of the
low tensiometer. * = depth of the zero flux plane versus time.
p o u r le sol d u C h a t e a u et 7 m m / j p o u r Castor loam. Si dans le p r e m i e r cas le
drainage est faible vis ~ vis de la t r a n s p i r a t i o n (10 m m / j ) , dans le s e c o n d cas il
a t t e i n t 70% de c e t t e valeur. Apr~s une irrigation dans u n d~lai de 1 ~ 4 jours,
o n observe un m a x i m u m de p e r c o l a t i o n qui p e u t atteindre 72 m m / j dans le
36
v / li, I \~X~
o / I'l I,=,. \\l~ I
o l' il , i
E sl-- I --
!......... 4
50 100 150 200 h TEMPS
Fig.7. Evolution de ta percolation dans le sol £ 1 m de profondeur pour deux sols trait~s
en irrigation automatique suivant quatre schemas diff~rents d'implantation du tensiom~tre
has.
= sol du Ch£teau de Cadarache, 1, 2, 3, 4; tensiom~tre bas ~ 30 cm, 40, 50, 70 cm;
..... Castor loam 5, 6, 7, 8; tensiom~tre bas ~ 30 cm, 40, 50, 70 cm.
Fig.7. Development of seepage in the soil at 1 m depth for two soils submitted to auto-
matic irrigation; 4 different low tensiometer depths are used as above.
cas le plus d6favorable. Talsma ( 1 9 7 4 ) fait des observations similaires sur 3
sols de granulom6tries diff6rentes. Sur u n e dur6e de 100 h apr~s irrigation on
o b t i e n t les valeurs r a p p o r t 6 e s dans le Tableau IV. Les sols (a) et (b) se
caract6risent par un p o u v o i r p e r c o l a n t tr6s diff6rent li6 h leur c o n d u c t i v i t 6 :
dans les cas aA et bB les pertes par p e r c o l a t i o n s o n t r e s p e c t i v e m e n t de 3,5 et
47% des a p p o r t s ; le sol (a) se pr6te ~ u n sch6ma d'irrigation du t y p e B avec
s e u l e m e n t 1% de pertes suppl6mentaires; le sol (b) est sur irrigu6, il faut
t e n d r e vers u n profil d'6quilibre plus sec en p r o f o n d e u r p o u r limiter le
drainage.
MODELISATION DU TRANSFERT D'UN SOLUTI~,
C o m p t e t e n u de l ' i m p o r t a n c e des pertes d ' e a u par p e r c o l a t i o n , n o u s avons
cherch~ ~ les pr~ciser en ~ t u d i a n t la dispersion d ' u n m a r q u e u r de l ' e a u dans
un sol soumis ~ des phases successives irrigation--dess~chement. Les r~sultats
37
TABLEAU IV
Comparaison des percolations ~ 1 m de profondeur obtenues 100 h apr~s irrigation sur deux sols
diff6rents et 4 schdmas d'irrigation
Sol du chateau (a) Castor loam (b)
Cas: A B C I) A B C D
Irrigation (mm) 67 86 108 145 66 83 100 131
Percolation (mm sur
100 h) 2.4 3.9 12 40 31 48 64 92
Pourcentage (%) 3.5 4.5 11.1 27.6 46.9 57.8 64 70
de simulation {modUle D I F M O D d6crit par C o u c h a t , 1974) sur sol du Chateau
sont donn~s en Fig.8 p o u r d e u x p r o f o n d e u r s distinctes d u t e n s i o m ~ t r e bas:
30 et 50 cm. Le profil h y d r i q u e de d~part et son 6volution r e s t e n t les m~mes
que ce qui a ~t~ vu en Figs.5A et 5C. Le solut6 est initialement localis6 aux dix
premiers centim~tres de sol ~ la c o n c e n t r a t i o n C/Co = 1; par h y p o t h ~ s e il
n'est pas adsorb~ par le sol mais, par c o n t r e , est absorb~ passivement par la
plante avec l'eau de transpiration. A b s t r a c t i o n faite des processus micro-
biologiques il p o u r r a i t s'agir d ' u n solut~ t y p e nitrate. P e n d a n t la p r e m i e r e
phase de dess~chement (49 h) il y a s i m p l e m e n t diffusion et a b s o r p t i o n d u
t r a c e u r par la plante. Avec la p r e m i e r e irrigation (67 o u 108 m m ) o n observe
la fois u n e dilution et une progression en p r o f o n d e u r : il passe de 5 ~ 12 et
17 cm r e s p e c t i v e m e n t . La seconde irrigation assure u n e nouvelle d i l u t i o n tr~s
marqu6e et u n e progression du pic vers 20 et 30 cm. Avec les p r o t o c o l e s
d'irrigation retenus la vitesse a p p a r e n t e de progression du solut6 est de
1 cm/j et 2,17 cm/j dans les d e u x cas de figure. I1 s'agit l~ de valeurs calcul~es
alors que le m a r q u e u r se t r o u v e e n c o r e dans la c o u c h e de sol situ~e audessus
de ~b0, d o n t la position en p~riode stationnaire est port6e sur la Fig.8. On p e u t
s'attendre, apr~s de nouvelles irrigations, au passage d u solut~ au-dessous de
~0, et ~ une acceleration du m o u v e m e n t . Les vitesses de 1 et 2 cm/j sont d o n c
estim~es par d~faut et il se p r o d u i r a u n e p e r t e d~finitive vers la n a p p e au-del~
de 1 m de p r o f o n d e u r dans un d61ai m a x i m u m de 50 ~ 100 jours. N o t o n s
c e p e n d a n t le r61e d ' ~ p u r a t i o n (ou d ' ~ p u i s e m e n t des r6serves) jou6 par la plante
lorsqu'il s'agit d ' u n solut~ absorb6 passivement par les racines; l'action combin~e
a b s o r p t i o n et alternance dess~chement--irrigation entraine en p r o f o n d e u r une
d i l u t i o n rapide du m a r q u e u r , de telle sorte que la p o l l u t i o n de la n a p p e
phr~atique reste limit~e ~ c o n d i t i o n q u e l'irrigation soit bien c o n d u i t e . Dans
les d e u x cas particuliers pr~sent~s ci-dessus n o u s avons vu qu'il suffit
d ' a u g m e n t e r les a p p o r t s d ' e a u de 40 m m p o u r que la vitesse d ' a v a n c e m e n t du
t r a c e u r soit doubl~e.
38
~2 o,4 ote C,A¢o 1 02 04 O6
!
[,. ' ,
I
2) j
! |
5C 5(
1 | 0 h I
49 h 2 49 h ~
i , . 67 mm i.. 1o8 m m I
13 56 h ~ Crn 3 62 h /
'L0( CITt 4 223 h J
4, 214 h
I i . • 67 m m i.. ,08 mm /
z 15 222 h Z 5 237 h (
~6 381 h 6 276 h
Fig.8. Simulation du devenir d'un solut~ non adsorb~ par le sol mais absorb~ passivement
par la plante dans le cas d'irrigations automatiques successives d~clench~es diff~rents par
deux ensembles tensiom~triques.
Fig.8. Simulation of the movements of a solute (not adsorbed by the soil but passively
absorbed by the plant) during successive irrigations set by two different double tensio-
meter devices.
CONCLUSION
En vue de maintenir dans la couche de sol arable un ~tat hydrique assurant
la fois un r e n d e m e n t ~lev~ et une utilisation optimale des r~serves, on a con~u
puis r~alis~ un dispositif d'irrigation automatique. Le principe de cet appareil
est bas~ sur le contrSle ~ deux niveaux du potentiel matriciel de l'eau du sol.
Un module de simulation de l'~volution de l'humidit~ du sol, adapt~ au cas
de l'irrigation automatique, per m et de pr~ciser l'implantation des tensiom~tres
de contrSle, c o m p t e t enu du d~veloppement des racines et des caract~ristiques
h y d r o d y n a m i q u e s du sol. En outre, pour des cultures tr~s sensibles ~ la dis-
ponibilit~ de l'eau du sol ~ certains stades de leur d~veloppement physio-
logique, le dispositif peut ~tre modifi~ de fa~on ~ r~pondre aux besoins
hydriques passagers qui c o n d i t i o n n e n t largement la p r o d u c t i o n agricole finale.
La relation succion--humidit~, appliqu~e ~ l'~volution des profils hydriques
d o n n e les mouvements du plan de flux nul, lesquels d~coulent essentiellement
de la d y n a m i q u e de l'eau du sol; nous avons montr~ qu'il n'y a prat i quem ent
pas de relation entre l'activit~ des racines et la position de ce plan de flux nul.
La mise en oeuvre d'un autre module de simulation p e r m e t t a n t de d~crire,
o u tr e les mouvements de l'eau, celui de solutes, a montr~ les incidences de
l'irrigation sur le drainage p r o f o n d d'un marqueur et les risques de pollution
39
des nappes phr~atiques. Des experimentations sont h poursuivre aussi bien en
laboratoire que sur le terrain, pour confirmer les r~sultats int~ressants fournis
par la simulation du transfert des solutes.
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