0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
48 vues100 pages

Enjeux éthiques des OGM selon Testart

Ce document présente un mémoire de master sur les enjeux éthiques et géostratégiques des organismes génétiquement modifiés (OGM). Il est structuré en trois parties abordant les fondements historiques et scientifiques des OGM, les enjeux éthiques et trans-techniques, et la nécessité d'un accompagnement éthique des biotechnologies modernes.

Transféré par

Christian Kouakou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
48 vues100 pages

Enjeux éthiques des OGM selon Testart

Ce document présente un mémoire de master sur les enjeux éthiques et géostratégiques des organismes génétiquement modifiés (OGM). Il est structuré en trois parties abordant les fondements historiques et scientifiques des OGM, les enjeux éthiques et trans-techniques, et la nécessité d'un accompagnement éthique des biotechnologies modernes.

Transféré par

Christian Kouakou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

UNIVESITÉ ALASANE OUATARA

UFR : Communication, Milieu et Société


Département de Philosophie

MÉMOIRE DE MASTER
MENTION : Philosophie

SPÉCIALTÉ : HISTOIRE DES SCIENCES ET BIOÉTHIQUE

Sujet :

ENJEUX ÉTHIQUE ET
GÉOSTRATÉGIQUE DES OGM DANS À
QUI PROFITENT LES OGM ? DE JACQUES
TESTART

Présenté par :
Sous la Direction de :
M. BEDA Komoé Denis
M. POAMÉ Lazare Marcellin
Licencié ès Lettre
Professeur Titulaire
ANNÉE ACADÉMIQUE : 2016 – 2017

UNIVESITÉ ALASANE OUATARA

UFR : Communication, Milieu et Société


Département de Philosophie

MÉMOIRE DE MASTER
MENTION : Philosophie

SPÉCIALTÉ : HISTOIRE DES SCIENCES ET BIOÉTHIQUE

Sujet :

ENJEUX ÉTHIQUE ET GÉOSTRATÉGIQUE DES


OGM DANS À QUI PROFITENT LES OGM ? DE
JACQUES TESTART

Sous la Direction de :
Présenté par : M. POAMÉ Lazare Marcellin

M. BEDA Komoé Denis Professeur Titulaire

Licencié ès Lettre

ANNÉE ACADÉMIQUE : 2016 - 2017

2
SOMMAIRE

SOMMAIRE…………………………………………………………………….III

DÉDICACE………………………………………………………………...……IV

REMERCIEMENTS………………………………………………………...…....V

INTRODUCTION…………………………………………………...1
PREMIÈRE PARTIE : FONDEMENTS HISTORIQUES ET
SCIENTIFIQUES DES
OGM……………………………………….9
CHAPITRE I : Les OGM dans les traditions humaines…………..…………....11
CHAPITRE II : Les OGM dans le contexte moderne……………………………19

DEUXIÈME PARTIE : ENJEUX ÉTHIQUE ET TRANSTECH-


NIQUES DES OGM………………………………………………..27
CHAPITRE I : De la complexité du phénomène biotechnique……………….....29
CHAPITRE II : Enjeux éthiques des OGM……………………………………...34
CHAPITRE III : Les enjeux géostratégiques des OGM…………………….…...43

TROISIÈME PARTIE: LA NÉCESSITÉ D’UN ACCOMPA-


GNEMENT ÉTHIQUE DES BIOTECHNOLOGIES
MODERNES
……………………………………………………………………….50
CHAPITRE I : Pour un accompagnement éthique des biotechnologies
modernes……………………………………………………………….………...52
CHAPITRE II : La démocratisation de la question des OGM comme mesure de
prévention chez Jacques Testart………………………………………………….58
CHAPITRE III : L’Afrique face à la problématique des OGM………………….63

CONCLUSION……………………………………………………..72

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………….76
INDEX…………………………………………………………………………...81
TABLE DES MATIÈRES……………………………………………………….88

3
DÉDICACE

Mon père BEDA Minan,

Ma mère KOMOE Kolandji

4
REMERCIEMENTS

Nos remerciements vont à l’endroit de notre directeur de mémoire, le


Professeur POAMÉ Lazare Marcellin, pour avoir consenti à diriger ce travail de
recherche.
Nous sommes redevable au Professeur TRAORÉ Grégoire pour la constance
et la rigueur consacrées à ce mémoire. Qu’il trouve, ici, l’expression de notre
profonde gratitude.
Nous remercions tous les enseignants du Département de philosophie qui
ont eu la charge de notre formation académique. Nous ne saurons achever ce
chapitre, sans saluer le Docteur TIÉNÉ Baboua et le doctorant SIALLOU
Hermann, pour leurs conseils et recommandations au cours de la réalisation de ce
travail.

5
TABLE DES SIGLES

ADN : Acide désoxyribonucléique


ADPIC : Accord des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce
AESA : Autorité Européenne de Sécurité des Aliments
AGM : Aliments Génétiquement Modifiés
FAO : Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations Unies pour
l’Alimentation et l’Agriculture)
FDA : Food and Drug Administration (Administration de Contrôle des Substances
Alimentaires et Pharmaceutiques)
FIVETE : Fécondation In Vitro et Transfert d’Embryon
FSC : Fondation Sciences Citoyennes
GM : Génétiquement Modifié
HCB : Haut Conseil des Biotechnologies
ISAAA : International Service for the Acquisition of Agri-biotech Application
(Service International pour l’Acquisition des Applications Biotechnologiques
Agricoles)
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques
OGM : Organisme Génétiquement Modifié
OHGM : Organisme Humain Génétiquement Modifié
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OMS : Organisation Mondiale de Santé
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
OVM : Organisme Vivant Modifié
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PGM : Plante Génétiquement Modifiée
R&D : Recherche et Développement
UE : Union Européenne

6
UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization
(Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science, et la Culture)
USA : United States of America (États-Unis d’Amérique)

7
INTRODUCTION

1
8
La Recherche et Développement (R&D), fille de la seconde révolution
industrielle, a servi d’impulsion au progrès de l’humanité. Elle a eu pour
conséquence des mutations de diverses natures : politique, sociale, culturelle et
scientifique. Mais, les sociétés ont progressivement évolué. Elles le doivent, à
bien des égards, au dynamisme de la science qui, depuis le XVIIIe siècle, a
entraîné le bouleversement de l’ordre religieux, l’exaltation de la liberté et de la
raison. Ce dynamisme a aussi conduit les sociétés occidentales à s’engager dans
une perspective d’amélioration des conditions de vie des populations. Il s’agit
d’une rupture avec tout ce qui limitait le pouvoir de l’homme sur la nature.
Suivant cette volonté émancipatrice et révolutionnaire, les mystères de la nature
deviennent caducs au point que l’homme devient « comme maître et possesseur
de la nature »1, tel que l’espérait René Descartes (1596-1650).
Au fil du temps, les exploits réalisés par l’intrication de la science et la
technique ont accru les capacités opératoires du scientifique sur cette nature en
générale, et sur le vivant en particulier. En effet, la biologie s’est améliorée avec
certaines techniques des sciences du vivant. Celles-ci sont à la base de nouveaux
produits organiques issus des manipulations des gènes d’espèces vivantes à des
fins diverses. Ils sont essentiellement les Organismes Génétiquement Modifiés
(OGM) qui connaissent, aujourd’hui, une forte implantation planétaire pour
plusieurs raisons. Les OGM sont des organismes vivants dont le patrimoine
génétique a été modifié par l’homme.
Si, pour le scientifique, la biologie moléculaire représente une avancée
spectaculaire des sciences postmodernes, dans un contexte où domine la
compétition économique, les industriels la conçoivent comme une aubaine pour
développer des stratégies économiquement efficaces. Cet objectif non seulement
édifie l’effort d’innovation des entreprises, mais mobilise aussi les politiques
publiques pour soutenir les recherches biotechnologiques. Comme le souligne
Susan Wright,
quand le génie génétique a été perçu comme une opportunité
d’investissement, il s’est produit une adaptation des normes et des pratiques
scientifiques au standard des entreprises. L’éveil du génie génétique
1
René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Flammarion, 2000, p. 99.

92
coïncide avec l’émergence d’une nouvelle éthique, radicalement définie par
le commerce 2.

Ainsi, les OGM, prétendument destinés à des fins humanitaires, scientifiques et


environnementales, soulèvent de nombreuses questions morales, éthiques et socio-
économiques. Le décryptage de cette problématique nous a orienté vers Jacques
Testart.
Il convient, aujourd’hui, de s’interroger avec Al Gore : « Si tous les
professeurs ont des intérêts dans des entreprises qui cherchent à capitaliser sur
toute nouvelle découverte, à qui pouvons-nous demander un avis neutre ? »3.
Certains membres de la communauté scientifique inspirent, en effet, des doutes au
sujet de l’objectivité ou de l’indépendance de leurs opinions. Mais au regard de la
pertinence et de l’autonomie que l’on peut saisir dans la pensée de Jacques
Testart, ce penseur se présente comme un repère d’honnêteté scientifique et
éthique à partir de qui la problématique des OGM peut être traitée. Sa teinture
plus philosophique ou humaniste que scientifique, que lui reprochaient ses
condisciples, viennent prouver que son statut de chercheur ne l’empêche pas de
demeurer un citoyen responsable qui prend en charge les exigences de la
scientificité et de l’éthique. Ainsi, se retirant des recherches agronomiques en
lesquelles il voyait de l’absurdité éthique, il s’est tourné vers la recherche
médicale en 1977.
Jacques Testart est un biologiste et agronome Français, né le 03 octobre
1939 à Saint-Brieuc (France). Il s’est révélé au public comme le père scientifique
du premier bébé éprouvette Français, Amandine, née le 24 février 1982. Ce
scientifique s’est consacré à plusieurs travaux de manipulation du vivant et fut un
instigateur de plusieurs innovations technoscientifiques comme la mise au point
des techniques de mère porteuse chez les bovins en 1972, la réussite de la
première fécondation in vitro humaine en 1982. Il occupe également, plusieurs
postes de responsabilité en diverses structures des sciences de la vie. Récemment,

2
Susan WRIGHT, cité par Sylvain LAVELLE, Science, technologie et éthique, LAVAL, ellipses,
2006, p. 172.
3
Al GORE, cité par Hervé KEMPF, La guerre secrète des OGM, Paris, Éditions du Seuil, 2003, p.
48.

10
2
administrateur d’Inf’ogm, il est président d’honneur de l’association Fondation
Sciences Citoyennes en France. Mais que dire de l’encrage historico-
philosophique de sa pensée ?
Profondément influencé par le philosophe et biologiste Jean Rostand (1894-
1977), il exprime sa gratitude à ce dernier dans la préface à l’ouvrage de Andrée
Tétry intitulé Jean Rostand, un homme du futur :
Ma première gratitude envers Jean Rostand vient de ce que ses écrits m’ont
autorisé à identifier cette passion d’être naturaliste, (…) et qu’il ait dit les
objets de la science avec tant de concision esthétique que mon émotion
instinctive en face de la nature visible se porta spontanément vers la nature
cachée, celle du dedans des êtres. (…) À peine avais-je lu quelques-uns de
ses ouvrages de vulgarisation que je tombais sur Pensée d’un biologiste et
ce livre ne me quitta plus, au point qu’aujourd’hui j’en sais par cœur
l’essentiel4.

Le parcours philosophique de Jacques Testart décrit fidèlement celui de Jean


Rostand. Ce dernier, en effet, estimant que la biologie est inextricablement liée à
la morale, s’évertuait à alerter l’opinion publique sur la fragilité des questions
qu’elle pose. Et corrélativement, depuis que les ambitions de la génétique ont
rejoint celles de la biologie moléculaire, se sont produites de nombreuses
manipulations du vivant exposant, parfois, celui-ci à des dangers sans précédent
au nom de la recherche scientifique et d’intérêts industriels. C’est dans cette
perspective, qu’émerge la pensée de Jacques Testart, à l’image de ses
contemporains, Gilles-Éric Séralini (1960), Vandana Shiva (1952) et Hervé
Kempf (1957).
Jacques Testart est auteur et coauteur de plusieurs ouvrages et articles. Ce
sont entre autres, Des hommes probables (1999); Le vélo, le mur et le citoyen
(2006); OGM :quels risques?(2007); À qui profitent les OGM?(2013);
L’humanitude au pouvoir (2015).
Au nombre de ces livres, figure celui qui servira de repère à notre étude :
À qui profitent les OGM ?
En effet, en ce qui concerne la science et la technique moderne, les critiques
de Jacques Testart sont très prononcées, surtout quand il s’agit des OGM. Ses

4
Andrée TÉTRY, Jean Rostand, un homme du futur, (Préface de Jacques Testart), Lyon, La
manufacture, 1988, pp. 12-14.

11

3
exploits et expériences dans l’univers des sciences modernes l’ont, malgré tout,
gardé du scientisme. En tant que militant engagé d’une science citoyenne, il
s’oppose aux idéologies du libéralisme économique en lesquelles il voit
l’humanisme comme un prétexte. À ce propos, l’objectif de son livre est
révélateur. Dans cet ouvrage, en effet, il tente de démasquer des supercheries des
grandes firmes internationales productrices d’OGM ainsi que les enjeux liés à leur
expansion dans le monde. En analysant les différents modes d’application des
OGM, Jacques Testart montre comment les promesses des multinationales
d’OGM sont douteuses et bénéficient moins à l’humanité. Feignant de contrôler
une technologie qui échappe à leur maîtrise, les industriels des biotechnologies
tendent à imposer stratégiquement l’utilisation de leurs produits au monde. D’où
l’articulation de notre sujet : « Enjeux éthique et géostratégique des OGM dans À
qui profitent les OGM ? de Jacques Testart ». Il propose comme solution aux
dérives biotechnologiques modernes, la démocratisation de la recherche
scientifique, laquelle, estime-t-il, est porteuse d’intérêts non marchands.
Selon Hervé Kempf, « la science n’a jamais été moins pure que lors du
lancement des biotechnologies »5. Cela suppose que si le rôle de la science fut
auparavant louable, ses derniers développements lui imputent une « victoire à la
Pyrrhus »6, en ce sens que ses exploits engendrent des problèmes éthiques
importants. Ils nous conduisent à questionner l’intérêt de l’humanité pour les
OGM. Il convient, dans ces conditions, d’analyser le sens de l’existence des
OGM. Tel est l’esprit dans lequel s’inscrit le choix de notre sujet qui évoque les
Enjeux éthique et géostratégique des OGM.
L’enjeu éthique désigne un ensemble de bénéfices et /ou de risques issus des
résultats des manipulations du vivant, touchant la survie et le bien-être de celui-ci.
Ces questions sont suscitées par les recherches et l’application des technosciences.
L’enjeu éthique implique donc des valeurs, des choix et des décisions à prendre
parmi plusieurs possibilités qui s’offrent à l’homme. Dans le cadre de cette étude
5
Hervé KEMPF, La guerre secrète des OGM, Paris, Éditions du Seuil, 2003, p. 48.
6
Cette expression désigne une victoire qui coûte d’énormes pertes au vainqueur, faisant allusion
au roi Pyrrhus Ier d’Epire dont l’armée enregistra de lourdes pertes quand il défit les Romains
pendant la guerre de Pyrrhus en Italie à la bataille d’Héraclée en 280 et à celle d’Ausculum en 279.

12
sur les OGM, les enjeux éthiques concernent les objets, les méthodologies et les
objectifs des manipulations génétiques.
La géostratégie désigne l’ensemble des moyens mis en œuvre par une
volonté, afin de conquérir un territoire. Ainsi, en ce qui concerne la question des
OGM, l’enjeu géostratégique est relatif à l’intérêt scientifique, humain et
environnemental de la conquête des marchés par les politiques économiques des
industries agrochimiques, lesquels cherchent à étendre leur hégémonie sur
l’ensemble du territoire mondial par des moyens habiles. À travers les définitions
des concepts moteurs du sujet, il importe de saisir les raisons qui motivent sa
formulation.
Les motivations qui nous ont conduit au choix de ce sujet se situent à divers
niveaux.
La première tire sa source du constat de plus en plus inquiétant des
controverses scientifiques autour des effets des OGM sur l’environnement,
l’alimentation et la santé. En effet, la question de l’innocuité des OGM oppose les
scientifiques. Pendant que les uns soutiennent que les produits génétiquement
modifiés sont sans danger pour le vivant, les autres pensent posséder des preuves
de leur toxicité.7 Cette ambiguïté nous amène à la quête du sens des OGM.
La deuxième motivation est d’ordre académique. En effet, l’actualité et
l’ampleur des problèmes posés par la biotechnologie doit inciter le bioéthicien à
s’investir avec sérieux dans la promotion des principes de la bioéthique, tels que
le principe de précaution, le principe d’universalité, le principe de justice
environnementale, du respect de la nature.
La dernière motivation est politique. En effet, la prise de décisions
politiques, sans l’assentiment du citoyen pour des questions si préoccupantes et
sensibles que celle des OGM, met en cause la liberté de choix de ce dernier. Ainsi
se demanderait-on, comment le consommateur et le producteur ivoiriens
accueilleront-ils la décision de leurs autorités politiques, prise le 23 mars 2016,
7
En 1990, aux États-Unis, le scientifique Samuel EPSTEIN publie un article sur des hormones de
croissance bovine. Ces produits transgéniques se sont, après expérimentation, révélés favorables
au cancer et à la prostate chez les animaux. Cependant, ces résultats ont été contestés par des
chercheurs de la firme Monsanto (Voir ROBIN Marie-Monique, « Le monde selon Monsanto », in
http:// www. Youtube.com/Watch ? v= cVng 592xKu).

13
relative au projet d’adoption de loi sur les CGM (Cultures Génétiquement
Modifiées) dans l’agriculture Ivoirienne. « Au moment où tout le monde se pose
des questions, tout le monde essaie de revenir en arrière, c’est ce moment que des
pays, qui ne sont quand même pas de petits poids dans l’agriculture africaine
comme la Côte d’Ivoire, sont en train d’aller vers ça »8.
L’introduction des OGM dans l’environnement et dans l’univers agricole,
touchant la survie et le bien-vivre de l’humanité, s’est heurtée à de vives
résistances. Depuis les années 70, scientifiques, associations écologistes et
citoyennes ne cessent de manifester leur désaccord quant à l’expansion des OGM
qui, dénoncent-ils, font courir des risques sanitaires, alimentaires et
environnementaux aux sociétés. Les suspicions imputées à cette innovation du
génie génétique inspirent des doutes exprimés par certaines sources scientifiques9.
Aussi, force est de constater que ces cultures Génétiquement Modifiées (GM), par
l’entremise des multinationales, alliées aux politiques, gagnent du terrain dans le
monde.
Face à de telles situations équivoques, il importe de s’interroger : À qui
profitent les OGM ? La réponse à cette question trouverait son fondement dans
l’analyse de la genèse des OGM. Quels en sont alors les fondements historiques et
scientifiques? Si les OGM, prétendument perçus comme une promesse au
développement durable et au sursaut humanitaire, sont combattus par la masse, un
dilemme éthique se pose : Quels sont les enjeux éthiques et idéologiques liés à
leur exploitation? Comment accompagner éthiquement la problématique des
OGM, surtout face à leur propagation dans l’environnement, en général et en
Afrique, en particulier ? Dans cette perspective, n’est - il pas opportun de penser,
à nouveaux frais, le transfert des technologies en Afrique ?
L’analyse de ces questions s’appuiera essentiellement sur des méthodes
historiques afin de situer l’évolution des techniques du vivant dans le temps, des
8
Ibrahima COULIBALY, « L’Afrique n’a pas besoin des OGM », in Le Nouveau Courrier, №
1423 du vendredi, 15 avril 2016, p. 2.
9
En 1998, le scientifique Arpad PUSZTAI montre certains effets indésirables d’une pomme de
terre génétiquement modifiée sur la structure intestinale des rats. De même, Ignacio CHAPPELA
découvre en 2001, qu’une variété biologique de maïs Mexicains avait été contaminée par des maïs
GM. Extrait de « Le monde selon Monsanto », in http:// www. Youtube.com/Watch ? v= cVng
592xKu (documentaire de Marie-Monique ROBIN).

14
méthodes sociocritique et analytique, pour mettre en relief le contenu réaliste des
biotechnologies.
Notre objectif est, avant tout, d’insister sur l’urgence de l’application optimale des
principes éthiques, notamment les principes de précaution, d’autonomie, de
bienfaisance, de justice et d’équité, du respect de la personne humaine et de la
nature, eu égard aux éventuelles dérives des biotechnologies. Il s’agit aussi
d’inciter à l’écocitoyenneté et à la dénonciation des mobiles mercantiles des
multinationales, des scientifiques experts et des élites politiques qui, se servant
des technosciences, pourraient irrémédiablement hypothéquer l’équilibre
écologique et la qualité de la vie des populations. En outre, en jetant un regard
prospectif sur le phénomène du transfert des technologies en Afrique, nous
sommes amenés à attirer l’attention des garants des institutions politiques de
l’Afrique sur l’intellection des enjeux des OGM pour éviter de sombrer dans la
dépendance.
Notre plan est structuré en trois parties. La première a pour objectif de
procéder à une archéologie des biotechnologies, afin de savoir d’où nous viennent
les OGM. La deuxième partie vise à réfléchir sur les enjeux de la création et de
l’utilisation des OGM. La troisième partie est pour nous, l’occasion de mettre en
évidence l’intérêt d’une approche éthique de la question.

15
PREMIÈRE PARTIE :

FONDEMENTS HISTORIQUES ET
SCIENTIFIQUES DES OGM

16
Les études paléoanthropologiques enseignent que les interactions entre les
premiers hommes et leur environnement se limitaient à des nécessités biologiques.
Ces hommes se bornaient à assouvir leurs besoins les plus fondamentaux. Pour se
nourrir, ils étaient chasseurs-cueilleurs. Cette activité qu’on pouvait qualifier
d’instinctive, répondait aussi aux sollicitations immédiates de l’homme.
Depuis lors, la nature de l’agir humain a progressivement évolué. Sous
l’impulsion de cette transformation, la nature connaît une métamorphose
perceptibles à travers la domestication des animaux pour l’élevage et la sélection
des végétaux pour l’agriculture.
Le recours à des techniques très sophistiquées a amené l’homme à substituer
aux techniques traditionnelles d’adaptation aux normes naturelles, un remodelage
de la nature qui s’est perfectionné avec le temps. Cette partie aura pour mission,
de situer les différentes étapes de l’amélioration des espèces.

17
CHAPITRE I : Les OGM dans les traditions humaines

L’apparition des OGM, aujourd’hui, obéit à une suite logique de l’évolution


des activités de sélection et d’amélioration des espèces vivantes. Elle s’appuie sur
l’accumulations de nombreuses expériences vécues dans les activités agricoles et
d’élevages. Ce chapitre se consacre à présenter les premiers développements de la
modification génétique des espèces vivantes par l’homme et à analyser l’essence
des techniques et savoirs qui s’y rattachent.

I- La sélection traditionnelle et ses limites

La sélection traditionnelle ou classique désigne l’ensemble des moyens et


manières, dont se servait l’homme pour modifier les espèces animales et végétales
depuis le Néolithique jusqu’à la fin du XIXe siècle. Pendant cette période,
l’homme s’accoutumait à influencer son environnement par la transformation de
la nature des organismes vivants. Il sélectionnait artificiellement les végétaux et
pratiquait la domestication des animaux sauvages.
L’histoire de la sélection traditionnelle peut être divisée en deux périodes.
La première commence dès le moment où l’on devint agriculteur,
approximativement, entre 10 000 et 2000 ans avant notre ère. Elle s’achève au
XIXe, à partir de la première révolution génétique.
Les activités de l’homme consistaient à rechercher chez les espèces vivantes
des traits de son choix et en éliminant d’autres. En effet, certains végétaux
présentaient des avantages alimentaires du point de vue qualitatif, des animaux
s’avéraient utiles pour des activités humaines. Il en était ainsi des chiens pour la
chasse, du bœuf pour les labours de champ, du chameau pour le transport, de
l’éléphant pour la guerre. Ainsi, à certains endroits du monde, on pouvait
remarquer des agriculteurs et des éleveurs pratiquer la sélection végétale et
animale. Selon Chouchan, « Le Proche orient est précurseur. Dès les années -
10000 ans, on y localise des graminées cultivées comme le blé ou l’orge. On

18
3
cultive du maïs au Mexique et on situe l’élevage de bovins dans le bassin
Londonien (IIIe millénaire avant notre ère) »10.
D’autres espèces, par contre, représentaient des concurrents sur le plan
nutritionnel, des obstacles aux activités agricoles ou pouvaient menacer
l’existence de l’homme. Il s’agit des espèces végétales adventices, dites
« mauvaises herbes », des parasites, des rongeurs et des grands prédateurs (loup,
lynx, ours, tigre). Au cours de cette première période, la sélection des plantes, des
animaux et la domestication furent pratiquées suivant des données naturelles qui
se transmettaient d’une génération à l’autre.
La seconde période de la sélection traditionnelle ou artificielle accentuait la
finesse des pratiques d’amélioration des espèces, à travers des travaux de
recherche scientifique, des études sur la transmission de caractères héréditaires et
la formulation de théories. À cette époque, certaines figures vont marquer
l’histoire de ce qui deviendra la génétique. Il s’agissait entre autre des botanistes
Joseph Koelreuteur (1733-1806) en Allemagne, Andrew Knight (1759-1838) en
Angleterre, Augustin Sagaret (1763-1851) et Charles Naudin (1815-1899) en
France. Le but de leurs investigations était d’améliorer le rendement et la qualité
de la production agricole en croisant plusieurs variantes d’espèces végétales.
Ceux-ci sont parvenus aux conclusions que : « les gamètes mâles et femelles
constituent tous deux des phénotypes de la descendance ; les hybrides de la
première génération qu’on appelle par convention F1, sont identiques. Par contre,
dans la deuxième génération F2, les individus présentent une certaine
variabilité »11.
En clair, il s’agissait pour ces derniers de décrire des remarques suite aux
observations qu’ils faisaient des croisements de végétaux. Mais, c’est le moine
Gregor Mendel (1822-1884), qui posa les bases d’une connaissance théorique de
la transmission des caractères héréditaires.
Mendel croisait des pois de différentes espèces. À partir de cette expérience,
il parvint à formuler des lois simples de transmission de caractères. Cela parue
10
Michèle CHOUCHAN, Les enjeux de la recherche sur les OGM, Paris, Ministère de la
recherche, direction de la recherche et mission de la communication, 2001, p. 3.
11
Pierre VIGNAIS, La biologie, des origines à nos jours, Paris, EDP Sciences, 2001, p. 199.

19

3
dans le monde de la génétique comme une révolution déterminante pour la
sélection classique des espèces, parce qu’on pouvait prévoir des résultats
statistiques à l’issu des différents croisements. Il était également possible de
prédire et d’obtenir des résultats de croisements à souhait. Sans doute, cela a eu
des impacts épistémologiques et techniques plus tard.
Les satisfactions que recherchait l’homme en perfectionnant ses activités de
sélection traditionnelle ne furent pas toujours totales. Il en a résulté, des limites.
En effet, cette modification des modes de sélection a entrainé la modification
progressive de l’équilibre biotique. La stabilité de ce dernier en est perturbée par
la rupture de la chaîne alimentaire et trophique. Alors que certaines espèces
animales et végétales ont disparues, d’autres ont pu s’adapter aux changements du
milieu. « L’homme a en outre, aidé au transport de plusieurs organismes dans des
milieux d’où étaient absents leurs parasites et leurs prédateurs ; en l’absence de
pareils obstacles naturels, ils ont pu se multiplier et devenir à leur tour des
ravageurs »12. Par conséquent, la prolifération de ces parasites dans
l’environnement menace les cultures, les animaux domestiques et même la santé
de l’homme.
Les imperfections techniques de la sélection traditionnelle sont perceptibles
à divers niveaux. En effet, ce processus est aléatoire. Lorsque les variétés ou races
à croiser sont peu nombreuses, le sélectionneur peut perdre en une génération, à la
fois les semences récoltées et celles de la génération précédente. De même, pour
que l’on dispose d’une nouvelle variété après un croisement entre races pures, il
faut attendre une à deux générations. Ce qui rend le processus lent et ne garantit
pas totalement le résultat escompté. Les croisements consanguins en vue de
multiplier la probabilité des traits recherchés, accroît le risque de caractéristiques
indésirables. Aussi, chez les végétaux, les descendants des hybrides peuvent
ne pas ressembler textuellement à leurs parents. Mais ils peuvent porter des traits
d’un des ancêtres. Cela implique que les résultats des croisements sont
probabilistes.

12
UNESCO, Livre du maître sur la biologie des populations, Paris, UNESCO, 1976, p. 210.

20
En somme, l’ingéniosité humaine, en façonnant la nature, en fonction de ses
besoins, a permis de développer l’évolution des étapes de la sélection
traditionnelle. Cette sélection artificielle a favorisé l’existence de multiples
espèces animales et végétales. Mais, comment en est-t-on arrivé là ? Sur quelles
connaissances repose cette pratique ?

II- Nature du savoir et de la technè dans la transformation génétique


traditionnelle

Certains savoirs permettaient aux sociétés antiques de connaître, par


exemple, le temps des saisons, les périodes précises et propices à certaines
cultures agricoles. Les hommes acquéraient leurs connaissances par la médiation
des divinités. « Je donnerai à votre pays la pluie en son temps, disait le Dieu
judéo-chrétien, la pluie de la première et de l'arrière-saison, et tu recueilleras ton
blé, ton moût et ton huile »13. Ces relations magico-religieuses pouvaient, en ce
sens, enseigner aux hommes des expériences, des connaissances de phénomènes
naturels et leurs interactions. L’on devint, alors, capable de prévoir les saisons
propices à telle culture ou à telle autre, à sélectionner les meilleures semences et à
choisir les animaux propices à une fin. Les actions reposaient donc sur des
techniques. On comprend dès lors, que la pratique de certaines techniques
culturales, notamment l’irrigation, le bouturage, le labour et le greffage, dont
l’apparition remontent à l’antiquité. En élevage, des techniques de modification
génétique étaient pratiquées :
Toutes les fois que les brebis vigoureuses entraient en chaleur, Jacob
mettait les branches sous les yeux du troupeau dans les auges, afin qu’elles
entrassent en chaleur auprès des branches. Mais quand les brebis étaient
chétives, il ne les mettait point. En sorte que les agneaux chétifs étaient pour
Laban, et les vigoureux pour Jacob 14.

Ce récit témoigne d’une pratique d’amélioration des espèces du fait de la


sélection traditionnelle. En s’appuyant sur des connaissances spirituelles et les
habitudes, l’on a constitué un savoir empirique qui permet de dévoiler des secrets
13
La Sainte Bible, Traduite des textes originaux Hébreu et Grec Version d’Ostervald Révisée,
Milford, Bearing Precious Seed, 1996, p. 253.
14
La Sainte Bible, op. cit., p. 40.

21
de la sélection naturelle des espèces. Ces méthodes furent fécondes. En revanche,
la satisfaction rationnelle y manquait. Bien plus, les connaissances étaient limitées
à l’observation, voire à la spontanéité. En un mot, cet état de connaissance
caractérisait la première période de la sélection, avant que l’on ne s’emploie aux
expérimentions scientifiques en la matière. Claude Bernard (1813-1878) fait
remarquer que, dans le cadre de la première sélection,
Chaque homme se fait de prime abord des idées sur ce qu’il voit, et il est
porté à interpréter les phénomènes de la nature par anticipation, avant de
les connaître par expérience. Cette tendance est spontanée ; une idée
préconçue a toujours été et sera toujours le premier élan d’un esprit
investigateur 15.

Suivant cette logique, le pas épistémologique vers la scientificité de la


sélection fut franchi grâce à la technique de l’hybridation, introduite comme
méthode d’étude de l’hérédité par Koelreuteur et théorisée par Mendel en 1865.
L’hybridation est, en génétique, « le croisement entre individus ayant des
génotypes différents et appartenant soit à des populations différentes, voire à des
écotypes différents d’une même espèce, soit à deux espèces différentes »16. La
technique d’hybridation réalisée par Mendel consistait alors à croiser dans une
première série d’expériences, deux individus de deux variétés de pois :
Ces expériences dites de mono hybridisme furent réalisées dans le
jardin botanique du monastère des Augustins. En croisant des pois à
graines lisses avec des pois à graines ridées, Mendel obtint à la
première génération F1 des pois hybrides à graines lisses, tous
identiques. En partant de 253 plants de la génération FI et en
procédant par autofécondation (pollen de 1'etamine d'une fleur
transfère sur le pistil de la même fleur), il récolta à la deuxième
génération 7324 graines dont 5474 étaient lisses et 1850 étaient
ridées. II y avait donné trois fois plus de graines lisses que de graines
ridées17.
Alors, Mendel en conclut que :

15
Claude BERNARD, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Paris, Garnier-
Flammarion, 1966, p. 59.
16
François RAMADE, Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature et de la
biodiversité, Paris, Dunod, 2008, p. 294.
17
Pierre VIGNAIS, op. cit., p. 201.

22
- un seul caractère s’exprime à la première génération, quel que soit le
nombre de caractère étudié.
- tous les caractères étudiés s’expriment à la deuxième génération en
proportions déterminées.
Ces expériences étaient riches de conséquences car, elles permirent à
Mendel de définir les notions de « Phénotype »18 et de « Génotype »19. Elles
ouvraient ainsi, de nouvelles perspectives d’une science expérimentale en
génétique et stimulaient bien d’autres découvertes.
D’un point de vue épistémologique, les lois de Mendel contribuèrent à
affiner, à suppléer et à faire surgir certaines théories de l’évolution des espèces
vivantes. La redécouverte des lois de l’hérédité par les botanistes Hugo de Vries
(1848-1935), Carl Correns (1864-1933) et Erich Von Tschermak-Seysenegg
(1871-1962), en 1901, révélait une authenticité et conférait de l’objectivité aux
expériences de Mendel. De même, le généticien américain Thomas Hunt Morgan
(1866-1945), envisagea les mêmes expériences. « Pour aborder cette étude, son
choix se porta sur la mouche du vinaigre, la drosophile, typique avec ses yeux
rouges »20. Parmi des individus aux yeux rouge qu’il croisait, il remarqua un mâle
aux yeux blancs, c’est-à-dire un mutant. Ce qui introduisit la notion de mutation
dans la théorie de l’hérédité. Elle explique que les lois de l’hérédité rendent
compte de l’existence des variétés de races qui demeurent plus ou moins stables.
Plus tard, à ces races vont succéder de nouvelles races.
Le mutationnisme s’ajoute à une succession de théories relatives à l’hérédité
et de l’évolution des espèces vivantes. Ce sont le créationnisme, le fixisme,
l’évolutionnisme ou transformisme ; lesquelles ont, sans doute, influencé les
techniques de sélection des espèces dans l’histoire de la connaissance biologique
et la manipulation du vivant. Mais comment le mutationnisme contribuait-il à leur
affinement ?
18
Le phénotype désigne les caractéristiques morphologiques, anatomiques et physiologiques d’un
organisme donné qui sont l’expression observable de son génotype.
19
Le génotype est la caractéristique du patrimoine génétique propres à un individu donné
(Source : François RAMADE, Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature et de la
biodiversité, Paris, Dunod, 2008).
20
Pierre VIGNAIS, op. cit., p. 209.

23
Notre intention, ici, n’est pas d’aborder des détails historiques des théories de
l’évolution, il s’agit plutôt de situer les niveaux psychologiques et
épistémologiques immanents.
Le créationnisme est une « théorie fixiste selon laquelle les espèces, créées
une bonne fois pour toute par Dieu, n’ont pas évoluées »21. Cette doctrine
bénéficiait de la caution du sentiment religieux22 (Christianisme) et projetait sa
psychologie sur la croyance en un Dieu créateur, aux poids des traditions et du
conformisme. Le fixisme ne se distingue pas du créationnisme, mais n’attribut pas
directement l’origine de la création au Dieu des religions. Partagée au XVIIIe
siècle par plusieurs scientifiques dont le naturaliste Suédois Carl Von Linné
(1707-1778), ces théories s’opposaient à celles formulées par le naturaliste
français Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) et par la suite à l’évolutionnisme
du naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882). Il s’agissait du transformisme
qui explique que « les espèces animales ou végétales ne sont pas fixes mais se
transforment, provenant d’espèces antérieures souvent disparues »23 . En effet,
Lamarck, au début du XIXe siècle, affirmait en substance, comment il parvint à
asseoir sa théorie. C’est en méditant sur les collections du Muséum d’histoire
naturelle, qu’il a eu l’intuition que les espèces varient au cours de leurs
générations successives au milieu ambiant et par l’usage ou du non-usage d’un
organe qui, soit se développe s’il est utilisé, soit s’atrophie dans le cas contraire.
Cinquante ans après, Darwin renchérit cette thèse lamarckienne en y
apportant quelques modifications pour constituer le principe de sélection
naturelle, ainsi que l’écrit Dominique Simonnet, « dépassant les explications peu
naïves de Lamarck, Darwin découvre que l’évolution des espèces est réglée par
une sélection naturelle »24. Chez Darwin, la transformation des espèces a lieu à
travers un principe naturel de concurrence vitale. Chaque vivant, selon qu’il est
naturellement pourvu, survit en s’adaptant au milieu ambiant ou disparaît face à
son incapacité à se maintenir. Cette théorie obtint en conséquence, l’approbation
21
Noëlla BARAQUIN et al, Dictionnaire de philosophie, Paris, Armand Colin, 2007, p. 80.
22
Le premier livre des textes bibliques, la Genèse, affirme explicitement la création des êtres
vivants et par extension, tout ce qui existe par Dieu, dans un processus ordonné et intelligent.
23
Noëlla BARAQUIN et al, op. cit., p. 350.
24
Dominique SIMONNET, L’écologisme, Paris, Presse Universitaire de France, 1979, p. 126.

24
de nombreux biologistes qui y trouvaient un sujet de repère d’hypothèses
scientifiques. Pierre Vignais ne manque pas de le rappeler :
Comme j’étais bien placé, écrit Darwin dans son autobiographie, pour
apprécier la lutte omniprésente pour l’existence du fait de mes nombreuses
observations sur les habitudes des animaux et des plantes, l’idée me vint
tout à coup que, dans ces circonstances, les conditions favorables auraient
tendance à être préservées, et les défavorables à être détruites. Il en résulte
la formation de nouvelles espèces. J’avais donc enfin trouvé une théorie sur
laquelle travailler 25.

Au total, tout en s’opposant aux doctrines fixistes, ces théories de


l’évolution des espèces les disqualifiaient et pouvaient, ainsi, servir à approfondir
les recherches en biologie. Mais, précisons-le, l’émergence du mutationnisme
enclenché à partir des lois de Mendel conférait plus de scientificité à cette dernière
parce qu’elle tirait ses conclusions sur des bases expérimentales et synthétiques.
Tirant des conséquences épistémologiques de ces savoirs, Jean Piaget estime que
la théorie de mutation a permis d’atténuer les conceptions extrêmes du vivant. À
ce propos il écrit que « l’alternative ne subsiste plus entre un fixisme sans
évolution qui rendrait les espèces permanentes et un flux évolutif continu qui
enlèverait toute signification objective de la notion d’espèce »26. On comprend
donc que le mutationnisme confère une quiddité rationnelle à la théorie des
espèces et cela apparaît comme le fruit des nombreux tâtonnements.
En résumé, en partant des savoirs rudimentaires des techniques de
transformation génétique traditionnelle des espèces animales et végétales, l’on a
davantage constitué des connaissances scientifiques, ouvrant, ainsi, la voie à la
modernisation de la modification génétique du vivant.

CHAPITRE II : Les OGM dans le contexte moderne

25
Charles DARWIN, cité par Pierre VIGNAIS, op. cit., p. 145.
26
Jean PIAGET, Biologie et connaissance, Saint-Armand, Gallimard, 1967, p. 106.

25
La manipulation génétique, telle que pratiquée aujourd’hui, est tributaire
d’un contexte socioéconomique en progrès depuis la révolution des lumières.
Les sciences se sont affinées depuis Bacon et Descartes, et avec elles, les
techniques sont devenues de plus en plus performantes. Leurs relations sont
désormais inextricables. Gilbert Hottois incite alors à parler de technoscience. Ce
nouveau savoir semble s’être mis résolument au service de l’économisme
dominant et de la recherche permanente d’un mieux-être. À partir d’un tel constat,
on est fondé à penser une relation entre les OGM et le progrès scientifique ainsi
qu’avec l’ambition socio-économique des sociétés. Qu’en est-il ?
Il est ainsi nécessaire de situer les bases modernes de la promotion des
manipulations génétiques.

I- Fondements scientifiques de la modification génétique du vivant

Le progrès des technosciences appliqué au vivant découle d’une


accumulation de prouesses enclenchées par des rapprochements de certaines
techniques et des disciplines scientifiques. Il s’agit de la physique, la physiologie,
la chimie, la médecine et la biologie. Ce rapprochement entre des disciplines aussi
hétéroclites a permis l’évolution de la biologie et son accès au cœur du vivant.
Selon François Jacob,

cette biologie est née de décisions individuelles prises par un petit nombre
de scientifiques entre la fin des années trente et cinquante. Ces chercheurs
venaient d’horizons très variés, biologie, physique, médecine,
microbiologie, cristallographie etc. En réalisant qu’au cœur du monde
vivant se trouvaient des questions soulevées par la génétique, ils inventèrent
une biologie nouvelle27.

L’évolution de la biologie se mesure au passage de la biologie cellulaire à la


biologie moléculaire, la biologie en biotechnologie, et de la génétique au génie
génétique.
Pour se muer en biologie moléculaire, la biologie cellulaire réunit la
physique et la chimie. En effet, dans la deuxième moitié du XXe siècle, la biologie

27
Pierre VIGNAIS, op.cit., p. 264.

26
qui, naguère, se limitait à l’étude morphologique de l’organisme, faisait l’objet
d’études approfondies exigeant l’utilisation de procédés et de moyens de la
physique et de la chimie. Claude Bernard entreprit à cette époque, des recherches
en physiologie (science qui étudie le fonctionnement de l’organisme vivant). La
particularité de ses investigations était dans leur intérêt pour la dimension
microscopique des organismes. Cette physiologie bernardienne avait pour objectif
de faire la lumière sur des ambiguïtés qui prévalaient à propos du phénomène
biologique. Pendant que des médecins d’alors expliquaient la vie biologique par
l’œuvre d’une âme et par un principe vital, Claude Bernard considérait que les
êtres vivants, aussi bien que la matière inerte, sont biologiquement déterminés par
des conditions de nature physico-chimiques. Il soutenait que :
Cette spontanéité des corps vivants n’est qu’une simple apparence et la
conséquence de certain mécanisme de milieux parfaitement déterminés ; de
sorte qu’au fond il sera facile de prouver que les manifestations des corps
vivants, aussi bien que celles des corps bruts, sont dominés par un
déterminisme nécessaire qui les enchaîne à des conditions d’ordre purement
physico-chimiques 28.

Selon Claude Bernard, l’oxygène, l’azote, le carbone, le calcium, le


phosphore, le potassium et l’hydrogène sont des composés chimiques qui agissent
harmonieusement en régulant le fonctionnement d’organes vitaux spécifiques.
Pour arriver à cette fin, Claude Bernard inclut la démarche expérimentale à ses
investigations en physiologie. Cette méthode obéit au processus suivant l’ordre de
l’observation du fait, son explication anticipée ou hypothèse et la vérification de
cette dernière. Sa démonstration de la fonction glycogénique du foie29 en est un
exemple. Avec le père de la médecine expérimentale, l’étude de la cellule, par la
démarche expérimentale, passe à un niveau moléculaire. Avant Claude Bernard,
René Descartes pensait déjà ce déterminisme physiologique comme un
mécanisme. En effet, si l’âme demeure le principe vital dans sa conception
28
Claude BERNARD, op. cit., p. 102.
29
En 1843, Claude Bernard étudie ce que deviennent les substances alimentaires dans l’organisme
et commence par le sucre. Pensant au préalable les aliments comme origine du sucre dans le sang
des animaux, il constate après observation que le sang des animaux contenait du sucre, bien qu’ils
n’en mangent pas. Ainsi émet-il l’hypothèse qu’un organe serait capable de stocker le sucre et le
restituer s’il le faut. Soumettant l’hypothèse à l’épreuve expérimentale, il fait ingérer une dose de
sucre à l’animal et suivant son parcours dans le trajet du sang, confirme son hypothèse. Cet organe
régulateur était le foie.

27
dualiste de l’homme (corps et âme), Descartes estimait que le vivant était un
assemblage complexe de machines, explicable par des lois mécaniques :
Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une statue ou machine de terre,
que Dieu forme tout exprès, pour la rendre plus semblable à nous qu’il est
possible : en sorte que, non seulement il lui donne au dehors la couleur et la
figure de tous nos membres, mais aussi qu’il met au-dedans toutes les pièces
qui sont requises pour faire qu’elle marche, qu’elle mange, (…) et ne
dépendre que de la disposition des organes30.

Le scientifique français Louis Pasteur (1822-1895) est la figure


emblématique de cette physiologie. Il pose les fondements de la microbiologie
lorsqu’il découvre l’existence d’une vie microscopique. Pour répondre aux soucis
de la production industrielle de boissons, Pasteur entreprend des études sur le
processus de fermentation et y découvre l’existence d’activités microscopiques.
Ainsi, de 1857 à 1867, il publie ces études qui expliquent que la production de
l’alcool, la putréfaction ou les infections émanent d’activités de micro-
organismes. Cette théorie eut pour conséquence le développement de l’industrie
pharmaceutique, biotechnologiques et de la médecine. De plus, comme le dit
Testart, la biologie moléculaire influença la génétique et fut une occasion de
découvrir et de manipuler le vivant dans ses moindres détails.
Il fut un temps, long comme la science expérimentale, où le laboratoire de
la biologie était le lieu de manipulations d’organismes vivants, dans le but
de comprendre leur fonctionnement. (…) Souvent basée sur l’anatomie et
l’observation de la nature, la modification des bêtes ou des plantes était le
moyen privilégié pour tenter de connaître le rôle de chaque organe, l’action
de chaque élément interne ou extérieur à l’organisme ainsi que les
interactions entre individus du même groupe 31.

C’est d’ailleurs ce qui explique le développement des récentes techniques de


l’ingénierie génétique. En effet, parallèlement à la biochimie qui expérimentait les
réactions chimiques qui ont lieu dans la cellule, la génétique s’intéressait aux
causes de filiations héréditaires. « L’accaparement de ces disciplines par la
stratégie moléculaire, dit Testart, autorise des progrès spectaculaires dans le
déchiffrage des gènes »32. C’est ainsi qu’entre 1903 et 1907, Thomas Hunt
Morgan localise les gènes dans les chromosomes.
30
René DESCARTES, op. cit., pp. 169-170.
31
Jacques TESTART, Des hommes probables, Paris, Éditions du Seuil,1999, p. 21.
32
Jacques TESTART, op.cit., p. 38.

28
Le fait décisif qui marqua la naissance d’une génétique moléculaire survint à
la démonstration par Le médecin américain Oswald Théodore Avery (1877-
1955) : le support chimique des gènes est l’acide désoxyribonucléique (ADN).
Cette période est caractérisée par l’intérêt de plusieurs scientifiques pour les
recherches en génétique. En ce sens, les biologistes Francis Crick (1916-2004) et
James Dewey Watson s’intéressant à l’étude de l’ADN, découvrent en 1953, la
structure de l’ADN en tant que support matériel de l’hérédité. « Ces chercheurs
passionnés ne se doutaient pas vraiment qu’ils défrichaient une voie royale : celle
qui va mener au séquençage du génome humain, aux OGM et à la thérapie
génique »33. Précisons que l’ADN est composé de molécules dont les éléments
chimiques se font face deux à deux. À titre d’exemple, A ou Adénine est liée à T
ou Thymine ; G ou Guanine est liée à C ou Cytosine, toutes formant une structure
dite « hélicoïdale ». Cette dernière découverte a permis de mettre au point le code
génétique, offrant des possibilités techniques de manipuler et de modifier
l’organisme vivant à dessein. Jacques Testart y voit une idéologie de l’ADN, si
bien que « la découverte de l’ADN et du code génétique il y a un demi-siècle reste
un évènement considérable pour la connaissance du vivant. (…) Finalement,
l’assurance d’être capable de maîtriser le phénomène biologique est devenu
arrogance »34. L’identité secrète du vivant ainsi dévoilé, Jacques Monod (1910-
1976) et le biologiste français François Jacob découvrent la régulation de
l’expression d’un gène chez une bactérie nommée « Escherichia coli »35. À travers
des procédés techniques de découpage, d’isolement, de copie et de multiplication
des gènes, il devint possible d’insérer des gènes dans le patrimoine héréditaire de
n’importe quel organisme vivant ; d’où l’avènement du génie génétique.
Par ailleurs, dans les années 70, intervint une nouvelle ère génétique,
qualifiée de seconde révolution génétique après celle engagée par Mendel. Elle
avait pour but de panser des problèmes d’ordre existentiel en santé, en
alimentation, en environnement et dans la recherche scientifique. Kempf rappelle
33
Gilles-Éric SÉRALINI, Ces OGM qui changent le monde, Paris, Éditions Flammarion, 2004, pp.
21-22.
34
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, Paris, CNRS Éditions, 2013, p. 27.
35
Gibert HOTTOIS, et Marie-Hélène PARIZEAU, Les mots de la bioéthique. Un vocabulaire
encyclopédique, Bruxelles, De Boeck Université, 1995, p. 246.

29
que « jusqu’alors, la biologie avait été un moyen d’observation, elle devient un
moyen d’agir »36. Désormais, on assiste à une extension du champs d’action de la
science vers les nécessités sociales. Cet état de fait est à l’origine de la production
de plantes et d’animaux transgéniques ou d’OGM.

II- Facteurs socio-économiques de l’émergence des OGM


La science se trouve au confluent de tous les domaines de la vie sociale. En
effet, elle exerce une forte influence sur diverses articulations de l’histoire de
l’humanité. Il peut paraître alors que l’existence des OGM, fruits des
biotechnologies, réponde à des nécessités humaines : les questions de santé des
populations, de démographie, et d’alimentation.
Entre les XVIIe et XIXe siècles, les techniques d’amélioration des espèces et
l’éveil de l’industrie contribuaient au développement de la production agricole et à
l’amélioration de la qualité de vie alimentaire. De même, le progrès sanitaire
amorcé avec les découvertes du vaccin, des antibiotiques pouvaient atténuer la
précarité sanitaire qui prévalait sous la menace des épidémies, des maladies
incurables et de la mortalité infantile. Un telle changement des conditions de vie
humaine favorisait la baisse du taux de mortalité et l’augmentation de l’espérance
de vie. Cela entrainait alors une évolution progressive de la population. Ainsi, la
question de la croissance démographique est devenue au XXe siècle, l’une des
préoccupations majeures de la société. Elle s’exprimait en terme de gestion ou de
canalisation du flux démographique, d’alimentation en cas de surpopulation.

L’économiste Britannique Thomas Robert Malthus (1766-1834), dans son


ouvrage, Essai sur le principe de population, abordait la question de la montée
démographique sous une approche futuriste souvent jugée de pessimiste. Chez
Malthus, pendant que la population croît géométriquement, les ressources qui lui
sont disponibles augmentent de façon arithmétique ou peu croissante. Il y a donc
une disproportion entre le rythme d’évolution de la population et celui des
richesses. De cette analyse, il prédit avec certitude, une catastrophe
démographique sans une limitation concrète de la montée démographique.
36
Hervé KEMPF, op. cit., p. 19.

30
Cette idéologie économiste suscita au sein de certaines sociétés,
l’eugénisme37 et la limitation des naissances38. Mais, elle tombait en désuétude à
l’avènement de la « Révolution verte ». La Révolution verte est « une politique de
transformation des agricultures des pays en développement (PED) ou des pays les
moins avancés (PMA), fondée essentiellement sur l'intensification et l'utilisation
de variétés de céréales à hauts potentiels de rendements »39. En proposant une
politique de contrôle des populations, Malthus ignorait l’autre alternative de la
possibilité d’accroitre les productions à partir des ressources disponibles. Dans
cette logique, aux États-Unis, la Fondation Rockefeller a pris l’option de la
révolution des biotechnologies à faire face aux problèmes suscités par
l’augmentation de la population.. William Engdahl affirmait alors que :
Le rôle de la Fondation Rockefeller aux États-Unis et sur la politique
démographique mondiale n’était pas surprenant. Il ne s’agissait pas non
plus d’un aspect marginal de l’institution mais bien plutôt du cœur de sa
vocation. La démographie était la clé qui permettait de comprendre ses
engagements ultérieurs dans la révolution des biotechnologies et de la
génétique des végétaux 40.

Il faut entendre par cette initiative de la Fondation Rockefeller, un projet de


stabilisation des sociétés à risque sur le plan démographique. Dans les pays en
développement, cette stratégie prit, en conséquence, une allure humanitaire. Henry
Kissinger, le 56e secrétaire d’État des États-Unis, écrit alors :
La stabilisation de la population passe d’abord par le traitement des
problèmes des pays en voie de développement les plus vastes, là où la
croissance est plus rapide et où le déséquilibre entre la population
croissante et le potentiel de développement présente les plus grands risques
d’instabilité et de tension internationales. Ces pays sont l’Inde, le
Bengladesh, le Pakistan, le Nigeria, le Mexique, l’Indonésie, le Brésil, la
Philippine, la Thaïlande, l’Égypte, l’Éthiopie et la Colombie 41.

37
En 1883, Francis Galton, cousin de Charles Darwin fut l’instigateur du concept d’eugénisme, en
application du principe de sélection naturelle au règne animal, à la pensée de Malthus.
38
L’idéologie malthusienne connut du succès au sein de plusieurs sociétés : dans les années 60,
l’Inde adoptait une politique de limitation des naissances en encourageant la contraception dans les
familles, après un nombre limité d’enfants. La Chine ne fut pas en reste : en 2009, elle appliquait
une politique d’enfant unique à la majeure partie de sa population. Aux Etats-Unis, elle prit une
allure eugéniste, lorsqu’on alliait Darwinisme et Malthusianisme.
39
Wikibis.com/revolution verte.php, consulté le 20 décembre 2017, à 17 h 21 mn.
40
William ENGDAHL, OGM semences de destruction, Vendée, jean-Cyrille Godefroy, 2008, p.
77.
41
William ENGDAHL, op. cit., pp. 67- 68.

31
En d’autres termes, la question de la démographie, elle-même liée à l’essor
des sciences, accroissait la volonté des hommes à envisager des perspectives
économistes à relent idéologiques de peur que d’éventuels effets collatéraux de la
surpopulation ne virent au drame, c’est-à-dire en conflits, en catastrophe
environnementale ou alimentaire. Il s’agit fondamentalement de trouver les
moyens pour contrer la famine qui peut constituer un facteur de déstabilisation
sociale.
La famine dont il est question, concerne aussi bien l’individu que les
collectivités humaines. Au sens général du mot, elle désigne l’un des besoins les
plus fondamentaux du vivant et précisément des hommes. En d’autres termes, il
s’agit de l’insuffisance qualitative et quantitative de nourriture adéquates qui
retient notre attention. L’analyse de la situation socio-économique mondiale
montre que le fléau de la faim est localisable dans les régions naturellement et/ou
économiquement défavorisées. En Afrique, les déserts du Sahara et du Kalahari
constituent des facteurs aggravant la situation de précarité du continent dans la
mesure où les vastes territoires désertiques qui l’abritent sont défavorables à la
pratique de l’agriculture. Cela l’entraîne dans des situations de crise alimentaires,
parfois aggravées par des crises sociopolitiques, incitant l’ensemble de la
communauté humaine à y chercher des solutions urgentes. À ce titre, l’agronome
René Dumont (1904-2001), montrait combien de fois les pays en voie de
développement avaient besoin de la technicisation et de l’industrialisation pour
l’amorce de leur développement agricole et économique. « Les pays en retard,
écrit-il, n’ont pas d’agriculture modernes, les pays à primauté rurales ne mangent
pas à leur faim, le retard agricole freine toujours et bloque parfois toute possibilité
d’expansion économique rapide »42. Cette volonté manifeste des pays occidentaux
à aider ceux du tiers-monde, se traduit aujourd’hui, par le phénomène de transfert
de technologies.
Par ailleurs, la reconnaissance de la brevetabilité du vivant a poussé la
floraison des entreprises biotechnologiques et la mise au point des OGM. Le
brevet, selon le dictionnaire bioéthique, est « un droit exclusif, mais temporaire

42
René DUMONT, L’Afrique noire est mal partie, Saint-Armand, Éditions du Seuil, 1962, p. 17.

32
d’exploiter un objet caractérisé par la nouveauté, l’activité inventive, l’application
industrielle »43. Son origine remonte au XVIIe, siècle en Grande Bretagne. Au
XVIIIe siècle, il servait à la réglementation de privilège au bénéfice d’un
inventeur. Ce droit lié à l’invention se fondait, auparavant, sur la distinction entre
chose à commercialiser et le vivant . Le vivant ne pouvant, ni être commercialisé,
ni être approprié, n’était pas brevetable.
Quant aux choses commercialisables, il existait deux postulats : les choses
dites communes ou d’utilité publique et les choses appropriables. Ces dernières
étant susceptibles d’être inventées, elles pouvaient aussi être brevetées. Cette loi
connut des modifications en 1930, lorsque les brevets ne concernaient plus que les
plantes. La distinction était désormais faite entre « produits vivants ou non de la
nature »44 et « inventions humaines »45. Ceci signifie que si un vivant subit des
modifications par l’homme, il sortait de la catégorie des choses naturelles. Il
devient brevetable. On assistait dès lors, à une vague de concurrence à la
recherche qui laissait entrevoir la mise au point des OGM.
En somme, avec les sciences du vivant, il devient de plus en plus possible de
résoudre plusieurs questions existentielles et fondamentales de l’homme.

43
Gilbert HOTTOIS et Marie-Hélène PARIZEAU, op. cit., p. 57.
44
Idem
45
Ibidem

33
DEUXIÈME PARTIE :

ENJEUX ÉTHIQUE ET
TRANSTECHNIQUE DES OGM

Les OGM sont le fruit des recherches et expérimentations scientifiques en


ingénierie génétique. Leur impact dans le monde révèle la transgénèse comme
l’un des enjeux majeurs de la recherche fondamentale sur le vivant. Mais au-delà
de ces enjeux techniques, cette recherche a une portée éthique en ce sens qu’elle
touche au vivant et influe sur son environnement. Ainsi, quel est l’impact des
OGM au sein des sociétés ? N’importe-il pas d’appréhender et d’apprécier avec
Jacques Testart, leurs l’intérêts et d’en scruter les questions éthiques ?

34
CHAPITRE I : De la complexité du phénomène biotechnique

Le développement des OGM mobilise les esprits avisés et le profane. Dans


tous les cas, aucune conscience n’y échappe en ce sens que leur effet social oblige
à s’interroger sur le sort des présentes et futures générations. Les espoirs que
suscitent cette innovation technologique sont à la mesure des inquiétudes. Cela
conduit à s’interroger sur la nature de cette technoscience qui, en comparaison aux

35
innovations scientifiques qui la précèdent, n’a suscité tant d’opinions et de débats
passionnés. C’est pourquoi, il sera question, dans ce chapitre, de présenter les
OGM et d’évoquer les germes des controverses qui animent leur développement.

I- Présentation et domaines d’application des OGM

Selon la Nouvelle Encyclopédie de Bioéthique, « un organisme


génétiquement modifié (OGM) est un microorganisme, un végétal ou un animal
dont le génome inclut un fragment d’ADN étranger qui a été inséré par un procédé
expérimental ou industriel de recombinaison (ce qui exclut le transfert d’ADN
viral par un processus infectieux naturel) »46.
On distingue des catégories47 d’OGM dits de première, deuxième et de troisième
génération.
D’abord, les OGM de première génération sont des organismes transgéniques
incluant des gènes de résistance aux insecticides tel que le maïs Bt (Bacillus
thurengiensis) et aux herbicides comme le Glyphosate, un produit de Monsanto48
Ensuite, ceux de la deuxième génération ou « Sages » ne contiennent aucun gène
étranger ou extérieur. Seulement, la technique fut d’enlever un gène à un
organisme, le muter pour lui donner une propriété nouvelle et le réintroduire au
lieu originel. Enfin, les OGM sont de troisième génération, lorsque le gène
d’intérêt est soumis à un système de stérilisation biologique par une technologie
« Terminator ». Parmi ceux-ci, il y en a qui ont subi des modifications de sorte
que le gène marqueur ou d’intérêt développe un système immunitaire déficient :
c’est la technologie dite « Traitor ».
Ces organismes génétiquement modifiés apparaissent comme des éléments
biologiques clés de la recherche (fondamentale et appliquée) et pour leur utilité
dans de nombreux domaines. En effet, dans la recherche fondamentale les OGM
sont une source de connaissance des différentes fonctions du gène, de la
compréhension des mécanismes normale et pathologique et les relations entre
46
Louis-Marie HOUDEBINE, « Organisme génétiquement modifié », in Nouvelle Encyclopédie de
Bioéthique, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, p. 625.
47
Ces catégories d’OGM se dinguent de par la nature du gène d’intérêt, c’est-à-dire le gène qui
contient le caractère dont on souhaite l’expression dans l’organisme hôte.
48
Monsanto est l’une des plus grandes firmes de l’agro-industrie.

36
hormones de reproduction et le cancer, jusque-là incompréhensibles. Comme
l’indique Testart, « une autre catégorie d’OGM est constituée par des organismes
animaux ou végétaux qu’utilisent les laboratoires de recherche. Ces cobayes GM
sont des modèles conçus pour comprendre des mécanismes normaux ou
pathologiques »49. Dans la recherche appliquée, à la différence de la recherche
fondamentale qui a une vocation épistémologique, il est question de mettre au
point des produits destinés au commerce. Ce sont les produits phytosanitaires et
chimiques, des additifs alimentaires et des boissons.
Du point de vue sanitaire, les OGM servent à la fabrication de produits
pharmaceutiques inédits. Plusieurs antibiotiques furent réalisés à partir de micro-
organismes transgéniques. Par exemple, l’insuline synthétique dont le rôle est
analogue à l’insuline biologique, une hormone régulatrice de la glycémie
(présence de sucre dans le sang). Ils donnent ainsi, la possibilité de traiter des
maladies héréditaires et le diabète sucré.
Au niveau alimentaire, les OGM sont intégrés dans la production agricole,
pastorale et dans la fabrication d’autres produits comestibles. Les végétaux
transgéniques ont des propriétés agronomiques qui favorisent l’abondance en
rendement, la résistance à la sècheresse, aux herbicides et aux pestes.
Au niveau de l’élevage, les OGM se permettent d’accroître qualitativement
et quantitativement la production animale. Précisément, « par des animaux
d’élevage (Saumon, bovins…), le plus souvent à croissance accélérées »50.
Dans le domaine de l’environnement, ils sont destinés à accompagner la
lutte contre les crises environnementales qui prévalent et qui ont occasionnées la
pollution massive des eaux et des sols. En somme, les OGM sont promis à
diverses applications utiles au regard de certaines exigences du siècle actuel. « Le
génie génétique renouvelle les biotechnologies de l’environnement en offrant des
procédés de lutte contre la pollution et de bioconversion des déchets »51. Mais, le
point de vue de Jacques Testart à ce sujet est mitigé, car il accorde une valeur
ambivalente à cette innovation biotechnologique. Pour lui, les OGM végétaux
49
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op.cit., p. 16.
50
Idem
51
Gilbert HOTTOIS et Marie-Hélène PARIZEAU, op. cit., p. 246.

37
posent plus de problèmes complexes à résoudre que les autres catégories, parce
qu’il n’y a que des inconvénients pour la société. Il affirme à cet effet que :
Ces OGM profitent aux industriels comme à la communauté humaine dans
son ensemble. C’est pourquoi ils ne font pas l’objet de controverse. (…)
Mais ce sont les PGM qui alimentent depuis une quinzaine d’années des
controverses parfois violentes attribuées abusivement aux «OGM » 52.

En clair, la question des OGM est un sujet à polémique qui animent


continuellement les plus grands débats dans le monde.

II- De la contestation aux débats polémiques

Les oppositions manichéennes53 devant la question de l’intérêt des OGM


partent des laboratoires scientifiques et se retrouvent aujourd’hui, au niveau des
citoyens. Elles naissent à partir des expériences de recombinaison génétique sur
des bactéries appelées « Escherichia coli » en 1969. C’est un micro-organisme
présent dans l’organe intestinal humain. Des virologues s’inquiétaient du danger
qu’il pourrait représenter s’il s’échappait des laboratoires de recherche. Cette
bactérie serait capable de provoquer des épidémies de cancer et constituerait un
véritable danger pour l’environnement. Ce fait marquant fit naître au sein de la
communauté scientifique des remous.
Aux Gordon Conferences de juin 1973, le débat s’engage sur des
problèmes techniques et éthiques liés aux recombinaisons de l’ADN. (…)
Les chercheurs, évoquant des « biohasards » inhérents aux molécules
d’ADN recombinantes, proposent un moratoire ayant pour objet la
suspension des expériences sur l’ADN recombinant jusqu’à la tenue d’une
large conférence internationale54.

Le consensus ayant abouti à l’arrêt d’un moratoire sur la technique de


l’ADN recombiné, a permis d’étendre la question au public. Un moratoire
« consiste en la décision de retarder ou de suspendre provisoirement, et pour
certaines raisons des actions que l’on serait capable d’entreprendre sans délai »55.

52
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., pp. 16-17.
53
Ce terme renvoie à une conception dualiste du bien et du mal.
54
Gibert HOTTOIS et Marie-Hélène PARIZEAU, op. cit., pp. 246-247.
55
Idem., p. 274.

38
Il permet de retarder temporairement les recherches et expérimentations
scientifiques dont les résultats sont aléatoires.
Dans la perspective de réunir des ressources nécessaires pour la concurrence
économique, les recherches en technologies du vivant s’affirment comme les
thèmes prioritaires de recherche biotechnologiques. En 1980, à l’occasion de
l’affaire Chakrabarty56, qui a abouti au brevetage du vivant, on assistait
progressivement à un foisonnement d’octroi de brevets sur les végétaux et les
animaux parce que la loi, aux États-Unis, autorisait les brevets sur le vivant. Ce
fait fut enclenché quand la cour suprême des États-Unis attestait que tout ce qui
existe et qui a été modifié est brevetable. Cela donnait ainsi, l’opportunité aux
multinationales et à tout chercheur de posséder des brevets sur le vivant. Cet état
de fait implique la possibilité de commercialiser les produits modifiés. Cette
politique prouvait qu’ « à l’origine, en effet, le brevet représente un outil politique
publique qui vise à stimuler les innovations techniques en accordant à l’inventeur
le monopole de la fabrication et de la vente de son produit »57.
Depuis les années 70, la prise de conscience des revers de l’industrie sur la
nature faisait naître des mouvements contestataires et idéologiquement
composites. Autrement dit, il s’agissait de l’écologisme, un courant de pensée
idéologique ou philosophique dont l’activité vise le respect de l’environnement, sa
protection, sa préservation et sa restauration. Ce mouvement ambitionnait de
restaurer une image plus noble à la recherche scientifique, inextricablement liée
aux intérêts de la société. L’objet de la lutte se cantonnait autour des questions
d’épuisement des ressources naturelles, la pollution et le réchauffement
climatique. Récemment, ce champ d’action s’est étendu et la lutte a parfois pris
des tournures passionnantes avec les OGM. Certains écologistes entendent mener
des actions légales contre le développement des OGM. Ils sont connus sous le
vocable d’Anti OGM. « La majorité des opposants actifs aux OGM, les
« militants », font partie des mouvements écologistes ou se regroupent dans la
56
Le généticien Ananda Mohan Chakrabarty demandait un brevet pour un micro-organisme
génétiquement modifié. Après huit années de rejet de cette demande, la cour suprême des États-
Unis lui accorde finalement, le droit de propriété de cette bactérie, en 1980 (Source : Marie-
Monique ROBIN, Le monde selon Monsanto, Paris, Arte Édition, 2009, p. 220 ).
57
Marie-Monique ROBIN, Le monde selon Monsanto, Paris, Arte Édition, 2009, p. 219.

39
gauche contestataire (par exemple en France, ATTAC, Les Verts, Greenpeace).
La lutte anti OGM est proche du courant altermondialiste »58. Évidemment,
opposés aux Pro-OGM, constitués de multinationales, de scientifiques,
d’industriels des biotechnologies, d’autorités politiques et de citoyens. Ces luttes
débouchaient parfois sur des actions violentes et tragiques. En France des actions
de fauchage de cultures transgéniques finissent par des arrestations, en Inde, ce
sont des séries de suicide de cultivateurs de cotons transgéniques. Dans le tiers-
monde, les citoyens se présentent de plus en plus hostiles aux cultures
transgéniques, craignant pour leur sécurité et souveraineté alimentaire. On
assistait, ainsi, à une mondialisation des controverses. Elles mettaient en jeu
divers problèmes éthiques.

CHAPITRE II : Enjeux éthiques des OGM

Les enjeux éthiques exposent des situations antagonistes parmi lesquelles il faut
opérer des choix à la lumière de valeurs morales, de principes éthiques, de droits
et valeurs des grands instruments internationaux. Ces questions sont suscitées par
les impacts des OGM chez le vivant en général. Dans ce chapitre, il s’agira d’une
part, d’analyser les différents cas de figure et à en dévoiler les dilemmes qu’ils

58
https://fr.wikipedia. Org/Mouvement anti-OGM, consulté le 20 décembre 2017 à 17 h 14 mn.

40
exposent, et d’autre part, d’analyser les conditions de possibilité d’accommoder
l’exploitation des OGM et les défis de l’éthique environnementales.

I- Les problèmes éthiques


Le mécanisme de la transgénèse qui a conduit à réaliser les OGM traduit une
avancée notoire des sciences et techniques du vivant. La volonté qui sous-tendait
cet élan technoscientifique était lié au soucis de connaître non seulement le vivant,
mais aussi de s’en servir pour répondre aux graves problèmes humanitaires qui,
jusqu’alors, n’avaient aucune issue. En matière de santé, ils s’affirment comme
une panacée à plusieurs maladies. À titre d’exemple, la production de substances
médicales, telles que la fabrication d’hormones de croissance humaine pour le
traitement du nanisme, des antibiotiques contre certaines formes de cancer. Avec
le projet de séquençage du génome humain, il est possible de traiter des maladies
héréditaires.
Toutefois, certaines conditions de fabrication des substances
pharmaceutiques et médicales interpellent sur des questions éthiques. En effet, les
espèces vivantes manipulées sont des animaux automatisés à ne développer que
des maladies pour des fins expérimentales, et d’autres programmés à la production
de substances chimiques ou médicales. La souris Harvard est conçue pour
développer des cancers et les vaches dites « pharmaciennes » qui sont comme des
usines pharmaceutiques en sont des exemples illustratifs. Fort de ces faits, on se
demande si le progrès des recherches sur les sciences du vivant légitimait la
souffrance provoquée chez les animaux et par extension du vivant. Quel statut
ontologique confère-t-on aux vivants pour permettre de tels traitements ?

On peut soutenir avec Jacques Testart que, quelle que soit la différence
ontologique entre l’homme et l’animal, le vivant est instrumentalisé et ravalé à la
chosification. Les modifications génétiques artificielles ont « stimulé une
conception mécaniste du vivant »59. D’ailleurs, le projet de transformer des
herbivores en carnivores qui a engendré l’encéphalopathie spongiforme bovine ou

59
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 27.

41
la maladie de la vache folle, témoigne que la modification génétique du vivant
risque d’entraîner des désastres sanitaires, même chez l’homme.

La modification du vivant est préoccupante, parce qu’elle soulève la


question de la maîtrise des techniques de modification ou d’insertion des gènes
dans un organisme. Les effets d’hormones de croissance bovine (rBGH), ont
parfois provoqué le diabète chez des animaux. « Bien d’autres preuves de
l’incapacité à maîtriser le vivant devraient apparaître progressivement, et elles
sont déjà visibles sur l’animal que sur le végétal »60. Par ailleurs, les OGM
résultent d’une violation des lois naturelles et peuvent être compris comme un défi
d’établir une diversité chimérique parmi les espèces vivantes. En effet, avant les
OGM, toute modification du vivant visait à accompagner la nature. Cette dernière
se chargeait d’accomplir l’essentiel de son dessein de reproduction lorsque,
parfois, la touche humaine réalisait les conditions requises. Au contraire, avec les
OGM, l’on demande à la nature ce qu’elle serait incapable d’offrir naturellement.

La brevetabilité du vivant pose aussi des questions éthiques. Le droit de


propriété intellectuel tire sa légitimé du fait qu'il permet à l’inventeur de tirer
profit de son ouvrage. Au XVIIe siècle, on retrouvait chez le penseur anglais John
Locke (1632-1704) cet aspect du droit de propriété. En ce sens, on acquiert le
droit sur une chose, auparavant commune à tous, lorsque par le travail, on arrive à
la façonner. Ainsi, « celui qui appliquait son activité à n’importe quel produit
spontané de la nature et le modifiait d’une manière quelconque l’état où celle-ci
l’avait placé en acquiert ainsi la propriété en y apposant son travail »61. Mais
l’approche Lockéenne ne saurait être comprise que dans le cadre sa conception du
droit naturel ou traditionnel. Dans les sociétés modernes, le droit de propriété est
défini selon des conditions légales, où le vivant est pris en compte. Toutefois, si
ce dernier est l’objet de ce droit, la question fondamentale est alors de savoir si
l’on peut à bon droit s’arroger la propriété du vivant sous le prétexte de lui avoir
apporté une modification. Est-il concevable de faire du vivant un patrimoine
privé ?
60
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., p. 24.
61
John LOCKE, Deuxième traité du gouvernement civil, Paris, J. Vrin, 1977, p. 254.

42
De plus, le brevet sur les semences a l’avantage d’encourager à plus de
recherche sur de nouvelles perspectives agro-alimentaires et réserve d’énormes
profits économiques au chercheur. Toutefois, il soulève des problèmes éthiques
dans les rapports entre les industries biotechnologiques et les agriculteurs. En
effet, les avantages du brevetage des semences sont liées à un contrat selon lequel
l’agriculteur qui achète des semences brevetées est incapable de ressemer ces
semences l’année suivante, en raison des infécondités qui leur est donné à partir
de la modification génétique. Ceci met à mal la liberté de choix des cultures et
compromet la souveraineté alimentaire de l’agriculteur. Les firmes en s’arrogeant
le monopole des semences brevetées, créent la dépendance des agriculteurs. Cela
menace l’agriculture dans son ensemble et la sécurité alimentaire. Mais, dans les
relations entre firmes et agriculteurs, est-il éthiquement correcte de privilégier
l’intérêt économique au détriment de la sécurité alimentaire, surtout des pays en
développement ? À ce titre Marie-Monique Robin affirme que :
Le brevet enclôt le vivant, comme les plantes qui servent à nourrir ou à
soigner l’homme, et finalement contribuent à l’exclusion des plus pauvres
des moyens de vivre et de survivre, car comme on le voit avec les semences
ou médicaments, dès qu’un brevet est déposé, il signifie royalties 62.
Ce système de brevet sur les semences impose aux agriculteurs une logique
culturale mesurée dont le rendement est fonction du pouvoir d’achat,
contrairement aux rendements des semences locales qui s’accroissent au gré du
temps et de fréquence des précipitations. Dans ce cas, comment percevoir
l’introduction des semences brevetées dans pratiques culturales traditionnelles ?
Dans les pays du sud, les pratiques semencières sont respectueuses d’une
éthique du partage. Dans un tel univers cultural, la question du brevet crée, un
choc éthique pour certaines raisons.
Primo, les peuples détiennent les semences locales de leurs ancêtres. Elles sont
transmises de génération en génération. Les semences brevetées sortent de cette
logique d’héritage.
Secundo, les semences recèlent une grande valeur sacrale dans certaines cultures,
par conséquent, leur sélection se fait avec attention et considération. On accorde

62
Marie-Monique ROBIN, op. cit., p. 332.

43
parfois plus d’importance aux semences de culture qu’à celles réservées à la
consommation. Cheikh Hamidou Kane exprimait à cet effet, une anecdote dans
L’aventure ambiguë : « Souvenez-vous : que faisons-nous de nos réserves de
graines quand il a plu ? Nous voudrons bien les manger, mais nous les
enfouissons en terre »63. À partir de cette considération, les semences brevetées
n’ont aucune valeur morale en raison de leur ancrage économique. Cela est
d’ailleurs, insupportable pour l’économie des pays du sud. Pour Testart, « outre la
contrainte économique, cette obligation constitue une atteinte culturelle en
bouleversant les pratiques semencières des paysans, comme la sélection et
l’échange des semences à l’échelle des terroirs »64. En clair, il faut comprendre
qu’il existe un écart éthique entre les pratiques culturales traditionnelles et celles
qu’exigent les brevets sur les semences.
De plus, la coexistence des cultures transgéniques et biologiques pose un
problème social. Elle met à mal non seulement, les relations intersubjectives de
l’agriculteur biologique et du cultivateur de PGM, mais peut aussi entraîner des
litiges entre agriculteurs biologiques et les firmes agro-industrielles. En effet, la
dissémination et la contamination des cultures biologiques peuvent nuire aux
relations de bon voisinage et remettre en cause l’autonomie ou la liberté de culture
de l’agriculteur biologique et enfreindre ainsi les principes de justice et d’équité.
De même, il est possible que l’effet de contamination incontrôlée alimente des
querelles entre les semenciers et l’agriculteur biologique. D’une part, le semencier
peut accuser le paysan de pirater des semences transgéniques et d’autre part,
l’agriculteur peut se plaindre de la pollution de ses cultures biologiques. Comment
le principe de pollueur-payeur doit-il s’appliquer dans une telle situation ?
comment résoudre équitablement et légalement ce cas de figure ? L’histoire de
l’agriculteur américain, Percy Schmeiser65 en est une parfaite illustration. La
question de la coexistence des cultures est donc susceptible d’engendrer des

63
Cheikh Hamidou KANE, L’aventure ambiguë, Paris, Édition 18/10, 1961, p. 191.
64
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 24.
65
Il s’agissait d’un litige qui opposait la firme Monsanto et un agriculteur, en 1998, qui s’est soldé
par un procès (voir Hervé KEMPF, « Percy et les quarante inspecteurs », in La guerre secrète des
OGM, Paris, Éd. Seuil, 2003, p. 190.)

44
problèmes éthiques et de s’étendre au-delà des questions d’ordre
environnementale.
En s’inscrivant dans une perspective Testatienne, la logique évolutive des
brevets prévoit des futurs apocalyptiques. En effet, il estime que si la poursuite
d’une recherche est susceptible de nuire à l’avenir, il est judicieux d’y poser un
interdit, de peur que l’on ne soit tenté de l’appliquer à coup sûr. Il note à ce
propos que :
La démonstration du savoir-faire de telles transformations par la
génération d’aujourd’hui génère une pression continue pour leur
réalisation. Cette pression découle de la possibilité de faire mais aussi de la
séduction qui accompagne une telle perspective 66.
Or, l’octroi des brevets qui prenaient, traditionnellement en compte la
distinction entre les choses brevetables ou non brevetables, et du vivant, a subi un
glissement progressif vers le brevet sur le vivant. Si dans cette logique, les
recherches ont permis de créer des animaux comme le « saumon transgénique
capable de nuire aux saumons sauvages par sa taille et sa voracité »67, il est
évident que la demande de brevets sur des organes humains, traduise la tentation
du scientifique à inventer des Organismes Humains Génétiquement Modifiés
(OHGM). Ceci, d’un point de vue prospectif, pourrait conduire les sciences du
vivant à la réalisation de fantasmes de science-fiction ; par la création de Cyborg,
de races humaines corrompues, en mesure de rivaliser avec l’homme naturel et par
conséquent, menaçant ce règne d’extinction. Mais la question éthique qui se pose
est de savoir si les recherches approfondies sur le vivant légitiment sa
brevetabilité.

En somme, l’entreprise ingénieuse de l’homme sur la nature induit tant bien


que mal des influences sur son milieu de vie au point où lui-même pourrait se
trouver modifié comme il l’a fait dans son environnement.

II- Les OGM et l’éthique environnementale

66
Jacques TESTART, Des hommes probables, op. cit., p. 173.
67
Lazare Marcellin POAMÉ, « Dis-cours » de Bioéthique », in Revue Internationale Francophone
d’éthique et de Bioéthique, Vol. 1-№1, Université de Bouaké, Revue de la chaire UNESCO de
Bioéthique, 2012, p. 66.

45
L’interaction entre l’homme et son environnement l’oblige à en prendre
soin. C’est pour cette raison que les crises environnementales suscitent
l’édification d’un écologisme généralisé. En effet, l’altération de l’environnement,
imputable à la voracité des activités humaines en générale, et du développement
industriel en particulier, semble avoir reconverti cette industrie en écologie
industrielle. Il s’agit d’un ensemble de pratiques et de techniques industrielles
d’organisation et de gestion de l’environnement, pour la réduction des impacts
négatifs de l’industrie sur la biosphère. Parallèlement à la dynamique des
mouvements et tendances favorables à la sauvegarde de l’environnement,
l’industrie se promet de réparer les dégâts enclenchés par les effets de ses
prouesses antérieures. Dans ce cadre, les OGM sont présentés comme le nouveau
recours pour la restauration de l’environnement. Cette initiative se veut efficace
avec les organismes modifiés. Mais en quoi les OGM peuvent-ils concourir à
accompagner l’éthique de l’environnement ?
L’exploitation des OGM est consécutive au développement de l’agriculture
industrielle dans les années 40 à 70. Cette période était marquée par la «
Révolution verte ». La création d’industries agroalimentaires et la génétique
eurent un impact considérable dans la prévention de la famine et la
malnutrition. Cette révolution se caractérise par l’usage abondant d’engrais, de
pesticides, de produits chimiques dans le développement agro-industriel. Mais
cette attitude entraine l’accumulation de nombreuses conséquences dont
l’épuisement des ressources naturelles, la déforestation, la pollution, le
changement climatiques, la disparition d’espèces animales et végétales. Un tel
bouleversement en appelle à des mesures urgentes. En effet, si la vision
traditionnelle ou anthropocentrique tendait à sacrifier la nature au profit de
l’intérêt humain, il se dévoile de plus en plus au lieu de conditionnalité entre
l’homme et la nature. Il est donc nécessaire de songer à une éthique englobante ou
holiste.
En 1992, la communauté internationale prend conscience de l’ampleur de la
crise environnementale globale et signe la déclaration de Rio de Janeiro ou le

46
sommet sur la biodiversité. Ce sommet a permis d’édifier une nouvelle ère de
développement au niveau mondial : le développement durable. La Commission
Mondiale pour l’Environnement et le Développement Durable (1987), le définit
comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre
la capacité des générations futures de répondre aux leurs »68. Mais, les OGM
peuvent- ils relever ce défi, en s’inscrivant dans cette perspective du
développement ?
Si le développement durable consiste à prendre en compte les besoins des
générations présentes sans compromettre ceux des générations futures, cela
suppose une gestion rationnelle à long terme des ressources de la nature, la
préservation de la diversité végétale et animal. Cela rejoint les prétentions des
OGM, notamment la réalisation d’une agriculture durable, la lutte contre la
pollution de l’environnement. Ainsi, pour asseoir une agriculture durable, les
OGM de première génération s’avèrent utiles. Par exemple, les PGM ont la
propriété de sécréter des toxines pour lutter contre les insectes ravageurs. Aussi,
les plantes qui développent des résistances aux herbicides limitent l’usage
d’intrants chimiques et favorisent la protection des sols contre le phénomène de
l’érosion. Des PGM en cours d’expérimentation sont même présentées comme
amélioratrices de valeur nutritive, en plus d’être adaptées à des conditions
climatiques difficiles.
En ce qui concerne l’environnement, ces organismes offrent des moyens de
lutter contre la pollution de l’environnement en assurant, par exemple,
l’absorption des déchets. On parle de bioconservation. C’est en 1980 que le
généticien américain Ananda Chakrabarty mit au point un micro-organisme
transgénique, « permettant la dégradation des hydrocarbures »69, parfois
responsables de perturbations écologique, économique et sanitaire (les effets des
marées noires). De là, il ressort que les objectifs affichés de OGM, s’annoncent
prometteurs pour une éthique environnementale. Cependant, si les impacts
négatifs des révolutions industrielles furent visibles, l’attitude écocentrique, dont

68
UNESCO, Cours de base de bioéthique, Paris, UNESCO, 2008, p. 71.
69
Gilbert HOTTOIS et Marie-Hélène PARIZEAU, op. cit., p. 248.

47
se prévalent les OGM devrait inciter à la prudence en raison de sa nouveauté et
aussi parce qu’il est difficile de prévoir ses impacts à court terme. À ce niveau,
Jacques Testart pense que l’industrie biotechnologique devrait démontrer
l’efficacité des PGM plutôt que de faire des promesses inédites.
Il y a bien une exception PGM dans l’histoire des nouvelles technologies
car, si toutes furent plus ou moins controversées, des arguments pourraient
être avancés par leurs défenseurs : le moteur thermique développe une
puissance jamais disponible auparavant, les centrales nucléaires produisent
de l’électricité, les nanotechnologies inventent des propriétés inédites pour
les matériaux…même si le revers de la médaille est parfois très chargé de
nuisances. Rien de tel avec les PGM où ce sont seulement des promesses qui
viennent en défense avec un aplomb qui les fait passer pour des réalités ! 70.

L’introduction des OGM dans l’environnement soulèvent d’importantes


questions écologiques pour plusieurs raisons.
S’il est complexe de prévoir sur le long terme les effets des OGM sur
l’environnement ou de les démontrer, il est tout de même envisageable d’en
évaluer les risques sur le court terme.
En agriculture, les PGM mettent en péril la biodiversité, car ils peuvent
nuire à la diversité biologique. La monoculture, très adaptée aux PGM, par
exemple, s’oppose à la diversité de culture par l’usage récurrent d’une unique
espèce de culture sur les mêmes surfaces.
Les plantes transgéniques de première génération, productrices
d’insecticides, bien que susceptibles de réduire l’usage de produits chimiques,
menacent aussi d’extinction les agents pollinisateurs tels que l’abeille, le papillon
monarque et bien d’autres espèces volantes. Cela peut être préjudiciable à
l’équilibre biotique et à la biosécurité. De même, les PGM résistants aux
herbicides pourraient transférer, par le phénomène de recombinaison ou de
dissémination, leur gène de résistance aux végétaux adventices.
Aussi, les PGM issus des technologies Terminator et Traitor sont problématiques
pour l’agriculture durable. En effet, la défaillance immunitaire et la stérilisation de
semences agricoles prévoient des risques de pollution génétique des plantes
sauvages par l’effet de contamination : les plantes ou cultures contaminées

70
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., pp. 73-74.

48
peuvent développer des maladies. La stérilisation et la baisse du rendement
agricole en est une conséquence possible.
En un mot, ce système de production agro-industrielle nuisible à
l’environnement, semble être loin de réaliser une agriculture durable et par
extension, un développement durable. Dans ces conditions, il est sans doute
impossible qu’une éthique environnementale écocentrique rime avec la logique
des multinationales productrices d’OGM. Autrement dit, il est probable qu’il soit
question d’une stratégie des sociétés industrielles de saper les désastres antérieurs
imputables à l’agression de la nature au profit d’un rebond économique
capitaliste.

CHAPITRE III : Les enjeux géostratégiques des OGM

49
Les pays développés, instigateurs des innovations biotechnologiques s’inscrivent
dans une logique de marché qui repose sur la position stratégique de certains
territoires. Mais, pour mener avec habileté ce projet, la nécessité d’asseoir une
idéologie de marché s’impose. C’est pourquoi, nous montrerons d’une part,
comment les multinationales de l’agro-industrie suscitent la persuasion au sein des
sociétés consommatrices et comment les entreprises biotechnologiques organisent
la conquête des territoires du monde par les OGM.

I- De la culture capitaliste

La biotechnologie a donné des opportunités aux industries de perpétuer leur


hégémonie économique. Des moyens colossaux sont mis en œuvre par des
entreprises, telles que : Monsanto, Syngenta, BASF, Bayer, Dupont…, pour
légitimer et vanter le mérite des cultures génétiquement modifiées.
Les grandes firmes (Monsanto, Bayer, Syngenta, BASF, Dupont) déposent
des centaines de brevets sur des gènes dépistés dans les plantes naturelles,
celles sélectionnées depuis 10 000 ans par les paysans, dans le but de les
inclure dans les plantes transgéniques, lesquelles seront payantes71.
Il s’agit d’une politique commerciale capitaliste. Il faut entendre, par
capitalisme, une « organisation économique des sociétés industrielles, caractérisée
par la propriété privée des capitaux, la libre concurrence dans une économie,
l’achat du travail par le salaire comme une marchandise »72. Ce système prend
appui sur des promesses, les arguments scientifiques et le lobbying pour la
promotion de leurs produits. Leurs principaux arguments évoqués concernant les
OGM sont d’améliorer les conditions de vie des hommes, la réduction de la
pauvreté. Les entreprises se fondent alors sur la nécessité « d’augmenter la
productivité, bien utile face à la surpopulation à venir, même si la terre est trop
salée, trop sèche, ruinée par les engrais »73. Cette initiative stimule les industries
agrochimiques à recourir aux techniques du génie génétique, susceptibles de
générer d’importantes ressources économiques. Toutefois, à en croire Jacques
Testart, ce mobile commerciale tend à sacrifier l’intérêt des consommateurs. La
71
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 25.
72
Noëlla BARAQUIN et al, op. cit., p. 42.
73
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 11.

50
maîtrise de la technique de la transgénèse étant limitée, l’on ne peut s’assurer de la
propreté des OGM à la consommation humaine. Car, le consensus, relatif à la
validité des recherches sur la question de la sécurité des OGM, ne fait pas
l’unanimité au sein de la communauté scientifique.
Il faut aussi évoquer ces observations inattendues qui font l’objet d’aucune
publication scientifique mais indiquent qu’on est bien loin de maîtriser les
effets de la transgénèse. Ainsi, une des premières PGM, une tomate modifiée
pour être conservée longtemps après récolte, s’est avérée d’un goût
tellement exécrable que même les consommateurs étasuniens l’ont refusée.
(…) Dans ces conditions, prétendre que la transgénèse est sous contrôle
relève de l’idéologie… ou de l’inconscience 74.

Cela engendre de nombreuses inquiétudes chez les consommateurs et les


pousse à revendiquer plus d’informations éclairées sur les plantes génétiquement
modifiées. Les OGM destinés à la recherche scientifique et à l’intérêt médical ne
souffrent d’aucune contestation en ce sens, comme le dit Jacques Testart, ils
profitent à la fois aux industriels et à la communauté humaine. Pourtant, les PGM
dont on soupçonne la toxicité75, font l’objet d’autorisation à la consommation.
C’est pourquoi Jacques Testart y voit une question de jeu de profit, quand il
évalue la balance des bénéfices et des risques :

osons exiger que le rapport bénéfice/risque des plantes transgéniques soit


évalué comme pour les médicaments. Si, à cette question, on ne répond que
par des promesses, alors nous poserons une autre : à qui profitent les
plantes transgéniques ? Car, il n’est pas justifié de prendre des risques là
où n’y a aucun bénéfice 76.

En fait, pour cet éthicien, si les structures en charge du contrôle des OGM
légitiment la consommation de ces produits, il faut y discerner des intentions
économiques. « Si certains ont abusé de la vérité scientifique pour imposer des
produits mal testés, c’est selon leurs intérêts qui ne sont pas des nôtres »77. En
clair, l’attitude des industriels et des structures en charge des évaluations des

74
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit , pp. 30-31.
75
Les résultats d’une expérience réalisée par une équipe du biologiste moléculaire Gilles-Éric
SÉRALINI sur des rats consommant du maïs transgénique NK603 de Monsanto se sont révélés
pathologiques.
76
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 12.
77
Idem, p. 13.

51
produits biotechnologiques exprime la domination du mercantilisme au détriment
des conséquences potentiellement désastreuses.
La logique commerciale est soutenue par le principe d’ « équivalence en
substance »78 et défendue par des industriels et des scientifiques. Ce principe
postule que, tout organisme génétiquement modifié dispose des mêmes
compositions chimiques qu’un organisme de souche sauvage. Cela suppose que
les OGM ne comportent aucun risque de toxicité. Même si les tests d’innocuité
s’avèrent positifs, comment le consommateur pourrait-il opérer les choix entre
produits GM et non-GM, étant entendu que l’innocuité des OGM exclut
l’importance de l’étiquetage et de la traçabilité79 ? « Avec cette philosophie
pseudo- scientifique, mais qui a l’avantage de simplifier considérablement les
tests d’innocuité, on pourrait se régaler de la viande de vaches folles en négligeant
les terribles dégénérescences nerveuses qu’elle occasionne »80. En d’autres termes,
la tendance des multinationales est de contourner les barrières expérimentales de
toxicité des OGM.
Bien d’autres scientifiques se sont orientés vers la recherche de certitudes
scientifiques. En effet, des tests de toxicité du biologiste moléculaire Gilles-Éric
Seralini sur l’herbicide Roundup ou le maïs transgénique NK 603 de Monsanto
s’étant soldés par des résultats positifs, ils ont fait l’objet d’offensive de Monsanto
qui, selon Jacques Testart, a mobilisé scientifiques, lobbies et médias pour
décrédibiliser ces résultats et parvenir à leur invalidation. L’éloquence parfois
fallacieuse des lobbies pro-OGM81, de par leurs puissances médiatiques, ainsi que
leurs méthodes réductionnistes, s’accordent avec plusieurs élites politiques du
monde. Cette situation est propice au développement des industries
biotechnologiques. Ainsi,« au cœur des sociétés occidentales, se mondialise avec

78
La Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis considère ce principe comme un moyen
de prouver et d‘apprécier l’innocuité des OGM.
79
La traçabilité est l’information qui permet de suivre un produit sur toute sa chaine de production
et de distribution jusqu’à sa fin de vie.
80
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 22.
81
En 1996, à New York, la firme Monsanto est condamnée pour publicité mensongère, relative à
son produit commercial, le Roundup, qualifié de biodégradable. Quelques années plus tard, elle
est sanctionnée en France pour la même cause. Pourtant, cet herbicide était plutôt nuisible à
l’environnement.

52
la globalisation qui favorise la circulation des (OGM) dans les endroits les plus
reculés du monde »82. Il y a donc avec cette expansion des OGM, une forme de
colonisation.

II- La colonisation mondiale des OGM

La symbolique de la colonisation des OGM doit être perçue à plusieurs


niveaux. Le mot de colonisation exprime l’« extension locale ou général de l’aire
occupée par un groupe d’individus d’une même espèce, en générale plus
compétitifs que des individus isolés »83. La colonisation désigne aussi,
l’installation d’un groupe d’êtres vivants dans une nouvelle région en vue de
l’exploiter.
À la lumière de cette définition, il apparaît d’abord que l’extension mondiale
des plantes transgéniques implique des enjeux géographiques et géopolitiques.
Depuis 1996, la conquête géographique des plantes transgéniques se manifeste par
l’accroissement progressif d’espaces occupés par ce type de plantes. À cet effet,
l’ONG International Service for the Acquisition for Agri-biotech Application
(ISAAA), publie :
Des cultures OGM ont été plantées sur 148 millions d’hectares dans 29
pays. Un chiffre multiplié par 87depuis l’introduction des OGM en 1996.
Cette superficie équivaut approximativement aux surfaces cumulées
d’Espagne, de la France et l’Allemagne 84.
À cela s’ajoute le nombre croissant des types de cultures servant à
l’alimentation de base des populations. Il s’agit aux États-Unis et en Europe, du
blé85, du soja et du maïs ; en Inde, l’aubergine et bien d’autres variétés de cultures
La propagation des OGM est favorisée aussi bien par les propriétés
biologiques des plantes transgéniques, que par des actions directes ou indirectes
de l’homme. En effet, la coexistence des cultures biologiques et des cultures
génétiquement modifiées crée de véritables phénomènes d’interactions ou de

82
Marcel KOUASSI, Heidegger et la question du transfert des technologies en Afrique, Abidjan,
CRESTE Éditions, 2013, p. 184.
83
Dictionnaire Le petit Robert de la langue Française 2014.
84
Global status of commercialized GM/GM crops, « Cultures OGM et réglementions », in
http://www.isaaa/inbrief/default.htlm, consulté le 6 septembre 2016.
85
Dans toutes les régions de l’Europe, le blé constitue une alimentation traditionnelle.

53
contamination des cultures traditionnelles. Les cultures biologiques sont
accidentellement modifiées en leur base génétique. Cet état de fait est proche de la
modification intentionnelle réalisée par l’homme. La pollinisation, par exemple,
entraine de probables disséminations des plantes transgéniques et le transfert de
données génétiques à d’autres plantes naturelles. « Une étude mexicaine indique
que les gènes des plantes transgéniques peuvent être disséminées dans diverses
régions géographiques et entre les variétés plus rapidement que les scientifiques
ne l’avaient précédemment imaginé »86. En clair, le phénomène d’auto
propagation de PGM, puisqu’il échappe à la conjecture du biotechnologue, «
devrait nous inciter à l’humilité scientifique »87. Cependant, doit-on attribuer cette
expansion uniquement à la responsabilité des scientifiques ? La fluidité des
échanges commerciaux d’OGM au niveau international peut aussi l’expliquer.
Dans le contexte de la mondialisation, les politiques nationales subissent des
pressions supranationales de sorte que plusieurs pays, après avoir manifesté leur
refus, ont cédé aux insistances des promoteurs des OGM. Ainsi, certains pays de
l’Europe, comme dans bien d’autres, naguères, hostiles aux OGM, en sont
aujourd’hui, des exploitants.
L’Europe qui tord habituellement le nez dès qu’on prononce le mot
« OGM », achète le soja transgénique sans se poser de questions (…) La
Chine est devenue un importateur de premier plan, avec 18 millions de
tonnes de soja acheté chaque année. Certes, elle a adopté des règles, en juin
2001, qui ont un temps bloqué les importations en provenance des États-
Unis, d’Argentine et du Brésil. Mais elles s’assouplissent rapidement et,
début 2004, l’obstacle est définitivement levé.»88.

Cela signifie que « les OGM constituent une des pièces principales de la politique
mondialiste menée actuellement et depuis des décennies avec la complicité de nos
chères représentants politiques, ou grâce à leur ignorance »89. Cet état de fait a lieu
soit par des exigences de libéralité du commerce international, soit par la ruse à

86
Florianne KOECHLIN, Génie génétique contre agriculture biologique, Bonn, IFOAM, 2010, p.
9.
87
Gilles-Éric SÉRALINI, Ces OGM qui changent le monde, Paris, Éditions Flammarion, 2004, p.
192.
88
Hervé KEMPF, op.cit., p. 250.
89
Yasmine LRHZIEL, OGM : intérêts industriels et enjeux politiques, Toulouse, La Vallée
Heureuse, 2012, p. 95.

54
relent humanitaire. Ces portes d’entrée des OGM sont davantage ouvertes par
l’indigence généralisée et l’ignorance de leurs conséquences réelles sur les
hommes et sur la nature. Pour Christophe NOISETTE,
la coopération nord-sud est parfois vue comme une nouvelle forme de
colonisation, dans la mesure où elle impose un type de développement
exogène à des pays et des cultures très divers. Ainsi, certaines ONG
humanitaires ou des agences de coopération nord-américaines distribuent
des semences en Afrique afin d’“aider” les paysans (…). Une autre porte
d’entrée des OGM, c’est l’aide alimentaire. Le Programme Alimentaire
Mondial (PAM), organisme des Nations unies a pour but d’apporter une
nourriture à des pays en situation de famine. Pour la même raison que dans
le cas des semences, cette aide alimentaire, sans être explicitement
transgénique, l’est de fait puisque le PAM est alimenté à 60% par les Etats-
Unis où aucune ségrégation des filières n’est systématisée au niveau de
l’Etat 90.

On ne peut donc pas s’étonner que les OGM se retrouvent sur plusieurs
territoires, sans être légalement acceptés. Aussi, puisque les semences
transgéniques ne peuvent pas être cultivées, le plus souvent, sans utilisation de
pesticides (herbicides, insecticides, fongicides), il en découle que les cultivateurs
se soumettent à de nouvelles exigences culturales et économiques. Ce choix
s’avère impératif pour une autre raison. En effet, les cultures biologiques
d’exportation ne pouvant entrer en concurrence avec les produits génétiquement
modifiés, très compétitifs sur le marché international, les paysans sont obligés
d’adopter les cultures transgéniques.
La vérité est que les multinationales ne souhaitent que maximiser leur
profits en s’appropriant les semences, en couplant leur plantes brevetées
avec des intrants chimiques obligatoires, en réduisant le travail intelligent
du paysan à des pratiques stéréotypées, et finalement en visant le contrôle
de l’alimentation mondiale 91.

Autrement dit, l’usage des organismes transgéniques dans l’environnement


et dans l’agriculture, vitale pour les hommes, répond à des intentions matérialistes
de leurs promoteurs. En somme, l’hégémonie des firmes agrochimiques s’impose
progressivement monde.

90
Christophe NOISETTE, « Les portes d’entrée des OGM en Afrique », in
http://www.infogm.org/spip.php?article2390, consulté le 7 septembre 2016.
91
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 71.

55
Les instances internationales, sensées établir des normes juridiques et
réglementaires à l’exploitation des organismes vivants modifiés ne sont pas
unanimes sur la question des échanges commerciaux transnationaux axés sur les
OGM. Les motifs de ces discordes sont fonction du choc entre différents enjeux.
Le 29 janvier 2000, le Protocole de Carthagène sur la biosécurité est adopté. Les
États-Unis, favorables au commerce de tout OGM, affirment de la réticence à son
application et prônent les réglementations libérales de l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC) et ses Accord des Droits de Propriété Intellectuelle qui
touchent au Commerce (ADPI)92. En réalité, cette règlementation représentait une
opportunité de marché et obligerait tous les pays membres de ladite organisation à
se soumettre aux exigences des brevets sur les OGM, produits aux États-Unis. Or
ces derniers considèrent ces Organismes Vivants Modifiés (OVM) au même titre
que les organismes biologiques. Ce qui n’est partagé ni par l’Union Européenne,
très prudente à ce sujet, ni par les pays du sud. Ainsi, Séralini affirme : « Le
brevet revêt donc aujourd’hui une double dimension, il n’est plus seulement un
outil de défense mais un instrument de conquête de nouveaux marchés »93. Les
intentions affichées justifient une « guerre » économique autour des OGM. Pour
Marie-Monique Robin :
L’accord ADPIC a été conçu par les multinationales pour s’emparer des
ressources génétiques de la planète, principalement des pays du tiers-monde
qui détiennent la plus grande biodiversité. L’inde est particulièrement visée,
car c’est un pays dit « méga divers », où l’on compte 45 000 espèces de
plantes et 81 000 espèces d’animaux 94.

Au total, eu égard aux discordes qui animent, à l’échelle mondiale, les


instances de règlementation sur l’exploitation des OGM, on est à même de
préjuger que les industries biotechnologiques nourrissent le vœu d’ériger une
nouvelle technocratie.

92
Cet accord révèle des injustices et des tendances à ravaler et à phagocyter les pays du sud, en
raisons des interdits qui leurs sont imposés, notamment, l’interdiction à la fabrication de produits
génériques contre le Sida, accessibles aux populations locales, des brevets sur le vivant. Il favorise
le monopole des pays industrialisés sur les semences, les gènes et les médicaments (Source :
Gilles-Éric SÉRALINI, Génétiquement incorrect, Paris, Éditions Flammarion, 2005, p. 234.).
93
Gilles-Éric SÉRALINI, Génétiquement incorrect, op. cit., p. 232.
94
Marie-Monique ROBIN, op. cit., p. 336.

56
TROISIÈME PARTIE :
LA NÉCESSITÉ D’UN
ACCOMPAGNEMENT ÉTHIQUE DES
BIOTECHNOLOGIES MODERNES

57
Les biotechnologies, grâce à la multiplicité et à la diversité de leurs applications,
ont permis de répondre à des besoins par la production de biens et services. Mais,
elles n’ont jamais posé de problèmes aussi âpres à décrypter que lorsque leur
développement s’est allié particulièrement au génie génétique. En effet, La
possibilité de modifier le vivant suscite des problèmes éthiques. Cela débouche
sur des dilemmes quand il s’agit d’opérer des choix. Si donc les biotechnologies
se trouvent impuissantes à définir des normes adéquates et acceptables, la
bioéthique en fait son apanage. Dès lors, n’est-il pas nécessaire d’accompagner
éthiquement cette problématique ? Ainsi, comment accommoder éthique et
biotechnologie moderne ? Comment approcher ces questions avec Jacques
Testart ? Quelles solutions éthiques faut-il envisager pour l’Afrique en matière de
biotechnologie moderne ?

58
CHAPITRE I : Pour un accompagnement éthique des biotechnologies
modernes

S’il existe deux cultures qui semblent incapables de parler l’une à l’autre –
les sciences et les humanités – et si ceci constitue la raison pour laquelle le
futur semble compromis, alors peut-être, pourrions-nous construire un pont
vers le futur en construisant la discipline de la bioéthique comme un pont
entre deux cultures 95.

Cette invitation de Potter à la bioéthique mérite d’être retenue, car si les


technosciences peuvent légitimement décider de l’avenir, il appartient à la
bioéthique d’en dresser les bornes. En ce sens, la responsabilité éthique du sujet,
puisqu’elle précède l’action, devrait tenir lieu de socle d’une projection
prospective des biotechnologies modernes. C’est donc ce à quoi nous avons
l’intention de nous essayer.
I- La responsabilité humaine face aux problèmes des OGM
Il s’agit, à ce niveau, de la capacité de l’individu à prendre des décisions, à
gérer ou à réparer certains préjudices causés par l’homme. Cela s’appuie sur la
volonté d’éviter à tout prix des risques ou des dangers. Quant aux problèmes des
OGM, ils sont évalués en terme de risque sur la santé et sur l’environnement. Et
en ce sens, la vision testatienne est claire. Pour lui, la responsabilité consiste à agir
par anticipation, c’est-à-dire avant qu’une recherche technoscientifique soit
entreprise. Il affirme à juste titre : « L’éventualité d’effets irréversibles fait que,
pour la première fois, on peut décider que les choix éthiques soient opérés en
amont des innovations plutôt qu’au moment de leur utilisation »96. Dans ces
conditions, Testart situe le chercheur au centre de la question de responsabilité.
« La responsabilité du chercheur est incomparablement supérieur à celle des
agents d’application du progrès que sont les médecins ou les ingénieurs car c’est
dans les laboratoires de recherche que se prépare le futur »97.

95
Van Rensselaer POTTER, cité par Gilbert HOTTOIS, « Définir la bioéthique : retour aux
sources », Vol. 1-№1, in Revue Internationale Francophone d’éthique et de Bioéthique, op. cit., p.
23.
96
Jacques TESTART, « Responsabilité sociale des scientifiques », www. encyclopedia universalis.
fr, 2008, p. 2.
97
Jacques TESTART, « Responsabilité sociale des scientifiques », op. cit., p. 2.

59
Toutefois, le croisement des intérêts de l’industrie et de la recherche
scientifique, a modifié le métier de chercheur. La recherche est désormais
influencée par les ambitions mercantiles de l’industrie. Pour Jacques Testart, « il
faut aller dans les laboratoires pour réaliser que la plupart de ceux que les médias
nomment encore « savants » se satisfont désormais d’être des techniciens d’un
processus pensé ailleurs »98. Dans un contexte où domine l’influence du système
techno-industriel, le savant perd une partie de son essence. Il n’est plus le
chercheur dont la liberté est non négociable. Au contraire, cette liberté se négocie
selon le critère de l’efficience économique et industrielle. Cette absorption de
l’autonomie du chercheur par le système industriel et la logique économique
éloigne la recherche des référents éthiques. Ceux-ci devraient pourtant, selon
Testart, éclairer le chercheur sur le choix de son objet, sur la méthode de la
recherche et sur la finalité de son action. La complexité de la question impose
donc au chercheur une responsabilité renforcée si tant est que les OGM
comportent des risques.
Toutefois, il faut noter que le chercheur ne détient pas exclusivement toute la
part de responsabilité dans la mesure où les recherches ont aussi un impact social.
Ainsi, l’industriel, le chercheur, les instances politiques et même le consommateur
d’OGM, doivent prendre une part déterminante dans le choix de la qualité au
regard des risques liés aux OGM. De façon concrète, le consommateur doit
s’inscrire dans une perspective du principe d’autonomie. Il s’agit de l’exigence du
consentement libre et éclairé du consommateur de choisir ou de refuser les OGM.
Pour ce faire, il y a lieu de privilégier, par exemple, l’étiquetage et la traçabilité.
Aussi, les principes d’équité et de justice environnementale doivent régir des
rapports entre les agriculteurs biologiques et les agriculteurs de plantes
transgéniques ou les industriels. Ce principe vise principalement « le partage juste
et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources
génétiques »99.

98
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., p. 8
99
Ruth MACKENZIE et al, Guide explicatif du protocole de Cartagena sur la prévention des
risques biotechnologiques, Cambridge, UICN, 2003, p. 1.

60
En outre, le principe de bienfaisance devra animer les objectifs du chercheur
sur les OGM, car sa liberté d’orienter ses recherches dans le but de connaître, doit
servir le bien-être de l’humanité et de l’environnement, ainsi que le signifie ce
principe : primum non nocere100 (d’abord, ne pas nuire). En ce sens, les conditions
sanitaires et environnementales doivent être évaluées au cours des investigations
scientifiques. Cela est aussi valable pour le chercheur que pour l’industriel.
Les principes de pollueur-payeur, d’autonomie et de précaution doivent être
invoqués. Ils constituent la part de responsabilité des instances politiques parce
qu’il leur appartient de décider des autorisations, des règlements et des mesures
coercitives concernant l’exploitation des OGM.
En somme, la question de la responsabilité humaine face aux problèmes des
OGM, doit faire de toute les couches sociales, des acteurs indépendants et
impliqués dans la prévention des risques biotechnologiques.

II- Du principe de précaution

Le principe de précaution désigne une mesure d’anticipation prudentielle.


De façon restrictive, son but est de limiter ou d’éviter d’éventuels dangers
associés aux recherches technoscientifiques et à leur application sur le vivant. Ses
premières formulations modernes remontent aux années 1970. Mais, Il fut
entériné en 1992, à l’occasion de la convention de Rio de Janeiro et émane
spécifiquement des droits de l’environnement. Selon ce principe,
Lorsque des activités humaines risquent d’aboutir à un danger moralement
inacceptable, qui est scientifiquement plausible mais incertain, des mesures
doivent être prises pour éviter ou diminuer ce danger. Ce danger
inacceptable est un danger pour les humains ou pour l’environnement qui
est :
- menaçant pour la vie et la santé ou bien ;
- grave et réellement irréversible, ou bien ;
- inéquitable pour les générations présentes et futures ou bien ;
- imposées sans qu’aient été pris dûment en compte des droits humains et de
ceux qui le subissent 101.

100
Cette expression est une locution latine. Elle est un des principaux préceptes appris en médecine
et dont la formulation la plus ancienne remonte à Hippocrate de Cos (460 av. J.-C – 370 av. J.C),
médecin de la Grèce antique.
101
COMEST, cité par Lazare Marcellin POAMÉ , « Le principe de précaution, définition
pratique », in Promotion de la bioéthique en Afrique, Abidjan, PUCI, 2008, p. 86.

61
Ce principe constitue un baromètre régulateur dans le champ des
biotechnologies modernes face à leur éventuel revers sur le vivant. Il ne vise pas
les risques avérés mais plutôt hypothétiques, pour lesquels le doute subsiste. Il est
fonction du degré d’appréciation de la notion de risque. C’est pourquoi il est en
proie à de vives critiques par des penseurs du progrès, quant à son application aux
OGM. À ce propos, Jacques Testart affirme : « On a pu voir, lors des débats qui se
sont tenus en 2004 autour de l’institutionnalisation du principe de précaution, les
Académies, la plupart des mandarins scientifiques, des industriels, et
d’économistes s’insurger contre cette entrave à la sainte compétitivité »102.
L’attitude technophile à cet égard, consiste à assimiler le principe de précaution à
un obscurantisme. Cela signifie que le principe de précaution, sans justification
plausible, empêche l’évolution de la recherche technoscientifique à travers ses
prescriptions.

En réalité, le principe de précaution n’a point pour but de freiner l’avancée


des technosciences comme le pense le technophile. Jacques Testart le perçoit bien
en ces termes : « Si la prudence est qualifiée de peur, son contraire est la foi
aveugle, et l’on voit bien où sont les obscurantistes »103. En clair, le principe de
précaution n’est pas dépourvu de rationalité. Au contraire, en tant que principe
rationnel, il pose des balises aux risques avant de projeter l’entreprise
technoscientifique. Il ne peut donc s’assimiler à de l’obscurantisme. Jacques
Testart conçoit alors que « le principe de précaution tel qu’il fut exprimé par Hans
Jonas, ne consiste pas à s’assurer d’une prévision infaillible avant de se livrer à
toute action. La vie deviendrait impossible si l’on devrait s’assurer de la présence
du soleil pour partir en vacance »104. Il faut comprendre que la pensée Jonasienne
se soucie d’un futur lointain. Elle posait qu’un acte, aujourd’hui, aussi insignifiant
soit-il, peut produire des conséquences apocalyptiques dans le futur. C’est
pourquoi Jonas valorise la peur comme une disposition éthique. Les détracteurs du

102
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., p. 45.
103
Idem, p. 44.
104
Jacques TESTART, Des hommes probables, op. cit., p. 109.

62
principe de précaution semblent n’avoir aucunement discerné le sens de cette
heuristique Jonasienne de la peur.
Chez Jacques Testart, la conviction que l’homme est toujours tenté
d’appliquer une recherche, quel que soit le risque encouru, doit permettre de
réaliser que ce principe est un impératif salvateur « et alors à poser l’interdit
comme limite solennelle, comme un contrepoison au mirage du progrès »105.
Par ailleurs, les incertitudes, les risques hypothétiques inhérents aux OGM
stigmatisent incessamment cette innovation biotechnologique. Ses appréhensions
ont parfois eu des conséquences psychologiques au sein des sociétés. Il est
important, aujourd’hui, de lever cette hantise des OGM par l’introduction du
principe de précaution comme une mesure de biosécurité.
La biosécurité est un ensemble d’actions procédurales dont le but est
l’éradication ou l’atténuation des risques émanant des différentes applications des
biotechnologies. Il s’agit précisément des risques sanitaires et environnementaux
qu’induisent l’exploitation et la commercialisation des OGM. Abondant dans ce
sens, Jacques Testart pose la précaution comme un outil évaluatif des risques des
OGM. Il affirme : « Les risques des PGM demeureront controversés quoi qu’il
arrive mais il va devenir obligatoire d’en démontrer les bénéfices. Alors la
précaution évaluera de quel côté penche la balance bénéfices / risques »106.
Présenter ce principe comme un outil de contre-expertise des OGM, conduit à
taire les tensions psychologiques et sociales et à lever le voile sur des supercheries
idéologiques de l’industrie biotechnologique :
Les PGM permettent-elles de disposer de produits moins couteux ? de
meilleure qualité ? de meilleur gouts ? se conservent-elles mieux ?
bénéfiques pour la santé ou pour l’environnement ? voilà les questions que
la stratégie des biotechnologies a permis qu’on ne se pose pas 107.

La supercherie se trouve au cœur des stratégies des biotechnologies. Il


ressort que le principe de précaution est nécessaire dans la gestion des risques
biotechnologiques.

105
Jacques TESTART, Des hommes probables, op. cit., pp. 173-174.
106
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 75.
107
Idem, p. 72.

63
Le protocole de Carthagène sur la biosécurité, s’identifie, d’ailleurs, à la
dimension pratique du principe de précaution. Il fut mis en vigueur en septembre
2003. Cette convention est implicitement fondée sur ce principe de précaution. En
effet, à son article 40, traitant de l’évaluation des risques, ce protocole mentionne
ceci : « Il ne faut pas déduire de l’absence de connaissance ou de consensus
scientifique la gravité d’un risque, l’absence de risques, ou l’existence d’un risque
acceptable »108. Cette disposition résume les différentes conditions d’évaluation de
risques qu’exige le principe de précaution. Si cette évaluation en venait à être
sous-estimée, cela conduirait à un danger en raison de la probabilité de se
détourner de la précaution. Par ailleurs, la surévaluation des risques peut aboutir à
des blocages inutiles des recherches scientifiques. C’est d’ailleurs, ce qui alimente
les querelles entre partisans de la précaution et les technophiles. À la limite de
toute conception extrémiste de la précaution, Gilles-Éric Seralini estime que
l’évaluation des risques liés aux OGM est nécessaire pour une mise en œuvre
cohérente du principe de précaution, parce qu’il peut stimuler de nouvelles
perspectives de recherche respectueuse de l’éthique. En effet, l’application du
principe de précaution aux biotechnologies incline à une prise en compte des
exigences éthiques favorables au respect du vivant dans son ensemble. Toutefois
cela n’empêche pas Jacques Testart d’en relever certaines fragilités :
La charte de l’environnement n’a adopté le principe de précaution que sur
la pointe des pieds, en oubliant de faire du pollueur le payeur et en limitant
la précaution à des risques à la fois graves et irréversibles, tandis que, tel
qu’il fut énoncé au sommet de la terre (Rio de Janeiro, 1992), ce principe
devait s’appliquer à des risques soit graves, soit irréversibles 109.

Dès lors, quel accompagnement éthique plus adéquat suggère Jacques


Testart ?

108
Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la convention
sur la diversité biologique, Montréal, 2000, ICAO, p. 28.
109
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., p. 45.

64
CHAPITRE II : La démocratisation de la question des OGM comme mesure
de prévention selon Jacques Testart
Le projet testatien pour les technosciences en général, et pour les OGM en
particulier, consiste à reconfigurer la recherche technoscientifique et l’allier à la
démocratie. En effet, la Démocratisation de la question des OGM consiste à
associer le citoyen aux choix de la recherche sur les OGM. Il s’agit, pour Testart
de fonder une éthique dans la recherche technoscientifique. Il sera question dans
ce chapitre, d’envisager, une éthique dans l’accompagnement des technosciences,
en montrant, primo, comment la restriction des choix technoscientifiques aux
experts ou aux scientifiques limite la fiabilité de la recherche scientifique.
Secundo, il sera question de présenter le vœu testatien de fonder une Science
Citoyenne.

I- La réévaluation du système d’expertise

La nécessité d’une réévaluation du système d’expertise se justifie selon


Jacques Testart. En effet, les politiques de recherche reposent sur des contrats qui
mettent en relation l’industrie et le chercheur. Ainsi, ce dernier devient coupable
de complicité en faveur des intérêts de l’industrie. Les résultats de recherches
peuvent alors manquer d’objectivité. Il se pose le problème éthique de
l’autonomie du chercheur, livré à l’idéologie mercantile de l’industrie. Pour
expliciter cette idée, Jacques Testart exprime son expérience dans la collaboration
avec le système industriel :
Je n’ai fait que des recherches finalisées. Quand il y a plus de quarante ans,
l’INRA m’a engagé, c’était afin de proposer de nouvelles voies pour
augmenter la production laitière des vaches. C’est ainsi que j’ai pu initier la
stratégie des « mères porteuses ». (…) Mais chacune de ces curiosités
n’étaient justifiée que par la mission venue d’ailleurs : accroître la
productivité laitière. C’est seulement quand les manœuvres que j’avais
échafaudées connurent leurs premiers succès et, ainsi rencontrèrent «

65
l’intérêt scientifique » de l’organisme de tutelle, des zootechniciens et des
coopératives d’élevage, que je compris l’inanité de la tâche. (…) Et je me
savais objectivement complice de technocrates en cravate (…) nuisibles à la
vie des vaches, des paysans, des consommateurs et des contribuables 110.

L’expert n’échappe pas à cette situation. Il s’ensuit une machination


généralisée au sein des instances d’expertise de régulation des biotechnologies. Il
faut rappeler que ces instances représentent un ensemble de structures composées
d’individus techniquement compétents pour les prises de décision dans un
domaine spécifique. Ils sont dotés d’une autorité de régulation, capable de guider
des décisions d’ordre politique dans un État ou dans une instance internationale.
Pour ce qui est de la gestion des OGM, ce sont des scientifiques chargés de tester
les produits innovants avant leur apparition sur le marché de consommation. Ce
sont, à titre d’exemples, la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis,
l’AESA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire) en Europe, le HCB (Haut
Conseil de Biotechnologie) en France. Ces structures Étatiques sont subordonnées
à une structure internationale, la Commission du Codex Alimentarius. Cette
dernière est chargée d’élaborer des normes internationales de sécurité sanitaire des
aliments. Elle est rattachée à la FAO et à l’OMC.
Dans la pensée de Jacques Testart, la restructuration des instances de
régulation est la condition sine qua non pour taire les discrédits qui les minent.
Pour ce faire, il estime qu’il faut y intégrer la multidisciplinarité à l’image de la
bioéthique. Cela se justifie par l’équilibre des intérêts. Si pour Jacques Testart,
la présence d’experts sous influence dans les instances d’évaluation
pourrait être supportable à condition que leurs intérêts soient clairement
affichés, et qu’on enrôle aussi des scientifiques (…) qui n’aient aucune
relation avec les fabricants ou marchands de PGM (…) On pourrait obtenir
la qualité contradictoire de l’expertise111.

Cette recommandation suppose des épreuves d’expertise et de contre-expertise en


vue d’asseoir une fiabilité des instances d’évaluation des biotechnologies.
Au total, pour Jacques Testart, si les systèmes d’expertise sont sous
l’influence des multinationales, la légitimité de celles-ci devra se construire sur
son remodelage par l’intégration de nouveaux acteurs.
110
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., pp. 7-8.
111
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 59.

66
II- L’implication citoyenne dans les débats

L’intégration citoyenne dans la résolution des polémiques suscitées par les


OGM est inhérente à l’idéal testatien de jeter les bases d’une « Science
Citoyenne »112 à l’ère des technosciences. Ce concept n’est, certes pas nouveau,
mais avec Jacques Testart, il acquiert un autre sens. C’est un programme de
recherche technoscientifique qui associe le citoyen éclairé et la participation du
publique pour valider certaines innovations technoscientifiques. Il s’agit
également de mobiliser légalement des citoyens, des lanceurs d’alerte, à la
vigilance face à d’éventuels débordements technoscientifiques. Il écrit à juste
titre :
Pour l’ensemble des structures en charge d’expertise, il faudrait disposer de
règles communes et aussi d’un comité extérieur et indépendant chargé de
veiller au respect des règles. D’où la proposition législative pour créer une
instance régulant la déontologie de l’expertise qu’a avancé l’association
pour la Fondation Science Citoyenne 113.

Bien des raisons justifient cette ingérence citoyenne dans la recherche et les
questions liée aux OGM. En effet, parmi elles, l’on note la fragilité des chercheurs
occasionnée par les influences de lobbies des biotechnologies dont les idéologies
néolibérales peuvent limiter la liberté de recherche. De même, les évaluations
d’innocuité des OGM sont restreintes au plan technique dans la mesure où les
analyses et les décisions reviennent à des spécialistes. D’ailleurs ces scientifiques
prétendent que, dans le cadre de la prise de décisions techniques et éthiques, les
citoyens, en tant que non-initiés aux pratiques technoscientifiques, devraient
s’abstenir de toute forme d’ingérence dans les débats. « Mais l’évolution de la
science en technoscience devrait aussi remettre en cause l’autonomie de cette
activité et la tradition d’en tenir à distance les citoyens, comme le revendiquent

112
Ce concept est né aux États-Unis en 1970, et connu alors, sous le terme de « Citizen Science ».
Les physiciens Joel Primack et Frank Von Hippel en sont les instigateurs.
113
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 60.

67
encore certains théoriciens »114. De fait, si la science demeurait dans ses bornes
théoriques et épistémologiques, les théoriciens auraient de bonnes raisons de
répudier l’implication citoyenne dans leur univers. En revanche, quand elle s’allie
à la technique, elle ne peut se dissocier de l’éthique, de la morale, de la culture,
parce qu’elle s’intègre aux dimensions non-scientifiques des sociétés humaines.
C’est pourquoi le citoyen peut s’arroger le droit de décider de l’avenir des
technosciences. Cette conception testatienne a pour vocation de valoriser la
recherche en lui octroyant une teinture humaine.
Pour réaliser cet idéal, Jacques Testart pense que le citoyen dispose de
capacités exceptionnelles à relever des défis de la recherche. L’altruisme et
l’intelligence collective sont donc les fondements constitutifs du meilleur qui peut
être tirer du citoyen. Cela signifie la neutralité, la conscience de la responsabilité
et les inquiétudes devant certaines incertitudes scientifiques que Testart
conceptualise sous le terme d’« Humanitude ».
L’humanitude signifie, chez Jacques Testart, le souci des autres et pour les
générations futures dans les rapports humains. L’intention de ce scientifique est
d’ériger un système démocratique, une méthodologie spécifique et rationnelle,
identifiable suivant ces critères :
- le choix rigoureux de citoyens volontaires et sans intérêts particuliers ;
- l’information et la formation de ces citoyens, qu’il ne faut pas comprendre
comme une négation du savoir du chercheur, mais une méfiance à l’égard des
intérêts par lesquels le citoyen peut être influencé ;
- travail en synergie des citoyens, désormais, capables de rendre publique leurs
opinions, suite à une convention.
La convention Science Citoyenne, lieu d’expression de l’humanitude, se
présente comme le socle d’un espoir. Testart écrit à cet effet, qu’« il reste que la
découverte de l’humanitude a réussi à déstabiliser mes noires certitudes car, enfin,
il m’est possible de croire que notre espèce n’est pas forcément désespérante »115.
Ce désenclavement de la science, disait Dominique Simonnet, apparaît chez les

114
Idem, p. 63.
115
Jacques TESTART, L’humanitude au pouvoir, Paris, Seuil, 2015, p. 15.

68
écologistes comme le souhait de démystification et de démocratisation de la
science. Épousant la perspective testatienne, Les écologistes soutiennent que
l’humanitude est la voie royale de la démocratie dans la science :
« Écologiser » la science, c’est avoir les organes de recherche
indépendants à l’extérieur du cadre institutionnel, mettre au grand jour les
orientations de recherche, et engager s’il y a lieu des débats publics sur le
choix de société qu’elles impliquent 116.

Toutefois, Jacques Testart n’admet pas les débats publics parce qu’on y
ignorerait qui s’exprime et avec quel niveau d’information et de formation
« éthique » ont lieu ces débats. Sa logique dans la recherche sur les OGM
s’enracine hors de la portée des politiques technophiles ou scientistes et des
activités de lobbies des industries biotechnologiques.
Il ressort que l’acceptation des OGM au sein des sociétés doit être
conditionnée par sa gestion démocratique. Cependant, cela est-il envisageable
dans les pays du tiers-monde en général, et en Afrique en particulier, dont la
situation socio-économique nécessite le développement biotechnologique ?

116
Dominique SIMONNET, op. cit., p. 68.

69
CHAPITRE III : L’Afrique face à la problématique des OGM

L’Afrique fait partie du tiers-monde, c’est-à-dire de l’ensemble des pays n’ayant


pas connu la révolution industrielle du XIXe siècle. Cette situation a conduit à un
écart dans les modes de production technique et culturale entre les pays en
développement et les pays industrialisés.
Dans la période comprise entre 1960 et 2000 la production globale de
denrées alimentaire s’est accrue dans de grandes proportions du faite d’une
agriculture intensive liée à une amélioration du machinisme agricole et à
l’utilisation systématique de pesticides (…) Cela a conduit à une
surabondance dans les pays industrialisés sans régler, pour autant, les
problèmes du sud. (…) Ce profil mondial de l’agriculture a été baptisé
« révolution verte » 117.

Aujourd’hui, l’Afrique aspire au développement économique, en relation


avec les pays du nord. Mais, avec les OGM que valorise l’industrie
biotechnologique moderne, il apparaît opportun que l’appropriation de cette
technologie soit scrutée. C’est pourquoi l’objectif de ce chapitre sera axé sur
l’analyse des impacts possibles des OGM en Afrique et leur gestion, propre à
l’environnement africain.

I – Enjeux socio-économiques des OGM en Afrique

L’exploitation des OGM en Afrique s’explique par la précarité socio-


économique du continent. La pauvreté, la faim et même la guerre sont autant de
raisons pour les multinationales d’arguer de secourir l’Afrique au moyen des
OGM. Toutefois, la réalité met en relief d’importants enjeux socio-économiques.
À la lumière de ces réalités, l’exploitation des OGM en Afrique acquiert une
légitimité chez les multinationales dépositaires.
La question prend sa dimension universelle dans les pays du sud, où plus de
50% de la population est rurale. Le problème de la faim continue à y

117
François GROS, Une biologie pour le développement, Les Ulies, EDP Sciences, 2009, p. 183.

70
aiguillonner de nombreux pays et les promoteurs des OGM ont
abondamment utilisé cet argument pour plaider leur cause118.

Ainsi, les OGM suscitent beaucoup d’espoirs au sein de la société africaine. Pour
résoudre la question de la faim et ses implications (malnutritions, sous-nutrition,
insécurité alimentaire), la diversité des Aliments Génétiquement Modifiés
(AGM), notamment le riz à la vitamine A, des alicaments, entre autres, introduits
semblent utiles, voire nécessaires.
L’agriculture africaine ploie encore sous le joug des pratiques rudimentaires
et l’utilisation d’outils techniques archaïques. Ce niveau de pratique a pour
conséquence une production faible qui peine à faire face aux besoins alimentaires
et nutritifs des populations. Les PGM, par contre, en plus de leurs résistances aux
agressions des insectes, ont une capacité de production plus forte. Ainsi, les OGM
favorisent l’agriculture africaine et par ricochet, stimulent le développement
économique. Mais, les enjeux socio-économiques de l’invasion et de l’utilisation
des OGM ne militent pas toujours en faveur du continent.
L’exploitation des OGM est susceptible d’hypothéquer le progrès
économique et social en Afrique. En effet, deux problèmes majeurs se posent avec
l’introduction des OGM dans les pratiques culturales africaines. D’abord, avec
l’usage des plantes génétiquement modifiées, les producteurs font se propager les
risques qui y sont liés, car les PGM sont susceptibles de contaminer les plantes
sauvages et les autres plantes agricoles qui ne sont pas originellement modifiées
par les manipulations génétiques industrielles. De telles conséquences se
manifestent dans la corruption de la biodiversité existante et l’augmentation de la
probabilité des risques.
Ensuite, parce que fonctionnant sur la base du brevetage des produits
génétiquement modifiés, cette introduction peut conduire à l’appauvrissement
accéléré des populations. Le brevetage des semences transgéniques causera la
dépendance de l’agriculture. Lorsque pour le profit des firmes agro-industrielles,
la loi du brevet n’autorise des semailles qu’une seule fois, la politique agricole
perd, non seulement son autonomie au profit des multinationales, mais aussi toute

118
Hervé KEMPF, op. cit., p. 265.

71
la souveraineté alimentaire des paysans. Le brevet soumettrait l’Afrique à la
mendicité. Alors, comment expliquer le discours populiste et humaniste de ces
multinationales en faveur de l’Afrique ? En disposant ce continent à des politiques
opportunistes, la voracité de l’idéologie impériale ne feindrait pas, par les OGM,
de secourir ce continent comme s’il s’éclipserait sans aide ? Cette stratégie
idéologique pouvait miner l’économie de certaines nations en situation de fragilité
socio-économique comme l’Afrique. L’Iraq subissait une telle expérience
lorsqu’il fut soumis à un embargo économique, comme le raconte William
Engdahl :

Il semblait que toutes les semences achetées par les paysans Iraquiens aux
consortium internationaux tombassent sous le coup du nouveau droit des
brevets imposés par les États-Unis. (…) L’Iraq fut transformé en un
gigantesque laboratoire de développement de la production agroalimentaire
sous le contrôle de géants de l’agrochimie (…) En raison des dévastations
de la guerre, les paysans Iraquiens, pour la plupart démunis et réduits à
solliciter l’aide du ministre de l’agriculture de leur gouvernement pour
obtenir de nouvelles semences pour la prochaine saison. C’était l’occasion
pour Bremer de s’emparer de l’approvisionnement alimentaire Iraquien.
(…) Jusqu’en 2003, la survie de la grande partie de la population dépendait
des nations du programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture »119.
L’invasion des OGM dans ces conditions peut être perçue comme une
stratégie de contrôle des nations. Une idéologie prospectiviste des USA révélait
ses intentions de contrôle des peuples par un altruisme feint. Elle avait pour
dessein de créer la dépendance alimentaire dans les pays du tiers-monde. Ce plan
fut consigné dans un mémoire secret intitulé : Implication démographique de la
croissance démographique mondiale sur la sécurité Américaine et ses intérêts
outremer, témoigne William Engdahl. Dans ce mémoire, Henry Kissinger, alors
secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale des USA en 1974, écrivait
ceci : « Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez
l’approvisionnement alimentaire et vous contrôlerez les peuples »120. les pays
occidentaux qui sont, pour la plupart, industrialisés, entendent édifier un monde

119
William ENGDAHL, op. cit., p. 169.
120
Idem, p. 63.

72
sous leur domination. Les OGM en constituent un outil. En ventant des actions
humanistes, ces firmes expriment en réalité une idéologie non philanthropique.
Par ailleurs, dans le cadre des règlementations transnationales, sur la
biosécurité, l’ambition africaine à s’ériger en concurrent à l’échelle mondiale est
hypothétique. La raison est qu’ à son article 16, le protocole de Carthagène justifie
pour les pays signataires que :
Des mesures fondées sur l’évaluation des risques sont imposées dans la
mesure du nécessaire pour prévenir les effets défavorables de l’organisme
vivant modifié sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité
biologique, y compris les risques pour la santé humaine, sur le territoire de
la partie importatrice121.

En ce qui concerne les échanges commerciaux des produits transgéniques, il


serait profitable à l’Afrique de gérer les questions biosécuritaires en vigueur.
Cependant, elle manque de dispositions techniques et scientifiques pour répondre
aux critères, vu ses insuffisances aux niveaux techniques et scientifiques. Ainsi la
nécessité de compenser le déficit de culture techniques et scientifiques s’impose-t-
elle. Il s’agit précisément du transfert de technologies vers l’Afrique. Toutefois,
eu égard aux questions d’intérêts en jeu, un problème se pose : en matière de
biotechnologie les pays occidentaux dépendent des ressources génétiques du tiers-
monde, riche en biodiversité. Cela rend possible la bioprospection et partant, le
phénomène de biopiraterie des ressources des pays du sud. Dans ces circonstances
où l’équilibre des connaissances technoscientifiques favoriserait l’Afrique,
pourrait-il avoir un sincère transfert de technologie, au risque de détrôner les pays
du nord du monopole de concurrence ?

II – La problématique du transfert des technologies en Afrique

Le transfert de technologie « au sens général du terme peut se définir comme


une opération entre des centres de recherche publique et l’entreprise (transfert
vertical) ou encore entre différents secteurs industriels ( transfert horizontal) »122.

121
Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la
convention sur la diversité biologique, Article 16, alinéa 2.
122
Sidiki DIAKITÉ, Les techniques de pointe et l’Afrique, Abidjan, Nouvelle Édition Africaine,
1998, p. 28.

73
C’est aussi un système de coopération entre un concepteur de technologie et un
partenaire, dans lequel le premier met à la disposition du second son produit, en
vue de son exploitation. Ce transfert de technologie concerne les pays du nord et
ceux du sud. Les pays du tiers-monde, pour amorcer leur développement, ont le
plus souvent, recours aux assistances des pays industrialisés. Charles Susskind
écrit à juste titre : « Comme la science, la technologie ne connaît pas de
frontières ; et la technologie est le premier des cadeaux que les nations riches
puissent octroyer aux nations pauvres afin de réduire les écarts qui les
séparent »123. Mais force est de constater que ces transpositions de techniques
posent le problème de leur insertion optimale en Afrique : En vérité, cette relation
supposait un paternalisme. Elle se manifeste par des dons d’outils techniques.
Cependant, leur insertion est bornée par l’insuffisance de culture des populations
réceptrices. Lorsqu’une technologie héritée ne s’appuie pas sur une culture
technoscientifique appropriée, elle devient dangereuse. Pourtant, l’implantation
des outils techniques en Afrique n’a pas été soutenue par une culture adéquate.
Cela présage d’une manifestation immanente de toute sa dangerosité. Dans ce
contexte, la dissémination des OGM impose une réflexion éthique et
philosophique se rapportant aux biotechnologies modernes en Afrique.
La logique de transfert des technologies en Afrique peut être comprise
comme une manifestation de l’idéologie mercantiliste. Le territoire africain se
présente comme la destination finale d’engins techniques (ou de marchandises)
obsolètes. Elle se donne alors à voir comme un véritable marché économique pour
les pays occidentaux. Pis encore, la surproduction étant le moteur de la dynamique
industrielle, les produits surproduits et hors d’usage sont transférés vers le tiers-
monde. Jacques Testart l’explique par la loi de production agro-industrielle. Pour
lui, « ce résultat dépasse les besoins nationaux d’où un gaspillage effréné et
l’exportation des surplus vers les pays du sud bouleversant ainsi leur agriculture
vivrière »124. En se comportant comme le réceptacle de produits dangereux,
comme c’est le cas avec les OGM, comment l’Afrique peut-elle se hisser, au rang
123
Charles SUSSKIND, Pour comprendre la technologie, Manille, Nouveaux Horizon, 1982, p.
129.
124
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 32.

74
des concurrents internationaux ? Cette question est d’autant plus pertinente que
l’Afrique ne dispose pas de connaissance suffisante pour une meilleure gestion de
tels déchets.
En outre, les innovations biotechnologiques, pouvant propulser l’élevage,
l’agriculture et la recherche scientifique, sont protégés par des brevets, parfois
inaccessibles aux chercheurs africains. Peut-être cela est-il justifié par la crainte
de concurrence. Le Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de
l’Afrique de l’ouest (ROPPA) illustre ce cas de figure :
Le cas du Burkina Faso a prouvé cela très clairement. Quand leur pays a
adhéré aux OGM, les scientifiques burkinabés qui sont partis aux États-
Unis, dans les stations de recherche de Monsanto, (…) n’ont jamais eu
accès à là où se faisaient les expérimentations. Et donc, si les pays Africains
rentrent dans les OGM, c’est pour être un nouveau marché pour les
semenciers Américains. Les grandes multinationales des semences vont
simplement venir vendre leurs semences déjà fabriquées 125.

Cette forme de transfert des technologies a mis, parfois, l’Africain dans une
situation inconfortable. Dès lors, cela soulève d’autres questions : comment
parvenir à une orientation authentique du transfert des technologies dans un
milieu aussi composite que l’Afrique ? Comment l’adapter à son mode vie ? Ces
préoccupations en appellent d’autres à savoir, laquelle des valeurs des pays
contributifs et bénéficiaires des technologies faudra-t-il privilégier ?
Ainsi, eu égard aux craintes d’éventuelles dépendances alimentaires et
économique imputables à l’invasion des OGM en Afrique, il convient d’envisager
des choix idéologiques conséquents. Il ne s’agit donc pas d’exhumer des courants
de pensées idéologico-culturelles, enracinées dans une quête de l’authenticité,
comme une justification de l’expression d’une indépendance africaine. Pour cette
raison, Sidiki Diakité affirme :
Il convient de signaler à l’endroit des partisans de l’authenticité que leur
conception souffre d’un autre inconvénient : parler de l’homme tel qu’il est,
avec ses structures mentales et sociales propres, est fixiste et anti-progrès,
c’est admettre implicitement le règne de la tradition, le non-changement 126.

125
Ibrahima COULIBALY, op. cit., p. 2.
126
Sidiki DIAKITÉ, op. cit., p. 24.

75
La recherche de l’originalité s’est parfois muée en technophobie en
valorisant à l’opposé, les connaissances folkloriques comme solution originale du
développement africain.
Pour les partisans de l’hybridisme culturel, il s’agit d’impulser le progrès
technique en Afrique par l’appropriation des connaissances et du savoir-faire
occidental. « L’expérience de l’Asie montre en effet, qu’on peut penser le
transfert des technologies, en adaptant les technologies occidentales à notre milieu
social, géographiques »127. S’il est profitable à l’Afrique d’assimiler cette culture,
elle gagnerait aussi à se battre pour obtenir des brevets dans le cadre des
biotechnologies. L’on peut à ce niveau de connaissance, amorcer le
développement de l’Afrique. Il s’agit, selon les mots de Cheikh Hamidou Kane,
d’« aller apprendre chez eux l’art de vaincre sans avoir raison »128.
Aujourd’hui, il n’existe pas de culture authentique. Toute les sociétés se
développent par la dynamique du brassage culturel et technoscientifique. C’est
pourquoi, « Il faut se rendre à l’évidence qu’un retour radical au mode de vie
traditionnel et à la culture autochtone n’est pas une solution envisageable en
réaction aux effets destructeurs des transferts des technologies effectuées sans
ajustement préalables »129.
Il s’agira donc pour l’Afrique d’orienter éthiquement le développement des
biotechnologies et précisément, celui des OGM, qui frappent à ses portes.

III– Archéologie des modes de vie traditionnels pour une gestion éthique des
OGM
Toute société, quel que soit son niveau de civilisation, possède une culture
ou des valeurs qu’elle entend préserver. Celles-ci constituent l’âme d’un peuple et
en font sa spécificité. Mais, l’occidentalisation du monde, c’est-à-dire la forte
influence ou même la domination de la culture occidentale et sa puissance
technique, ont semé un hybridisme culturel et technique dans le monde. Et

127
Marcel KOUASSI, Heidegger et la question du transfert des technologies en Afrique, Abidjan,
CRESTE Édition, 2013, p. 122.
128
Cheikh Hamidou KANE, op. cit., p. 47.
129
Sidiki DIAKITÉ, op. cit., pp. 1-2.

76
l’Afrique n’en n’est pas épargnée. En effets, la colonisation européenne en
Afrique, en a été le facteur catalyseur. Néanmoins, les peuples africains restent
attachés à certaines valeurs et mode de vie propres, de sorte que la transposition
pure et simple d’une culture autre, produit un choc culturel.
Par ailleurs, si aucune culture ou connaissance n’est mauvaise en soi, il est
encore mieux d’envisager une adaptation rationnelle et éthique au brassage
culturel. C’est pourquoi les questions soulevées par l’exploitation d’OGM dans
l’environnement africain méritent des réflexions en vue d’une accommodation des
habitudes africaines aux technologies importées. Cela peut permettre d’en tirer un
meilleur parti. Or, cette innovation biotechnologique d’origine occidentale, touche
certains domaines de la vie, en l’occurrence, les rapports de l’homme à l’homme
et de l’homme à la nature. Ce qui remet en cause les valeurs morales, culturelles et
religieuses, les pratiques et activités de développement immanentes à la vie de
l’Africain.
Traditionnellement, les relations qu’entretiennent les sociétés africaines avec
l’environnement sont indissociables de la médiation spirituelle avec la nature.
La représentation de cette dernière va au-delà de sa réduction à l’espace
physique et biologique. Bien plus, l’africain concède à la nature une valeur
transcendante au sens Kantien du terme. C’est pourquoi des fleuves, des forêts ou
arbres et des animaux sont dits sacrés et sont parfois divinisés. Une pareille
relation de l’africain à la nature lui impose son respect et « rend l’homme
impuissant devant la nature et fait qu’il vive en harmonie avec celle-ci »130.
Aussi, les relations intersubjectives africaines sont marquées par des valeurs
de solidarité et des valeurs respectueuses d’une éthique du partage. En effet,
l’Africain a tendance à privilégier la vie en communauté. Cela suggère des devoirs
envers les membres de la communauté. En ce sens, Felix Éhui note que :
La conception africaine ne se sépare pas de la vie religieuse ou spirituelle,
de la vie sociale, politique et économique parce que pour l’Africain, la vie
d’un être humain est un ensemble homogène. Le fait est que la solidarité est

130
A. S. MUNGALA, « L’éducation traditionnelle en Afrique et ses valeurs fondamentales », in
http:// ethiopiques. refer.sn/article. php3 ? id_article=838, consulté le 21 Août 2017 à 14 h 43
mn.

77
d’or chez les noirs d’Afrique et que nul ne meurt de faim tant qu’au sein du
groupe, il y a de quoi à manger.131

Cet état de fait appelle à une gestion éthique des enjeux des OGM. Il s’agit
de la coexistence des cultures transgéniques et non-transgéniques qui est nuisible
à une liberté de culture.
De même les brevets sur les semences transgéniques, leur stérilisation et leur
déficience provoquées posent le problème de compatibilité avec la traditionnelle
conservation des semences héritées des ancêtres. Elle porte atteinte à la vie et à la
liberté de culture. Une exploitation des OGM par le paysan, ignorant toute
information sur ces produits doit porter à la réflexion sur le principe de
consentement libre et éclairé.
Par ailleurs, Il est recommandable de repenser le transfert des technologies à
la mesure des besoins et des valeurs locales. Cette gestion éthique permettra
d’enrichir certaines techniques au bénéfice des Africains, sans nuire aux
références traditionnelles. Jacques Testart vante à cet effet, le mérite de certaines
techniques agricoles en Afrique :
Une étude récente a montré comment les paysans du Niger sélectionnaient
leurs semences de mil pour s’adapter au fil du temps à la sècheresse qui
progresse très vite : les graines qu’ils cultivent il y a vingt ans ne
pousseraient plus aujourd’hui, par manque d’eau, mais leur sélection
intuitive a généré, d’années en années, des qualités nécessaires pour que les
graines semées aujourd’hui deviennent des plants productifs. Comment cette
souplesse adaptative de la semence, propre à l’agriculture paysanne,
pourrait être obtenue par les firmes high tech, singulièrement celles qui
produisent des semences PGM à l’issus de nombreuses années d’essai et
d’évaluation ? 132

Ainsi la recherche biotechnologique ou sur les OGM gagnerait-elle à


s’inscrire dans une logique éthique en pensant le transfert de technologie. Ce qui
serait à même de répondre à certaines sollicitations techniques auxquelles il
conviendra d’ajouter une touche Africaine.

131
Félix T. ÉHUI, L’Afrique noire de la superpuissance au sous-développement, Abidjan,
Nouvelles Éditions Ivoiriennes, 2002, p. 36.
132
Jacques TESTART, À qui profitent les OGM ?, op. cit., p. 37.

78
CONCLUSION

79
À travers cette étude relative aux enjeux éthiques et géostratégiques des
OGM, il a été question dans la première partie, de cerner dans une perspective
historique, la modification artificielle du vivant et parallèlement, les
connaissances et les techniques afférentes. Cela nous a permis de découvrir que le
processus évolutif des manipulations des espèces était inextricablement lié au
passage de savoirs magico-religieux vers des connaissances affinées des sciences
et techniques, en passant par des techniques empiriques et spontanées de sélection
des espèces. Grâce au mariage entre les sciences et les techniques, l’on est
parvenu à déceler le mystère du vivant, son identité biologique la plus secrète. À
ce niveau, certaines figures se sont avérées très déterminantes dans le
perfectionnement des connaissances biologiques sur le vivant et sa manipulation :
Charles Darwin, Gregor Mendel, Claude Bernard et Louis Pasteur ont légué à
leurs héritiers scientifiques, des théories et connaissances qui leur ont permis de
mettre au point des Organismes Génétiquement Modifiés.
Il s’agissait, dans la deuxième partie, d’appréhender les enjeux éthiques des
biotechnologies et de cerner des motifs des passions et les ruées sur la recherche
de la manipulation génétique. À l’issu de cette investigation, nous avons retenu
que les OGM suscitent de grands espoirs mais aussi des craintes généralisées. En
effet, ils promettent de résoudre les questions existentielles de pauvreté, de faim,
de santé, de la dégradation de l’environnement dont dépend le devenir de la
planète. Ce sont là, des problèmes majeurs dont les OGM sont supposés être la
panacée. Mais, prouvent qu’ils ont un revers qui se décline encore en terme de
probabilité forte.
La volonté des scientifiques et des industriels a accru une hantise généralisée
au sein des sociétés. De là, se posent des questions éthiques ou morales. De fait,
l’on est conduit à s’interroger si les mobiles inavoués des multinationales ne
sapent pas le réel enjeu de leur conquête du marché mondial. L’une des raisons
capitales de cette interrogation est que les pays du sud qui devraient profiter des
avantages des produits transgéniques, sont soumis à des lois d’appropriation qui

80
imposent des contraintes insupportables aux Africains. Celles-ci tendent à les
priver de la souveraineté alimentaire et à créer la dépendance économique.
Cette analyse a amené à saisir le sens de la dénonciation testatienne de
certaines applications des OGM. Il ne récuse pas les OGM en soi, mais pense que
ces produits sont un outil de domination économique et politique utilisées par des
multinationales pour réaliser des profits. En gagnant plus de pays à leurs marchés
par les OGM, ils accroissent également la dépendance économique mondiale à
leur avantage. Tels sont le sens des questions géostratégiques qui ont été traitées
dans cette partie.
Dans la troisième partie, consacrée à l’accompagnement éthique des
biotechnologies, il ressort que la responsabilité éthique à l’égard de l’exploitation
des OGM doit spécifiquement se prémunir du principe de précaution pour
certaines raisons :
- les OGM sont issus d’une technologie qui comporte des risques qui ne
peuvent être déterminés que sur le long terme ;
- la visée anticipative du principe de précaution ne supprime pas la recherche
sur les OGM. Elle ne légitime pas pour autant les prétentions humanistes,
écologiques et scientifiques auxquelles seraient destinés les OGM ;
- le principe de précaution prend en compte un ensemble de principes
bioéthiques, tels que : les principes du consentement, du respect de la
biodiversité, de toute les formes de vie, de la justice égalitaire et
intergénérationnelle.
Par ailleurs, si la difficulté de situer le degré des risques fragilise ce principe,
il paraît profitable de recourir à la solution aux problèmes des OGM, suggérées
par Jacques Testart : celle d’une Science Citoyenne. En effet, « Sauver la
recherche, c’est d’abord l’ouvrir à la démocratie pour lui donner pleine
légitimité»133. Cela veut dire qu’il faut, comme l’entend Jacques Testart, associer
aux débats sur les OGM, des citoyens éclairés et formés, capables de prendre part
aux orientations éthiques des recherches. Cela revient à édifier une Science

133
Jacques TESTART, Le vélo, le mur et le citoyen, op. cit., p. 73.

81
Citoyenne prolifique, aussi bien pour les générations présentes et futures, que
pour l’environnement.
En ce qui concerne l’Afrique, le caractère particulier des situations socio-
économiques, les incapacités techniques et les crises sociopolitiques permettent de
se demander si le vrai problème de l’Afrique émane de la faim ou de la
surpopulation. Il faut examiner la réalité des besoins de l’Afrique afin d’y adapter
un transfert adéquat des biotechnologies modernes. « Le vrai transfert ne doit
donc pas se faire de façon hasardeuse ou selon des intérêts capitalistes
égoïstes »134.
Au-delà des questions qui jalonnent la problématique des OGM, ce travail a
permis de comprendre la nécessité de la bioéthique dans l’accompagnement des
biotechnologies modernes, en ce sens que les technosciences paraissent rendre la
vie plus commode, mais leurs productions immodérées pourraient hypothéquer cet
idéal.

134
Marcel KOUASSI, op. cit., p. 127.

82
BIBLIOGRAPHIE

83
I- OUVRAGES DE JACQUES TESTART

1. OUVRAGE DE BASE
 À qui profitent les OGM ?, Le tournant de l’« affaire Seralini », Paris,
CNRS Éditions, 2013, 79 p.
2. AUTRES OUVRAGES DE L’AUTEUR

 L’humanitude au pouvoir, Paris, Seuil, 2015, 160 p.


 Le vélo, le mur et le citoyen, Paris, Éditions Belin, 2006, 128 p.
 Des hommes probables, Paris, Éditions du Seuil,1999, 279 p.

3. ARTICLE DE L’AUTEUR

 « Responsabilité sociale des scientifiques », www. encyclopedia


universalis. fr, 2008, 10 p.

II- AUTRES OUVRAGES

 BERNARD Claude, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale,


Paris, Garnier-Flammarion, 1966, 320 p.
 CHOUCHAN Michèle, Les enjeux de la recherche sur les OGM, Paris,
Ministère de la recherche, direction de la recherche et mission de la
communication, 2001, 32 p.
 BARAQUIN Noëlla, et al, Dictionnaire de philosophie, Paris, Armand
Colin, 2007, 377 p.
 DESCARTES René, Discours de la méthode, Paris, Flammarion, 2000,
189. p.

84
 DIAKITÉ Sidiki, Les techniques de pointe et l’Afrique, Abidjan, Nouvelle
Édition Africaine, 1988, 479 p.
 DUMONT René, L’Afrique noire est mal partie, Saint-Armand, Éditions
du Seuil, 1962, 255 p.
 ÉHUI Félix T, L’Afrique noire de la superpuissance au sous-
développement, Abidjan, Nouvelles Éditions Ivoiriennes, 2002, 175 p.
 ENGDAHL William, OGM semences de destruction, Vendée, jean-Cyrille
Godefroy, 2008, 299 p.
 GROS François, Une biologie pour le développement, Les Ulies, EDP
Sciences, 2009, 260 p.
 HOTTOIS Gibert, et PARIZEAU, Marie-Hélène, Les mots de la
bioéthique. Un vocabulaire encyclopédique, Bruxelles, De Boeck
Université, 1995, 375 p.
 HOTTOIS Gilbert et MISSA Jean Noël, Nouvelle Encyclopédie de
Bioéthique, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, 922 p.
 KANE Cheikh Hamidou, L’aventure ambiguë, Paris, Édition 18/10, 1961,
191 p.
 KEMPF Hervé, La guerre secrète des OGM, Paris, Éditions du seuil,
2003, 331 p.
 KOECHLIN Floriane, Génie génétique contre agriculture biologique,
Bonn, IFOAM, 2010, 24 p.
 KOUASSI Marcel, Heidegger et la question du transfert des technologies
en Afrique, Abidjan, CRESTE Éditions, 2013, 190 p.
 La Sainte Bible, Traduite les textes originaux Hébreu et Grec Version
d’Ostervald Révisée, Milford, Bearing Precious Seed, 1996, 368 p.
 LAVELLE Sylvain, Science, technologie et éthique, Laval, ellipses, 2006,
217 p.
 LOCKE John, Deuxième traité du gouvernement civil, Paris, J. Vrin, 1977,
255 p.
 ROBIN Marie-Monique, Le monde selon Monsanto, Paris, Arte Édition,
2009, 385 p.

85
 PIAGET Jean, Biologie et connaissance, Saint-Armand, Gallimard, 1967,
430 p.
 POAMÉ Lazare Marcellin, Promotion de la bioéthique en Afrique,
Abidjan, PUCI, 2008, 127 p.
 RAMADE François, Dictionnaire encyclopédique des sciences de la
nature et de la biodiversité, Paris, Dunod, 2008, 726 p.
 SÉRALINI Gilles-Éric, Ces OGM qui changent le monde, Paris, Éditions
Flammarion, 2004, 229 p.
 SÉRALINI Gilles-Éric, Génétiquement incorrect, Paris, Flammarion,
2005, 326 p.
 SIMONNET Dominique, L’écologisme, Paris, Presse Universitaire de
France, 1979, 127 p.
 SUSSKIND Charles, Pour comprendre la technologie, Manille, Nouveaux
horizons, 1982, 165 p.
 TÉTRY Andrée, Jean Rostand, un homme du futur, (Préface de Jacques
Testart), Lyon, La manufacture, 1988, 509 p.
 UNESCO, Livre du maître sur la biologie des populations, Paris,
UNESCO, 1976, 452 p.
 UNESCO, Cours de base de bioéthique, Paris, UNESCO, 2008, 71 p.
 VIGNAIS Pierre, La biologie, des origines à nos jours, Les Ulis, EDP
Sciences, 2001, 483 p.

III- AUTRES ARTICLES

 POAMÉ Lazare Marcellin, « « Dis-cours » de Bioéthique » in Revue


Internationale Francophone d’Ethique et de Bioéthique, Chaire UNESCO
de bioéthique de l’Université de Bouaké, vol.1 №1-2012, 132 p.
 Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques
relatif à la convention sur la diversité biologique, Montréal, 2000, ICAO,
28 p.

86
 COULIBALY Ibrahima, « L’Afrique n’a pas besoin des OGM », in Le
Nouveau Courrier, № 1423 du vendredi, 15 avril 2016,12 p.
 MACHENZIE Ruth et al, Guide explicatif du protocole de Cartagena sur
la prévention des risques biotechnologiques, Cambridge, UICN, 2003,
301 p.

IV- WEBOGRAPHIE

 Global status of commercialized GM/GM crops, « Cultures OGM et


réglementions », in http://www.isaaa/inbrief/default.htlm, consulté le 6
septembre 2016.
 ROBIN Marie-Monique, « Le monde selon Monsanto », in http:// www.
Youtube.com/Watch ? v= cVng 592xKu, consulté le 13 août 2016.
 MUNGALA A. S, « L’éducation traditionnelle en Afrique et ses valeurs
fondamentales », in http://ethiopiques. efer.sn/article. php3 ? id
article=838, consulté le 21 août 2017 à 14 h 43mn.
 NOISETTE Christophe, « Les portes d’entrée des OGM en Afrique », in
http://www.infogm.org/spip.php?article2390, consulté le 7 septembre
2016.
 Wikibis.com/revolution verte.php, consulté le 20 décembre 2017 à 17 h
21mn.
 https://fr.wikipedia. Org/Mouvement anti-OGM, consulté le 20 décembre
2017 à 17 h 14 mn.

87
INDEX

88
INDEX DES NOMS PROPRES

A F
Al Gore · - 3 - François Jacob · - 22 -
Avery · - 22 -

G
B
Galton · - 24 -
Baals · - 14 - Gros · - 63 -, - 77 -
Bacillus thurengiensis · - 29 -
Bacon · - 19 -
Baraquin · - 17 -, - 77 - H
BASF · - 43 -
Bayer · - 43 - Harvard · - 34 -
Bernard · - 15 -, - 20 -, - 73 - Hottois · - 19 -

C J
Chakrabarty · - 32 -, - 40 - Jacob · - 14 -, - 19 -, - 22 -
Chappela · - 7 - Jean Rostand · - 4 -, - 79 -
Chouchan · - 11 - Jonas · - 55 -
Correns · - 16 -
Coulibaly · - 7 -, - 68 -, - 79
Crick · - 22 - K
Kane · - 37 -, - 69 -
D Kempf · - 4 -, - 5 -, - 23 -
Kissinger · - 25 -, - 65 -
Darwin · - 17 -, - 18 -, - 24 -, - 73 - Knight · - 12 -
De Vries · - 16 - Koelreuteur · - 12 -, - 15 -
Descartes · - 2 -, - 19 -, - 21 -, Kouassi · - 46 -, - 69 -, - 75 -, - 78 -
Diakité · - 66 -, - 68 -, - 69 -, - 77 -

L
E
Lamarck · - 17 -
Éhui · - 70 -, - 77 - Linné · - 17 -
Engdahl · - 24 -, - 65 - Locke · - 35 -
Epstein · - 6 -

89
M S
Malthus · - 24 - Sagaret · - 12 -
Mendel · - 12 -, - 15 -, - 16 -, - 18 -, - 23 -, - 73 - Séralini · - 4 -
Monod · - 22 - Seysenegg · - 16 -
Monsanto · - 6 -, - 7 -, - 32 -, - 36 -, - 38 -, - 43 -, Shiva · - 4 -
Morgan · - 16 -, - 22 - Simonnet · - 17 -, - 61 -
Susskind · - 67 -
Syngenta · - 43 -
N
Naudin · - 12 - T
Noisette · - 48 -, - 80 -
Testart · - 3 -, - 4 -, - 21 -, - 22 -, - 28 -, - 30 -, -
31 -, - 35 -, - 37 -, - 41 -, - 44 -, - 45 -, - 51 -, -
P 52 -, - 53 -, - 55 -, - 56 -, - 57 -, - 58 -, - 59 -, -
60 -, - 61 -, - 62 -, - 67 -, - 71 -, - 74 -, - 79 -, -
Pasteur · - 21 -, - 73 - 89 -
Potter · - 52 Tétry · - 4 -
Pusztai · - 7 -

V
R
Vignais · - 18 -
René Dumont · - 25 -
Robin · - 36 -, - 49 -
Rockefeller · - 24 -, - 25 - W

Watson · - 22 -
Wright · - 2 -

90
INDEX DES NOTIONS

brevet · - 26 -, - 32 -, - 36 -, - 37 -, - 38 -, - 64 -
A
brevetable · - 26 -, - 32 -
brevetables · - 26 -, - 38 -
accompagnement · - 57 -, - 74 -, - 75 -
brevetage · - 64 -
ADN · - 22 -, - 29 -
agir · - 10 -, - 23 -, - 52 -
agricole · - 7 -, - 12 -, - 26 -, - 30 -, - 36 -, - 42 -, - C
64 -
agricoles · - 11 -, - 12 -, - 14 -, - 42 -, - 64 -, - 71 -
capitaliste · - 42 -, - 43 -, - 89 -
agriculteur · - 11 -, - 36 -, - 37 -, - 38 -
cellule · - 20 -, - 21 -
agriculture · - 7 -, - 10 -, - 26 -, - 39 -, - 40 -, - 41
chercheur · - 3 -, - 36 -, - 52 -, - 53 -, - 54 -, - 58 -,
-, - 42 -, - 47 -, - 48 -, - 64 -, - 65 -, - 67 -, - 68
- 61 -
-, - 71 -, - 79 -
citoyen · - 3 -, - 4 -, - 6 -, - 35 -, - 53 -, - 57 -, - 58
agroalimentaire · - 39 -, - 65 -
-, - 60 -, - 61 -, - 74 -, - 77 -
agronome · - 3 -, - 25 -
citoyens · - 31 -, - 33 -, - 60 -, - 61 -, - 74 -
altermondialiste · - 33 -
colonisation · - 46 -, - 48 -, - 69 -, - 89 -
altruisme · - 61 -, - 65 -
commercialisation · - 56 -
amélioration · - 2 -, - 10 -, - 11 -, - 12 -, - 15 -, -
concurrence · - 18 -, - 26 -, - 32 -, - 43 -, - 48 -, -
23 -, - 63 -
66 -, - 68 -
anticipative · - 74 -
connaissance · - 12 -, - 14 -, - 15 -, - 16 -, - 18 -, -
autonomie · - 8 -, - 37 -, - 53 -, - 54 -, - 58 -, - 60
20 -, - 22 -, - 30 -, - 57 -, - 67 -, - 69 -, - 70 -, -
-, - 64 -
78 -
consentement · - 53 -, - 71 -, - 74 -
consommateur · - 6 -, - 45 -, - 53 -
contamination · - 37 -, - 42 -, - 47 -
B
créationnisme · - 16 -, - 17 -
cultures · - 7 -, - 13 -, - 14 -, - 33 -, - 37 -, - 38 -, -
bénéfice · - 26 -, - 44 -, - 71 -
42 -, - 43 -, - 46 -, - 48 -, - 52 -, - 71 -
bienfaisance · - 8 -, - 54 -
cultures biologiques · - 37 -, - 46 -, - 48 -
biochimie · - 21 -
biodiversité · - 15 -, - 16 -, - 40 -, - 41 -, - 49 -, -
64 -, - 66 -, - 74 -, - 78 - D
bioéthicien · - 6 -
bioéthique · - 6 -, - 22 -, - 26 -, - 32 -, - 40 -, - 51
déforestation · - 39 -
-, - 52 -, - 54 -, - 59 -, - 75 -, - 78 -, - 79 -
démocratie · - 6 -, - 58 -, - 61 -, - 74 -
biologie · - 2 -, - 4 -, - 12 -, - 13 -, - 18 -, - 19 -, -
démocratisation · - 5 -, - 61 -, - 89 -
20 -, - 21 -, - 23 -, - 63 -, - 77 -, - 79 -
démographie · - 23 -, - 24 -, - 25 -
biologiquement · - 20 -
démographique · - 23 -, - 24 -, - 65 -
biologiste · - 3 -, - 4 -, - 22 -, - 44 -, - 45 -
déterminisme · - 20 -, - 21 -
biopiraterie · - 66 -
domestication · - 10 -, - 11 -, - 12 -
bioprospection · - 66 -
durable · - 7 -, - 40 -, - 42 -, - 66 -
biosécurité · - 41 -, - 49 -, - 56 -, - 65 -
dynamisme · - 2 -
biotechnologie · - 6 -, - 43 -, - 51 -, - 66 -, - 69 -
biotechnologique · - 31 -, - 41 -, - 56 -, - 62 -, - 63
-, - 70 -, - 71 -
biotique · - 13 -, - 41 -

91
futuriste · - 24 -
E
écocentrique · - 41 - G
écologique · - 8 -, - 41 -
économique · - 2 -, - 5 -, - 19 -, - 26 -, - 32 -, - 36
gamètes · - 12 -
-, - 37 -, - 41 -, - 42 -, - 43 -, - 49 -, - 53 -, - 62
gène · - 22 -, - 29 -, - 30 -, - 42 -
-, - 63 -, - 64 -, - 65 -, - 67 -, - 68 -, - 70 -, - 73
génération · - 12 -, - 13 -, - 15 -, - 16 -, - 29 -, - 37
-, - 74 -
-, - 38 -, - 40 -, - 41 -
économiquement · - 2 -, - 25 -
gènes · - 2 -, - 22 -, - 29 -, - 35 -, - 43 -, - 47 -, -
économiste · - 24 -
49 -
élevage · - 10 -, - 12 -, - 14 -, - 30 -, - 58 -, - 68 -
généticien · - 16 -, - 40 -
empirique · - 15 -
génétique · - 2 -, - 4 -, - 7 -, - 11 -, - 12 -, - 13 -, -
entreprise · - 39 -, - 55 -, - 66 -
14 -, - 15 -, - 16 -, - 18 -, - 19 -, - 21 -, - 22 -, -
entreprises · - 2 -, - 3 -, - 26 -, - 43 -
23 -, - 24 -, - 28 -, - 31 -, - 35 -, - 36 -, - 39 -, -
environnement · - 6 -, - 7 -, - 10 -, - 11 -, - 13 -, -
42 -, - 43 -, - 47 -, - 51 -, - 73 -, - 79 -, - 88 -
23 -, - 28 -, - 31 -, - 32 -, - 39 -, - 40 -, - 45 -, -
génétiquement · - 6 -, - 7 -, - 29 -, - 43 -, - 44 -, -
48 -, - 54 -, - 56 -, - 57 -, - 63 -, - 64 -, - 67 -, -
45 -, - 47 -, - 48 -
70 -, - 73 -, - 74 -
Génétiquement · - 2 -, - 7 -, - 38 -, - 64 -, - 73 -
environnementale · - 6 -, - 25 -, - 38 -, - 39 -, - 40
génie · - 2 -, - 7 -, - 19 -, - 22 -, - 31 -, - 43 -, - 51
-, - 41 -, - 42 -, - 89 -
génome · - 22 -, - 29 -, - 34 -
épistémologique · - 15 -, - 16 -, - 30 -
Génotype · - 16 -
équité · - 8 -, - 37 -, - 53 -
géostratégique · - 5 -, - 6 -
équivalence en substance · - 45 -
espèces · - 2 -, - 10 -, - 11 -, - 12 -, - 13 -, - 14 -, -
15 -, - 16 -, - 17 -, - 18 -, - 23 -, - 34 -, - 35 -, -
39 -, - 41 -, - 49 -, - 73 -
H
éthicien · - 44 -
hégémonie · - 6 -, - 43 -, - 48 -
éthique · - 3 -, - 5 -, - 7 -, - 8 -, - 28 -, - 34 -, - 37
héréditaire · - 22 -
-, - 38 -, - 39 -, - 40 -, - 41 -, - 42 -, - 51 -, - 52
hérédité · - 15 -, - 16 -, - 22 -
-, - 55 -, - 57 -, - 58 -, - 60 -, - 62 -, - 67 -, - 69
homme · - 2 -, - 4 -, - 5 -, - 10 -, - 11 -, - 12 -, - 13
-, - 70 -, - 71 -, - 74 -, - 78 -, - 89 -
-, - 15 -, - 21 -, - 26 -, - 35 -, - 36 -, - 38 -, - 39
étiquetage · - 45 -, - 53 -
-, - 40 -, - 46 -, - 52 -, - 56 -, - 68 -, - 70 -, - 79
êtres · - 4 -, - 17 -, - 20 -, - 46 -
humanisme · - 5 -
eugénisme · - 24 -
humanitaire · - 7 -, - 25 -, - 48 -
évolution · - 7 -, - 13 -, - 16 -, - 17 -, - 18 -, - 23 -,
humanité · - 2 -, - 5 -, - 7 -, - 23 -, - 54 -
- 60 -
Humanitude · - 61 -
évolutionnisme · - 16 -, - 17 -
hybridation · - 15 -
expérience · - 12 -, - 14 -, - 15 -, - 44 -, - 58 -, -
hybrides · - 12 -, - 13 -, - 15 -
65 -, - 69 -
hypothèse · - 20 -
expérimental · - 29 -
expérimentale · - 15 -, - 16 -, - 20 -, - 21 -, - 80 -
expertise · - 56 -, - 58 -, - 59 -, - 60 -, - 89 -
I

F idéologie · - 4 -, - 22 -, - 24 -, - 44 -, - 58 -, - 64 -,
- 65 -
idéologique · - 32 -, - 65 -
faim · - 25 -, - 63 -, - 64 -, - 70 -, - 73 -, - 75 -
in vitro · - 3 -
fécondation · - 3 -
industrialisation · - 25 -
firmes · - 5 -, - 37 -, - 48 -, - 64 -, - 65 -, - 71 -
industrie · - 21 -, - 23 -, - 32 -, - 39 -, - 41 -, - 53
fixisme · - 16 -, - 17 -, - 18 -
-, - 56 -, - 58 -
fixiste · - 17 -, - 68 -
industriel · - 29 -, - 39 -, - 53 -, - 54 -, - 58 -
Fondation Sciences · - 4 -
information · - 45 -, - 61 -, - 62 -, - 71 -
futur · - 52 -, - 55 -

92
innocuité · - 6 -, - 45 -, - 60 -
N
innovation · - 2 -, - 7 -, - 29 -, - 31 -, - 41 -, - 56 -,
- 70 -
nature · - 2 -, - 4 -, - 6 -, - 8 -, - 10 -, - 11 -, - 13 -,
insecticides · - 29 -, - 41 -, - 48 -
- 15 -, - 16 -, - 20 -, - 21 -, - 26 -, - 29 -, - 32 -,
instance · - 59 -, - 60 -
- 35 -, - 39 -, - 40 -, - 42 -, - 48 -, - 70 -, - 78 -,
intérêts · - 3 -, - 4 -, - 5 -, - 28 -, - 32 -, - 45 -, - 47
- 88 -
-, - 53 -, - 58 -, - 59 -, - 61 -, - 65 -, - 66 -, - 75
neutre · - 3 -
-
nourrir · - 10 -, - 36 -
intergénérationnelle · - 74 -

J O
occidentaux · - 26 -, - 63 -, - 65 -, - 66 -, - 67 -
justice · - 6 -, - 8 -, - 37 -, - 53 -, - 74 -
OGM · - 2 -, - 3 -, - 4 -, - 5 -, - 6 -, - 7 -, - 8 -, - 9
-, - 11 -, - 12 -, - 19 -, - 22 -, - 23 -, - 24 -, - 26
-, - 27 -, - 28 -, - 29 -, - 30 -, - 31 -, - 33 -, - 34
L
-, - 35 -, - 37 -, - 38 -, - 39 -, - 40 -, - 41 -, - 42
-, - 43 -, - 44 -, - 45 -, - 46 -, - 47 -, - 48 -, - 49
laboratoire · - 21 -, - 65 -
-, - 52 -, - 53 -, - 54 -, - 55 -, - 56 -, - 57 -, - 58
libéralisme · - 5 -
-, - 59 -, - 60 -, - 62 -, - 63 -, - 64 -, - 65 -, - 67
libéralité · - 48 -
-, - 68 -, - 69 -, - 70 -, - 71 -, - 73 -, - 74 -, - 75
liberté · - 2 -, - 6 -, - 36 -, - 37 -, - 54 -, - 60 -, - 71
-, - 77 -, - 78 -, - 79 -, - 80 -, - 88 -, - 89 -
lobbying · - 43 -
Organisme · - 29 -

M P
manichéennes · - 31 -
patrimoine · - 2 -, - 16 -, - 22 -, - 36 -
manipulation · - 3 -, - 17 -, - 73 -
pharmaceutique · - 21 -
manipulations · - 2 -, - 4 -, - 5 -, - 19 -, - 21 -, - 64
phénotype · - 16 -
-, - 73 -
philosophe · - 4 -
marché · - 43 -, - 48 -, - 49 -, - 59 -, - 68 -, - 73 -
philosophique · - 3 -, - 4 -, - 32 -, - 67 -
mécanisme · - 21 -, - 34 -
pirater · - 38 -
médicale · - 3 -
planétaire · - 2 -
mercantile · - 58 -
politique · - 2 -, - 6 -, - 24 -, - 32 -, - 43 -, - 47 -, -
moderne · - 4 -, - 51 -, - 88 -
59 -, - 64 -, - 70 -, - 74 -
modernisation · - 18 -
pollueur-payeur · - 38 -, - 54 -
modification · - 13 -, - 14 -, - 18 -, - 19 -, - 21 -, -
pollution · - 31 -, - 33 -, - 38 -, - 39 -, - 40 -, - 42 -
35 -, - 36 -, - 39 -, - 47 -, - 73 -, - 88 -
population · - 23 -, - 24 -, - 25 -, - 63 -, - 65 -
moléculaire · - 2 -, - 4 -, - 19 -, - 20 -, - 21 -, - 22
précaution · - 6 -, - 8 -, - 54 -, - 55 -, - 56 -, - 57 -,
-, - 44 -, - 45 -
- 74 -, - 89 -
mondialisation · - 33 -, - 47 -, - 67 -
principe de précaution · - 54 -, - 55 -, - 57 -
monopole · - 32 -, - 36 -, - 49 -, - 66 -
principes · - 6 -, - 8 -, - 53 -, - 54 -, - 74 -
morale · - 4 -, - 60 -
probabilistes · - 13 -
morales · - 3 -, - 34 -, - 70 -, - 73 -
problématique · - 3 -, - 7 -, - 51 -, - 66 -, - 75 -, -
multinationales · - 5 -, - 7 -, - 8 -, - 32 -, - 33 -, -
89 -
42 -, - 43 -, - 45 -, - 48 -, - 49 -, - 59 -, - 63 -, -
producteur · - 6 -
64 -, - 68 -, - 73 -, - 74 -
produits · - 2 -, - 6 -, - 26 -, - 30 -, - 39 -, - 41 -, -
mutant · - 16 -
44 -, - 45 -, - 48 -, - 49 -, - 56 -, - 59 -, - 67 -, -
mutationnisme · - 16 -, - 18 -
71 -, - 73 -, - 74 -
profit · - 35 -, - 42 -, - 44 -, - 64 -, - 74 -
progrès · - 2 -, - 19 -, - 21 -, - 23 -, - 34 -, - 53 -, -
55 -, - 56 -, - 64 -, - 68 -, - 69 -

93
prospective · - 52 - stratégie · - 2 -, - 21 -, - 25 -, - 42 -, - 56 -, - 58 -,
- 65 -
stratégies · - 56 -
R surpopulation · - 23 -, - 25 -, - 75 -

raison · - 2 -, - 36 -, - 37 -, - 39 -, - 41 -, - 48 -, -
52 -, - 57 -, - 65 -, - 66 -, - 68 -, - 69 - T
rationalité · - 55 -
recherches · - 2 -, - 3 -, - 5 -, - 18 -, - 22 -, - 28 -, - technicisation · - 25 -
32 -, - 34 -, - 38 -, - 44 -, - 54 -, - 57 -, - 58 - technique · - 2 -, - 4 -, - 15 -, - 29 -, - 32 -, - 44 -,
recombinaison · - 29 -, - 31 -, - 42 - - 60 -, - 69 -
redécouverte · - 16 - technologie · - 3 -, - 5 -, - 29 -, - 63 -, - 66 -, - 67
règlementation · - 49 -, - 54 - -, - 71 -, - 74 -, - 78 -, - 79 -
régulation · - 22 -, - 59 - technologies · - 7 -, - 8 -, - 26 -, - 32 -, - 41 -, - 42
responsabilité · - 3 -, - 47 -, - 52 -, - 53 -, - 54 -, - -, - 46 -, - 66 -, - 67 -, - 68 -, - 69 -, - 71 -, - 78
61 -, - 74 -, - 89 - -, - 89 -
responsable · - 3 - technophile · - 55 -
ressources · - 24 -, - 32 -, - 33 -, - 39 -, - 40 -, - 43 technophobe · - 68 -
-, - 49 -, - 53 -, - 66 - technoscience · - 19 -, - 29 -, - 60 -
révolution industrielle · - 2 -, - 63 - technoscientifique · - 34 -, - 52 -, - 55 -, - 58 -, -
révolution verte · - 24 - 60 -, - 67 -, - 69 -
risques · - 4 -, - 5 -, - 7 -, - 25 -, - 41 -, - 42 -, - 44 théorie · - 16 -, - 17 -, - 18 -, - 21 -
-, - 52 -, - 53 -, - 54 -, - 55 -, - 56 -, - 57 -, - 64 théories · - 12 -, - 16 -, - 17 -, - 18 -, - 73 -
-, - 66 -, - 74 -, - 79 - tiers-monde · - 26 -, - 33 -, - 49 -, - 62 -, - 63 -, -
rudimentaires · - 18 -, - 64 - 65 -, - 66 -, - 67 -
toxicité · - 6 -, - 44 -, - 45 -
traçabilité · - 45 -, - 53 -
S transfert · - 7 -, - 8 -, - 26 -, - 29 -, - 46 -, - 47 -, -
66 -, - 67 -, - 68 -, - 69 -, - 71 -, - 75 -, - 78 -, -
santé · - 6 -, - 13 -, - 23 -, - 34 -, - 52 -, - 54 -, - 56 89 -
-, - 66 -, - 73 - transformisme · - 16 -, - 17 -
savoir · - 8 -, - 14 -, - 15 -, - 19 -, - 36 -, - 38 -, - transgénèse · - 34 -, - 44 -
61 -, - 68 -, - 69 -, - 88 - transgénique · - 40 -, - 44 -, - 45 -, - 47 -, - 48 -
science · - 2 -, - 4 -, - 5 -, - 10 -, - 16 -, - 20 -, - 21
-, - 23 -, - 38 -, - 60 -, - 61 -, - 67 -, - 74 -
Sciences Citoyennes · - 4 - U
scientificité · - 3 -, - 15 -, - 18 -
scientifique · - 2 -, - 3 -, - 4 -, - 5 -, - 6 -, - 7 -, - universalité · - 6 -
12 -, - 19 -, - 21 -, - 23 -, - 31 -, - 32 -, - 38 -, -
44 -, - 45 -, - 47 -, - 53 -, - 57 -, - 58 -, - 61 -, -
66 -, - 68 - V
scientisme · - 4 -
sélection · - 10 -, - 11 -, - 12 -, - 13 -, - 15 -, - 16 valeur · - 31 -, - 37 -, - 40 -, - 70 -
-, - 17 -, - 24 -, - 37 -, - 71 -, - 73 -, - 88 - végétale · - 11 -, - 40 -
sélection naturelle · - 15 -, - 17 -, - 24 - végétaux · - 10 -, - 11 -, - 12 -, - 13 -, - 24 -, - 30
semence · - 71 - -, - 31 -, - 32 -, - 42 -
semences · - 13 -, - 14 -, - 24 -, - 36 -, - 37 -, - 38 vital · - 20 -
-, - 42 -, - 48 -, - 49 -, - 64 -, - 65 -, - 68 -, - 71 vivant · - 2 -, - 3 -, - 4 -, - 5 -, - 6 -, - 7 -, - 17 -, -
-, - 77 - 18 -, - 19 -, - 20 -, - 21 -, - 22 -, - 25 -, - 26 -, -
sociale · - 2 -, - 23 -, - 52 -, - 53 -, - 70 -, - 77 - 28 -, - 32 -, - 34 -, - 35 -, - 36 -, - 38 -, - 49 -, -
51 -, - 54 -, - 55 -, - 57 -, - 66 -, - 73 -

94
TABLE DES MATIÈRES

95
SOMMAIRE…………………………………………………………………….III

DÉDICACE……………………………………………………………...............IV

REMERCIEMENTS………………………………………………………….…..V

INTRODUCTION……………………………………………………………1

PREMIÈRE PARTIE : FONDEMENTS HISTORIQUES ET

SCIENTIFIQUES DE OGM.........................................................................9

CHAPITRE I : Les OGM dans les traditions humaines …...…………………

11

I- La sélection traditionnelle et ses limites…………………………………….…11

II- La nature du savoir et la technè dans la transformation génétique

traditionnelle…………………………………………………………………......14

CHAPITRE II : Les OGM dans le Contexte moderne ……...……………….19

I- Fondements scientifiques de la modification génétique des organismes

vivants……............................................................................................................19

II- Facteurs socio-économiques de l’émergence des OGM……………………...23

DEUXIÈME PARTIE : ENJEUX ÉTHIQUE ET TRANSTECH-

NIQUE DES OGM…………………………...………………………….….27

CHAPITRE I : De la complexité du phénomène biotechnique……..

………...29

96
I- Présentation et domaines d’application des OGM………………..

…………….29

II- De la contestation aux débats

polémiques…………………………………….31

CHAPITRE II : Enjeux éthiques des OGM…………………….………….…34

I- Les problèmes

éthiques………………………………………….......................34

II- L’éthique environnementale…………………………………….....................39

CHAPITRE III : Les enjeux géostratégiques des OGM………………………

43

I- De la culture capitaliste………………………………………………………..43

II- La colonisation mondiale des OGM………………………………………….46

TROISIÈME PARTIE : LA NÉCESSITÉ D’UN

ACCOMPAGNEMENT ÉTHIQUE DES BIOTECHNOLOGIES

MODERNES………………………………………………………..50

CHAPITRE I : Pour un accompagnement éthique des biotechnologies

modernes………………………………………………………………...………52

I - La responsabilité humaine face au problème des OGM………………………52

II : Du principe de

précaution…………………………………………………….54

CHAPITRE II : La démocratisation de la question des OGM comme mesure

de prévention chez Jacques

Testart………………………………………….....58

97
I- La réévaluation du système

d’expertise………………………………………...58

II- L’implication citoyenne dans les

débats……………………………………….60

CHAPITRE III : L’Afrique face à la problématique des OGM………………

63

I- Les enjeux socio-économiques des OGM en

Afrique…………………………..63

II- La problématique du transfert des technologies en

Afrique…………………..66

III- Archéologie des modes de vie pour une gestion éthique des

OGM………….69

CONCLUSION………………………………………………………………72

BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………….76

INDEX……………………………………………………………………..….....81

INDEX DES NOMS PROPRES …………………………………………………

82 INDEX DES

NOTIONS………………………………………………………….84

TABLE DES

MATIÈRES………………………………………………………..88

98
99
SUJET : ENJEUX ÉTHIQUE ET GÉOSTRATÉGIQUE DES OGM DANS
PROFITENT LES OGM ? DE JACQUES TESTART.

RÉSUMÉ

La biotechnologie moderne est au confluent des recherches en science et technique


manipulation du vivant. Son intervention sur le patrimoine génétique, permet
façonner l’identité la plus secrète de l’organisme vivant. Les Organism
Génétiquement Modifiés (OGM) qui en sont issus sont censés relever les grands dé
actuels de l’humanité. Mais, derrière l’argument humaniste, se hissent des questio
éthiques et des interrogations sur leurs conséquences dans la vie sociale et sur
fonctionnement de la biosphère et, surtout sur la motivation de leurs promoteurs. S
précaution constitue une réponse à ces inquiétudes liées à la propension des OGM, p
Jacques Testart, il est judicieux d’accompagner la biotechnologie par un dialogue fr
entre scientifiques et citoyens.

MOTS CLÉS : Biosphère – Biotechnologie moderne - Citoyen - Éthique - OGM


Patrimoine génétique - Principe de précaution - Promoteurs

SUBJECT: ETHICAL AND GEOSTRATÉGICAL INTEREST OF GMOs


WHO MAKES
PROFIT WITH GMOs? BY JACQUES TESTART.

ABSTRACT

Modern biotechnology is at the center of research in scientific and techni


manipulation of the living. Its intervention on the genetic inheritance, permits to sha
the most secret identity of the living organism. Genetically Modified Organis
(GMOs) derived from them are supposed to overcome the existing great challenges
mankind. But, behind the humanist argument, one can notice hidden ethical issues a
questions about their drawbacks upon social life and the functioning of the biosph
and, above all, the motivation of their promoters are raised. If precaution constitute
response to these concerns related to the propensity of GMOs, according to Jacq
Testart, it is suitable to support biotechnology through a frank dialogue betwe
scientists and citizens.

100

Vous aimerez peut-être aussi